XXV. — Elle est ma femme
\on, non, point de détails... Vous savez tout, si vous savez aimer, ^oint de détails, vous dis-jc. Je ne trahirai pas les secrets de la pudeur.
XXYI. — Le LeodemaiD.
Les convives, les fâcheux sont partis. Il ne reste, avec les tendres époux, que de bons parents et de vrais amis : on est tout à soi.
C'est l'heure du déjeuner, il est prêt. Justine vient nous avertir. Je lui ouvre, elle passe la robe du matin... (^ el embarras, quelle rougeur à l'aspect de Justine ! Celte fille a déjà servi sans doute de nouvelles mariées ; elle a l'air de ne s'apercevoir de rien.
Je donne la main à ma femme... à ma femme, entendez- vous ? et je la conduis au salon. Elle rougit encore en embrassant sa mère, Adèle et Montfort... Je la prends sur mes genoux, je tourne son joli vis.ige contre mou sein; je la cache à tout le monde, mes baisers ellaceut ceux quelle vient de recevoir, et elle rougit davanUgc : la modestie est le fard de la beauté.
C'est sur mes genoui «ju'elle déjeune, c'eit moi qui la sers, c'est
elle qui veiil me servir. Eeli.iiij;e de soins, de prévenance! , ri oeuiètrc aecruisscineiil de tendresse... Olil non, cila ne »e peut p.ii.
Rousseau a dil : Eeniines, voulex-vous savoir si votre amant vous aime ; examinez-le en sortant de vos bras. . l.'tiiih. interesse a lu Rousseau; elle me regarde, et elle parait coiilente de moi.
(Combien ji le suis d'elle, de sa famille, de Jeanneton, même de nie«
Rcns ! Toul ee qui m'environne siiuble ne respirer que pour moi
Est ce une sorte d'épi<lémie que la félicilé, cela se eommunique-t il ?
Jeanneloii la prévient, la caresse; elle sait donc l'apprécier : c'est un mérite de plus.
Le bon .\nluiiie est si gai, si affectueux! Il est si empressé près d'elle, et en même temps si rempli d'ét.irds ! Pas un mot qui n'annonce le respect, et qui n'exprime un sentiment.
Tous les cœurs volent au-ilevant d'elle; pourquoi n'en a-t ille qu'un?... En eùtelle mille, je les lui demanderais tous.
— Qu'ai-je donc fait pour être aimée ainsi ? me dit-elle. — Que le répondre, femme accomplie ? L'affection est la seule chose qui ne se commanile pas, et qu'O' ne puisse te refuser.
Après le déjeuner, Montfort propose uni' promenade à pied. On accepte. et chacun va prendre sa pelisse ou sa capote. Jeanneton rit en sortant. Moi, je ne vois rien de pi. lisant à cela.
Je moule dans une cli.iiiibre, je cherche cerUiin déshabilii- que j'avais dil à Antoine de tenir prêt je ne le trouve pas. Je retinirne toul; peine inutile. Je ne s.iis par quel hasard le gilet de salin vert el le pantalon chamois se présentent sur un fauteuil... Il me semble les avoir serrés.
Les mellrai-jc? Non, je ne veuï ptules user... ^liis oii est donc ce chien d'.Xnloine! Je sonne, je l'appçUe ; pas d'.Xnloine, el le temps s'écoule... Je me décide ; je passe le filet vert, je chausse le pantalon chamois, l'habit fourré là-dessu-^. et je descends.
— Eh bien, où sont-ils donc ? — Madame est sortie, répond Justine d'un air ingénu. — Comment ! madame est sortie ! et sans moi ! Le tour est piquant. El les autres? — Ils sont sortis ensemble. — Et où sontils donc allés? — Dans les jardins, je pense... La rusée ! .Me voilà eherehant dans le parterre, dans le (letit bois, dans la serre. Je m'agite, je me démène, je m'impatienic. Je rentre, j'ouvre les chambres, les armoires, en haut, en b.is... Personne, absolument personne. — C'est une niche, cela! disois-je en gagnant la cour; vous me la pajercs , espiègle.
