XXVII. — Cette fois-ci c'est un crime
Trick avait raison de me proposer un carrosse : il fait un temps affreux. N'importe, commençons par mettre une rue ou deux entre mon hôtel et moi.
Il pleut à flots. Je me donnerai la fièvre. Eh! n'ai-je pas déjà celle d'amour? Et puis, quand Sophie me verra mouillé jusqu'aux os, elle me forcera à prendre un lit; elle viendra causer avec moi , et le bord d'un lit est si près du milieu !
lion ! voici une place de fiacres. « Cocher, à moi!... Rue Grangeliitelière, n" ;;2. »
Le cocher arrête ; je descends; j'ai la main sur le marteau... Que vais-je faire ? Me présenter à onze heures, il n'y a rien là d'extraordinaire. Mais passer la nuit ici, exposer Sophie aux réflexions de ses "gens, à qui on n'a rien dit du mariage de convention, qu'on congédie, qui doivent avoir de l'humeur, et qui ne manqueront pas de répandre dans le monde... Non, non, je ne la compromettrai pas davantage... Un instant, un éclair de bonheur, et je retourne, en homme raisonnable, me moquer de tous mes gardes du corps.
Pendant que je raisonne ma conduite, la porte s'ouvre, une femme sort... C'est elle, oh! c'est elle! « Monsieur, vos habits sont trempés; vous voulez donc mourir ? — Je venais prendre congé de madame de
ONE MACÉDOINE
Mirvillo, qui part demain. Après avoir fermé ma lioiiliqiie, je suis Tenu voir Caroliiii- , lui dfmander de vos nouvi'llis... Je ne sais oii j'en aurai demain. — Traverier Paris i pied, pur le temps qu'il fait!
— (Jue m'importe le temps? — Mon hôtel est liien plus pri?s... — On m'en a bannie, vous le savez. — Non, l'ancLette, non, Soulaugi s vous apprécie; mais il m'aime. Il vous a fait des repnsentalions , vous vous y îles rendue; il n'a pas eu la pensée cruelle île vous liiimilier : je ne l'aurais pas soulVert... Kaiicbette, dans quel état vous êtes vous. même ! Tout entier au plaisir de vous voir, de vous parler, je vous laisse sous les jjoullièies. — Je ne m'en apercevais pas. — Montons dans ce liacre ; nous y serons du moins à couvert.
„ — >lonsieur, faites-vous reconduire chei vous. — El vous laisser seule, à l'beure qu'il est, exposée à la pluie! Cocher, rue Saint- Antoine, n" 4;i. u
Excellente fille! elle m'enveloppe les jambes de son chàlc. « Il est mouillé, monsieur, mais il vous garantira de l'action de l'air. • Elle passe un bras autour de moi, elle m'attire contre son sein ; de l'autre main, elle prend les miennes, elle les presse, elle les échaufl'e de son haleine... •< Ab ! Fancbette ! est-ce 1» que doit se porter cette baleine de roses? — Soyons sages, monsieur. Je ne me consolerais
jamais si si.... > Ce ne sont plus mes mains que son baleine ré-
cbauiïe !
• Cocher, marchez donc. Nous irions plus vite à pied. — Je croyais, monsieur , qu'on oblii;e un couple , bien joli , bien amoureux , en le menant au pas. — \ entre à terre, et double course.
>' Le froid me gagne , l'ancbette. — Faites retourner le cocher. — Je ne peux me résoudre à vous quitter... Je ne te quitterai pas. u Elle me couvre le corps entier... Avec quoi ? Elle n'a ici qu'ellemême !
Nous arrivons, nous descendons. Elle fait un grand feu ; elle m'approche un fauteuil. Elle chaulYe du vin et du sucre. « Je ne vous laisserai pas ces vêtements. — Que me donnerez-vous? — Uicn. Mettez-vous dans mon lit. Je vais étendre vos habits devant le feu ; ils sécheront. »
Me voilà dans ce lit oii j'ai été apporté mourant , où j'ai été pleuré de Fancbette , oii elle a sucé ma blessure , oii elle m'a prodigué les soins les plus tendres... Jouis de mon retour à la vie ; c'est à toi que je la dois.
Elle m'apprête une rôtie , elle me la présente, comme ce restaurant à Chantilly... avec un air d'intérêt si touchant , avec une grâce si naïve, une modestie si attirante ! La volupté a aussi sa pudeur.
Elle s'aperçoit qu'une douce chaleur commence à circuler dans me^ veines. Elle retourne auprès du feu. « Ah ! reviens, reviens! Est-ce en vain que l'amour nous a réiuiis ? — La prudence nous sépare. — Fancbette ? — Monsieur? — \ous avez besoin de vous sécher comme moi. — Je le sais. — Il y a encore des chaises pour étendre voire robe , et de la place ici pour vous. — Je vais quitter ma robe , mais... mais... — Votre cœur dit-il non? — L'amour counait-il ce mot-l.'i ?
