Anloioe la Mouche continue son voyage
Que le monde me parut grand ! je n'étais jamais sorti d'Etampes et il me sembla ([ue j'étais séparé de la Rochelle par l'immensité. Je n'étais pas habitué à une marche soutenue ; j'éprouvais des douleurs dans les jambes , el le repas que j'avais pris dans la journée n'était pas propre à me donner des forces. Cependant j'apercevais une ville dans l'éloignemcnl , et cet aspect me donna du courage. L'idée de la conversion des Rochellois suffisait d'ailleurs pour me faire surmonter toutes les difficultés.
En faisant ces réflexions, j'entrais en boitant dans U ville de Châtcaudun. J'examinai toutes les figures qui se présentiient dans les rues que je parcourais au hasard ; je voyais sur les unes de la bienveillance et quclciiierois de la vénération. Je lisais sur les autres le mépris et même la haine. J'appris, en rpielqucs instants , à distinguer ks catholiques des huguenots. J'attendis (lu'un de mes frères passât sous des vêtements qui annonçassent l'opulence. J'étais décidé à le prier de m'admettre chez lui... Oh ! mon patron , que je vous remercie ! un religieux de notre ordre parait au coin d'une rue; il m'ajiercoit, me sourit, s'avance vers moi, me prend la main et me demande ce que je fais ii Chàteaudiin. Je lui réponds avec le respect que doit un novice à un profès; je lui raconte en peu de mots mes grands projets, et je lui fais connaître les moyens qui doivent en assurer le succès. Il me bénit, me conduit à son couvent et me présente à son jirieur.
Le très-révérend père jugea ([u'il fallait d'abord satisfaire au plus pressant de mes besoins. Les bons religieux avaient soupe depuis quelques heures, mais le frère cuisinier n'était jamais pris au dépourvu. Il me servit un repas très-substantiel. Je fus conduit, après y avoir fait honneur, dans une cellule oii on m'enferma à clef, ce qui n'est pas dans les usages de notre ordre; mais je pensai qu'il pouvait y avoir queljue différence entre ceux d'Etampes et de Chàteaiidun. D'ailleurs le sommeil m'accablait, je me couchai, et je m'endormis d'un sommeil profond.
11 était grand jour quand je m'éveillai. Au premier mouvement que je fis, deux frères entrèrent dans ma cellule. Ils me dirent que le père prieur et le chapitre assemblé m'attendaient et voulaient avoir une conférence avec moi. Un des frères prit mon sac d'argent, pour m'éviler, dit-il, la peine de le porter.
Autant les figures de Leurs Révérences m'avaient marqué de bienveillance, la veille, autant elles exprimaient de sévérité. • A'otre nom, me demanda le père prieur? — Antdne de Mouchy , ou la Mouche. — Votre âge ? — Vingt ans. — Depuis quand êles-vous chez nos frères d'Etampes ? — Depuis quatre ans. — El vous n'êtes
LA MOUCHE
pas encore profès ! Vous êtos donc un mauvais sujet ? — Mon ri'vclenil pèrf, je suis un pécheur sans doute; le juste lui-mt^me pèche, et l'orrjueil est le péclié que uum digne prieur me reprochait tous les jours. Il m'avait instruit de ce que la théologie :i de plus sublime, et je disputais avec lui sur la gr.'ice et ses cffels ; je l'embarrassais c|uelquefois, et... — Prenez garde , frc're Antoine, vous retombez encore dans votre péché d'habitude. L'n novice embarrasser son prieur !... Continue?, voire récit avec humilité.
" — J'avoue, mon très révérend père , (|ue mon respectable prieur attendait, pour recevoir mes vœui, que je m'humiliasse devant ses lumières, lorsi|ue je formai le projet d'aller convertir les lioclielliiis. — N nus aile?, donc à la Kocbelle .' — Oui , mon très-révérend. — Et, sans doute, vous ave/, une obédience de votre supérieur? — Je confesse encore que je suis sorti du couvent clandestinement. — Ah! ah! — J'ai été recevoir la bcnédictioii de ma mère , je l'ai embrassée et je suis parti.
