XXI. — Noces de Joseph. Statistique du canton d'Dri
Nous fîmes monter le bon curé dans le plus propre de nos chariots. André et moi le plaçâmes entre nous deux , et le cortège se mit en route. Les jeunes garçons, les jeunes filles du village nous accompagnaient , et faisaient relentir l'air de leurs acclam.itions. « Il a juré, ils ont juré , disaient-ils , et nous jurons aussi. » Kt la jeune fille, craintive sur l'avenir de son tendre ami, se rassurait, et l'euibrassait avec toute la franchise des bons pays-ins suisses. Ainsi les chamois des montagnes voisines vont vivre en paix et multiplier avec sécurité. Ainsi les habitudes des hommes de la vallée de (loschenen furent changées en un instant parce (|ue l'un d'eux s'était fait soldat.
Les provisions réunies des deux familles se bornaient à bien peu de chose. Nous avions donné à déjeuner; le diner fut tiré encore de notre garde-manger.
Il n'y avait pas là un être qui ne fût satisfait O'i du bien qu'il éprouvait ou de celui qu'il avait fait. Le contentement , je le répète,
Parii. Typographie Pion fn'
produit la gaieté , et il ne s'échappa pas un mot qui pût déplaire au bon pasteur : il est un tact des bienséances que les hommes semblent saisir aussitôt que leurs idées commencent à se développer. Peut-être aussi apprenons-nous par l'exemple ce que nous devons d'égards à ceux poiir(|ui en ont nos parents : les enfants sont imitateurs.
Le curé trouvait notre vin du lUiône très-bon , et il en but... avec modération. Nos autres convives se ménagèrent moins. La vieille mère, placée entre son fils et sa bru, les embrassait à chaque instant. On se lasse de tout, même de caresser les objets les plus chers. Elle commença à chanter d'une voix chevrotante la romance de Granson et celle de Morat. A la fin de chaque couplet tous les convives faisaient chorus avec enthousiasme. Le bon vin et l'amour de la liberté commençaient à échaulVer les têtes, et si un nouveau duc de Bourgogne eût paru dans la vallée, Werdaff, Makieer et Joseph n'eussent pris manqué de l'aller attaquer. Je crois, en vérité, que je me serais mis de la partie.
Marianne ne manquait pas d'amour-propre, et quelques verres de vin lui avaient donné de la confiance. Elle a vraiment une jolie voix; mais elle s'avisa de commencer la complainte de la Saint-liarthélemy , peut-être ne savait-elle pas d'autres chansons. Dès le troisième coujilet le curé l'arrêta. « Mademoiselle, lui dit il, je sais que ce triste événement a été célébré à Rome par des processions et des salves d'artillerie. Nous avons le plus profond respect pour notre saint-père le pape; mais nous ne le croyons infaillible que lorsqu'il esta la tête d'un concile. Nous ne voyons dans les réformés que des chrétiens comme nous, et nous disons anathème .i ceux qui les persécutent. C'est à Dieu seul qu'il appartient de les juger. • Je crois , en vérité, que ce curé-là convertirait les ligueurs, s'il était à Paris.
^Marianne rougit et me regarda. Mes traits exprimaient sans doute du mécontentement. Elle baissa les yeux et ne dit plus un mot. Je viens de le dire , les têtes commençaient à s'échaulïer, et le curé s'en aperçut. Il se leva, et prit les mains de Joseph et de Guite. « Soyez
Dooa Inès prit les castagnettes; elle dansa, et fort bien.
heureux , leur dit-il, et puissiez-vous vivre longtemps avec les enfants que le ciel vous donnera ! Joseph , si vous avez un goût prononcé pour la chasse, chassez les marmottes ; ce plaisir -la ne vous exposera pas. Je vais souvent le vendredi chercher un terrier, et quelquefois j'y trouve ma provision du dimanche. Venez me prendre ; nous nous amuserons ensemble, et je répondrai de vous à vos parents. •
XXI 1. — La troupe nomade entre dans le canton d'Appenzell.
Nous touchâmes enfin ce sol que nous cherchions depuis si longtemps. Nous saluâmes cette terre qui devait nous nourrir, et où nous devions vivre et mourir libres , si toutefois il est permis à l'homme de compter sur quelque chose.
Nous parlions un allemand très-peu correct et mêlé de gallicismes ; mais nous pouvions comprendre ce qu'on nous disait , et nous faire entendre avec facilité.
ri'S, rue dp V.iii;;irartl, 36.
LA MOUCHE
L'homme tle Sauriglir devait être le premier en tout. 11 «v»it fait des pro|;ri-J qui nous paraissaient l'tonnants , et iiiii, toutes rt'IlcMons faites, n'avaient rien d'extraordinaire. Il avait eu de lon|;s lilc-.i lùte avec sa femme, cl les époux les plus unis n'ont pis toujours quelque chose de nouveau à se dire. .Vndré méditait pendant que Claire bâillait ou dormait.
