J enire en motièt
Un mot, par grâce, me dit uue voix douce au moment où je mettais mon passe-partout dans le trou de la serrure. Je me retourne, et, autant que me le permet la lumière fauve du réverbère, je vois une jeune femme assez i>rnpr('inent mise, dont l'attitude é:ait suppliante. J'aime toutes les fenunis, i|Uoique je n'aie encore fait de sottise pour aucune : cela viendra probablement.
Lorsque je me retournai, la voix argentine répéta l'invitation. Je m'approchai, je pris une petite m..in que j'enfermai entre les miennes, el j'écoulai atleutivement. Il m'a toujours semblé qu'on entend mieux une jeune femme qnand on lui tient la main.
— Voudriez-vous me rendre un service essentiel ? — Très-volontiers, répondis-je après l'avoir regardée de plus près. — Vous voyez mon étal. Je baissai les jeuv, et je fus d'abord au fait. — Vous vous êtes oubliée. — Oui, monsieur. — Votre mère n'est pas indulgente? — Aon, monsieur. — El vous me demandez un asile? — Oui, monsieur. — Vous croyez donc que celte nuit... — Ou demain au plus tard. — Mais votre mère... — Vous voudrez bien arranger cela.
J'avais allumé mon rat-de-cave chez le pâtissier dont la boutique touclic à ma porte, et c'est en montant l'escalier que je me permettais cet interrogatoire. La jeune personne, dont l'état exigeait des ménagements, appuyait fortement son bras sur le mien , et j'en étais' bien aûe.
Elle ne connaissait pas les êtres, et de la main gauche j'avançais loa lumière ; je les connaissais très-bien , et mon (cil se portait furtivement sur la plus jolie figure, qu'un air de langueur rendait plus intéressante encore. C'est quelque chose de bien attrayant qu'une femme jeune, jolie, soufTrante, et qui se livre aveuglément à vous.
Quand nous fûmes dans ma chambre à coucher, je pensai, en allumant mon feu, el en r:ingcant ma robe de chambre et mes pantoufles qu'Antoine m'avait préparées, je pensai que je faisais au moins une impriulencc. Dans une ville comme Paris, nie disais-je, la friponnerie prend tontes les formes : si cette fille était une... Je tournai la tête. Elle s'était mise sur un canapi''; elle pleurait et me regardait d'un air qui voulait dire : Vous vous trompez; je ne suis qu'une infortunée, et vous me devez quelque reconnaissance pour la préférence que je vous accorde.
Je pensai alors qu'il y a de la cruauté Ji juger défavorablement les malheureux. Je m'apprncliai du canapé; je repris la main bl.inchette, et je la baisai en eipialion. C'était bien le moins que je pusse faire.
Je sonnai. Antoine entra. Il parut étonné, puis il sourit en me regardant avec malignité. Je lui dis de mettre des dr.ips blancs à mon lit, et de m'arrêter une chambre à l'hôtel de Provence. Antoine me regirda une seconde fois, mais ne rit plus. Je n'ajoutai pas un mot; mais je fus flatté de n'avoir rien perdu d.ms l'estime d'Antoine.
11 est assez naturel de vouloir connaître quelqu'un à qui on donne un asile, et je suis assez naturellement curieu. Cependant je commandai à ma curiosité.
Je passai avec Antoine dans son cabinet, pendant que la jeune personne se mettait au lit, mais je rentrai aussitôt que je crus pouvoir^ne présenter. Je m'assis près du chevet, el pendant qu'Antoine préparait une rôtie au vin dans ma petite casserole d'argent, je hasardai encore quelipies questions. ,t
Elle répondit à tout avec ingénuité et franchise. AntoSrc écoutait »ans qu'il v parût, et je jugeai, à la manière prévenante dont il pré- KuU sa rôtie, que la jeune personne l'intéressait autant que moi.