‹ Vie et aventures de Pigault-LebrunChapitre 102 sur 379 · XI. — Un obstacle de plus · texte numérisé non relu

XI. — Un obstacle de plus

Charles s'était laissé aller sur une ottomane. — Edmond, le curé pressaient Guillaume de questions. Ils démêlent à travers quelques mots, qu'ils lui donnent à peine le temps de répondre, que Georges est entré à Paris dans un désordre tel, qu'on l'a remarqué à la barrière, et qu'on lui a demandé ses papiers; que, n'en n'ayant point, il a donné son nom , et a déclaré le dessein de s'enrôler dans un résument de dragons , caserne à l'hôtel de Soubise ; qu'on l'y a accompagné, et qu'on l'a vu siïner son engagement. — Et vous avez parlé à ce cher fils, monsieur Guillaume? — Personne ne lui parle; il est enfermé jusqu'à ce qu'on ait constaté que, conformément à sa déclaration , le chagrin seul l'a déterminé à s'engager. — Mou fils enfermé ! mon fils en prison! Malheureux enfant, tu as oublié ton père, et Dieu t'en a déjà puni : puisse -t -il te pardonner comme moi! Monsieur le curé, ces renseignements que l'on cherche, c'est de moi seul qu'on peut les obtenir. Demain, au point du jour, j'irai... — Nous irons ensemble, père Edmond. — Oui, monsiiur le curé. Le témoignage d'un homme de votre état donne de la force même à la vérité. IN'ous irons pendant que notre pauvre demoiselle s'apprêtera à partir.

— Mais, reprit Guillaume, que signifie l'abattement que je remarque sur certaines bgures, le désespoir qui se peint sur les autres ! — Hélas ! répondit Edmond , il y a ici bien du changement. — Comment donc?

— M. d'Araucey est retrouvé. — Eh bien, refuse -t- il d'être de la noce? — Il n'y a p us de mariage , monsieur Guillaume. — Et c'est M. d'Arancey qui le rompt? — lié, mon Dieu, oui. — Et c'est là tout ce qui vous embarrasse? — Hé, n'est-ce pas assez? — Que vous êtes bons! un émigré ! — Lh bieii ? — Vous ne m'entendez pas? — Non, monsieur Guillaume. — Que les honnêtes gens sont bornés." M. .>Iootemir se mariera demain. — Je me marierai, Guillaume, je me marierai demain? — Oui, monsieur, au point du jour, Edmond ira voir son fils , et moi j'irai dénoncer M. d Ar.mci y. — Scélérat ! — Tout individu a le droit de faire ce que la loi ne défend point. — Et Ui me crois capable de réparer un malheur par nu crime I — Allons

donc , monsieur, celui qui a fait les Droits de l'Homme en sait plus que vous — Sors, infâme, et souviens- toi que, s'il arrive quelque chose à M. d'Arancey , tu en seras seul responsable. — Et il poussa Guillaume, le ihissa de l'appailemenl , et Guillaume répétait en sortant : Je ne ferai jamais rien de cet lionime-là.

On entend le bruit d'une voiture : c'est M. Botte qui part. Charles se jette dans les bras du curé, cache dans son sein son visige et sa douleur. Le curé le fait assi-oir, et lui parle avec cette douceur alïectui'use qui va toujours à l'âme. Tantôt il rappelle sa raison, tantôt il flitle son amour, toujours il le console; Cbirles n'est pas persuadé, ni.iis il écoute. Pour le distriire , m;ilgré lui, de ses idées désespérantes, le curé f.iit entrer d.uis la couversalioii Horeau et Edmond, lloreau, toujours foiil, ne captive pas l'attentioii du jeune homme; mais le cœur du vieillard se dilate lorsqu'il parle de son fils , et la chaleur d'un cœur sensible se communique aisément. (Charles s'occupe un moment de (jeorgt^s pour revenir plus fortement à Sophie , et le digne curé lui parle de la fille accomplie pour le ramener ensuite à Georges : la nuit s'écoula ainsi.

Le jour pointait à peine, que mademoiselle d'Arancey descendit, dépouillée de ces ornements que lui avait prodigués la générosité de M. Botte : la simple robe de toile qu'elle avait reçue d'Edmond, son petit chapeau de paille noué sous le menton, voilà désormais sa parure. Soutenue par une de ses femmes, elle traversait le vestibule, et elleall.iit mouler dans ce cabriolet modeste dont se servait M. Botte lorsqu'il allait iiicaynilo à la ferme : c'est la seule voiture qu'elle ait bien voulu accepter.

Ch.irles l'aperçoit et s'élance. — Epargnez vous, lui dit le curé, la douleur d'un dernier adieu, craignez que mademoiselle d'Arancey ne puisse la supporter... Par grâce, écoutez-moi. C'est un torrent furieux qui brise , qui écarte tout ce qui s'oppose à sa course. Charles est sous le péristyle ; il est étendu sur le marbre : ses mains pressent les pieds de sa .Sophie. Il les baigne de ses larmes; ses sanglots étoufifent sa voix. Mademoiselle d'Arancey ne peut soutenir ce spectacle ; déjà faible de sa propre douleur, ce qui lui reste de forces s'évanouit ; elle se sent défaillir; elle va tomber auprès de son amant. Edmond pleure ; le curé, attendri, ne sait a quoi se résoudre; Horeau prend la malheureuse fille dans ses bras, la porte dans le cabriolet, place la femme près d'elle, et ordonne au postillon de partir. Cet ordre est le dernier coup pour Sophie : on lui ôte plus que la vie en l'arrachant des bras de son amant. Elle fait un effort et retombe sur le siège. — Non, ditelle d'une voix éteinte , non , je ne le quitterai point dans l'état oii le voilà... Le malheureux va mourir... nous allons mourir tous deux... ; laissez-moi, que je le voie, que je lui parle encore... — Votre père, dit Horeau, votre père a commandé, mademoiselle, et il espère que son malheur ne l'a pas rendu méprisable à vos yeux. — Partons, répondit l'infortunée.

Quel jour! et qu'il est différent de celui qu'on avait droit de se promettre ! 11 faut relever Cliirles ; on l'emporte inanimé , anéanti ; on le met au lit. Horeau s'assied près de ce ht de douleur; deux domestiques sont placés de manière à n'être pas vus, et à pouvoir prévenir un acte de désespoir.

11 est des affections dont la scène la plus déchirante ne peut distraire entièrement, tel est l'amour paternel. Edmond regarde le curé, le curé l'entend; ils sortent , ils s'acheminent silencieusement vers la caserne. Ils arrivent, ils s'annoncent, on leur indique la demeure du chef d'escadron. — Je ne vous prie pas, monsieur, de me rendre mon fils, je vous supplie de le traiter en honnête homme : le pauvre garçon ne mérite pas le soupçon dont il est chargé. — Votre fils prétend que le chigrin seul a causé le désordre effrayant oii nous l'avons vu. — Il vous a dit la vérité, niou.sieur, et si le témoignage d'un père vous est suspect , vous ne rejetterez pas celui d'un bon prêtre , dont le mensonge n'a jamais souillé les lèvres. — Monsieur, reprit le curé, ayez pitié de ses cheveux blancs; son fils est digne de votre estime, accordez-la-lui, et rendez-lui la liberté.