Nous n'avions plus besoin d'inlerprèle, et il fui dt'cide que (.ott serait rel.Vue'e ii la cuisine. C:'est ainsi que lorsque la dernière pierre d'un pont' est placée, on jette ii leau la charpente qui le soutenait. Injjrals !
Nous résoUlmes d'aller diner ii Appenzell , chef lieu du canton , et cela n'était pas difficile. Ce petit pays n'a que du lieues de longueur d'orient en occident sur six ii sept du midi au nord. Il ne louche a la Suisse par aucun point; il esl enclavé dans les Klals de labbé de Saint-Gall et la Souabe , cl cependant il est libre, et aucune puissance n'ose entreprendre de l'asservir. Les douze aulrts cantons accourraient pou rie défendre.
Nous nous arriltàmes sur la place du boun;, et nous sautâmes gaiement à lerre.
Quatre chariots et six mulets réunis sont une nouveauté dans le canton d'Appenzell, et les bons habitants nous entourèrent aussitôt.
Ils nous olïrirenl leurs services, et en attemlaut notre réponse, ils dételaient nos mulets, remisaient nos chariots.
Au milieu de ce peuple bienfaisant éuient deux hommes qui n'avaient de remarquable (|ue leur inaction. C'étaient cependant le landamman et le bourgmestre. Ils paraissaient se consulter.
lis nous abordèrent enfin avec la formule d'usage :
• Salut, hommes libres. > Notre costume suisse déposait en notre faveur. C'est ainsi i|uc se saluent toujours deux .\ppiiizeliois qui se rencontrent n'importe oii. Cela veut dire : Souvenons-nous de ce que nous sommes et de ce que doivent être nos enfants.
La conversation s'engage facilement entre des hommes dont les uns sont curieux et les autres ont besoin de conseils et d'appui.
Il fallut répéler à ces magistrats la longue histoire que nous avions racontée au landamman d' Vltorf et à quelques autres. Nous comptions sur des marques d'affeciion ou au moins de bienveillance. Les figures Leurs regards exprimaient 1
iiùles gens qui ont quehpie chose de désagréable à .'«nuoncer. Nous nous regardâmes, .André et moi, avec l'étonnemcnt que devait nous causer une réception à la(|uclle nous étions loin de nous aiuudre. <,)ue vont-ils nous annoncer ' Allons-nous perdre le fruit de tant de fatigues et de privations?
Le landamman prit la parole. " Vous allez être logés, cl vos hôtes partageront avec vous ce i|u'ils ont. Allez diner, nous raisonnerons ensuite. — Quel début! dis-je en français à mon philosophe. — Il n'est p.is gai, me répondit-il. Au reste, si nous sommes mal ici, le chemin qui nous y a conduits nous ramènera oii nous voudrons. •
Nous fûmes casés dans quatre maisons difiTérentes, et nos hôtes nous recurent avec cette cordialité franche dont nous avions pris la douce habitude depuis notre entrée en Suisse. (Comment de si bonnes gens se sont-ils donné des magistrats d'un caractère si sec et si dur? Nous avions partagé partout nos provisions avec nos hôles, et ils aviientparu sensibles à ce procédé. Nous crûmes devoir continuer de repondre :ini,i aux marques d'amitié qu'on nous prodiguait. Bertrand distribua partout le pain d'avoine pure, le poisson mariné et le vin du Ithone. Tout cela fut trouvé excellent. Les hommes portèrent nos santés debout et la tète découverte. Nous nous levâmes le chapeau à la main , et nous gardâmes cette position jusqn'à ce c|ue
Luker, quel est ce costume? il n'est pas beau
des deux magistrats se contractèrent. embarras qu'éprouvent toujours d'Iion-
celui qui nous saluait eut fini de boire. .Nous avion* cru répondre k une politesse par une autre, et nous avions deviné l'uMge du pays. Ils nous pi'ireiK la nriin et la seeuiièrent avec force. Cela signifie : Nous sommes coiitciils de vous.
Le vin circulait; les hiiiuuies oubliaient le Iraviil de l'après diner; les femmes avaient quitté leur rouet; Marianne chantait une chanson allemande, (|ue (rott lui avait apprise, lorsque le landamman et André entrèrent.
« Je trouve ici, dit le magistrat, le désordre qui m'a bleisé dans les trois autres chalets. Un ne vous a fait aucune observations dans les cantons oil vous n'avez fait que passer. \ uus voulez vous faire naturaliser dans celui-ci , et vous commencez par y porter la corruption. N oilà des hommes ipii négligent leur travail des champs; des femmes i|ui abandonnent leur ouvrage et les soins de I eur ménage. Cette vie inconvenante esl admise <lans les pays de servitude : il faut que l'esclive s'étourdisse sur sa |iosilion. Ici, tout cela esl déplacé et
dangereux. Les lois soinptualres du pays séviraient contre vous si vous n'étiez étrangers.
