I.A MO Lie III
tcniit avfc les soldats de LusiRiian , pour les armer et maintenir le bon ordre. Nous mardiàmcs vers \.\ \illc, nionsei|;neur et moi. ^olls étions suivis de nos cinq cents liomines d'élite. On nous reçut tous les deui ; m.iis on liaissu la lirrse devant nos soldats. • Ces t;ens-lii sont, bien délianis, me dit le barou. — lUx '. monseigneur, croyezvous qu'ils aient tort ? •
Nous rentrâmes à notre lo|;enient, et le premier soin de M. de liiron fut de me faire ouvrir mes dépôclies. 11 me dicta l'élojje le plus pompeuv de Poussanville, c|ui , brij;andai;e à part, le nurilail bien. Il demanda pour lui le grade d'olbcier minéral, avec des instances c|ui ne |ieriuellraient pas au duc de Ouise de le refuser. 0'"^ •<>' ''"porljit, d'ailleurs, qu'il y eût un maréchal de camp de plus ou de moins dans les armées de la lii;ue ?
• (Quelle jjuerre ! i|uels liomiues! cpielle duplicilé ! me disait Colombe ; faut-il que nous soyons irrévocablement attaclus à de tels êtres! Mon cber Antoine, sanctifions notre vie par la prière et par l'amour conjugal. — Oli ! oui, ma Colombe ! • V-l nous pri.'imes, et...
Le lendemain, mon silcncieuv tailleur, sa femme et (pielques garçons se présentèrent avec des vêtements d'une richesse éblouissante. Slonseigneur n'en portail pas d'aussi beaux ; à la vérité, il s'appelait Hiron.
.\vec quel plaisir je regardais mon tailleur me dépouiller de l'habit ripé de mon père, m'essayer des hauls-de-rhausses, une trousse, un pourpoint, un manteau court , faits des rtolïes les jilus riches, et de couleurs variées! Une toque de velours noir, ornée d'une plume blanche qui me tombait sur l'oreille , acheva de me tourner la lôte. Oh ! non , non, je n'étais plus le petit frère Antoine ; j'étais réellement M. de la Moucherie.
l.e tailleur sortit, et sa femme s'occupa de Colombe, l.'art, dit-on, n'ajoute rien à la beauté. Cette idée est fausse , de toute fausseté. Les Grâces, les Amours semblaient accourir et se cacher dans les plis de la robe de Colombe, sous son corset, dans sa fraise, <l.ins les crochets de ses cheveux. Elle se regardait dans un petit miroir d'acier qui se trouva sous sa main ; elle était dans l'enchantement. Je regardais, je dévorais des yeux madame de la Aloucherie.
• 11 faut avouer, me dit-elle quand nous fûmes seuls, que monseigneur a de grandes qualités. —Il en a d'amirables , ma Colombe. — 11 pille un peu ; mais c'est pour la bonne cause. 11 est écrit : Manuel ce que vous trouverez. — Et il est évident que Poussanville a Irmifé ce qu'il a amené hier. »
Nous voulûmes jouir de notre métamorphose; cela était tout simple. Colombe était femme , et je n'avais que vingt ans. Nous rencoutràines dans les escaliers monseigneur et Poussanville. Us s'arrêtèrent , et nous mesurèrent des yeux. • Qu'ils sont bien ! u dit le baron. Et nous rougîmes, moi de plaisir, et Colombe de pudeur. » Monsieur de la Moucherie, vous verrez le i"oi , et x'ous pourriez remplacer Livarot, qui , sans doute , est allé se rendre au prince de Coudé pour mettre sa jolie figure à l'abri des accidents. »
Je ne compris rien à ce que me disait monseigneur. Ah ! pensoisje, il a quel(]uefois un style entortillé. Les grands politiques ont intérêt à ne pas se laisser pénétrer, et ils contractent l'habitude de s'exprimer énigmatiquement.
Nous parcourûmes toutes les rues de la ville, et un murmure d'approbation ne cessait de llatter notre oreille. • 11 est seulement fâcheux, dit un homme à un autre , qu'elle manque de moelleux dans les mouvements, elle a les hanches et les genoux ankylosés; mais elle est jeune, et cela pourra se dissiper. • Je regardai Colombe. Elle était droite et roide comme un piquet. « Ma chère amie , lui dis-je , sois toujours, dans ta marche au moins, la charmante petite lille i|ui décorait de Oeurs l'oratoire de madame. — Le joli garçon ! dirent des femmes, (|ui nous attendaient au coin d'une rue. — Oui, mais comme il est gêné dans ses habits ! on voit bien ([u'il n'a pas 1 habitude de les porter. — ;^Ion cher ami, me dit Colombe d'un petit air piqué, sois toujours, dans ta marche au moins, ce joli petit frère Antoine, (lui n'eut besoin que de paraître pour se faire aimer. "
Un éclat de rire partit derrière nous ; c'était Poussanville. « Vous ne vous apercevez donc pas qu'on se moque de vous. Des habits sont faits pour servir et être usés. Après ceux-là vous en mettre?, d'autres. Le tailleur et la couturière vont déposer dans votre chambre ce qui constitue une garde-robe complète.