X — Dites-moi, jeune rebelle, ([uels sont les moyens que vous comptez employer pour convertir les l^ocliellois? >) Je tirai de ma grande manche ce que j'avais écrit de mon premier sermon ; je le lus avec la chaleur, la verve qai me l'avaient inspiré. Je portais de temps en temps un œil furtif sur mon auditoire, et je reconnus avec une satisfaction bien naturelle que je produisais le plus grand effet.
• Je vois avec un plaisir niefl'able, me dit le père prieur quand ]icessai de parler, ijue vous êtes appelé à l'apostolat. Cette éminenle qualité me fait renoncer au dessein (|ue m'avaient inspiré vos premières réponses. Je voulais punir un fugitif, et le faire réinté|;rer dans son couvent ; mais je réfléchis ([u'un novice est toujours le maiire de se retirer; qu'un novice qui débute dans la carrière par un sermon tel qcu- celui que vous venez de nous lire a droit à la considération de tous les franciscains. Oui, fière Antoine, vous ire/, à la Rochelle ; vous réussirez dans un dessein qu'on ne peut trop admirer, ou vous obtiendrez la palme du martyre. Dans l'un ou l'autre cas , vous ferez le plus grand honneur à l'ordre. Que diront les jésuites, qui affectent de nous mépriser, cjuand ils verront un enfant, qui n'a pas encore prononcé ses vccui, porter la lumière dans une cité infectée du calvinisme, ou mourir pour la foi?
• Je n'ai plus qu'une question à vous adresser, frère Antoine. En sortant de votre couvent, avez-vous passé par la cellule du père pro cureur? Vous êtcs-vous arrêté devant sa caisse? — Pson, très-révérend père. — Jurez-le-moi. — Je le jure. — D'où vous vient donc ce sac d'argent <|ue voilà? — C'est un don de ma mère. — Vous savez (|ue le mensonge est un péché capital ? — Je n'ai jamais menti.
• — Ecoutez-moi, mon très-cher frère. Le démon est rusé et la chair est faible. L'u religieux de vingt ans ne doit pas avoir d'argent à sa disposition. Ce sac restera dans nos mains , et vous n'en jouirez par moins pendant votre voyage de toutes les commodités de la vie. Je vous expédierai une obédience pour nos prieurs de Vendôme, Tours, Chinou, Montcontour, Poitiers, Sainl-ALiixent et Fontenaj en-Rohan. De cette dernière ville, vous vous rendrez à la llochelle. ^ ous y serez reçu par le baron de Hiron, zélé catholi([ue, qui y commande pour le roi. Il vous verra avec plaisir, parce qu'il est le seul dans cette \ille abominable qui reconnaisse l'autorité du saint-père. Le roi voulait lui donner des troupes; mais les Rochellois ont ex'wé de leur maiire légitime i|u'il entrai seul dans leur enceinte; et tel était le malheur du temps , (pie Charles IX fut contraint de souscrire à ce i|ue lui prescrivirent ces rebelles.
). En passant à Montcontour, vous visiterez le champ de bataille oii notre grand roi Henri III, duc d'Anjou alors, eut le bonheur de faire égorger cinc] mille huguenots, et de prendre leur artillerie, leurs bagages et leurs provisions de bouche. Vous traverserez le champ de bataille à genoux, en rendant des actions de grâces à saint François et à votre patron. Allons, mes frères, descendons au réfectoire. ><'
On dine aussi bien chez les franciscains de Châteaudun que chez ceui d'htampes. En sortant de table, le révérend père prieur expédi.i mon obédience; le frère Mathurin me mit sur l'épaule une besace qui renfermait les provisions nécessaires pour me conduire jusqu'à Vendôme , et je me remis en route.
Je répétais toutes les belles choses que le père prieur de Châteaudun m'avait dites. Je ne regrettais pas mon argent : je n'en avais pliu besoin. Mi mère me l'avait donné pour le bien de la religion, et il allait être employé en (cuvres pies.
