‹ Vie et aventures de Pigault-LebrunChapitre 100 sur 379 · IX. — Dopart dos And. lys Projets de mariage · texte numérisé non relu

IX. — Dopart dos And. lys Projets de mariage

Charles était ro'iché d.ns la chimhre de son oncle : on se lo.çe COiiiii.e 0.1 pr-iii ..u\ Anileiys. Il él.lév.ilé, ii p>êail l'o^eil.e; et M. H Ile pai..i saii di posé a roiill- r e-icme ion;ieiups. l^h.rl'S était pressé, irès-pr-ssé Ile p.iriir; mus éveiller >0'i ou le, il n'y a per-oune qui I o~ài. Cepenilai.l le temps s éco île ; (^h ires s'impatiente, el lans son iiiip.tience il re .ver~e la lali e de nuit et son eonenu. M. Botte saule du lit. et se jeile liravement sur son coiUau de chasse; Charles se nul a rire l'oncle >e met en coère. — Ce drôle-là ne fera jamais que des sottises. — Mon cher oncle , c'est un accident, — On prend garde à ee q.i'on fait, monsieur. — Je vous .lemauile mille pardons, mon i.nrle. — Par. Ion , pndnn, c est loiijuu s la son refiain.

— IV 0 .s al loi s p .ri r , n'. si -ce pas , mon cli. r oncir ? — Monsieur me donnera, je l'espère , le temps de liéjeuner. — Oui, mon cher oncle. — C'est liieu heureux — Miis... — <j)uoi , mais? — Vous disiez hier que de|iiiis deu\ jours ma 'emoiselle il'Arancey n a entendu parler de vous. — Est-ce une raison no .r que je ne déjeune point? —

— JloDsieur Mole, dit Floridor, faites-nous seulement la grâce de jouer le Coureur du roi de Maroc.

Eh bien... eh bien... monsieur l'offirier, à moi... venez donc. A qui 1 homme ai je aO.ire, bon Dii u ? il esl prêt a se noyer quani en ne fut pas ce qu'il veut, el il s. trouve mal qu .nd on lui cède. — INon... mon once c'est que la surprise, le ravissement... — P.enez Ce verre de vin tl al ez iiuittcr vos thiffo. s. Que dirait votre S.)phie, si elle vous vov'a.i d.iis ce grotesque eq npage? ijue iloit-cUe penser, depuis deux joli s qu .Ile n'a eniendu p-rler de mu? Li piuvre enfmi souffre horlibl. ment, j en suis sûr . el cel.i, p.rce que monsieur ne donne pas aux gens le leiips de finir leurs phrases. i

Cbries. nas-anl eu un instant d un état désespéré ,iu comble du lioi.h. ur, Charles ne se possédait pas. Il enilirassait son onde, il em- ., bras-a l I'. fli ier; il rev.mil a son omJe. et les pUis .iouces étreintes, ] et les carescs les plus tendres, el les eipres-ions de la plus touchirle 1 reconnaissance, toui cimcourail » faire o.bner a M. Boite ses f turuis | tt ses inquièlud'S. — Allons. Ch.rles. adons, en voila assez; n us ne sommes pas des femmeîetl. s. Ailtz rtpren ire vos habits, je vous par- | lirai raison a votre ri loir. , i '

i n reven .M de chi z Floridor Charles rencontra sa pente Lrrandval , : qui le clicrch.il p. u-èlre. Elle le reirar.la iliiu air qii voulait dire : C'en. "si donc fut je vous péris. Ch,.ne.^ baissa les veuj el rougit !.a peiile lui prit U m;.in : — iSon, lui dil-il. non. \ ous m'avez fait oublier un moment ce que j adme, mon é); rement n'ira p,iS pl'is loin.

Lor q e le jeune homme re Ir ■ Al. Bmle étiii pli ngr dans une profonile oi..lit..lion. — Ass y-z vou- 1., d.lil a s. m neveu, ne m'ii.l. rrompei puint. el n'oubliez pas ce que je vais vous dire : vous pourrez le reiiic a vos enf -ils.

