‹ Vie et aventures de la princesse de MonacoChapitre 9 sur 13 · VIS PT AV^HTOMI · texte numérisé non relu

VIS PT AV^HTOMI

pauvra filto 1 et ce (ût là im Gwnw% bien révQl^tkudn^ assurer

Mon fri^ partit, bon gré mal gré. Vardes l'embartna en lui parauiMlant que i»a pré^eim fm^sait Madame. Dès fuUI fut loin, il sut mettre à piottt ealte abse^oe pour

s*insinuer, et maintenant je le dis, moi qui vais papattpe devant JMau, je le dia parée qu^ )a yénté m'attire et que je pe veux paa mentir, ^i Madame a aimé m bomme daus sa vie, c'est Vardea qui â oauié aa mprt, e-est Varies es^ qui doit porter devant Dieu le fardeau de sen ^ateoe^ détruite, et nou pas Guicbe, Vous en sere% bientatconvaiacua o^smie moi.

Mon (rère était un béros de roman à sa fagon, il n'aîmût que lui, mais il s'aimait tant, qu^il avait l'air d'aimer tes

autres, quand on n*y regardait pas de trop près* Il €^t d§s

gens pour lesquels les impressions tendres sont uue jouissance pbysiqu^, il faut bien qu'ils aient un sujet à qcs jouissances, les autres leur servent à cela. C'est un faw air d'attachement qui u^est que de l'amour de sot. Ouiirli» était de ce nombre. Mi»s ce mtoe earaQtère mim\ flmt l^i toute intrigue, toute ambition, il ne voulaît d'agHati^n que celle de Qiélie OU de Madame » et il n'eftt^ pas doimé les émotions d'im reude^^vous difficile pour ta e^uroimo 4e France. Ce u'était doflc PQmt uu amant daî^reuii Mpr une priiioesse, au cantr^re, il la détouruajt du mm des affaires, et n'employa jamais Tpmbro ^ »m crédit ui t^ lui ni pour les sieus.

Vardes, déyoré de tçfutes les passions pqssiblçs, éuergique, dominateur, persistant, aimait, dans Mad^mOf la princesse d'abord, la femme msuîte. U la Y9Hlffit p^éder

DE u pniiiaust DB Monaco. 219

ploft QtMre pouf la oonduire que pour en veeèvoir le benbeiir. i^ l'Ai Qûaau, Viirdea, j'ai pas^é avec iui viiigt*quatre b§ma d'rniQ façûn étrange, et eea vingt-^quatre heures W'Ont tout révi^lé aur oet hemme. SI j'eusse été près de Madame» je Ven aurais garantie ; je le flairais.

La rivalité s^étabtit autre lui et ktehavajlier de Lorraine, autve domluaut» La pauvre prineesse eu Ait la yictime ; ne pauvimt 1^ vaincre, aura tuée.

La oour alla h Saint-'Gerinain, et là commença une nonvelle intrigue de la comtesse de Soissons et de Vardes contre La Valliàre , el en y employa Madame, qui se laissa 1^. On vçulut donner au roi La Moth&rHoudanoourt ; ils persuadèrent à SaMi^estéque cette fille se mourait d*amour pour lu). Malgré sa passion pour La Vallière, il le crut, les hOUimea eroieut toujours ces chose^^là, et commença à eourir le^ gautVèrea avec Lausun pour Palier voir dans la fbaiubr€> d^ âUea. Madame de Navailles s*en aperçut et fit iliUer i^a ebemiuées ; ce fut sou coup de gr&ee, on ta ren-

Tçya i§ tondmaiu.

IbR (HaiAte I alora le eb^valier de Granent, était amouraw do La Malhe et quelque peu son amant ; on Te^a sans «lîaéri^oi^e* Q*eat alors qu'il alla en Angleterre, oft il H\ \^ Pfciuier seigneur du pays pour les galanteries et les (^içeSt II ^ revint le mari de ma^moiselle â*Hamilton bieu des auu^s «onte.

Tç(ut marebail donc en cette alfiaire contre la pauvre La YaUHre» qui pleurait d^ns son ooln et n'intriguait pas, elle, lorsque la reinet^mère, dont les haines sommeillaient et ne muraient point , découvrit lliistoire. Elle ne pouvait souf- ^ oadama de Soissons, qui, au temps de la minoritâ du

220 TIE ET AYBNTUltES

roi, avait élevé autel contre autel et lui avait enlevé wn empire sur son fils ; elle écumait tout dans les amours de notre sire. Elle eut la certitude que les marquis d'Aluyé et Bouillon , amis de la c<»ntesse , faisaient les lettres de La Mothe au roi, dont celle-ci n'écrivait pas un mot.

— Tenez-le pour certain, lui dit-elle, et voici d'avance la copie de celle que Ton vous remettra ce soir , dans laquelle , vous le voyez , on vous demande Téloignement de LaVallière. Vous comparerez vous-même, et vous verrez si je vous trompe.

Le roi, le soir, reçut la lettre telle que la reine la lui avait annoncée. Il la rendit séance tenante et la copie avec. La comtess'3 en pensa crever. Le roi ne revit plus La Mothe, qui afficha des regrets et une désolation inconsolables, et La Yalliëre respira un peu. Quant à Madame, toute sous la domination de Vardes, elle ne renvoya point d'Artigni, qui Tavait vendue, lorsque Montalais (Montalais n'oubliait rien, la digne fille ! ) lorsque Montalais, du fond de son couvent, eut découvert qu'elle était venue à la cour grosse, qu'elle avait un enfant et qu'elle trompait tout le monde. Elle envoya les lettres de d'Artigni même. Madame fit mine de la chasser , mais Vardes ne le voulut pas , et elle resta.

Le beau, c'est que Monsieur le chérisisait et n'en était nullement jaloux. Il trouva le moyen de lui faire tomber toute sa jalousie sur le prince de Marcillac , fils de M. de La Rochefoucauld , le même qui servait les amours du roi, dont j*ai parlé. Monsieur fit si bien rage, qu'il le força à s'en aller chez lui, ce dont il n'avait nullement envie, et Vardes, triomphant, commença à mettre madame de Châtillon dans ses intérêts , afin de ne se point brouiller encore avec la

Soîssous, qui lui pouvait servir jusqu'à ce qu'il fût assez sûr de Madame.

Je ne puis m'empêcher d'interrompre mes anciennes aventures pour raconter ce qui vient de m'arriver aujourd'hui ; je ne saurais penser à autre chose , et, comme je ne me soucie pas de le confier à personne , je le veux écrire, cela me soulagera. Il est merveilleux que je puisse encore tenir la plume après ce que je souffre depuis deux ans. Nagea ne me cache pas la vérité, je sais que je suis perdue, et si je ne le savais pas, la scène de ce matin ne me laisserait aucuns doutes ; sans mon caractère et mon insouciance de tout à présent, j'en serais morte de peur de mourir.

Je parlais l'autre jour de mon père et de sa cruauté ; depuis le commencement de ma maladie , il l'a exercée sur moi d'une façon épouvantable , il vient d'y mettre le comble. Décidément, je ne sais plus que penser de cet homme-là. Je comprends toutes choses, si méchantes qu'elles soient, lorsqu'elles peuvent rapporter gloire, plaisirs, honneurs ou profits ; mais les atrocités inutiles ! mais les tortures infligées à un cadavre ! ce n'est rien , ou plutôt c'est une lâcheté.

M. de Gramont m'entretient depuis un mois , dans ses rares visites , de son départ pour son gouvernement de Béarn. Il a presque l'air de me quereller de ce que je ne meurs pas assez vite , et il me reproche la quasi-obligation qui le force à retarder ses projets.

— Guérissez-vous donc , madame, dit-il , du même ton que s'il me conviait à me faire enterrer bien vite.