— Tu consens donc ? — Je ne le peux. — ïu ne m'aimes pas. — Je vous adore. — Et tu consultes la raison ! — La mienne se perd. — Un baiser seulement. — Si j'en donne un , j'en voudrai mille. »
Elle a quitté sa robe : elle ne pense pas à en prendre une autre. Elle est appuyée sur le pied de mon lit. Un bras fait autour soutient sa tète charmante ; son œil humide est fixé sur le mien... « Du vin chaud et une femme qui regarde ainsi, c'est trop de la moitié. »
Les bouts d'un fichu, légèrement jeté sur ses épaules, se plissent sur ma couverture. J'avance doucement une main ; je tire doucement le fichu. Elle soupire ; mais elle s'approche un peu , un peu encore , un peu davantage... Elle tombe dans mes bras. « "Tu veux mourir!
ah ! fais que je meure avec toi • • • .
J'avais bien affaire de recommander d'acheter un lit si étroit! Comment faites-vous quand vous ne trouvez pas de place pour deux?... Comme nous fîmes Fancbette et moi.
<! Monsieur, avez-vous dit au cocher d'attendre? — Non. Et vous?
— Je n'y ai pas même pensé. — Tant mieux ! il ne pourra dire à personne qu'il m'a conduit ici. La boutique est bien fermée ? — Oh ! de manière à soutenir un siège. — Si on frappe, nous ne répondrons pas.
j- — Vous me faites faire une réflexion effrayante. — Et laquelle, Fancbette? — Quand M. de Soulanges s'apercevra de votre évasion, il se mettra sur vos traces. — Il viendra droit ici... et il me fera une scène! — Mon ami, il faut nous séparer. — Fancbette , encore une heure. — Pas une minute. »
Elle se dégage , elle s'élance, la voilà debout. • Tu me quittes, Fancbette 1 — 11 le faut. — Je ne me suis jamais mieux porté. — Je veux ménager cette santé-là. — Oh! reviens, reviens. — Il me semble entendre M. de Soulanges. Je vous en prie, je vous en supplie, levez-vous! »
Elle me laisse. Elle va finir de s'habiller, je ne sais oîi. Certainement je me lèverai : que ferais-je ici sans elle ?
Je ne peux m'empècher de rire en reprenant les habits de Soulanges... • Fancbette, Fancbette, il ne viendra pas si matin : il n'a à sa disposition que des robes de chambre et des pantoufles. 11 faut qu'il envoie chez lui, et un valet de chambre n'est pas levé à six heures. »
Elle ne répond pas!... la boutique est ouverte... Elle est sortie; elle m'échappe. Elle veut décidément (|ueje me retire... Eh bien! je m'en irai , je m'en vais, piqué, outré; je ne reviendrai jamais.
Oh ! j'ai pris mon parti. Me voila déjà à l'orme Sjint-dervais... Je trouve un café ouvert, j'y entre , je me fais servir du chocolat. . et je suis encore si plein de Fanclietle, que je ne pense pas à m'assurer si j'ai de quoi payer, l'eut-èlre y a- t-il de l'argent dans ce» babils que j'ai pris à la h:'ite, et dont je n'ai pas visité les poches... Douze, quinze , vingt cinq louis! Soulanges les reprendra dans mon secrétaire, car bien certainement je ne retournerai pas chez moi, je auii las d'être en prison.
O ma conscience, ma conscience! ne me traites-tu pas avec trop de rigueur? Ai-je cherché une seule fois l'occcasion...? Fancbette elle-même... Les circonstances ont tout fait.
Leur suis-je tellement soumis qu'il me soit impossible d'en amener de favorables? Ne dépend-il pas de moi de m'éloignerde l'enchanteresse, d'aller chercher un asile contre moi-même entre les bras de Sophie ? Et quels charmes balanceront les siens, quand je ne verrai plus l'objet dangereux ?...
Je n'ai que ce moyen de prévenir une chute nouvelle , puisqu'une inconcevable fatalité nous réunit toujours Fancbette et moi. Je vais partir, je pars à l'instant même; je puis être rendu au château avant Sophie; je l'y recevrai ; et si Soulanges a été me chercher chez elle , elle croira que j'ai voyagé pendant toute la nuit. Ce mensonge sera le dernier qui aura souillé mes lèvres : je serai vrai avec Sophie du moment où je ne vivrai plus que pour elle.
J'ai vingt-cinq louis, c'est beaucoup plus qu'il ne me faut. •• Cocher, boulevard Italien , chez Jacob, carrossier. » C'est le mien. Je prendrai une chaise de poste, et j'irai aussi vite... que mon imagin.ition.
« C'est cela , Jacob; voilà ce qu'il me faut. Des chevaux de poste à l'instant, à la minute. Un louis à celui de vos gens qui ira me les chercher, s'ils sont ici dans un quart d'heure. Je paye les guides comme un prince , et je veux être mené en conséquence.