— L'eng-cem. ni que vou allez contracter est le plus snnt que je connaisse : i^ e>l la ImsC ic les I. s Ii. ns sm imi , et c lui la seul est dii'ne di'ire |.ère qui s'est uioiiiré ei fa l soumis. Si. malgré ma défense, vous fusseï rlouri.é a la fe-me; si vou. vous fu-siez permis le mondre ecl.il qui eut pu imire a m idemoi^elle d'Arncey , vous n eti. I pas digne d èlr. son épouj jam .is ous ne l'aurliz été ; j'en avais fait le sermeiit, il vous s.nez si je l'anr.i- enfn mt.

— Je sais que l'amour n'tit pas éternel... Vous ne le croyez pas

Le bon curé.

IMe voilà habillé . mon once . et je vais vous faire servir. —AU borne heure. — Mon onde... serez-vous longiemps a table ? — Corbl.ii' l'y passerai le temps qu'il me plaira. Il est unique que monsieur préien.ic dispn-er de mon estomac comme de mon cœur. Allez, monsieur, allez do.. ner vos ordres. .

Chirles d.s.-.endii à la cdsine. Guillaume, de son coté, pensait a.i-s. au déjeuner, et paraissait au-si gai q e si l'avenir le plus brillant s. fût présenté a lui. Charles alir.bua s., gneté a I igi.Oiance ou il éu iieucore de 1 infleiibiliié de son oucle, et ii l'aborda d un air awez

r«iji Typ.

l-i-in, lue tîrtisDri.Ti? , 8.

M. UOIIK.

SI

Irisle. — Qu'est-ce, monsieur, je vous croyais récoiiciliti avec RI. Bolle? — Et j'i'()Ouse ma So|iliie. — Votre grand sdrieux est do:ic un effet anticipé du uiariige? — ^lon ami , je ne m'allli(;e que puur toi. — Moi, mousieur, je ne m'allli|;e de rien. — Mon oncle ne vint pas absolument te npiendre. — Il a raison; un homme connue ni'ii n'est pas fait pour Olre valet. — Mais je n'ai p.is d'arj;enl à te laissi r.

— lùt-il dans l'ordre qu'un comédii n en ait ' — Quoi ! tu restes dans cette troupe? — Il faut commeneer (|uel(|ue part. — Je te quitte i regret. — Mous nous reverrons quand je serai aux Français. — Tu comptes arriver 1»? — C'est le but de tout conu'dien , comme la jiapaulé est le but du dernier moine ilal en. — \diiudonc, mon dur Guillaume. — .Adieu, mnnsieur. — Je te souhaite bien du bonheur.

— Je souhaite que vous n'ayez pas de regret d'avoir reeii le sacrement... — Oh! ciel, c|ue dis-tu lii? — Ce sinit bien plus saj;e q le d'avoir voulu mourir parce qu'on vous le refusait.

L'oncle et le neveu dijounèrent et partirent. Charles demanda i> M. Botte oii il le conduisait.

Droit <i la ferme, répondit le bon parent, {"harles tressaillit de joie; mais bientôt des souvenirs presque efT.icés se retracèrent à sa mémoire; il tomba dans une foule de rétleiionsqui répandirent un froid glacial sur sa jolie figure. — Que diable y a-t-il donc encore, monsieur? Je vous marie selon vos vœux , et vous paraissez mécontent !

— Mon cher oncle, je crair.s, je tremble... — Finissons; qui peut vous faire trembler?

— Mademoiselle d'Arancey est-elle instruite de vos projets? — Je ne me suis l'.as positivement expliqué. — l'Ile résistera, mon cher oncle.— Je voudrais liien voir cela, par exemple! — .'\I.iis si cela était, moucher oncle?

