XIV. — N. Jspère et on se trompe
I C3 médecins avaient décidé que mai d'amour n'est pas mortel; que la fièvre se calmerait indub tablement, et le d gne oncle commençait à respirer librement. Biais les docteurs ajoutèrent que, si le malade n'obtenait l'objet de ses désirs, ou qu'il ne lût pas assez raisonnable pour se vaincre lui-même, il éprouverait infailliblement le sort d'Aiitiochus. M. Hotte demanda ce qui était arrivé à cel Aiitiochus. (Jn lui répondit que c'était un prince amoureux de sa belle-mère , et qu il mourait respectueusement de Jangueiir, quand le roi sou père jugea h propos de lui céJer la reine. M Holte approuva fort la cond aiie du roi, et jura qu'il en ferait de bon cœur toui autant pour sou neveu ; mais que malheureusement il n'avait pas de Stratonie.e à céder, et que d'ailleurs c'était de Sophie, et non d'une reine, que Charles était amoureux ; qu'au surplus les caractères ardents se caimaieiit comme ils s'emportaient, et que, puisque Aiitiochus n'avait pas commencé par b fièvre chaude , il était à croire que son neveu ne flairait pas comme lui.
Comme il est inutile de s'occuper des moris aux dépens d' s vivants, M. Hotte oublia bien vite le jeune p.iiice et sa belle-maman, pour se faire dresser un 1 t auprès de celui de son neveu, et lui ad uiiiistrer lui-même la potion cunlive. Ce n'est p3s qu'il eût une foi robuste a la médecine , c'est qu'il est des moments critii|ucs où resjirit le plus fort se livre à la médecine , comme il est une époque où la femme gal.uite revient à son confesseur.
Trois jours s'étaient écoulés. Le malade allait très-bien ; mais M. Botte était exténué , parce qu'il n'avat pas voulu s'éloigner un instant de son neveu : il avait même failli battre Iloreau, qui , sans égards pour sts jurons, avait entrepris de le faire coucher malgré lui. L'on.;lc et le neveu causaient assu tranquillement ensenib e ; Cliarlts conjurait !M. Hutte de lui mtnag- r le stui appui qui lui restU au niondc; il le prcsiait d'aller prendre du repos, quand ou annonça .M. it'Araueey. Lij
M. BOTTi:.
jeune homme marqua la plus grande surprise; l'oncle dit simplement :
Je l'allinJais.
— iMonsirur, lui dit le iiiarqiiis, je n'aime pas il vous voir chez moi, et vous en savez la raison; nuis je viens elui vous sar. . rt'p'icnance , parce que j.- vo.is esliiiie , que je .suis votre ohl ijé de plus d'une manière, et qu'eiilin c est au iléUiieur à aller trouver son iréaiirier. — Tout cela rsl fort poli, iiionsiiur ; mais la polilesse est un vice quand elle sert de masque à I inliuui inité. — Ali! monsieur llolle, il n'c»t pas g.-iiéreui de me dire îles iiijiies du z vous. — Voyez , monsieur, voyiz l'état où vous réduisez ce jeune lioiiiiiie, qui, entre nous, est beaucoup nueui que votre clievalier, et q'ii a sur lui l'avaiilijje de pluiie. — INk parlons pas de cela , s il vous plait. — Suivez l'exemple que vous A tracé votre tille. ICIc vous s.ciilie le peii< liant le plus doux : lié, morlliii, appréciez vos cliiiiièns , alijurei-les , et soyons tous licuri ux. — Des cliiuières , uioiisieur, des cbimèris! i(;iiorez voi^s que la noblesse a été peinlaiil des siécl.s le soutien et l'éclat du tiôue?
