‹ Vie et aventures de Pigault-LebrunChapitre 115 sur 379 · V. — Désespoir et consolation de M. de la Moocherie · texte numérisé non relu

V. — Désespoir et consolation de M. de la Moocherie

Les ligueurs, très-zélés catholiques, aiment à souper comme les protestants. On détermine difficilement un soldat à jeûner quand il sent des provisions à trois cents pas de lui. Monseigneur fut obligé de permettre à quel(|ues ligueurs pris sur tous les points de la ligne d'. bataille de se détacher, et d'aller chercher des vivres jiour eux et Jeun coiiipaguonsqui gardaient leurs rangs. La grand'garde faisaitune

orgie et gaspillait tout. Une querelle s'engagea , et des injures on en vint aux coups. On se battit d'abord à l'arme blanche , bientôt on se servit des mousquets.

Poussanville accourt et veut rétablir l'ordre. On ne récoule pas. les balles silllent autour de nous. Madame, ses femmes sont transies de peur. Colombe cache sa ligure céleste contre mon cœur. Il est impossible de prévoir comment celle seène finira.

Le baron faisait des efforts inouïs pour contenir son front de bataille-, il employait allernalivement les prières, les menaces, les caresses, même les coups. Ses troupes se rompent, se débundent, accourent au lieu du combat, pour se disputer (|uelques rations de vivres. Le feu cesse , parce qu'on est serré de toutes parts ; mais le désordie, la confusion régnent autour de nous. On se pousse, on s'élance les uns sur les autres. Ces provisions de bouche , objets de tant d'eDforls , sont foulées aux pieds. On n'entend plus (|iie des cris , des jurements, le craquement des jeunes arbres qu'on brise pour s'ouvrir un passage. Le baron est ]iarvenu jusqu'à la voiture de madame. H empêche à grands coups d'épée qui (|ue ce soit d en approcher. Poussanville se dispose à prendre Colombe pour la porter dans cet asile Je le bénis : c'est tout ce que je peux.

Uu gros de soldats poussés par la foule se précipite entre Poussanville et nous. Le brancard est renversé; Colombe m'échappe, j'entends SCS cris, je ne jieux la rejoindre... Je tombe accablé de douleur et d'eflfroi. Je m'évanouis.

Il était jour quand je recouvrai l'usage de mes sens. Un silence effrayant régnait autour de moi. Je nie rappelai les dernières pariicularités de cette nuit déplorable. Je me lève, j'appelle Colombe à grands cris... Colombe ne me répond pas... Elle a été entraînée par la foule, me dis-je. Elle est incapable de m'avoir abandonné.

Je devais la vie au lieu où j'étais tombé. J'étais étendu entre deux gros arbres environnés de ronces, impénétrables pour quiconque n'est pas aveuglé par la fureur ou le désespoir. Je sortis de là avec des peines iucroyabics. Une pertuisanc brisée m'aida à me soutenir. Je parcourus le bois. L'iudiscipline lui avait donné l'aspect dun champ de bataille, et il n'y restait pas un soldat. J'avais perdu tout ce qui m'attachait à la vie, et c'est à des catholiques que je devais mon infortune !

Je trouvai une des mules qui portaient mon brancard. Le pauvre animal, étranger aux fureurs des hommes, paissait tranquillement. L'espérance rentra dans mon cœur. Je conduisis la mule près d'une pointe de rocher qui sortait de terre, et qui s'élevait à deux ou trois pieds au-dessus du sol. Elle m'aida à me mette en selle, et je parcourus le bois dans tous les sens. J'appelais autant que me le permettaient mes forces... Colombe était perdue pour moi ■

Je distinguai, dans l'éloignement , les quatre pièces d'artillerie qu'on traînait du côté de Melle. Le reste n'était pas difficile à pénétrer. Le prince de Condé avait pu entendre la fusillade; il aura cru le baron attaqué par un corps de huguenots. 11 sera accouru avec sa cavalerie. 11 sera tombé sur des malheureux incapables de se défendre. 11 les aura sabrés, dispersés, et il emmène leur artillerie. Mais Colombe!... Colombe!...

Il est une sensation ([ue rien ne peut éteindre dans l'homme : c'est celle du besoin. La veille, au soir, je n'avais rien pris, et la faim commença à se faire sentir. Je retournai au centre du bois. Avec la pointe de ma pertuisane je démêlai dans la poussière quelques bribes que j'aurais dédaignées dans toute autre position. Je les mangeai avec avidité. Je reconnus ce butin, fruit de l'indiscipline, et que l'indiscipline avait fait perdre aux catholiques. Il é ait évident que le prince de Condé n'avait pas voulu s'engager jusque-là. La coche, les fourgons , les chevaux du baron avaient pu s'échapper par les derrières du bois. Peut-être, ma Colombe a été recueillie dans une de ces voitures. Mais quelle roule ont-elles prise ?

Je me rappelai jusqu'aux moindres particularités de la veille. Je raisonnai et je me demandai ce que j'aurais fait si j'étais M. de Biron.

