XX. — Suite du précédent
Je vois de mes croisées Jeannette et son mari traverser la cour. Ils sont chargés de leurs effets , et ils vont passer cette porte (jui ne s'ouvrira plus pour eux.
Des Audrels rentre. Sa main droite est enveloppée d'un mouchoir. Le ciel a-t-il défendu, protégé l'innocence? Jules a-t-il triomphé?
Je n'ose me livrer à cette idée consolante. J'ai oui dire que souvent les deux adversaires sont blessés , (|u'ils restent quelquefois sur la place. L'image de Jules mourant me poursuit sans relâche ; je ne peux résister au tourment que j'endure.
Je parle k Thérèse , c'est le iimn de la vieille femme qu'on a mise auprès de moi. Elle me répond avec un laconisme désespérant. Ce que ses réponses me laissent pénétrer, c'est qu'elle a l'ordre de me servir, de me satisfaire sur tout ce que je lui demanderai. Mais certaines réticences me font sentir qu'elle ne se chargera d'aucune lettre de moi ni pour moi. Elle m'a parlé avec moins de réserve de M. d'Apremont. Il ne donne aucune marque de colère, et il est profondément affligé. Non , Claire , cet homme n'est pas méchant, et il serait facile encore de le ramener à celui qui m'a ôtc son estime et le repos. Mais il me perdra; il l'a juré, et il sera fidèle à son unique serment.
Les croisées de mon cabinet ouvrent sur la rue. Je regarde à cha-
que instant, et je ne vois ni Jules ni personne qui lui appartienne. Aies yeux se portent iiir un l'.rand lalilc.in stispenilu à un fort clou h crochet. Ce clou... un laicl... tu m'entends, (il, lire... Demain, demain. La journée finit, li'S ténèbres s'épaississent, et je ne dislingue plus ceux qui passent dans la rue. Je ferme ma croisée, je m'assieds en face du tableau , je contemple ce clou avec une joie barbare... Ce clou !... oui , ce clou.
'l'Iiircse vient me dire que je suis servie. Les insensés! manget-on (luand la léle est perdue et que le cœur est déchiré ' Je prends un couteau; je le cache, je ne sais par (|uel motif; mais il peut arriver que j'en aie besoin
Dieu! mon Dieu! que ne vous dois-je pas !... Je tombe à genoux, Claire; j'incline ma tète devant la Divinité, je lui rends grâce.
Avant de le dire ce qui vient de se passer, je vais ti- donner une description abrégée des lieux, sans hupielle tu ne m'eiilemlrais pas.
L'hôtel se compose d'un coips de logis entre cour et jardin , et de denv ailes formant un angle droit avec le liâlimcnl jirineipal iiu'liabitent M. d'Apremont et des Audrels, cl duquel on m: peut rien voir de ce qui se fait dans les rues adjacentes. Mon appartciiieiit lient le premier étage tout entier d'une de ces ailes. Au-dessus est une terrasse à l'italienne; an rez-de-chaussée est un autre apparlement, le plus riche de l'hôtel, «jui ne sert (|u'aux jours de céréiuonii; , et <ini, dans aucun cas, ne s'ouvre à trois heures du malin. Thérèse est couchce dans une cli ambre qui a vue sur la cour. Ainsi je suis seule, absolument seule du côté où je peux recevoir quelques éclaircissements sur le sort du bien-aiiné.
J'étais à ma croisée; mes yeux plon^/aienl à droite et à gauche dans la rue. Quelquefois ils se porlaient donloiireuscment, machinalement, sur les maisons situées en face de moi. l ne fenêtre s ouvre , un homme y paraît; il fait un grand mouvement, il fixe mon attention : je regarde... Je reconnais Eirmin.
