XXII. — On vil , on souffie à Champville
Firmin est venu le malin de bonne heure. Il nous a annoncé que l'enfant était mort, et qu'on désespérait de la vie de sa mère. J'ai
AUÉLAIDE l)K MT.!! \N.
p«nsë à Jules, niix rcmurds qui allaient renaître , k l'ëtat cruel dnns let|uel II tomber;! il. J'ai eii|;a(;t' M. d' Vpremont à se rendre pri'-jdc lui. Dans i|uel état je suis louWc uioi-inèine, lois(|iie j'ai élii seule ! Ma vie «'ntiere s'est prtîsciilée à moi; je l'ai scrutée avec imparti. ilité, et je me suis trouvée coupable. J'ai voulu sauver mon père, en disposant de ma main s.'ins mon ea'iir : mais était-il reelleiueul eiidanijer:" Le niédeein u'a-l-il pu être i;ai;né .' .\'ai-je pas eédi' trop faeilciiient aui apparences.' Jules m'avait donné, j'en conviens, l'eieuiple de l'inlidelite , mais une inlidélité volontaire n'est-elle pas un crime, et ee criiuc ne l'ai-je pas commis? iSe savais je pas, d'ail'eurs, (|ue j'allais reconuaitre l'amour le plus vrai, le plus vil par l'indilléieuee la plus absolue ' l'ouvais-je nie dissimuler que j<' nourrissais d.ins le fond de mon cœur une llamiiie adultère, et qn il siillirait peut-être d'un instant d'oubli de soi-même pour outrai;* r un homme respectable .'
C'en cA fait : la malheureuse femme a lini aujourd'hui à on/.e heures, et le ressentiment de son mari s'est éteint avec elle. ( !'est alors qu'il s'est reproché, plus aiui'remenl i|u'il ne l'avait f.iil encore, la violence involontaire ipii a précipité son épouse au tomlii.iu. « l.lle ne méritait pas la mort, elle ne la méritait p.is, repétait-il sans cesse, et je me suis souillé d'un meiirtie aliomin.iLile. '■
M. d'I'.sloiiN ille l'a arraché de son hôtel, et l'a conduit dans le sien. M. d'.Vpremonl s'est eliar.jé d'ordonner la pompe funi'bre. L'infortuné est décidé à sortir de Paris, oii tout lui retracerait des souvenirs affreux. Il ira, dit-il, demeurer à Nel/.ic; il fermera les yeiu de M. et madame de Méran. .\h ! je le devine, Claire : il croira rétro iver auprès de mes parents '|uel(|ue chose de moi. Ils lui ont refusé ma main ; mais son intérêt seul les a portés à réloi;}iier. Ils ont conservé pour lui le plus tendre attachement; il reviendra près d'eiu aiii sentiments doux , et il jonchera de fleurs leurs derniers pas.
Ils parleront de la pauvre Adèle ; ils la plaindront (|ueli|uefois ; ils l'aimeront toujours.
Notre départ pour ChampviUe est fué à demain. M. d'Apiemont m'a demandé si je periiutlrais ji Jules de venir prendre congé de moi. Je lui ai répondu franchemenl ([ue cette entrevue serait douloureuse pour tous deux, et qu'elle [lourrait entraîner de ijraves inconvénients. Attendait-il cette réponse' Je ne sais; mais elle lui a causé une vive satisfaction, et il n'a pu me la cacher.
Jérôme a couru une partie de la journée pour acheter des bagatelles que nous ne pourrions nous procurer à ChampviUe. l.n traversant le Ponl->cuf, il a reconnu des Audrets dans un cabriolet dr place. Sans doute, il a fait tout ce qu'on avait exigé de lui, et il a recouvré sa liberté. Uendre cet homme à lui-même , c'est faciliter de nouveaux crioies. Que d'autres que nous appellent sur sa tête des vengeances déjà trop méritées.
Jeannette n'est pas sortie de l'hôtel depuis (|u'on me l'a reudue. La bonne jeune femme se serait reproelié de n'être pas toujours à portée de me secourir pendant celte longue suite d'orages. Klle vient de s'ouvrir à moi, vaincue enfin par la nécessité. l^Ue touche pre(|ue au moment d'être mère, et je ne m'en étais presijiie pas doutée. Vv\cellente créature a poussé la délicatesse jusqu'à me dérober sa ;oie , bien légitime sans doute , mais qui eût fait une blessure de plus ;i mon cœur. Jamais elle n'a paru devant moi (|uc vêtue de uianii're .1 me cacher son état. Mais nous allons sortir de Paris, et elle n'a ]iu se procurer encore la moindre des choses qui lui sont uécessàres Elle me demande deux heures; elle me les demande comme une grâce ! Ah! (|u'elle pomvoie aux besoins de l'amour et de la nature! Qu'elle choisisse, qu'elle prenne, je pcyerai tout. Puis-je faire un plus digne usage de mon argent ' (jorgée d'or, je n'ai pas eu encore un moment heureux. Je goûterai du moins le plaisir de faire du bien à une femme que j'aime, et si je ne ]peux m'acquitler de tout ce qur je lui dois, elle saura que je suis reconnaissante.