Le prince de Condé lui avait avoué qu'il s'était emparé des places situées aux environs de la Rochelle. Poitiers est à trente lieues de celte ville, ainsi que me l'avait appris le frère Marc , en suivant ma mule; Poitiers devait appartenir encore aux catholiiiues. C'est vraisemblablement sur cette ville que le baron aura fait sa retraite , s'il a pu échapper au prince de Coudé.

Ou croil si facilement ce <|u'on désire ! Je voyais nos voitures sur la roule de Poitiers; je voyais Colombe dans le fourgon des femmes de madame; elle soupirait ; elle était plongée dans la plus profonde douleur. Allons, m'écriai-je, c'est la route de Poitiers qu'il faut prendre. A quelle distance en étais-je ? Je calculai que nous avions fait, la veille, quinze lieues environ ; il m'en restait donc (|uin7.e à parcourir. D'ailleurs, les fourgons de monseigneur étaient pesamment chargés ; ma mule était bonne; il était vraisemblable que je retrouverais Colombe a\ ton se réaliser. Je partis.

Je me souvins de ces paroles remarquables de Poussanville : // faut prciulre les huimnes cumme ils sont. Je sentais la nécessité de me conformer à ce précepte. Je demandais mon chemina tous ceux que je rencontrais; je leur demandais s'ils n'avaient pas rencontré des

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avant (jue d'entrer à Poitiers. Les événements sont loin de s'arranger loiijours au gré de nos désirs. Il me semblait que mes rêves devaient

LA MOlCIli;.

hommes do Riierre et de gros #quip»j;es. Je les reconnaissais de quarante i>as à leur cocarde ; chacun a la sienne ilans les j;uerres civiles; la mienne l'iait dans ma poclie, elje pouvais nie présenter indistinctement aui callioli(|urs et atii luii;iienols. \ ivr le duc deCiui-e' criais-je aui uns; vive le roi de Nav<rrc! criais je uu\ autres. Je sentais (|ne ni.i conduite sentait fniieusement l'iu'résie; mais il fallait retrouver Colunilie , et puis je faisais ce qu'on appelle une c.ipilulation de conscience : nion patron a voulu i|ue je perdisse Colombe, il veut que je la retrouve; donc il me permet d'employer tous les moyens propres à me conduire à mon liut.

J'appris enlin qu'en pressant un peu ma mule je pourrais joindre monseif^neur ji Lusignan : c'est ii peu près la moitié du chemin de Bielle a Poitiers. Je picpiai ma monture, et bientôt je rencontrai plusieurs de nos fuyards, ipii se trainaient avec ce c|u'ils avaient pu euiporter. « Donne-moi ta mule, » me dit l'un d'eui. Citait un ollicier. • Vive le duc de (luise, lui ri-(iondis-je. — \ ive le diable si lu veui ; mais donne moi ta mule. » Je lirai ma cocarde de ma poclie. • C'est fort bien, mais donne- moi la mule. — Vous voyez bien que je suis blessé. — El moi, je suis las. • Il tenait la mule par l.i bride, d'une main, et de l'autre, il se disposait ii me prendre par une jambe et à me jeter au milieu du chemin. S'il eût été seul, j'aurais essayé de lui passer sur le ventre; mais cinq ou six de ses soldats s'étaient approchés, m'avaient entouré, et leurs dispositions me paraissaient fort incertaines. Je me décidai à descendre. « Prends ce bâton, me ilit l'ufficier, il t'aidera à marcher. »

11 est dur d'être traité ainsi par les gens de son parti. Il est cruel d'être arrêté dans sa marche, au moment oii ou a l'espoir de se réunir à ce qu'on a de plus cher au monde. Oue m'eussent fait de plus des huyuenots .' ils m'eussent tué, peut-être : allons, mon patron a tout arrangé pour le mieux. Vivent notre saint-pcre et son représentai, t monseigneur le duc de Ciuise !

Ma blessure était légère, cependant je marchais lentement, appuyé d'un coté sur le pommeau de mon épée, et de l'autre sur le liàton qmm'avait laissé le capitaine. Je n'étais heureusement qu'à une lieue de Lusignan; j'en distinguais les clochers. Mais si la baronne ne s'y arrête pas, pensai-je, il me sera impossible de la joindre. Cependant, madame a passé une nuit déplorable; monseigneur et Poussanville sont excédés de fatigue; oui, oui, ils se reposent à Lusignan.

L'n âne paissait près d'une misérable chaumière bâtie à ciuquanlc pas de la route. Je m'y rendis, j'avais de l'argent, et je m'arrange li avec une pauvre femme, qui voulut bien me conduire jusqu'à Lusignan. Elle étiit catholique, et je retrouvai en elle les sentiments de charité qui devaient animer tous les ligueurs, et dont ils étaient si loin I • Que saint .\ntoine vous bénisse, lui dis-je, bonne femme 1 " Hélas , je réiléchis, en marchant, que sa charité me coûtait un écu. Oii donc est la vertu, me disais-je? Ah! dans le coeur de Colombe.

