I.A MODCHE
aux armes de la maison de Biron. — Il faut s'en défaire. Je ne peut y porter les jeux sans ('prouver une sensation pénible. — Et la rcmplicer par uiie autre , vaste et commode. J'y joindrai un fourgon, au fond duquel sera noire m.i|;.isin. Il fa'idr.i i|u:itre mulets de plus. — Sans doute. Ils nous serviront, d'ailleurs, à fnincliir en selle les pas difliciles. — l'.t la voiture, et le fourgon? — Oh ! la voiture... la voiture... IS'ous verrons cela (piand nous y serons. Touchons d'ahord les doulilons du capitaine .Saint-Paul , c'est l'essentiel. Le reste ira de suite. >
Il fut exact au rendei-vous; il grillait d'être propriétaire. D'ailleurs, un vieux soldat ne se fait jamais attendre.
(^'uand il eut sinné et payé, il nous demanda quand il entrer.iit en jouissance. " A l'iustant même si vous le voulez, lui répondit André. — Comment ! si je le veui ! .'^ ins doute. — Mais nous vous demandons trois jours pour faire nos préparatifs de départ. — Trois jours ! »
André partit, aussitôt pour Paris avec liertrand, ma voiture, nus deux mulets et de l'argent. C'est une ville de ressource que Paris ; on s'y procure ce qu'on veut à l'instant , surtout quand on ne marchande pas. l.e mercreili matin, Aniiré arriva avec ses équipages et des provisions de bouche choisies. Elles étaient déposées dans le fond d'un grand fourgon , dont le devant devait être garni de matelas, précaution indispensable dans un pays oii on ne trouve pas d'auliergcs. Des cachettes étaient ménagées en différents endroits. Elles étaient destinées à recevoir notre capital , divisé en petites parties. (^)uand on fait un long voyage en France, il ne faut pas négliger de faire la part des voleurs, c'est-à-dire des ligueurs et des huguenots. Oo jette un sac aux uns, un sac aux autres, et on se tire d'affaire.
l ne belle et vaste coche, bien rembourrée, et garnie en coutil de Kl indre, ma foi, devait recevoir messieurs les associés et leur famille. Mous allions habiter le pays de l'égalité, et nous dédaignâmes tout ce qui avait le moindre rapport avec la féodalité. Il fut arrêté (jue .Marianne serait admise dans la coche. Bertrand était transformé en cocher ; mais comme il ne pouvait conduire deux voitures à la fois, André décida que le fourgon serait attaché derrière la coche, ou la coche derrière le fourgon ,
Car il n'importe guère Que fourgon soit devant, ou fourgon soit derrière.
Dans les pas difficiles, André ou moi devions descendre pour conduire une des deux voitures. Enfin elles étaient traînées chacune par trois vigoureuses mules. Ce n'était pas trop pour des chemins défoncés par l'artillerie des deux partis , et où on ne marchait souvent que la sonde à la main.
Le capitaine devait arriver le soir, et nous ne jugeâmes pas à propos de l'attendre. INous nous hâtâmes de charger nos voitures ; nous laissâmes un lit bien garni pour Saint- Paul, un autre pour son lieutenant , avec liberté entière de coucher ses soldats comme il l'entendrait.
Ce mercredi, 15 octobre 1589 , à deui heures après midi, nous remimes les clefs au fermier, désolé de nous perdre, et nous montâmes en voiture.
J'éprouvai un violent serrement de cœur en ra'éloignant de ces lieux, que Colombe avait embellis. André me devina, et me présenta le vase précieux. C'est tout ce qui me restait de la bicn-aimée. Je le portai à mes lèvres, et je lui donnai encore des larmes. Je regardai Colombe-Antoinette , et je pleurai aussi sur elle. « Je suis sa seconde mère, me dit C^laire, et j'espère qu'elle ne regrettera pas la première. • La bonne Claire m'embrassa. Cet acte d'abandon et de franchise me fit grand bien. « Je vous la donne , lui dis-je. N'oubliez jamais ce que TOUS venez de me promettre. »
André n'aime pas les conversations sentimentales. Il prétend qu'elles affaiblissent les qiulités morales de l'homme , qui n'en a jamais trop. Il mit fin à celle-ci en nous faisant des contes plus ou moins plaisants.