•■ Postillons, à la Ferié-sous-Jouarre. Ventre à terre, et un écu par poste aux guides! ■>
Me voilà parti. Oh ! comme je vais ! Mon postillon veut g-'gner son écu.
Me voilà parti , c'est fort bien. Mais je n'ai pas un habit à mettre, pas une chemise, pas un mouchoir! N'importe, j'écrirai quatre lignes de Meaux , et Georges m'apportera ce qu'il me faut.
Diable ! mais si on allait courir après moi ? liab! j'aurai vingt lieues d'avance quand on recevra ma lettre. Oui , j'écrirai , par toute sorte de raisons. Je dois à ce bon Soulanges de le tirer le plus promptement possible de l'inquiétude où il doit être à présent.
« Postillon, au premier relais , vous mettrez un courrier en avant. • Je veux employer tous les moyens qui peuvent accélérer ma marche.
Je commence à sentir que les forces de cet homme, qui s'imagine en valoir trois , sont bornées comme celles d'un autre J'éprouve dans tous mes membres une certaine lassitude... Ma tête s'appesantit... Je m'endors.
« Monsieur!... monsieur!... — Que voulez-vous? — Vousêtesà la Ferté. — Abl qui donc a payé les postes? — Ce sont les maîtres. Ils se sont payés les uns les autres jusqu'ici. — Et ils ne me connaissent pas. — ^ otre carrossier vous a nommé au postillon de Paris. — Et mon nom a suffi pour me faire avoir du crédit ? — On vous aurait mené ainsi jusqu'à Strasbourg si vous n'aviez dit en partant que vous alliez à la Ferté.
„ — Quelle heure fst-il ?... Onze heures. Quinze lieues en cinq heures, c'est bien aller. Vous êtes de braves gens. Ahl il faut que j'écrive, et que je paye, et que je déjeune : la tasse de chocolat est déjà loin.
» Un poulet froid ! bon , c'est cela , c'est excellent. Vite , vite I je n'ai pas un moment à perdre.
» Du papier, une plume et de l'encre sur la même table... Postillon, voilà votre argent. Des chevaux dans un quart d'heure. »
Je mange, j'écris, je bois, tout ensemble. Pauvre Soulanges ! que dira-t-il en recevant ce billet? Que je suis incorrigible, et il aura raison. « Ab ! mon cher Soulanges , renvoytz-moi ce portrait, qui va me devenir inutile, mais auquel la bonté délicate qui me l'a offert donne un prix toujours nouveau. Joignez-y les lettres de Sophie, des habits, du linge de toute espèce et de l'argent. Adieu, l'homme. . l'homme aux précautions inutiles.
» Poslillon ; à Montmirel. »
Me voilà reparti. Sophie est-elle passée? est-elle derrière moi ' Le dernier postillon n'a pu me rien dire , et je n'ai pu , moi , interroger les autres en dormant. Je saurai quelque chose à la poste prochaine..
Non , il n'est pas passé ici de berline ; on n'y a pas vu de dame de toute la journée. C'est moi qui lui ferai les honneurs de son château...
J'ai dépassé Montmirel; je vais arriver à Vatry. C'est là qu'est ce château où deux êtres, isolés du monde entier, vont se suffire a euxmêmes , et s'oublier au sein de la plus pure félicité.
Parbleu! il faut que j'avoue que personne ne voyage comme mot , et que j'arrive partout d'une façon extraordinaire. A Ermeuil , en veste de nankin , en culotte de peau , et perclus de tous mes membres; ici, avec des habits escamotés à leur propriétaire, qui me vont... à peu près, et je n'ai pas le moindre petit paquet. Comment
UNE MACÉDOINE
serai-je reçu par îles domesliques qui ne me connaissent pas? Ils vont me premire pour un aviMiliiriei, et, s'ils sont prudents, me mettre ï 1.1 porte de cbci moi... de r.hrz moi! ce nV«t pas encore le mol propre. Il le Reviendra, je l'espl-re, je le crois, j'en suis sûr; je l'ai promis à madame d'Élmont, et cette promesse est si douce à remplir.'
IN'e l'ai-je pas dit ? le maître d'hôtel me reçoit plus mal encore que la Uoche; il me toise de l'a'il , il fronce le sourcil ; il (<coute , en secouant de temps en temps la tèie, l'iiistolre assez peu vraisemblable que j'ai arrangée en route. Je suis sur les marches du vestibule; le maître d'hùtel barre la porte vitrée , el deraeure immobile. Le prendre par le collet, l'envoyer dii pas en arrière, serait le moyen de tout terminer ; mais quelle manière de prendre possession d'un château ! Et ])uis, ce m.iilre d'hôlel n'est pas seul ici : je ne veuipas renouveler la scène de l'oncle Antoine et de maître Jacques. Lts voies de conciliation sont toujours les plus sages, et ce sont celles que je vais employer.