— Hé, quelle serait la raison de cette résistance ? — Son respect pour son père... — Elle a raison de respecter son père; elle aurait tort de ne pas se marier. — Elle ne se

'' mariera jamais sans son consentement.— Peut-elle le lui demander? — Doit-elle s'en passer, mon oncle? — Elle doit accepter une alliance qui relève une famille ruinée; elle le doit par considération même pour son père. — Elle sait combien ni. d'.\rancey tient à la noblesse, et malheureusement nous ne sommes pas nobles.

— Qu'est-ce que c'est, monsieur, qu'est-ce que c'est?

Une famille illustrée par un demi-siècle de probité et de

travaui utiles serait au-dessous de gens qui ne peuvent se larguer que de vieux parchemins, et qui traînent un nom qu'ont illustré leurs ancêtres? Mademoiselle d'Arancey mépriserail-cUe notre bonpiable roture ? Rougirait-elle d'être la femme d'un homme qu'elle n'a pas honte d aimer?

— Sophie vous estime, elle vous respecte, et ne sera retenue que par la crainte d'offenser son père. — Dites-moi, monsieur, dans quel temps vous a-t-elle parlé de ses scrupules? Est ce lorsqu'elle vous portait le fromage à la crème dans sa petite corbeille d'osier ? — Non, mon oncle.

— Qu'elle recevait vos lettres en allant ou en venant du cliàleau? — ^on, mon oncle. — Est-ce dans le temps qu'elle s'échappait de la ferme pour aller déposer ses biilits dans le creux d'un vieux orme? — INon, mon oncle. — Ah! jcutends, c'est lorsqu'elle ne vous ainijit pas encore. Apprenez, monsieur, que l'amour pirle plus haut que des lellres de noblesse, et qu'elles ne feront pas rejeter un jeune homme charmant... — Ah ! mon cher oncle!... — Oui , monsieur, vous êtes charmant, voua le savez du reste; votre Sophie le sait mieux que vous, et de vieux préjugés... — Ah! mon cher oncle, Sophie avoir des préjugés! — Eh! pourquoi pas? la croiriez-vous parfaite? La perfection, monsieur, n'est pas le partage de l'humanité, et la versatilité des opinions nous est commune à tous. Apprtnez à voir les choses telles qu'elles sont, et ne diies pas : Ma femme est sans défaut; dites au contraire : Elle en a, mais je les supporterai, parce qu'il faudra qu'elle supporte les miens. Au reste, de toutes les femmes que je connais, mademoiselle

su.

Le marquis d Arancey et sa fille Sophie.

d'Aruucey est c Ile qui approche le pliu de U perfection : elle y p«rvien Irait, s'il était dans noire nature d'y atteindre. Elle vous convient il tous éj;ii<ls, ie veiiv que ee mariajje se fasse, et corbleu , il se fera. Il n'est pas dilheile île persuader un hoMiiie ipii ne propose des difficultés que pour le plii>ir de les voir résoudre. (Jli.irles se garda bien de combattre Jilus lniii;li-iiips une opinion ipii benait si agréablement ses rêves les plus iloux. Il revint à ces sentiments toujours si vifs et si purs i]u'iiispire un bonheur prochain et légitime, l'nc gaieté franche succéda aux craintes qui l'avaient bannie un instant, et M. Hotte, aussi vif que son neveu, aussi pressé de jouir À sa manière , riait en jurant après les posldloiis, qui ne seronilaient pas son impatience. .Son imagination prévoyait tout, arrangeait tout, faisait succéder un tableau k un autre. D'aliord inidemoiselle d'Arancey, incertaine de son sort, diiit eue cent fois le jour sur la porte de la ferme, et le recevra à la descente de sa chaise; et puis elle ne saura que penser quand on lui présentera Charles, avec iiui on lui avait interdit toute espèce de relations. M. liotle déclare ensuite ses vues avec la dignité d'un grand-parent ; on ne répond rien , parce qu'on est modeste; mais un sourire qui s'échappe, un tendre embarras trahissent l'incarnat de la pudeur. Vient ensuite la lecture du contrat. Une grande fortune et tous les agréments qu'elle procure ne rendront pas Charles plus aimable, mais feront aimer un lieu l'oncle à qui on les devra; et ce château oii on est né rétabli dans sa première splendeur, et la cérémonie nuptiale, et le rideau du mystère tiré de la main du bienfaiteur des jeunes époux, et le monunt du réveil donné encore à l'amour, et celui de la réUexion tout entier à la reconnaissance; Sopli:e embrassant tendrement son oncle et le pressant contre son cœur; Charles, radieux et fier, levant sur son épouse des yeux pleins de feu encore; la jeune personne baissant langoureusement les siens... M. Botte trouvait tout cela charmant, et en courant il oubliait les heures de repas, et il mangeait en courant, il dormait en courant, et Charles, qui ne dormait pas , avait à peu près les mêmes idées que son ouele et les sentait bien plu vivement.