Ce matin il est arrivé de bonne heure. J'avais conquis une heure de sommeil et c'est pour moi plus précieux que

tous les trésors du monde. Blondeau l'en a prérenu, il n*ea a tenu aucun compte et a ordonné qu'on m'éveillât, sous prétexte qu'il était pressé; J'en ai souffert des martyres , dont il n'a point eu pitié^ au point de ne pouvoir lui répoiidre pendant quelques instants. Il A pris plaxsB auprès de mon lit, m'é beaucoup regardée, et puis il â commenisé aittsi :

•^ J'arrive de Versailles) ma âlldi

J*ai fait un signe dé tété.

J'ai vu le roi, et Sa Majesté m'a répété trois fois que jd devais partir pour mon gouvemanent , elle s'étonne que je sois encore loi. De sorte que « bon gi*é , mal gré^ il faut charger met carrosses.

•^ J'en Buis fâchée , mon père^ car nous ne nous revm*rons plus.

•^ J'espéraiâ ne pas être eontraint à cette extrëmlté } j'espérais que vous... guéririez, mais puisque c^ft traîne en longueur ^ lé devoir parle, je dois obéir.

^ Ge n'est pfts moi qui vous retiens , inousieurà

^ En vérité , tnft fille ) vous êlës uâe femme forti^ et il y (t plaisir k càuséi* av^ Vous en toU reconnaissant uu st grand courage. Que voulez-vous? c'est assez triste à Votre âge de plier un bagage encore si bien garni , mais le eomte de Gttlche est allé marquer les logis, je vous suivrai bimtôt , et il ne restera plus que Louvigny et sa sotte femme pour se moquer de nous tous.

— Vous resterez longtemps aussi , monsieur, vous avez bon pied, bon œil, bonnes dents, vous prenez les maux de la vie en homme qui ne les redoute guère ^ etj pour votre âge, vous ave2 le meilleur visage Qui se puisse voir.

r^ Parbleu « je vous remercie du compliment, ma dière

DE LA PhlUGESSe t>E MOMAGO. 2S3

princesse ; au moment oft vous voilà on ne farde pas la vérité) et quand on a vbtre fermeté d*eSprit on aime à Ten^ tendre^ Je vous la dirai donc tout entifere.

*^ Je TOUS éeodte) monsieur.

^ Eh bien ! chacun s'étonne que vous n'appeliez pas un confesseur, et votre belte-sœùr vous propose lé përé Bour-* daloue comme celui qui vous prepareî^a le mieui au grand passage , et que vous avez déjà vu, d'ailleurs.

-^-JeheSuis pas décidée encore t mohsieur, J^y songe, mais je veux auparavant achever certains arrangements d'aff^i^s, pour êlare tout à moh salut. Je sais ce que j'ai à vivrC) Fagon me l'a calculé , et je puis donner encore quelques jours au monde.

— Mais, du tout ! du tout ! Fagon vous trompe, ma pauvre fille , ëela presse. Le roi me demandait hier de vos nouvelles, et il a insisté fbrt sur la visite du përe Bourda» loue. Madame de Montespan et lui né pariaient d'autre chose. < Il faut qu'elle f^sse venir Bourdaloue, il n'y a que c lui ! » ont-ils répété , t et le plus tôt possible, Fagon c prétend qu'elle est fort mal. »

Madame de Montespan ! jusque sur mon lit de mort ce nom et ce souvenir doivent donc me poursuivre !

J'ai répondu au maréchal que j'aviserais, mes souffrances devant bien, en face de Dieu, me servir d'expiation.

— Tenez, ma fille, interrompit^îl, comme un homme qui se déboutonne malgré lui, pressé par l'urgence ; je vois que vous ne me comprenez pas et qu'il faut casser les vitres, c'est dur, mais c'est indispensable, vous n'en avez peut-être pas pour deux jours.. Il suffît de vous regarder pour en être convaincu. Regardez plutôt.

224 VfB ET AVENTORES

Il sortit alors son petit miroir de poche et me le présenta, mes yeux s'y portèrent involontairement, et qu'y vis-je, grand Dieu ! un dessèchement outrageant pour la nature humaine, par le dérangement de tous les traits du visage, une tête de mort g&tée par une peau noire et luisante, rien, rien, qui puisse faire souvenir de moi, pas un reste de cette beauté dont j'étais si vaine!

Je suis restée anéantie. Quoi ! c'est là moil moi, la princesse de Monaco I Moi, que tant d'hommes ont adorée ; moi, dont les poètes ont célébré la beauté; moi qui ai vu à mes pieds l'univers, c'est moi? Ah! que suis-je devenue? C'est une cruauté épouvantable que de m'en avoir instruite ; ma pauvre Blondeau avait eu plus de pitié, elle me l'avait caché , elle !

Lorsque le maréchal s'aperçut de l'état où il m'avait mise, lorsqu'il me vit prête à perdre connaissance, je ne sais s'il s'en repentit, mais il agita les sonnettes et appela mes gens. Blondeau ne se fit pas attendre.

— Ah ! qu'avez-vous fait, monsieur le maréchal ! s'écriat-elle, me voyant à la main ce terrible miroir.

— Ne fallait-il pas lui dire, mam'selle Blondeau? Et pouvait-on la laisser mourir comme un chien? (1)

— Madame ne mourra pas, monseigneur, elle va mieux, au contraire, M. Fagon l'a dit. Maintenant, permettez-moi de la soigner, je sais ce qu'il lui faut.

Elle réearta sans cérémonie et me donna les cordiaux

(1) Cette conversation incroyable da maréchal de Gramont avec sa fille, est relatée dans plusieurs lettres de madame de Sévigné et de Bossy- Rabatin, au mois de juin 1778.

DE LA PRlNGEftSB DE MONACO. 225

ordonnés par Fagon; je revins à moi-même, et j*eus un moment horrible, un moment qui doit être un avant goût de l'enfer. Je ne puis ni le rendre, ni l'exprimer. Ce qui me domina fut une haine suprême pour mon père, je lui souhaitai sur-le-champ, en moi-même,. de trouver à sa mort une pareille barbarie pour l'aider à partir; mais je ne lui donnai point la jouissance de cette douleur. Lorsque je fus un peu remise, je redemandai à Blondeau le miroh*.

— Non, madame, non, je ne vous le domierai point.

-^ Je le veux, et j'en veux un plus grand même. Apportez-moi sur l'heure celui de ma toilette.

Après quelques difficultés, elle a obéi. Je me suis soulevée et j'ai contemplé ce spectre, avec le plus grand sangfroid, en apparence, mais blessée pourtant jusqu'au plus profond démon être.

— Voilà, dis-je, une femme bien abîmée qui s'en va. Il ne m'en coûtera plus guère, à présent, de mourir tout-àfait, je sais ce qui reste de moi, c'est si peu de chose ! Monsieur, vous avez bien fait, je vous remercie ; je vous dois beaucoup ; après m'amr donné la vie, vous m'apportez encore la mort ! C'est bien ainsi.

— Vous êtes aussi courageuse qu'un maréchal de France, madame ; je voudrais que toute la cour fût là pour vous entendre.

Je trouvai la force de sourire.

— Pour m'entendre, je le veux bien, à condition qu'on ne me verra pas. Blondeau, envoyez sur l'heure chez M. Fagon, il est près d'ici, et on le trouvera chez lui en ce moment. Je désire lui parler devant M. le maréchal.

Et je changeai la conversation. Je me mis à parler du roi, II, 43.

9S6 tn tT AftlITDAfiB

de la cour, de ce qui iutéréftsait mon pèi« aumméâl qm moi et les siens. J^avais tant de traïutttfllité, qué lé tnaré^ chai s'en déconcerta, tl ne savait pltts que. me répondre^ lorsque Fagon entra.

Après les révérences obligées ^ lorsqu'il ^ptoth^ dd inoi, je le reçus en souriant et en lui montrant le ïniroir.

— En vérité, monsieur Fagon , lui dls-je , grâce à M. le maréchal, je sais ce que vous me cachie«j et c'est très^mal d'agir ainsi envers mol, qui suis Une de vos meilleures pratiques. Quoi! j'en suis réduite à cet êtat-ci, et vous me l'avez celé ! comme c'est mal à vous ! Aussi faut-il répaïCP vôtre faute et me parler franchement sUf le reste. Adssi bien, le plus difficile est fait. Vous m*éstime2 trop^ je lé suppose, pour penser que je prendrais encore la vie av^ un pareil visage. Combien ai-je encore de temps à sotiWir?