— Je sais tout cela , monsieur; mais il n'y a plus de tiôue, il n'y a plus de nol> CïSe , et quand tous Us liouiines cliaryint de sysième il est alisurde de n'en pis cliangcr couime eiu. — tloinaienctz donc, monsieur, pir renoncer à celle (jrosse framliise (jue vous ne voyez à personne, ces.ez de vous irriter de la ci>nli.i<liclion que vous laitis sans ces e siippoiteram auties; sichczenliii qu'un li iniuie coruuic moi ne prend un p.^rli qu'apris de mines réflt Xions , 1 1 qu'il ne s'en écarte jamais. — D'est a-dire que mon niveu ne sera pas votre gendre? —
— l\on, monsieur. — C'est votre dernier mol ? — Absolument , et je souliaiie que monsieur, qu'on a peut-èire llalté de quelque e.spoir, se guérisse d une passion aussi inuti c qu elle paraît violei.tc. — Corbleu, monsieur, vous ]ioiirrie/, ménager \os eiprcssions , et ne pas irriter ainsi sa sciisibililé. — Soyet vous-même, monsieur, assez discret pour ne pas me presser de questions. — Voyez, monsieur, l'effet que produisent déjà vos paroles saugrenues... Charles, mon ami, molère-ioi , ne me fais plus de chagrin, donne la lOnliancc à lou puivre oncle, crois a ses iromesses, tu vas commencer à en voir I effet. Parlons dautie chose , niousieur le marquis. — Vous m'obligerez sensiblemeat, monsieur.
— Je vous apprends que j'ai vemlu la terre d'Arancey. — J'en suis fort aise. — Un prix trè»-raisonnable. — Tant mieux pour vous! — J'ai remboursé Edmond. — Vous avez fort bien fait. — Et je viens m'acquiller envers vous. — A la bonne heure ! — Je crois vous devoir soixante mille francs. — A peu près. — Prenez ces billets de banque et donnez-moi quittance. — Volontiers.
— Savez- vous, monsieur le m.irquis, quand cette petite terre d'Arancey a élé érigée en marquisat? — En 15li. — Eu faveur de qui?
— De mon quintaïeul. — Qui en a pris le nom? — Qui a donné le sien j la terre. — Vous vous Ironiptz sur ce liernier article. — Vous verrez que monsieur me fera connailre mes aïeux. — Je vous les rappellerai du moins. — Et se levant et coniinuant avec force : — C'est moi, monsieur, qui ai acheté votre lent", en voil.i Its titres. Comme il n'y a jani.iis eu de marquis sans marquisat, vous vou Irez bien renoncer à celte qu.lité. Comme on n'a jamais eu le droit de porter le nom d'un bien dont on ii est pis propriétaire, et que nos lois défendent d'en pre.idre d'autre que son nom de fauiil.e, vous voudrez bien reprendre celui de vutie quiutaï. ul , et il s'appelait Tboniasseau. Si vous résistez, je vous attaque juridiquemeut ; vous serez condamné , et le public se moquera de vous.
— Ah ! monsieur Thomasseau , on veut vous faire du bien, et vous êtes fier, on veut vous en faire nia'gré vous, et vous envoyez les gens ï la Force ; mon neveu meurt d'amour pour mademoiselle ïhomasseau, et vous la lui refusez ! iVous verrons, nous verrons...
Il eût parlé une heure encore , que l'ex-marquis n'eût pas eu la force de l'interrompre. Accablé, humilié, désespère, le malheureux gentilhomme se cachait le visige de ses mains, ou menaçait le plafond de l'œil , ou frappait le parquet de la canne ou du pied. La colère l'emportant enfin, il s'écria : — Croyez-vous que ce tour abominable tende à nous rapprocher? — Je le crois, monsieur Thomasseau. — Vous abusez , monsieur, de ma patience et des drods que la ruse vous a fait obtenir, mais sachez qu'il me resic des ressources. — Je vous en faismon compliment. — Des ressources suft'isantes pour donner encore un état brillant à ma fille. Elle sera madame d Egligny , et s'il faut que je renonce à m'appeler d'Ar.incey , je sortirai pour jamais d'un pays où on ôte tout aux gens de qualité, tout, jusqu'à leur nom. Adieu, monsieur Botle. — Adieu , monsieur Thoniisseau.
— .\h! mon cher oncle, que je suis heureux, que je suis content!
— Me te le disais-je pas? — Les dernières phrases du marquis lui ont été arrachées par la colère. — Cela est évident. — Il rompra plutôt avec tous les chevaliers de la terre que de s'appeler Thomasseau. —
■ Cela n'est pas douteux. — Votre stratagème me rapproche réellement de mademoiselle d'Arancey. — De mademoiselle Thomasseau. — Ah ! mon oocle, ce nom-là sonne si désagréablement... — A as-tu trancher aussi du gentilhomme? — Quelque nom qu'elle porte, ne sera-t-il point embelli par ses charmes , anoldi pir ses venus ? Monsieur son père seul est a pl.iindre : il tst ass z petit pour tenir a ces fadaises.