M. Botte n'arrêta à son chàleau que le temps nécessaire pour expédier à Horeau cette lettre qui avait tourné la tête de Charles, et qui l'acette lettre qui demandait au jour, i 1 heure , à la minute, le tapissier, le peintre-décorateur, vernisseur, badigeonneur; qui demandait des meubles, des stucs, des couleurs, des pinceaux. En vain le valet de chambre s'épuisait en questions sur la santé de monieur, en vain la femme de charge fatiguait un bras potelé qui s'allongeait et offrait respectueusement un bouillon. — A la ferme d'Arancey, à la ferme ! criait M. Botte, et le postillon fouette ses chtvaux, et le valet de chambre reste la bouche ouverte et une main en l'air, et la Temme de chambre stupéfaite laisse tomber l'écuelle d'argent sur le pavé.

Mademoiselle d'Arancey n'avait pu voir dans M. Botte qu'un homme d'une probité rigide. Ces bommcs-l,i forcent notre estime , lors même qu'ils nous contredisent; on voudrait les-aimer, et mademoiselle d'Arancey sentait qu'elle n'aimerait jamais que la vertu aimable. Q"^'" qutfois elle avait cru démêler ii travers la brusque sévérité du cher oncle une teinte de sensibilité qui ne s'accordait pas avec ses expressions. Elle saisissait avec vivacité l'ombre du plus faible espoir, et M. Boite en fronçant le sourcil faisait tout évanouir. Quelquefois elle retenait, combinait, pesait, calculait des mots échappes qui annonçaient de secrets desseins. C'est sur sa couche solitaire , d'oii 1 inquiétude et l'amour avaient banni le sommeil, qu'elle e>pérait et désespérait tour à tour. Attendait-elle quelque chose de M. Botte, les préjugés de son père lui arrachaient des larmes; ne voyait-elle qu'un long

vall poussé droit à la rivière ;

M. nOTTE.

avenir purt.igé rntre l'amour et 1rs privations , grs pleurs coulaient encocc, cl elle n'pciait ces tristes mots: — Ali! mon ami, que de peines nous nous soin mes pi'i'p.irtcs !

Elle n'dimait plus (îcorges ilu tout. Toujours très-n'scrvé sur ses propres secrets , il éta.t «I une pcnéiralion l'atig.inle , el il disait sa façon lie penser avec une franchise qui devenait dési'ijrc.ihlc. 11 ne concevait pjs qu'un linninie Irt's riibe visilàt tous les jours une demoiselle très-p.luvre, [lour lui n pétt r à chaque visite qu'elle n't'pousiTail jamais sou neveu. Il rougissait, il pàliss.iit en i.j.iui.mt que M. Botte disait tout le contraire de ce qu'il pensait; cl Sophie, l.i honne, la douce Sophie, dépitée de ce qu'on voulait la deviner malgré elle, rougissait, pàl'ssait à son tour; elle allait d:ins sa cluuibre n fléchir eu lilierté, roiiiliiner de nouvelles idées sur les oliservations de Georges, el des lai mes, toujours des larmes, étaienl le résultat des plus tristes réflexions. Il ne lui restait pour «pi'Ui que le témoignage d'une consience pure, qui répind un eharme jusque sur lu douleur. C'est ainsi (|u'unc femme eitimuhle arrive à la vieillose sans avo.r connu les jouissances ; mais c'est alors qii'ille est payée de ses sacrifices par les soins de l'amilié et les homm.<g<s des guis de bien ; c'est au milieu d'eux qii'dle passe de la vie au néant, sans crainte Cl sans regrets, après avoir vu ces victimes des illusions pass.'gères perdre tout avec leurs charmes, être livrées il un ahindon efl'rayant, et poursuivies jusque dans la tombe par la honte et le mépris.