Eirmin se retire dans le fond de sa chambre. Li , il faille semblant d'écrire avec l'index de la main droite sur la paume de la main gauche. Il me montre ensuite mon seciélaire , qu'il pctilvoir, et un autre signe me rappelle à la croisée... J'y suis , j'y suis. 11 faut i|ue j'écrive, et je viendrai ensuite jeter ma lettre à Eirmin jiar la fenêtre. Je commence. Je vais faire au bien-aiiiié une peinture louclianle de ma situation, et j'implorerai son secours, si toutefois il peut m'en donner. Mais comment saurai-je s'il <'st blesse ou non ? .le le demanderai i voix basse à Firmin quand il \iendra recevoir ma lettre. U me semble, au reste, qu'il ne peut pas y avoir de danger, pui-qu'il désire que je lui écrive, el ([ue sans doute il pourra me lire. Celle idée me fait un bien !... Le bruit d'un carreau de vitre cassé me fait tourner la tète. C'est Firmin qui, par de nouveaux signes, me fait connaître ([ue je ne l'ai pas entendu, cl me rappelle à la croisée. N'eut-il que j'écrive là? Que signifie celte bizarrerie? N'importe. J'approche une petite table, j'y mets de l'encre, du papier, une plume. Je regarde Firmin, je l'interroge des yeux. Un mouvement de tête me répond que c'est là ce (ju'il désire. Je ne pénètre pas ses motifs, et j'écris : un second carreau cassé me fait relever, et Firmin retourne dans le fond de la chambre.
Pourquoi cette table et les objets dont je l'ai chargée , si je ne dois pas écrire ? Je m'y perds. Je suis Firmin des yeux, je suis attentive à tous ses mouvements. 11 me fait voir des feuilles de carton sur chacune desquelles est une très-grande lettre majuscule. 11 me iirésente une M, et il me montre ma petite table... Enhn, m'y voilà : c'est lui qui va dicter. Moyen ingénieux et consolateur, l'amour seul a pu l'inventer.
J'écris cette INI , et Firmin prend une autre feuille sur laquelle est un seul point : je mets le point. Firmin trépigne de joie , je vois que je l'ai compris.
11 tire un papier de sa poche, il le consulte attentivement avant que de présenter chaipie lettre , et en assez peu de temps j'écris ce que tu vas lire : « Jules jouit de la meilleure santé, et le monstre doit la vie à une légère blessure qui ne lui a plus permis de tenir son épée. Votre sort changera bientôt, espérez. Ce soir , à minuit, Firmin viendra prendre ce que vous aurez écrit pour Jules ou pour madame deVillers, el il allachcra au bout d'un ruban, ([ue vous lui descendrez, une lettre détaillée. »
Espérez, m'a-t-il fait écrire. Ah ! Claire, quand mon amant vit, quand je suis l'objet de sa tendre sollicitude, quand il me dit que je dois espérer, puis-je penser à mourir ? Mais à (jnel genre d'espér.mce faut-il que je m'abandonne ? Sans doute il n'entend point parler des douceurs de l'amour. J'ai été faible une fois, nous étions libres l'un el l'autre, et il s'est montré grand et généreux. Le scra-t-il moins maintenant que les institutions sociales s'élèvent contre notre amour ? Ah ! qu'il le soit, qu'il le soit pour tous deux ! Je suis sans force contre mon coeur. ,
Ce soir, je fermerai ce paquet, je le descendrai a Firmin avec une lettre (ruejai commencée pour Jules. Firmin est resté dans sa chambre , il me regarde , il me fait des signes que je n'entends pss : qu imi)orle, puisiiue tout est convenu entre nous ? , , .
Il reprend ses cartons, et j'écris encore sous sa dictée. .Je louai ceie chanbre pour aitrc a porté de savoir ce qui se passe cbe vous. Jeu ne sui pas conu à l'autel , et jeu peu mi intrauduir sou quelleque
ADÉLAÏDE DE MtRAN.
praitette , si vous avé lirsoin ilc moi. Daifiez-vous de Tliairaise, et conlé sur mou daivoumenl. u
Il Cil dise de Mlir (iii'il n'avait |iiis reçu de modèle pour ce billct-ci.
J'attends avec la plus vive iiupaiieuce la lellir do ce sciir, elle me doiiiieri des détiils. .Mais plus je riflécliis, plus j'ai lieu de croire >|ue Jules a pris des mesures vigoureuses , et ijue je lui dois beaucoup. Je ne l'aimerai pas davantage : dès lonylemps mon amour est tout ce qu'il peut être.
J'ai eiilin terminé ma lettre , j'en suis mi'contente; mais je ne peux m'exprimer avec plus de modération. Je vais fermer ce pa<|U('t. Tu me répondras sous le couvert de M. de Cou réelles
Le curé avait une boone vieille servante , providence de son intérieur.