Jeannette va être mère '. Et le ciel me refuse cette faveur! L'enfant que j'aurais donné à mon mari eût été un intermédiaire tout puis sant entre lui et moi ; il m'eût attirée vers son père; il eût fini p:ir me le rendre cher. L'amour mulcruel doit sullire ])Our remplir un cœur; j'aurais pu enfin aimer sans remords. Alon Dieu, qui m'ordonnez de combattre , accordez-moi donc la seule arme (|iii puisse me rendre victorieuse.
Je ne te peindrai pas ce que j'ai éprouvé en sortant do cette ville, oit Jules est encore. Happelle-loi ce que je t'ai écrit, après avoir tourné les murs de Paris en allant d'Argentan à \ elzac : les mêmes circonstances ramènent nécessairement les mêmes sensations.
La route s'est faite sans gaieté et sans mélancolie. Je pensais beaucoup, et je lâchais de tourner mes réflexions à mon avantage : je faisais l'énumération des qualités du seul homme que je verrai désormais ; je lui en cherchais en v lin de nouvelles ; j'étais forcée de convenir qu'il les a toutes. Il y a eu des moments oit ma vaiiilé a joui; mon cœur est resté froid.
Le château de ChampviUe est assez beau; le parc est superbe. Je suis insensible à tout cela. J'erre dans les appartements, dans les bosquets, sans rien voir. Je crois que je cherche <|uelque chose, et je sais cependant que ce «pie je cherche n'y est point... Plus de marronnier, plus de chiBFre... non, il n'y en a plus.
Les domestiques que des Audrets a envoyés pour m'entourer à Paris
de ses allidés inijorent ce qui s'y est passé. Ils étaient impitients d'en avoir des nouvelles, et ln.|uiets de les trop attendre. Le moment de notre arrivée a éti- une fête pour eux II mont comblée des mHr(|Uf» de leur attachement. Je leur ai fait du bien a tout , et j'en reçois la récompense.
Les hommes n'ont rien à me reprocher, je le sais; ma conscience est là , et je suis enupible devant elle. (Juille diflereiice y a-l-il réellement entre le crime matériel et celui qu'on eomiiiel dans son cœur, auquel on s'abandonne avec transport, i|u'nii brûle sans cesse de répéter ' Je vais te ]iaraitrc plus ( iiiiil.imiialile encore ; mais je n'aurai rien de caché pour toi : M. d'Apreiuont est heureux de me» caresses, et ce n'est point à lui que je les accorde. Jules me poursuit jusque dans ses bras; mes yeux se ferment, ma mémoire me sert, l'illusion nait, bientôt elle est complète. Mon mari croit que j'ai épuisé avec lui ce ipie la volupté a de délices , et c'est mou amant (|ue j'ai couronné de roses et de myrtes.
Le curé est le seul homme (|u'oii puisse recevoir ici. Il est d'un .îge mûr; sa gaieté' est inaltérable, sans doute parce que son .'ime est pure. Il a dans l'esprit une teinte d'originalité qui amuse M. d'.\premonl, et qui lui sert à dévelopjier sans péilantismc une érudition assi 7. éteuilue. Il <lonue volontiers dans les systiiiies, comme tous ceux qui ont l'imagiiialiiin ardente, et le piqii mt du Coloris fait passi'r des choses i|iii peut-être ne sont (|'ie paridoxales. C'est ainsi que j'en al jugé dans les deux visites iju'il nous a faites, et c'est lui cpie je choisirai pour me diriger dans mes études. Ma conliance ne s'étendra pasplu.î loin, .le trouverai en lui le remède ; mais il ignorera toujours le mal i|u'il aura traité, et qu'il guérira, je l'espère. Il est des choses «|u'une femme ne doit avouer à aucun homme , (iiieli|ue respectable (|ue soit sa profession. Jules lui-même ignorera toujours la faiblesse que je viens de te confier, et tu es la seule au monde à qui j'en pouvais faire l'aveu.