Le père Edmond, étranger depuis longtemps aui mouvements luniultueiix du coeur, ignorant ce qui se passait djns celui de sa demoiselle et d.ins ceux de quelques personnes qui l'iiiléressaient fortement, Je père E<lmund jouissait du bini qu'il .ivait f.iit, de celui qu'il se pro|io- BHit de faire encore, et il se déhssait de ses Ir.ivaux en relisant sa vieille Bible couverte eu veau et garnie en lames de cuivre. Souvent il levait les yeux vers le ciel, et il disait avec foi el onction : — Voilà ma pitrie; une vie sans tache m'en assure la jouissance. Telles étaient les situations différentes des lueinhres de celle famille que nous avons perdue de vue d.puis longlemp*.

On prépirail une fête, une très-grande fête au vil!a.s;e. Le cnré, persécolé, binni, proscrit, allait rentrer dans sa cure : c'était un bien hounèle homme que ce curé-la !

il ii'éliil ni c.'gol ni exigeant, car il savait que les hommes les plus limplcs n'aimi nt p is qu'on ne leur conte que des sornettes, ni qu'on prétende les mener par le m z.

Il ne questionnait jamais les petites filles à confesse, ce qui plaisait fort aux mamans, qui se souvenaient d'avoir appris certain p- lit j)é.,bé au tribunal même de la pénitence. 11 ne recevait jamais de femme au presbytère, ce q'ii plaisait fort aux maris; il ne s'informait jamais des secrets des familles, ce qui plaistil fort a tout le monde.

Il enseiLMiail litléralemenl le catéchisme, tel qu il avilit plu à monsieur 1 évcque de le faire, el il n'entreprenait jamais de rien expliquer, parer q le, disail-il, les articles de foi n'ont pas besoin d'explication. Al lis tous les dimanches il prèihait contre un vice, ou il louait une Tenu, et on le croyait comme I Evangile, pirce qu'on ne lui connaissait pis de vices , el qu on le'vovait pratiquer toutes les vertus. D'autres disent tous les jours : i\e f.iiles pas ce que je fais , faites ce que je Tons dis. Ehl de quel droit me prècbes-tu, si tu ne vaux pas mieux qne moi ?

A'otre curé soignait, consolait les malades; il secourait ses pauvres, il arrangeait les procès, il réconciliait les époux, et il engageait celui qui avait tort à se corriger, et l'autre à être ptlicnt.

L'office du dimanche terminé , il permettait , il encourageait le travail, parce qu'il croyait qu'on fait moins de mal en conduisant sa charrue qu'en s'enivranl de mauvais vin. Il répondait à un curé du voisinage qui lui reprochait son indulgence : — Je serai de votre avis , mon cher confrère, quand le soleil cessera de se lever le septième jour. Mais, si la nature est sans cesse en activité, pourquoi l'homme, qui n'en est qu'une faible émanation , cesserait il d'agir, surtout si son travail est nécssaire à l'existence de sa famille?

11 ne défendait point qu'on dansai quelquefois, parce qu'une gaieté dëcentc u'arieu que d'innocent; que le violon rapproche les jeunes filles des jeunes g.ireon3 , el qu'en facilitant les mariages , ce rapprochement tente à l'exécution du piécepte : Croitisez el multipliez ; et il répondait au curé son voisin : — .Mon cher collègue, il faut qu'un jeune homme bien coBstilué se marie promplemcnt, ou qu'il porte le trouble dans les familles.

il ne haïistit pas le plaisir, et de temps en temps il rassemblait chez lui quelques-uns de tes paroissiens. Un dincr frugal et une pointe de bonne humeur délassaient le pasteur en civilisant le troupeau. La chansonnette n'était pas inlcrdile , pourvu qu'elle ne fut j as grivoise. L'harmonie le travail et la santé étaient fixes dans le vilinge.