Je vois les chevaux à un carrosse, et mon ancien cocher sur le siège. — Que fais-tu là ? — Je vous attends. — Comment ! tu m'attends ! je n'ai pas donné d'ordres! — Mais madame en a donné. — Il est fort plaisant qu'on me fasse voyager sans que j'en sache rien. Et où prétends-tu me conduire? — Madame m'a défendu de p.irler. — El moi, je te l'ordonne. — Permettez-moi de vous désobéir pour celte f.ds seulement. — Que le diable t'emporte ! pars donc , et ventre à terre : il y a une grande heure que je ne suis pas avec elle.
Ah ! il prend la route de .Alarome. On dîne sans doute chei madame EUiot, ou chez Montfort. Le beau mystère ! Celait bien la peine de me délaisser pour cela ! Je boudais .. tiais je boudais tout de bon.
— Eh bien , cet étourdi ne va-t-il pas me verser I Je crois en vérité qu'il descend le revers de la grande route ! .Me voilà en plein champ : que veut dire tout ceci? Je tire le rordon pour arrêter les chevaux; le cordon vient à moi tout entier, et nous courons toujours. Je veux baisser les glaces; les tresses , les glands , tout est ôlé. — Ah ! ah ! madame a tout prévu. J'essaie au moins d'enlever de dessus le verre la vapeur de mon haleine : elle se reproduisait avant que je pusse rien distinguer. — .\llons. me voilà le prisonnier de madame : nous verrons ce qu'elle a ordonné de moi.
Le traître de cocher arrête enfin, et v enl en riant m'ouvrir la portière. Je ne savais trop si je devais me fâcher ou rire avec lui : il est plus agréable de rire, et c'est le parti que je pris.
— La fin de tout ceci, voyons ! Tu me descends en rase campagne : que veux-tu que je fasse là ? Il m'invite à faire le tour de la voilure, el je me trouve au bord de la prairie inondée par le ruisseau de Cailli, à l'endroit même où j'ét^iis descendu sur la glace trois semaines auparavant. Je lève les yeux... Le petit pâtre avec ses patins, plus loin le jeune homme au gilet rouge, et a l'autre bout, tout au bout, les trois dames précisément à la même place; les mêmes robes, la même attitude, et le même panier passé au bras de madame Elliot.
— Elle ne craint pas que j'oublie jamais le jour préricux... Elle ne veut pas même me le rappeler ; elle veut que nous le fêtions ensemble : ce sont les actions de grâces du lendemain.
— Hé, vite, vite, dis-je au petit pâtre, tes patins, mon ami, tes bienheureux patins I
Une seule de ces dames suivait alors les mouvements du jeune homme au gilet rouge , la seconde ne voyait que moi ; l'allention de la troisième était part.igée entre nous.
Point de carres, point de Renommée. La course, rien que la course, et sur la ligne la plus droite. J'arrive, je m'assieds à ses pieds, el je la remercie de l'aimable surprise.
On n'avait pas oublié la moindre particularité. T»ut était Ik , jujqu'aux trois chaises. Le petit pâtre se présenta : — Mon, non, dit-elle; aujourd'hui j'ai quelqu'un à moi, et ses services me seront plus agréables que les liens.
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ANGÉLIQUE ET JEANNETON
Elle paya les p.itiiis ilu petit pAirc. .lo ne lui (leinaïuliil pas eniiiliicti : c'riit élé la foreer à me ilii<> le pri\ qu'elle ) allache. i\e le savais-je pas ileja ?
Jeaiineloii et Tliiliiut vinrent nous averlir ipie le iliiier était prêt. Les fripons! Ane.clique avait à peine trouvé la veille le inonunl de leur ilirc un nu)l, et e'élaient euv qui avaient tout arranr;é.
Elle voulut eouelier à IMarome. IViuis avions plus île eonimnilllés chei nous; il'ailleuni je craifjnais d'inronimoiler niadamt- Elliot, cl je
Le petit pitre me prêta les patins ; je m'élanjai sur les traces du jeune homme au gilet rouge.
préférais retourner au Bois-Guillaume. — Cette petite chambre, me dit-elle à l'oreille, cette petite chmibrc qui te plaît tant, ce petit lit, témoin discret de mes premiers soupirs, ne le seront-ils pas aussi de mon bonbeur ?