Fagon me regarda étonné , confus, ne sachant <}ue me répondre ; j'insistai.

— Monsieur Fagon, je vous demande une décîsito. Je M veux, il me la faut. Les gens de ma qualité et de ma sorte ne meurent point sans avoir des dispositions à prendre. Ne craignez pas ; voyons, combien ai-je de jours?

— ' Vous êtes loin de compter par jours madame la princesse.

— Ah! ah! c'est déjà mieux. Combien de semaines t

— Plus que des semaines, madame.

-* Vraiment ! ce sont des mois ! Vous verrez que M. le maréchal aura l'agréable sttrprise de retrouver sa jo/i> fille. Combien de mois donc, monsieur ?

— Au moins trois, madame la princesse.

— *Tto\s mois ! c'est une fortune ! J'ai le temps de tou

terminer m â*q)preiidrë au mmiâét» que c'est q[tt'»fie tmmë de mon i^araetëre, kirsqu'elte le rm%. Mftint&imnt» mensieur Fagon, Yoâà &e mb in)tûp^z pbiutT

-- Malhenrôusement, madame , il est des matadies Sur lesquelles nous errons quelquefois) la sei^ce n*est pas iVN âttllible ; mais il iBti est d^àutres dont la marche est connue, réglée d'avancé. Gelie de madame la princesse est de ee genre. De même que lorsque vous m'areE interrogé^ Je nms ai dit j snr yoire demande, qu'elle était itlcurable, dé mteië je TOUS dis aujourd'hui qu'eue sera longue et que tous ar*riTere2) à la fin, à ne pluSi^ouflHr du tout: Je dois ajouter qu'il n'est pas mie seule femme à laquelle je voulusse par^ ter idnsi, et que je eonnais m^e peu d'hommes assez courageux et d'un esprit assei élevé pour entendre avec autant de calme ce que je tiens d'être appelé à vous dire.

-^ Il est vrai) répliqua le maréchal, ma fille est une rraie héroïne.

— Eh bien ! monsieur , maintenant vous pourrez répétm* à madame de Maintenon et au rd ce que vous avez entendu ; vous pourrez les tranquilliser sur mon salut et leur apprendre que je saurai m'en aller quand il en sera temps. Votre conscience de courtisan et de père est en r^os désormais.

— Vous raillez, madame.

— Je ne raille point, je vous jure, je parle très-sérieusement. Vous allez partir, n'est-ce pas? Disons-nous donc adieu tout-à-l'heure, pour qu'il n'en soit plus question , et que cela se termine le même jour. Je vous souhaite plus de bonheur qu'à moi. Dans ce qui vous reste à vivre, je vous souhaite la continuation de votre philosophie et de votre

228 TII ET ATENTCREft DE LA PKINGESSB DB MONACO.

bonne humeur: Je vous souhaite, enfin, ce que tous pourrez désirer, et je vous souhaite surtout des derniers moments a^ssi doux que ceux que vous m'avez faits.

Fagoiji était parti quand je parlai d'adieux à mon père, de sorte que nous étions seuls.

— Vous avez une fin digne d'envie, ma fille, digne du commencement surtout ; vous ne vous êtes jamais refusé grand'chose, vous avez bien vécu, vous avez mené un train magnifique et déplaisirs et de galants. La vie est donc pleine pour vous, elle n'aurait plus que la vieillesse à vous offrir, et c'est une triste compagnie. Â vous surtout on peut dire : Tirez le rideau, la farce est jouée.

Tel est monsieur mon père : sur mon lit de mort il plaisante, et son dernier adieu est un sarcasme. Comme il me quittait, il a voulu m'embrasser.

— Oh! non, monsieur, dispensez-vous de cet effort, on ne peut embrasser un pareil visage. Nous ne nous en séparons pas moins bons amis pour cela.

Il est parti , son mouchoir sur les yeux, afin de cacher qu'il ne pleurait point.

C'en est fait! je ne le reverrai plus... C'est mon père cependant!

Je terminerai ces Mémoires, du moins ce que je me suis promis d'écrire, car je n'aurai pas le temps de tout raconter, ensuite je ferai venir Bourdaloue, et tout sera dit avec le monde. J'essaierai de me donner à Dieu. Je suis fâchée de ne l'avoir pas fait plus tôt, il me répugne de revenir à lui en l'état où je suis, je lui fais un triste présent. Il est souverainement bon, cela est vrai, mais c*est lui manquer de respect que de lui offrir de pareils débris, le rebut des créatares, et le reste des passions. J'ai un courage qui m*étonnerait si mon orgueil ne m'était pas connu. L'orgueil seul me soutient et me dirige, l'orgueil me rend la puissance que la faiblesse humaine m'ôterait. Je mourrai bien, si j'ai mal vécu, je terminerai le rôle en fenune forte et sûre d'ellemême, je ne veux pas que personne le puisse mieux jouer quand je n'y serai plus.

ïe\y étais restée au moment où madame de Châtillon entra un peu dans les affaires de Madame, elle n*^ tint guère, parce que Yardes la craignit et l'évinça. Montalais« mise à

Fontevrault, par ordre de Monsieur, se désespérait, écrivait à Malicome des lettres désespérées, ainsi qu'à son ami Corbinelli; tous les deux avaient ses fameuses cassettes, et ils se résolurent à en faire usage pour obtenir quelque adoucissement à son sort. Voilà donc tout ce monde en mouvement et en marché pour ces lettres. Mon père même s'en mêla , mais Malicome ne les voulut point livrer qu'à bon escient, et Yardes, ami intime de Corbinelli, essaya de se le les faire remettre par lui pour en avoir le profit qu'il comptait.

Il se fit un mérite de ces démarches près de Madame, en même temps qu'il en prit prétexte pour demander une entrevue sefïTète. Elle eut lieu à Chailldt ^ pâi^ les soins de la mère de Lé Fayette, Tanciehûé tfiattressé de Lôuiâ THin, qtii âiiââtit fort Madame, l'ayâtit eue ehMt dailâ son couretit. Madame vit Vardes.seul à seul, hoïi-seulèmént là, mais éiF éôté ehe2 madame dé ChâtiUoti^ devenue itiadainë dé Mee^ këboui^ , et je isuis sûre qu'elle lui accorda ce que rtion f^rè n'eii a jamais eu. Elle m'a avoué elle*même, peu avant SA ïftortî qu'elle ôvalt aimé Tardes avec une Véritable pas-* sien, ati (mint de ne M rien refuser.

Pendant ce tempis, 11 la trahissait de tcms lés cÀtés , et atec tous. Il 6'etàit mis dans sa éoiïfldencé, ati pdiht ^*âié foi montrait les lettres du roi d'Atigleteite, son frërt, rt qttll avait Vék dé la soutenir contre liotre sire, à hôùs, àii* quel il portait ces inêtiies lettres, dont il lui vendait tels se^ crets. Ensuite, il écrivait à Guiche que Madaibe le trompait pour Marcillac, en même temps qu'il desservait Marcillac auprès du roi et de Monsieur pour le faire ehasscar , ce qui eut Heu une seconde fois. Il ateuglait la comtesse de Sois*

DE LA PRtffOBMfe M MONACO. 131

9éùi qé'il ^ârMrit) et pw érainte et p» htûaMMè) ai poini â0 la fail^ milrer dans ses intriguM oonti^e mon firëre, et iê Yêïêèt à persuader Madame qu'il la croyait amoareuM da MarciUac, et qu'il n*en voulait pltts ehtëhdre parler.