« Monsieur, vous parlez tiès-bien ; vous avez même l'air d'un fort honnête homme, mais un lionnèlc houime et un fripon se ressemblent beaucoup. Nous attendons madame de minute en minute ; mais madame n'a pas parlé de monsieur, et monsieur est un personnage assez marquant pour qu'on ne l'oublie pas. iSIonsieur, que l'usai^e devrait avoir placé dans la voilure de madame, arrive seul, sans domestiques, sans eflets, en linge sale, habillé de façon à faire douter que ses vêtements aient été faits pour lui , el monsieur doit sentir que ces circonstani^es réunies ne prouvent pas en faveur de sa véracité. Je conseille à monileur d'aller s'établir ailleurs, et , quel qu'il soit, il conviendra iulérieurement que je fais mon devoir.
• — Il l"a>it donc que j'aille m'installer dans un cabaret de village?
— Pourvu que monsieur n'entre point ici, je le laisse maître absolu de ses actions. — C est très-honnête. Voulez-vous bien au moins faire remiser ra.i chaise de poste ? — Oli ! selon les apparences, elle ne restera pas longtemps ici, et il sera tout aussi facile de la prendre dans la cour que sous la remis»». »
Il tire à lui les portes en bois, met les crochets, et me laisse en elTct m.iitre absolu de mes actions.
Allons, cherchons un cabaret. Dînons-y, restons-y jusqu'au dénoùment.
J'entre dans une maison de ttèà-mince apparence. J'y serai probablement fort mal... Ah I une heure est bientôt écoulée, et c'est tout ce que je peux avoir en avance sur Sophie.
Bon ! le cabiret est en face du chemin de Montmirel. Je verrai arriver la femme charmante... Non, je courrai au-devant de la voiture, dès que je l'apercevrai. La presser sur mon cœur cinq minutes plus tût, c'est gagner une année.
« (Jue veut monsieur ? — A dîner. — Youlez-vous du lard salé ?
Des œufs frais. — Nous avons une gibelotte de lapin. — Des œufs frais. — Une épaule de mouton bouillie. — Des œufs frais, des œufs frais. — Des œufs frais, soit ! •
A la fin de ce court dialogue, je vois entrer, dans la chambre oii je me suis mis, deuï gendarmes, le sabre au côlé et des pistolets à la ceinture. Ils viennent me regarder sous le nez. Je n'aime pas cela et je me retire à l'autre eitréaiité de la chambre. Les gendarmes m'y
suivent. i Dites-moi, messieurs, oii avez-vous appris à vivre?
C'est nous, monsieur, qui l'enseignons aux gens de votre espèce, el nous allons vous donner une première leçon. Voulez-vous bien nous accompagner chez monsieur le maire du lieu? — .le n'ai rien à faire chez lui. — .Mais il désire vous parler. »
Ce diable de maître d'hùtel a fait quelque quiproquo. Mes cendarmes insistent, et ce que j'ai de mieux à faire, c'est de les suivre accompagné, selon l'usage, de toute la canaille de l'endi-oit.
.M. le maire est un bon Champenois dans toute l'étendue du mot, et une bête en place est toujours une bête redoutable. Il est temps que Sophie arrive et me reconnaisse, ou, selon les apparences, les choses vont mal tourner.
.\h ! c'est la fille du maire qui lui sert de greffier! Le procès-verbal sera bon ii lire... quand je serai sorti d'ici.
« p'oii ètes-vous? — Dt; Paris. — Votre nom ? — De Francheville.
— Vos qualités .' — Je n'en ai pas. — \ otre état ? — Je n'en ai pa'.
— Vos papiers? — Je n'en ai pas.
• — (^)ue l'accusateur paraisse ! » Oa fait entrer le maître d'hôtel.
• Connaissez vous ce monsieur-là ? — Que trop, parbleu '. Mais il
ne vous connaît pas. — Oh! il me connaîtra bientôt. — En attendant , je vous envoie en prison. — En prison , moi ! — Tout comme un autre.
" — Un moment,^ s'il vous plaît. Envoyez h Montmirel : je suis connu à la poste. » Si j'avais retenu mon postillon un instant de plus rien de tout ceci n'arriverait. « Que j'envoie à .Montmirel ! La r^cndarmeric y va demain : elle vous y conduira, et lii, vous vous'ei-
plijuertz 1 votre aise. En prison. — Maïs, monsieur le maire...
Pas de mais. — Si... — Point de si. En prison, en prison ! »
l'.irbleu! c'était bien la peine de m'évader de celle de Paris, pour venir ici en poste ine faire remettre dans une autre, qui sans doute De vaudra pas la première!