— Oui, répétoit le marquis i n loulant vers le château d'Arancey, oui, je sortirai d'un pays où on m'avilit, oii l'homme le plus :.bject aura, comme ce M. Bolle, l'orgueil de vouloir marcher mon égal. Eh! qu'a-t-il
donc ce piys ingrat, qui me l'ait tant fait regretter? Qu'ont-il» fait ces Français, qui les renie si fieis? Ils ont vaincu, je l'avoue, mais les Tartares, les Ar.tbes ont aiusi ..ir'jii Mié des empires, ils n'en sont pis inouïs rangés parmi les peuples obscirs : lU ne connaissent pis de iiolilesse. (^>uels titres ont plus qu'eux ces Français à U gloire uiiiver' selle à l.upielle ils aspii ent ?
Vaincus par Jules (iésir, il ont vu mettre 'i-. mort leur piricment de \ aunes, vendre les mallieiireui habilaiiis et niiiiiler ceux du (Jucrry. Es< 1 ives des Kuinaiiis peinbinl cinq ci'iits ans, ils baisaient rt bénissaient leurs ehaîiies en S't rappelant i'esclavagi^ plus ail'ri ux eoeore auqu) 1 les avaient soumis leurs druides, celui île la siiprrsliliun. (^'i si i la voix de leurs prêtres , c'est ail l'ieu (pi'ils leur avaient iloiiiié , qu'ils sacriha eni leurs femmes, leurs enlanls , qu'ils les brûlaient, i| l'ils se briil. lient eux-mêmes. i
Au cinquième siècle . des Vandales les asservissent encore du Dmphiiié auv rives de la Seine : une pirae dei auins provinces ert envahie p.ir les Visicoih* et le b.irbare Clois, qui noie leiu de son baptême dans des lleuves de sn^g, el subjugue le reste des (i.iules.
Des brigands du INord font des courses continuelles sur le terrilo re français : ils pillent, égiirgeul, lèvent des conlriliulions , et lu luisère et la discorde divisent Irinpire en pi is eurs Elits.
Les Anglais seul lia relit de la Normuiiie, iL- la llretagne, de l'Anjou, du Maine, du l'oiioi, de l.i S.inlong'', delà (juieine, île li Oiseoi'ne, et If parlement de Pans a la là.hcté de proclamer leur roi Henri roi de France.
l'enlant six cents ans, l'ignorance de ce peuple fut égale ii ses fureurs et à sa misère. Soumis a un clergé dcspotupie, il souffrit que neuf de ses rois fussent excomaïuuiés , per>écnlés, déiniiiés par un pr- Ire.
Où donc chercherai-je la source de celte pr.mdenr dont -i: peuple SLvanle aujourd'hui? D.ins l'étendue de son territoire ? Il ne poss -de p. s le quart de la plus pelite parue des ipiatre parlies .lu monde. Dans la fertilité de son soi? Il laisse q lar inte lieues carrées Ue lerres incultes vers lioideaux , cl la moitié de la Cli.iiupit;ne produit des chardons où ou a semé du blé. Des provinces entières ne se nourrisseiii que de ihàtaignes; d'aulres ne coiinaisent de p.<in que celui davoinc. Trois millions d'hib taiits portent des sabots l'hiver et niircheiit na-pieJs l'éié.
Scta-ce au moins dnns les sciences, dans les arts que ce peuple se montrera le premier? qu'a-l-il inventé? Est-ce ii lui qu'on doit li boussole, la découverte de l'Amer iiiue, la poudre à canon, l'imprimerie, les lunettes, les télescopes, les li.iromètres , les ihermomèlres , la machine piietim itique? A-t il trouvé le vrai sysième du monde, les satellites de Jupiter, les taches du soleil, sa rotation sur son axe, li gravitation , l'art de faire des pendules , de graver des estampes, de couler des glaces, 1 . nalyser la lumière? A-t-il trouvé l'inoculation, qu il a longtemps combittue; la vaccine, qu'il combat encore? Toutes ces dicouvertes sont dues à des étrangers.
A quelle espèce de gloire prétend donc ce peuple insensé? A celle des belles- lettres? (^lu'il se .souvienne qu'il doit celle dont il jouit à une vingtaine d hommes , qui ne sunl pas la nation , et que la nation a néglgés. ou lim, ou prrsécutés.