Ln malheureux, hypocriie depuis sa naissance jusqu'en 1789, avait fait chasser !e bon curé, dont il convoitait le presbytère, et tous ces vill'geois tegri liaient leur digne père.

<^uand il put reparaître sans danger, car notre curé n'avait jamais ambitionné la palme du martyre, il écrivit à ses paroissiens une lettre allectueuse, el il l'adressa au père Edmond, parce qu'il était le plus âgé du village, celui qui chanlail le mieux au lutrin cl qui figurait avec le plus de dignité aux procc-sions, qualités qui ne lui pjraislaicul pas indifférentes; car, disail-il, c'est par les ycui et les oreilles

qu'on arrive à l'imagination, et c'est par l'imagination qu'on mène les hommes. Loués soient ceux dont les ell'orls ne tendent qu'à les mener au bien !

I.e père Edmond, flatté de la préférence que lui accordait son curé, coaimença par mouiller la lettre de ses larmes, puis il fut la lire de maison en maison. Partout on lui iiréscnlait le grand f.iulcuil, il s'asseyait, tirait ses lunettes, relisait la lettre, recommençait à pleurer et gagnait une autre chaumière.

Ceux à qui il avait lu le suivaient en chantant, l'un V Alléluia , un aulic le Te Deum, un troisième le Ahu/nificnl , un quatrième le Itorale cœll ; ce qui faisait un concert aussi discordant qii'il était pur et naïf: de sorte que lorsque le père Edmond sortit de la dernière cabane, tous les habit mis étaient rassemblés autour de lui.

Comment rccevra-t-on M. !e curé? quels honneurs lui rendra-t-on? On propose, on discute, on délibère, on parle tous à la fois. On s'onncrait bien la cloche, mais on en a fait dis gros sous, ou la culasse d'un canon; on tendrait bien l'église, mais on a fait des guêtres avec la draperie noire el on a doublé les habits avec la draperie blan^ be... Que diantre fera-l-on, car enfin il faut faire quelque chose... Ah ! illuminer comme à i^aris, mordienne... Won, non, c'est trop mondain, cela... Mon Dieu! que ferons nous?

Le père Edmond se fait soulever sous les bras pour monter sur une escabelle. Dès que sa tête blanchie est élevée au-dessus de celles des autres, on juge qu'il veut parler, le tuniiille s'apnse, un profond silence règne dans l'assemblée, parce que dans ce village-la on a conservé l'habitufle de respecter les vieillards.

— Mes amis, dit le bon père, croyez-vous que le son d'une cloche, et que des murs .garnis de draps blanes ou noirs soient ce qu'il y a de plus agréable à Dieu? Ce sont les cœurs ])urs qu'il aime, ce sont ses temples les plus chers : les nôtres sont dignes de s'élever vers lui. Remercionsle d'abord de nous avoir rendu notre bon curé, el nous verrons après.

Tous les chapeaux sont à terre, tout le monde est à genoux. Edmond prie à haute voix au nom de tous, et chacun s'unit intérieurement à lui.