" Oii diable me fourrez-vous là ? — Oh ! vous n'y serez que jusqu'à
demain , tt une nuit est bîenli'it passée. » Ils m'ont logé dans le bas d'un colombier , oii je peux à peine me tenir d.boiit, et les pigeons font un carillon infernal sur ma tète. La porte est solide, et ils ont tiré deux gros verrous sur moi !... Le joli traitement qu'ils me font là ! Deux bottes de paille , du pain et de l'eau. Le concierge ne me brusque pas ; mais il a pris ses précautions : pendant qu'il monte mon ménage, deux grands drôles sont en faction en dehors de la porte, armés chacun d'une fourche dont les dents sont d'une longueur!...
" ^Monsieur le concierge, allez au château, et sachez si madame de Francheviile est arrivée. » Madame de Francheville ! Que ce nom résonne agréablement à mon oreille !
'c Elle n'est pas arrivée, dit le concierge. >> Voilà qui devient inquiétant. Une roue brisée, la voiture versée dans un fossé, dans un précipice, des voleurs... que sais-je ? " Mon ami, mon cher ami, retournez au château; dites au maître d'hôtel que madame devait être ici à peu près aussitôt que moi ; qu'il lui est arrivé quelque accident ; que je veux , que je lui ordonne de monter à cheval ; que tous les domestiques y montent ; qu'ils courent sur la route de Paris, et qu'ils ne reviennent que lorsqu'ils pourront me donner des nouvelles de leur maîtresse.
Le maraud me rit au nez. « J' veux, j'ordonne ! N' dirait-on pas qu' c'est vraiment 1' seigneur du village qui parle ? >> Il ferme mon guichet, et me laissa en proie aux idées les plus affligeantes.
Dix heures sonnent à l'horloge de l'église!... .le ne m'occupe plus de moi ; je suis tout à Sophie. Mon imagination alarmée ne me présente que de sinistres tableaux. Attente insoutenable, cruelle anxiété! Oh ! si j'étais libre, je volerais au-devant d'elle, et peut-être de la plus poignante des infortunes! Celte porte est de fer; il m'est impossible de l'ébranler.
Onze heures!...
Minuit !... Je ne me possède plus... Il faut sortir d'ici... El commenl?... Je n'ai pas observé les lieux, je suis dans les ténèbres, et dépourvu de toute espèce de ferrement.
Je me roule sur celte paille... Je me relève... je marche... J'accuse les hommes, les éléments, la fortune ; j'invoque l'amour et le retour de la lumière... Une heure sonne... Je me rejette sur ce lit de douleurs, accablé, anéanti.
XXVUI. — Je la retrouve.
Un bruit soudain me tira de l'espèce de léthargie dans laquelle j'étais tombé. Je crus apercevoir, à travers quelques fentes de ma porte, des traits de lumière qui disparaissaient pour renaître l'instant d'après. Je me levai précipitamment au cri de mes verrous, inquiet et impatient de savoir ce qu'on me voulait à celte heure.
Ma porte s'ouvre. La cour, celle cour triste et fangeuse, est éclairée par cent flambeaux. Tout le village est rassemblé. Est-ce un auloda-fé qu'on prépare ?... Non, les paysans s'empressent, m'approchent. La bienveillance el la timidité sont peintes sur ces figures, si menaçantes huit ou dis heures auparavant
iMes yeux percent la foule, et s'arrêtent sur un groupe de femmes. Une d'elles s'élance dans mon colombier : « Les cruels ! comme ils l'ont traité ! » Je reconnais la voix de Sophie !
Je la vois, je lui parle, je la presse sur mon cœur. Toutes mes alarmes sont dissipées ; j'ai oublié la nuit de douleur qui s'est si lentement écoulée ; je renais au bonheur.
Monsieur le maire vient me fiiire de très - humbles excuses : j'ai bien le temps d'écouter ses sornettes ! Il me prie d'observer que les apparences étaient contre moi ; il n'y a que les sols pour qui apparence el conviclion soient la même chose.
Ah ! voilà madame d'Elmoul...
Je vais à madame d'Elmont, je la salue , je l'embrasse... Qui donc veut-elle me présenter?... Eh! c'est ce faquin de maître d'hôtel , confus, repentant, qui veut aussi me haranguer. Au fond, cet homme s'est conduit en domestique vigilant, zélé. 11 faut le rassurer, le rendre à lui-même.
Que viens - je donc de lui dire ? Je n'en sais rien ; mais un murmure général d'approbation s'élève autour de moi , et cela fait toujours plaisir.
