DE LA PM8GES$E M 1I0NAGO
hie& la plus jolie enfant du monde; elle paraissait pour la première fois, ainsi que plusieurs petites filles de smi fige, on ea parlait déjà fort/
Cette mémo scène entre le roi, Madame, mon frère 0, Sifflsieiir, se renouvela presque tous les jours ; seulement^ diaque jour le comte gagnait du terrain, par suite de Fift^ différence du roi, de la folie de Madame, et, il faut bien rajouter, de la bêtise de. Monsieur, à qui je demande Inen pardon de ma franchise. Je me mêlais de tout cela le moms possible, à caus^de Puyguilhem, qui craignait pour moi les éclaboussures, et aussi pour M. de Monaco, auqud je donnais satisfaction sur ce point, afin d'être maîtresse ailleurs. On m'en mêlait malgré moi, je recevais les confidences de tous, les plaintes, les transports, et je voyais les choses avancer vers le déDOÛment.
Le roi avait pris une habitude, il ne disait pas un mot à La Vallière le jour, soit au ballet, soit à la promenade, il ne la regardait même pas. Mais, à la promenade du soir, il sortait de la calèche de Madame, et s'allait mettre près de celle de La Vallière, dont la portière était abattue, et, eomm'e c'était dans l'obscurité de la nuit, il lui parlait avec beaucoup de commodité.
Tout cela ne raccommoda pas Madame avec les reines. Ainsi que vous l'avez vu, elles tournèrent l'esprit de Monsieur, qui s'en aigrit, et qui prit un point d'honneur de ce que le roi fût amoureux d'une fille de Madame. Il ne kii laissait ni paix ni trêve pour la lui faire chasser; de son côté, Madame manquait souvent à ce qu'elle devait h Monsieur, de sorte que les piques étaient grandes de toutei^ part^^-
Dans ce même temps, le bruit fut énorme de la passion du comte de Guiche. La reine-mère se hâta de rapprendre à Monsieur, celui-ci commença par lui faire mauvaise mine. Mon cher frère, avec son impertinence ordinaire, ne fit semblant ni de le savoir ni de s*en soucier; ce ne fut pas faute d'observations. Il poussa Tinsolence si loin, qu'il vint prendre la main de Madame, et la conduisit sous le grand boulingrin, pour y mieux causer à la barbe de toute la cour. Monsieur n'étant qu'à quelques pas et ne pouvant manquer de le savoir sur l'heure. Ce que voyant, je prévis le coup et je me retirai chez moi.
J'y étais à peine depuis cinq minutes, que j'entendis marcher très-vite dans le corridor. Mon frère poussa la porte sans gratter, et jetant son chapeau sur un meuble, dans une de ses brusques colères auxquelles il était sujet :
— Je ne souflfrirai point cela ! s'écria-t-il, il me faudra faire raison, entendez-vous., ma sœur?
— Et de quoi? lui demandai-je en tâchant de conserver mon sangfroid et de dominer le sien.
— Eh ! parbleu ! Monsieur prend des airs que je n'entends point endurer. J'étais avec Madame sous le boulingrin; il est arrivé comme un coq en furie et l'a emmenée, en me lançant des regards de tonnerre, sans répondre à mon salut et sans lui donner le temps de finir sa phrase. Que diable! nous sommes gentilshommes tous les deux!
— Je ne dis pas le contraire ; mais il y a deux petites circonstances qui vous donnent tort : la première, c'est que Madame est la femme de Monsieur et qu'il aurait le droit de la garder, fût-il le dernier des boueux de Paris ; la seconde,
c'est que le sang royal ne coule pas dans vos veines, que je sache, tout gentilhomme que vous soyez.
— Et notre graud'mëre Corisandre, pour qui la prenez- Tons, s'il vous plaît? Nous descendons d'Henri IV au même degré que lui. Qu'importe la manière!
Et, avec son caractère de hanneton, il se mit à rire de sa plaisanterie, moi je ne l'aidai pas, je le sentais perdu.
— Vous ne voyez donc point où vous allez, mon frère, qoe vous vous obstinez ainsi? Vous visez droit à la ruine de notre maison en votre personne. Le roi, par mille raisons, prendra le parti de Monsieur, et le moins qui puisse vous arriver sera une retraite à la Bastille.
— Je ne céderai point, vous dis-je ! s'écria-t-il, reprenant sa colère et frappant du pied. Monsieur n'est qu'une fenune mal apprise, une poupée couverte de rubans, qui défend un bien auquel il ne veut ni ne peut prétendre. De par tous les saints, je ne me laisserai point insulter! il en arrivera ce qu'il plaira au sort.
— Vous êtes fou !
— J'enlèverai plutôt Madame, et je m'enfuierai avec elle ea Amérique.
— A l'autre, à présent! Madame se fera lourde pour ne pas vous suivre.
— Elle m'aime, je le sais, et. . .