Bayard était aussi sensible que brave ; notre officier savait honorer également son état et la nature. Il donne un ordre, une porte s'ouvre; le père et le fils sont dans les bras l'un de l'autre. Point de reproche de la part d'Edmond; des bénédictions, les plus tendres caresses, voilà ce que son fils en reçoit.

L'ofiicier ouvre un carton, et en tire un papier. — Votre pays ne demande et ne reçoit d'un homme de votre âge qu'un sacrifice volontaire, et votre raison était aliénée quand vous avez signé cet engagement : le voilà. Retournez soutenir et consoler votre père. Je me flatte que le minisire ne désapprouvera pas ma conduite.

Edmond et le curé expriment leur reconnaiss.nce ; Georges, sombre, pensif, ne prononce pas un mot. Son père lui prend la main et l'invite à le suivre. — Je ne peux retourner, mon père; il faut que je m'éloigne d'elle, il le faut absolument. Je ne nie mettrai point au service d'un autre laboureur; je serai soldat. Monsieur, gardez-moi dans votre régiment. Je vous demanderai à aller voir mo.i père, si je peux un jour approcher sans dangcrdes lieux... Georges ne peut poursuivre, son père se tait; le curé rt fléchit et approuve le parti que prend le jeune homme. L'officier se rend et offre la somme accordée à ceux qui servent volontairement. — Je me donne, dit Georges, je ne me vend» point. — Souviens-toi, mon fils, que dans les camps, ainsi que soui

M. HOTTE

le cbaume, on peut pratiquer la vertu : saint Martin a sanctifu- ses armes. Marche il;ins le sentier de Dieu et de l'honneur , et «nnnd lu te présenteras devant ton pi're, qu'il te retrouve digne de lui. I.e vieillard et le pasteur embrassent (".eorijes, saluent l'oflicier, et prennent tristement le clirmin de la ferme.

— Je ne m'étonne pas, disait M. Hotte en courant la poste , je ne m'étonne point de ne l'avoir p:is reconnu. (^>ui diahle aurait cherché le marq'iis d .XrJiicsy sous cet li.ihit de bure, sous ce bonnet de laine et ce chapeau rabattu qui lui couvre la moitié du visage? Kl de temps eu temps il demam^it a Henri s'il ne voyait pas encore 1 homme ii la l'itCf curieuse.

Henri l'aperçut, enfin, courbé sons le poids de sa caisse. — Hans quel équipiige le voilà I pensait M. liolle, et cela se donne des airs! H fit arrêter sa voiture, et , pour un homme piqué au vif, il aborda assez poliment l'infortuné marquis. Le premier moment fut embarrassant pour tous deux ; mais cet embarras ne dura point : le cher oncle n'oubliait pas la lettre , et le souvenir de certaines eipressions ajoutait à sa brusqiieiie ordinaire. Le marquis oppose à de forles sorties ces manières nobles et froidement polies, si familières aux gens de qualité, si propres à tenir k une certaine distance ceux qu'ils n'admettaient pas ï leur familiarité , si peu faites pour en imposer à un homme du caractère de M. Hotte.

— Vous avez une fille... — Une demoiselle, je le sais, monsieur.

— (,>ui unit à une beauté rare toutes les qualités qui rendt nt une femme respectable : voilà , monsieur, ce que vous ne savez peut-être pas. — Je suis sensible , monsieur, au bien que vous m'en ditis. — C'est fort heureux, en vérité. — Kh bien, moii.sieur, maJemoiselled'Arancey ?...

— Hespecte infiniment un père qui étend fort les droits qu'il a reçus de la II ilure. — Monsieur voudra bien réfléchir que je ne dois compte de ma conduite à personne. — L'homme qui ne se reproche rien est toujours prêta rendre ce compte-U: — Je n'imagine pas que monsieur soit venu de si loin pour me faite la leçon? — Pourquoi p^s, si vous en avez besoin ? — Sous êtes toujours .M. Botte. — Et vous, toujours M. d'.\rancey.

On était sur la grande route; on était debout le chapeau à la main , et chaque trait piquant passait à la faveur d'une profonde révérence.

— Monsieur Boite, expliquons -nous tranquillement. — Oh! je suis très-tranquille. — Vous n'aimez pas qu'on vous contrarie. — C'est vrai. — Nos vues ne s'accordent pas... — J'en suis lâché pour vous et pour moi. — Mais ce n'est pas une raison pour que nous soyons ennemis. — Je ne vous aime pas du tout, mais je ne hais personne. — Ainsi, je n'ai pas à craindre que l'admirateurzéléde mademoi elle d'Arancey trahisse le secret de son père? — Si vous me soupçonniez capable d'une telle lâcheté!... — Souvenez- vous bien, monsieur, que je vous estime assez pour avoir adressé ma lettre chez vous , persuadé qu'elle vous serait communiquée. — Vous me fatiguez, monsieur le marquis. 11 est inutile de recommander à un fripon d'avoir de la probité; il est impertinent de douter d'un homme comme moi. — INe vous fâchez pas, mon cher Botte. — Je me modère , mon cher d'Arancey. — Ces bourgeois sont bien extraordinaires. — Hé, pourquoi les marquis seuls auraient -ils le droit de l'être?... Mais vous êtes dans le malheur, je vous dois des égirds; si j'en ai manqué, je vous en demande pardon , sincèrement parùon. \ enons à l'objet de mon voyage, car je ne vois pas qu'il soii nécessaire de pointiLer ainsi deux heures sur le pavé.

— Voyons donc, monsieur, quel est l'objet de votre voyage ? — Votre positioQ malheureuse alle^le extrêmement votre fille , et je veux vous présenter à elle dans un état au moins décent. — Permettez-moi, monsieur... — (Jiie voulez-vous que je permette, des remerciments, des prolc>tations? Je vous répète que je ne vous aime pas, et que je ne fais rien que pour votre fille, que j'iiime beaucoup. — Mais observez, monsieur... — Que diable voulez -vous que j'observe?

— ()tie les gi-ns de mon r.ing ne teçoivi nt que ce qu'ils peuvent rendre. — % ous n'avez p is toujours été si difficile. — Quand je vous ai emprunté quarante mille francs, monsieur, je pouvais vous les rembourser. — Je ne m'en suis pas aperçu. — Je ne vous entends pas, monsieur. — Il me semble cependant que je suis clair. — J'ai pris des informations, monsieur, toutes mes dettes ont été payées sur le prix de mes biens. — Je ne l'ai pas été, moi, monsieur. — Et pourquoi Cela , monsieur? — Je ne me suis pas présenté. — Il est bien extraordinaire, par exemple... — Rien d'extraordinaire du tout Vous m'aviez demandé le secret , je vous l'avais promis, je l'ai gardé. D'ailleurs, je me serais présenté en vain. — Je ne vois pas la raison... — La voici : je ne connais plus de débiteurs dès qu'ils sont dans l'infortune et je déchire leurs obligations. — Ah ! motsieur Botte, monsieur Bott», ■... — C'est ma manière, à moi, monsieur, et je trouve les miennes aussi nobles que celles de bien d'autres. Mais en voila assez; mettons votre caisse derrière ma voilure , placez - vous dedans avec moi, et larlons de quelque chose de plus intéressant.