Stir éea entrefhites, le roi alla en Lorf aine ; il reçut mon fr^e Àtec une faveur inaecoutumée, il le mit dé sas p«ti-' Mkts, et lui fit raconter Thistoire entière de Madame et jarer qu'il ne la rererrait plus. Pour preure, mon frère fit la eour à madame de Grancey » la même qui est aojoiird'liuf la maîtresse de Monsieur, et qui trônait eh Lorraina fc son cbapitre. Madame le sut; Yardea ûdânt, elle itfi éorivil ttfla lettre pleine d'aigteur^ et lui défendit de jatAais pfoaoneér aon nom. Stir quoi Guiclie, après la prise de Màrsai^ Joua le désespéré, s'en Ait se battre en Potogne et s'y eoh* doistt atee grande vaillance. Il y eut été tué sans un groa niédaiHon où était le portrait de Madame, qui para leeoiç» On fit de ce portrait Un étalage romahesqoe ; pour èti^e Juste^ f ajouterai quMl le montrait h tout venant, et que Hongrois, t^Monais et Turcs le crurent l'amant de madame Henriette, ée qui n'était point, en ce moment du moins. Plus tard... e'est possible, je ne crois pas.

tardes avait donc éloigné Gtdebe, Maroillaé } Il voulut êloi^r audsi les favorites et se serrir des unes pour dé^nk^ les attires. Madame de Meckelbonrg résista plaa \mg,«mp»i mais madame d' Aimaguae, madame de Montespan ne duré* rent guère. Il fit agir Monsieur, qu'il menait en laisse ^ on obtint du roi qu'il ne s'en mêlerait pas, et la prineësse restait isolée, le ne finirais pas si je vous racontais les Intrigues qui se crois<yent : c'était un vrai réseau daoa lequel Madame était prise et dont Vardes tenait les boute*

23S' TU BT ATIHTDUS

Ils 86 voyaient diftqne jour encadiette. Madame de Medcdboui^, bien que Bladame ne loi montrât plus la même amitié, continua à les servir et à les recevoir comme par le passé. Madame en était folle.

Qne se passa-t-il dans l'esprit de cet iHxnme? Je n*al jamais pu l'expliquer ; mais ce qui est sûr, c'est qu'enveloppé dans ses filets comme il l'était, c'est qu'aimé de la plus charmante princesse du monde, au risque de se perdre, il lui revint le caprice de madame de Soissons avec son grand nez, et qu'il se redonna à elle au point que Madame ne put s'empêcher de s'en apercevoir.

n n'alla point au rendez-vous, il se retira peu à peu, non des confidences, car il voulait tout savoir, mais des privautés amoureuses, n'étant que juste ce qu'il fallait pour ne pas rompre. Il y mit tant de néglig^ce et de maladresse que ses Ocelles parurent, que chacun commença à s'apercevoir des fourberies, et que l'on se défia.

Madame avait le défaut de trop écrire, ses lettres étaient par douzaines, et elle y disait tout. Yardes montrait au roi celles où il n'était question que d'affaires, ce qui livrait les secrets de tout le monde et amenait de grands inconvénients.

Un soir. Madame était conviée à dfaier chez la reine-mère, en cérémonie; elle n'y allait guère autrement, avant de s'y rendre, on était à Fontainebleau, elle passa dans l'appartement de madame de Meckelbourg, où Yardes devait l'attendre. Elle était fort parée de jayets, ce qui lui séiait à merveille, avec ses cheveux et son beau teint. Eile se sentait fortgaieet sortit presque enchantant. Yardesy était, en effet, mais tout l'opposé d'elle, triste et sombre. EUe lui demanda ce qu'il avait.

— Pas grand'ehose, madame, je sais seulement que vous ne m*aimez point et que nous ne pouvons durer longtemps aux termes où nous en sommes.

— Je ne vous aime point ! d'où vient cette belle imagination-là, et que fais-je ici, s*ii vous platt ?

Lui, déterminé à lui chercher querelle, lui dit amèrement :

— Ne sais-je point où vous en êtes maintenant avec le roi?

— Moi!

— Oui, oui, Madame, vous êtes en Tétat qu'un honnête homme n'ose point croire à ce que vous dites, avec vos fourberies.

Rien n'était insolent comme Yardes, si ce n'est Lanzun. Madame se leva.

— Je vous quitte la place, car je vois un parti pris de m'injurier, quoique je fasse, et c'est bien vous qui ne m'aimez plus.

— Vou&ai-je aimée seulement?

— Je crois bien que non.

— Suis-je fait d'un air à me jeter à la tête de tout le monde, et me faut-il partager ma maîtresse avec les souvenirs de Guiche et les familiarités du roi?

— C'en est trop, monsieur, répliqua la princesse outrée de tant de hauteur impertinente, et je romps avec vous pour jamais. Quant au roi, je vous permets le rôle de Ghabanier, et pour le comte de Guiche, il saura les services que vous lui avez rendus. .

— Les saura-t-il tous. Madame?

— D saura ce que vous valez, et moi je le sais désormais.

934 Tit Et AYfiNTfJftES

Elle sortit plus en colère qu'elle n'était entrée joyeuse.

Au dtnér cbez la reine-^mëre, qui dès-lors ne mangeait point et épiloguait tout le monde, quelqu'un vint à parler de rarmée de Pologne, de letirs misères et de Tétat aiTrëui où ils étaient.

— Rien n'est plus trai, dit lé comté fiuplëèiâfô, et j'ai tu tahtdt la tJAaréchalë de Gramôut tout en larmes, pleurant le comte de Guiche, qui certainement n'en reviendra pomt.

Madame, à qui son dépit contre Yardes donnait de la bonne tblonté pour ëoh rirai, M saiisie. ËUé ne répotidit rien» mais, en sortant de table, elle rencontra sod infidèle, qui, comme les autres, avait tout entendu, et lui dit :

-^ Je vols que Vous A\et raison et que j'aime le comte de Guicbe plus que je ne pense.

^ J'en étais feûr, et cela étant, vous u'avez rien à me reprocher.

A dater de ce jour, tout fut terminé entre eut, et cela parce que Vardes ne voulut poirit recottîttliBnéer, car pour Madame elle y serait venue, tant §à faiblesse était grande pouk* cet bomme. Elle Taibiait en dépit d^elle-mèibe avec son cœur, tandis que sa lêié seule et ses romans s'excitaient pour le comte de Guiche ; elle me l*a dit ceiit fbis elle-inême.

— Je n'ai eu d'inclination naturelle que pont ce fripon dô Vardes ; le reste, c'est-à*dire lé roî dé Guiche, je me le suis donné comme Un jeu, une ambition et une vanité.

Vardes fut son Lauzun à elle ! Au fait ils se ressemblaient en plus d'un point.

Madame, je l'ai dit, était un de ces caractères versatiles et excités tout à la fois, qui prennent tout passionnément et qui oublient promptement ce qu'ils avaient adopté au§âi

DE LA PniNGE^SB DB MONACO. 9WI

vite. Ce sentiment pour Yarde» se caUha, il ne lui en resta gnère que l'envie de se venger de ce méchant ma^quis^ et de le puoir de la préférence inouïe qu'il accordait au nez de iQadaaie de Soissras, sur son joli et eharmmil viâfigé. hé comtesse qui n'Uvait rien dit tant qu'elle avait eu Bnjet dé parkur s'imagina d'être ialousO) lorsqu'il ne lut plus Uffiips. EUe était malade, et pria Madame de l'uUcar vw. GeUe^d n*y manqua point, bien qu'elle la détestàti mais dans Tespérance de lui jouer quelque bon tour, et de lui dire son Mt doncement* Rien ne poavait être plus favorable, om* madame la comtesse abordadroit l'entretien. Ëite seplaignîtàMâdame de 06 qu'elle ne l'aimait point, elle qui lui était si dévouée.

^ Je ne vous ûime pas 1 dit la pHnce^de ; en vérité, madame, je ne vous comprends point; qtioil ]ë he vdîis aime pas t et qui peut vous fairo penHer que ^é sute aussi iB§i*atet

— Ingrate est bien le mot ; tnoi qui vous sulfe si téndi^eniettt et respectùeuisement dévouée. Cepeiiddiit je he nie plains pas sans isùjet, soye^-^èn sùrë, et je éaié très-bled de qte je dis.

— Chansons que tout ieela.