Je venais de cicber mes papiers quand des Audrets e»t entré. Je me suis réfugiée dans mon CjbiiKt, ilont l.i croisée était restée ouverte, et je pouvais me faire eiileudre de Finuiu si le monstre eût osé entreprendre (|uelque chose. J'ai été indiquée de voir Tliérèsc entrer et s'asseoir dans ma cliambre à coucher , dont j'avais négligé de fermer l.i porte qui donne dans mon cabinet. J'ai marqué mon mécontentement de cette familiarité. « Madame, m'a dit le barbare, dans la position oii vous êtes, vous avez besoin de tout le monde, et personne n'a besoin de vous. Ménagez cette femme, à qui j'ai remis une partie de l'autorité que M. d'Apremont m'a donnée sur vous. J'ai plus d'influence que jamais sur son esprit, je suis le maître ici , et je me conduirai selon la détermination que vous allez prendre. Je ne vous ai mise encore que dans une situation fâcheuse, ie peux ramener votre mari ou aggraver vos maux jusqu'à vous réduire au dernier désespoir. \ oulez-vous que je sois votre amant? — Aon! ai-je répondu en me levant avec un mouvement de force et de colère dont je ne me croyais pis capable. La , la , a repris Thérèse , on en a réduit de plus décidées que vous. i. J'ai senti aussitôt ce que j'avais à redouter de ces deux êtres déte>tables ; je n'ai point balancé , et j'ai apjielé à mon secours. Des Audrets a osé porter la main sur moi, il m'a éloignée de la fenêtre, il l'a fernue; et se plaçant entre elle et moi, il a continué de me parler avec le calme d'un scélérat consommé. " Les désirs que vous m'avez dès longtemps inspirés sont devenus peu à peu une passion i|ue je ne peux plus maîtriser. Peut-être a-t-elle élé portée jusqu'à reias)iération par l'amour (|ue vous avez pour ce jeune hoiîimc et la jalousie que j'en ressens. li faut (|ue je la satisfasse , n'importe à quel prix. La réponse que vient de vous faire 'Ihérèbc vous prouve (lue je peux entrer chez vous la nuit comme le jour. Ainsi ne vous préparez pas à une résistance qui serait inutile, .le reviendrai tout à l'heure sur ce sujet-là.
• Je vais maintenant vous dire ce que j'ai fait et ce que je me propose de faire; il faut que vous sachiez précisément ce que vous avez à espérer ou k craindre.
• J'ai lu la lettre pathétique que vous avez écrite à votre mari. \ous deviez croire (|ue j'avais prévu les suites d'un éclat, et que je les ai prévenues. 'Vous serez dégradée ; mais il entre dans mon plan
Parii Typu[;ra|ihif Pîoii f>
que ma maîtresse jouisse de la considération propre à flatter mon orgueil et à relever mon triouijihe.
» Il est inutile de fermer les jeux et de vffus boucher les oreilles. D'Ai)renH)nt n'est pas à l'hôtel, et je peux élever la voix.
Il La première mesure que j'ai prise quand vous avez été enfermée dans votre appartement a été d'envoyer à la terre de Champville vos femmes et tous les domesti(iues. Ils sont partis, sans rien savoir de ce qui se passe ici, avec l'ordre de tout mettre en état à Champville. Ils ont été remplacés aussitôt jiar des gens pour qui vous êtes valétudinaire et mélancolii|ue. On dira la même chose dans le monde à ceui qu'on aura intérêt de tromper.
)i Si M. de Courcelles ne se décide promptement à quitter Paris, vous serez transférée à Champville, où vous ne verrez que moi et votre mari ; moi toujours, lui ((uand cela me plaira. Maintenant entendons-nous. Je n'exige pas que vous m'aimiez; mais je veux que vous en ayez l'air, el (jue vous receviez mes caresses avec l'abandon et la gaieté qui seuls peuvent me satisfaire. (,juand je vous aurai amenée à ce point, je verrai ce que je pourrai faire pour vous, j'adoucirai votre sort.