Oh ! encore des harangueurs ! Ce sont mes deux gendarmes, a Messieurs , vous ne savez pas que j'ai plus besoin de repos que de compliments ; abrégeons , s'il vous plaît. Tout le monde a fait son devoir ; je n'ai pas d'humeur ; je suis très - sensib'e à vos excuses ; mais je veux sortir d'ici. »
Sophie me prend une main , j'offre un bras à madame d'Elmont. Tout le village nous suit en criant : VivK momtciçjneur I Pour me débarrasser de ce cortège incommode, je fais circuler ce qui reste d'espèces dans les goussets de Soulanges. Les acclamations angmentent. On nous accompagne jusqu'à la grille du château; on va y entrer avec nous. « Oh ! ma foi! mes amis, vous n'irez pas plus loin. Je crois qu'à six heures du malin on peut se .souhaiter le bonsoir. » Je ferme la grille après moi ; je suis tout à Sophie.
A quoi comparer ce peuple , qui eût crié hier bravo si on m'eût
UNE MACÉDOINE
crucifié , et qni ce malin crie vive monsei(;neiir ? Le peuple est une boule loujoin» prèle à rouler ilsns lous les sens.
Sophie n'a p.is soupt' , j'rfi fuit un furl niauvuis illner, et monsieur le maître il'hôlrl noii> riifinge à nous restaurer un peu. 11 a raison. Je prévois, d'ailleurs , (|ue bientôt il faudrait nous séparer, et je suis si bien auprès d'elle ! « Sopbie, qnelquts niomenls encore h l'amour ! P.issons-lrs ^ table , puisqu'il faut se borner à cela. — Obi bien certainement il le faut, ^'e4t-il pas vrai, maman? • Voili maman établie mon médecin consultant... Je mettrai sa vigilance en défaut.
• Chère Sophie , ce repas e^l délicieux après les anf;oisses cruelles qui l'ont précédé. — Mon ami , nous en avons tous éprouvé. — Et vous aussi , femme charmante? — J'ai cru que ma fille perdrait la raison quand Soulanges est venu savoir si vous aviez |iaru à l'hôtel. — Soulanges m'a cherché? — Partout oii il a présumé que vous pnuviei être. — Ce bon Soulanges! Kt comment a-t-il fait pour sortir de chez moi ^
I. — Vous sentpi quel a été son étonnemmt , lor3(|u'à son réveil il ne vous a pas trouvé dans votre lit. Jl s'est levé, il a fait dans l'appartement la plus exacte perquisition ; plus de Krancheville , et plus de cUfs sous le chevet de Soulanges. Il était facile de juger que vous étiez sorti par la porte, ainsi plus d'inquiétude sur les suitesd'un saut par la fenêtre.
• Soularges a appelé Georges, et Georges est demeuré stupéfait en reconnaissant la voix d'un homme qu'il croyait loin de l'hôlel. Tous deux ont approché l'oreille du trou de l.i serrure ; ils se sont expliqués , et vous êtes demeuré convaincu d'avoir pris les vêlements de votre ami , de vous être donné pour lui de cbaujbre en chambre , et d'avoir ainsi gagné la rue.
» Cependant Soulanges el Georges étaient enfermés chacun de leur côté. Philippe, que Georges a appelé, l'était du sien. Il falLit briser les porlts ou les faire ouvrir par un serrurier. Soulanges , qui aime les moyens dont , s'est décidé pour le second parti.
• Mais qui pouvait aller chercher le serrurier?... Ecoulez -moi donc, monsieur! vous avez toute la vie pour regarder ma fille et lui sourire. — J'y suis , madame , j'y suis. — Le suisse seul était libre d'entrer et de sortir; mais le bonhomme, à qui le prétenda Soulaoges avait dit en sortant qu'il allait revenir , s'était amusé avec sa bouteille ; moven certain pour un suisse d'abréger le temps. Il avait fini par s'endormir, el dormait si bien, que les cris de Soulanges , de tieorges et de Philippe n'ont pu le réveiller.
• La patience a ses bornes comme toutes les vertus. Soulanges fait passer le mot d'ordre à Georges, qui le rend à Philippe , et ce mot le voici : Jetei par la fenêtre tout ce qui peut faire du bruit sur le pavé.
> — Ah! mon Dieu! mes services de porcelaine!... le poêle démonté par parties... — Tout est brisé ! — Tout. — Il valait mieux cent fois enfoncer les portes. — Ah ! médite-t-on , calcule-t-ou quand on est inquiet sur le sort d'un homme comme vous? Philippe, moins éloigné que les autres de la loge du suisse, pouvait plus aisément se faire entendre , et il a exécuté l'ordre avec une exactitude digne d'éloges.
n Le suisse bâille enfin ; il étend les bras , et parvient à se mettre sur ses jambes. Le bruit des assiettes , des terrines , qui volent en éclats , l'attirent dans la cour. Il s'imagine que vous soutenez un siège, et il prend son sabre, non pour venir vous défenire, mais pour aller , avec sûreté de sa personne , chercher du renfort aux écuries et dans les dessus des remises.
■ La montagne en travail enfante une souris : les exploits de vos gens se sont bornés à faire lever une heure plus lot que de coutume un pauvre serrurier, qui n'était pour rien dans l'escapade de leur maître.