J'entendis courir dans la galerie, j'entendis une respiration haletante à ma porte, qui se poussa plutôt qu'elle ne s'ouvrit, et Monsieur parut, le chapeau sur la tête, sa fraise dérangée, ce qui indiquait chez lui une grande émotion, ses yeux étaient des escarboucles. Guiche le regardait fixement et ne branlait point. Quant à moi, je tremblais fort.
lu VIE ET ATEMTUEES DE tk PEUICBS6S DE MONACO.
^i^ Sortez, Monsieur ! dit le prinee en attongeant sa caime vers le corridor.
— Nos ancêtres auraient dit : Sortons l répliqua. Gaiche, sans faire un pas.
Je ks eoimaissais tous les deux, et Je me doutais de ee qui alkût arrirei". lamcUs je !ie fae plus emëarrassée de ma vie. Je n'osais appeler à l'aide, et pourtant je prévoyais des suites terribles. Ma desliuée m'a toujours liée à des gens saas cervelle et sans mesure. DeUx hommes seulement, à la eeur^ ont osé résister en faee à nos maîtres (sauf M. de Montespan, qui était Ibu) : l'un était mon frère, l'autre mon amant. Quoiqu'il en fût, je me trouvais là fort empêtrée. J'essayai de dire une parole, Guieheme scdua d'un :
<— Laissez^noas, madame I qui en eût effrayé une plus timide. Monsieur riposta à la provocation de tout-à-l'heufe par un mouvement en avant. Monsieur était trës-bravè, en dépit de son rouge et • de ses mouches.
— Insoient ! s'écria-t-il.
— Prenez garde, monsieur ! répliqua Guiche, blanc comme un ^[^eetre ; songez à qui vous parlez !
— SiMigeai à qui vous jparlez vous-même ! m*écriai-je,
72 VIE ET AVl^TURES
décidée à intervenir pour empêcher les choses d'aller plus loin.
— * Je parle à Philippe de Bourbon, le premier gentilhomme du royaume après le roi, je ne l'ignore point, madame ; je ne Foublierai pas, je vous le promets, à condition que Monsieur s'en souviendra comme moi. Son aïeul était Béarnais comme le mien, et plus d'une fois les princes delà maison de Navarre et ceux de Bidache ont eu la même table et le même lit. Que Monsieur veuille bien le tenir en mémoire.
Je ne vis jamais port de tête plus fier que celui du comte, lorsqu'il parlait ainsi, et, en dedans de moi-même, j'en étais fière aussi quoique tremblante. Ces choses-là étaient bonnes à dire avant que le cardinal de Richelieu eût nivelé tous les fronts, pour en laisser au-dessus des autres que celui qui portait la couronne.
Monsieur devint timide, non pas qu'il eût peur, mais par suite de l'ascendant que prenaient ses favoris sur son caractère faible. Sou premier moment de colère factice passé, il se soumettait au tyran du jour. N'avons-nous pas vu bien pis du temps du chevalier de Lorraine ? Cependant le souvenir de son offense lui rendit un peu de vailiantise. Il fit quelques pas en avant ; car jusque-làil étaitresté à la porte, et, tout rouge de sou ressentiment, il reprit :
— Je vous croyais mon ami, monsieur de Guiche?
— Certes, monsieur, je l'étais, et j'en tirais honneur.
— Pourquoi vous permettre, alors, d'attenter au mien? Pourquoi donner lieu à des blâmes impertinents contre Madame ? Ma femme ne vous devait-elle pas être sacrée?
— Monsieur, je ne sais ce que vous voulez dire.
DE LA PniNCESSE DE MONACO. 73
— Vous oser lever les yeux sur Madame ! ne le niez pas, je le sais.
— Gela est faux, mais cela serait vrai que nous serions quittes. '
— Gonmient, s'il vous platt ?
— Vous <]laignez affichez ma sœur que voici assez publiquement, monsieur, et, malgré mon respect pour la maison royale, Thonneur de la maison de Grimaldi et celui de la maison de Gramont sont tout aussi succeptibles que le sien.
Je restai interdite, pour Monsieur il n'hésita pas, et, se tournant de mon côté :
— Je vous prie de croire, madame la duchesse, que je n'autoriserai jamais monsieur votre frère à parler ainsi.
— J'ai le droit de le faire et j'en use. Je n'ai point manqué à mon devoir envers Madame, je ne puis souffrir d'être accusé, et désormais, vous le comprenez, monsieur, tout est rompu entre nous. L'amitié que vous invoquiez tout à l'heure ne peut exister sans la confiance, vous trouverez bon que je me retire et que je ne sois plus que votre serviteur.
— Vit-on jamais pareille audace? Il me donne mon congé.
— Si Votre Altesse Royale le veut prendre ainsi, je ne retire pas mes paroles.
— Monsieur... balbutiai-je en m'inclinant.
— C'est très-bien, madame, c'est à merveille, me répondit Monsieur d'une voix émue et tremblante. M. de Goiche est un ingrat, on me l'avait toujours répété, je ne le croyais point, je sais ce qui me reste à faire. Quant à vous,
Il 6
74 TIB KT AtBNTDRES
te n'est pas rolrc flwte et rons n'avez point à vous en tourmenter. Adieu.