• L'hospitalité, cette vertu du pauvre, est pratiquée et encouragée dans ce canton, mais elle doit avoir des bornes, et je ne peux soufTrir que vous épuisiez en une semaine le produit des tueurs de mes administrés. \ ous pal tirez demain.
11 Mais, monsieur, répondit André, nous ne voulons être à charge à personne, nous travaillerons. — Et pour qui ' Chacun cultive sa petite propriété, et si ses bras ne suflisenl pas, il a des domeslii|ues, à i|ui il n'ôlera pas leur pain pour vous le donner. — Nous achèterons de la lerre. Nous avons, dans l'un de nos chariots, quarante-quatre mille livres en or. — Vous achèterez de la lerre ! vous allumerez la cupidité dans des cœurs qui ne la connaissent pas. Éblouis par l'aspect de votre or, ces bonnes gens renonceront à l'héritage que leur ont laissé leurs pères, el<|uand ils en auront mangé le prix, que deviendront-ils?
des vagabonds, qu'il faudra chasser du canton.
• Le mal gagnera de proche en proche, car avec vos quarante-quatre mille livres vous finirez par agglomérer toutes nos possessions. La liberté périra, parce qu'elle ne peut exister chez un peuple corrompu. Les Appen-
zellois deviendront la proie de l'abbé de Saint-Gall ou de quel<|ues seigneurs de la Souabe. Us devront leurs fers et leur avilissement à trois ou quatre Franrais, ([ui ont rêvé la liberté et qui ne la connaissent pas. Je vous déclare que si, de ce moment i celui de votre départ , vous laissez apercevoir votre or, je le ferai jeter dans la Sitter, avec les formalités voulues par la loi. • Il sortit.
« Nous voilà bien, dis-je à André. — Mais nous ne sommes pas si mal. Nous retournerons à Genève. On y fait bonne chère, et nous y trouverons beaucoup des usages de la F"rance. — Mais Calvin ! — — Mais la nécessité :' et puis, vous n'êtes plus dévot. — Et si le duc de Savoie s'empare de l'État de (Venève? — C'est le pis aller. Alors nous irons chercher la liberté en Hollande. Nous nous y ferons marchands de cannelle, de gingembre et de harergs. u
On vint nous dire rpii' ir Undamman venait d'assembler le petit conseil. « Ah! mon Dieu! m'écriai-je, ils vont nous faire arrêter! — Ils n'en ont pas le droit, nous dit notre hôte; et puis, pourc|Uoi vous arrêter, puisque vous partez demain? »
Qu'on dût le faire ou non, Marianne se pressait contre moi; elle soupirait; elle me regardaitd'un air attendri. An<l ré chantait le couplet que nous avions composé à Montereau; Bertrand silllait; Claire bâillait; moi, je boudais. Le danger nous avait tous rassemblés.
Il nous paraissait clair que le petit conseil s'occupait de nous, et Jurait depuis deux heure». • Vous verrez, dit André, qu'ils
la séance durait depui:
LA MOUCHE
iliscuU'iil pour .irr<ïler si nous partirons driuain, avant ou apri'S que uous aurons Jéjeunc. — OU', tu ris de tout. — Jl n'ist pas d'évtSnement qui nait son côte plaisant, et c'est celui-là qu'il faut saisir quand on veut vivre sans soucis. •
L'n Umryeois, memlire «lu petit conseil, vint nous dire que i'assemhlée nous mandait. Nous le suivioics, Andn- lu cliantonnant, moi en faisant des réflexions pénibles sur notre position.
Nous entrâmes dans une vaste salle enfumée, dont les murs n'avaient pour décoration qu'un crucifu. Au milieu était une grande table de cliène, noircie par le temps, sur laquelle étaient un registre, des plumes et une éeritoire de plomb, l.o landamman présidait l'assemblée, et toutes ces figures avaient un air sévère qui n'était pas propre à me rendre ma ijaieté.
André, i|ui aime ses aises, trouva une escalielle derrière lui et la prit, l.e landamman lui dit avec beaucoup de dignité: « La puissance ^ouvcraine réside dans le peuple. Le petit conseil, dont les membres font nommes par lui, est une fraction de la souveraineté. Levezvous, et écoute?, avec respect ce que j'ai à vous dire.
• Approchez vous avec moi de celle petite fenêtre. Voilà l'Ebenalp, une de-, plushautes moiitagnesdiicanton. ^ oyez-vous là, àgaucbe.une immense quantité de débris? " INous nous regardions, André et moi, d'un air<|ui voulait dire : Où diable veul-il en venir? n Nous les voyons très-bieu, répondis-je. — l.t était un énorme rocher, dont la pointe recourbée en avant menaçait la plaine depuis des sii-eles. Il s'écroula il y a (juarantc ans, avec un fracas épouvantable. Ses débris ont couvert, à une grande élévation, une esplanade à mi-cole de soixante arpents en pairies, qu'arrosait un ruisseau. En voyez-v-ous la source, qui s'échappe de la crevasse de cette roche, là-haut, nn peu à droite? Klle filtre maintenant sous ces débris, et va se perdre, sans être utile, datis un petit lac, qui est derrière cette chaîne de montagnes. — S'il plaidait à mon.sieur le landamman de vtnir au fait... — Les Français sont vifs et impatients, dit-on, et vous en êtes la preuve. Écoutez, écoutez. — Ecoutons.