La soutane du curé a une pièce au coude, mais la-dessous est un bon cœur : cela ne se trouve pas toujours sous un habit brodé.
Le curé n'est [pas universel , je ne le crois ])as même très-))rofond dans certaines parties , mais il sait beaucoup plus que ne peut apprendre une femme i|ui ne veut pas consacrer sa vie à l'étude. Nous avons passé h soirée a faire un état des livres qui me sont nécessaires.
Le curé est gai avec esprit, sa piété n'a rien qui sente l'affectation, sa morale est douce et insinuante. 11 éloigne l.i conversation de tout ce (|ui nous est personnel à i\I. d'Apreiuont cl à moi. .le prévois avec plaisir cpi'il ne s'immiscera jamais dans nos alVaires intérieures, et (|u'il n'aura pas la ridicule prétention de nous diriger.
Croirais-tu (|ue mon mari ne dédaigne pas d'assister à nos conférences.' La gaieté du curé le pénètre, et le rend aimable au point que je l'adorerais si je n'avais donné toutes mes affections, ou si je pouvais aimer deux fois dans ma vie.
XXIII — Nouvelles persécutions.
Un événement prévu m'a distraite pendant quel(|ues jours de mes idées habituelles. Jeannette est mère d'un beau petit garçon. Il passe de son sein dans les bras du lion Jérôme ; ils se l'arrachent, c'est a qui l'aura, le baisera; la tête leur tourne à tous deux. M.d'Apremont regarde cet enfant avec intérêt; mais une sorie de tristesse annonce c|u'il envie le sort de ces bonnes ijens. Je t'ai décrit les sensations i|iie la grossesse de la jeune femme m'a fait éprouver. Elles sont maintenant plus pénibles, et cependant je m'attache chacjue jour davantage à l'intéressante petite créature. Je dois beaucoup à sa mère, et mon âme eipansive est tourmentée du besoin d'aimer ; elle cherche partout de l'aliment.
Jeannelte voulait mettre le pauvre enfant en nourrice; elle craignait de ne pouvoir sullire à ce qu'il lui faut cl à son service auprès de moi , et elle ne me parlait jamais de l'éloigner qu'une larme ne vînt mouiller sa pauiiière- Je l'ai dispensée de ses fondions de fcmine de chambre, et je me fais servir par une de ces belles demoiselles ([u'oii m'a données le jour de mon mariage , et c|ui jusqu'à présent n ont eu rien du tout à faire. Celle-ci paraît enchantée d'être jugée enfin bonne à quelque chose. Je ne lui dis pas un mol, de lieiir de mettre mon ecrur à découvert; elle? cherche à deviner ce qu'il me faut, et elle y réussit queli|uefois.
J'étais avec le curé et Je: nnetle. La petite femme berçait son fils ; le curé me regardait d'un air préoccupé i|ui ne lui est (las ordinaire. « Cette lettre est à votre adresse, me dit il. L'n inconnu l'a remi«c hier au soir su presbytère, et Marguerite me l'a apportée ce matin. — Eh bien ! monsieur, (pielle conséquence tin z vous «le cela ? — Le détour (|u'on prend pour vous faire parvenir cett«' h-llrc annonce (|u'elle renferme i|uelque chose de très-particulier. »
J'ai pensé à l'instant que les lcllr«-s «pii parlent à mon cœur me parviennent par l'entremise de Jeannette , et que celle-ci ne pouvait m'inspircr aucune sorte d'intérêt.. .Monsieur le cure, je n'écris rien, je ne lis rien que mon mari ne puisse voir. Picndons-nous près de lui , vous lui remettrez ce paquet; nous lirons ensemble, et vos scrupules seront dissipés. •
M. d'Apreiuont a paru très-sensible à ce qu'il appelle ma confiance. Il a rompu le cachet. La lettre n'e^t pas signée. Nous avons
ADELAIUE DE MÉHA^.
rianiiDo l'écrilure , elle nous est inconnue; mais »vanl d'en avoir lu six lignes, nous avons divinO l'aulcur : c'est le lâche , linfàme des Audrils, qui n'a pu vaincre, «lit-il, la passion (pii le dévore, qui peiit pardonner aux miens la supériorité qu'ils ont obtenue sur lui , mais qui a des moyens siirs de les en punir, l't qui me rend arhitre de leur sort. Il faut qu'il nie possède on quil meure; mais s'il succonilie , il entraînera avec lui ce que j ai de plus cher. Le monstre m'axerlil (|u'il n'aura pas la maladresse d'envoyer un second commissionnaire, dont ou pourrait s'assurer. Il m'enjoint de lui faire connaître mes dispositions par un situai. In liuije bl me floltaiit il ma fenêtre annoncera (|u"e je me rends; un voile noir sera le symbole de mon refus et du deuil éternel auc|uel je me serai condamnée.