Il mMta son «hapeau si bas que tes plumes balayaient la terre et sortit sans regarder son ancien ami, lequel, Dieu me pardonne, ne daigna pas mAotO baissa le» yrax*
— Vous avez fait là un beau trait, mon frère, repris-je aussfWl, vous êtes sûr de ne point coueber m tofre m ce soir. Hâteï-vous de vous retker , nous lâdieroas d'apaiser eda.
-^ M<ril je rais de ce pas ebes Madame, pour la répétition du ballet, elle m'attend. '— Encore une fois y/m» ttes fou !
— ïe ne courberai point la tête, ma soeur. Oe Joujou de prince m'a insulté, et je ne sais oe qui m'a tenu de lui jeter mon gant au visage.
— En vérité, je ne sais plus où nous sommes, o& vous vous croyez. Attendez &cl moins que j*aille un peu voir, demander. . . que je sache s'il y a sûreté pour vous.
— On ne me traitera point en laquais, je vous le répète; Madame m'aime, je n'en puis douter, je m'en montrerai digne, et Je soutiendrai le Aoîx qu'cAle a daigné feîre.
Je passai trois quarts d'heure à le raisonner, à le tranquflkscr, à le tonsoler ensuite ; il riail, il pleurait, selon son habitude, et, hors le petit moment où il parla a» ps^kiee, ses façons ordinaires d^affijotathm reprirent le dessus. J'oblias enfm de le précéâer cbM Madame^ et ee fat pour lui un graud boflibeur, ftaos eette précdution U se tut trouvé â la porte avec le roi en futie, tl eàt été eiq^aMe de lui jeter «a nea, cooiofi à son frèrey <iu6 L$m tU Bowrêffn ae ¥ar
DE LA ^HIltCtddE DB tfÔNAGOb ?8
Ifltt pas mieat que lé comte de Guiche, il «ftt pe&t-ètre porté sa tête sur l'échafatid.
Mi je me rappelle un conte qoe fait mon père, et je ne pttis m'empèeher de vous le dire.
Du tcmp$ de la Fronde, un gentilhomme espagnol de no» parents s'était mis en tête pour soulever la ville de Pau, qtd tenait alors pour le roi. Pour ce faire, il mit en avant un honnête bourgeois très-aimé des corporations, lequel prit la chose au sérieux jusqu'à se compromettre gravement. Mon grand-père, on le sait, ne plaisantait pas. Il fit pendre le bourgeois, et le pendit haut et court, afin d'obtenir l'or-» dre dans son gouvernement. On en fit de grands reprodieH à l'Espagnol.
-^ C'est TOUS qui l'avez fait motuir, lui répétait souvent mon père, cela est sur votre eonscience.
— Ah! bah ! il était si vioux! il serait mort depauh,
-^ Mon pauvre frère aussi serait mort depouh; mais il n'importe, il s'est sauvé le billot.
Madame était incommodée de la scène du boulingrin ; elle gardait la chambre et ordonna de laisser entrer seulement les acteurs du ballet ; Guiche en faisait partie, ce n'était donc pas l'exclure. Le roi arriva, fort sérieux, j'en-» trais par l'intérieur en même temps. Sa Majesté fronça le floordi à mon aspect et dit à Madame qu'il croyait la trouver senle.
Elle kd réposHlit qu'en effet elle ne recevait pefsomiei bors les danseurs, pour ne pas faire manquer la répétiti(m* Je MmIs ma révérence pour retourner d'ob je venais fort îi9iU^f Uêàam me rappela.
— Restez, madame de Yalentinois, dit-eUe, le roi n*a rien de particulier à me communiquer.
— Je vous demande pardon, madame ; mais madame de Yalentinois peut rester, néanmoins ; elle sait aussi bien que moi ce qui s'est passé. Je suis fort mécontent du comte de Guiche, il s'est permis des façons que j'entends réprimer, et, sans une vieille amitié d'enfance pour le maréchal, je le punirais de façon à ce qu'il se rappelât ce qu'il oublie.
— Quoi donc, Sire? Est-ce cette sotte aventure du boulingrin ? Elle fera bientôt autant de bruit que celle de la reine-mère avec le duc de Buckingham dans le jardin d'Amiens, au clair de la lune.
— Madame! s'écria le roi d'une voix irritée.
Il ne pouvait souffrir aucune allusion à la reine sa mère, et rien ne le mettait autant en furie que de l'accuser d'une galanterie quelconque.
— C'est qu'en vérité, Sire, il y a contre moi trop d'acharnement ; la reine-mère veut me perdre, elle descend jusqu'à la calomnie, elle me prête des actions et des paroles dont je suis incapable, sans penser qu'elle aussi a été calomniée, qu'elle aussi, elle a été victime de jalousies absurdes, qu'elle a aimé à plaire, étant jeune comme moi, et qu'elle n'était pas coupable pour cela.