• — Allons, ma jolie petite dame, a repris la vieille, laissez-vous persuader. Le mot intrigue vous blesse les oreilles : la, la, dans quelques années le mot vous sera agréable parce que vous aurez pris goût à la chose. Toutes les femmes ont un bon ami, c'est la règle, et n'est-il pas bien commode de l'avoir chez soi, surtout quand il a la confiance du mari? m
Furieuse, exaspérée, je me suis réfugiée à côté de mon guéridon; j'ai porté ma main sur mon ouvrage, dans lequel j'ai caché le couteau ; j'étais décidée à en frapper quiconque s'approcherait de moi. Incertains, irrésolus, ils se regardaient tous deux, lorsqu'un certain bruit s'est fait entendre à la première porte de mon appartement et a captivé leur attention. " Je vous dis qu'il faut (|ue je parle à M. des Audrets. )i .l'ai reconnu la voii de Firmin , et j'ai commencé à respirer librement. « Je vous répèle que personne n'entre chez madame, a répondu... un (lomesti(|ue prohablemcnt. — Je me présente ici jiar ordre de JI. d'Apremont , et je suis le médecin de madame. " La
Les pauvres familles du pays venaient trouver sans crainte le bon curé.
porte s'est ouverte aussitôt; le monstre y a couru; il n'était plus temps, Firmin était entré. Il s'est avancé d'un air grave et en multipliant les révérences. Des Audrets le fixait en marchant à reculons. Firmin fermait les portes de toutes les chambres qu'il traversait. Ils sont entrés dans mon cabinet, o ^ ous êtes médecin, dites-vous, a rejiris le scélérat après avoir un peu réfléchi , et vous venez ici par ordre de AL d'Aiircmont ? ^'ous êtes un imposteur. — D'un ton plus bas, s'il vous plait, a continué Firmin en serrant la main blessée de des Audrets jusqu'à lui faire faire d'horribles contiirsions , pas de résistance. Vous n'avez ([u'un bras , moi j'en ai deux des plus robustes. Tenez-vous tran(|uille, croyez-moi. IMadaïue Dupont, asseyez-vous là, dans le coin, à côté de monsieur, et écoulez-moi. »
Thérèse a pâli lorscjuc Firmin a prononcé son nom de femme, et des Audrets a tressailli. Qui est cette malheureuse? Mon amant
ères, rue tic V;.ugirard . 3t>.
ADÉLAÏDE DE MÈKAN.
ticnl-il iléjk le lil .li- citu- uoiivclle trame .'... Kirmin a reiuis la \ulole : . \ ous vous iti-s iicriiiis, moiisieiii-, îles |iioci'iirs oJuiu a l'etjarJ (le iiKulaiiie, |iuisqu'elle a ileiuaiulé ilu secours. \ ous l'avez tirée avec force, et vous avei feriué sa croisie pour éloufler ses justes plaiiiles. Je ne suis pas niédeein , in.iis je suis lioniirle liomme , el je viens secourir la faildesse contre l'oppression. J'atleucirai ici M. a'Apreinoiit. Je présume que le luasiiue cpii vous a si lons;timps couverts. \ous et la Dupont, est levé en ce luonunt, el que le resseiitiiiient de celui que vous nomiuie/. votre ami sera proportionné à l'alius (lue vous avez fait île son aveugle confiance, l'oint de réplique, el surtout yarde/.-vous l'un et l'autre d'appeler. .\u premier cri, je vous assomme tous deiii.
V Hemettez-vous . madame. Votre position va clunger, et votre mari, lionteui de s'être laissé tromper aussi grossièrement, s'empressera sans doute de réparer ses torts. »
Thérèse était accablée, le monstre écumait de colère. Firmin, immobile dans sa position, les contenait l'un et l'autre. I.a porte coehère s'est ouverte, une voiture est entrée au grand trot. Des Audrels s'est levé pour s'approcher de la croisée. Firmin l'a cloué sur son fauteuil. « Du courage, m'a-t-il dit, madame, voilà des libérateurs. »
J'ai vu descendre du carrosse M. d'Apremont, deui hommes (|ue je ne connaissais pas, et une jeune dame.
Trois domestiques, sans livrée, étaient derrière la voiture, et sont entrés avec les maîtres. Je prévoyais une scène violente , sans savoir encore iiuel eu serait le sujet. L'approche de la crise m'avait fait oublier ce que venait de dire Firmin; je tremblais de tout mon corps.
J'ai entendu ouvrir la porte de mon appartement avec un saisissement , un effroi que je ne peui dépeindre. J'ai fait un effort sur moi-même , je me suis traînée au-devant de 'NL d'Apremont. « ^ ous triomphez, madame, m'a-t-il dit, et le crime va subir la peine <|ui lui est due. • Ces paroles m'ont rendue à moi-même, et j'ai pu suivre la marche des événements que je vais te détailler.