Mou iine ne lit envie à personne, et j'entrai dans la pelite ville i!e Lusignan sans éprouver de nouvelles mésaventures. Les rues sont tortueuses, et j'aurais voulu percer les murailles avec les yeux pour découvrir ces voitures, objets de tous mes vœux, t Eh! le voilà! criat-on à ma gauche. — Il n'est pas tué, cria-t-on à ma droite! Quelle satisfaction! — Quelle joie! — Quel bonheur! « c'étaient les domestiques du baron. • Colombe est-elle ici ? » Ils m'enlevaient de dessus mon âne. • Colombe est-elle ici ? » Ils me portaient sur leurs bras. • Colombe est-elle ici? Répondez-moi donc! • Us ne m'entendaient pas. Us marchaient, en criant à tue-tèle : • Le voilà!... il n'est pas tué... Quelle joie !... quel bonheur ! " Poussanville accourt, et m'embrasse tendrement. « Colombe est-elle ici? — Oui, oui, elle est ici. — Où est-elle ?... Laissez-moi, qae je coure, que je vole à ses pieds, dans ses bras. • Elle parut enfin , soutenue par Félicité. Des pleurs avaient sillonné ses joues; des larmes de joie leur succédèrent; ses forces, épuisées par douze heures passées dans le désespoir, se remirent tout à coup. Attachés étroitement l'un à l'autre, nous ne faisions plus qu'un être, pcuétré des mêmes pensées, animé des mêmes sensations. Nous ressemblions à ces m jlbeureux, condamnés a mort , et (|ui reçoivent leur grâce au moment oii le coup fatal va leur êlre porté.

iSous nous adressions une foule de questions sur les événements de la nu't dernière. iNous ne prenions pas le temps de nous répondre. Nous étions dans l'enchantement, d-uiis l'ivresse, dans le délire. JN'ous parlions tous deux à la fois; nous nous interrompions pour nous couvrir des plus vives, des plus tendres caresses. Des larmes roulaient dans les yeui de l'impassible Poussanville et des gens du baron. Les habitants de la ville, i(ue cette scène extracrd naire avait rassemblés, nous prenaient pour des fous. Poussanville nous avertit qu'il était temps de cesser de nous donner en spectacle. ISous entrâmes dam la maison, oij le baron s'était arrêté.

Monseigneur et madame nous félicitèrent cordialement sur notre réunion. Nous ne donnâmes à nos rcmerciments que le temps nécessaire pour ne point paraître impolis ou ingrats. Colombe m'entraina dans une chimbre où nous commençâmes à causer raisonnablement , et avec un certain calme. Nous nous arrêtions souvent pour nous répeler que nous nous aimions, pour nous jurer que nous nous aimerions toujours, et nous scellions nos serments de vingt , de cent bai-

sers. Colombe et moi oubliâmes ma blesiure, et... CVlait le moyen

le plus sur de pouvoir donner de la suite h notre conversation.

J appris i|u'aii moment où notre brancard avait éié renversé, l'ouisanville avait saisi Ciolombi' par un bra», l'avait portée dan* le lourgon des leniuus; qu'elles l'y avaient retenue malgré ses elïorU continuels pour m'aller clienlier, me trouver, vivre ou mourir avec moi; que le baron et ses voitures s'rlaient retirés par le derrière du bois, ainsi que je l'avais pressenti ; qu'une centaine de dij;iies membres de la sainte ligue lui étaient restés attachée ; que le prince de Coudé avait borné ses avantages à la prise de notie arlillerie; que Cobinibe, qui n'avait plus a elle que l'usage de la parole, me demandait à tous les passants, même i ceux qui venaient du côté de Lusignan; qu'mlin elle m'av.iit cru inorl, et avait tenté vingt fuis de se précipiter sous les roues de sa voilure.

Je lui Mcontai à mon tour ce qui m'était arrivé. .Monseigneur et madame voulurent m'enteiidre, et je me rendis auprès d'eux; il< m'écoutèrent .ivec intérêt, « Comme il parle! dit inad,iine , (|iii'l prédicateur c'eût été! — Je conviens qu'il n'est pas fait pour un etil obscur. Je lui aiderai à parvenir à un emploi convenable. Il est intelligent, ils est brave, et les révolutions, les guerres civiles mettent toujours les hommes à leur place. » Poussanville entra. Il m'avait conservé Colombe : je le coniblai des marques de ma vive reconnaissance.

J'allai retrouver m-i jeune et séduisante compagne. Elle n'avait cessé de s'occuper de moi. Du linge blanc, un bon déjeuner, dont j'avais grand besoin, m'attendaient, préparés par .ses mains bhinchettes. Elle me présentait les morceaux (|u'elle croyait devoir nie plaire, et elle me déshabillait en même temps : elle était iiupatii'iile de voir ma blessure et d'y mettre un appareil. .Ses soins empress< s n'étaient pas sans inconvénient... .le ne mangeais plus... El... nous reconnûmes bientôt que l'amour est le premier de tous les médecins. Ma plaie se séchait, se fermait. Je pouvais aimer autant (|ue je le voudrais; j'étais au comble du bonheur. Colombe le partageait de toute son .imc, de toutes ses forets : le devoir nous en faisait une loi. O mon patron! qu'il est doux d'accorder son devoir et son cceur!