■ — Cessoixante arpents étaient un bien communal. Nos compatriotes qui n'ont pas de terres y faisaient paître leurs vaches et leurs chèvres. La disparition de ce terrain a jeté la consternation parmi eux. Mais le temps use tout, plaisirs et peines, et maintenant on ne pense plus à l'esplanade. — Mais, monsieur le l.indamman, quel rapport y a-t-il entre noui et ces événements-là? — Vous ne le devinez pas? \ ous avez cependant l'imagination bien active.
• ^ oyei là- bas cet angle rentrant, qui se prolonge jusque dans les flancs de la montagne. On peut y porter cet amas de débris, et on remettrait la prairie à découvert. — Eh! pourquoi les habitants ne I ont-ils jws fait.' — Cette opération exige un travail continuel de quinze jours, et il faut cent tommes pour l'exécuter. Ici la sueur de chèque jour amène son pain , et la caisse publique n'est pas assez riche pour nourrir ceux qu'on aurait employés à ces travaux. — Ah! j'y suis, m'y voilà, s'écria André. C'est nous qui déblayerons l'Esplanade. Mais à quelles conditions? •
Le landamman nous ramena dans l'intérieur de la salle. Nous y entendîmes, debout et découverts, la lecture du projet de l'arrêté pris par le petit conseil.
" A ous porterez demain votre or dans la ville de Saint-Gall : nous ne voulons pas ici de ce métal corrupteur. Vous le changere» contre de la monnaie de cuivre ou d'argent de bas aloi.
» Vous serez porteurs d'une lettre du petit conseil à l'abbé de Saint (jall. Nous lui demanderons une escorte ([ui vous reconduira jusqu'à la frontière du canton d'Appenzell. Dans les pays mal gouvernés il y a beaucoup d'indigents, par conséquent de voleurs, et plusieurs chariots, chargés de monnaie, fixent l'attention.
• .\ votre retour ici, il vous sera délivré des lettres provisoires de naturalisation.
» \ ous commencerez aussitôt vos travaui. Plus vous prendrez d'ouvriers, plus tôt ils seront terminés.
» \ ous les nourrirez , et vou? leur donnerez à chacun six sols par jour, qui serviront à l'entretien de leurs familles. — Mais, monsieur le landamman , avec quoi les nourrirons-nous ? — Les habitants font tous les ans à la lin du mois de décembre un petit commerce d'échwges avec la Souabe et le pays de Saint-^all. Ils y portent le superQu de leur béuil, de leurs cuirs, de leurs fromages et de leur beurre. Us en npi^ortent des étoiTes de laine et d'autres objets qui ne se fabriquent pas ici. Vous leur achèterez leurs denrées, et ils payeront en monnaie ce qu'ils prendront chez les serfs nos voisins.
» Aussitôt que vous le poumz, vous pratiquerez, avec le ciseau nu la poudre à canon, un chemin facile de l'esplanade à la plaine. \ ous le pousserez jiir-qu'à Weissbad , (|ui sera votre piroisse, et de là à Appeozell, cbcf-lieu du canton.
» Vous ouvrireE un autre chemin d'Appenzell à la Sitler, qui sépare Icî deux parties du canton. On la passe en bateau, moyen lent, et par conséquent désagréable. Vous construirez un pont en bois à l'endroit du pa.ssage.
» — Mais, monsieur le landamman, nos finances ne suffiront pis à tout cela. — Il vous restera plus d'argent q'i'il ne vous en faut i^onr vous procurer les douceurs de la vie cl pour f.iire bonne chère , ce qsr vous aimez assez , je m'en suis iperrii. — Mais, inonsieiir le lan-
damman, vous vous èlC3 étendu avec complaisance sur les charges, ne serait-il pas temps de nous parler des bénéfices ? — M'y voilà.
i> Les soixante arpents de prairies vous seront concédés pour cent ans , époque à laquelle ils seront rendus à la commune. — A la bonne heure.
» — ^ ous en jouirez gratuitement pendant dix ans. — Pendant dix ans? Ah ! il y a encore quelques charges.
— La onzième année et les suivantes, vous payerez à la commune une redevance de trente livres, qui seront partagées entre les citoyens les moins favorisés de la fortune. Ainsi, vous serez riches liour des Suisses; vos travaux et votre redevance seront d'une utilité générale , et contribueront .lu bien-être de vos concitoyens. Quand on fait du bien à tous et qu'on ne nuit à personne, on n'a que des amis, et il e.st doux d'être aimé. Si ces conditions vous conviennent , signez le présent arrêté provisoire, et regardez cette affaire comme terminée.