Je classais dans ma tète, en marchant, les éléments de celte péroraison dont j'attendais des prodiges. Quelques heures après, je m'assis sur le revers il'un fossé, et j'ouvris la besace du frère !\lathurin. Quelle abonddJice, quelle recherche dans les mets ! L ne succulente volaille, une carpe Irile, une tranche d'un jambon rosé, des biscotins et une bouteille de cet excellent vin «lue nous devons aui révérends pères possesseurs de Cloj-Vougeot.
Je restai stupéfait. Mille idées vinrent m'assaillir. Je pensai enfin que le prieur de Châteaudun avait voulu me fournir l'occasion de combattre la gourmandise, et je lui criai de cinq i six lieues qu'il ne serait pas trompé dans ses espérances, .le pris un morceau de pain , je l'arrosai, faute d'eau, d'un grand verre de vin, et je commençai à écrire ma péroraison.
Je la terminais à ma grande satisfaction, lorsqu'un malheureux privé d'un bras et traînant une jambe s'arrêta devant moi. Il regardait avec concupiscence ces mets (|ue j'avais étendus sur l'herbe et que je dédaignais. • Prenez, lui dis je, prenez : tous les pauvres sont mes frèses. » 11 ne se le fit pas dire deux fois.
Les poches de son haut-de-chausscs déchiré ne pouvaient contenir toutes CCS provisions. Il les arrangea dans ma besace, que je lui abandonnai. " Quel dommage, dil-il en s'éloignant, ijue ce petit frère ne soit pas calviniste! il a une si belle .'ime ! — Ah, coquin! m'écriai-je, tu n'ps(|u'un vil huguenot! le frère .\ntoinc serait dupé par un su|ipôt du démon! rends-miii ma besace, misérable! >>
Je courus après lui. Il tira de dessous son pourpoint un second bras dont je ne soupçonnais pas mêir.e l'evistenee , la jambe sur laquelle il se traînait se raffermit tout .'i coup, et il m'allongea le plus vigoureux soiifllel i|u'uu homme puisse recevoir, ,1e lui présentai l'autre joue, et il me rit au nez. J'offris la cuisson de ma joue à mon patron, et je continuai ma route.
Je fus reçu à \ endôme comme un des flambeaux de l'ordre. Je fus fêté, caressé. Le prieur commanda en mon honneur un gawliohim' , et je reconnus toutes ces marques de distinction en lisant aui pères assemblés le sermon que je venais de terminer.
Les exclamations , les applaudissements, les cris d'admiration me tournèrent la tête. Le père prieur me pressa sur son cœur, m'embrassa tendrement, me fit faire un demi-tour à droite, et me jeta dans les bras du sous-prieur, ouverts déj.à pour me recevoir. Le sous-prieur me fit passer dans ceux du père procureur, et j'arrivai ainsi jusqu'au religieux qui fermait la file. Je me crus un être pre3(|ue surnaturel.
Le père prieur s'écria qu'un homme comme moi ne pouvait être plus longtemps novice. 11 ordonna qu'on sonnât la cloche, et qu'on fît toutes les dispositions nécessaires pour recevoir mes vœux. Je le priai humblement de m'enlendre. Je lui dis que je me croyais toujours sous la dépendance du prieur d'Rtainpes; qu'il ne m'avait pas mis au nombre des profès, parce que j'étais sujet au péché d'orgueil; que les éloges que je venais de recevoir m'en avaient rendu coupable au plus émincnt degré ; qu'enfin je me sentais indigne de la faveur dont Sa Révérence de Vendôme voulait m'honorer.
Le prieur insista. « Si vous mourez à la Rochelle, me dit-il, notre ordre ne pourra pas vous compter parmi ses plus grands prédicateurs. Que dis-je , frère Antoine ! dès ce moment vous êtes autant élevé au-dessus d'eux que le cèdre du Liban l'est au-dessus d'un roseau du Jourdain. » L'orgueil, malgré mes efforts, s'empara encore de toutes mes facultés, et je déclarai d'un ton ferme ((ue je ne prononcerais mes vœux qu'aux pieds du révérend père prieur d'Etampes ; que je lui manquerais essentiellement en faisant profession entre les mains d'un autre, lorsqu'il m'en avait jugé indigne. Les prières , les instances ne purent m'ébranler. Il fallut bien me laisser partir novice. Je devais l'être encore longtemps.