Qu'a été de tout temps en France l'éloquence de la chaire et du barreau? Quelques écrivains en ce genre ont excité l'admiration, parce qu'il faut un aliment, qnel qu'il soit, a la vanilé d'un peuple. Miis comparera - t-on Hossm t el Pdtru a Cicéron et a Deninsihéne?
Caiypso. abandonnée par Télémique, est-elle comparable à Didon ? Les Français, il est vrai, ont un poème épique aussi lion que le comportait le sujet; mais des cuistres insultent tous les jours a la mémoire de l'auteur , et ce peuple si fier ne la venge pas.
Du sein de l'inoueiance, il se proclame savant, et il n'a aucun art , aucune science dont il ne doive les é'éments aux Grecs. Si dernière nomenclature de chimie est un homiiia;je rendu à ses maîtres.
Qu'a fait ce peuple enfin? Il a pris l'opéra- comique aux Italiens; il a imaginé quelques modes; il a gonflé des ballons; il a renversé une couronne trop pesante pour le front qui la portait, il s'est livré a l'anarchie , à l'irréligion, et, par une versatilité dont il ne peut se guérir, il se proaterne aujourd'hui devant ces mêmes autels qu'il a profanés.
A qui (M. d'Ar.incey adressait-il cette diatribe , à laquelle il était si ficile de répondre? A son postillon, qui n'y comprenait rien, mais qui savait à merveille panser ses chevaux et demander le pourboire. Heureux l'homme qui sait bien ce qu'il doit faire, et q li ne sait rien au delà !
En descendant de voiture, le marquis se composa un visage ; il avait un autre rôle à jouer auprès de sa fille. Il avait a l'entreleuir dans ses idées de soumission , à l'empêcher de révoquer un consentement oii sa x'olonté n'avait presque point eu de part, el cela par une bienveillance soutenue. A la vérité, l'elTort n'était pis pénible pour un père vraiment attaché à sa fille , et disposé à tout faire pour elle , pourvu qu elle ne lui résistât point.
Il n'avait pas été question, à Paris, de la prise de possession de M. Botte, ni par consé |uent de l'évacuation di château : les ac:essoires disparaissent devant un intérêt m.ijeiir. M lis le miiquis savait que , lorsqu'on achète un bien, c'est pour en jouir. Il n'eût pas voilu, liùur il valeur de la terre, devoir une heure de délai a un homme quil détestait alors, et en embra^sml si tille, à peu pr -s aussi clnngée que Charles , il lui apprit que M. Botte éuil l'acquéreur de sa terre.
M. BOTTE
Ce moment en fut un de plaisir pour Sophie , qui croyait n'en pouvoir plus goûter. Elle sentit une e^pèce de joie en pensant que Clinrles Laliitiniit cet appartement qu'ils avaient arrangé ensemlile; que son ini.ii;:n.ition lui peindrait son amant rrlrouv.int, c.ire>s.int la Tiange qu'tlle a cousue, la draperie qu'elle a omlulée, le mnrhre dont elle s'est servie, l.i place qu'elle a oecuiit'e. Cette clnnibre si jolie, ctlte aliôve inyslérieu^e ne seront pnint profanées par l'indifférence; elles seront lialiitées par l'amrur inallieureui; niai^i l'amour, quel qu'il soit, n'e'^t-il p-is le luen suiirème pour le cfi'ur qu'il occupe?
Il en est aussi le lioine.u. Celle irisie lueur de pl.ii<ir devait s'évar.ouir, comme tous les songrs qui rav;iii'iit précédée. Sophie conipt.iit sur un douiirie \oisin ; la protimilé, les h. isards pouvaient permetire de se voir encore , et son père lui annonce la nécessité d'.ilkT hi l'aris ^ilti luire le chevalier. 11 j'istlfie ce di'pirt précipité pir des mnlifs qui doivent £lre puissants sur la raison de sa nlle; mais des rii«ous peuvent-elles qm Iqie chose contre l'eicès de la sensiliilité ? Sophie, en parlant pour P.ins avec le bien aime, n'avait éprouvé qae dts sensations délieiriises : celle fois elle prnsequ'el'e va quitter pour jani.iis cette ferme, herceau de son enf.mce; ce \ieill'ird, dont la main tutiUire la soutint si loniilemps; cet ninic uiscet, qui renfenue , qui Caclie a tous l<s yriii son trésor, i|ii'il f.udr.i qu'elle abandonne peut- £lre. l-.lie reiirrtte les bons hibitanU du villaf^e , son digne curé, la grosse Fancliou : que r.e regrette-t-elle point! Un arbuste, une fleur, un brin de pulle, tout pour elle est un souvenir.
