III. — Edmood lait de Douvelles fredaines
Robert el Edmond étaient rétablis ; ils avaient repris leur rang dans leur classes respectives. Auguste s'était mal conduit dans sa prison, el il avait été cf-ndainné ii y passer huil jours de plus. Robert fut tranquille pendant cette semaine sur Its mauvais conseils que pouvait lui donner le mauvais sujet, el il travailla avec son ardeur ordinaire, « ;M. de Làtre a raison , so répétait-il souvent. On fait jierdre trois semaines ii un paresseux, qui tri's-probablenient doublera sa septième; tant mieux. Edmond moulera en sixième, et il sera tout h fait séparé de l'hyiiocritc Auguste. »
On lui rendit sa liberté, et ceîui qui surveillait les élèves pendant la récréation lui défendit expressément de s'approcher d'Edmoud. Cette mesure tranquillisa Robert. Il vil souvent scn ami; mais il ne lui donnait qu'un quart d'heure, cl il ne l'employait pas tout entier k lui parler raison. 11 jouait en rdisonnant.
Avant l'aventure de la cloche , Auguste avait gâté plusieurs de ses camarades. Parmi eux était un petit uuiiisieiir, vif, étourdi, espiègle, aussi franc qu'Auguste était dissimulé. Incapable de compromeltre SCS amis pour échapper à la ]iunition, Henri n'était discret sur ses fredaines que pour les dérober à la connaissance de ses maures ; du reste il en riait de lout son eu'iir avec celui qu'il avait nus de moilie dans quelque élourderic. Enfin Henri était un bon entant , qui remplissait bien SCS devoirs; mais dont l'imagination toujours active enfantait souvent pendant les récréations quelque projet nouveau.
« Mon ami, dit-il un jour ii Edmond, il serait plaisant de faire dormir tout le collège, du proviseur au dernier marmiton , jusqu'à Luit beuics du matin. — L'idée est vraiment heureuse. — Oh! j ai renoneé à ces petits tours obscurs , qui ne procurent m honneur m
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pluLsir. J'aime ii taillor en grand , et surtout je me plais à opérer en plein jour. — li\pii(|ut'-loi. — Auguste est un ton, qui n'a pas prévu i|iio la cnrile qu'il t'a lait couper svrail roniplaoï-c atissitôl. (?i>st un Irailre, qui l'a fait faire un saut périlleu\ et (|iii a couru se cacher ilaiis son lit. iMoi je parla|;e les <lau];crs avec celui (|uc j'associe il mes ilesseiiis. — l'inis-cn donc, (àiniuicnt l'cras-lu dormir deux ou trois cents individus de neuf heures du soir jusqu'il huit lu itres du nialiu:' Oh! je vois ce que c'est : lu jellcras ipielquc ilroipic dans la niarniile. — Ki! l'horreur! Hiscpier d'empoisonner tout un colléjje! Et ]uiiSf je ne CiUinais pas de drogue qui Casse {lormir ; d'ailleurs, oii en trouverais une assez. i;rande quantité pour produire de tels elVets? Leoulc, mon ami: Amliroisc ne sonne le réveil ipie i>arce qu'il entend sonner l'horloge. IJu'elle ne sonne plus, et chacun en attendant la cloche se délectera dans son lit. 11 suffit pour cela de démonter le lialancier et de le bien cacher. Il faudra cin([ ii six jours à l'Iiorloijer ]>our en refaire un autre. — Mais, mon cher Henri, ton projet est celui d'Aui;uslc a (|uelque chose près. — • Oui, mais c'est son ]>rojct médité , raisonné , perfectionné. Mon père a inventé une machine propre .1 élever l'eau à une hauteur considérahic, et il a eu soin de prendre un brevet d'invention ; un autre a chan|;é ((ucliiue chose à sa machine, et il a pris un hillet de ]ierfectionnement : il parait qu'on donne des brevets à ipiiconquc veut les ]>ayer. Il résulte de lii que mon père ne vend plus rien , et ipie l'autre vend beaucoup. Donc le perfectionnement est au-dessus de rinvenlion. — Je n'ai rien à répondre à cela. " C'est ainsi qu'on raisonne k onze ans, et l'on craint de se laisser conduire!
Os petits messieurs s'occupèrent ii rëi|lcr les détails d'exécution de leur projet. .V trois heures le jardinier i;oùte et dort dans sa loge. Elle est entourée de cerisiers qui ilérobcnt à sa vue le reste du jardin. Kdmonil feindra certain besoin , et sortira de la classe. Henri portera son mouchoir ii sa ligure, et du jus de cerises, qu'il y aura mis d'avance, persuadera le proie seur qu'il est pris il'un saignement de nez.. Il sortira de son côté et ils se réiinironl près de l'horloge, dont un seul ne pourrait décrocher le balancier.
" C est très-bien, Henri; maisque ferons-nous de ce balancier? — ÎSous le porterons dans le jardin , dont la porte est ouverte ii cette heure, et nous l'enfouirons., oii nous pourrons. " C'était en cfl'et à trois heures que le jardinier portait ;i la cuisine la provision de légumes ilu lendemain.
Le lendemain l'horloge sonne trois heures, et voilii mes espiègles en monvenicnl. Ils se joignent au lieu indiqué ; ils vont opérer... On ne prévoit pas tout à cet âge. Ils ouljlient que si l'horloge ne sonne pas quatre heures et les suivantes, on ira en rechercher la cause, et que leur projet échouera. Ils enlèvent le balancier, ils le portent, en haletant, dans le jardin, l'as une pioche, jws une bêche ne se trouvent sous leur main pour faire un trou, ils se plaignent de ce contre-temps, et ils ne songent pas que la terre, fraichcincnt remuée, décèlerait, sinon les cspiè|;lcs, du moins l'espièglerie. Fatigués, excédés, ils traînent le balancier jusqu'au pied de la couche aux melons. Ils creusent avec leurs mains à sa base; ils introduisent le balancier en travers, replacent tant bien que mal le fumier qu'ils ont dérangé , vont se laver les mains ii la pièce d'eau, et relourncnt en classe enchantés de ce qu'ils viennent de faire.
Sans doute il y av;iil de la prévoyance à s'être décrassé les mains ; mais le professeur avait remanpié que l'absence des deux coupables avait dépassé de beaucoup les besoins qu'ils avaient prétextés. H leur donna ii chacun, non des férules, qui eussent tout terminé en un instant , mais un pensii/ii (pii devait les occuper peuilaiit la récréation du soir, et qu'ils se promirent bien de faire gaiement en pensant aux événements delà matinée du lendemain. Uobertcùt pensé encore que .M. de Làtre voulait (juc les récréations tournassent au profit de la santé des élèves, et non qu'ils les passassent à faire des pciisum. Jusque-la le professeur de septième n'avait aucun soupçon de ce qui s'était passé.
Mais le jardinier, en reloiirnant ii son ouvrage, avait passé devant la couche aux melons ; il avait remariiué que la base avait perdu son apparence de vétusté , que du fumier avait été éparpillé à droite et il gauche: il conclut de l.'i, très-savaniiuent, que (juelque chat, quelque chien venait de gratter autour de sa couche.
Il va prendre un râteau , il essaye de repousser ii leur place des parcelles de fumier que ces messieurs n'ont pas pris le tcmiis de rassembler toutes ; le dos du râteau éprouve une résistance à laquelle le jardinier ne pouvait s'attendre. Il frappe, il frappe plus fort, et la lentille ilii balancier rend un son sourd, mais sensible. Il travaille a .1011 tour du râteau et des mains , il a bientôt déterré ce balancier que de faibles enfaiils n'avaient pu enfoncer au delà de cinq à six pouces. Il le charge sur son épaule, et s'en va droit trouver .M. le censeur.
Le délit était constant; mais comment découvrir les coupables? La sagacité de M. le censeur fut, pendanl qiiehpies minutes, embarrassée, et par conséipient insuDisante. (^ejiendant le jardinier assurait qac la faute n'avait pu être commise que depuis trois heures. (Jii était en classe alors, et on y était encore, (|uoiiju'il lïit (|uatre heures et un quart, parce que l'horloge ne sonnait |ilus.
Il n'était jias présumable ipi'iin tour de cette espèce eût été joué
par des enfants. M. le censeur va s'informer, en philosophie, en rhétorique, quels sont les écoliers qui ont demandé à sortir vers trois, heures. ()u jiersonne n'était sorli , ou l'absence n'avait pas été assez longue pour i|u'oii put exécuter ce méfait.
Toujours précédé du jardinier, (|ui iiortait sur son épaule la pièce de conviction, M. le censeur, ii mesure qu'il entre dans une classe, cherche à démêler, sur les ligures, du trouble, de la crainte. Les écoliers rient de tout, et la figure grotesque du jiirdinier était propre il exciter l'hilarité générale. Aussi le censeur ne remarqua sur toutes ces i)hysionomies ([uc l'expression de la gaieté.