Il croit m'eflVayer par la menace, me soumettre par la crainte. (,>ue peut un lioinme perdu dans l'opinion publi<|iie ? Est-ce avec un front couvert d'infamie qu'il att.<quera .Iules, mou père, M. d'Apremont ' l-.t de quoi les aceuserail-il :' Je ne le redoute plus. J'ai mis mon épou\ entre ce misérable et moi; j'ai ici des domestiques dévoués et numbreui, et j'ai aci|uis eu trois mois l'expérience de dix ans. 1 ransporlée par l'indignation et le mépris , j'ai arraché un voile noir d'un de mes cliapeaiu, et je l'ai attaché aussitôt à mon balcon, n Ayez des armes , ai je dit à M. d'Aprcmont; di>triliuez-les il vos gens; défendez votre épouse, son honneur et le votre. • Il m'a teudreinenl embrassée , il m'a conjurée de ne rien craindre , et je lisais dans ses yeux la jalouvie et l'eflVoi.
Jérôme e»t entré avec précipitation, u Ah ! monsieur, monsieur! je viens de voir dans le village... — Qui !' — Ce vilain homme qui a fait tant de chagrin à madame. — Des .\udrcts? — Lui-même. — I\c te tromp(;s-tu pas? — .Non certainement, monsieur. Il élait planté derrière les mur» du parc , et il avait avec lui deux drôles de fort niauvîise mine. Ses yeux étaient fixés sur les croisées d'en haut, oii j'ai vu tout à coup volti;;er quelque chose de noir. Je ne sais ce que cette couleur a de fâcheux pour lui, m.iis il a fait à l'instant une grimace épouvantable, il a frappé la terre de ses pieds, il a menacé le ciel de ses poings, et il a dit d'un ton sépulcral : Ils périront puisqu'elle le veut. Dès que je l'ai eu reconnu, je me suis approche doucement pour mieux voir et tâcher d'entendre. En se retournant il s'est trouvé nei à nez avec moi, et me reconnaissant à son tour, il m'a appuyé sur l'oreille une taloche qui a renversé mon chapeau. S'il avait été seul , je crois que je la lui aurais rendue; mais ses deux acolytes... — Finissons, ils se sont éloignés :' — Oui , monsieur le cuié. — A pied ? — Oui , monsieur le curé. — Si on s'assurait de cet homme avant qu'il put s'éloigner d'ici , il serait facile, je crois, de le convaincre. — Nous avez raison, mon cher curé. La conduite qu'il a tenue aujourd'hui est en rapport tellement direct avec cette lettre , qu'il lui serait impossible de la désavouer. Jérôme, fais seller ii l'instant tous mes chevaux de main ; que mes domestiques s'arment de ce qu'ils trouveront à leur portée, et partons. « Cette résolution m'a inspiré un véritable effroi. J'ai fait ce qui était en mon pouvoir pour retenir M. d'.Xpremont. Il est brave, il est jaloux; il a l'abus de ses bontés à punir; il s'est échappé de mes bras, et il m'a laissée éperdue, tremblante, hors de moi, avec notre bon curé.
Je l'ai vu partir au galop avec ses gens, Jérôme leur servait de guide. Jeannette est venue pleurer auprès de moi; elle baignait son enfant de ses larmes. « Pauvre petit, disait-elle, peut-être dans une heure tu n'auras plus de père. » J'étais fixée à ma croisée , j'y attendais le retour de M. d' Apreiiiont, je l'attendais dins la plus cruelle anxiété. Le bruit des chevaux m'a rassurée, je me suis élancée avec Jeannette; nous avons couru, volé; nous avons retrouve, embrassé nos époux.