Le roi fronçait le sourcil, il se contint ; il avait pour sa belle-sœur une affection aussi vraie qu'il la pût avoir: Je dirai à la fin de ces Mémoires la vérité sur le roi ; je ne veux point mourir sans l'avoir écrite, car la postérité le jugera mal, je le crains ; il a tant de flatteurs ! En cette circonstance, il sut vaincre son ressentiment et expliqua
tnmqnilleinent & Madame ce qui s'était passé entre Monsieur et mon frère. Je la vis pâlir, elle avait peur I
— Vous comprenez donc, madame, que bien loin de recevoir seulement les danseurs du ballet cbez vous ce matin, il vous faut, au contraire, les exclure. Monsieur ne tardera pas à venir, ces propos ne doivent pas se renouveler. J'ai prié le maréchal de Gramont de chercher son fils, de le renvoyer à Paris et de lui défendre de ma part de reparaître à Fontainebleau, tant que la cour y sera. Il en est quitte pour cela ; mais qu'à l'avenir il ne recommence point.
— Allons ! pensai-je, La Yalliène est une bonne fille, elle n'a pas parlé, sans cela l'occasion était trop belle, et nous verrions une autre question.
Je n'essayai pas de défendre Guiche, et Madame encore moins que moi. Je fus même obligée de remercier le maître ; il pouvait frapper plus fort. Dès que je pus m'éehapper, je courus à mon appartement : j'y trouvai deux lettres de l'exilé : une pour moi, une pour la princesse. Je remis celle-ci en son temps ; la princesse la reçut avec émotion et me chargea d'une réponse verbale que je transmis, en annonçant que je ne ferais pas davantage.
Le fameux ballet se dansa sans le pauvre comte, mais il n'en sembla pas moins le plus agréable qu'il fût possible, soit par le. lieu ou il dansait, qui était le bord de l'étang., ou par l'invention qu'on avait trouvée de faire venir au bout d'une allée le théâtre tout entier, chargé d'une infinité de personnes qui s'approchaient Insensiblement et qui faisaient une entrée en dansant devant ce théâtre.
Le matin même, comme nous endossions nos habits de canictâ», un de mes laquais vint prévenir Blondeau qu'un
78 ▼» IT ATSMTDUSS
«nrcOQ btea deinand«it à nie remeltre k moi-mi^ m M^ let de Madame. Bi^ <iue je fusse en peignoir» j'ordinuuâ qu*(Hi rintrodmsU, et m^ te regarder je pria aa JeUra, Je Itti eea troia Ugnea :
c llaa(Biir,aiy0a3oavi>Q]e«pa8qiiejemefasaearrikar a pour qpiielque folie, il faut qam voua w'iatroduiaioz cbea « Madame tout ji rbeure. »
Je me retournai ^ouvantée» c'était lui l
-« Blondeau, au nom du eiel, ferme les portea, que par-* sonne n'entre; c'est une ei^trava^ance qui va le perdre. YitK>n jamais pareille foUe !
Q se mit à rire aui. éclats, en protestant qo'oa ne le reconnaîtrait point. En effet, son déguisement était parfait.
^ Souveneii^vous de ceci, madame la duchesse, et j6 vous en donne ma parole d'honneur, sonvenez-vous que si dans une heure je n'ai pas yu Madame, je vais tranquille^* ment sur le théâtre en costume, prendre ma place et en ebasaer ee fat de Dampierre à qui on Ta donnée.
J'en tremhlais des pieds h la tête, il l'aurait fait. Ni priè-t res, ni menaces ne purent rien obtenir de cette tâte éventée, U mo fallut céder. Ce n'était pas fort dangereux. Je pénétrais chez Madame par des couloirs de service obscurs, les garç(ms bleus et tous les gens du chAteau y pasaaient aans qu'on le remarqua, pi Monsieur, ni aucun eourtisaoa n'y venaient, et depuis l'histoire de Ghemerault avec Buaay , 1^ filles ne s'y risquaient gu^e. Je marchai, il me suivit jusqu'au cabinet de toilette, où la princ^s^ était aeulp avoG 609 femmes. Je la priai de les renvoyer un inatint, êom iisprét^te, et aprèa avoir mia le verrou (tooâé delà
chambre où Monsieur pouvait arriver, je me jetai à ses genoux et je lui racontai la chose. Après quelcpies façons un peu étudiées, elle permit que j'appelasse le galant :
— Nous le gronderons et nous l'empêcherons de recommencer. C'est une imprudence inouïe, on ne saurait approuver cela.
Je ne puis vous raconter ce qu'ils se dirent pendant une demi-heure qu'il passa à ses pieds. Guiche se perdait dans des phrases sans terme et ses yeux tournaient comme les aiguilles des oubUs. Du moment où il parlait d'amour, ce garçon perdait tout ses avantages, à force d'en vouloir chercher. Ils firent des projets sans raison; Madame était aussifoUeque lui, etc' était lace qu'ils appelaient leur amour. Ils me raillèrent de ce que je les priais de se séparer.
— Ma sœur craint tout, disait Guiche.