• Il lui manquera la ratification du grand conseil , mais il s'assemble le seize octobre , et nous y touchons. Loin d'entraver les mesures qui tendent au bien général, comme cela arrive, dit-on, dans beaucoup d'Etats, ce corps en favorise l'exécution de tout son pouvoir.
•' — Il faut signer ou partir, me dit André.— Partir? pour aller oii? — Où vous voudrez. Je suis prêt à vous suivre. — Mais il me semble que nous serions bien ici. Signons. — Signons. »
Le landamman nous adressa une dernière question. « Ces quarantequatre mille livres sont-elles à l'un de vous ? A tous deux , » réponliis-je. Il prit nos noms et nos prénoms. • Ainsi, mon cher André, la communauté de biens sera consacrée. •
Le landamman n'avait plus rien à nous dire comme magistrat. Il nous prit André et moi chacun sous un bras , et nous sortîmes tous trois très-satisfaits, lui du bien qu'il faisait à la commune, nous de voir notre sort assuré.
Il racontait à tous ceux que nous rencontrions tout ce qui venait de se passer au petit conseil. Les uns souriaient ; d'autres nous prenaient la main ; tous nous disaient : Salut, hommes libres! et nous nous redressions en leur rendant le salut. Il nous semblait que nous étions grandis.
Nous trouvâmes nos dames et Bertrand rassemblés au logement d'André. Wous nous empress,îmes de leur faire partager notre joie. Claire approuva tout par un léger mouvement de tète ; Marianne chanta, dansa, et nous embrassa tous trois. « Et moi, dit Bertrand, suis-je aussi un homme libre ? — Très-certainement, » lui répondit M. Heilbcr, notre landamman. Il fit un saut, mais un saut! Il culbuta la moitié d'un cochon qui était accrochée à une poutre, et ils roulèrent ensemble jusqu'à la porte du chalet.
Il est nécessaire, pour l'intelligence de ce qui précède et de ce qui suivra , que j'entre dans quelques détails.
Le canton d'Appenzell est divisé en deux parties, que sépare la rivière de Sitter. Le territoire qui touche presque à la Souabe est le plus étendu, et se nomme Rhodes extérieurs. Il est entièrement peuplé de réformés.
L'autre partie, toute catholique, est connue sous le nom de Rhodes intérieurs. Ces deux petits pays sont indépendants l'un de l'autre ; mais ils sont gouvernés par les mêmes lois. Des deux côtés, le pouvoir souverain réside dans le peuple, réuni en assemblée générale.
Cette assemblée se tient, dans la partie catholique, au bourg d'Appenzell, en plein air, le dernier dimanche d'avril.
Les réformés se rassemblent , le premier dimanche du même mois, à Grognen , à TJrnach ou à llérisau.
Dans les deux parties du canton, les jeunes gens qui ont atteint l'âge de seize ans sont admis aux assemblées générales.
Elles nomment, à la pluralité des voix, pour la partie catholique, un landamman , premier magistral, qui reste deux ans en place ; un stattaller ou lieutenant, un trésorier, un capitaine général du district, un commandant d'exercices militaires, un édile, un inspecteur général des églises, un porte-bannière et les bourgmestres.
L'assemblée adjoint à ces dignitaires douze liourgeois. ils composent le petit conseil. Ils s'assemblent une fois par semaine. Ils jugent les affaires civiles ordinaires, et ils sont chargés de la police inférieure.
L'assemblée procède ensuite à la formation du grand conseil. Il est composé de cent vingt-huit membres, dont ceux du petit conseil font partie.
Le grand conseil juge les causes majeures, civiles et criminelles. ( 11 ne se commet pas un crime en cinquante ans. ) Il vérifie l'emploi des deniers publics.
Il s'assemble deux fois par an , la veille du jour de la convocation de l'assemblée générale , et le seize octobre. La raison naturelle semble avoir présidé à cette organisation si simple.
Le gr^nd conseil ne s'assemble que deux fois l'an ; mais les membres du petit, qui en font partie , le mettent en peu de temps au courant des affaiics. 11 y en a bien peu de coinplu|uées , puisqu'il n'a besoin que d'un jour pour préparer le rapport qu'il doit présenter le lendemain à l'assemblée ginérale. Penplr heureux! Le parlement de Paris s'assemble tous le; jours.
LA MOUCIII.
Le district réfornidn le même mode d'administritlon, avec cette «eutp différence qu'en raison do sa plus p.randf itendue, il a ileux landammans , deui lieutenants , etc.