Kissurée par |j sert nité que sa soumission absolue imprime sur le vis;ipe de son père, elle ose lui parler de ce qui l'inlére-se le plus; elle l'interroge d'une voii m.il assurée; elle lui demande s'il a vu M. Monltniar. — Je l'ai vu, mademoiselle. — Sa santé, mon père? — Chancel..nte. — Je le crois. Et el c fond en larmes, et elle tombe encore aui genoux du marquis. ËUe n'ajoute pas itn mot ; mais que de choses eipriment ses yeux !
.M. d'Arancey craint de perdre le fruit de ses rOorls : il redouble d'attentions et de caresses. Il trace avec attendrissement le tableau de la vieillesse (orlunée qu'il devra à sa fille. Il lui peint les égards, la reconnaissance d'un époux envers qui elle l'aura plus '|u'acquiité ; il lui parle de radoucissement que le temps apporte toujours aux peines du cceur , du contenteiueut qu'éprouve la feoime respectable qui remplit ses devoirs d'épouse et de mère... — Ah! mon père! que ces devoirs sont doux quelquefois, et qu ils sont quelquefois amers!
Le marq'iis lui rappela avec ménagement qu'elle était liée par une promesse soit nnelle. — lié, craignez vous que je l'oublie, cette promesse f..tile? Drpiiis que je l'ai prononcée, elle lu'a toujours éié présente, el elle m'a sans ces^e effrayée. Mais j'ai promis à M. Botte, il sajt que lua pirole e>t ScCfée : j'obéirai, mon père.
M. d'Arancey semil la nécessité de la distraire des idées qui l'obsé datent, et il fi^a le dépirt au lendemain. A peine avait-elle le temps de tout disposer; mais l'embarris même ou il la jetait devait, pour qielq'ies heures au moins, assoupir celte flamme dévorante: c'est un peu d'eau qu il croyait jrter sur un gr.n I feu.
11 se tromp.iil. Chique pièce que touch lit Sophie lui rappelait une jouissance, et lui arrachait un souvenir. Elle pluyait une robe, et la laissiit, pour aller parler du bien -aimé a Fanchon. Elle prenait un fichu, et le jetait, pour aller parler encore. Le jour s'écoula ainsi , et le soir, lorsque personne ne puuvnit suivre les traces de la complaisante Fanchon, elle quitta tout encore pour lui parler de l'orme, le dés'g.er, marquer sa place, indiquer la route. Elle liriilait de tenir les lettres de son amant , de les r^îlire , de les prtsier sur son cœur, et elle se sounvettajt, i, former d'autres n^uds ! 11 est donc des devoirs qu ou né peut, rigoprf usrinent ^remplir ! Il eslj dotiç des p.'ireilts qui , de sarg-froid, cdpdamuent i^etirs en/à^ts à se çombatii-e; sans (^t^se , oUjà devenir parjures ! i ,, ■
Elle les avait, ces lettres , elle les avait replacées sur son cœur b('ûhlft; »|lcs seules adoucirent ï'amerlù|»e du dé|virt. La nouvelle, ^'cn fUil répandue dans le vdlag<:, et les |>oas h.<b t.<nts ^'étaient rassr-miilés .1 la porte de la cour. Ils voulaient voir encore leur dtmoiàcjle, <\'!Li était si digne d'être hepre^iise, ^et ^ui é^aît si ji plaindre! i^ipè. ç'^M qu Edmond avait tout dit. ' , ' i .
I j^.a çh .isp ou el'e était 9 côté de son père sort de la porte coclière; op l'entoure, elle ^c peut ayaicer ; pas un mot au marquis : tous les içÇTfii^^ 10"8 le» vof,ui,s'^dri^^i;|i^'a Sophife, et son père ne put se dissirau(fr cfiçihicn est S.ler^ç 1^'jjàiçir d'être craint, combien il est doux d être aime!