« Soulanges a parlé ; le carrosse est prêt. 11 se gardera bien d'envoyer prendre des habits chez lui : il sait qu'avec vous il n'y a pas une minute à perdre. Il passe votre robe de chambre , un pantalon, des panloufles, cl il vient nous réveiller dans ce burlesque équipage.
» Un sourire de satisfaction a brillé sur la figure de ma fille quand elle a appris votre évasion. Elle l'attribuait à l'amour, à l'empressement de vous réunir à elle. Mais quand elle a su que Soulanges avait été déjà dans deux ou trois maisons , oii on n'avait rien pu lui apprendre de vous, l'inquiétude a commencé à naître, la réflexion a produit les alarmes-, un nouveau duel, un assassinat nocturne pouvaient vous avoir ravi ssns retour à sa tendresse. Bientôt la tête s'est perdue au point de vouloir aller elle-même vous chercher chez toutes les personnes que vous connaissez. La berline nous attendait depuis longtemps; Soulanges nous engageait à partir; il lui promettait de continuer ses recherches ; elle ne voulait s'en rapporter qu'à elle du soin de retrouver son époux... Oui, embrassez-la, elle le mérite : jamais on n'a aimé comme elle. Mais venez vous remettre à votre place.
» La plus grande partie de la journée s'est écoulée en plaintes , en pleurs d'une part, en consolations de l'autre. Enfin, sur les quatre heures du soir, Soulanges a paru dans ses habits ordinaires. Il tenait une lettre à la main : c'est celle que vous avez écrite de la Ferlé. Le calme a reparu sur toutes les figures; la joie est rentrée dans tous les creurs. Ma fille a sauté les escaliers pour être plus tôt dans la ber-
line , derrière laquelle Georgea cl Philippe attachaient votre malle. Nous parlons.
■■ Elle ne cessait de presser les postillona , de répéter : Courir la poste la nuit, <lans l'état de faiblesse ou il eal encore ! combien il mérite d'être aiuié ! »
Elle me peint lélonnemenl de Sophie, qui ne me voit point à son arrivée au château. Elle m'attendait à la portière de la berline ; elle me cherche des jeux dan» la cour, sous le vestibule. Elle descend de voilure, elle court, elle va de cbauilire en chambre. Ses domestiques peuvent à peine la suivre. La rapidité de sa courte éteint la moitié des flambeaux.
" Où donc est-il? s'écrie-t-elle enfin. — Qui , madame? — Monsieur de l'rancheville. — Quoi ! madame ! c'est vraiment lui qui est arrivé aujourd'hui ? — Eh ! sans doute. Ou esl-il '.' — Mallieureui ! qu'ai-je fait ! Je suis perdu. — Q"'y a-t-il donc ' Vous in'alirnicz.
— Madame, je n'ose vous le dire. — Vous me faites mourir. Parlez donc, cruel homuie! — Eh bien ! madame, monsieur est... il est... — Où ? — En prison. — En prison ! en prison! dites-vous ! et qui l'a fait mettre là ? — Hélas! c'est moi, madame. Pardonnez-moi, pardunnez-moi !...
)' En un instant le château esl bouleversé. On court, on s'appelle, on se presse, on ne peut arriver assez tôt chez le m^ire. Les reproches de ma fille, les excuses du m:iilre d'hôtel, les murmures, les réflexions des valets, des janliniers, l'éclat de dix flambeaux éveillent les gens du village à mesure que nous le traversons. Us sortent, vêtus à peu près comme vos gens , armés à la hâte pour votre défense. Nous arrivons chez le maire ; il nous conduit à votre colombier ; vous savez le reste. Mais vous oubliez, et moi aussi, qu'il est sept heures du malin, que nous avons passé la nuit en voiture, vous sur la paille, et qu'il est temps de nous mettre au lit.
■> — Eh ! madame, je ne demande que cela. » Je prends la main de Sophie; elle se lève, elle me devine, elle sourit ; elle s'appuie mollement sur mon bras ; elle me suit.
« Ah ! ah ! je croyais n'en avoir qu'un à garder , et je vois qu'il en faut surveiller deux. Arrêtez-vous, s'il vous plaît : .lusline , faites conduire monsieur à son appartement. — Madame... madame... — Eh bien ! qu'est-ce ? — \ ous m'avez en effet donné des ordres ; mais j'ai osé prendre sur moi de ne pas les exécuter. — Et la raison, mademoiselle ? — Comment séparer un si joli couple, qui s'aime si tendrement ! Madame et monsieur paraissent avoir tant de choses à se dire ! — ^ ous êtes connaisseuse ; mais je vous prie de garder pour vous vos observations, et de vous souvenir qu'une obéissance pissive est le premier de vos devoirs. Allez faire ce que je vous ai ordonné. "
On ne résiste pas à une maman aimable, quelque fâcheuse qu'elle soit d'ailleurs : je suivis madame d'Elmont.