M. d'.Arancey était confondu. Déchirer une obligation de quarante mille Irancs ! disait-il en attachant sa lanterne magique. L'orgueil était à peu près son unique défaut, et l'orgueil n'éloulle pas la reconn.iissante dans un cceur bien placé.

Quelque pénétré que fut le marquis, il ne pouvait cependant se résoudre a traiter M. Botte en ég.il. 11 voulait trouver un tempérament qui accordât ses préjugés et ce qu'il devait au cher oncle. La voiture

roulait: M. d'.\rancey cherchait les expressions convenable», et nt disait mot. Le cher oncle jouissait inténeureiuent de l'euibjrras oii il mettait un homme de qualité, et il se proposait bien d'y ajouter encore. Le miirquii prit enfin la parole.

— Je dois vous rendre couipte, monsieur, des motifs de mon émigration et de ceux qui ont déterminé ma rentrée. — Vous oubliez , nionsirur, que vous ne devez compte de votre conduite à prrsonne. — La votre, monsieur, force mon estime; je veux obtenir crlle de M. Hotte, et cette considér.ition l'emporte en ce moment sur les autres. Ecoutrz-moi, je vous prie , et ne m'interrompez pas, si cela vous est possible. — Pas trop, je vous l'avoue; mais voyons ce que vous avez à me conter.

— Vous êtes resté en France, parce que vous avez cru voir le bien de l'Etat dans le gouvernement républicain; j'en suis sorti, parce que j'ai cru que le u'Ouvernemtnl monarchique était le seul qui convint à la France. — Nos opinions ne dépendent pas de nom, et jusqu'ici vous n'avez pas de tort. — Mes ancêtres ont été comblés des f;ràccs de la cour, et j'ai dû m'attacher de plus près k la cause d'un roi malheureux. — Je crois que vous avez raison. — J'ai pris du service ei» Allemagne. — Ah! vous commencez à avoir tort. — En quoi donc, monsieur?— Les puissances alliées ne faisaient pas la guerre pour le roi que vous coiiiplioz servir. — Je m'en suis aperçu, et lorsque les Russes sont rentrés chez eux, j'ai demandé et obtenu du service de leur empereur. — Vous recommenciz à avoir raison. — Si monsieur pouvait ne pas m'inlerrompre à chaque mot.' — Maintenant c'est moi qui ai tort, et j'en conviens.

— Je ne sais pourquoi Sa M.ajesté Russe me distingua de la foule des Françiis réfugiés dans ses Etats ; mais je parvins rapiilement à un degré marqué de faveur, et je n'ai pas plus compris les motifs de ma chute que ceux de mon élévation. Je me vis en un jour disgracié, arrêté, jeté avec d'autres malheureux sur un mauvais chariot et conduit en Sibérie. — Ah ! diable , en Sibérie on ne donne pas facilement de ses noiivclFcs, et on a pu croire ici que vous étiez mort. — Permettez-moi donc, monsieur 'de suivre mon récit. — Je me tais, monsieur, je me tais.

— Sur le chariot près de moi était un jeune homme intéressant par sa figure et sa douceur. Le premier coup d'œil m'avait prévenu pour lui : il me parla français, et je l'aimai. Il était, comme moi, victime de l'inconstance des souverains , et le rapport d'infortunes lie étroitement les hommes. Mon jeune ami ne s'occupa plus que de moi. Je ne pouvais payer ses attentions continuelles que par de la reconnaissance : je lui vouai la mienne tout entière. — Diable! diable! dit M. Botte entre ses dents.

— A'ous passâmes huit mois dans les déserts glacés, à cent lieues par delà Tobolsch. Sans les soinî vigilants du chevaber d'Egliguy, je serais mort de froid et de misère. Ct-st lui qui creusa dans les ILncs durcis de la terre un trou, une tanière, oii je bravais la rigueur du climat; c'est lui qui s'exposa le jour il un froid excessif pour fournir à ma nour-

! riture. Il apprêtait, il me présentait la chair des animaux qu'il avait j tués; il me couvrait de leurs peaux. — Diable! diable' dit M. Boite. I — L'excès même du malheur relève un courage abattu. IVous résolûmes de sortir de ces déserts, dussior.s-nous payer notre témérité de la vie. Après des peines, des priv.itions, des efforts incroyables, nous entrâmes dans la Tartarie russe. Ses habitants sont féroces, et notre état les attendrit. Il nous montrèrent de la compassion, nou< donnèrent des secours, et nous conduisirent sur les bords de la mer. Un bâtiment chinois, qui faisait sur ces côtes le commerce de pelleteries, nous prit sur son bord, et nous meua a Canton.

IN ous trouxâines d.ms ce port un vaisseau hambonrgcois, dont le capitaine. Français d'oriijine, connaissait la famille d Egligny, et je dus à mon jeune camarade la lîn des maux qui, depuis si Iongiein|is, pesaient sur moi. Logé, nourri, vêtu à Canton aux frais du capita ne, conduit par lui ;i H imbourg, il ne me restait qu'un parti à prendie, celui de rentrer en France, ou je pourrais trouver des ressources, et ni'acquitier envers mes amis. J'élaiii confirmé dans ce dessein par un motif irrésistible, celui de retrouver un enfant chéri, dont j'ignorais absolument la destinée.

J'allais partir sans papiers, sans areent; je savais les risqurs que je courais, et je ne vouljis pas que d'Egligny s'exposât, ^ous .sommes inséparables, me dit-il ; j'ai partagé votre misère, je partagi-rai vos dangers, (^iie po'ivais-je faire? l'aimer plus que jamais. — Dinble ! diable! dit M. Boite.

— La jeunesse intéresse. D'Egligny plaisait généralement par se* agréments eilérieurs; on l'afficlionnait par ce qu'il a fait pour moi. Un négociant de H.imboiirg lui donna de quoi subvt nir aux frais de la route, tt l'aida à tromper le résident fruiçais. INous (larûausdevant ce ministre sons l'extérieur de gens qui vivc.it ii<- Imr faible industrie, et qui ne sont suspccis a personne. On nous délivra des passe-poris, nous partîmi's, et nous versâmes des larmes de joie en touchant cette terre natale que nous ne devions plus revoir.

La circonspection guidait nécessairement nos démarches; nous ne pouvions prendre que des informations imlirectrs; nous tremblions d interroger, et nous n'acquérions aucune conn.vissance de ce qu'il m'importiit tant de découvrir. Nous rcsolùmes de nous séparer, et de 4oulu«r ainsi Uts recherche.» jjiqu'alors infructueuses. D'Eglignj sait

M. BOTTE

tourner, et son travail est un moyen certain d'ciistence. Je ne sais rien f^ire, t't j employ.ii ce q li nous rcstiit d'arjj. nt à me procurer cette c.lis^e. C e>t à telle époque que je pjssai à \ulie château, où vous me vilis sans nie reconnailre.