11 était naturel que je désirisse savoir ce que nous allions devenir. Je descendis. Colombe avait passé son bras sous le mien. Elle m'aidait à marcher; elle me regardait! Elle n'apercevait rien de ce qui se passait autour d'elle; elle ne voyait que moi.

Poussanville n'avait pu prendre que deux heures de repos, et déjà il organisait les soldats de la ligue qui s'étaient ralliés auprès de monseigneur et ceux qui entraient à chaque instant dans la ville. Il n'y avait pas un seul huguenot; il était le maître absolu di; ses opérations Il voulait réiablir l,i discipline si essentielle à la guérie, et, pour la maintenir, il fallait faire des magasins. — Harangue les habitants, me dit il, cela est dans tes attributions.

Je pris un tambour; je lui fis battre la caisse devant moi, et j'arrivai sur la place publique. Je m'arrêtai devant une maison d'assez belle apparence; je demandai une table et des tréteaux : tous les moyens sont bons quand ils produisent le bien. Que va-t-il faire? se demandaient ceux qui m'avaient suivi? Q)iie va-t-il faire!' se demandaient ceux sur qui le bruit du tambour avait agi plus lentement ? C'est un officier, disaient les uns; c'est un prédicateur, disaient les autres.

Je montai sur ma table. Colombe n'avait pas quitté mon bras, et nous parûmes ensemble. — Qu'ils sont jeunes ! (ju'ils sont gentils! s'écriail-on de tous les côtés.

Je pris la parole. J'exposai à mon auditoire les motifs qui avaient porté le duc de Guise à instituer la sainte ligue. Ses dignes membres n'avaient d'autre désir, d'autre but que d'exterminer les hérétiques, et d'assurer le triomphe de la vraie religion. Je croyais tout cela, sans égird pour ce que j'avais entendu dire à Poussanville. « Mais, ajoutai-je, les hommes les plus pieux ne sont pas exempts de faiblesse. Ceux qui sont prêts à se sacrifier pour de si saints motifs doivent avoir des moyens d'existence assurés. C'est en les leur fournissant que vous attirerez sur vous les indulgences de Home; que vous déterminerez les soldats de la sainte ligue à protéger vos propriétés et à assurer votre repos, beaucoup d'entre vous, reprit Colombe, connaissent un sentiment qui rend la vie si douce et si chère. Jeunes femmes, vous aimei tendrement vos maris; jeunes filles, vous attendez, avec une modeste impatience, le moment qui doit couronner vos amours. Nous sommes mariés depuis deux jours. Voyez combien nous sommes heureux! Vous pouvez 1 être autant que nous en offrant quelque chose de votre superflu à ceux qui vont combattre pour assurer la continuité de votre bonheur. •

Jamais Colombe ne s'était exprimée ainsi. L'exaltation nous donne donc des moyens que nous ne nous connaissions pas. Je n'avais parlé qu'aux consciences; Colombe avait touché les cœurs. Elle acheva de les entraîner en ra'embrassant tendrement. Ce fut là sa péroraison.

Quand on veut persuader la multitude, il f..ut prendre des orateurs comme (Colombe. Les masses ne raisonnent pas; mais le sentiment les entraine. • (Ju'i lie est jolie! disaient les uns; comme ele parle! disaient les autres.» Les jeunes époux s'embrassaient; les jeunes gens regardaient leurs fulures compagnes avec des yeui! Et les hlleues rougissaient, .le n'étais pas jaloux des préférences qu'on

lî

LA MOUCHE

accordait à Colomlie; miiis il me semblait que je pouvais être l'objet lie (|iicl(iue alleiition. Les vieilles calmiTeiit mon .1 mon r propre blessé. J'entendis mnrninrer : « (Ju'il est bien 1 qni'lle evpression a cette cliannante tii;ii|;e! .le crois vnir mon .Insepli à l'àjje de vini;t an,".

— l'.t moi mon (iiiillaunie lejonr oii je lui donnai la main. » Toutes les voii s'élevèrent ensemble. « Uonnous, donnons, s'écria-t-on de toutes parts. •

INous descendîmes de la tribune au\ harangues, et je marchais difficilement. « (^)u'a-t-il donc!' demanilérent (|uel(iues grand'mamans.

— In cni|nin de liU[;uenol m'a enlevée hier, répondit Colombe. Mon Antoine m'a défendue, et le scélérat l'a blessé. — Ah! cicll juste ciel! — Rassurez vous, ma bonnes mères! M. de l'oussanvillc a tué l'intime. — ,\h! tant inieui! morte la bète, mort le venin. »

Nous arriv.imes dev.int la maison qu'occupait monseigneur. On \ apportait de tous les coins de la ville des provisions de bouche de tonte espèce. Déji» la eour eouiniemait ii s'encombrer. « liien , bien, trcs-bien, me dirent monseigneur et l'oussanville. — Ah! je n'ai fait (|ue raisonner; Colombe a parlé aux cœurs, et l'honneur du succès lui appartient tout entier. N oilà, dit le baron, deux jeunes i;ens (|ui peuvent nousèlri' de la plus grande utilité. iMesamis, il faut achever votre ouvrage. INous avons des vivres , mais nous manquons de moyens de transport. •

iNons nous remiines en marche, Colombe et moi : il eiistail entre nous une unité d'intention ipii ne nous permellait pas de nous séparer un moment. I\oii> parcourions les rues el à chai|ii<' jias on nous demandait n nous liions contents. " i'rès contenu, répondionsnous, el notre reconnaissance sera élernelle. — Ces pauvres petits! ces chers petits! » .lusqiie-là tout allait bien.