Il sortait de la sixième, et il balaniait a entrer dans la septième : quelle apparence, en elTcl, de trouver les coupables dans une réunion d'enfants aussi jeunes? Cependant il n'est pas de faute qui ne porte avec elle sa punition, comme l'a fort bien fait observer Robert il Edmond. Le censeur, poussé peut-être par un instinct indéfinissable, peut-être aussi par le désir de ne pas laisser sa tournée incomplète, le censeur entre dans la sciitième... Henri et Edmohd rougissent jusqu'au blanc des yeux , et ils sont précisément en face de M. le censeur, qui s'approche d'eux, et examine leurs mains. Elles avaient été lavées ; mais l'eau verdàtre y avait laissé une teinte légère, qui n'échappa point ii un œil exercé et scrutateur. Le professeur rappela la longue absence des deux coupables. Cependant, on n'avait contre eux (jue des présomptions, et le censeur craignit de leur faire ajouter le mensonge ii un délit dont ils étaient vraisemblablement les auteurs, mais dont il n'avait pas de preuves suffisantes. Or le mensonge dégrade l'homme; et le ]iroviscuret ses officiers tendaient à former des êtres qui pussent s'estimer eux-mêmes, afin (]u'ils fussent fondés ii prétendre un jour ii l'estime de leurs concitoyens. Le censeur réfléchissait profondément.,. Mais la nature départ ses dons avec une sorte d'égalité ; la pénétration, le jugement se trouvent souvent dans un individu habitué à ne manier qu'une bêche, comme chez celui qui se sert habilement d'une plume. Etudions les hommes, sans égard ii l'habit qui les couvre, et nous apprendrons à l'aire à chacun la part qui lui appartient. « Parbleu! s'écria le jardinier, si ce sont eux qui ont fait le coup, il doit rester du fumier il la semelle de leurs souliers. — Levez les pieds, u dit le censeur éclairé par cette heureuse idée, et les deux enfants sont convaincus.
La bonté de caractère de Henri, son équité naturelle se manifestèrent dans cette occasion. « Je suis le seul coupable, monsieur le censeur; c'est moi qui ai conçu le projet, et ipii ai pressé Edmond de m'aider à l'exécuter. Je dois être seul puni. » (!e trait de franchise et de dévouement désarma le censeur. Cependant il fallait un exemple ]>ropie ii contenir les mauvaises têtes ; et il prononça que l'inventeur du délit serait huit jours en prison, et que celui qui avait contribué ii l'exécuter ne serait détenu que pendant quatre.
Le Iciulemain matin, Edmond trouva, sous la porte de sa prison, ce billet de i'.obert : « Tu t'es toujours très-bien trouvé de suivre mes conseils, et très-mal de t'être laissé cutrainer par ceux des autres. Je te supplie, mon cher Edmond, de me consulter avant que de céder il des séductions toujours dangereuses. Ecris, si tu en as les moyens, .i tes parents, et tâche de faire ta paix avec eux. » Il n'avait rien de ce qu'il faut pour écrire. Mais il pleura en lisant le billet de son ami. Il avait donc un cœur sensible, et ces cœurs-lii olïrcnt toujours de grandes ressources; mais trop souvent l'étourderie , l'irréflexion en empêchent les heureux résultats. Enfants, défiez-vous toujours de vous-mêmes et, je vous le répète, sachez choisir vos amis.
C'était le second dimanche du mois; ;i la lin de la ])remière quinzaine Edmond était retenu à rinfirmcric , et cette fois il était en prison. Que va penser, que dira sa mère ? Cette idée lui tira de nouvelles larmes. Il fit demander IM. le censeur, qui se rendit aussitôt à son invitation. Edmond le supplia de lui envoyer ce qu'il fallait pour écrire ii sa mère. Il n'attendit pas longtemps.
Sa lettre fut longue, assez mal tournée ; mais elle exprimait un repentir sincère, et la ferme résolution de se bien conduire ii l'avenir. Le censeur vint la prendre lui-même , il embrassa tendrement Edmond ; mais il lui dit : « Vous ferez vos quatre jours de prison. »
.Mesdames Robert et du Perron attendaient à la porte. Le censeur leur présenta Uoberl d'une main, et de l'autre la lettre d'Edmond. Sa mère s'attendrit en la lisant, et demanda la grâce du coupable. Le censeur lui lit aisément comprendre <pie le maintien de l'ordre exigeait ([u'il fùl sévère , et il ajouta , en souriant, ([ue quatre jours sont bientôt passés. Robert ne pouvait donner des consolations a sou ami, el il suivit sa mère.
M. du l'crron se plaignit amèreiuent de la conduite de son fils ; sa femme lui présenta la lettre du jietit ))risonnier, et à mesure qu'il lisait il se sentait désarmé. Il finit par s'attendrira son tour. « Hé! ventrebleu ! s'écria le colonel, vous êtes tous deux aussi enfants que votre fils. (^>uatre jours de prison, voyez la grande affaire ! Si un tambour de mon régiment eût caché la canne de son tambour-major, je l'eusse tenu trois mois au cachot. — Mais, colonel, admettez donc des dilVérences. — Madame, il n'y en a que relativement à l'âge; et c'est par lii seulement qu'il faut juger de rimportaiiee de la punition. Empêcher de sonner l'horloge qui avertit les écoliers de ce qu'ils ont il faire, et mettre un tamiiour-major dans l'imiiuissance de faire
CONTES A MON PETIT-FILS
bail
lire le ia|«ii«l, .|u;iml le bien du serviee l'exiiïr, t'est la même chose s .loin ci'it.*. Diiioiis, mes amis, et diiioiis j;aiemeiil. C'est ee que nous avons île mieiiv à l'aire... A iiropos, Hubert, iiuelle plaee as-tu? — Mdii ami, n|ioiid avec empressement la lionne mère, il est le premier depuis un mois. — C'est fort bien, mon bis, reprend le colonel, continue. "
M. du Perron Wlicila le colonel sur les succès brillants qu'cditenait son bis ilans ses classes. 11 lui demanda ensuite ce ([u'il se (iroposait de l'aire de lui, quand il aurait terminé ses itudis. ■ Ma loi 1 je n'en sais rien. On ne (iciit penser à servir maintenant. Il n'y a d'avancement (|ue pour les marquis, ou pour des olbciiMS qui se déclarent les soutiens ilu despotisme. On nous j conduit par dciïrcs, lents, j'en conviens, mais sensibles pour ccn\ qui obscrveni, et (pii l'ont des rapprochements. — .Mon cher colonel, il reste encore la chirnrijie, la médecine, la jurisprinlciice pour les jeunes ijens qui ne savent que du latin et du i;rec. Je n'imagine pas que vous vouliez faire un prêtre de Robert, quoique le métier soit bon aujourd'hui. — Très-bon pour eeu\ qui l'cvcrcent ; mais nuisible à la société, et je veuv que mon fils ne nuise à personne.
■• I.a religion est respectable, elle est utile, tant (pie ses ministres en bornent la pratique à la simplicité évanijéliiiue. (Juand ils vont au delà, il n'y a jilus île reli!;ioii ; il n'y a plus ([u'uii cleri;c, et voilà où nous en sommes aujouril'hui.
u Etre prêtre , avide d'or et de jilaces, tout cela est sMionymc. l.e sacerdoce marche à jjrands pas vers la puissance. Oéjii il a subjii|;ué la cour, qu'il a soumise ii des pratiipics minutieuses, et par conséquent ridicules. Le prince s'imaijinc, en donnant l'exeniple, entraîner toute une nation. Ilciétons jiuur régner , tel est le i;rand avioine des prêtres et des rois. Le nôtre ne sent pas qu'il se soumet .i ceux de qui il tiendra l'autorité absolue, et qu'un peuple fanatisé lèvera le poignard sur lui, s'il sort de la ligne (jui lui est tracée.
>i Robert, sois bon chrétien; observe les comniandemcnlsde l'Eglise, puisque tu es calholi(]ue ; qu'ils soient ta charte; et si ton confesseur veut te l'aire aller au delà , ne l'écoulé jias. »
A l'appui de ce que le colonel venait de dire de raisonnable, on cita un proviseur de collège, qui était nouvellement destitué, parce qu'il n'était pas assez dévot. Un jésuite l'élait allé trouver, et lui avait uiiclleusemeiit représenté que l'éducation religieuse de ses élèves était fort incomplète. « Mon père, répondit le proviseur, ils font leur prière le matin et le soir, ils vont à la messe tous les jours et à confesse une fois tous les mois, il me semble que c'est assez. — Ah ! il vous semble, monsieur! il vous semble! \ ous êtes loin du but vers lequel vous devez tendre. » Le jésuite lui indiqua beaucoup de jiratiques qui devaient prendre une grande partie de la journée. Il lui remit une longue liste d'ouvrages mystiques, propres à éteindre l'intelligence des enfants, et cependant à exaller leur imagination. Or ces livres sont composés par des jésuites.
n Monsieur, répondit avec feriuelé le proviseur , les parents me confient leurs enfants pour que j'en fasse des hommes, et non des imbéciles et des cagots. Je ne changerai rien au genre iréducation qu'ils reçoivent ici. » Le proviseur l'ut dénoncé le jour même par le jésuite; le lendemain il était destitué, et remplacé par son dénonciateur.
• Si nos enfants étaient dans ce coIlége-là , s'écrièrent h la fois le colonel et M. du Perron, nous les en retirerions à l'instant, u
La probité evige qu'on paye ses dettes, et le colonel avait rendu à M. du Perron les deuv mille francs qu'il lui avait prêtés pour la l'orme : le remboursement dépendait des hasards de la guerre, et ensuite des facultés pécuniaires qu'aurait l'emprunteur. U'après cela, il est clair que M. du Perron avait donné et qu'il n'avait parle d'un prêt que pour ménager l'amour-propre de son ami. La délicatesse va plus loin que la probité.
Madame Robert était devenue nécessaire .i madame du Perron et son mari s'arrangeait à merveille de la franchise et de la gaieté du colonel. La dépense de la maison était augmentée, sans doute ; mais pas assez pour gèncr ^1. du Perron. D'ailleurs il n'avait pas de passions, et il considérait comme donné à ses plaisirs ce ([u'il sacriliait à l'amitié. Le colonel ne voyait pas ainsi : il était délicat.