— Chansoi^s! Votre commerce depuis trois ans avec H. de Vardes, lorsque vous n'ignorez point ce qu'il m'est^ et, à mon insu!

. ~ U n'a tenu qu'à vous de le savoir, je ne l'ai pràit caché.

'^ Vous l'avez caché, an eontraire^ à moi surtout. 6i c'est galanterie, c'est me faire un tour bien sensible; si ea 9"^! (fUi de i'amitié, je ne m'^pUque point comment vous

236 TIK ET ATENTURES

pouvez me la dissimuler, sachant combien je suis attachée à vos intérêts.

— Allons donc! ma chère comtesse; vous êtes folie. Jamais Yardes n*a eu pour moi qu'une préférence où l'ambition avait plus de part qu'autre chose; mais il vous aime plus que vous ne le pensez, je vous eu réponds ; il ne vous quitterait pas pour les plus belles.

— C'est-il certain î

— Je vous en réponds.

— Et vous ne me comptez point faire de peine?

— Rien n*est plus loin de ma pensée.

— Eh bien! souffrez donc, madame, qu'on aille quérir Yardes dans Tinstant, et dites-lui, en ma présence, que vous ne voulez plus avoir de commerce avec lui que par moi.

— Ah ! pour cela, de tout mon cœur, je vous assure.

Yardes arriva. Les trouvant en présence, il fut mortellement embarrassé, ne sachant trop si ces amazones ne s'allaient pas ruer sur lui et si elles ne le prendraient point pour le déchirer, comme les nymphes de Diane. La comtesse lui expliqua ce dont il s'agissait. Il resta interdit, ce qui eût dû lui donner à penser, mais elle ne s'arrêta point aux apparences.

— Je n'ai point fait de difficultés à vous dire cela, monsieur de Yardes, continua Madame, et je ne sais pourquoi j'en aurais fait. Nous ne nous sommes ni dit, ni écrit, aucune chose que la comtesse ne pût connaître, et je ne m'oppose pas à ce qu'il en soit de même à l'avenir.

— Madame sait bien qu'en tout point je suis son humble serviteur.

— Yous me l'avez iH*ouvé| vous me l'avez prouvé, et je

n^m doute pas, la comtesse non plus, elle peut être sâre...

— Je ne sais quoi me dit que vous me trompez, et que, s*il n*y a plus, il y a eu quelque commerce amoureux entre vous,

— Madame la comtesse, dit Yardes en se levant, comme je ne veux ni manquer de respect à Madame, ni quereller avec vous, je vous quitte la place, ne pouvant entendre discuter un sujet si délicat en ma présence. Je reviendrai plus tard, et je ne vous trouverai pas de si méchante humeur.

— Non, non, au contraire, interrompit la princesse trèsvite, c'est moi qui m'en vais, et vous vous arrangerez pour le mieux; j'ai dit ce qu'on a voulu, je tiendrai ce que j'ai dit, on n'en peut demander davantage. Madame la comtesse sera toujours entre nous, elle entendra nos secrets.

— Oui, dit madame de Soissons tristement, quand les oiseaux sont envolés, ou ferme la cage.

Madame sortit en riant comme une folle, ce qui déconeerta les amoureux, mais elle ne riait pas des lèvres. Yardes fit mine de l'accompagner, elle ne le souffrit pas, il faUait qu'il fût pris au piège et qu'il entendit les doléances de la comtesse, ce qui ne manqua point. Elle le tourna et le retourna si bien qu'il se coupa. Ce furent alors des cris et des plaintes qui le touchèrent et achevèrent de lui perdre la tète, n avoua tout.

Madame de Soissons tomba en syncope, et fit appeler Madame en ajoutant qu'elle se mourait. Madame y courut, ne supposant point pareille chose. Elle fut reçue de façon à lui faire regretter d'être, venue.

— Madame, il m'a trompée pour vous , mais, sachez-le bien, il ne vous aime pas, il ne vous a jamais aimée, il vous

* lis • VIB Ef AVENTURES* '

« iMUe tout te temps, il vous a desservie près du roi, il lui /a li^ tous vos secrets et à moi aussi, appelez*vous cela 4e Tamourl

Quand Madame vit qu'elle le prenait ainsi, et que Vardës s^était conduit de pareille façon, elle ne Pépargna pas non plus ; êUes se mirent à défiler leur chapelet, à raconter comment chacune avait été dupe, et découvrirent des tromperies qui passaient Fima^ination.

La comtesse ^*écria, dan$ son désespoir :

— Je ne le reverrai de ma vie! c'est un monstre !

Je vous jur^ qu'elle le r€Yit ef qu'il g'y çiçit de f^m ^ Iw faire rétracter gpu mot.

Juste; ei| ca teiup», mou (rôi^ revint de Pologne, MQi\^iç¥r peTOil qu'il yepfU-Al h \9^ mw ; îïisu^ il ?^igea qu'il ne se trouvât point aux endroits pu iiev^it ^f^^fUi^et U é|^.| }4$n tgoq^ ; ;ipr^s Vayoir laissé aiwoF mir Yardi^.

l»9 Cttnt« da 61^9 IM) donna des ajira d'aBuuii mallmifim 6i\ fiSfMt ; mtia, en particulier^ il s'en donnait da la iHPMi CwdO »v^ Stosa?» MalîBome, cbi Lude, ^t tous |es pauvw iiwU de la cour. Çbapiu hii diai^t tue Madame mmi Vftpd^, Q B'tn ¥<ittlalt pa^ oouraiir par orgueil, mtis il m ^vAit un« p«iui^ trèa^veoneevaMa.

Cependant celui-ci, j'entends Yardes, qui voulait s^xeu- ' sen ^ ne se point brouiller, lui conta les choses de feçon à le laisser dans le doute du Mt véritable, et à ne pas savoir sHl en devait tirer vengeance ou non. fout le monde s*èn mêla, madame de Meckelbourg surtout ; on les accommoda par ordre de Ma^me, qui défendit qu'ils se battissent; SMûa Qukhe ne se tint pas^ pour satisfttt, -pasdaut qae

DB U pi||lKl««8« D« HONAGO. ISP

m^ et n^pblHH pi^i i^ fiw^mv de douleur.

Madame sut maintenir le roi dans ses intérêts, malgré lâs p^rfi^îep de Yeirdes, qui se pous^èrani ait àmà&f point. ^^AmQ et <9pu frère trq«¥toeAt i^ey^ii d^ iâ raemdm» A nna p^tie ^e masqua, o^ MoQ^ieur im vimH lui-^aiteie

lans le r«^i)i|4|ttre. Cet(^ entrevue fi^t fort tendre* Mon fr^e nKwtrK ^oe passion eiLtreeidipeirei et ta priomM, Wi «Y^t r-efufié et ^a lettres et de le voir eliea la eomtesse de GreqipQt, me tante, réeenta avec d'autant plus de plaiairi Qu'elle était furieuse poatr^i Varde^, qui tenait eimtre elle des discours infâmes, et qu'elle venait de faire inettre k la Qf(^tiii0, pour renTpyer ensuite à son geuvem^nent.

La emnteise de Soinsous, (parugée de la perdre pu* le ftnt de Maden^, ^'eo yengea sur le comte de GuiiAe, et Teeeusa 4>voir youIu livrer Dunkerque itus Anglfus , aims complu lA lettre ^spagneie, qu'elle eut U Itobe meleâreaee

dç ll4 puttre tgute m le dQS. Steimnsemwd le rei s'échappa devant Madame : il se montra furieip^ WAV% le

p(pt^ de Guielif et le plp el^gé du mende à bi opmtesse de Sonisonee Madapnet eieri , n^y tint pluP) elle Metf . Slie

dit au roi qu'on l^ peuesf^it h beut, qu-cdle fiUeit alpr& dire

la vérité ; mais elle lui fit jurer qtaU'A eeeurdenut )» grAeeeu ^iM9 ^ CMie si elle lui preuveit omnUen lee &ates étaient petites en ees(pef eieon de qel)i^ de Vfu4es et deJa ^en^s«e,

1^ ^ le ppog^t. Sil§ ^vûue etor» Tintiipie 4e la lettre PH>i^ole, avee le» d^tailii, ce qui mit B» l(byeaté dene une furie telle qu'il n'en ^yfût îmim m di lemUaUe. U efn-

. Yi»i d8 AHier la S^nmnf^i il'^iter Vjiiidâe> et U tint pa-

rôle. Elle est tôt revenue ; mais Yardes est encore en exil et n*a pas mine de reparaître. Nous reparlerons de lui plus tard.