Apri-s biin des courses inutiles, j'appris seulement que la parente à qui j';ivais coal'ié ma fille était morte (Upuis longtemps, et qu'on ne croyait pas que l'cnfint fût r. sié k Paris. Je sus que uns biens étjii'iit veuili'S. rt je pensai qu'un de ceux qii les avait aclietiîs à vil prii s'ét;iit rliirijé de la pauvre orplicline. J'entrai cbei tous ma caiise sur le dos, et je ne trouvai pu ma SO|ibie.

Les rpcbeicbes de il'lv;l'gny n'<!laienl pas plus heureuses. Je m'affligeais, je me disolais, assis sur U: reveis d'un fossé; votre postillon p.ssi, nie reconnul, me parla. Jugi z de ni i surprise, de ma joie, ipiand il ni'.ipprit qu'Kduiond, envers qui, je l'avoue, j'ai quelquefois été bien dur, qu RJuioud avait recueilli ma fille, et qu'il l'uvail élevée comme son (iifiiit.

— delà vous prouve, monsieur, qu'il n'eiiste de dilTércnce réelle entre Us hommes que par leurs qualités. Ebloui par un éclat passager, vous VOIS eus cru fort au-dessus d'Edmond : dépouillé de voîre entour.Hgf et appécié à votre juste valeur, vous trouviz aujourd hui Edmcnl fort au-dessus de vous. Il est inutile de f.iire la mine, mousieur; je dis la vénlé à tout le monde, tl vous avtz plus besoin que personne qu'on vous la dise, le reviens à votre récit.

Voi infortunes m'ont touché; votre chev.litr est un digne garçon, et vous ne vous êtes étendu sur ce qu'il a fiit pnur vous que pour me prépjrer à ce que vous ne m'avez pas dit encore. C'est la uiaiu de vot^e fille qui vous acquittera envers lui. — Aussitôt, répondit brusqucmeut le marquis, que les circoostances le permettront. — Ah! ah! faut-il encore, monsieur, q'ie je vous apprenne que l'honiuie qui ne peut plus préirndre qu'il l'estime publique doit conimciiter par se ployrr il Ja pratique des vertus les plus siuiples? Ignorez-vous ee que vous devez à voire fille? — Le bonheur. — Et croyez-vous le lui procurer en la privant d'un homme qu'elle aime, pour kl donner à un inconnu que vous lui amenez du fond de la mer Glaciale? — (^cst l'époux qui lui convient. — Qu'en savei-vous? — C'est moi qui l'ai choisi. — La belle raison ! — Elle suffira à une fille bien née. Mais ne pailons plus de cela, je vous prie. — Si fait, parbleu, je vous en parlerai. Votre chevalier n'a pas d'amour potir Sophie... — Pour Sophie ! — Et quand il saura qu'elle est prévenue pour un autre... — MaderaoisUe d'Arancey le lui taira. — Elle rn est capable; mais je le lui dirai, moi. — Vous •urez un tort de plus, monsieur; et vous n'empêchertz rien : ma fille fera son devoir. — Et sera malhcurenst; toute sa vie, parce que moasieur, qui aime tant son roi, est sans pitié pour son enfant. ^ otre retour pouvaii ê re pour elle un bietifail du ciel, et vous la rédairiz à gémir intérieurement de vous être rendue. Monsieur d'Arancey, je vous prie, je \oiis supplie, pour voire fille, qui m'est bien chère, pour vous, doiit les legrcts tardifs .. — Eh. monsieur, je vous ai déjii dit, et je vous repète que vous ferez bien de parler d autre chose; il y a trop îonijtempi que je supporte voire bizarrerie et une suite d'expressions tboipiinles.... — Elles le sont moins, monsieur, que celles de votre lettre. — Mi lettre con'ient mes senlimeuts, mes senliincuts irrévocables. — Vos sentiments me font pitié. — Oh! de g-àce, mousieur Btftie... — Oh! monsieur, je vous ai écoulé tant que vous avez voulu; vous aurez la même couiplaisance s'il vous pliît. Exauiinons sur quoi Eoni étaldis ces senlimenls que vous annonci z si emphit q uemenl dans volre lettre; voyous pourquoi votre tille rougirait de s'allier à nous.

\ otre bi^a'ieul était maréchal de France, et le mien matelot: jusque- It tout l'avantage est pour vo la. Votre a'i. ul était maréchal des camps, et le mien pi oie; ici l'avantage décline un peu. Votre père était colonel, le mien était capitaine-propriétaire de son navire; il y a déjà quelque ripprO'hement. \ OJS avez été mousquetaire, et vous avez mangé Une partie de voire bien; moi, j'ai été l homme de l'Etat, a qiiij'ai prèle des fonds. E i temps de pix, j'ai envoyé des flottes marchandes dans les deux Indis; en temps de guerre, j'ai armé, j ai fait respecter le pa- •villon du roi, et mes facleuis, dans tous les temps, ont fait reapecltr ma probité aux pcuplis drs deux hémisphères. .I'.<i acquis des millions, j'ai f,it du bien à tout le monde, je vous eu ai fait a vous, j'en veux plus f'ire encore i) votre hlle, et, tout bien calculé, morb'eu, vous deviz savoir gré à M. Botte de vouloir bien èire 1 égal de l'ex-marquis d'Arancey.

— \oulezvous bien, monsieur, faire arrêter votre voiture? dit le marq lis pàlissmt de colère. — Pouiquoi cela? — Je vais descendre. — Pourquoi faire ? — Pour continuer ma route à pied. — Quelle lubie vous passe par la tête ? — Je n'ai accepté la place que vous m'avez oflerte... — Que dans la persuasion que je flatterais votre orgueil, n'est Ce pis? Monsiiur le man|uis, je ne fl.tle personne. — Vouleivoui biin, monsieur, faire arrêter votre voi.ure ? — Non, monsieur, je ne le veux pas. — Ceci est fort, par exemple. — J'ai promis à voire fille de vous ramener en voilure , et vous n'irez pas k pied ; je lui ai promis de vous équiper convenablement, cl c'est de quoi je m'occu-

Îieriii a S.ini-Gcruiain, oîi nous allons entrer. Vous êtes rouge de coirc, votre œil me menace; mai], corbleu, j'ai une tête aussi... Vous brisez mes glaces!... j'en ferai mettre d'autres; mais vous courez lu peste, et dans la voiture de M. Botte.

Le mar luis ne se possédait plus. Il protestait que, s'il avait des armes, il brûlerait la cervelle au pelil bourgeois qui osait l'outragir. M. Botte répondait que tout ce qu'il y gagnerait serait de voyager seul, à moins pourtant qu'il ne cassât aus>i la tête à son valet de chambre et à Henri, qui avaient des ordres, et il ajouta qu'il n'est pas prudent de casser tant de têtes, quani on n'est pas trop sur de la sienne. Le marquis, exaspéré, était prêt à lever la main; le cher oncle vit le mouvement, que la bienséance réprima. — Frappez, lui dit-il, si cela vous amuse. Je ne dé honorerai pas le père de ma nièce en lui rendant uu coup infamant. — De votre nièce... de votre nièce ! elfe ne le sera jamais! — Elle le sera, morlileu ! et, en attendant, et quelque chose que vous fassiez, vous courez la poste.

