VI. — La Noce
31 n'était que huit heures, et je ne les ;
^f IKieine font également lex'er matin.
Jladame Miroton avait son caraco c
attendais q-i'i neuf. Lebofheur
de lafTeUis chiné, ses mules de maroquin Auge, et son bonnet de dentelle à Irois rangs. Jeanneton et Bastien éfUent parés de la jeunesse, qu'embellit le plaisir.
Jeanneton n'avait pas osé mettre la lieur blanche derrière sa coiffure. .^largueritc en fit la remarque , je l.i piiii;ai à la faire crier. Je ne puii soufi'rir qu'on humilie personne, même sains intention.
ANGELigUl-: ET JEAiNMETON.
J't'iai» l'homme par excellence de la petite famille. Pendant qu'Antoine versait le chocolat, madame Miroton me parla du contrat de niaria(;e. lîastien reconnaissait avoir reçu six mille livres de Jeannelon. Je <lemanilai qiii avait exigé cette danse. Madame Miroton me répondit que Histien l'avait voulu ainsi. Il rougit, et haissa les yeux. Uouijir d'un he.iu Irait, lorsque tant d'autres !...
M. 'l'Iiibaut entra sans cérémonie. Je ne l'attendais pas; sa cordialité me lit plaisir. S.i présence enil)arras.sa d'abord mes jeunes amis 11 eut le hou esprit de melire loul le nuinde à son aise , en s'y mettant hiinième , et en parlant de toute autre chose que de ce qui avait causé l'emliarras.
Il tira une belle chaîne d'or, et demanda à liastien la permission de la passer au cou de .leanncton. J'avais deux montres, et il ne m'en faut qu'une. Je pris celle qui restait sur ma clieminée, et je priai Jeanneton lie l'offrir de ma part a Hastien. — Il aimera mieux la tenir de votre main i|ue de la mienne, et il ne la tirera jamais sans se rappeler le jour et l'heure oii il aura promis île vous rendre heureuse.
L'erjlise était pleine de monde. Des hommes, la plupart le chapeau sur la tèle; des jeunes tilles juchées sur des chaises, et ricanant avec indécence ; les enf.inls des écoles voisines jouant, ou se disputant ; des oflieiers munici|iau\ indilVéreiits à l'acte qu'ils allaient consacrer; tous parlant plus ou moins haut, el, par-dessus tout cela , des airs d'opéra, Ici est le tableau cpii s'offrit il moi, et ce tableau me fit de la peine.
I.c mariage est la base de tous les liens sociaux. Pourquoi ne pas le rendre respectable?
l'ouripioi ne pas établir le plus grand ordre pendant la cérémonie?
l'ourquoi ne pas clierclier à lui donner un caractère auguste ?
Pourquoi les assistants ne seraient-ils pas invités à observer la plus rigoureuse décence, et pourquoi ne chasserait-on pas du temple celui ou celle qui ne sait pas honorer le mariage ?
Pourquoi ne pas placer les épouses et leurs mères d'un côté des magistrats, et de l'autre les époux et leurs pères?
Pourquoi les jeunes époux, au lieu de venir tumultueusement devant celui qui va les unir, ne lui sont-ils pas présentés par leurs parents, avec respect et modestie ?
Pourquoi le magistrat qui proclame les mariages se borne-t-il sichement aux formalités prescrites par la loi? Pour(|uoi n'adresserait- il pas aux épo'ix un discours qui leur rappellerait la sainteté des engagements qu'ils contractent, el qui les féliciterait d'avoir mérité d'être chefs de fimille à leur tour, pour avoir dignement rempli leurs devoirs de fils et de fille ?
Ils sentiraient le reproche au fond du cœur, ceux qui ne mériteraient pas l'éloge ; ils voudraient peut-être le mériter un jour, ceux qui ne sont encore que simples spectateurs , et les mœurs y gagneraient. Heureux le gouvernement qui arrive, par la persuasion, oii ies lois ne peuvent atteindre !
Je voudrais que la cérémonie fût terminée par une hymne, accompagnée p.ir l'orgue, et non de ces chansonnettes qu'accompagnent des violons et des clarinettes. On sort du temple en fredonnant un petit air. On en sortirait pénétré d'un respect religieux.
M. Thibaut avait apporté le vin de dessert et la liqueur des îles. Bastien avait voulu fournir l'andouillette et les pieds à la Sainte-Menehould ; l'obligeante cousine, la marée; et madame Miroton, l'abricot, la pèche et la reine-claude. Jamais repas ne me coûta moins, et ne me fit autant de plaisir.
M. Thibaut est un homme fort estimable, à quelques petites choses près. On peut oublier la rapidité de sa fortune, puisqu'il en use bien. Je sens que j'en ferai mon ami.
C'est une assez bonne femme que la cousine , et sa grande complaisance est, je crois, son défaut essentiel. Aussi je lui conseillai de ne plus recevoir de jeunes gens dans son arrière-boutique : cela ne réussit pas toujours.
Madame Miroton fait parfaitement bien les honneurs d'un dîner. Elle parle beaucoup, el elle a des idées originales. Elle met des s où il faut des (, de» / oii il faut des s. Oubliez que vous êtes grammairien, et madame Mirolon vous amusera.
Jeannelon et Bastien ne disaient mot. Il8 se regardaient : cela voulait tout dire.
Jeannelon est très-aimante, et il est très-doux d'être aimé. Il est des moments oii Jeanneton me donnait des envies de mariage... Au reste, je verrai.
Je n'ai pas trente ans, et je puis attendre. J'ai, dit-on, une figure passable, et, ce qui vaut autant, quarante mille livres de rente. Je ne dépense que la moitié de mon revenu, et je peux disposer des économies de quatre ans. Avec cela , on se marie quand on veut, et à peu prés il qui on veut.
IVous mimes Jeanneton et Bastien au lit. C'était une chose à voir et non à décrire. Quand je fus couché, je m'aperçus, jiour la première fois, que j'étais seul, et je soupirai.