Des deux côtt's, un tribunal , nonimi' k cousishire . ju|',e les affaires de iiiari.i|;e et toutes celles cjui licniienl aui moeurs pulili(|iies. Il est compost' l'i'cccli'siasliiiuesel de laii|ues. Ih pri'nident alteruativcmenl. Les laii|ues forment les deux tiers des membres du consiôtuire. l.es Suisses re veulent pas que leurs pritres dominent en aucune circonstance. Plus la liberti' a coillé cher, plus on prend de précautions pour la conserver.
Knl'in un dernier tribunal , dit de la l'i'Yurifii', veille à l'observation des lois somptusires. Ceux qui les violent sont condamnés à une amende plus ou moins foite, selon (|u'ils se sont plus ou moins écartés du texte de la loi. Dans ce canton , un citoyen témoin d'une riieest, par le fait, investi de l'autorité puMi(|ue. Il impose silence aux deux parties , et , à sa voix, elles rentrent dans l'ordre. Ceux qui lui résisteraient seraient traités comme réfraclaircs à la loi.
t II résulte de tout cela, dit André, que le petit couicil mène le l'nnd, et le ijrand l'assemblée générale. Or, elle est (■om])osée de tous ces braves gens qui sourient au projet de leur landamman , et elle prononcera en notre faveur.
" Mais vous êtes galant, monsieur, très-galant, et ici le moindre petit scandale vous fera traduire devant le consistoire. S'il vous prend | fantaisie de mettre, ledimanclie, une veste de soie, on vous invitera ' à l'aller faire voir i» la chambre de la réforme. Tenez, nous aurions j été beaucoup mieux à Cienève. Dn n'y prend pas garde à ces vétilles- | là ; on y mange des truites , du raumon , et on y boit de bon vin. — : C'est toi (pli m'as proposé le canton d' \ppenzell. — Je ne le connais- I sais c|uc par des livres , et je vois que messieurs les auteurs font des voyages sans sortir de chez eux. Allons, refléchissez, et miirement. Il sera trop lard quand nous aurons trois voitures chargées de monnaie de billon. Comment les faire avancer dans des chemins du diable ? Le navir;ateur jette ses marrlisndiscs à la mer pour alU'i'.er son vaisseau battu de la tempête : nous serons obligés de jeter notre argent ç:i et là , à peine de rester cloués au pied de quelque roche. " La petite .Marianne regardait l'Ebenalp, et ses jolis yeux exprimaient la satisfaction. Ils semblaient dire que les belles (jrnevoises ne viendraient pas là troubler son repos. " Et puis, monsieur, toujours du vin du hhinlhal. — Qu'est-ce que ce vin-là ? — C'est celui (ju'on vous a présenté ; on le recueille sur ces rochers là-bas, (|ui séparent le canton des Etals de l'abbé de Saint Gall. Voyez-vous? — Il n'est pas bon, ce vin-là. — Et toujours du pain noir pour le faire passer ! "
Marianne fit quatre sauts, et revint avec un morceau de ce pain dans une main et un verre de vin dans l'autre. Elle y trempa son pain et le croqua comme un biscuit. Je la devinai. • Mon cher André, je conviens que j'ai ôté à la religion le manque hideux dont certaines gens la couvrent. Mais plus je la vois pure et douce, et plus je m'y attache. Je la pratiquerai ici au milieu de mes concitoyens, et elle est proscrite à Genève. — Allons, allons, nous habiterons l'Ebenalp et nous ferons du biscuit avec du pain noir. »
11 n'y a que cinq à six lieues du bourg d'Appenzell à Saint-Gall. Nous résolûmes cependant de partir de très-bonne heure, afin de p.^uvoir dans la journée convertir notre or en cuivre. La plaisante opération que nous allions faire là ! .Mais le pe'it conseil le veut ainsi.
• .Vh oà ! André, qui veillera sur nos femmes pendant notre absence ^ — La foi publique. — La foi publique, c'est fort bien ; mais — si elles couchent chez nos botes, il n'y aura pas de publicité la nuit. Il faut bien qu'elles v courbent , puisque nous avons besoin de tous nos chariots. — Mais, André... — Mais, monsieur, le sexe est faible. L'occasion, une surprise, suivies d'une capitulation de conscionce, n'est-ce pas là ce que vous redoutez ? Vous connaissez la force d'une capitulation de conscience, vous en avez usé. Il n'est pas là. La nuit, tout chat est gris. Je dormais , je rêvais... J'ai cru <|ue c'était lui ; je me suis trompée : ce n'est pas ma faute.