— Elle aime trop Monsieur pour nous être favorable, ajoutait la princesse avec ironie. N'allez pas croire que j'adore le comte, au moins ! Je ne supporterais pas cette idée-là. Mais je suis ravie de jouer un tour à Monsieur, de faire ce qu'il défend. Et le roi, donc ! Oui, je le verrai en dépit d'eux; je suis plus puissante qu'eux.
— Madame, je vous en conjure, il est tard, vous ne serez pas prête. On viendra vous chercher, et si l'on soupçonnait...
— Qui donc oserait entrer chez moi quand j'y suis enfermée? Monsieur lui-même...
C!omme pour lui donner un démenti, on frappa à la porte et la voix de Son Altesse Royale se fit entendre.
— Ouvrez, ouvrez, Madame, je sais qui est là et je veux le voir.
81 TIB ET âVElITlIRKS
— Je TOUS Fi^prendrai quaud je serai entré ; je sais que vous êtes là, dépéchez-YOus.
— C'est impossible.
— Pourquoi?
— Nul ne verra Madame qu'elle ne soit habillée.
Je lui donnai ainsi le temps de se remettre ; elle reprenait la couleur et la vie.
— Mais, morbleu ! je le veux, ouvrez ! j
— Non.
— Je ferai jeter la porte en dedans.
J'éclatai d'un rire bruyant.
— Vous n'avez qu'à essayer.
— Vous ne voulez pas ?
«^ Noa ! non t non 1
*» Que Madame repète aussi non.
La princesse s'écria du baut de sa téta ;
^Noa!
— C'est bien.
J'écoutai ; tout rentra dans le silence ; nous nous en (croyons débarrassées, et je courais déjà vers l'autre issue pour veiller à notre étourdi, lorsque la voix du {M*ince se fit entendre justement de ce côté ; le danger devenait phis fort mx eoatraii*e, ^ nous ne si^vions plus quel moyen employer.
— Imbécile, maraud, rustre, disait-il, que fais-tu à cette porte ? Qui t'a permis d'a(^rocher de si près les cabinets de Madame t Hâte-toi de dételer, ou sinon je t'apprendrai à Wider ainsi autour de ses fiUes de service.
Je devinai tout : Monsieur, trompé par le déguisement de mon frèff), par l'obscurité du lieu, ie prenait simplemeut pour un laquais en faute ; il lui eût donné un coup dfi pi^
DK LA mnCEMK »R SONACO.
01 eooséquBDtey qne je n'en eusse pas été étouiéet et^er^* tainement le chatouilleux gentilhomme ne l'eût pas bgbS* fisrt ; j'ouvris,
— Âfa! vous voilà par ici, monsîenrl UB^yspasàTevis en montrai vous découvrez tout. Entrez dcmCf puisque ▼008 avez éventé nos roses ; ia gamismi est inrète à se rendre.
J'avais pris mou air le plus riant et je tremblai» de peur.
— Quel est ce drôle, madame? demanda Monsieur en me montrant le eomte qui se cachait dans l'ombre et qui ne bougeait pas.
— Qui? cet homme! c'est un ancien valet du cerdean, qui est maintenant garçon bleu, et que j'ai placé ici. Il m'a suivie pour apporter différentsobjetsdemandéspar Madame, et il attend mes ordres, sans doute. -^ C'est bien, mon garçon, nous n'avons phis besoin de toi, retourne éttez M. le marédisd de Gramont, et porte&-y la petite caisse que je t'ai montrée. Pardon, monsieur, c'est une iH'ave cré»tare, mais c'est une brave créi^nre, mais c'est ufi sot aecompli. Entrez donc.
Monsieur hésita, comme si un soupçon le retoiail, il vit partir le comte et le suivit des yeux. J'eus un moment terrible : vers le milieu du corridor, un jour tiès-brillant arrivait par une fenêtre élevée, l'obscurité n'en était que pins vive tout alentour. Guiche passa dessous et ftit édairé des pieds à la tète. Monsieur l'examinait, il l'e&t reconnu peut-être, sa présence d'esprit nous sauva: il se baissa juste à cette place, ramassa {M^édeusement une épin^ qu'il piqua sur sa manche en maronnant. Ce trait de caractère et cette
84 TIC BT ATENTimiS
tranquillité 6tërent tontes les craintes, si toutefois le prince en avait conçu.
Il passa donc derant moi et s'approcha de Madame, qui minaudait au miroir, à moitié coiffée.
— Quoi ! pas plus habillée que cela! On va vous attendre, et j'en suis charmé. Le roi se guérira peut-être ainsi de cette rage de vous mettre où vous ne devez pas être.
— Gomment cela!
— Je suis venu exprès pour vous donner avis de ce que j'ai pensé. Vous ne danserez plus de ballet.
—Gela m'amuse trop, j'en danserai encore.
— Vous n'en danserez plus, vous dis-je. La reine en danse-t-eile?
— Non certainement, jamais. Elle s'en meurt d'envie; mais le roi ne le veut point.