Tous les matins , Je trouvais la besjce, mais j'en réglais le contenu : je ne voulais pas m'exposer à sustenter un huguenot. Tous les jours, j'écrivais quelque chose d'un sermon nouveau ; tous les soirs, les fêtes conventuelles se renouvelaient, et je n'en étais pas plus humble. J'entrai dans la plaine de Montcontour, et je me souvins de ce que m'avait prescrit le père prieur de Châteaudun. J'usai mes chausses et ma robe; 1 épidémie de mes genoux fut enlevé, et je persévérai dans mon pieux pèlerinage. La douleur augmenta de minute en minute; bientôt elle devint intolérable, et la faiblesse humaine imposa silence au devoir. Je me relevai en adressant à mon patron une oraison jaculatoire.
Il crut, dans sa bonté, devoir récompenser ma confiance et ma soumission. Un ossement humain se présenta à mes pieds ; je le relevai et je le baisai avec respect. 11 avait nécessairement appartenu à un catholique, puisque mon patron me l'envoyait, et un catholique qui meurt pour la bonne cause est nécessairement un grand saint.
J'arrivai à Poitiers dans un état à faire pitié. Une partie de mes vêtements et la ]ieau de mes genoux étaient en lambeaux. Je les touchais avec la relique <|iie j'avais trouvée, et mes douleurs ne se calmaient pas. Je la présentai, après l'avoir baisée encore, au père prieur. 11 la regarda attentivement, la tourna dans tous les sens et la la jeta par la fenêtre. « C'est un os de mouton , me dit-il , que vous m'avez apporté là. Gardez-vous, mon frère, de vous livrer à un zèle exagéré. \ ous fourniriez des armes contre nous aux incrédules, et surtout aux huguenots. • 11 sonna, un frère lai se présenta. « Frère Marc , mettez des compresses d'eau de-vie sur les genoux de ce jeune homme , donnez-lui à souper et un lit. Demain matin, vous l'habillerez à neuf, et vous lui aiderez à monter sur une de nos mules, (|iii le conduira à Saint-Maixent. •
Cette froideur m'étonna et me blessa. Oh! pensai-je, il ne connaît pas ces sermons qui m'ont valu tant d'éloges. Je vais l'entraîner, le séduire comme les autres. Je lirai mon manuscrit, et j'allais commencer ma lecture. Il le prit, le parcourut rapidement, et me le rendit en me disant : t De l'exagération, toujours de l'exagération et quelquefois de l'hyperbole. » Oh! oh ! pensai-je, le révérend serait- il entaché d'hérésie ? Mon os de mouton l'avait indisposé contre moi ,
' Petilo fête claujtrule.
LA MoucaiE.
l'I je ne saviiis |ws encore ini'unf prcveatioii defavorab'f ne sf lié- Iruil prc.-.(|uc jamais.
J'étais liumilir, trvs-hiiniilié ; je me sentais dans les dispositions où depuis loii|;ltiiiiis voulait me tiouviT le luiour d'ivlampes. Elles pouvaient ne pas se soutenir, et il me sembla i|ue je devais proliler de ce mouieul lieureuï pour m'en(;aj;er il jamais. Je suppliai Sa lîévirencede recevoir mes vivui. « \ous avons déjà trop d'éneri;uiuenes dans l'ordre, me dit- il, et très-certainement je n'en augmenterai pas ie nombre. Aile/, à la Uoclielle, et làcliei d'en revenir. • l'rès-décidement, pensai-je en mangeant un perdreau, le père prieur de i'oitiers est un liéretique.
Tout se passa comme l'avait prescrit Sa Révérence. INle voilà juché sur uia mule, suivi par le fiére Marc, qui chaulait îles canti(|ues à tuc-tète, i|ui, de temps eu temps, s'humectait la poitrine d'un verre de bon vin, et ijui bientôt s'égaya à mes dépens; le valet devait (ïtre l'echo du maitre.