'I Monsieur, dit-il à du Perron lorsqu'on se leva de table, j'ai trois mille francs de revenu, et je n'entends pas être à charge à mes amis.
— Croyez-vous, mon cher colonel, que cela soit possible ' — Il n'est pas question ici de possibilité, mais de ce qui doit être. Je vous donnerai deux mille francs par an , pour ma femme et pour moi. Il nous en restera mille pour notre entretien , et c'est assez. — Mais, mon ami... — Pas de mais, s'il vous plait. Les choses iront ainsi , ou demain nous nous relirons. Choisissez. — ^ ous êtes pressant, colonel.
— Oui ou non, décidez-vous à l'instant. — En vérité, je ne sais
— Oui ou non, vous dis-je. — Je ne peuv me décider à vous perdre.
— Ainsi vous acceptez. 11 me reste deu\ mille francs dont je ne sais que faire. Les voila ; prenez-les pour la première année, et qu'il ne soit plus question de cela. »
t^uc pouvait faire M. du Perron ? Mettre les deux mille francs dans son portefeuille, et c'est ce qu'il fit. Retournons au collège.
Les petits prisonniers étaient sortis de leur triste demeure. Robert s'était hâté de parler raison à son ami. Ses remontrances n'étaient
pas nécessaires, du moins dans ee moment-là : la prison avait produit son elVet. D'ailleurs, le proviseur avait parlé avec fermeté aux deuv étourdis. .Sa harangue ne fut pas longue : « Prima gratis, se- Citmla drliil, lirlia sutvet. Entendez-vous ce latin-là, messieurs de la septième:' Il signifie qu'à la première sotli-e que vtms vous permettrez , vous serez chassés du collège. »
.. Chassés! dit en soupirant Henri à Edmond, quelle honte pour „„us! — .Ma mère en mourrait di' chagrin. — El la mienne! — Et puis à quel autre ccdiége nous présenter, sans un eertib.al favorable du proviseur de celui-ci ' — Mon ami, notre éducati.ni serait maii-
Muée îans retour. — Henri, prenons une bonne résolution, cite is-j
irrévocablement. — Tu as raison, mon ami ; travaillons avec ardeur : c'est le seul moven que nous ayons de faire oublier nos fredaines. »
Ils travaillèrent si bien, qu'ils furent constamment les premier et second de leur classe. Le bon U.d.crt était heureux, il l'élait au delà de toute expression ! il aimait tant son Edmond !
C'était, nous l'avons dit, je crois, un garçon Irès-reneehi que Hubert. Il savait que ses parents étaient à leur aise; il savait aussi (|uc la pension de son père devait s'éteindre avec lui , et il ne se mettait jamais à l'ouvrai'C sans penser à sa mère. Il voulait absolument lairc deux classes par'année, et à la lin de celle-ci il enleva tous les premiers prix. Edmond et Henri en oblmrent chacun deux. Les réunions des ilimanches de r|uinzaine étaient autant de peliles fêles.
., \(.is lu, disait Henri à Edmond, quel est le Irnit d'une bonne conduite ' ^os parcnis nous aiment, nous le prouvent ; -M. le proviseur lui-même semble avoir oublié nos fredaines. Persévérons, mon
ami. )' , , ■ 1) 1 .
Robert, Edmond et Henri furent désignes les premiers, Robert pour mouler en troisième, les deux autres en sixième.
On entrail en vacances. Robert voulut les passer au collège. Lu maître d'étude, ((ui l'avait pris en alYection , promit de le faire travailler et tint sa parcde. Edmond et Henri étaient chez leurs parents, et ils s'amusaient... ah ! c'était une chose a voir. Madame du Perron trouvait cela fort juste; elle répondait à son mari, qui voulait que l'cnlant lravaiil.it deux heures par jour, que lor.s<iu'on avait remporté deux prix on méritait de jouir de ses vacances.
.Mais pendant qu'elles durèrent, avec quel empressement le studieux Robert se rendait aux réunions de la quinzaine! il comblait ses parents de marques d'alïeetion, il était respectueux et amical avec M et madame du Perron, et il jouait avec Edmond. H jouait! Il est vrai nue son ami avait une collection de joujoux de choix , que sa mère avait grand soin d'augmenter toutes les fois que son his allait au delà de ce qu'elle attendait de lui. Ces jolies choses n'éblouissaient pas Robert il ne désirait rien de ces brillantes bagatelles; mais il trouvait tout simple qu'on s'en servit, quand on les avait sous sa main Ouand il était rentré au collège, il oubliait tout cela ; et quand il re.-ar\lait les .a-ns au-dessus de lui, quand leur luxe tixait son attention, il baissait aussitôt les yeux, et se disait : 11 faut savoir se passer de ce qu'on ne peut avoir.
Quand un désir insensé commençait a se manifester, il s arrêtait devant de petits malheureux qui jouaient dans la boue et dont la mise atlestait la misère; il trouvait, avec raison, son sort fort audessus du leur, et il concluait de ce qu'il voyait que pour être satisfait de sa position il faut toujours regarder en bas.
En effet si ceux dont la splendeur nous étonne paraissent tlig'ncs d'envie n'e doit-on pas penser que s'ils regardaient tous au-dessus d'eux et de proche en proche jusqu'au trône, le monde ne serait peuplé que d'envieux.' Et cette maladie est la mère de l'cgoisme. Or mi'est-cc qu'un égoïste:' C'est un èlre qui rapporte tout a lui seul, qui n'a aucune de ces qualités .lont se compose le chaînon qui lie, les uns aux autres , tous les membres de la société.
11 ne faut pas conclure de ce que je dis de Robert qu il fut un enfant parfait : aucune créature ne l'est. Nos forces physiques ont leurs bornes notre intelligence et loules les qualités qui en dérivent ont aussi les leurs. Robert était lier de ses succès , il aimait a faire sentir sa supériorité à des condisciples plus âgés et qu il laissait om derrière lui ; aucbiuefois il se permettait de donner des conseils ;i ceux oui ne lui en demandaient pas; si, par hasard , un maître d étude se trompait en corrigeant ses .levoirs, un rire moqueur agitait légèrement ses lèvres; clin Robert était un orsueilleux.
Sa raison était plus développée que celle des entants de son .ige, il sentait le tort que ce défaut pourrait lui faire plus tard; et c est pour revenir à des sentiments de modération et d'egalite qu il s arrêtait devant de petits malheureux en allant du collège chez M. du Perron ou lorsqu'il retournait a Louis le Grand. Quand il était trop mécontent de lui , il jouait quelques instants avec eux : c est la peni- "ênce qu'il s'inlligeaiL 11 ne leur donnait rien, parce qu'il n avait
"•^i; sZimënr s; mère ou madame du Perron P"-»--»-"qu'il se conduisit ainsi' La maxime de tous ceux qui ont de 1 a sance et qu'il faut vivre avec ses égaux, et cette manière de voir n est pas dWonnable : la grande famille dont se compose un royaume est n" sa ee,,; divisée en plusieurs classes; la subordination dont dépe d le maintien de l'ordre exige que chacun reste dans la sienne, le vais répondre à la question que je viens de me proposer.
CONTES A MON PKTJT-FILS
Uoherl avait dans son cnllrijc une ri'piilalion do safjosso, si liien Tailc cl si bien luorili'c, qu'on n'ctiijeait pas qu'on vint le prendre, i|uc>i>(u'il eût à peine douze ans. Il était le seul élève île son ài;e qui jouit de cette préro|;ative , et la conliance absolue que lui accordaient ses maîtres était son plus liel élo<;e.
Hubert avait moins travaillé pendant les vacances (jiie dans ses classes. Cependant il avait l'ail des proj;rès sensibles, et la rentrée fut brillante pour lui. Il se trouva d'abord au centre de la troisième, ei il pouvait se conlenter de cet avanlai;e. Son on;ucil blessé reijardait avec envie cetiv qui ét.iient assis au\ bancs supérieurs. Il se promit bien de les laisser bientôt derrière lui.
I^dmonil et Henri avaient joué p>Midanl près de deux mois. ^lOnsculcmenl on n'apprend rien en jouant , mais on oublie quelque chose de ce qu'on Siiit. I.cs deus espiègles se trouvèrent à la queue de la sivièiiie.
De nouvelles folies se pr<^scntaicnt souvent à leur imai;ination , et ils ne manquaient jamais de se les confier. Mais l'un répétait toujours à l'julre ces mois terribles du proviseur : cha^séss du callége ! Et ils combattaient la tentation, cl ils la surmoulaicnt : avec une volonté forte on fait ce cju'ou doit.
Ils travaillèri'nt avec ardeur, et leur professeur seconda leurs efforts. .\ clia<|iie composition ils gagnaient quelques places et ils s'applaudissaient de leur bonne conduite.
Il> furent soutenus dans la roule qu'ils s'étaient traci'c par re\])nlsioii publique el liumiliaiite d'.\iii;usle. Il mit encore en avant nu de ses camarades, qui, moins délicat qu'Edmond , déclara qu'il avait clé entraîné pir lui. Le proviseur revint sur la corde de la cloche coupée el sur i|uclques fautes graves commises précédemmeiil. On avait soupçonné .Vugusle; mais on n'avait pas eu de preuves contre lu'. I.c proviseur appela , l'un après l'autre, les élève; qui avaient élé ] uni-i. il les pria, il les pressa de parler. Il leur rcpréscnla qu'il élail de l'intérêt j;énéral de dénoncer un hypocrite qui compromettait successivement tous ses condisciples. Le voile qui avait longtemps couvert la vérité, fut décbiré eulin.