C'était un jour de marché, et le dernier vraiscinblahleiiKiit : l'approche du prince de Comié allait rendre les eomiiiiinicdli(iii>, dilliciles. Des paysans avaient apporté des fruits, des légumes, dis grains il I.usignan. Ils se disposaient à retourner chez eux. Je leur demandai s'ils voulaient servir la bonne cause. Ils me jurèrent qu'ils étaient prêts à mourir pour elle. " Conduise/, vos charrettes à la porte de M. de liiron. ^olls allons les charger de nos provisions , et demain vous nous acconipagiiere/, jusqu'à Poitiers. « On me frappe sur l'épaule, je me tourne, et je me trouve face à face avec un magistrat. C'était le bailli , (|u'accoinpa|;naient quelques-uns des priiicipaiiv habitants. «Comment! petits serpents, vous nous extorquez des vivres sous le prétexte de nourrir des soldats qui doivent nous défendre, et vous ave/, le projet de nous abandonner! El le prince de Condé est à ÎMelle! Et il ne nous reste pas de quoi exister pendant deux jours ! Suppôts des hérétiques , vous nous avez abusés par vos ruses infernales ! »

Kous avions en effet demandé des vivres pour des soldats voués à la défense des catholiques ; mais nous ne nous étions pas engagés à rester dons une bicoque ouverte de toutes parts. Ce raisonnement me paraissait tout simple; mais comment le faire adopter à des pens exaltés par la crainte de la famine, et dont le nombre augmentait à chaque instant.' Déjà les paysans avaient reçu l'ordre d'atteler et de sortir à l'instant de la ville. • 11 faudra bien, nous dit le bailli, que vous nous laissiez des provisions que vous ne pourrez pas emporter. » Cela était d'une vérité incontestable. Je ne savais pas encore répondre à des arguments (|ui me paraissaient sans réplique, et je ne pensais plus qu'à retourner auprès de monseigneur. 11 fallait traverser toute la ville ; les habitants sortaient tous de leurs maisons, et se groupaient autour de nous; je sentais le bras de Colombe agité d'un tremblement qui m'annonçait une terreur profonde.

J'entendis le bruit du tambour; je prêtai une oreille attentive au milieu des vociférations qui éclataient de toutes parts. Le son me parut s'approcher à chai|ue seconde. Bientôt Poussanville et quelques soldats percèrent jusqu'à nous, et Colombe respira.

Mon ami faisait lire une proclamation propre à rassurer les habitants sur la conservation de leurs propriétés. • A (|uoi bondes meubles et de l'argent, lui dit le bailli , (|uand on manque de pain? « Un homme d'esprit n'est jamais embarrassé : Poussanville répondit en faisant b.itlre la générale.

Nos soldats, que les habitants avaient reçus chez eux, sortent avec leurs armes, et se rangent auprès de nous; les charrettes sont attelées, M. l'aide de camp les fait conduire devant le lo!;ement de monseigneur, et il propose ce dilemme au bailli: « Le prince de Condé viendra ici ou n'j viendra point. .S'il vient, vos provisions et votre argent seront la proie des huguenots ; s'il ne vient pas, vous tirerez des villages voisins de nouvelles subsistances. — Il viendra, il viendra puisque vous nous abandonnez. — Kn ce cas, monsieur le liailli, je frappe la ville d'une contribution de trente mille livres. Vous êtes trop bon catholique pour ne pas sentir qu'il vaut mieux que votre argent tombe entre nos mains qu'en celles des huguenots. Je vous donne deux heures pour faire la répartition de la somme que je vous demande : allez. » L'n dominicain, frais et vermeil, voulut faire l'orateur. « Oh! oh! reprit Poussanville, il y a dans cette ville de bons, de véritables religieux. A oiis savez comme les huguenots vous traitent. Je ne soiilïrirai pas que vous tombiez entre leurs mains. Je vous présenterai à monsieur le baron : il se fera un honneur un devoir de vous tirer d'une ville ipii demain sera mise à feu

et h sang. Il vous conduira à Poitiers; mais vous ne serez pas assez dupes pour abandonner à ces enragés ce qu'il y a de précieux dans votre couvent. Allons en faire l'inventaire, car vous sentez bien que monsieur de liiron ne recevra vos richesses qu'à titre de dépôt, et i|ii'elles vous seront religieusement rendues. — Mais si les huguenots ne viennent pas:' — Ils viendront : monsieur le bailli l'a assuré , et il est bien mieux informé (|ue nous, u

Je ne quittai pas Poussanville. J'entrai avec lui et une centaine de soldais dans le couvent des Dominicains. Dans tout autre circonstance, j'aurais frémi en franchissant avec des hommes armés le seuil lie l'asile sacré ; mais les raisonnements de Poussainville me paraissaient sans réplique. Colombe partageait ma conviction : nous étions si simples encore !