Peii'lant cel'c altercation, la voiture s'arrêta à la barrière de Saint- Oermain, el M. d'Arancey cria aux commis de lui ouvrir la portière. Elle s'ouvre à l'iiistant. Le marquis, malgré son âge, saute légèrement sur le pavé ; le cher oncle saute après lui , et dit aux commis : -^ Je m'appelle Botte.

A ce nom on lui prodigue non ces respects qu'arrache l'homme puissant qu'on craint, mais ces marques de considération qu'on accorde si voluiiliers à 1 homme utile, el le marquis ne concevait pas qu'on pût marquer tant d'égirdsà un bourgeois. Le cher oucle reprit: — Je m'appelle Bjlte ; monsieur est mon pro>he parent. Il a perdu la tête: vous en jugez facilement par le costume baroque dont il s'est affublé ; il est quelquefois furieux ; vous n'en doutez pas d'après son air furibond et la manière dont il a arrangé mes glaces. Je le conduis à une maison de s mté près de Paris : il veut m'écbapper, et je vous demande m lin forte pour le conduire à l'auberge , oii je vais le faire habiller décemment. Allons, mon cousin, marchons.

A ce nom de cous n, la figure de Vl. d'Arancey se décompose tout à fait, et les spectateurs ne doutent point qu'il ne soit maniaque. Deux soldats de la garde s'avancent, et le cher oncle n'a que le temps de dire à l'oreille de son cousin : — Si vous niez que vous soyez mon p.arenl, il faudra que voiis disiez qui vous êtes, et parbleu ! ce ne sera pas moi qui \ous aurai dénoncé.

M. Boite prend son cousin sous le bras ; le valet de chambre et Henri marchant en av.mt , les deux soldats forment l'arrière-garde , et les badauds de l'endroit suivent, précèdent et girnissent les flancs. Que pouvait faire M. d'Arancey? se laisser conduire et se taire : c6 fut ce qu'il fil.

On arriva h l'auberge. M. Botte met son parent dans la plus belle chambre , fait clouer les croisées, place les deux soldats au dehors de la porte, envoie chercher tons les ouvriers du lieu, et fait servir un souper soniplueui. Le marquis eni'i'geait... oh! il enrageait ! tanlôiii brisait une assielie ; l'instant d'après, il cassait une carafe... — Bien! mou cousin, bien ! Cassez tout ce que vous voudrez; mais goûtez cette perdrix rouge. .. un peu de cette crème..., un verre de ce vin vieux. Le marquis dévorait, autant de colère que de besoin, et les gens de l'auberge remarquaient que pour un fou le cousin avait bon appétit.

De ppu de chose on fait une nouvelle dans une petite ville. Le bruit de l'arrivée de M. Butte se répiudit à l'instant; on ne parla que de ses largesses et de, ses trésors. On assurait qu'il avait traité du royaume de Siim, et que la négociation n'avait mimqué que p,rce qu'il craignait smgilièrement la circoncision. On disait.... on disait — que ne disait-on pas ! Le premier magistrat du lieu ne crut pas au-dessous de son rarg de prévenir non l'acquéreur prétendu d un trône, mais un hnmioe qui faisait circuler les richesses par mille canaux, et qui rendait des services signalés à l'Eiat. 11 supposait d'ailleurs qu'il ne pouvt'it quitter son cousin d'un moment. Il vint donc offrira M. Botte les moyens qui étaient à sa dispositioo pour l'aider à conduire le parent avec siireié.

Cuiume des gens qui ne se sont jamais vus n'ont rien à se dire, et qu'il faut parler quand on craint de passer pour un sot, le magistrat commença par faire, sur la maladie du cousin, les questions les jilus étendues". M. Boite rcpon,lit par une peiii'ure effrayante de quelques accès dont il avait été témoin, le tableau était si chargé, les coups de pinceau parfois si comiques, que le marquis, malgré sa fureur, partit d'un éclat <le rire. Le m gisirat observa avec beaucoup de sagacité que ce rire n'était que convuLsif , et qu'il annonçait un accès prochain. Il proposa à i\l. Botte la brigade de g,n larmerie , et l'engagea à faire mettre aux pieds et aux mains de son parent des fers qu'on aurait soin de garnir pour ménager les chairs. A cette proposition, le marquis fit une grimace épouvantable , et il allait probablement se nommer, si M. Batte n'eût observé que six hommes sont toujours maîtres d un fou, que des fers ajouteraient infailliblement à la fureur de son malheureiu parent.

A la fin du repas, on apporta tout ce qu'il fallait pour donner au marquis l'air d'un homme opulent. Ou le livra au valet de chambre et à llrnri. Une demi-heure après, il remonta assez tranquillement en voiture, fct on sortit de Saint-Germain sous l'escorte de quatre gendarmes armé- jusqu'aux dents.

— Je vous demande bien pardon, monsieur le marquis, d'avoir employé des moyens un peu fi.rts; mais le^ désirs de votre fille sont des ordres pour moi : j'ai dû remjlir ses ii.tenlions, et je n'ai rieu fait que VOUS ne m'y ayez forcé. Hem !... Plaît-il?... Pas le mot. Bonsoir donc.

M. HOTTE

marquis. Aussi bien je sem le besoin de ciSdcr à mon habitude de tou» les jours, ctlle de dormir a|irrs souper.

Hassuré par la présence de son escouade de cavalerie, M. Rolle s'endormit en elïet ; le marquis n'avait ri fusi' de rf'pondre que ptrce qu'il avait trouvi- dans ses pnclii-s un nouvel aliment à sa colère. Le .cliiT onrie n'oubliait rien , et son prisonni.r , en caressant lis ba-qnts ribondiisde sa veste, s'était aperru qu'elles étaient farcies d'or. 11 fallait être de bien mauvaise liunieur pour prendre ainsi tout de travers, et je connais beaucoup de gens qui, au lien de s'obstiner en pareil Cis à garder le silence, se seraient empressés de s'acquitter au moins par des remercinients.

Cependant un coup de feu et des cris se font entendre de l'intérieur de la foièi. I.e marquis, persuadé qu'une diversion le tirera d'isclavaRc, attend tranquillrnient les voleurs; >1. Holle, qui durt comme il fait tout, continue à ronfler; les gendarmes, convainius qu'il vaut mieiiT laisser éiliapper nn fou que de laisser tuer un homme, se dis~ posent h secourir l'opprime. Ignorant k quel nombre ils vont avoir aAaire, ils requiènul le valet de chambre et Henri, tous deui bien armes, de leur prêter nii.in-forle. Ceui-ci n'ont nulle envie de se batire; mais ils ne peuvent se dispenser d'en faire au moins le semblant. Us se jitleiit dans le bois, bien décidés il quitter le» gendarmes il la première tr.incliée qui va se présenter. Le eon>lucteur, ell'rajé, fouette à outra:ice ses chcvaui , et on arrive au g dop à la première poste.

Les chevaui sont changés, le postillon se présente li la portière; le marquis baisse la glace, et s'api rçoit qu'il est débarrassé de tous ses surveilUuls. Ce postillon seul était au couraut de son aventure; et pour ne pas perdre de temps, il lui donne un louis, et releva la glace. Le postillon, tremblant qu'on ne lui redemunde son reste, se hâte de remonter 3 cheval , et s'en va; à peine a-t il le temps de dire à son camarade que h voiture itiit escortée, et que les gendarmes l'ont quittée pour courir après des voleurs.