Pendant la récréalion de midi , celte cloclie , qu'Au(;uste avait voulu réduire au silence, rassembla tous les élèves au milieu de la cour. On les mil en rang, et dcuv domestiques amenèrent Auguste an milieu du carré. Le proviseur prononça à haute voix ces paroles terrifiantes : « Elèves du collège Louis le Grand , Auguste le Tourneur cesse d'être votre camarade, s'en étant rendu indigne par son inf.ime conduite. « Les deux domestiques le dépouillèrent de son babil d'uniforme el le revèlircnt d'une redingote grise. On le mit dans un l'iacre el ou le conduisit chez ses parents.
Celte scène de terreur frappa tous les esprils. Pendant le reste île la récréation , pas de gaieié , pas de jeux , pas même de conversation. (Chacun se prouienait isolénienl et médilait profoiulémeiit sur ce qui venait de se passer. Robert seul paraissait radieux. Il cherche , il trouve Edmond; il le presse dans ses bras et l'embrasse avec tendresse, avec une clïiision qui partait du fond de son cieur. « Me voilà tranquille cnriii. Je ne cessais de craindre que le vil hypocrite ne t'enlaçât encore dans ses filcls. Dieu merci , il n'est plus .n craindre pour toi. Mon ami, que la scène terrible dont tu viens d'être témoin soit toujours présente à tes yeux! »
On prétend (]uc lorsqu'un moine trappiste en rencontre un autre il lui dit : 11 faut mourir, frère; cl que l'autre lui répond : Frère , il faut mourir. Pendant plus d'un mois, lorsque Henri et Edmond se réunissaient ii la récréalion, le premier disait d'une voi\ sombre: Aur/uile le Tourneur esse J'iUre voire ramanuli' ; le second .ijoutait : s'en étant rendu indigne [jar soi! infdme conduili-.
Ces mots éiaient une espèce de talisman qui agissait avec force sur leur imagination. Peu à peu la gaieté naturelle à leur âge repreniil son empire , et la balle et h corde faisaient tout oublier. Mais eu retournant ii l'étude, en rentrant en classe, on prononçait .à xoix basse les paroles magiques, et on ne se pcrmcllait pas là moindre négligence. Celle bonne conduite produisit ses fruils. Edmond et Henri étaient a la tête de leur classe au milieu de l'année scolastiquc. Dis longtemps Hobcrt était en possession de la première place dans tous leï genres de composition.
Ses camarades se trouvèrent, il son égard, dans la position où il avait mis ses condisciples de cinquième. Ils murmurèrent d'abord, et ils décidèrent d'appeler premier celui qui obtiendrait la seconde [dacc. Cette singularité fut remar(|uér par les niaitres. lis en cherciièrenl la cause, et le résultat de leurs déiuarches lut <lc faire passer Robert en seconde. Son orgueil fui flatté d'une distinction qu'il obtenait seul, cl qui avait lieu pour la seconde fois.
Cependant il était certain d'enlever tous les premiers prix en troisii'ine, et cet orgueil voulait qu'il en remportât quelques-uns en seconde. Sou ardeur pour le travail redoulda ; mais sa santé ne suffit pas a ses elïorls. Il tomba malade, et plus sérieusement que la première fois. Sa mère, son père venaient le voir souvent, el il se plaignait à eux dr la perte d'un temps précieux. Aons verrons à la lin de l'année comnicnl tournèrent les événeiucnls.
Jeunes enfants , les bonnes impressions durent peu ii votre âge, si on n'a le plus grand soin de les entretenir. Les mauvaises se soutiennent cher, ceux qui se conduisent mal, parce qu'une faute en
amène une nouvelle. Au bout de c|uelques mois, Henri et Edmond ax'aiont oublié les terribles paroles du proviseur. Plus de réllexions utiles, plus de ces encouragemenis niuluels auxquels ils avaient dû des succès, l.'éloiirderie qui leur était naturelle se manifesla avec une force pro|)orli(>iinéc à la longue résistance qu'ils lui avaient opposée.
Edmond était friand, très-friand même, et le réfccloire ne lui présentait rien ([ui piquât sa sensualilé. La corlieille de la marchande à qui l'entiéede la cour était permise au moment du déjeuner, était garnie de choses saines et simples qu'Edmond et Henri dédaignaient très-souvent. A leur entrée en sixième leurs parents avaient augmenté leur ))etit revenu d'un tiers. Ils taisaient liourse commune, et ils ii'e!i tiraient guère ([uc ce qu'il fallait piuir payer un ballon , une corde il sauter ou un volant. Ainsi ils étaient riches , relativement à leur position.
Quand on allait ii la promenade ils mettaient quelques sous dans leni' poche, et ils les distribuaient à des pauvres infirmes; ce qui diminuait très-peu leur petit trésor.
Mais qui les portail à préférer des estropiés à des enfants qui I arais.saient aussi misérables, et avec qui le rapport d'âge semblait devoir établir une sorte de sym])alhie ? Le professeur de sixième, lioiunic il'uu sens droit, leur avait appris que des enfants accoutumés à mendier deviennent toujours des fainéants, et qu'un fainéant est un fardeau pour la société.
Cependant, en liuigeant les rues qui conduisent au Luxembourg ou aux boulevards iVeufs la troupejoyeuse passait devant des marchandes qui étalaient les ]ilus beaux fruits. Henri et Eilmond les conx'oitaient en passant, parce qu'il était expressément déf Mulii de sortir des rangs jusqu'à ce qu'on fût rendu 'hux lieux où on allait se livrer à des jeux d'exercice. 11 était donc inutile que les deux amis prissent de l'argent avant de sortir du collège.
Tous les malins le jardinier portait à M. le proviseur un panier de superbes fraises ; quelquefois il passait près d'Edmond et de Henri, qui jetaient un coup d'oeil d'envie sur le jianier tentateur. « (^u'il est heureux, monsieur le proviseur, de mangerdes fraises tous les jours !
— .\ous n'en avons que tous les quinze jours chez nos parents ! — Mais es(-il impossible de nous en procurer plus souvent ?» Celte dernière phrase annonce une tentation forte. Toute tentation bien prononcée ressemble à nue pente douce, sur laquelle il est agréable de se laisser glisser; on ne s'occupe pas de ce qui est au bas, et c'est un grand mal. Il Mon clier Edmond, il faut absolument que nous mangions des fraises ! — Oh ! oui, mon cher Henri ! — Mais comment nous y prendrons-nous? — Je n'en sais rien. — ]\i moi. »
Leur bon génie Robert était détenu à l'infirmerie , un mot de lui eût suffi peut-être pour éleinilre le désir des fraises ; mais ce malheureux panier qui tous les matins tentait nos étourdis, était leur mauvais génie.
Un certain jour le jardinier oublia de fermer derrière lui la porte du jarilin. Une grande partie de barres était engagée dans la cour, et chacun était tout à son jeu. L'occasion était favorable et dangereuse. \os deux étourdis, au lieu de se parler, de réfléchir, se bornent à se faire un signe très-significatif, et en quatre sauts les voilà dans le jardin.
Ils en connaissaient tous les détours depuis l'aventure du balancier de l'iiorloge, ils vont droit au carré de fraises. Il était bordé de groscilILrs, sous lesquels nos maraudeurs se couchent; et ils travaillent avec ardeur, sans relâche, à satisfaire leur gourmandise.
Ils commençaient à être rassasiés et ils étaient persuadés qu'ils sortiraient du jardin comme ils y étaient entrés , tout h coup ils enlendent donner un double tour de c'.cf à la porte... Les voilà stupéfaits, anéantis. Ils se rappellent, mais trop tard, les paroles terrifiantes du proviseur, et une sueur froide coule de tous leurs membres.
" Non, on ne nous dépouillera pas publiquement de notre habit!
— Aon, nous ne serons pas chassés, déshonorés ! — >ous fuirons ! — Où ? — filiez nos parents ? — Aussi sévères que le proviseur il nous banniraient de chez eux! » Cruels enfants, vous doutez de votre père, et surtout de votre mère ! Si vous êtes pères à votre tour, vous sentirez dans votre cteur une source invpuisable d'amour; et si comme vous vos enfants ont le malheur d'en abuser, vous vous rendrez aux accents du repentir. De tels raisonnements étaient aw-dessus de l'âge d'Edmond el de Henri.
n Si du ir.oins nous avions pris notre argent avant de nous exposer ainsi ! »
Ces pelits malheureux n'ax-aicnt pas un sou dans leur poche.
Cependant le jardinier travaillait de dinVrents côtés en chantant la chansonnette : les coupables suivaient tous ses mouvements, et ils se traînaient sur le ventre pour chercher un nouvel asile qui les dérobât à ses regards : le bonhomme était loin de penser à eux.
Rientût le son de la cloche ajipelle les élèves eu classe. « On va s'apercevoir de notre absence, nous sommes perdus ! — Perdus sans retour! — Mais si nous rentrions dans la cour à l'heure où le jardinier porte ses légumes à la cuisine ? — Nous ne sommes pas en classe, i'elTel est produit, nous sommes perdus ! — "\ ois-tu se renouveler la scène d'infamie que nous a donnée Auguste? — Comment n'est-il pas mort sur la place ! — Je sens que j'y mourrais ! — Et moi aussi ! «
CONTKS A MON IM Tl T-K I I..S.
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llrlas ! poiiniiioi i(lU' tTiiiiilc »aliil;iiri' ne les .i-t-clle pii» ctlairc» plus tôt !