• Monsieur, les soupeoiis sont les enfants du vice. J'ai cru qu'en franchissaVit la lisière de la Franche-Comté , vous aviez secoué tout cela avec la poussière de vos souliers. — André , les maximes sont très-bonnes en théorie. — Eh b'en! monsieur, cmmcnez-'.a avec vous; et si elle s'ennuie en route, elle fera la clnsse aux marmottes. On ne trouve point à chaque p.ts une baume, une touffe de lilas, un terrier bien ouvert... — Mais je crois que tu deviens Mouche à ton tour. — .Ah ! voici notre Isudamman. — Il arrive à propos, n'est-ce p3S? — Pour vous, monsieur. •
Mnître Hciibcrg venait nous représenter que nous étions loin encore du moment où nnui pourrions nous installer sur nos domaines; i|ue nous ne pouvions, pendant un mois , coucher dans nos chariots ou incommoder nos hot;s. Il avait avec lui le charron leplus distingué du bourg, qui était aussi arcbilecti: au besoin. Il était disposé à nous b.îlir sur U place une maison de bois, dans les dimensions qu'il recevrait de nous. Elle ne devait être tenue qu'avec des chevilles. Rien de si facile que de la démunler plus tird et de la transporter sur notre esplanade.
lileker nous proposa ensuite de se charger de U construction du pont sur la Siller, cl le tout à des conditions trèi-raisonnables. « Je suis sa caution, dit M. lleilberg, et je voes répinds que, ses travaux
terminés, su nourriture et celle de sa famille prélevées, tes frais rentrés, il ne lui restera pas vingt livre». — Mail, mon cher concitoyen, vous savez donc tout faire? — Je vous ferai lutsi de» brouette». Il vous eu faudra pour transporter les déliiis de U vieille roelie. Si vous avez une pièce ii mettre à votre hibit, de l'hydromel à f4bric|uer, je imt encore votre homme ; et, avec tout cela, j'ai bien de la peine ii élever, physi(|ucment et moralement, nix curants ipie ma femiix- m'a donnés. — li.ih ! il est aussi pliyiicien, moraliste. — Et homme libre, ce ([ui vaut mieux. — l'iiesinoi, mon cher docleiir, pourrie7-vous nous recevoir dans votre maison de bois aeniain au soir? — Pourquoi pas ? J'ai des poutres et des planches île sapin; miii je serai obligé de prendre du inonde puur m'aider à les mettre en œuvre. — Eh bien! ne perdon; pas un moinenl. Tu ris, .\ndré ? 'l'u ferais bien mieux de croquer le plan de notre nouvelle habitation. Cela te regarde, mathématicien.
• — Un plan ! reprit Itlekcr ; je n'y entendrai rien. Combien ôtesvous de personnes à loger? — Trois hommes et trois femmes. — Et vous habitez deux par deux .' — ll''pondez donc, monsieur : il ne faut pas être grand calculateur pour cil i. — M. André est aujonrd liui sur le ton plaisant. — .le vais répondre pour vous. Une chambre spacieuse pour moi, ma femme et deux enfants. Une autre chambre commode pour mon ami. A côté, un r.ibinet pour m idcmoiselle. Il est sujet à des palpitations de cceur, surtout pendmt la nuit , et elle lui adminitre des c.ilmant'!. — Il n'y a pas de mal à cela, répliqua le charron ai-ili lecle. — Enfin, vous logerez comme voux le pourrez notri' domestique de confiance et notie cuisinière, mais à distance convenable. — J'entends j'entends. Tout ee'a seri établi d .u» un petit étige à six pieds du sol. Vous y monterez par une échelle solide, et >ous aurez le toit sur vos têtes. — Mais, ami ch.irron , il commence à faire froid le soir, et les vents coulis ne sont pas agréables. — \ oiis sentez bien qu'on ne couvre pas une maison apparente avec du foin, arrêté par des pierres ; ce serait la déshonorer, .le joindrai les planche» avec de la résine ; elle ne fond pas l'hiver, et l'été on aime à avoir de l'air. — Mais h cuisine, partie e-^scnlielie d'une habitation ? mais une écurie pour nos mulets ? — N ous aurez cela sous vos pieds, et si vos mulets se battent la nuit, vous n'aurez que deux sauts à faire pour aller mettre lu holà. »
Marianne était toujours u portée de m'entendre : par conséquent , elle ne perdait pas un mot de ce que disaient mes interlocuteurs. Je l'avais vue pâlir, rougir, sourire ; elle avait gardé le plus profond silence. A la vérité, il fallait se fâcher des picoteries d'André ou avoir l'air de ne les avoir pas comprises.
Mais le lendemain elle fut levée la première. Elle éveilla Bertrand, elle lui fit enfermer nos petites propriétés dans un des chariots ; elle lit atteler deux mulets à chacun des trois autres, et quand je descendis sur la place, elle vint au-devant de moi, une bêche sur l'épaule. •I Que voulez-vous faire de cela ? — La dusse aux marmottes. » Nous sourîmes tous deux; elle rougit encore : mais quand elle eit seule avec moi, sa rougeur n'annonce pas le dépit.
Wos chariots étaient vides, et nous n'étions pas assez dupes pour faire le chemin à pied ; c'était bien assez de marcher au retour. André conduisait le premier chariot, Itcrtrand le second, et moi le troisième. Elle était la , tou'ours là. Au reste, nos Suis es de nouvelle date avaient ! habitude de l'y voir. Nous arrivâmes à Siint-(iall avant midi.