• Retournez chez U baron. Nous allons sortir de la ville. M. Perrier, épicier en gros, commandant la force armée à Poitiers, a int-rdit l'entrée de la ville à nos cinq cents hommes. 11 pourrait trèsbien finir par emprutiler au baron ses quatre-vingt-dix mille livres. Je vais , moi , lui emi)ruiiler ou lui acheter des elléts de campement dont il n'a pas besoin. Madame la baronne ne peut ni se confiner dans sa coche ni être exposée à la pluie ou au soleil. »
Nous retournâmes sur nos pas, et nous marchâmes avec la plus grande aisance : des habits de rechange nous attendaient chez nous. Je tournais la tête de lempi en temps pour juger de l'effet nouveau que nous devions produire, .le vis un jésuite aborder l'oussanville d'un air mielleux, t^'est singulier, pensai-je , il y a des jésuites partout, et je n'ai encore aperçu que celui-ci depuis que nous sommes sortis de la Kochelle.
Nous rentrâmes chei nous, . Mon ami, me dit Colombe, n'oublions
pas, auprès de nos supérieurs , ce que nous «von» été. Allons leur «ilïrir nos service». • Ce conseil était très -bon , et je le suivis avec em|iressement. On n'avait pas besoin de nous; mais cet acte de modestie et de déférence parut plaire beaucoup ii monseigneur et k madame.
Tout était en mouvement. Les domestiques, les femmes, refaisaient les malles, les valises, les paquets. <> (l'était bien la [leiiie, cliuchotaicut- ils, de défaire tout cela pour si peu de temps! .. Je savait le fin mot. Je me gardai bien de le leur dire. Nous ïllàmes faire , de notre côté, nos dispositions de départ.
Pou saiiville revint. Ferrier ne donnait rien. Il avait fallu lui acheter, fort cher, six lentes avec leurs accessoires. L'aide de camp venait prendre de l'argent et un fourgon.
Les effets de Colombe et les mien» étaient descendus, et placé» avec le gros des équipages. Mon premier penchant se reproduisait toujours ([uand j'éLiis désœuvré, cl je ne pouv.iis toujours faire l'amour il ma femme, le descendis , je montai , j'allai, je vins; j'observai, j'écoutai tout. Je ne vis, je n'entendis rien de nouveau : je connaissais tous mes personnages, leurs secrets, leurs principes, leurs inclinations.
Il (lait clair que monseigneur allait avoir une armée , et cpi'il ne tiiderait pas à prendre l'olïensive. Mais ipir fera-t-il de martamc ? Elle ne peut passer sa vie sous la tente , el une défaite la mettrait à la discrétion des huguenots. Le sort de Colombe allait devenir plus incertain encore. Nous parlons demain seuls, sans niojens de défense, sans savoir oii chercher le duc de (luise. Il faudra errer à l'aventure. Si nous tombons dans un parti de huguenots, et même de calholiques, on remarquera Colombe , on m'attuiuera. Je me ferai tuer sans doute; maii Colombe, Colombe!... cette idée est désespérante.
Ces réflexions venaient bien lard. Cependant, je les communii|uai à l'oussinvillc. « La premicTe qualité d'un homme (|ui veut parvenir, me dit-il, est de ne jamais se défier de sa fortune. La tienne l'a bien servi jusqu'à présent, pourquoi l'abandonnerait-elle? — Pounpioi me serait-elle constante ;' — Mon pauvre Antoine, tu n'avances ciu'en talonnant : tu ne feras jamais rien. •
11 alla cependant faire pari de mes observations au baron et à madame. Madame trouva que j'étais plein de bon sens. Elle déclara que depuis son entrée à la Kochelle, elle n'avait trouvé de ressource contre l'ennui que dans la prière ; qu'elle était fatiguée de suivre des guerriers, avec qui elle n'aurait jamais de repos, que d'ailleurs, elle ne voulait pas s'exposer à des dangers de toute espèce, el sans cesse renaissants.
(^)iiclle est la jeune femme , qui n'exerce pas un pouvoir absolu sur un inari de cinquante an»? Monseigneur assura madame qu'il allait pensera la mettre en sûreté, et à lui procurer une résidence agréable; mais il ne savait à (pielle idée s'arrêter. Tous les moyens ([u'il voulait employer présentaient de graves inconvénients, et , pour la première fois, la féconde imagination de Poussanville ne savait oîji se l'iser... Ah! oui, oui, il faut toujours croire à sa fortune... et à la vertu de sa mère el de sa femme.