.1 ^(>lls l'iiiroiis, nous riiiroiis ! — Il If faut iiôci'ssalreiiiciit. — Mnlt |Mr où, iiuiis coin meut, nous sommes cnldun's Je murailles élevées-* » l-^ii elianutant ediiliiiuellemciil de ijenie île lnviiil le jaKlinier les avait poussés jusqu'il un Ins eiinsitlérable de l'uiuier, derrière le(|uel ils se eaelièrent.
(.'e Ins de fumier était prèa d'une porte elmrrctiùre (|ui donnait ilans une ruelle parallèle à la rue Saint-. Iae(|iu's. I.lle ne s'ouvjail (|ue pour recevoir les eliarretles qui apportaient l'entrais au collé|;o, et en ee luoment elle élait e\aelenient lerinée. ,Mais à (|ueli|ues pas de la était une lonifue échelle plantée contre le mur : les deux enfants se regarilenl en riant <le ee rire maeliinal (|ui annonce la démence ou le désespoir. O'est de celui-là, nous ilil-oii , ipio rit l'anije des ténèbre» quiiml il a fait pécher rinin)Cencc. '< A trois heures le jardinier dort. — A trois heures nous escaladerons ce mur. — In cordeau attaché au haut de réclielle nous aidera ii descendre dans hi ruelle. — JNous prendrons et lui dont le jarilinier vient de se servir tout a l'heure pont tracer nu allipicmcnt. — Nous sortirons de l'uris ; quand nous serons dans la eampai;ne, nous loiuherons ii ijeuouv... — lût nous prierons Dieu d'avoir pitié de nous ! u
Fort hrnretisi'nient pour eiii ils avaient dans leur poclie le morceau de pain du déjeuner, et il cet âye le désespoir n'('>te pas tinijuiirs l'apju'tit. D'ailleurs il y avait loin de lii a (rois hcuies , le Icuips est long (|uand on est péniblement atlcclé, et maiij;er c'est se uisirairc, au nn)ins pour nu moment. A leur fru|;al repas succéda un accablement pnd'oml.
Ils se reyardaieiil sans se parler, comme le font des malheureux <iuc l'approche du supplice terrifie et abat. J\'est-ce jias en cIVet un siipl)liee que de franchir Ifs murs de cette ]>aisiblc enceinte pour s'cloi- ,i;ncr des meilleurs parents, pour se jeter dans un nu)ndc inconnu, où ils lie trouveront peut-cire aucune ressource?... Nous l'avez voulu, malhcureuv enfanis !
Ils comptaient les minutes, et le bruit d'une feuille morte (|uc le vent faisait rouler auprès d'cuï les faisait frissouucr. Le sou de la cloche en leur indiquant l'heure les rappelait oii ils devaient être et oii ils ne pouvaient plus arriver. Ils reprenaient inlériciirement cette maison de travail, de subordinaliou et de plaisir dont ils ne sentaient plus que les afjréinenls : un];rainl mal éteint la sensalion d'un moindre, et le collé|;e Louis le ("iraïul ne leur paraissait i)lus qu'un lieu de délices. C'est ainsi qu'Adam et Kve chassés du paradis terrestre oubliaient les orties et les ehanluus qui leur avaient piqué les pieds et les jambes ; car tout sur noire terre, même un paradis terrestre , olVre un mélange de liien et de mal.
Trois heures sonnent enfin. Les deux coupables se lèvent et regardent autour d'eux. Ils voient le jardinier entrer dans sa loge un ehilVon de pain dans une main et une bouteille dans l'autre. Ils eouimcnccnt à retrouver des idées et à se les communiquer. Ils conviennent d'altcndre qu'il ait pu goùler et s'endormir. Attendre, toujours attendre, quand on est sur des charbons anlents !
Enfin ils se mettent en marche. Ils vont prendre le cordeau (jui doit favoriser leur évasion. Us luontent au haut <le l'échelle, et ils attachent la corde au dernier échchui. Kdniond enfourche le mur et se laisse glisser dans la ruelle ; la rapidité de sa chute lui écorchc et lui brûle l'intérieur des mains.
" Oh ! oh ! dit nu savelier dont la bouticpie était eu face, voilii un singulier chemin que prend cet enfant pour aller faire l'école buissonnière !... Ali diable ! eu voilii un second ! Tout le collège Louis le Grand va-l-il s'envoler par-dessus les murs ? »
Le savetier appelle le menuisier son voisin, et ils se mettent .i raisonner, u Oh ! ils vont faire un petit tour de ville. — Oui, et ils rentreront par la grande porte : celte route est jilus facile (|ue celle qu'ils viennent de choisir. — ^lais si nous les reconduisions au collège :' — Ce serait une bonne action.» Henri et Ldinond , un jicu étourdis de leur manière de voyager, se secouaient les oreilles , a ces mots ils prennent leur course. Et on court bien à cet âge-là, surtout quand on a peur.
" Ma foi, dit le savetier, qu'ils aillent oii ils voudront, je ne suis pas coureur, moi ! — Et puis nous n'avons pas la pratique du collège, qu'ils aillent où ils voudront ! »
Après avoir tourné quelques rues Henri et Edmond ralentirent leur marche, ]iarce (|u'il3 étaient hors il'haUine et qu'ils ne voulaient pas avoir l'air de fugitifs. Ils avançaient en causant, et ils se retournaient souvent pour s'assurer qu'on ne les suivit pas. « Une feronsnous quand nous serons dans les champs ^ — !\ous entrerons dans le premier village et nous demanderons ii dîner. — ^ous n'avons ])as de quoi le payer. — INons donnerons une leçon de lecture a la pelite fille... — Une leçon de latin au petit i;arçou. — l'.li mais, mon ami... — Qu'est-ce? — Pourquoi ne nous ferions-nous pas maitrcs d'école!'... Nous pouvons conduire nos écoliers jusqu'en sixiinie. — Et c'est beaucoup pour des paysans. — Et puis ce moyen de gagner notre vie est honorable. — Allons, allons, nous serons maitres d'école. I)
Ils arrivent à la barrière Saint-Laurent. De ee moment ils se croient libres. Fidèles h l'espèce de vœu qu'ils ont fait dans le jardin du
(•(diége, ils se mettent ii genoux, il* prient Dieu de leur être en aide, et surtout île leur faire avoir beaucoup d'éeuliers.
Comme ils finissaient leur prière arrive pre» d'eux un coiieou qui allait a .Saiiit-Dcnis : « Allons, mes pelils amis, j'.ii encore deux places sur mon sici;e, inoiiti-/. .. Ils étaient fatigués, mais ils savaient qu'un cocher vil de son métier, .c Hélas! inuiisieiir, iiimis n'avons paa le sou... — l'as le sou, i-l vous coure/, les chaïupsl Oii alle/.-xoiis donc
comme ea ? — ,\oiis allons nous faire maîtres il'école... <>|, i „!, i
honneur il la science, même hirs(|uc sa bourse est vide! Moiitei, mci enfants, et s'il ne se inésenle pas de lapins sur la roule je vous conduirai gralis jiis(|ii'a .•■ aiiit-l leiMs pour rjiiiour de la science.
— \ ois-tu, Henri, l'aiiinùnier du collège avait bien raison île nous dire qu'il est toujours bon de prier Dieu : il nous a eiivoxé une voilure.— S'il daignait aussi nous cnvoxcr des écoliers... — A diner d'abord, c'est le plus pressé, u
On riait beaucoup dans la voiture de la conversation des deux enfanis; mais rire n'est pas aider, l'.irmi les voyag'curs se trouvait une jeune mère, qui ne prenait aucune part a la gaieté générale. Mon lils a six ans, pcnsail-elle, le lenips n'est pas très-éli.igné oii il fera pciilelre aussi des cspiiglerics. (Jiie ne dnniicrais-je jias ii riioinme coiiipalissant ipil prendrait soin de lui!
En arrivant à .S,iini-| )cnis clic fil entrer l.dninncl et Henri chez un pâtissier, et diuina ii chacun d'eux une douzaine de lalmoiises. Elle allait leur faire un petit sermon sur leur fiiilc du collège et sur la néccssilé d'j retourner... haste! ils étaient déjà loin : ils couraient les rues de Saint-Denis leurs talmouses sous le Inas; ils les délachaitnt de la masse l'une après l'autre, et au bout d'un quart d'heure ils avaicnl recouvré l'usage de leurs deux mains : il ne restait plus rien de ce que leur avait ollèrl un cœur iiialernel.
En allant, en venani, ils fureiil frappés de l'aspect d'un ccriteau : lliiiili(jue et déjiendancta à hnter. « liien, c'est cela. — NUilà ce qu'il nous faut. Ilicii n'est plus coiiimode qu'un rcz-de-eli:ius-ée pour établir une école. — Et les uiaiircs se log'eronl dans les dépendances. — l.ii Irons. . — Entrons. »
Le propriétaire de la maison trouva fort plaisant que deux enfants xoiilii^-cnt louer sa Iiouliqiie. Il rit de tout son cour (|uand il les enleudit parler d'aller coiiiinander à un menuisier des tables et des bancs : « Ou ne paye pas tout compianl au collège. — Le menuisier nous fera crédit, et nous nous acquitterons avec les produits de notre école, u
Le rireconlinuel du propriétaire fit descendre un jeune ollieier de la garde, qui logeait dans la maison. Quand il sut de (|uoi il était (|uestiou, il rit d'aussi bon cœur que le propriétaire; et en riant il examinait les boutons de l'habit uniforme autour desquels était écrit: t'o//(''(/e Louis le Graiul.