.M. d .\rancfy était tiè<-bien mis, son eitérieur était imposant, et son témoignage devait balancer au moins celui du cher oncle. Le nouveau conducteur n'avait pu être instruit des détails; il n'était donc pas i craindre, et le marquis s'arrangt^a là dessus.

On arrive à la barrière de Paris, et le dormeur continue de digérer en ronfljnt. Le m^irquis dit aiu commis : — Je m'appelle Bjtle. J'ai eu la bonté de prendre daus la forêt un homme assez bien couvert, et qui m'a paru très fatigué. Pendant que je dormais, le drôle m'a escamoté mon portefeuille.

Le nom de M. Botte fait ici la même impression qu'à Saint-Germain; on ne ptnse même pas à douter de la véracité du conteur. Cependant le chef du poste, qui n'a jamais entendu parler de ce nomli , obseive aui comuiis qu'il tst une marche à suivre avec M. Botte comme avic un autre. 11 interroge le jiostillon : le postillon répond que son camarade lui a en eHVt dit quelques mois de geus qui détroussent les voyageurs dans la forêt, mais qu'il ne sait rien de positif. L'otbcier remarque qu'il y a !à présomption contre l'accusé, et qu'il faut l'entendre lui-même. Le marq'iis se voit au moment de reprendre sa revanche. 11 pousse rudement le cher oncle, le réveille en sursaut, et lui dit à l'oreille : — M vous niez que je sois M. Hotte, il faudra que vous disiti qui je suis, et alors ce sera vous qui m'aurez dénoncé. M. Botte ouvre de grands jeui, sent la nécessité de se taire a son tour, descend sur l'iiiterptllation de rolli<;ier. et, surpris au delà de toute expression de ne voir ni sa brigade ni ses gens, il entre au cor^s de girde, commen ant à soupçonner une ruse qu'il lui est impossible de déjouer. Le marquis descend après lui . prétexte un besoin , s'éloigne de qutlques p.>s, de quelques pas einoie, enfile une petite rue, et laisse le postillon, les chevaux, la voiture sur le pavé, et M. Botte au corps de carde.

L'olbcier veut commencer une instruction en règle, M. Botte lui rit au nu. L'oflicier se f.îche, M. Botte jure. L'oflieier proteste qu il va l'envoyer en prison, M. Botte l'tu délie. L'ollic-ier commande un détachement, U. hotte tire sou petit couteau de chass-. L'officier lui rit au nez à son tour, lui ordonue de marcher et lui tourne le dos.

M. Botte n'était pas spadassin, et il voyait que son petit couteau faisait si peu d'impression , qu'on n'avait pas djiijiié le lui otcr. Conimeol faire pour ne pas aller coucher en prison, gite désagréable à tout le monde, et surtout à un millionnaire? Il n'y avait qu'un parti à pren Ire : c'était de prouver qu'on lui avait joué un tour. Mais pour ne pas e\poser le marquis, il fallait savoir s'il av^il profité du moment ponr é-happer à ^on otiiniàtre ro'isin, et pour ce, M. Botte demande qu'on le confronte au moins à son accusateur. L'olTicier répond brusquement que la confroittalion se foit en prison. Lis commis, la girde, les paSiiuUi, tous upiuent pour la prison. — En prison donc, dit M. butte, et il rend avec dignité son arme au caporal qui ne la lui demandait pas.

Henri et le valet de chambre s'ét-iient couverts de gloire sans courir de danger. Les voleurs prétendus étiient des hrai oniii< rs qui ven..irnt de tutr un chevreuil, et les cris qui avaient répindu l'alarme :i élaieui que do^ cris de joie lrès-ind.si.rèliment Insinlé-. A r.ipprocbe des cbevauv, les th iSm ura avaient abandonné bur pro'e, et s éaunt tapis •0U5 des broussaillts, oii, grâce à l'obscurité, il fut impossible de les trouver. Henri avait bravement sauté sur le chevreuil, l'avait mis en

travers sur son cheval ; et les gendarnus l'avaient laisse faire, persuadés que cet accessoire ne dép air.tii pas au cher oncle, dont les oiarques de reconnaissance n'elaieiit jaiii.ii> éipiitu<p>es.

Les deui doim sliques, étoiiiiéi de Irouvrr la \oiturc arrêtée, s'approchent de la portière, et sont plus étonnés cncnre de ne trouver personne. Leur élunnement redouble en voyant M Botte au milieu d'un peluluii de soldats. Ils iiutliiit pieil k terri', ils a'.ippruelii ut de rofticur. ils nomment leur maître. 51. Butte, qui n'est p.is eeit'iiii que le marquis ne soit plus dans la votiiie, leur liit de> "igur* <|ui |. ur imposent silence; mais ces signes, le rlii'vrt ml, l'air elVare de ces deux hoiiiiiHS, tout cela' est interprète p.ir l'nllicier. H f >il entrer le valet de chiiiibre et Henri au centre du détachement, et le chevreuil au corps de gar 'e.

M. Botte parle à l'oreille de ses gens, et les soupçons augmentent. Ses gens lui répondent de mêoie, et la complicité n'est plus doiiti use. Bien d'aussi S'inple ci-pendant qie ce qui s'était dit. — Le niarquii est-il dans la voiture? — -Monsieur, il s'est enfui.

Le cher onile se croit alors tiré d'embair^s. Il proteste que c'est lui qui est M. Botte, et on lève les épaules. H lire son portefeuille, auquel on ne pensiit plus, et qu'un gr- Bier n'aurait pas oublié. L'officier le prend , fait I inventaire di s billets de caisse, en dre>se un ét.it a la liâu-, le remet au cajioral, et répète l'ordre de marcher. M. Botte cri-- à l'injustice, et on crie au voleur. H s'emiiorte, il tempête, il bl.ispliènie pour la première fois de sa vie, en piote.stant qu il ne mirihera pas : un coup de bourrade dans le derrière l'avertit que la résistance est inutile.

— Corbleu ! disait M. Boite en marchant et en se frottant le postérieur, le tour est sanglant, mais il est bien joué, très-bien joué, pour un marquis.

On allait l'incarcérer sur des apparences qui devaient donner matière à un ample iirocès-verbal. L'officit-r sentait la nécessité de le rédiger au moins après, piiisqu'il n'avait pas songe à le faire îvant. Il n'y avait qu'une petite dilhcyllé, c'est que 1 officier qui, pendant sept campiunes, s'était battu en déterminé, n'avait pis trouve le temps d'apprendre à écrire. Il avoua son embarras aut commis, qui prirent la plume avec cet air de supériorité que s'.irrrige si aisemtnt la sottise, et il.-, ne manq'ièrent pas de faire sentir à 1 oHicier qu'un commis qui sait écrire est plus utde en temps de paii qu un soldat qui ne sait rien.