Mon frère s^ait resté, en dépit de tout, si le maréchal, dans sa terreur, ne l'eût fait partir pour la Hollande. En vain Guiche, en vain moi, qui étais à là cour, nous le suppliâmes de le laisser à Paris, il ne nous écouta pas. Mon frère en tiHuba malade; il voulait que je lui fisse voir Madame, mais j'avais déclaré que je ne me mêlerais point de ces intrigues, ni pour, ni contre. Il trouva alors à lui seul un expédient, . que je servis pour qu'il ne perdît personne, mais dont je n'avais pas eu connaissance. Il se fit faire un habit des livrées de La Yallière, et comme on portait Madame en chaise dans le Louvre, il eut la liberté de lui parler plusieurs fois. Le jour du départ, il ne manqua pas de se vêtir de son déguisement, comme de coutume, et de se trouver dans la rue. J'étais seule avec Madame, je le reconus, et je lui dis :

— D va partir, Madame, ce pauvre garçon, ne lui direzvous rien ?

— Je lui dirai que je le regrette fort, et que si monsieur son père m'eût voulu croire, il n'aurait pas cette peine-là.

— Madame, j'en vais mourir, je tremble la fièvre, et je n'en reviendrai assurément pas.

— Ce sont des folies que tout cela, vous en reviendrez, et bien vite, bientôt il n'y paraîtra plus.

— Madame, je m'en vais pour toujours, et avec la persuasion que vous ne m'aimez plus, que Yardes m'a chassé de votre cœur, si jamais j'y obtins une place, et c'est là ee qui cause mon plus grand désespoir.

•^ Non, non, monsieur, votre plus grand désespoir, c'est

de ne plus revoir madame de Grancey, qui vous est accourue rejoindre, ce n*est plus de moi que vous vous occupez.

Les voilà donc, elle coquetant, lui sophistiquant, sur ce degré, au risque d'être surpris, sans songer qu'Us se disaient un dernier adieu, taut le naturel est fort. C'était bien le dernier, car ils ne se sont plus revus. Us parlèrent ainsi près d'un quart d'heure ; enfin, la peur me prit tout de bon, et je déclarai que je m'en allais. Au moment de prendre ce dernier congé, mon pauvre frère tomba pâmé sur la montée, et comme il arriva quelqu'un, il nous fut bien forcé de partir et de le laisser en cet état.

Pour être vraie et finir cette histobe en son entier, j'ajouterai que, le soir même, il s'arrêta dans un petit village où l'attendaient Malicorne, Manicamp, Pomenars, je ne sais qui encore, qu'ils y firent une débauche enragée, et que Guiche raconta lui-même sa douleur et sa pâmoison, en riant de tout son cœur. Il se contrefit, il contrefit Madame et moi, de façon à amuser son monde, qui le répéta. Madame l'a su, elle m'en a parlé, sans en avoir d'autre fâcherie que celle de l'orgueil blessé. Je tâchai d'excuser mou frère, et ce fut alors qu'elle me dit :

^ Ne vous tourmentez pas dç cela, ma chère princesse, les choses ne sont pas et n'ont jamais été ce que vous et les autres pensent. Ce n'est pas votre frère que j'ai aimé sérieusement, c'est ce scélérat de Yardes. Avec le comte de Guiche je faisais un roman qui me plaisait; avec Yardes, c'était de la réalité et de l'histoire. S'il n'eût point été ainsi, il m'aurait conduite à mille folies, je crois que j'aurais quitté la cour, le roi. Monsieur et tout pour lui, à la façon des princesses errantes, comme dans les livres de chevalerie.

94â VIE ET ATENTCRES Bfl LA PHIHÔESSË DE MONACO.

— Vous parlez de romans, madame, êelui*)à les passe tous. Je puis vous assurer que Vardes y e&t regardé à daix fois, vous n'emportiez point le royaume d'Angleterre dans la queue de votre robe.

Depuis ce temps Jusqu'à son voyage d^ Angleterre, jusqu'à sa mort, à laquelle je n'assistai point, c'était en 70, pendant mon second et dernier séjour à Monaco, Madame ne me parla plus ni de Vardes, ni de mon frëre, qu'en termes généraux, sans confidence ni particulier. Elle eut, à cequ'on, prétend, quelques galanteries, mais je ne le crois pas. D est hors de doute qu'elle est morte empoisonnée par le chevalier de Lorraine et le marquis d'Efiftat. Le roi, à sa prière, avait chassé le chevalier de Lorraine, qui, en réalité, devenait pour elle d'une insolence extrême. Il ne le lui pardonna jamais, et il savait bien qu'il ne rentrerait pas «i grâce de son vivant. Il envoya le poison d'Italie au marquis d'Effiat, et d*Effiat le versa dans le verre d'eau de chiieorée qu^elle but malheureusement.

le la regrettai fort. D'abord j'avais près d'elle une qu|- Hté que je n'eus phis ensuite et que nulle n'aurait pu avoir, et, malgré les défauts que j^ai dits, je lui étais attachée. Mon f^re en afficha un grand deuil qui ne me toucha qu'à moitié, j'en conviens, je savais le dessous des cartes. Nous retrouverons le chevalier de Lorraine et ses intrigues, à la eour de Monsieur, plus tard, sous la seconde Madame, qui n*a point la même humeur et qui le souffre, mais il faut voir eemment \

Mon retour de Monaco tne plaça dans une bonne postttre à la cour, par la manière dont le roi fut pour moi. J*y étais de tontes le$ pairies, à caune de Madame, que je ne quittus pas, et de la bonne volonté de nôtre sire. La reine^^mère M UUrda pas à mourir, on la regretta peu. Le roi la plettra et MonsietU* aossi, Môdamé^ pas du tout! elle Bavait qu'elle ne Caîmait point.

Mon t)èfi% eut un petit débéire asset drdlè pour un iï&àx Gourlisën comme lui.

Il ne voulait point qa'on lui en parl&t, mais nous wâ nous eîi privions guère, et vôicl ee qui arriva.

La Yallière faisait de méchants vers ; le roi qui, à cette ^qne, en était tout^à-iUit etnbrelucoqné, se mit à en faire aussi. Il avait pour mattre Dangeau et Saint- Aignan, ce n*é- Uitpas le dessus du panier, enfin, tel quel, il s*en rappor«^ tait à eut. Il fit un petit madrigal assez plat, et, à son ré* veil, avisant mon père :

— Monsieur le maréchal, loi dit^l, lisez, Je vous pHb, oe

244 VIE ET AVENTUnSS

petit madiMgal, et dites-moi si vous en avez jamais vu mi si impertinent. Parce qu'on sait que j*aime les vers, depuis quelque temps on m*en apporte de toutes les façons.

Le maréchal les prit, les lut, et faisant une grimace de dégoût.

— Sire, Votre Majesté juge divinement bien de toutes choses, il est bien vrai que voilà le plus sot et le plus plat madrigal que j'aie jamais vu.

Le roi se mit à rire de bonne grâce.

— N'est-il pas encore vrai, reprit-il, que celui qui Ta fait est un fat ?

— Sire, il n'y a pas moyen de lui donner un autre nom. -— Eh bien ! je suis ravi que vous m'en ayez parlé si

bonnement, car c'est moi qui l'ai fait.

— Ah ! ah ! sire, quelle trahison ! Je l'ai lu brusquement, que Votre Majesté me le, rende...

— Non, non, monsieur le maréchal, les premiers sentiments sont toujours les plus naturels. Je m'en souviendrai et je vous remercie de la leçon.