H entra eu conversation avec les deux fugitifs. Il leur fit remarquer ([u'oii ne loue yi^i une boutique à des enfants, qui u'oIVreul aucune garantie du lojcr; il ks assura que par la même raison aucun menuisier ne leur ferait crédit. Enfin il leur ajiprit qu'on ne peut ouvrir une école sans l'aulorisatiou du maire; que d'ailleurs leur àec ne commandait pas la confiance, el qu'aucun iiarciit ne leur donnerait ses enfants, n l'A puis, .ijouta-t-il, le maire verra vos boutons, il vous fera arrêter et reconduire à votre collège. •>
A ces derniers mois les petits malheureux fondirent en larmes. « Etre reconduits aucollèifc! — Elrc déshonorés! — -Mes jeunes amis, à votre âge ou aime à faire du bruit. Suivez-moi, je vais vous mener à la caserne, et le maire ne vous prendra pas là. — Mais, iHonsietir l'ollieier, (pic ferons-nous à la caserne? — Je vous meltrai entre les mains du tanihoiir-major; il vous passera une caisse au cou, et ra tan pian, plan, i)lau, vous ferez un carillon de tous les diables. — En elVet, ra tan plan, plan, plan, cela sera joli. — Et le maire ne viendra pas vous chercher la. >• Ils suivent gaiement l'olUcicr, et ils arrivent à la caserne. L'olhcier les livre au lambour-major, et en sortant il les consigne au factionnaire jdacé à la grille.
Cet oftieier n'avait que vingt ans, et c'était cependant un jeune liomme rèlléehi. H avait pensé qu'il fallait s'assurer de ces enfants, qui au iiiiiindre soupçon se seraient jclès à traveis les champs, et qu'on aurait eu peut-être beaucoup de peine à rejoindre.
En sortant de la caserne l'oflieicr alla rendre compte au maire de ce qu'il avait fait. Ils eonvinrenl de l.iisser ces enfants passer an service du roi le reste d'une journée aventureuse; mais qu'on la leur rendrait dure, afin de les liègoiiter des voyages dangereux.
En conséquence de cet arrangement, l'otfieier retourne aux casernes et l'ail un signe expressif au tambour-major. MM. Edmond cl Henri sont mandés dans la cour, et on leur fail battre la caisse. Ils battent mal, cela devait être ainsi, et à chaque faute le tambour-major leur allonge sur les épaules quelques coups de courroie. Ils se plaignent il l'otlicier, ((ui leur répond (]ue c'est l'usage; inaisipie lor.squ'ils sauront bien faire ra tau plan ils s'amuseront comme des compères.
Cependant les fautes se répèlent, et les coups continuent ii pleuvoir. Les petits malheureux pleurent, gémissent ; ils demandent en grâce qu'on leur permetle île retourner chez leurs parents. L'otfieier leur répond ([ue, puisque le service du roi ne leur convient pas, on verra le lendemain ce ipi'on pourra faire pour eux; qu'eu attendant ils aillent manger la soupe et se coucher.
CONTES A MON PETIT-FILS
Ils SI' raiiiji'iit aulour (l'une i;aiiu'lli' (juc ilijà <li\ Imiiiiiiics «onvoitaii-nl. On li'iir met à la niiiin une euillcr il'ilain malpropre. Tout cela leur parait ilét;oùtant; mais ils ont «lijà i!i|;iré 1rs lalmouses, el ils inan|;ent avee assez il'appi-til. (lepenilaiil , rguaiul ils vont trop vile, le voisin iloinie avee sa euiller ui> i-oup sur la leur; elle lomlic, et avant qu'ils l'aient relevée les dix liomnies ont vicié deux l'ois la leur.
Après la soupe on leur donne ii eliaetin un morceau <le pain de munition, sur leipiel on (ilaee un trts-léi;er nu>reeau «le lard. Oli ! alors, personne ne leur dispute ec qu'ils tiennent, et ils l'ont à leur aise un assez mauvais souper.
Alors le eai>oral, eliel' île la rliaiiilirée, li iir notilie qu'ils aient à se couelier. Ils répondent ([u'il l'ail encore ijrand jour. Vue baiulcrole de giberne devient dans les mains du caporal un arj;uMicnt sans réplique. Ils se metlenl dans un lit composé d'une paillasse dont la l>aille n'a pas été renouvelée depuis six mois, d'un matelas éjiais
— Qu'il est heureux , monsieur le proviseur, de manger des fraises tous les joors I
comme une (;aletle, dur comme un noyau de pèche, et de draps gros et crasseux. On sent liien que cela avait été arranj;é entre l'oflicier et le caporal. Retournons au colléije Louis le Grand, oit certes ils n'eussent pas été traités aussi sévèrement.
Kn passant et repassant le jardinier s'aperçut que le carré aux fraises était foulé; il jufjea aussitôt qu'il était entre ((uclques maraiuleurs. Alais par où avaient-ils passé? (iuillaume se |;ratlait l'oreille en re- (;ardant le ciel, et il n'y trouvait pas ce qu'il clicrcliait. Il se ra])pela enfin avoir laissé la porte ouverte pendant la récréation du matin, lors<iu'il portait les fraises à la cuisine.
Son premier mouvement fut de faire l'inspection Cîtacte de tout le jardin : c'était le moyen le plus sûr de reconnaître jusqu'où avait été porté le dé|;àt.
Il passe devant le las de fumier, il arrive au pied de l'éelielle, il entend du liruit dans la ruelle, il lève la Icle, cl il apcnoit juMulre au dernier échelon un bout de son cordeau. Il monte au liaiil de l'éelielle, et il voit l'autre bout de la corde traiuaiit dans le ruisseau. 1 Kefjarde, regarde, lui crie le savetier, les oiseaux sont envolés! u (•iiillaunie n'a qu'un parti à prendre en semblable circonstance, c'est d'aller conter ce qu'il a vu ii M. le censeur.
Depuis trois heures de l'après-midi on avait remarqué l'absence d'Edmond et de Henri. I.e censeur était allé à l'infirmerie; depuis loni;tenips il interrofjeait Hoberl, qui pouvait savoir (|ucl(]ue eliosc des projets de son ami; ou du moins donner d'après les coùls et les habitudes des fiuptifs, ipielqucs indices qui pussent aider ii les retrouver. Le paiisrc Kobert ne disait rien, parce qu'il n'avait rien à dire. « Ils sont peut-être allés chez leurs parents? — Non, monsieur
le censeur. AI. du Perron aurait déjà ramené son fils au colléfe.
\ ous avez raison, Robert; mais oii les cliercbcr:' A])prcndrc leur fuite à leurs parents, ce serait les in(|uiéler, les tourmenter sans résultat... Oit les cliercbcr, oit les chercher? » Robert, profondé-
Parit. Typographie Henri
nient alllii;é de l'escapade de son ami, ne jiroférait plus un mot. Le censeur et lui se regardaient en silence, lorsque le jardinier entra à rinfirmeric.
Il raconte ce qu'il sait, et l'âme tout entière de Robert est concentrée dans ses oreilles. 11 est bien faible encore, mais l'amitié lui parle avee force; et peut-èlrc sa vanité lui dépeint le triomphe dont il jouira s'il ramène les petits déserteurs. Le censeur se disiiose à aller demander des recherches ;i la police. Le plan de Robert est arrêté dans son esprit.
Dès qu'il est seul, il met ses souliers, prend quatre francs, qui étaient toute sa fortune, et descend chez le concierge. « Je vais, lui dit-il , remplir une mission de M. le ]iioviseur. — Oii est votre cxciit? — Je ne sais pas trop ce ([ue j'en ai l'ait. N'importe, laissez-moi sortir. » Véracité, loyauté, sagesse, Roberl, tout cela était synonyme au collège. Le concierge , comme les autres , le croit incapable de mentir : il le laisse passer.
Deux enfants qui s'échappent du collège ne vont point au pas. Robert es])ère que la rapidité de la course de Henri et d'Edmond les aura fait remarquer, el il commence par se rendre ii leur point de départ. Il interroge le savetier. Ils ont suivi la ruelle, et ils doivent avoir ])ris la rue de la Harpe. Dans celle rue et dans plusieurs autres il obtient des renseignements après avoir inutilement consulté vincl personnes. Kn clVet, deux eiil'ants qui courent les rues ne sont pas très-remarquables. Robert est incapable de se rebuter quand il est question de servir son ami. Il arrête tout le inonde, il interroge tout le monde, et de moment en moment il devient plus incertain de lu route qu'il doit suivre.
Sa faiblesse le eonlraignit enfin à s'asseoir sur une borne, près de laquelle étaient placés deux comuiissionnaires-déerotleurs. Il les observe ; et il remarque qu'ils examinent soigneusement les passants,
.— s;'"^-> ^|P^..^%ft5- .-^
Un mendiant était duLuul prés de lui , appuyé sur son bâton.
et qu'ils invitent à mettre le pied sur la sellette ceux qui leur paraissent avoir besoin d'un coup de brosse. Ces dccrotteurs lui apprennent qu'ils ont vu passer il y a environ quatre heures deux enfants en uniforme qui couraient à toutes jambes et qui souvent regardaient derrière eux. De ce moment Robert se décide ii ne plus consulter que les commissionnaires des coins des rues, et guidé par eux il arrive à la barrière du faubourg. La fatigue le contraint il se reposer là, et là il réiléchit en buvant un verre de coco que vient lui proposer le marchand.