— Pourquoi feriez-vous autrement qu'elle? Pourquoi vous exposer sur le théâtre comme les historiens?
— Mais le roi, mais Mademoiselle, mais bien d'autres princesses, mais vous-même !
— Tout cela n'est rien, c'est vous. Ma mère me l'a bien montré ce matin : le roi veut marquer une différence du tout de vous à la reine ; il vous fait danser pour la divertir, il vous mêle aux autres dames, il n'y a plus de distinction, c'est un parti pris de vous humilier.
— Mais, monsieur. ...
— Vous ne danserez point.
— Songez donc...
— Non.
Il continua sur ce ton une demi-heure, et je vis le moment où il nous enfermait. G'était là une nouvelle invention de
la reine->iuère pour brouiller le roi et Madame ; sa jalousie et sa haine ne peuvaient être satisfaites à moins. En rendant Mmisieur Tinstrumeut de ses coups, elle les portait plus sûrement et leur donnait une apparence de raison. Philippe le croyait comme un oracle, rien ne put jamais balancer le pouvoir qu'il avait sur lui, et sa mort seule y mit un terme.
A force de )H*ières, nous arrachâmes la permisêion de ne rien déranger à la fête, mais sous la condition que ce serait la dernière fois. Madame le promit, il me semble qu'elle l'a tmu, mes souvenirs ne sont pas très-présents à cet égardlà, j'en ai tant d'autres!
Ce fut le temps que la cour quitta Fontainebleau et que le pauvre M. Fouquet donna sa célèbre fête. Madame y fut, Uen entendu, et nous tous aussi. Le comte de Guiche obtint d*y paraître, ce qui le combla de joie. Il avait les habits les plus galants qu'on pût voir, et Puyguilhem était admirablement ajusté aussi. Un des remarqués fut encore le comte de Charny, qu'on appelait en riant le fils de Louison, Il ne pouvait s'en taire et dégainait à chaque instant pour cela. U eut même un duel à Yaulx qui fit le plus grand bruit possible et dont Mademoiselle se mêla. J'en étais la cause et Louison le prétexte. Il ne digérait point un comte de Médina, admirablement beau, et qui me suivait partout. Ce Médina eut le malheur, en jouant dans leur chambre la nuit, avec une vingtaine de gentilshommes, de l'appeler fils de Louison. Il lui en coûta un oeil, que Charny embrocha fort proprement de sa rapière.
J'étais heureuse et tranquille alors, ne prévoyaat pas l'orage qui grondait autour de moi. Tous les Grimaldi de
96 TIS ET AfCNtOREft
l'espèce s'étaient lignés, j'âais grosse et Ton ne t^ofââit faire faire mes couebes à Monaco; pour montrer aa peuple rbâritier de leurs souverains. On ne m'en soufflait mot, je ne m'en doutais guère. Je me croyais solidement établie dans ma place et hors de toute atteinte. Pour me naienx ménager même, je me retirais des intrigues de mon fr^^ ; j'affectais de ne pas m'en mêler du tout , afin de poUToir m'en 6ter les mains nettes en cas d'exclusion. Puygailhem ne m'avait jamais plus aimée, il ne s'occupait que de moi. J'étais heureuse.
M. Fouquet faillit être arrêté à Yaulx, on le sait de reste, mais la reine-mère, qui le perdait à l'instigation de m»dame de Ghevreuse, obtint du roi qn'il ne se manquit pas à lui-même et qu'il ne le ftt prendre qu'à Nantes, où la nom se rendait. Madame de Qievreuse était mariée en secret à un gentilhomme nommé de Laigues, parce que personne ne la voulait plus autrement. Ce fut ce gentilhomme, mal coi^ tent du surintendant, qui le ruina. Madame n'en sut rien qu'avec le public.
On parlait donc d'aller à Nantes ; je faisais mes préparatifs quand mon père entra chez moi un matin et me dit, tournant autour de mes coffres selon son habitade :
— Voilà de beaux atours, ma pauvre fille, mais, hélas I ils ne verront point le pays que vous croyez.
--- Gomment celât
— Vous emballez ces ajustements pour suivre ki cemp, eih bien! vous ne la suivrez pas.
— Qui m'en empêchera?
-- Messieurs de Gimaldi.
~ AUOBS donc !
DE LA VftniOlMB »I VONACO. VT
^ TmI m prCi, ma chiro duchfisse, «riat hntt jom, IM v<nu» le vottlies oa noa , tous serez oi fonte pour MoBaeii.
Je restai interdite et je ma mis à trembler. Cependaal, eoeme il n'était pai dans pum caractèore d*èlre longtemps al)attae, je me levai précipitamment, et m'avaocani vera le mréAal :
^ Vwa sonffrûres eela» toqs, moii«eiir? iQi dîH^ en
iorie^
— MM. de Monaco ont écrit m roi , lequel m'en a pr^ venu bi^ aa coiii^r. Mcmsieur f a conienti i»ur<*le-<baiap, ja a'ai fim rien k faire qu'à m'bunUliw*
— Eh bien ! moi je ne m*humilierai pas et je ne piurtirai point.