M. l'aide de camp débuta par diviser sa troupe en pelotons, et il en plaça à toutes les portes. Il commença une perquisition générale, aidé lie quelques ofliciers. « Monsieur de la Moucherie, me dit-il, prenez du papier et une plume ; vous inscrirez les objets précieux que nous devons conserver à ces bons religieux. • J'étais prêt à écrire, et l'épaule de Colombe me servait de |iupilre.

Nous allions , nous venions , et nous ne trouvions rien. « Qne voulez-vous, nous dit Ir prieur, trouver chez des dominicains ' Si nous étions des bénédictins, des bernardins, vos recherches pourraient n'être pas infructueuses. — Je vous crois , mou révérend père , et je vais vous rendre un véritable service. Demain, votre couvent sera brillé, et c'est une jouissance que je ne laisserai jias à des huguenots. Soldats, prenez des fagots; placez-en partout, et mettez-j le feu. — Un moment, monsieur le capitaine; il est tres-douteui que le prince de Condé vienne demain. — Il viendra; monsieur le bailly l'a dit, et le premier magistrat de Lusignan ne se trompe jamais. »

Quel plaisir pour des soldats que celui de brûler une maison! En un clin d'œil le bûcher des révérends père fut vidé, et des flambeaux s'allumèrent. « Eteignez ces flambeaux, éteignez-les! - s'écria le père prieur. Et des portes secrètes s'ouvrirent.

Soixante sacs de mille li\ les chacun, et un vaste amas de provisions de bouche tombèrent entre nos mains. « Ecrivez, monsieur de la Moucherie. — Hélas! dit le père prieur, tout cela éliit destiné aux pauvres. — Oui? Eh bien ! je me charge de leur distribuer l'argent, et je partagerai les vivres entre nos soldats. Ce sont de bons catholiques, et, par conséquent, les premiers pauvres. Mes pères, voulezvous nous suivre à Poitiers? » Des mouvements de lèlcs très-négatifs furent la seule réponse qu'oliliiit Poussanville.

Nos cent hommes se chargèrent des sacs et des vivres, et nous regagnâmes le logement du baron, o N oilà, me dit en marchant mon ami, les tristes résultats des guerres civiles. On se dépouille, on se vole, on s'égorge, et le voile de la religion couvre tous les excès. On l'invoque au milieu des décombres, on entraîne des malheureux accablés par la misère, et, je te le répèle, l'homme adroit ne s'occupe que de lui. Je donne au baron le moyen de lever des troupes; il aura le bâton de maréchal de France, et moi, un régiment. — Cet argent ne sera donc pas distribué aux pauvres? — Imbécile! »

Quels yeux ouvrit monseigneur quand il vit entrer ce convoi chez lui! Il embrassa étroitement Poussanville; il me frappa sur l'épaule, et il caressa le menton de Colombe!

Les deux heures accordées au liailli étaient écoulées, et il ne paraissait pas. « % a lui déclarer, me dit Poussanville , que s'il ne vient à l'instant, j'épargnerai aux huguenots la peine de brûler la ville demain. — Mais , mon ami, ta conduite est affreuse! — Obéis sans réflexion, c'est le devoir d'un soldat. (^)uand tu commanderas, tu feras ce que tu voudras. — Mais, mon ami... — Pour que tu conserves ta Colombe, il faut que nous soyons les plus forts. »

Je ne répliquai pas. Je courus à la tête de trente hommes, et je me disais en courant : Poussanville a raison , chacun ne s'occupe que de soi. O mon patron ! protégez ma Colombe.

Je passai devant la boutic]uc d'un épicier, je lui empruntai quelques torches; je les fis allumer, et j'entrai chez le bailli. Il m'entendit, et je ne lui avais pas adressé un mot. Il venait de compléter la somme ; il me la remit, et je fis éteindre les flambeaux, n Vous vous dites calholiques, s'écria le bailli en me conduisant hors de sa maison, et vous donnez aux huguenots l'exemple de la férocité et du pillage. » Je sentais qu'il avait raison; mais Colombe! Colonilie !...

Nos soldats avaient été bien nourris par les malheureux habitants de Lusignan. Ils pouvaient marcher le reste du jour sans avoir besoin de rien. Quand j'arrivai devant la maison de monseigneur, ils étaient rassemblés en cercle autour de Poussanville. Il leur déclara qu'il serait fait des distributions régulières de vivres, mais que le premier qui manquerait il la discipline militaire serait pendu sans rémission.