'( !Me voilà dans la campagne; la grande route est devant moi, elle conduit à Saint-Denis. Mais je vois à droite et à gauche un chemin qui file le long des murs d'enceinte de la ville. Par oii irai-je pour les retrouver? Mon jiauvre Edmond, oii cs-lu ? que fais-tu? que vas-tu devenir? Ah! pourquoi t'ètre enfui du <'ollègc? i>
Un mendiant qu'il n'avait pas remarqué était debout près de lui. appuyé sur son bâton, et son chapeau était à terre devant lui. Un mendiant est au moins aussi observateur que les commissionnaires ; Pion, rue Garinciire, 8.
CONTES A MON l' ETIT-FII.S.
oi'liii-ci cherdiail à lire sur louti's li's lii;urcs otl air ilc lioiilo (|(ii iiiiliqiio le soti |iii't ii s'i'ilia|i|ier cl ii passer ilaiis sa iiiaiii.
l.e iiuMidiaiil a ciilciulii If iiii>iioK)i;ue ilc Uobi'rl. « Mon ji'Uiic iiiuiisieur, vnus cliiTilioz un l'oolicr; moi, j'en ai vu doux. — IJcuv! ilruv! (lilrs-vous I... o ciel! est-il possible? — C'est comme j'ai l'Iionneurde vous le dire. Ils se sont mis ù ijcnoux là , ils ont prié un moment , ce (lui m'a paru ussci: extraordinaire , et puis ils sont montes à coté d'un coelier de coucuu qui les u sûrement menés à Saint-Denis. — Uon homme, vous me rcnile/ un important service. Acceptez ce frain', je vous en donnerais davanlaije si j'étais plus riclic. "
Le mendiant se félicita d'avoir parlé à ju-opos , et Uoberl monta dans le premier coucou qui passa devant lui. Le voilà aussi dans la ]ielilc ville de Saint-Denis. M'"' fcra-t-il a présent ?
Il n'y axait i|u'un parti à prendre : c'était d'aller trouver le maire et lie s'explii|uer axec lui. Uobert, très-avancé dans ses études, l'était très-peu dans les usaijes du monde, et surtout des lois. 11 imagina de demander la demeure d'un tambour de ville, et il lui promit les deux francs vinyt-cinq centimes i|iii lui restaient s'il voulait tambouriner deux écoliers du coUéjje Louis le (ïrandqui en étaient sortis furtivement le malin.
Le tambour court chez le maire pour demander son autorisation. Le maire et ses adjoints étaient à la promenade. Le tamiiiiur croit avoir satisfait au règlement de ]iolice, et il se met en traiu de i;ai;ner les deux francs vinijt-ciuq centimes.
Robert marchait à côté de lui.
Ils passent devant un café oit notre jeune officier s'amusait avec quelques camarades. Le bruit du tambour fixe toujours l'attention. Ces uu'ssieurs s'avancent, reijardent et écoutent. " Oh , oh!
dit notre jeune homme, encore un échappé de colléi;e!
11 cherche les djux antres, sans doute pour courir la prétantaine avec eux. Je vais les rcuuir. u
Il s'approche de Robert, et lui dit qu'il va le conduire où sont ses deux amis.
Robert devient rou;;e et haletant de plaisir. 11 baise les mains et le bas de l'habit de l'ofticier, il le suit en le comblant do liéiu'diclions. U l'eût suivi en sautant si sa faiblesse lui eût permis de sauter. Qu'il est heureux ! il va revoir son Edmond ! il va le presser sur son cœur! mais dans quel état va-t-il le retrouver?
Il entre avec l'officier dans la chambre oii les deux amis sont détenus. (Jonchés dans un mauvais lit , ils donnent un libre cours à leurs larmes; ils montrent à Uobert leurs épaules nieuitries par les coups de courroie. Robert s'attendrit à son tour, il les caresse, il les console, il leur parle raison avec ce ton de persuasion que le mensonge n'imite jamais. L'officier est ébranlé; cependant il pense qu'un cspièjjle est adroit : il l'avait été lui-même. 11 donne l'ordre au caporal de faire coucher le nouvel arrivé au milieu des autres. Fort heureusement pour Robert, il était trop tard pour qu'on lui donnât une leçon de ra lan plan.
l n caporal est une machine essentiellement obéissante ; en deux tours de main il a déshabillé Uobert , et avec une claque sur les fesses il l'envoie rouler entre ses camarades.
"Je l'ai toujours dit, s'écria Robert, il n'est pas de faute qui n'entraîne après elle sa ])unition : je suis sorti du colléjje sans permission, j ai menti au concicrije afin de pouvoir m'échapper; je mérite mon sort, et je le subirai avec résignation : mais je prends le ciel à ténioin que je n'avais d'autre pensée, mon cher Edmond, que de te retrouver et de te faire rentrer dans le devoir, u
Le caporal n'était plus jeune , il avait fait les dernières jjuerres, et la boule est le caractère distinctif des vieux soldats. Uobert continuait de i)arler, et le caporal l'écoutait avec attention, ^■ainc^ enfin J99
Le tambour se met ea train de gaguer les deux francs vingt-cinq centimes.
par ses raisoiinemcnls sa|;rs et alVeetueux, il essuie nue larme qui mouille sa paupière, il prend RoIhtI ilans ses bras, il le porte dans sou lit : " Tu coucheras avec moi, lui dit-il , mais ces deux xaurieiislit resteront oii ils sont.
" — N ous êtes bon, lui dit Uobert, et je m'attendais à être traité aussi durement <|ue mes lamaïailes. ,'Mais, UKuisieur, la nuit approche, et depuis tlouze heures je n'ai rien pris, je me sens prêt il défaillir d'inanilion. — Tiens, mon brave enfant, liens! u Et le ciporal prend son pain de munition. Il va en couper une tranche. " Sun , non, pas ili' pain de munition a un enfant i|ui se sacrifie pour sauver Sun ami. " 11 coupe un bon croûton du pain blanc de la soupe , et il dit en koupirant: " \ oilà tout ce <|iie je ]U'Ux t'ulYrir. Demain matin je remplacerai ce qui inan(|ue au pain de la scmpe. Maiiije et dors, u Edmond et ilenri furent frappés de la dilVérence i|ue le caporal établissait entre eux et Robert. " \ oila , chuchotaienl-ils, les fruits que produisent les bous principes. Robert a failli sans doute, mais
c'est par excès d'attaelicnieiit ])our moi ; AL le proviseur lui pardonnera : mais nous, nous... « Le sommeil , si nécessaire après une journée de tribulations et de fatigues , vint rafraîchir les membres de ces trois enfants et leur couper la parole. Ils n'tiilci.dirent pas battre la retraite, ils n'entendirent pas rentrer dans la chambre les soldats qui la composaient.
Le leiideniain île trèsbonne heure l'oflicicr y entra suivi d'un servent de ville. Il inlima aux trois détenus l'ordre de s'habiller promptement. l'endant qu'ils faisaient leur courte toilette le caporal lira l'officier à iiart, et après un court entretien celui-ci s'avança vers Uobert il'uii air riant, et lui annonça (lu'il retournerait il Paris libre, absolument libre.
Du coucou attendait devant la grille, l.e sergent de ville y fait monter les deux coupables, et se place entre eux. Robert monte à côté du cocher, pour qu'on ne se doutât ]ias de la distinction que l'équité avait établie en sa faveur. Encore un mouvement d'orgueil ! Le cocher fouette , on est sur la roule de l'aris.
A tous les âges de la vie l'imagination se porte en avant , elle crée des chimères brillantes ou gracieuses qu'elle brûle d'atteindre ; elle sommeille ou elle s'alarme quand elle est forcée de rétrograder et de rentrer dans le présent, auquel elle a cru échapper. Ainsi Henri et Edmond croient se régaler avec des fraises, qui leur paraissent assez ordinaires; ainsi ils espèrent échapper au châtiment qu'ils ont mérité, en sautant par-dessus les murs ; ainsi ils comptent trouver dans les champs la liberté , ce bien que nous chérissons tous et dont on ne jouit presi[ue jamais; ainsi ils se sont vus maîtres d'école et gagnant honorablement leur vie. Comment ces illusions se sont-elles dissipées? Elles ont disparu sous la salutaire banderole d'un tambour-major, et les petits malheureux ne voient ])lus dans un avenir auquel ils louchent déjà ([ii'iinc elïrayante réalité, une dégradation infamante, que suivront la perte de l'amitié et de l'estime de leurs camarades et l'indignation de leurs parents.
Ils pleuraient, et à mesure qu'on approchait de la barrière, leurs sensations devenaient plus cruelles. Le bon Robert tâchait de les consoler; il leur représentait que , quelle que fût la punition qui les attendait, elle serait moins dure que celle qu'ils avaieiil reçue à Saint-Denis. « Etre dégradés, mon cher Robert!... être pubUquenient chassés du collège ! » Et à cette idée leurs sanglots redoublaient ; un désespoir, qui pouvait avoir des suites funestes, s'emjiara enfin de toutes leurs facultés.
Uobert, in([uiet, désolé, parle au sergent de ville. Il lui représente la nécessité de calmer ces pauvres enfauU; il le conjure de ne pas
IR
ÇOiNTES A MON PETIT-FILS.
1rs riioiuliihc iii cnlliVi', dmil le snil js|iirl |Knil los jelor diilis uiiu crise iiiiiixt'ilr; il le caircstc, v» le suii|iliiiiit de les remettre entre les iniiiiis île leurs piireiils.