•^ VûQS partyrez.
m^ Vous m'aviez promis.,.
— Que vous n'habiteriez pas Monaco, et je vous le pro- Mto enc<»re, mais une fois, mais cette première fois, je ne pais vous garantir, il y faut aller. Restez-y le moins possible, revenez ensuite, et je vous proteste que vous n'y retournerez plus. Que diable ! il faut être raisonnable, aussi, et ae pas exiger l'impossible.
— Je me jetterai aux pieds du roi.
— Vous ferez une sottise inutile.
-^ Abl loon père, mon père j'en mourrai.
— Point. Vous reviendrez plus belle que jamais, ayant fiût votre devoir en donnant un héritier à la maison de votre mari, et ensuite vous régnerez ici, saus qu'on vous touraeate de nouveau.
Je ne pouvais m'empécher de jeter des larmes, à quoi
88 Tll BT AYBMTVRKS
mon père ne faisait niiUe attention. U continua à me prêefaer de la sorte tant qu'il lui plut, puis il s'en alla, et oomme M. de Yalentinois arriva aussitôt après, je vous laisse à penser comme il fût reçu. U écouta tout avec la plus grande patience, jusqu'au moment où je lui déclarai que je ne partirais point.
— Ah! quant à cela, madame , c'est autre chose. J'ai l'ordre du roi, la permission de Monsieur et du maréchal, vous partirez, dussé-je vous lier dans votre carrosse.
— Me manquer à ce point!
— C'est un parti arrêté ; mettez-vous en mesure, nous quitterons Paris deux jours après la cour, seulement nous prendrons une autre route.
— Quand reviendrons-nous?
— Dans quelques années, ma présence est nécessaire à Monaco ; d'ailleurs, une fois que vous connaîtrez le pays, vous ne voudrez plus le quitter.
— Ah ! fi ! l'abomination ! je sais ce qu'est votre Italie, j'ai vu les lettres de madame Royale et de madame la grande duchesse, lesquelles gouvernent autre chose que la principauté de Monaco.
— Ces princesses, me répliqua-t-il d'un air tendre, n'aiment point leurs maris.
Et moi donc ! Comment pouvait-il s'y tromper? Ce qu'il y a de sûr, c'est que je n'y tâchais pas et qu'il se trompait bien lui-même.
U fallait maintenant tout dire à Puyguilhem, et ce n'était pas le plus facile; il fallait prévenir aussi Madame et mon frère, ils allaient jeter les hauts cris. Bien que je ne me mélasse point de leurs amours, ma présence seule était une
sanvegarde. Je m'apprêtai donc à ces deux expéditions ; je n'eus pas longtemps à attendre. Puyguilhem passa chez moi de bonne heure.
n me trouva encore en larmes. Quant à lui, s'il ne pleurait point, c'est qu'il y avait en lui plus de fermeté que de tendresse, quand l'orgueil et la colère ne l'emportaient pas.
— Je vous suivrai, me dit-il sur-le-champ.
— Et comment? sous quel prétexte?
— Je ne sais, mais je vous suivrai.
Je l'aurais adoré pour ce mot seul.
Bien des gens ont blâmé mon sentiment, beaucoup m'ont accusée à tort et à travers ; c'est que nul ne pouvait savoir, excepté la femme aimée, quel charme immense il y avait en lui, comment il traitait la femme aimée, tant qu'il l'aimait, hélas! J'ai quelque expérience, jamais je n'ai rien rencontré de pareil. Mademoiselle ne l'a pas fait pour rien comte d'Eu et duc de Montpensier.
Nous passâmes deux heures ensemble, ce fut un éclair. Il me promit' de tout arranger pour nous séparer le moins possible, je me consolai quelque peu. Ensuite je me rendis à mon service. La prmcesse savait déjà la triste nouvelle, elle vint au devant de moi en pleurant.
— Yous reviendrez bientôt, chère duchesse, je ne saurais me passer de vous, et votre frère vous aime tant!
Je savais à quoi m'en tenir sur le grand amour de mon frère ; je ne m'en tourmentais point, et cela seul, au contraire, me consolait un peu démon départ. Je reçu$ de tous eOtés des compliments.
— Vous allez régner, me disait-on.
Je ne songeais point au trône, hélas!
90 TIB BT AmitVtES M LA nillCBSSB M MONACO.
Uaotkm ymt à oioi d'un air joyeux.
-*- Je TOUS laisse partir, mécbaQte, j'y trouve mon compte de denx façons.
— ' Monsieur , je tous en eonjore, n'écontei point ces billevesées sur le eomte de Guidie. Malgré sa Yivacité, c'est le plus dévoué de vos serviteurs.
— Oui-dà, duchesse! vous me prenez pour un antre. Je sais ce que j'ai vu, et rien ne m*en fera d^iartir.
— Si vous m'aimez, pourtant , ma voix doit être puissante sur votre cœur.
«-* Vous vous moquez de moi, et vous aides les antres à en faire autant.
~ Vision.