Je portai mes trente mille livres au trésor, et monseigneur me permit d'embrasser Colombe en sa jirésence. Nous avions cinq cents hommes à notre disposition, et des soldats qui sont dans l'abondance ne craignent pas plus la fatigue (|ue les dangers. En moins d'une heure les charrettes furent chargées. Poussanville prit, avec quelques hommes d'élite, la surveillance de celle qui portait l'argent. Les charretiers demandèrent à retourner chez eux; il était clair que nous n'inspirions ni confiance ni affection. On n'avait pas besoin d'eux , on leur permit d'abandonner leurs voilures et leurs attelages.

LA MOIJCHK.

Le jour s'avimrait. Cejiendant monjeiiïiieur dt'cida iinil falUit partir il riiist.inl. Oimilt' av.iil tie l'arlilliTic ; il |i(mvail nous aU.ii|ciiT pendant h mut, et ré iliser ce que l'oiissanville avait dit ironi(|Ufmfnt. La coclic de madame et les fourgons de nuMisei|;nciir prirent la tète de la eolonne. J'étais monté, avfc (Àiloinlie, dans une petite voiture couverte, garnie inlérieuremeiil de paillassnns, et traînée par une lionne nnile. {^el équipage appartenait au propriétaire de la mai sou oli moii'ieii;neur s'était arrêté, l'oussanville, qui n'oubliait rien, le lui avait iiit/tninlf pour moi.

Il était nuit, et nous n'avions encore lait que deiu lii'ues. La lune paraissait dans toute sa lilanciieur, et nioiiseijjneur irréta qu'on conlinucrait de marcher. Cependant la troupe n'avail pas soupe. On lit lulte. Les soldais s'assirent sur le rliemin, ayant leurs armes aupns d'eui. Itienlôl di'S rations furent prriiarées, el distriliuées avec un ordre que je ne me lassais pas d'admirer. C'est un maître lionime, me disais-je, que l'oussaiiville! il ira loin si le iluc ('luise sait apprécier les laleuls.

On sent bien que monseigneur, madame et leur suite avaient leurs provisions particulières. Nous avions tous oulilic les crises de la nuit précédente : rien ne s'oublie aussi facilement cjne le malbeur. iNous soupâmes >',aiement. Colombe et moi surtout : nous étions ensemble et nous étions seuls.

Mien n'échappait à l'attention de Poussanville. Il avait remarqué deu\ paysans qui marchaient à côté de la colonne, qui s'arrêtèrent quand elle s'arrêta , et (pii rétrogradèrent vers l.usi|;nin. .le ne vois pas, se dit-il, quelle raison peuveni avoirccs gens-là de retournerd'où ils sont venus. Il les fit arrêter, el on trouva des poii;n:irds sous leurs sou(|uenilles ; c'étaient des espions. On les conduisit à miinseigncur, qui les interrogea. Ils avaient l'ordre de suivre M. de Hiron, et de s'assurer de ia roule qu'il tiendrait, lis nous apprirent (|ue le prince de Inondé traitait les protestants de iMelle comme nous avions Irailé les eatholii|ues de Lusignan. « (Quelle guerre! me dit Colombe; où donc b'est réfugiée la justice ;' •

" J'ai le droit de vous faire pendre, dit monseigneur k ces malheureux ; mais je ne vous crains pas, et je n'attente pas à la vie des hommes sans y être contraint par la nécessité. Aile/, dire au prince que bientôt nous nous verrons en rase campagne. » Ils furent relâchés, el c'est la seule bonne action que nous eussions faite eu vingtquatre heures.

-V la pointe du jour, nous arrivâmes aux portes de Poitiers. On vint nous reconnaître, et nous enlr,îmes dans la ville tambours battants el drapeaux déployés : ce n'étaient encore (pie des chiffons attachés à des manches à balai. Je possédais mon histoire romaine, et je dis à Poussanville : « Les premières enseignes des Homains n'étaient (jue des bâtons surmontés d une poignée de foin , el ce peuple a conquis l'univer.--. ,\insi s'i-tendra la vraie religion sur les ruines de l'hérésie. — Ainsi soil-il. u me répondit-il en riant.

Il ne lui fut pas possible d'exercer sou industrie à Poitiers , comme il l'avait fait à Lusignan. Six mille bourgeois liaient enrégimentés, et bien armés. Les remparts étaient garnis de trente pièces d'artillerie, el la place était approvisionnée de munitions de guerre et de bouche. Nos cinq cents hommes ne pouvaient causer aucune espèce d'inquiétude aux habitants. Ils furent reçus comme des auxiliaires, dont on pouvait se passer avec assez d'indifférence, tjuand on dit ([ue nous avions des vivres pour huit jours, quand on sut i|ue le baron avaii en caisse quatre vingt-dix mille livres , on nous marqua beaucoup d'égards : on sentait que nous ne serions pas à charge aux Poitevins. Mais on nous notifia qu'on n'avait pris les armes que pour défendre la place, et qu'il n'en sortirait pas un soldat.