Elle me conduit à son appartement, et les affaires dont elle veut m'entretenir se bornent à des remontrances très-raisonnables, trèsprudentes sur la nécessité de me ménager encore. Les gens froids sont insupportables : ils jugent le genre humain d'après eux.
Madame d'Elmont termine un assez long discours, que j'ai écouté avec beaucoup de docilité, en m'annonçant la résolution irrévocable de coucher dans l'appartement de sa fille , jusqu'à ce que le mois soit révolu.
A-t-on jamais rien imaginé de plus perfide ?... J'allais répondre par cent arguments d'une force irrésistible... Elle sort tout d'un coup , donne deux tours à la serrure , et emporte la cUf.
Oh ! comme je dormais, lorsqu'une petiie main m'éveilla en allant et venant légèrement sur ma couverture ! • Qui est là ? — C'est moi , monsieur. — .\h ! c'est Justine ! Et par où êtes-vous entrée ici ? — Toutes les portes ont deux clefs, et il faut bien que les domestiques en aient une : si on se trouvait incommodé la nuit, qu'on sonnât... — Voilà qui est très-bien vu. Mais que me voulez-vous , Justine ? — Il y a six heures que monsieur dort, et madame aussi. J'ai pensé qu'ils ne seraient pas fâchés de se donner le bonjour sans témoins. — Oh ! tu es une fille charmante, accomplie !... Mais madame d'Elmont ? — Elle a pris la chambre à coucher de madame de Francheville ; sa fille s'est contentée de mon cabinet , et j'ai aussi la clef d'une seconde porte qui donne sur un escalier dérobé. — Ma chère amie, il est impossible d'avoir plus de pénétration , d'intelligence, et de rendre un service plus à propos. — Madame d'Elmont s'imagine que tout le monde doit être aussi calme qu'elle et ses quarante aus. — Je ne te soupçonne p=is de ce défaut-là, Justine. — Ma foi, monsieur, le plaisir fait oublier le défaut de fortune. — Voilà en quatre mots tout un traité de philosophie. — Tournez-vous donc un peu, monsieur. — Tu as peur? — Non,mais la décence... — Tu as rai»on , tu as raison. Donne-moi celte culotte. — Monsieur n'eu a pas besoin.
— Tu as encore raison. Passe-moi cette robe de chambre. — .Mais, monsieur, vous me faites faire des choses... — Et tu fais tout à merveille. Marchons, Justine.
Avec quelle adresse elle ouvre et referme celte porte '... Je m'approche d'un pelit lii bien blanc... Le sommeil l'embellit encore, loul est charme sur sa fignre ; tout est volupté dans son attitude. Comme ce bras s'arrondit sous cette tête divine ! Comme ce sein se dessine , se détache et se soutient ! Pas de lacet, pas un ruban : c'est du marbre
IS
UNE MACÉDOINE
que couronne un liouton de rose... Heureux, trop heureux mortel , tout cela est à toi !
Assurons-nous que rien ne troublera les dtMicieui mystères. Je mets les loquets partout. Madame d'KImont aura le grand escalier à sa disposition.
Aui transports les plus doux avait succi^dé un sommeil paisible. Pressés, onlaci'S l'un dans l'autre, nous n'avions plus qu'une âme et qu'un cœur. Les songes riants cfleuillaitnt sur nous le pavot et la rose... t^''^' vient nous arracher à ce calme diMecLible , qu'on goûte si parfaitement , et qu'on ne peut décrire ? On frappe à la porte du cabinet. • Sopbie, ma fille ' — Maman ? — C.tl homme-là a perdu la raison , et nous la fera perdre ;i tous. — (Jui , maman ? — Francheville. — (Ju'a-t-il donc fait ' Il est reparti. — .le ne le crois pas , maman. — Il n'est pas chez lui , et aucun des domestiques ne l'a vu. —
déjoue tous les plans qu'on lui oppose, c'était à l'amour lui-même qu'elle me confiait; que désormais Sophie me rendrait sage, puisqu'elle aimait assez pour l'être elle-même... si elle sentait la nécessité de le vouloir.
Nous ne nous quittons plus. Toujours appuyée sur mon bras, toujours charmante, toujours heureuse, elle me promène de chambre en chambre.
Nous nous enfonçons dans un parc assez mal tenu. Elle en veut faire un jardin anglais. « Oh! laisse-nous cette nature agreste. Qu'on arrache l'ortie et le houx; ces plantes seules sont ennemies des amours. »
Nous parcourons tout le parc, nous nous arrêtons partout; partout nous trouvons un temple, nous marquons un autel. Parc solitaire et silencieux, chacune de tes retraites sera consacrée par un sacrifice.
La cloche nous rappelle ; il faut s'éloigner de la nature et entrer dans un château !... Un château ne vaut-il pas un parc pour qui y rentre avec son cœur ?