,i Spphie pe trouAfa point à Paris cette abonij^^C^, fe luie , celte réuoioa,de jôuissi^'.es q'i^, à spn premier vpyage , avaient concouru à embellir son eiistence , et ce n'esl prij ce qu'elle regrettait. l( restait j^ son père cent mille francs , ajec lesquels il devait p.ijcr s» tepre du IJtrri; et en conséqueiice un logfment inple.ste, j»n ordinaire frugal , yoil» ce qu'jl pouvai^ offrir à sa ttllp. (f^lîarles i^yep elle, ^:t' tout lui eût paru (lé îcieui. , ,, 1 1 ,
Mais, pour La dédomniager de ça qu'elle ?vwt perdu . ii9,i/r Itii donner enfin la haute 0|^ioiop qu'elle «ievalL avoir d'ellemeifie , ^t yiélqjgnemenl que doit iq»pirer la bourgeoisie à' unij fille dç qu^il^, sa chambre éiait dw matin .au soir ^écpée de ce qu il y avait de plus noble en'Ffance. C'étaient !*I. le comte uc tel, /4l, l^.^fiç celui ci, ^1. k prir: . c ' ; ih , qui, en eiijiçafll^ ,ti^i)içfjt ,<jgjj[é^fijiqçlie|Ie,ur .•»i « j . il ,1/ .u[i jni|i|K iul I'. , f ■<! m' t j-
cordon bleu , leur cordon rouge , se le pissaient au cou , et déboutonnaient le surtout pour laisser paraître le crachit caché sous le gilet; c'étaient de belles dames qui malheureusement n'avaient po nt de décorations, mais qui prouvaient ce (ju'ellis ét.iient, en ne pa'lmt que d'e\ce lenee et d altesse , et ce, sur le ton le pi is rimni' r ; qui conn ii>sii< m parfaiienicnl toutes les cours, et rien de leur méii g'!; c'est dans celle chambre qu'on discutait sur la préséaice qui n existait p'us, sur les armoiries qui sont su|ipriinéi s , sur les int rèis îles potmlalsq ù n'avaient pas la de piénipoientiaires ; c'est Is que Soph e faisait en bâillant, et luen ina'gré elle, son cours de bl son , son cours de politique, sciences suliliuus pour quelques indivilus, mais aussi ridicules qu inutiles |iour elle.
Elle refiirelt.iil les amis de M. Botte, qui, pour les choisir, .ivait un tact sûr. Ele se rappelait la g lieté des uns, l'aimable r.isou (!> s :.iitr' s, mailame Duport su'lout, citte dame chei qui le biin-aiuié fiisiit croire à .sou oncle qu'il dîn lit lorsqu'il i-llait p sser des jouruces à la ferme. IMadiiiie Duport lui avait siugulièrt ment plu. lielie eni orc , et s.ins prétentions; luslruite, sms cherchera le i>.:raîtr.-; verl.eusi;, sans oslenlalion ; indulgente pour la jeunesse; se prêtant îi ses goùls, pour lui en inspirer de solides, madnoe Uuporl convenait |i:irl'aitemeiit à Sophie, et Sjphie à madame Duport : elles étdml iusépirablcs quand M. d'Arancey vint les désunir. Sophie ne pouvait s'empêcher de comparer ses nouvelles connaissances aux amis qu'on lui avait ôtés; et, en dépit de son respect, ses réflexions n'élaieut pas toujours favorables à son père.