Je me rappelai ce prieur de franciscains qui m'avait traité avec tant de mépris, et dont les opinions religieuses m'avaient paru si suspectes. Je ne l'estimais pas. C'ependant j'avais porté ])endant quatre ans l'habit de l'ordre, et on tient aux habitudes de l'adolescence. J'étais tenté d'aller rendre visite à mes anciens confrères. Je voulais que le prieur sût que je n'étais pas un homuic e.vaijcrr . un ami de t'hyperboh- . un rtitrijuiiiene eu/in. Ma vanité était flattée de me présenter l'épée au côté, et une femme charmante à mon bras. Je crois que ce dernier motif fut celui qui me poussa au couvent des Franciscains.

Le père prieur me reconnut, et me marqua quel(|ue bienveillance. « Avouez, me dit-il, que j'ai eu raison de ne pas recevoir vos vœux. Vous ne combattriez pas pour la bonne cause , et vous ne seriez pas marié. Votre état n'est pas pur , cependant nous encourageons le mariage ; il faut procrééer des défenseurs de la foi. » Il regardait (Colombe d'un air qui me fit croire qu'il eût pu s'abaisser jusqu'à contribuer à la multiplication du genre humain. Il nous quitta avec assez de politesse en nous disant (|u'il allait prêcher ;i la cathédrale, où l'attendait un nombreux auditoire.

Je m'attendais qu'il prêcherait l'amour de l'humanité et la tolérance. J'avais besoin de combattre encore une exaltation (|ue j'avais sucée avec le lait, et qui me tourmentait beaucoup. J'étais homme du monde ipiand je regardais Colombe ; le mot huguenot m'irritait quand je la perdais de vue.

Nous eûmes beaucoup de peine à pénétrer dans l'intérieur de l'église. .Vous y trouvâmes le baron, son aide de camp, madame, et deux

de ses femmes. On leur avait donné des places d'honneur, et il me sembla i|iie son écrivain pouvait s'approcher d'eux.

.l'eiaiiiinai toutes les figures en atteiidaiil que le prédicateur parût. La figure de madame exhalait les sentiments de pii té dont elle était pénétne. Monseijîiieur el Poussanville élaienl dans le l'ecueilleinriit, el paraissiiienl plongés dans une profonde niéilitatiuii. (lue mon patron, peiisai-je, leur lasse la grâce de devenir cei|ii'ils veulent paraître en ce moment !

Le prédicateur païul, et le |ilii!i profond sih'iice régna partout. Il commença parfaire le plus pompeux éloge île la sainte lii'.iie , des eiVrU qu'elle produisait déjà , el des prodiges qu'iiii avait le droil d'eu attendre. Il invita, il pria, il pressa, il conjura les liabîtaiits de Poi tiers de s'agré.er à cette respectable congrégation. Ilienlôl je ne reconnus plus riiomme i|ui m'avait traité de loii , et (|iiî avait jeté pir la fiiièlre la relique qui m'avait routé si cher. ■ \ oila , dil il en ti rani un crucifix de s,i mauilie , celui qui est mort pour les catholiques, et qui vous onloniie par nu v.iii d'tx'erminer jusqu'au derniii- des huguenots. Ciierre, guerre éternelle, s'il le faut, aux ennemis de Home et de la foi ! <,>ue vos épée-i deviennent autant de glaîvei flamboyants qui jiorlenl la mort dans le creur de nos ennemis, même avant que de les avoir frappés. C'est ainsi que vos pères furent vainqueurs à Dreux, à ,Saint-l)enii> , à Jarnac, à Monlcontour. » .\iissitijl monseigneur et Poussanville lireiil leurs épées el les aijilent en l'air; des habilants suivent un si bel exemple. On n'entend plus que le clir|uelis des armes et le cri : Mort aux huguenots! J'avais porlé li main sur la garde de la mienne; Colombe y liiit la sienne, el elle me rf;;jnli d'un air si doux ; je la laissai dans le fourreau. « Ouc j'avais m.il jnijé ce «ainl homme! lui dis-je , il mérite les hommages de tous le^ fidèles. ■>

I ne table et un registre étaient placés sous la chaire. On y coiiriil. On se déclir.-i membre de la sainte ligue ; on jura, d'après un clerc qui lut à haute voix la formule du serment, une obéissance aveugle au chef supiême i|ii'on se donnait , et qui n'étail pas nommé. Il faut cependant connaître celui à qui on doit obéir. C'est le duc de C.uiie, dit le clerc, (pu vous commandera au nom du roi.

IJes tables étaient dressées sur les places et dans les principales rues de la ville. Au bout de quelques heures, le duc avait ac(|uis six mille sujets de plus.

Monseigneur n'oubliait dans aucune circonstance ce qu'il devait à sa naissaii'ce et è son rang. 11 avait jugé fort au-dessous de lui de jurer avec des vilains Nous nous rendîmes en grande pompe à l'hôtel de ville. Là Al. de Hiron renouvela le serment ([u'il avait prêté entre les mains de Livarot. Nous reconnûmes iiour noire mailre monseigneur le duc de Ciuise, (iiiniiKDiddiil pnur le rai. Il est clair que la seconde partie de notre formule nous laissait la liberté, d'après le système de Poussanville, de nous tourner toujours vers le soleil levant.

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