Ces misérables avaient d'excellents chevaux, qui, sous la garde d'un quatrième coijuin, étaient restés bridés à la porte d'un cabaret. Ils avaient sur M. d'.Xpremont un quart d'heure d'avance, et il n'était plus possible de savoir quelle route ils avaient prise. Les domestiques ont couru sur dinérenls chemins, et n'ont rien appris de ceux qu'ils ont rencontrés. U est probible qu'ils ont gagné, ii travers champs, la forêt, (|ui est im.-neuse, et dans laquelle il serait imprudent de s'engager sans être pourvu de bonnes armes. • S ils sont là, a dit le curé, et qu'on les y surprenne, nous aurons acquis une preuve de plus contre cet homme : on ne quitte pas les routes battues pour s'enfoncer dans les bois quand on est sans mauvais desseins ou qu'on n'a rien ii se reprocher. •
Il est sorti aussitôt. Il s'est rendu chez le maire, il l'a engagé à écrire au sous-préfet pour lui demander l'ordre de rassembler les bri.;ades de gendarmerie du canton. Jérôme est allé, ii grande cour,-e de cheval, porter celte lettre, et il n'a que deux lieues à faire. En attendant son retour, le maire et le eiiré ont rassemblé nos villageois sur la jdai-e. Ils leur ont parlé, d'une manière générale, de pièges qu'on tend à M. d'Apreinont et à moi, de la résolution qu'on parait avoir prise de nous attaquer à main armée. Aussitôt, un cri unanime s'est élevé : • Allons défendre notre bonne dame et notre bon seigneur!» Ah! Claire, faisons du bien, tôt ou tard on en trouve la récompense.
Nous avons vu paraître un détachement considérable de gendarmerie, que conduisait l'infatigable Jérôme. Tout s'est mis en mouvement, à la suite d'une courte conférence entre le commandant et
M. d'Aprcmont. Gendarmes, gardes-chasses, habitants, domestiques, ont couru à la forêt. Le grand nombre a gardé les lisières; le reste a été se joindre aux cinquante hommes qui, depuis trois heures au moins, parcouraient les bois. La battue a duré jus(|u'à la nuit, et le chef des gendarmes nous assuré que bien certainement il n'y avait personne dans celte forêt; (|u'il élait jirobable que ceux ([u'ils y avaient rliercliés n'avaient l'ait (|ue la traverser, si toutefois ils y étaient entrés. M. d Apremont a récompensé assez noblement tous ceux qu'il venait d'employer, pour être sur de les avoir à sa disposition, si jamais il en a besoin.
Ils allouent se retirer, lors(|UC j'ai pensé que l'absence d'une brigade de gendarmerie ne nuiiait pas essentiellement au service public, et que son séjour au château contrihuer^iit beaucoup à y ramener la tranquillité. J'ai exprimé mon désir au commandant, qui s'y est rendu de la meilleure grâce du monde. J'ai ordonné ([ue ces messieurs fussent convenablement logés, et eussent leur table particulière. Ils sont contents; je le suis plus que personne. Quand de mes croisées je vois l'espèce de corps de garde que Jérôme a établi près de la grande grille, la seule qu'on ouvre à présent, je défie la scélératesse de des Aiidrets.
iM. d'.'\premont a envoyé à Paris la relation détaillée de ce que je viens de te raconter. Il établit avec la plus grande clarté les présomptions qu'il a contre des Aiidiels. Si elles ne sufliienl pas pour qu'on s'assure de cet homme, elles l'inijuiéteronl au moins de manière à le faire renoncer à ses projets.
Hier, pour la première fois, il nous est arrivé d'en rire en commun. En effet, ses menaces sont tellement dépoiiivues de sens, qu'il est étonnant (|u'un homme aussi réiléclii ail cru que nous pourrions y attacher (|Helque importance. Je le demande encore : quels moyens y a-t-il de perdre des personnes irréprochables .' Un assassinai ? Ceux (|ui le servent si bien ne lui laisseront pas ignorer à quel danger il s'exposerait s'il osait reparaître ici. Des inculpations sans fondement ? Les fripons seuls doivent craindre la justice.
« A propos, a dit le curé, depuis que nous avons l'esprit tranquille, j'ai reprisse dans ma mémoire toutes les circonstances de la trame que ce coquin-là a ourdie contre madame d'Aprcmont. Je me souviens qu'avant votre mariage il était chargé de loules les affaires de monsieur; que, lors de son emprisonnement, on a donné l'ordre général à un domestique de remettre au sien tous ses efl'ets, sans s'assurer si parmi ses papiers il n'y en avait pas dont il pût ibuser. — 11 a eu longtemps, a répondu M. d'Aprcmont, une procuration qui l'autorisait à gérer tous mes biens ; je me suis empressé de la révoquer quand il a été démasqué. 11 lui est peut-être resté quelques lettres insignifiantes dont il ne peut tirer aucun jiarli. Cessons de nous occuper de ce misérable. Le craindre c'est lui faire trop d'honneur, et, en vérité, je n'ai pris quelques mesures de prudence que par égird pour madame , et dans la seule vue de ramener la tranquillité dans son cœur. 1