— Avisons-nous maintenant, dît le p^re Edmond en remontant sur son escabille. Dieu a priré la nature de fleurs; Us fleurs lui sont donc agréables : des guirlandes de barbeaux, de roses, de jasmin , décoreront son église. Il a béni nos moissons : des gerbes orneront son autel. Chacun nictira la main à l'ouvrage, et ces premiers préparatifs terminés, tous les habitants, en h:ibit de dimanche, sortiront du vill.ige, et iront à la rencontre de M. le curé. I.a marche sera ouverte par les derniers jeunes gens qu'il a mariés, el la jeune femme lui dira en lui faisant la révérence : Le bon Dieu a reçu nos aciions de grâces, recevez, monsieur le curé, les vœux et l'hommage de vos paroissiens. Ils ont voulu que la parole vous fut adressée par les derniers que vous avez bénis. Le ciel vous a entendu, et il a répandu sur nous ses grâces; venez bénir les autres à l'église, dont nous vous prisentons les clefs dans ce jil it d'étain. Ce n'est pas, mes amis, que je croie mauvais les mariages faits seulement d'après la loi (car j'ai vu dans la Bd/le que le consentement mutuel suffisait aux patriarches, et les patriarches nous valaient bien) ; mais la bénédiction d'un honnête homme est comme la rosée qui féconde nos plantes, et leur fait porter de bons grains.

Entouré de ses enfants, M. le curé se rendra à l'église; il la purifiera, chantera une grjnd'messe, fera la cérémonie des mariages, et nous le mènerons sous le grand ormeau, oii seront dressées des l.ililes. Chacun apportera son plat et son broc, et ce sera la fêle des épousailles, de la reconnaissance et de l'amitié.

Son presbytère est vendu : puisse-t-il profiler k celui qui l'a acheté^ Comme l'ancien du village, je lo.gerai i\l. le curé le premier, et je le garderai six semaines. Les autres feront après moi. selon leur moyen... — Oui , oui , nous le logerons tous.

— Monsieur Edmond, dit modestement mademoiselle d'Arancey, vous m'avez remise eu possession du château de mon père. Trop jeune pour l'habiter encore, permeltcz que j'y reçoive M. le cure; il y sera commodément, et ne dérangera personne. — Brave demoiselle;.... — Digne demoiselle!... — Oui, au château... — Au château... — Vive, vive mademoiselle d'Arancey!... — Et notre bon pasteur! — Le laitage... — Les œufs... — La meilleure volaille... — INous lui porterons tout.... — Nous lui offrirons tout.... — El il ne refusera pas ses amis.

Le temple était paré, les habitants endimanchés, les villageoises dans leurs atours, et le cortège était en marche. Georges, l'honnête el tracassier Georges, avait passé à son bras le bras joli ue mademoiselle d'A rancey. Ou avançait en silence et dans le recueillement. Un homme d'un extérieur vénérable paraît dans l'éloignemenl: Est-ce lui? se demauu'ail o:i tout bas.

Autant qu'on peut en juger, il porte un habit de camelot gris, et ce n'est pas la couleur d'usage; il a des guêtres de toile écrue, et un bâton, noueux à la nuin, et jamais on n'av.iil vu de cu''é en guêtres, armé comme un marchand de bœufs. . Mais ses cheveux paraissaient frisés en rond; mais son chapeau, à demi retroussé, marque trois pointes; mais sa démarche est noble cl grave... ce pourra bien cire lui.

On n'était plus qu'à ciuquantc pas les uns des autres. Le voyageur s'arrête, regarde, tire son mouchoir, essuie ses larmes, tombe à ge-

M. BOTTE

nout sur la roule dans la poussière, el sVcrie : — Mon Dieu ! mon Dieii! je vous it.-uurcit;, nouj m'avei coiisfi-vii leur cœur !

Le» villiigioisi's ont enleodu celle ciclanialion : — C'est lui! c'est lui! cri.nl crnl lioucbes i la fois, et on oublie ce qu'où devait r..ire, el l'ordre de la icarclie est rompu, tt on court, et lis plus jcuiin se préc'pitenl, el les vieillards se plaignent pour la pieœièrc fois du fardeau des aniiéi s.

Le bon curé est entouré de ses paroissiens; c'est à qui haiscra ses mains, toiicUrra ses vilcmenls, ce liàlon qui rappelle la simplicité, la pauvrelé (le riipo>tolal. Les anciens arrivent ciiliu. Le pasteur aperçoit K.Jii ond, ouvre sts liras, et le presse contre son siin.