Et il se mit à rire de plus belle. Mon père, confus, désolé, essaya de raccomoder sa sottise, le roi ne s'y voulut point soumettre, et 11 répétait toujours :

— Je suis un grand fat, vous l'avez dit, monsieur le maréchal.

M. de Gramont n'en dormit pas de huit jours. Nous étions allés à la foire de Saint-Germain avec Madame, lorsqu'on nous raconta cette histoire, et j'en veux dire quelques mots, parce quelle était alors si différente d'à-présent qu'on ne la reconnaîtrait plus. C'était une grande enceinte où Ton entrait par sept portes au moins, et où se trpuvaient réunies

DB Li raiNGESSE DE MONACO. S45

toutes les richesses du monde entier. Dans chaque partie on plaçait une profession, ce qui évitait la peme de chercher. Je ne vous parle pas des comédies de toutes sortes, des hétes savantes, des jeux de hasard et autres, enfin de ce qui attirait les étrangers de cent pays. Gela durait deux mois. Le peuple y était le matin, la cour le soir ou la nuit, toujours masquée et déguisée, dans des carrosses gris et avec des grisons. On se promenait ainsi dans les rues ; dans celles des orfèvres et des merciers, on achetait pour beaucoup d'argent, quantité de pierreries et d'habits, des meubles, des grands miroirs, comme la comtesse de Fiesque qui vendit une métairie pour en avoir un.

On allait dans une allée sombre à des rendez-vous mystérieux, et Dieu sait ce qu'il s'y faisait d'intrigues I Ou bien l'on jouait sous le masque, et l'on tirait à une loterie que le roi avait mise à la mode, de là on se chauffait aux feux allumés, car c'était en février et mars. Madame et moi nous y courions sans cesse, dès que Monsieur était couché, ou qu'il s'était sauvé, pour s'y rendre aussi. Il nous y arriva une drôle de chose ; pendant que mou frère emmenait Madame dans les galeries noires, je restais avec un grison à choisir une étoffe de robe de chambre. Un page vint derrière moi, et me glissa dans l'oreille :

— La veux-tu ?

Je trouvai la question un peu bien familière, et je me retournais pour lui donner un soufflet ; je reconnus le petit joli page de la Mazarin, ce chevalier de Pezou, qui, à cause du sang de sa mère apparemment, se trouvait là comme chez lui. Je me radoucis en le retrouvant plus jolie que jamais.

î46 r\t ti AVËSTtJftÉS

^ Otti d&, ^épottdiH^) ^^ !& dofifiet'ftis'-ttt ddttë ! et ftfëê qttot?

-*• Avec mon argent, parbleu ! ma gentille fioubrette 5 drôîs-tu done que ma grànâ*mère Gaticbe m*eii laissé tnatH querî

^ Ah ! ah ! je suis une soubrette t Qui te Ta dit ?

— * Ton pied, ton œil et ta tournure. Je sala même tdh nom et même à qm tu es.

— Dis-le tite.

— Tu es à une belle et imposante dame, que j'ai Yué Une (bis en Italie, dont le mari ln*a enlevé ma maîtresse.

— Voilà pourquoi tu veux lui enlever Sa suivante.

— Je l'enlèverais bien elle-même, si elle y daignait cotisentir.

— Halte-là ! beau sire, on n'arrive point ainsi aux grandes daines, c'est bon pour nous tout au plus.

— Ëahtbah! celle que je quitte n'y faisait pas tant de façons. Nous sommes très-bien partis ensemble pour ftome.

— Mais tu en es revenu ?

— Et le prince de...

— Tais-toi ! Nomme-t-on les gens ? D'ailleurs la dame était en fonds pour deux ce me semble.

— Ah ! oui, mais, je voulais revenir, je ne voulais point la stdvre en Angleterre, je ne voulais pas abandonner les idées qui s'étaient mises dans ma tête.

— Quelles idées ?

— Ah ! Je ne te les dirai pas, tu serais invliscrète.

— Je ne le serai point.

— Tu le seras.

DE LA PRÏNCfeâSË bt lidNAGO. ^41

— On voit que tu ne me connais guère.

— Je te connais plus que tu ne pensés.

— Oui sait ? dis toujours,

■— Eh bien ! je suis ici pour ta belle maîtresse.

— Vraiment !

— Oui, pour elle, pour elle seule ; depuis que je l'ai vue, j'en rêve ; je ne connais rien à lui comparer.

— Pas même moi, fripon ?

— Toi, cet autre chose.

— Gela fait delix jolies femmes au liett d'uhe.

n se mit à rire et à montrer deux rangs de perles, --à Je me contenterais biend*une.

^ De laquelle ?

ïl eut uii petit mouvement d'hèsltatîôn, et prenant ma main, que j*avais dégantée :

— De toi, ma foi ! cela me suffira ; voilà ùue royale

main.

— Ah ! monsieur 1

— Ëst-cê dit î veux-tu ?

Ce fut à mon tour de rire.

— Viens avec moi là-bas, sous la galerie des Féronniers , il n'y a personne à cette heure.

— Je ne puis, j'attends ma maîtresse.

— Ta maîtresse ! elle est-ici? où?

— Elle se promène plus loin, là-bâs, jô ne sais oh.

— Avec quelque amant? • — - Avec le comte de Guichë.

— Son frère?

n se mit à tourner autour de mol pour m*examiner et en se 'parlant à lui-même ;

148 YIE CT ATENTURE8

— Cependant. . . cependant. . .

— Que marronnes-tu tout seul?

— }e dis... je dis... Ahl ça te moques-tu de moi?

— Eu aucune façon.

— Tu me prends pour un niais.

— Je n'aurais garde.

— Ton bras, et partons alors, -r- Partons.

Nous allâmes aux environs ; je savais par expérience que Madame et le comte de Guiche ne revenaient pas de sitôt. Je le suivis une bonne heure durant, pendant laquelle il m*amusafort. Je savais bien qu'il me reconnaissait; mais je n'en eus pas l'air, ni lui non plus ; il me parla d'amour sous le nom de ma suivante, ce qui était conmiode et m'arrangeait tout à fait. Je n'avais qu'à entendre sans m'engager à rien.

Le lendemain, je revins seule à la foire de Saint-Germain, j'y revins plusieurs fois, et j'y rencontrai toujours ce charmant Pezou ; je ne suis pas bien sûre que nous n'en soyons pas convenus d'avance. Je continuai à le voir souvent jusqu'à l'époque où il suivit M. de Beaufort, son père, à l'expédition de Candie ; il y ramassa beaucoup de gloire, et lui seul peut dire ce que le duc est devenu. Il se peut que je le raconte, je ne sais s'il m'en donnera la permission et je ne voudrais pas le désobliger.

^ Une autre fois je trouvai à la foire le comédien Floridor, qui essaya de m'en conter. C'était l'époque de son procès, lorsque le fisc lui défendait de garder les privilèges de sa naissance, sous prétexte qu'il jouait la comédie. U gagna bel et bien : c'était un gentilhomme et d'excellente mine. Il

s'était jeté au théâtre par vocation et pour jouer les rois. Il fallait l'entendre là-dessus.

— Je suis roi pendant trois heures, disait-il, et je n'ai point les isoucis du trône. Je fais ce que je veux, je décide, je me venge, et, si je meurs à la fin, c'est de mon consentement. Âh! le bel état, madame! et que Molière a bien fait de laisser celui de son père pour prendre le mien.

Quoi qu'on en ait dit, le père Poquelin, que j'ai connu et qui tendait mes tapisseries, n'était point si fâché de voir son fils ou il était. Il maugréait seulement de ce qu'il n'amassait point, au lieu de dépenser, et aussi de son mariage.

— Gagner tant d'argent avec des paroles et des pattes de mouches, sans qu'il n'en coûte rien, et ne pas mettre un rouge liard dans son escarcelle, voilà, madame, mon grand chagrin, et vous en auriez bien autant à ma place.

Le pauvre Poquelin nous jugeait à son aune! c'«st bien là l'expression.