Pendant qu on verbalisait au corps de garde, le postillon s'impatientait sur le pivé. Il entre enfin pour demander à M. le commandant ce qu'il fallait fiiie de la voiture. — Ce que le propriétaire voudra. — Mais il n'y a plus de prnpriétaire. — Ah! diable, voila qui est singulier. Ah ! ce monsieur n'aime pas sans doute les scènes pnbliqui s, rt il se sera rendu cliiz lui à pied. — Mais comment trouverai je son chez lui? — Hé. paibleu, pir sa cafte de sûreté. Voyons son portefeuille. Quarante-huit ans... mais celui qui s'est plaint en a au moins soixante. Les cheveux noirs... il les a blancs. .Messieurs de la barrière, il y a ici quiproquo. — Moasieur l'oflicier, c'est vous qui l'avi z fait. — C 'est vous qui m'avez conseillé, — Vous cummaudez ici. — Oui, mes soldats , mais je dois nie r. ndre à vos réquisitions , et vous m'avez requis. — Pas du tout. — Je le soutiens. — Cela n'est p is difficile. — El je je le prouve. — Comment cela? — Le sabre à la maiu. — En garde, commis , à la relevée du poste.

Les commis sentirent à leur tour que celui qui , sans savoir écrire , a

batiu les ennemis peut encore être utile e^ temps de paix en châtiant

, des faquins. Ils reievinrent les hoaimes de la circonstance, et pioye-

rent dcvantie lilus fort : c'est «s^ez l'usige partout. t Cepei'daut les gen larmes , qui iiiéiinge il leurs chevaux , parce qu'ils sont à eux , les gendarmes arrivèrent enliu, et j' terent un grand jour sur cette aff.iirc, n<guère si embruiiilb e. Examen fait de li cane de sûreté , i's prononcèrent que c'était .M. Botte lui-même et <ieux de ses geus que l'on conduisait en prison — M..is quel est donc, dit l'nflii ier, cet autre .(ni étiit aussi dans la voiture? — C'est un fou que M. Botte conduisait aux Petites Maisons.

Aces mots, les co l'Uiis iremb'ent, l'oflicier fronce le sourcil, et le brigaditr de gendarmerie proteste que, si on n'apai e le cher onde, il est homme à les faire casser tois. L'alarme angnente, l'officier balbutie. Il a bravé cent fois la mort; m^is il eriiut la misère : il en a perdu 1 hab.tuJe, et cclle-la se reprend si difliciemeul!

On prie , on supplie M. le brigidier d'arrangiT cette affaire. On lui remet le portefeuille , ou déchire le procès-verbal , et on le presse de courir après les prisounie.-s.

Ils étaient déjà loin, i.e gros ventre de M. Botte et ses jambes courtes ne s'accommodaient pas d un pavé gras et d'une longue marche. II avait pris un liacre, avec la permis<ioa de M. le c-^por.! , qui s y était prêté parce qu'il ne payait pa; ; que dedans, derrière et sir le devant, il y avait place pour tout le monde, et qu'un caporal aime a aller en carro.>sc tout cumme un colonel.

Qu.inl les gen larmes partirent de la birrière, il y avait une heure au moins que le cher oncle-etait établi à la Force , très étonné de s'y trouver. Sur le rapport du caporal, le concierge avait mis M. Botte et ses gens en tics-mauvaise Cuinp gmc. Le cher oncle se bouchait le U(Z et faisait la grimace. Ses djnieMiqu.-s criaient qu il était affreux de traittr ainsi uu homme comme .M. Itoiie, et qu'où devait au moins lui donner une chambre. Le guichetier répomlil que ce a'étail pas l'heure

M. ROTTE

d'ouvrir trente portes , et il disparut en faisant résonner les corridors du bruit de ses verrous et de ses clefs.

Le \iikt de cli:iml)ie s'.ipproclia i(S|ieclueusement pour remplir ses fonctions .ici-oulunn'es. — Hé , p^irMi'U, tu te moques de moi. F.iutil tant d'.ipprèls pour nous nictlri' cli icuu sur une poiijnée de paille ? \ n. va, si l'i^Ralilé, dont on fdit tant de bruit , n'est pas une chimère, elle doit se trouver ici.

Dans toutes les prisons , les s.illes habitées par ces messieurs qui vivent d'indiislrie ont un chef qui établit ou trouble l'ordre i\ son gré, qui prononce se< arri'ls et les eiécule lui-ininie , et (|ui s'élit quand on ne le nomme point, parce que c'est toi.jours le plus vigoureui de la bande.

Le chevalier d'Éghgny.

M. I>eau Soleil, qui eierrait s la Force ces augustes fonctions, était triis-eiact a recueillir les impôts qui charmaient les loisirs de ses sujets. Il avait c'é trcs-choqué île la ijrimace de M. Hotte, de quelqu'une de ses expressions, et surtout de ce qu'il ne parlait pas de p;'yer sa bienvenue. Il prit la parole, et d'une voix de stentor il expliqua les usages irrciooables ilu lieu, et il ajouta qu'un insolent ou un sot pouvait seul è re humilié de se tiou cr avec d.s artistes du premier mérite , et que le ton du mépris n'allait pas à des gens qui ne savaient pas seulement un mot dVin/of Henri fit une réponse peu mesurée , Beau Soleil lui ordonna très-impérieusement de se taire. M. Botte inrea que, si la garde donnait des bourrades, les gonrmades pourraient pleuvoir ici, et il assura Al. Ile^iu Sutea,(\\->e dès cinq heures du matin il cuivrerait tous le* prisonniers, si on voulait lui permettre de reposer. Beau-Sukil répondit tr.s-bonnêtemeut que non-seulement le camarade pouvait dormir, mais que , pour prix de sa générosité, on lui apprendrai! quelque* jolis tours, dont il ferait son proht dans le monde, s'il v rentrait jamais.

— Allons , dit M. Botte à son valet de chambre, nous trouvons un maître ici comme prloiit. Puisque .léhnitivrment il n'y a pas d'égalité possible, ôte-moi mes souliers et mon habit; je garderai le reUe. — Quelle aventure pour vous, monsieur! — Diabolique, mon ami, et le marquis me la pavera. Cependant je ne suis pas plu» mal ici que dans vingt autns circonstances. Je suis assailli par des insectes affamés, mais je crois qu'il y en avait davantaf^e d:,ns celte chambre d'Edmond Oii je m'ames.is des contorsions de lloreaii ; je me suis enfoncé dans une mare jusque dessous les bras, et je suis très-sèchement ici ; j'ai été piquéàlepaulepar unegm^peet mordu ii la fesse par un chien, le coup de bourrade m'a fait beaucoup moins de mal. A la vérité je suis avec des fripons; mais le monde en est plein. .le me défie de ceux-ci , ils ne m'attraperont pas ; les autres me trompent tous les jours, et après tout trois ou quatre heures sont bientôt passées. — Allons, inon.sieur, il fallait que vous vinssiez a la Force pour trouver quelque chose de bi<n. Pendant cette conversation, tenue très-bas, et pour cause, M. Botte arranreait sur la plan-he desti;éca lui servir d'oreiller son habit pro nrcment roulé ; son mouchoir de poche avait remplacé sa perruque, et U s'était couché très-peu aDTecté du pri sent. ,

Le plus profond silence régnait dans la salle. Tout le monde dor-

mait, ou en faisait semblant. M. Botte reçoit un petih coup sur la pointe de chaque pied, et crie : Qui rnue? Personne ne répond, et M. Botte se met sur son séant. 11 allonge les bras autour de lui , et ne reneonlre rien. Il se croit abusé par une illusion nocturne , et se laisse retoniliir sur son oreille. Pan! sa tête porte d'aplomb sur la planche; l'habit est enlevé. Il crie, il se lève et ne trouve plus ses souliers.