Ln des hommes que j'avais vus descendte de voiture , ceux que j'avais pris pour des domesti(|ues, sont entrés, avec SL d'Apremont, dans mon cabniet. Le premier a tiré une écharpe
de sa poche; il s'en est décoré. Puis s'adressant à Thérèse anéantie, il lui a demandé si elle le reconnaissait. Deux des hommes qui le suivaient se sont rangés à droite et à gauche de la malhcuieuse ; le troisième m'a demandé la permission d'écrire sous la dictée du coniiuissaire. 11 a tiré des papiers de sa poche, il s'est mis à mon secrétaire. M. d'.Vpremont lançait k des Audrets des reganls foudroyants; le scélérat n'a pas liaissc les yeux.
Le commissaire a pris la parole, et s'adressant à Thérèse : « Vous avez été, lui dit-il, reprise de justice, il y a cinq ans. Six mois de réclusion auraient pu vous corriger, si un cœur vicieux était susceptible de changer. Depuis ([ue vous avez recouvré la liberté, vous avez fait métier de corrompre de jeunes femmes. Vous y avez réussi quelquefois, et votre adresse a jusqu'à présent dérobé votre conduite à l'œil vigilant de la police. Aujourd'hui tout est découvert : répondez aux questions que je vais vous faire.
» Qu'est devenue madame de Ferval, que vous avez déterminée à quitter son mari pour la livrer à cet homme, à des .\udrcts, qui l'a bientôt abandonnée et qui l'a laissée entre vos mains? — Elle est venue volontairement chez moi , et elle en est sortie quand elle l'a voulu. — ^ ous mentez. Vous avez fait de ses charmes un commerce infâme; vous l'avez forcée à se prostituer. Vous ne lui avez pas rendu la liberté, mais elle est parvenue à s'échapper de chez vous. Son mari, homme prudent, a étouffé cette affaire. Ce qui se passe à présent fera
tout recliiTclier, tout rapprocher, et on purgera la «oeiété d'un iiioustre tel ([ue vous.
• De quel droit ou par quel ordre deux furies, qui vous remplacent à votre domicile, y relenaient- elles de force une demoiselle de Tarbes, qui est enceinte des fait» de des Audrels, et que son père cherchait vainement dans les lieux les plus cachés de l'aris '.' — M. des Audrels l'a mise en pension chez moi; il m'a dit qu'elle csl sa parente, que son esprit est aliéné, et c|ue j'eusse à veiller eiactement sur elle. — Kl depuis huit jours qu'elle est chez vous, avez vous eu quelque preuve île celle prétendue aliénation d'espril' — J'en ai eu nulle, monsieur le coiiiniissaire. — Mensonge atroce! s'est écrié U jeune personne en s'élaiiçanl avec son père dans mon cabinet. Cel homme a voulu me séduire pendant le séjour qu'il a fait cet été au chAteau de \ elzac ; je l'ai repoussé. Il a gagné ma femme de chambre, et un breuvage soporifique m'a mise à sa discrétion. Je me suis réveillée dans ses bras, et il m'a fait horreur.
i> liieiitùt je me suis aperçue que son crime avait des suites; j'ai craint le meilleur des pères, et je lui ai caché mon état. J'ai écrit à cet homme une lettre suppliante. Je sentais que sa femme serait la plus misérable des créatures; mais je conseillais à me sacrifier a l'honneur de ma famille. Il s'est bien gardé de me répondre par écrit : il a senti que ce serait me donner des armes, (|ue je ne manquerais pas de tourner contre ' lui. 11 m'a envoyé un émissaire, insinuant, adroit astucieux, qui a eu l'air de me plaindre; i|ui m'a protesté que je lui inspirais le jiliis vif intérêt, el qui a gagné toute ma confiance. U m'a représenté que je ne pouvais donner la preuve d'aucun fait, et qu'un éclat serait inutile et déshonorant; mais ([ue -M. des Audrets était incapable de résister à mes larmes , el que le seul parti que j'eusse à prendre était de venir à Paris , où mon mariage se ferait infailliblement. J'ai cru ce misérable; j'ai fui la maison paternelle, et je me suis livrée à ces monstres , qui voulaient se défaire de moi. Ils m'ont conduite chez cette femme, où les mauvais traileiiienls auraient, en effet, bientôt produit cette démence , (|iii leur sert de prétexte aujourd'hui , qui m'eût ôté la mémoire du crime et les moyens de m'élever contre auteur. Voyez, madame, m'a dit cette infortunée en découvrant .. sein, voyez la trace des coups dont on m'a accablée hier. > A l'aspect des meurtrissures dont cette pauvre fille est couverte, le père, furieui, s'élance sur d. s Audrets. Il a fallu des efforts multipliés pour le tirer de ses mains. Le scélérat a entrepris de se disculper. 11 a prétendu ([ue tout Paris avait eu madame de Ferval; que, jeune alors , il avait pu vouloir la posséder aussi , et qu'il ne pouvait être responsable de ce qu'elle est devenue quand il l'a eu quittée. Il a prétendu n'avoir rien eu de particulier avec la jeune personne qui était présente. 11 a ajouté iiu'il l'avait vue à Tarbes; «[ue, dans l'embarras où son inconduite l'avait mise, elle s'est adressée à lui, et qu'il avait cru pouvoir lui donner un asile. « Et c'est dans une maison de débauche que vous avez placé mademoiselle! a repris avec force le commissaire. Les contusions qu'elle vient de découvrir déposent contre vous et vos complices.