Ce senjeiit ilc ville él;iil iiii I)om lioinine, marié, ]>t,'rc de famille, eti|iiaiid lin a des ciil'aiils , ou s'intéresse plus ou iiioiiis à eeni des autres. I.'ollieier avoil m.iniué ii Robert des é|;anls (|ui' ses seutiiiicnts jusliliaieul; son éloi|ueuee de douze ans, mais ([ni partait ilu e(eur, était 1 lus (|iie snlVisaule pour persuader un Inimme simple. U(d>ert pleurait: il pleura aus>i, et dit au roelier d'une voix entrecoupée : <i Cundiiise/'iions rue de Tournon. «
A ces nuits In seeiie de désolation et d'elïroi (|iii se passait dans la voilure se ealnia lusensililement. tjiiel est l'eulaiit eoiipalile i|iii ne roinpie pas un peu sur rindulj;enee paleriu'lle? .i I, 'entant iirmliijiis s'est éyaré, dit enfin Kihiiond. — Oui, répoiulit Henri, Il est venu repentant se jeter aux pieils de son père... — Kl son père lui a parduiiiu' , les vôtres pardonneront aussi, reprit Uolicrt. — Oui, oui, continua le senjent , ils |iardonneroiit , parée ([ne vous êtes bons et rcpcnlaiits; . et il les enibras>ail tons les deux, et il prenait la main «le Itobert, et la pressait alVe<liieiisement.
On sent bien qu'au niument oii la fuite des deux enfants fut euiiiiue le proxiseur les envoxa réclamer cliez leurs parents. Us apprirent la tante de leurs fils, sans savoir où ils les retrouveraient, l ne lieure après, le colonel llol.crt fut averti que le modèle du coljéiïe était c|ialciueiil en fuite. .■ Il aura alïairc à moi , disait le vieux soldat. — Il sera sévèrenicnt puni, reprenait M. du l'erron. — (Jii'ils revienueul, s'écriaient les deux mères, et on verra ce qu'il faudra faire, jj (.elle de Henri accourait pour savoir si on avait des nouvelles. iMesdaiiies Robert et du Perron allaient de cliez elles au colléije. De là elles couraient eliez madame Henri. >Iadame Henri ne sortait plus de son cabriolet. Les trois mères alUigécs se croisaient souvent, s'iiitcrrojjeaient des yeux, et un simple mouvement <le tète répondait qu'on n'avait ri .'Il découvert.
MM. Robert et du l'erron avaient pris le seul moyen qui pût mettre un terme ii leur anxiété : ils étaient allés ii la préfecture de police. Tons les espions étaient ii la reeherclie des fii;;iiirs ; le préfet en avait envoyé jusqu'aux lilets de Saint-CliMul. A la cbule du jour, les parents, les valets, leselievaux, étaient excédés de fatigue.
Point de repos rciidaiil la niiii pour les malbeureiises mères. Si le sommeil les surprenait un moment, des rêves aIVrenx les éveillaient en sursaut; des idées sinistres les tourmentaient, les torturaient; leur état devenait insoutenable, et leur faisait maudire le jour ([ui les avait rendues mères. Cruels, ingrats enfants, réflécliissez avant «jue de eonimcltre une faute i;rave; mettez-vous ii la place de voire faible mère: et si vous n'avez ]as le cœur fjàié, vous vous arrêterez au bord du précipice; vous préviendrez les larmes auicres que vous alliez faire couler.
Sept lieures sonnent à l'borlojje du Luxembourg. Ln violent coup de marteau frappé à la porte eocbère de M du Perron fait tressaillir tout le monde. On se regarde, et avant qu'on eut pu prononcer quatre mots Robert s'élance dans le salon en s'écriant : «Je les ramène; les voila, les voilà.» Les deux mires sautent les escaliersmadame du Perron presse s<in fils sur son cœur; madame Robert fait conduire IJciiri cliez sa mère. De quel poids le cœur de i\L du Perron est soulagé! Cependant il tàcbe de se rendre impénétrable; il reipirde son lils d'un air composé, et qu'il croit sévère. Des larmes roulent dans ses yeui.
Le colonel est toujours maître de lui. H ordonne à son fils, en fronçant ses épais sourcils, de lui raconter ce que tout cela veut d'ire. Le jeune Robert voudrait répondre; sa mère ne cesse de le couvrir des plus tendres caresses, et parce qu'elle l'a retrouvé, et parce qu'il a ramené Edmond. - Corbicii , madame , s'écrie le colonel , vous aurez le temps d'embrasser votre fils; finissez, s'il vous plait, et qu'il j-.arle : je le veux. »
Il était plus simple d'interroger Edmond , qui axait joué un iirin ■ cipal r6le dans le drame de la veille. .Mais il se tenait serré contre -.a mire, les yeux baissés et retenant son lialcine. 'J'el le jeinie poulain cliercbe un refuge sons la sienne a l'approclie du loup. .M. du Perron n'avait plus rien de menaçant, cl Eilniond se lut rassuré s'il iiil pu lire dans le cu'ur de son père.
Le jeune Robert prit la parole, et il appuya sur toutes les circonstances qui poux aient atténuer la faute de son ami ou inspirer de l'intérêt. Ouand il parla de la piotictiun demandée a Dieu par ces I iibUs enf..nts, l'attendrissement se peignit dans tous les xeux. Lors- <iu'il raconta comment le jeune oliicicr était snivenu dans celle circonstance, la curiosité succéda à la sensibilité, et l'intérêt alla en augmentant jusqu'à l'entrée des deux fngiiifs a la caserne; mais à la I von du tambour-major tt a la description de la fatale banderole madame du Perron poussa un grand cri; elle désliabilla pioiiiplenicn't .son hU, et elle arrosa de ses larmes ces épaules noircies par les eiups. Edmond, liors de lui, s'écria : • Oui, j'ai été puni cnielleiiieiit; mais je l'axais mérité. « A ces mots toute idée de culpabilité s'évanouit. M. du Perron embrassa son fils à son tour, et le colonel proclama a baiiti- vnix le laniboiir-major un bonime féroce. • Je suis sur qu'un soldat qui se complaît à maltraiter ainsi deux enfants ii'eiit qu'un lâche qui ne ticiulrait pas nii feu. »
Tout cela était fort bien; mais une affaire essentielle restait à régler, celle de la rentrée au collège des jeunes déserteurs. On en parla pendant le déjeuner, et le résultat de la discussion fut (|ue le colonel et M. du perron se rendraient auprès du proviseur pour mettre un lerme à ses inquiétudes et sollieitcr son indulgence. Tout père frappe à côté, a dit le lion la Fontaine.
Le proviseur était un boinine excellent , mais ferme. Convaincu de la nécessité de maintenir l'ordre dans une maison comme la sienne, il répondit aux instances des deux pères ([iie Robeit rentrerait au collège, et qu'il serait légèrement |iniii parce que sa faute prouvait la bonté de son cœur, et que d'ailleurs c'était la première qu'il couimetiait. A l'égard de Henri et d'Edmond , il déclara avec fermeté qu'il ne les recevrait plus et qu'il iiuldieiait leur expulsion du collège, parce qu'il fallait nu exemple. 11 ajouta eeneiubint cpie si le sergent de ville les eût ramenés directement à Louis le (jrand, il leur eût éparjj'ué la dégradaliou subie par Auguste Letourneiiv, parce (jii'il établissait entre eux une grande dilVércnce. En elTel Henri et Edmond n'étaient que des étourdis , et Auguste était un lij pocrite , un astucieux', qui poussait ses camarades à laire le mal et qui se c^cliiiit derrière eux.
M. du Perron n'avait rien à répliquer aux raisoiinen)ents du proviseur; il lui demanda ce qu'il ferait de son fils, n Je suis intimemetU li('- avec le proviseur du collège Henri l\ . ,1e le verrai aujoiird'liui. Présentez-lui demain vos deux enfants, et je vous réponds qu'ils seront reçus. »
H est Iris-difl'icile, quand on s'est fait cbasser d'un collège, d'être admis dans un antre, parce que, je l'ai dit, il faut présenter un bon certificat du elief de la maison d'où on sort. Le proviseur de Louis le Crand ne pouvait le délivrer en eonseiencc; mais il dit à celui do Hinri IV beaiiroiip plus de bien que de mal de Henri et d'Edmond , et il leur rend.iit rigoureosemcnt justice. Leur admissiou fut arrêtée.
Quand Edinond sut qu'il allait être séparé de Uoliert , il s'affligea vivement. « Robert, dit-il, était mon ami, mon bon génie, (^ui le nniplacera près de moi ? — Je te rendrai l'ami , répondit Henri , et notre bon génie sera le souvenir de la banderole du tambour-major. Plus de folies, mon cher Edmond. Soyons studieux et soumis. On est toujours benreux , quand on est bien avec soi et avec les autres. »
Ridiert rentra le soir niêine au collège. Le proviseur le remit a l'infirmerie. Là il lui dit : « ^ oiis axez commis une faute que son motif, j'en conviens , rend jusqu'à certain point excusable. Je n'ajouterai rien à ce que vous avez dû vous dire à vous-même. Cependant toute faute doit être )iunie. Je vous prive rigoureusement de pajiier, plumes et livres jusqu'à l'entier retour de vos forces. » Bien peu d'écoliers méritent d'être aussi honorablement traités.
L'Iiummc nait avec le sentiment intime du juste et de l'injuste. L'enfant le conserve pur jusqu'à l'époque oii , lancé dans le monde, les liassions et surtout l'égoïsme l'altèrent plus ou moins, et quelquefois l'anéantissent tout à fait. Tous les élèves de Louis le Grand applaudirent à la conduite du proviseur envers Robert, Edmond et Henri.