‹ Vie et aventures de Pigault-LebrunChapitre 199 sur 379 · XXVII. — Départ pour Paris · texte numérisé non relu

XXVII. — Départ pour Paris

Bastien n'avait donné que huit jours à sa femme, et elle n'en voulait pas davantage. Elle se pl.iit beaucoup avec nous; cependant, cependant au Bois-Gudiaume, il lui manquait (]iielque chose.

Le petit congé tirait a sa fin. Thibaut avait promis de la ramener: ils disposaient tout pour se remettre en route.

La fin de l'hiver approchait. Il est à P.iris des plaisirs pour toutes les saisons. Je marquii (pielque envie de faire jouir la charmante femme des dcu\ mois qui restaient encore. Klle répondit que Pans, le Bois- Guillaume, une cabane, tout lui serait égal, pourvu qu'elle fût avec moi.

Nos amis me pressèrent. Ils firent valoir l'agrément de voyager ensemble, et je me déterminai.

J'ordonnai au jardinier, que j'établis concierge, de suivre en tout les instructions de .Montlort. Je priai celui-ci de veiller sur cette partie de nos propriétés. iNous primes congé des lieux fortunés qui avaient vu nailre et couronner nos amours, et nous partîmes.

Nous montinies tous quatre dans mon ancien carrosse. Antoine, Justine et le cuisinier se mirent dans l'autre. L'équipage gris-de-lin menait niad. nue Elliot, Adèle et .Monlfort, qui voulurent nous conduire jusqu'à Hoiien.

L'officier de hu.<isards mange habituellement à celte auberge. Il fut frappé d'abord de la somptuosité des équipages. 11 le fut davantage de la tournure et des grâces de ces dames. Il ne paraissait pas bien sûr que je fusse le même homme qu'il avait vu, voyageant à pied , avec le cosliime le plus inoilesie . je le [icnse au moins, car il me parut froid. reut-étrc me prit-il pour l'intendant.

Pour le désabuser, je le pri.ii à souper. Je ne suis pas fàclié qu'on me connaisse, quand le ccpiir n'y peut rien perdre. Je suis bien aise aussi qu'on s.iclu.' rnnibien je suis heurcm. I) ailleurs, pendant qu'il parlera b.ilaillrs a Thib.uit et à Moiitfort, nous parlerons tendresse, et il n'y aura p.is 'le ti iiips perdu.

liparut très-fldité de la proposition, et il accepta sans se faire prier-

(.'est un homme liés aiui..ble, qd.iiiJ il en veut preiidrt la peine. Pas un mot de guerre, ni même de lui. Il entretint ces dames avec l'élég.inle f.icililé (|ui annonce une éducation distinguée. J'essayai de le remettre sur ses eanipagnes; cela ne prit pas, et je m'en consolai : la nuit comiiuiue pour moi quand je veux.

Wous nous si'iiaràmes, le lendemain matin, des bons parents. Des larmes roulaient dans tous les yeux. On les sécha en se promettant de se revoir.

5ous arrêtâmes devant la chaumière des trois marmots : je lui avais conte leur histoire. Elle déposa aussi son offrande, et elle emporta sa part (le leurs bénédictions.

INOus allions ,-1 très-petites journées. Quand on est ensemble, on n'est pas pressé d'arriver.

i) ailleurs nous avions le carrosse gris-de-lin. qui marchait ii vide, et, sans y penser, nous y montions quelquefois. Il est îles moments oii on a besoin de se recueillir, de parler fermages, détails de maison... et d'autre chose aussi.

^os amis souriaient quand nous les rejoignions... Elle rougit beaucoup moins, elle commence même à sourire aussi... On se fait à tout.

Page 1