La cliaise de M. Itollc approchait précédée d'un nuage de poussière. Le chir oncle, frappé à la vue d'un bumuie dont l'eiléricur annonçait l'iiidicince, el que press^iieiit l'amour, le resptct, la icconnaiss:ince de loule unf peuplade, le cher oncle fait arrêter sou postillon, et lui ordonne d'aller savoir ce <|ui se passe.

— Desc. nJons, monsieur, dt-scendons, dit-il à son neveu après avoir eniciidu le rapport de son miSfafïir. J'iionore la vertu sou» une soutane comme sous un h bit brodé, et partout j aiiue à lui rendre hooimage.

Cliarles a distingué madenioistlle d'Araucey dans la foule. Il s'élançait... son oncle le retient pir un bras. — Monsieur, vous avez toute voire vie pour l'amour, et le vertueux curé ne retrouver!» jamais un jour couime celui-ci : garJons-iious de rien déranger. Et M. Boite et son neveu oublient leur impéluosi'é ; ils preuneut la queue de la marche; ils suivent, le chipe;iu à la main.

^olre aimable Sophie a l'œil aussi actif et aussi perçant que Charles : elle a vu la voiture, que personne n'a rem^rnuée; elle en a vu descendre les voyageurs. Eile ne conçoit pas que M. Hotte lui ramène un amant avec qui il l'a forcée tie rompre; elle se ivppelle les observations de Georgis. Mille idées dill'érentes l'assaillent à la fois; elle rit, elle pleure, elle tremble, elle s'appuie si forteineut sur le bras du jeune pays.,n, qu'il s'inquièle, se retourne, leKanle, aperçoit M. Bolie, et Charles devient réservé, rêveur, et ne prononce plus un mot.

Jamais procession n'avait paru à Charles aussi longue, aussi fastidieuse que celle-ci. Tantôt il s'écartait de la file, et son oncle lui faisait reprendre son rang; tantôt il marchait .sur les talons de celui qui le précédait, et son oncle le faisait rétrograder; tanlot il s'élevait sur la pointe des pieds, et il rencontrait quelquefois les jeut de sa tiophie. Ils exprimaient tout ensemble et le plaisir de la revoir et la crainte de l'avenir. Que n'eùl-il pas donné pour la rass-urer!

Oo était enhn dans l'iglisc, on s'était rangé; M. Botle s'était laissé conduire par son neveu, qui, n'ayant pu se placer à colé de uiademoisellc d'Arancey, s'était mis précis^ nient vis-à-vi? d'elle. Séparés par un intervalle qu'oecupiient le curé, le magisler, Edmond et le lutrin, que pouvaient faire de pauvres jeunes liens, observés, gardés, l'un par son uncle, l'autre par Georges! (Iharles adress» à So|ihie une profonde ré- ■vérencp-; Sophie la lui rendit (rès-exactement; dès lors leurs yeux se fixèrent, non pjs sur lautel, et s'il-^ pensaient au Créateur, c'était pour l'adorer dans ce qu'il avait fait de plus beau.

(Jiitique paifait qu'on soit, il fjui payer tribut à la fiiblcsse humaine. Depuis loi gienips le bon curé n'avait rtuipli les fondions du sacerdoce; on le comlil.it d'homieurs; sa Icle étuit exaltée, et il crut que c'était le cas ou jaoïais d officier presq le poulil'caleuieut. avec un calice de bois et une chisiibie de sege. 11 imagina qu'au défaiit d i luxe, il eu impriserail p.ir la longueu.- de I oflice, et il le pro'ongea telKinenl, qae le b 111 père Edmoml s enrouait a ne pouvoir plus se f.irc entendre, que le fervent auditoire bâillait très-invo'oiitaireinent, eti|ue M. Boite, qui ne vouliit rien derangir, trépignait dune manière très-seusihle : Charles et Sophie ne voyaient qu'i ui.

L'impertiirliab e curé allait toujours son train; mais, comme il faut que tout tiuisse, il s'arrêia qu.in>l ii n'eut plus rieu à dire ui à chauler. et la séance tinit par une bénédiction. Alors comiueuca la fèie de l'amitié.

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