» El c'est la Dupont, c'est une femme qui a tous les vices et que vous connaissez iiurfaitement, que vous placez auprès de 1 épouse de l'homme que vous appelez votre ami' • l'es Audrels a voulu répliquer. .. Tout est connu, lui a dit le co-nmissaire. La femme de chambre de mademoiselle, que vous vous êtes hâté de placer a Pans, vient d'êlrc arrêtée. Elle a nommé le pharmacien .le 1 arbes qui a donne I opium ; elle a avoué l'usa.;e que vous en avez tait. Les deux femme5 qui étaient chez U Dupont sont aussi sous la mam de la police, et n ont
La soutane du euro a uoe pièce au coude, mais là-dessous est un bon cœur.
sou
son
ADKLAIUE DE MÉRAN.
|iii nier des faits conslntos jusi|u'à l'évidence. Il ne me reste qu'à m'asmrer «le vous et île celle iiiisérilile, fl je \oiis arrèle l'dii et l'autre, lue instrticlioii criminelle, un junemeni iquiuible et sévère, veni;era la socit'ti', offensée p.ir vous dans plusieurs de ses nienilires. — i)ne résultera-t-il de ce procès ? Je serai emprisonné pendant (juehiue temps, mais madame de Ferval sera pul>li(|uemeiil déshonorée; on saura que mademoiselle, de gré ou de force, a fait un enfant, et que madame d'Apremont a été en relation directe avec la Dupont. Il faudrait que les individus qui composent ces trois familles eussent perdu le sens commun , pour ne pas sentir les suites qui résulteraient pour eux d'une semblable procédure, et pour ne pas les prévenir. D'après cet aperçu très-simple, je n'ai rien à redouter.
>> — Ceux (|ue vous avei si cruellement outrages ont, je l'avoue, un intérêt réel k étouffer cette affiire, et ils y sont disposés. Mais ils vous prescrivent des conditions. \ ous (|uiltere7. à l'IuNtant cet hôtel, pour n'y rentrer jamiis. ^ ous épouserea', mademoiselle, parce qu'il n'y a que le moyen de lui rendre l'honneur. 11 sera stipulé par le contrat qu'elle babilera chez son père, et vous vous obligerez, par un acte particulier qui contiendra l'aveu de vos crimes, ;i ne jamais approcher de .îon domicile. Je vais vous conduire en prison, comme s'il ne s'agissait que d'une mesure de police ordinaire, et vous y resterei jusqu'à ce que vous ayez satisfait ;» ce (ju'on eiige de vous. Vos eoni|ilices seront détenues a perpétuité, comme femmes do mauvaise vie. Elles seront, ainsi (pie vous, soustraites à la vigilance des tribunaux, et vous devez Ions la redouter à un point qui ne permettra jamais de l'appeler sur vous. L'autorité supérieure sera instruite de tous ces détails, et les familles intéressées sont assez recoininaudables pour qu'elle approuve les instructions que viennent de me donner mes supérieurs immédiats. Présentez vos mains, monsieur.