— iMonsieiir le chef de ces honnêtes f;ens, ceci est trop fort. Voler même en prison ! je tiens peu à mon habit , mais assez à ma bourse , qui est dans une des poches, 11 reçoit un coup léger sur une épaule, il se retourne, et le mouchoir qui lui enveloppe la tête est allé avec l'habit, la bourse et les souliers. — Corbleu ! messieurs , si , au liea d'un tour de tabouret, dont vous vous moquez, on vous pendait une bonne fois, on rendrait un grand service à la société.

Au mot de pendaison , tous mes coquins se lèvent tumultuairement, et font un carillon infernal. L'un criait que la corde est faite pour les voleuis; un autre pour les assassins; un troisième, qu'il était affreux de confondre avec des malfaiteurs des gens ài talent qui exercent dans les spectacles, dans les cafés, aux fêles publiques; un quatrième observait que le vol était eu honneur à Sparte , et que les mœurs Spartiates étaient les mœurs par excellence : celui-là avait lu les fables de Rollin.

Les autres criaient d'autant plus fort qu'ils ne savaient ce qu'ils disaient; les clameurs étaient accompagnées de nombre de coups de poing qui tombaient d'aplomb non sur M. Botte , mais sur un homme qui le tenait dans ses bras, qui le couvrait de son corps , et qui lui disait : — Ils m'assommeront, mais je vous sauverai. — Que diable 1 pensait le cher oncle, il me semble connaître cette voix-là.

Comme on ne frappe jias toujours juste quand on frappe fort, et surtout sans y voir, les poinjjs des assaillants se heurtaient ; ils se meurtrissaient l'occiput ou l'omoplate ; on pochait des yeux , on cassait des nez, des dents ; on enfonçiit des côtes, et cet exercice était accompagné d'un crescendo de blasphèmes, qui eût fait abîmer la maison si l'Eternel, toujours bon, n'eiit bouché ses oreilles.

Entrevue de 11 Botte et du nnrquis d'Aran^r^cy en montreur de pièce curieuse.

Au milieu de cet épouvantable désordre, l'homme qui tenait M. Botte embrassé avait eu l'adresse de le tirer de la foule , et s'éUit juché avec lui dans renfoncement d une fenêtre élevée, oii personne ne pensait à les aller chercher. Tout à coup, le bruit des verrous se fait entendre, la porte .s'ouvre, les flamt-eaux brillent ; le concierge en personne parait suivi de ses guich, tiers, tons le bonnet a 1, main et précédés de tiois chiens, qui , mordant à droi.e et à gauche, obligent en un clin d'œil M. llcau-Sokil et sa clique à se I-I't 'ous «"^^ P?;""'^J ;

Le concierge, d'une voix mielleuse, appelle M Botte , et M. Botte lui crie en sautant dans ses bras : - Sauvez-moi des mains de ces en-

" Comme la reconnaissance était une des vertus qu'il estimait le plus, et qu'il pratiquait le plus exactement, il voulut connaître 1 homme a

Paris Tvrographic Henri Pion, tîic nî'ao'ùère, 8

M. lU) n K

qui il avïit roMi(;ation a'èlre encore tout entier. Ce malheiire m se cacbail le vis-ge .Ir srs <1. m nii.iii» , et le coiidiicttur, jaloiu alors de se rriulie aux ili-Mis du dni oiule, prit son i.n.l.rleur par I oreille, l'obi. gea à li'vei la liMc , ri M. Holte reconiinl t .mil min.-.

— Il est doue d.ri I»', dil-il, que j'aurai toujours dts ol.li|;itions essentiellf» à ce drole-l.i ! qiirl donimagf que ce soit iiu fripou!

— Ali là ! uioiisiiurlc concierge, vous vi nez sans douie me mettre en libellé' — Oui . monsieur. — Mais vous obs.rv.-r(i qu'on m'a volé mon h,.bil. m< s souliers, ma bourse, mon mou. hoir, ma prrruque, et me» deui d,)mrslii|ues, car je ne les vois plus. \ oilà. je crois, la quatrième lois qie je suis déshabillé, parce que j'.i un neveu qui s avise d'êire anuniuut. ^ . ■■ . > .1

Le conciers.- interpelle Ileau-Soh-il : /^,■(I^-^o^■l/ repond qu il ne peut rendie ce q'i'il n'a pas pris. I.e concier,r;e interpelle les artistes le» mieux notés sur son legislre, tous font la même réponse. Il lâclie un quatrième chien, an nez ejercé , qui furète partout, cl qui. »u lieu de I habit, de la perruque et dts soulier», lire de , dessous une mauvaise table qui portait la gamelle commune , le valet de chambre et Henri à demi morts de peur.

— Tirei-moi d'ici, disiit M. Itolte, j'abandonne tout, absolument tout. — C'est ce que vous pouvez faire de mieux , dit le concierge ; car ce» drôles là , en caus.ini un jour avec moi, mont volé mes bouclts à souliers, et jam'-isje ne les ai retruuvées.

— Il tsi bien extraordinaire, répondait M. Hotte, qu'on ne soit nulle part en sûreté, pas mèiite en piison.

Le cher oncle, m entrant' à la geôle, trouva la g.irde qui l'nvait animé, it qui s'enivrait avec le girclieiicr qui n'avait pasle It mps d'ouvrir des portes la nuit; ii trouva son bcgnlirr, qui lui dit que Si voilure était a la perle. — Jimai» el'e ne vint plus à propos, c.r mes gens sont dépouil es coniiiie moi.

Le brig.ilier rfjeta sur les braconniers les événements de la soirée. — lié, monsieur, les braconniersnr sont pa» cause du refus que m'a fait ce drôle, qui bol la-bas, de me meure d.ms une ch.\mbre convenable, — Voulex-vous que je le chasse , monsieur? dit le concierge.

— ISon , monsieur , vous ne le chasserez pas : il m'a traité d'après le rapport du caporal. — Monsieur, dit le caporal, j'ai suivi les ordres de mon officier. — Aussi est-ce à lui que j'en veux. Je lui appremlrai que, lor-qu'on ne sait que commander l'exercice , on ne doit pas se mêler de faire le juge criminel. — Mais, monsieur, dit le brig.ulier, les apparences étaient contre vous. — .\pprenez, monsieur, qu'il n'y a qu un sot qui juge sur les apparences. L'officier sera cassé. — I\Iais, monsieur, il a une femme et dis enfants. — Ah diable ! et le soldat qui m'a bourré, a-t-ii aussi une femme et des enfants? — Jigiior.jis, monsieur, .1 qurl postérieur j'avais affaire. — .Ménage z-'es tous, corbltul c'est le moyen de ne pas vous tromper. Mais le plus court est de pardonner, et je pardonne. Partons. Monsieur le brigadier, vous viendrez me voir demain.

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