Un jour il y avait gala chez le marquis c'est-à-dire, en langue vulgiire, qu'il avait donné un dinerpassable ; il y avaitcercie ensuile, c'esta-dire, qu'ainsi quêtons les jours, on parlait beaucoup sans rim dire, lorsque le chev.ilier d'E;;ligny entra. Sophie frémit, et le mariuis trembla par un autre motif, cet que la figure du chevalier était loin d'annoncer la sitisfaction qui suit ordinairement le succès. — Mon cher ami, je crains de vous interroger. — Et moi de vous répondre. — Je vous entends. L'acquéreur de ma terre «le Berri refuse de traiier. — H n'est plus en sou pouvoir de le faire. — Il a vendu? — Deuv jours avant mon arrivée , et à un tiers au-dessus de la valeur. — Un gentilhomme ! qui ne se ronsidérait que comme dépositnire ! — Mon ami, il avait acheté deux millions en pipier, on lui en a offert trois en écus : peu de gentilshommes eussent résisté à ce genre de séduction, et celui-ci a succombé. — Cet homme est sans do'.ite de la noblesse de robe ou de fin ince. Et à qui a-l-il vendu ? — Il l'igoore ; laff.iire s'est f lile par des prête-noms. — Celte nouvel e est acc.b'anle. — Je ne juge pis ainsi de l'é'énemenl, mon ami. Vous avez peu , mais assez j.o ir un homme modéré dans S' s tiésirs. — J'avais, chevalier, la noble ambition de fiire un sort hrilUnt à mon gendre. — L'époiu de mademoiselle n'aura pas de vœux à former, et elle sera convaincue que l'iulérêt I si étranger aux si n iuienls qu'elle inspire. — *lon ami, je ne désespère pas encore de ma fortune. J'aviis trois métairies, r.ipportant environ vingt mille francs. Je vais i) l'instant trouver bs acquéreurs : ce sont des roturiers; mais $i je leur connaissais la ginérosilé de ce M. Botti; que je h lis. et que je suis forcé d'estimer, je renaîtrais à l'espérance et au bonheur.
Le marquis se di-pose à sortir; les cordons bleus, les cordons rouges rentrent dans les poches; les hibits se boutonnent, on suit le maître rie la maison, et, pour la première fois, d Egligny se trouve seul avec Sophie. Quel moment pour elle 1
Elle se croyait exposée aux persécutions d'un jeune homme dont elle avait accepté la main, qui allait se prévaloir du suffr.ige de son père, et la presser de lixer le jour fatal; elie se trompât. Trois semiines d'absence avaient calmé celle première impre-sion, qui tenait autant de l'admirition que de la tendresse. D'Ejjbgny éprouvait tnijoiirs ce sentiment de préférence qui lui eût fait choi>ir Sophie si elle eût pu encore d sposer de son cœur; mais il avait réfléchi , pesé les nisous que lui avait opposées AI. Botte, et .1 Sophie etut la plus jolie femme qu'il eût vue , il se trouvait humilié . lui , dans l'âge de plaire, et sentiut ce qu'il valait, de ne devoir le titre d'époux qu'a la contrainte, éophie , embarrassée, iulcrdiie , criintive , ne lui l.iissiit pas de doute sur l'éloignement qu'il insjiirait, et il se décid.i. — Vous pirassez me craindre, m idemoiselle ? — le l'avoue, monsieur. — C'eal-.i-dire que vingt joufs n'ont rien cl^angé à vos résolutions? — Elles ne changeront pas, monsieur, — Que pensez-vous, mademoiselle, que doive faire un homme délicat, dan^ la position où je suis? — Un homme délicat n'a pas besoin de,çpnse(|. — je vais donc' agir d'après moi.
— Mademoiselle, si vous avjéz pu r^pwidfe aux sentiments que vous m'avez d'ajjord f.it éprouver, je vous au^rais dû le bouh ur ue ma vie , et je me S);rais efforcé de vous r^nd^re uhe pirne ile cette félicité que vuu* <|Uriez répandue sur moi. Si ,mêlne l'jimbur qui vous unit à iï. Monteioat 11 était qu'un dé ces goûts -qi^i Hifsent ^'la taisoij et la Jiberté d'agif et la piiissai|Ce de le suqojiynier , je ne bàlancerai3,ças encore, ^t, plein de coiifij»fiCe en yoii'e vertu, je' vç^us con.iji'r.iisà J'^ptel. ,ftj[ji3 cet amour,que vous avez poufri ^»a^ la ri li;aii(; ci lij-,]lence est dev'épu uy^îp'sjioij jn^urmpripl(,e. Il r.iit niajujenrtiij jiijtlf |dt; vqug-niéipe,, vpuiiii« ppif^tz plus vtius en ilélaclnr. — JNBnjj^nsienr, iinn .'je ne. le pui-, — Qqjl serait dpnçmpii sort , qA^,' '^V'Jf \*: vôjre.' vqus serii,?; nialhettreuse,.., — Ah"! audelii de loute pipr^V- ■ym! .- ,!<e!q,SF'«i^'>W?rfs W'rsTF»i4£"?><''g.yoVpeifli^8,, ft,i,%riVf