» — Quoi ! s'est écrié le monslre, on me traiterait comme un vil criminel !... — Et qu'êles-vous ? a répondu le commissaire.» Un des trois hommes qui raccompagnaient a tiré des fers de sa poche. L'infâme a voulu opposer quelque résistance : on l'a terrassé, garrotté, on l'a porté dans la voiture ; on y a traîné U Dupont. Firinin a smivi sans qu on lui ait fait une question, sans (|u'oii ait même paru le remarquer. Je suis resiée avec M. d'Apremont.
Sa physionomie était sombre, et cependant ses yeui exprimaient des sentiments doux. Ils se portaient sur moi , ils s'en éloignaient, ils y revenaient encore. De profonds soupirs s'ccliappaieut par intervalles. J'ai jugé qu'il m'aime encore, et qu'il n'était pas impossible de le calmer et d'ailoucir ses maux et les miens. • ^ ous connaissez mainlenaiit, lui ai-je dit à quel point mes imputations à l'égard de des Audrels étaient fondées. — ^ ous et ma nièce m'avez dit la vérité ; j'en suis convaincu, madame. Oh! combien le misérable m'a trompé! Jla prévention en sa faveur, ma confiance aveugle, m'ont rendu injuste envers vous. \ ous êtes libre, madame, et je vais mettre tous mes soins à vou-. faire oublier mes torts... Mais, Adèle, vous en avez eu de voire côté, et de graves. M. de Courcelles... ■ — llélas ! monsieur, nos seiiiiments sont indépendants de notre volonté. Si on pouvait disposer de son cœur, le mien serait tout à vous. Voulezvous un garant certain de ma bonne foi ? Je vous conjure de me conduire a tihampville; je n'y vivrai qu'avec vous et pour vous, et je n'entretiendrai aucune espèce d'intelligence avec M. de t^ourcelles. »
J'avais une extrême envie de savoir comment on avait découvert les infamies de des Audrets; je n'osais interroger directement M. d'Apremont. J'ai jeté quelques mois assez insignifiants qu'il était le maître de saisir, et auxquels il pouvait sans impolitesse ne pas donner de suite. Il m'a devinée, et il s'est empressé de me satisfaire.
Le misérable l'avait prévenu contre sa nièce et son mari, au point de lui faire dédaigner toute espèce de ménagement. Il lui a reproché sa f.iihlesse de la manière la plus dure ; il lui a fait sentir qu'elle s'est sacrifiée à un ingrat. Elle a appris que son mari ne la jamais aimée, et que la violence de la passion qui le domine éloigne d'elle jusf|u'à l'espoir de le ramener. M. d'.Apremont se repenl du fond du cieur de s'être laissé aller à une brutalité, qui est si loin de son caractère. Mais les regrets ne servent à rien : il lui est impossible de revenir sur le coup qu'il a porté.
Madame de Courcelles est trop pénélrante pour n'avoir pas reconnu d'abord, dans un homme naturellement doux, la violence et la méchanceté de des Audrets. Elle n'a pu nier qu'elle ail été faible; mais elle a essayé de prouver, par sa résistance aux vues du scélérat, qu'elle n'est point une femme sans mœurs, et elle a ajouté que le mariage avait effacé sa faute. L'indifférence de son mari, dont jusqu'alors elle n'avait pas de certitude, lui a tiré d'abord quel(|ues larmes, mais revenant bientôt à son caractère, elle a dit assez gaiement à son oncle que des époux raisonnable! ont respectivemeni bien des choses .i se pardonner. Ce Irait de légèreté a affecte .\L d'A]iremoiit, et il me donne une sorte de conviction que les idées de des Audrels sur la galanterie de madame de Courcelles pourraient n'être pas sans fondement.
Jules est rentré chez lui ï la fin de cette étrange conversation. Il a conjuré M. d'Apremont de le suivre, et il lui a juré sur sa ti'te qu'il allait lui donner les preuves les plus aiilhenllques de l'avilissement et de la perfidie de des Audrets. M. d'Apremont était disposé à saisir loat ce qai ponvail me justifier d'avoir cainmnieiisement accusé ce
misérable. Il a suivi Jules, ipii l'a conduit chez la Dupont. Le commissaire et ses gens y étaient déjà rendus. Déjà on s'était assuré des deux créatures, ministres des iniquités et de la froide cruauté de Thérèse. Il ne restait plus que îles Audrets à convaincre : on a fait monter en voiture la jeune personne de Tarbes et son père; M. d'Apremont et le commissaire s'y sont placés avec eux. Tu sais le reste.