J'arrivai juste au grand carrousel, qui a donné son nom à la place devant les Tuileries et pour lequel le roi et les courtisans firent de si grandes dépenses. Nous mîmes les plus beaux habits du monde, j'étais couverte de toutes les pierreries de ma maison ; ma mère n'y alla point et me donna les siennes ; M. de Monaco m'avait laissé enipôrter son trésor; je fus certainement une des dames les mieux parées. Lauznn y était à la tète d'un quadrille, il avait pour devise : levais le plus haut qu'on peut monter, l'âme était une fusée. Mademoiselle commença à le remarquer dès-lors, car elle me dit :

— Vous avez là un cousin bien ambitieux. Qui sait? il y arrivera peut-être.

280 flfi Et AttMTVtiËl

• €e ne fut ni de sa faute, à elle, nt celle de Lauztm, si cette élévation s'arrêta en route; mais Dieu est juste, il m 1-tt {jas permis.

' Une personne avec laquelle je fis connaissance en ce temps-là et dont on a bien parlé, c'est là marquise de là ]lSaume. Madame la faisait venir en cachette de llDûsieur, qui ne la pouvait souffrir , parce qu'elle avait Uù goût merveilleux jpoui* les ajustements et qu'elle nous arrangeait des paiiires tout-à-faît singulièi^es.

Madame de la Baume avait été la maîtresse de ce beau duc de Candale, qui mourut si jeune et qui a tant tourné de tètes. Elle était k Lyon quand elle en apprit la nouvelle, et le désespoir la saisit. Elle détestait son mari, et le lui avait bien prouvé, tl entra dans sa chambre en ce moment, comme ses cheveux, d'un blond admirable, étaient épars. Jamais on n'en vit de plus beaux ; il se mit à les louer, et voulut encore louer bien des choses. La marquise, qui dévorait ses larmes, outrée de ces galanteries et ne sachant quelles marques lui en donner, prît ses cheveux et les coupa tout ras, en disant à son mari :

— Puisque vous les aimez tant, prenez-les et laissez-moi tranquille, aussi bien je n'en ai plus que faire 1

M( de là Baume l'a fait enfermer deux ou ti^is f<»a; ^k était j6une« prodigue, elle avmt uA besoin p^pétdèl d'ar«gdntetse donnait pour cela. On a trouvé dans la cassette de Mi Fuuquet une lettre d'elle (linsi conçue :

<r Je ne vous aime point, je hais le péchéj mais jfe crainS « ébeoi*e pitié la nécésrfté ; c'est pourquoi t^ez tantôt me « voir. »

DE hJi PRINCESSE DG MONACO. 9B1

{] hti envoya ùi\ mille écu8.

Ce fut elle qui, avec la marquise de Mooglat, eotra dlMis les jnb^igues de ce livre de Bassy, dont j'ai déjà paidé, et qui le fit chasser de la cour. On ne le voit point entie^t* il est \mpFm\é en Holkmde fieulenaent tel Qu'il esl; }ci ce ne sont que des fragments et les noms n'y sont point* Madame de \^ Baum^ lui en a vnlé la plus grande partie qu'elle a iait eottrin sous le manteau, cela fit une affaire immeus^ ; fti^sy manqua de la soufltotof ; il est fort brutal, et safis le comte de Lude, qui se jeta entre eux, ou assure qu'il pe V&tX peiut manquée. Elle prit pour amant Louvois, le fils du chancelier Letellier, et maintenant elle lui sert de confidente. Madame la mit plus avant qu'il ne fallait dans ses particuliers, elle eut à s'en repentir ; c'eat une méfihannte persane.

Elle a bien up peu écoriiifié LauKun, mais je ne la isr^gnais guère, et il est probable qu'avec elle seule pour rivale, je wnÀ% tranquille chei moi et lui chez lui. Encore uue fois, Bien ne Fa pas voulu.

Le jeu le plus à la mode en ce temps«*là était le Coliu- Haillard. Le roi en raffolait, mais il défendait à La ValUère de s*en mêler , parce qu'il ne souffrait pas qu^une autre maiu pât toucher la sienne. Un soir, pour mieux se déguiser , il mil son cordon bleu à Lauzun, qui lui dit avec sa hardiesse ordinaire :

— Souvenez-vous-en, Sire.

Il s*en souvint , en effet, mais plus tard. MtmaieBr, iu • Colin-Maillard, s*affublait souvent de jupons , qu'il eh»flhait ehez Madame et se laissait prendre comme ujié ^ nous, lorsque le roi n'y était point toutefois. Âus»» ^t

153 TIE BT AVKIITOftES

eftoDté de dieTalier âeLomiiie, lorsqu'il saisissait on bas de rcte , dîsail-fl :

— Cestuneiemiiieoa e*eslMoiisieiir; qui diable y reconnaîtrait rien?

On jouait donc à Golin-MaiUard partout, depuis la diam- IwedurcH jusqu'à celle des pages , et jusqu'aux filles et aux laquais. Mademoiselle de Sévigné , cette suprême prude , aujourd'hui madame de Grignan y eut une histoire impayable. Je dois dire qu'elle passe pour mon amie, que. nous nous sommes fait des visites de Monaco à Grignan, mais nous ne nous ea aimons pas plus pour cela ; par conséquait, je ne me fais pas faute de raconter la chose tdie qu'elle est, on en tirera telle conséquence qu'on voudra.

On était au Louvre , il faisait très-chaud et Ton jouait dans une pièce du rez-de-chaussée, ouvrant sur une manière de jardin, pratiqué pour la reine, pendant sa grossesse. Le roi était ce soir^là d'une de ces gaîtés qui lui prenaient quelquefois alors, mais qu'il a bien réformées depuis. Il nous lutinait toutes plus ou moins, lorsque le bandeau lui échéait, et particulièrement Sévigné, qui n'avait pas l'air de trop en détourner les regards.

Dans ce parterre, on avait ti*ansporté des orangers énormes, du temps de François T', on les avait arrangés en bosquets et c'était un parfum enchanteur ; on allait y respirer, y rêver, y aimer^ comme disait mon père, et c'était l'endroit le plus fréquenté du jardin. Le roi y attira insensiblement cette belle fille et s'y tint un quart d'heure durant en tête-à-tête; elle en sortit rouge comme un pavot et se précipita en courant vers madame sa mère, qui très-peu emmena.

Le brait courut alors que le roi lui en voulait conter. Toute la cour en éclata, et ce furent des intrigues autour de la mère et de la fille, qui retentirent jusqu'en province. Que s'était-il passé entre le roi et elle? je ne sais, personne ne Ta dit ; ce qu'il y a de sûr, c'est que depuis il n'y fit jamais attention, lors même qu'elle occupa la haute position de quasi-gouvernante en Provence ; il la reçut poliment et aussi froidement que si elle eût eu quatre-vingt-dix ans, au lieu d'être une des plus belles personnes de France. On s'exerça fort là-dessus, on chercha, on imagina, nul ne put rien apprendre, le roi ayant toujours été fort secret; quant à elle, elle ne s'en vanta pas. Bussy, toujours en riottes avec sa cousine, écuma le fait et voulut savoir à tout prix ce qui en retournait, espérant se faire de fête et obtenir son rappel, il n'en eut pas plus que les autres et en enragea.

Ds étaient alors une société charmante se réunissant à Fresnes, chez madame Duplessis-Guénégaud , la même dont j'ai parlé autrefois et dont la fille avait épousé Gaderousse. Nous y allâmes quelquefois, Guiche et moi, et bien que nous ne fussions pas au nombre des Quiqtwixy c'est-àdire des hôtes habituels de Fresnes, nous y fûmes reçus en grande distinction. Rien de délicieux comme ces assembléeslà ; c'était le reste de l'hôtel de Rambouillet et des précieuses. On y prenait des noms dérivés deClélie et du pays du Tendre. Madame de Guénégaud était Amalthée, M. de Pomponne Climadant, M. de Guénégaud Alcandre, M. de La Rochefoucauld Simanes, sans compter les Âmiandre, Meliandre, Gliodon, et je ne me souviens plus des autres. Cela se passait l'été à Fresnes et l'hiver à l'hôtel de Nevers, que tout le monde connaît.

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