— - Madame la duchesse, je ne vous crois plus;
— Monsieur, je suis, ou plutAt, j'étais votre meiHeura amie ; mais d'après un pareil traitem^t ne comptez plus sur moi.
— Gomme il vous plaira.
Mous nous séparâmes brouillés, ce qui ne me s^nbla pas d*uu bon augure pour les amours de Madame.
n &Uaît done partir! Nous en étions dans la désolation, Paygailbem et moi* Je fis mes adieux & la cour une semaine tvsmt de quitter Paris afin d'être tout i nous. Madame faidit en larmes, elle avait besoin de moi. L'intrigue de mou frère mardiait bien, mais, entourés d'ennemis, ainsi qu'ils rataient, qui pouvait me remplacer? ils couraient de grands dang^n», La Valli^re , et tout son escadrim de fiUes , gd*« Baimit la prinoesne, elle les craignait plus qu'elle n'en vott« lait ccmvenir, et était ainsi plus jalouse qu'eUe ne Tavouait de la ooavelle passion du roi, Elle eut bien raison de me pkvrer, ^[»rèa mon départ ils ne firent que des sottises; le flonte de Goiebe, avee tout son esprit, n'a jamaia su se oo&<* daire, à forée d'alambiquer sa vie et ses sentîmeots. Quant à Madame, son orgueil, sa coquetterie et son envie de do* ttîMr roQt toujours aveuglée sur eUMuème etsur les autres. Loreqae je pria eongé du roi, il me regarda fort, j'étais
trte^eUe» et je Tentendai^ dire :
91 TU ET ATBlITUftEft
-» Madame» rerenesHoous bieûtAt, et ne nous plus.
J'avais bien envie de loi répondre :
— Hélas ! sire, je ne demande pas mieux qoe de rest avec vous des à présent.
Je n'osai point, mon père ne m'aorait pas sontenne, etj n'étais pas assez forte contre tous les Grimaldi. Je sortis château les larmes aux yeux ; la reine-mère, qui se soui naît, me reçut par exception, eUe souffirait déjà beaucoiq^j son cancer, néanmoins elle se disposait au voyage de Nant Sa Majesté me recommanda à M. de Valentinois comme des fleurs de la eour de France, ce qui le raidit très-fier < moi fort peu soumise.
Je comptais les heures et les minutes et je les yoyi s'enfuir avec une douleur inseasée : un homme vaut-il ces regrets ! La pensée de m'en aller tète à tète avec M. Valentinois me glaçait d'ennui; qu'allait-U me dire pendanM ce long voyage ? Il me vint une idée et je me hfttai de la mettre à l'exécution. Sous prétexte de grossesse, je deman<« dai une litière, je voulus une litière, afin de m'y étendre k mon aise et de ne pas avoir face à face ce chien de visagi pendant deux cents lieues et plus. Je convins de n'y souffirii que Blondeau, mon indispensable. Mon mari s'en coosolà en emportant nombre de bouteilles de vin et en prenant avec lui une manière de chapelain qu'il avait, lequel s'inclinait devant son génie en écoutant ses sots discours avec jubila-tion. C'était aussi un sot homme.
Tout était prêt, il fallait se mettre en route. Je retardais néanmoins et je gagnai quatre ou cinq jours encore, sous prétexte de fatigue et de santé. Je ne pouvais m'arracher )
DB LA MilNCeSSE DE MONACO.
cet homme, que j*aimais tant, pour mon malheur ; enfin le moment vint, nos adieux furent déchirants, je me faisais mille fantômes, je croyais ne le jamais revoir, j'avais des pressentimeiils terribles et je ne voyais plus rien dans Tavenir, au-delà de cet instant fatal.
Je me couchai brisée ; on me réveilla dès l'aube, il me sembla que le ciel portait un crêpe comme mon cœur, le soleil n'était plus pour moi à sa place, mon amant l'avait dans sa poche. Blondeau mè remit une lettre, je reconnus son écriture ; je l'ouvris sur-le-champ, les yeux gros de larmes, et convaincue néanmoins que j'y trouverais une consolation. Celui qu'on aime ne console-t-il pas de tout avec un mot, avec un regard, avec moins que cela, avec une pensée ?
Cette lettre, la voici, je la copie. J'ai toutes ses lettres, et je les sais par cœur ; depuis ma maladie, c'est mon unique lecture !
e: Ne vous tourmentez pas, ne vous affligez pas, ma « belle duchesse, je ne vous quitte point ainsi, je ne saurais c consentir à nous séparer. Ne vous étonnez de rien, attenc dez-vous à me revoir daus un moment et sous un cosc tume où vous seule me reconnattrez ; pas un mot, pas un « signe de surprise, et nous nous retrouverons en dépit des e jaloux et des obstacles. Vous me connaissez, vous savez c ce dont je suis capable quand je veux, or, je veux ne pas < perdre ainsi les célestes béatitudes de votre sourire, et « j'ai besoin pour vivre, du rayon de vos yeux.
« Votre esclave, chère cousine,