Marc entra dans notre couvent de .Saint-Maiient, et j'attendis à la porte c|u'il lui plût de m'aider à descendre de ma mule. Sans doute il avait reçu de son prieur des instructions secrètes, qu'il remplissait en ce moment.
Il revint bientôt, acconipa>;ué d'un frère, que suivaient quel(|ues novices bien jeunes, bien étourdis, (jui éclatèrent de rire en voyant mes jjcnouv cliaryés de bourrelets de linije, et les i;rimaces (|uc mes Compresses d'cau-de-vie m'arracli.iient par intervalles. J'entendis, très-distinctement, l'un d'eux dire à l'autre : «C'est un fou, dit-on, et il en a bien l'air. > Il est dur d'être persécuté par ceni de son |>arti : mais leurs railleries, leur haine même ne doivent pas nous faire dévier de la bonne route. Je me sentais appelé à l'apostolat ; le dijjne prieur de Ch.iteaudun me l'avait assuré, et cerlainemeiit il se connaissait inieuv eu hommes que le chef du couvent de I'oitiers ; je le croyais ainsi. J'offris à mon patron, pendant qu'on m'enlevait de dessus ma nulle, les nouvelles humiliations (|ui m'attendaient.
Je ne vis ni le prieur ui les profès de Saiiit-Maixcnt. Les frères lais s'emparèrent de moi, pourvurent à tous mes besoins, pansèrent mes écorcbures, me couchèrent dans un assez bon lit, et me laissèrent la liberté de penser et île faire ce que je voudrais. Je terminai un quatrième sermon, et je m'occupai de mon pauvre père, i|ue les fumées de l'orgueil avaient banni de ma mémoiie. AU ! pens.ii-je, il me reverra avec un extrême plaisir, et je lui consacrersii tous les moments dont la prédication me permettra de disposer.
J'avais lieu de croire que l'air empesté de ia Uochelle étendait ses funestes elVels à vinjjl lieues à la ronàe, et que les couvents de notre ordre qui avoisiuent cette cité coupable en étaient infeclés. Si mon père, pensais-jc, qui vit au centre même de la contagion, en avait respire les miasmes diaboliques ! Eh bien ! je le ramènerai à la foi de ses pères, et par consécpient à la vertu.
Le lendemain, on me jucha sur une autre mule, qui me porta à Fontenay en Uohan , oii je ne fus pas uiieuï reçu qu'à Saint-Maixent. Le soleil qui devait éclairer le dernier jour de ma marche parut enfin, et ranima ma ferveur et mes espérances. Je partis, et des que nous aperçûmes les clochers de la Uochelle, le frèie qui me conduisait m'aida, tant bien que mal, a descendre de ma mule. m'offrit deux bei|uilles, sauta sur ma monture, la tourna vers le point de notre départ, et la mit au galop en nie souhaitant tous les succès <|ue je pouvais désirer.
bientôt les ténèbres couvrirent la ville sacrilège, el l'ombre commençait a s'étendre autour de moi. Je ne voyais pas une maison, et il fallut me décider à passer la nuit dans des herbages i|iic faisait croître l'hérésie. Je trouvai sur le bord d'un de ces prétendus marais des joncs élevés et parfaitement secs. Je soupai de ce qui restait dans ma besace; je me couchai, et je me trouvai fort bien. Ce bien-être, me dis-je, est un piège du démon. 11 veut i|uc je me pénètre pendant toute une nuit de cet air pestilentiel. Il oublie que mou patron l'a vaincu, et je vais supplier Antoine d'écarler de moi tous les dangers.
J'avais à peine achevé ma prière, que le vent changea, et reporta sur la ville ces miasmes que je redoutais tant. L'atmosphère se dégagea. L'air devint frais et pur. Je m'endormis avec confiance au milieu de mes joncs, el je goûtai, pendant toute la nuit, le repos des justes.