C'est une forteresse que cette ville-'à. Trois gardes très-bien vêtus, mais d'une figure très-plate, nous demandèrent ce que nous voulions. André, qui était eu tête, répondit que nous étions députés par le petit conseil d'Appenzell auprès de monseigneur, et que nous avions des dépèches à lui remettre. A ces raoti. Ici trois gardes nous portèrent les armes, et l'un d'eux se détacha pour nous conduire .nu palais abbatial, • Ah ! dis-je à Marianne, on rend les honneurs militaires à des paysans du canton d'Appenzell ! Monseigneur n'a pas oublié que les Appenzellois ont batui ses prédécesseurs, et les ont forcés à reconnaître leur indépendance. Celui-ci veut vivre en bonne intclliçcnce avec eux. »
L'abbé de Saint-Claude nous avait marqué quelque considér; tion; celui de Saint-Gall nous reçut avec cordialité. Il avait aussi sa petite couronne ii sa crosse : il la fit disparaître, sans doute dans la crainte i|ue cet aspect blessât les yeux d hommes libres; voilà des procédés, il lut ensuite les dépèches dont nous étions chargés. « C'est liien, fort bien, nous dit-il. Tout s'arracgeia comme le désirent messieurs du ;etit conseil. Commencez par taire porter et faire compter votre or a ma caisse; dans trois jours, on vous l'escomptera en monnaie de l.'.llon. — Dans trois jours, monseigneur? — Nous sentez bien 'juc je lie ferai pis cette ojéralion avec mes propres deniers, .le lèverai un nouvel impôt, et il faut bien trois jours jiour la perception, le? significations de contraintes et les exécutions. •
Monseigneur me parut Irèj familier avec les mots techniques de la basse finance. J'en conclus qu'il avait souvent recours aux moyens innocents pour se procurer de l'argent.
L'abbé deSjint-CUude fnit cultiver son territoire, 1^^s-^^rné. paf ie.i serfs, et les fait tr.av.nllcr ii coups de fouet. I.'abbé de .Saint-(;:ill, souverain d'une province, ne peut entrer dans ces petit: dét.iih. Mais il laisse à ses sujets tout juste ce qu'il leur faut pour ne pas mourir
LA MOUCHE
de faim, vl cela revient au nit^me. Auri sacra famés est la devise de ces .letu messieurs. D'après cela, il faut que ces malheureui rendent k Ct'sar non ce <|ui lui appartient, mais ce (jii'il (Icmande.
« Messieurs, reprit monseigneur de Saint ( '.ail, quelle est celte jeune et très-jolie dame qui vous accompagne? Messieurs du petit conseil ue m'en parlent pas dans leur missive. • .le pensai aussitôt à la rt'ponse d'Abraham au roi du disert, réponse cjui le priva pendant quelques jours de la belle Sara, qu'il avait fait passer pour sa sœur. Je m'empressai de répondre que Marianne était ma femme. Je fus contraint ii mentir par la nécessité. Ce ne fut pis ma faute.
« Madanie est cliarmanle, et je vous fais mon compliment. Je ne souflrirai pas que les iléputés de mes amis d'Apperzell logent ailque dans mon palais. Faites transporter ici votre or et vos effets. Je vais donner mes ordres pour que votre affaire se termine promptement. • Koiis n'avions pas de raison pour refuser. Nous répondîmes poliment, et nous nous levâmes. « J'espère i|ue madame restera avec moi jusqu'4 votre retour : je lui ferai voir mon cabinet, ma bihliotlieque. — Monseigneur, je n'aime pas la lecture, et je ne quitte jamais mon mari. • Elle jirit mon liras, et nous sortîmes. • On n'est pas obligé, me dit-elle, de garder sou cieur pour i|uel(ju'un qu'on ne cooniit pjs ; mais on met son bonheur à le lui conserver ipiand il s'est présenté. • 1,'abbé de Saint- (Will a raison : cette fille-là est charmante. Klle m'aime véritablement, et son amour-propre est flillé de me sacrifier un prince.
.\ndré. Kertrand et moi portâmes facilement, en un seul voyage, notre or à la trésorerie. Monsieur le trésorier nous reçut avec la plus .qrande affabilité : l'aspect de ce métal a (|uelqiie chose de séduisant. ISous lui aidâmes à le compter, et il nous en donna son récépissé. • Cela ne suffit pas, lui dit le prévoyant André. Signez-nous l'obligjtion de nous rembourser, en petite monnaie, dans trois jours au plus tard. — Hah! si monseigneur refusait de remplir cet engagement, à qui vous adresseriez- vous? — Au canton dAppenzell ,''répondis-je fièrement, (|iii enverrait dii mille hommes solliciter notre remboursement à coups de mousquet. » Le trésorier baissa les yeux, écrivit et signa.