X.WIII. — Ce qu'elle pense de Piiris
Elle a été élevée à IMarome, et elle n'a d'un cert.iin monde que les idées qu'en donnent la lecture, un jugement droit et beaucoup d'esprit naturel. Cependant Paris ne lui p.ir.nt pas une merveille. Elle jouit de tout sans s'étonner de rien. La raison en est simple.
Alliins-nous voir la colonnade du Louvre? la vilaine église de Saint- Gcrmain-l'Auxerrois semble plantée 1.t exprès pour faire gémir sur le mauvais goût.
La mené-je aux Tuileries ? il faut passer le marché serré et infect de la rue Traversière.
Aux Champs riysées ? il faut s'asseoir, ou être coudoyé sans cesse.
Aux boulevards? la poussière vous avcuiçlc , et vous êtes arrêté à chaque pas par des êtres dont les infirmités dégoiilantes vous fout retirer précipitamment la main qui les soulage.
Angélique.
Au Palais-Éçalité ? une noble architecture, de tiè?-beiles boutiques; mais ..n jardin dégradé, des filles perdues, des agioteurs, des escrocs, des filous.
Au Muséum? elle regrette que des jours détestables fassent briller les vernis, et enipèihetil de voir la peinture.
A llnstiliil nalional? des iiiédeeins dissertent devint des mécaniciens , des <himistes devant des peintres, et des inallirmaliriens parlent prolili mes à des poètes.
Au lonseil des Cinq-Cents? son cril est blessé ,à l'.ispect d'une carrière entassée sur des bases délirâtes. l'.nirons nous rl.ns la salle? une heure pissée au bas de l'escalier a fiit n litre 1 iiiii'.ilienee cl même l'humeur. On a des cartes qui abrègent les préliminaires, et j'en aur.ii»
Pâtil. Tïl* H»iiri rinu MIC li-lMOi-iT*' .
AM;b:LiguE et jean>eto>.
it
comme tant d'autres ; mois je ne vois pns iioiirquoi jVntrcr.iis d'milorili', p^irce ((iii' je- roiin^iis tel rrprésonlant , lorsque I luiiiinic qui me vaut a lois l'jjunls alltiiil iiuiuveuseniint à la porto, parce qu'il n'ist connu de porsoMiic.
"Traversons nous les plus beaux ponis? la voie puliliquc est obstruée par dos olalturs a six sons la pièce.
ninoiis nous «lui un roslauratcnr? nous soninii-s parf lilinirnt servis, on ne nous ilunno rien <pio d'exccllciit ; mais nous faisons un diiiiT en six ai tes, si nous iUiiihii !ons «ix plats.
.\lloiis noiisà l.oni;< l> imp ? elle ne ronçoil pas qu'on passe doux heures il la l'ilo, lin (pieiiunt pour se faire voir, et sans qu'cui puisse avanror ni reculer qii autant que le liouvent lion ceux qui si ni ilev.inl ou derrière.
A l'Opéra ? elle tremble que les héros de la table n inreinlient roux
des sciences et dis lelln s.
A la Comédie- IVaneaise? on la ehen lie U deux ou trois lliéàtrrs : elle nexisie vraiment nulle |virt. C'est ainsi que le vojaeeiir étonné admire encore i| lelques colonnes du temple lie r.ilmyre. et pleure sur celles que la li..rliarie il le temps ont couvertes de Siiblc et de ronces.
Voulons -nous terminer la joiinice par le bal? les eiilrepreneiirs disiribiieiit dos billets à des filles qui occiipoiil le p:irqiiet , et la femme qui se r. speete craindrail , on dans. nt. les méprises de l'Iionime qui ne respecte rien.
J"on cocher veut il nous ramener par le chemin le plus court? il prend ou par la rue de la llurlielle, ou par S^iiit- .lacqiies-dii-Il iiit-PaS, ou p.Tr la rue de la Tixcr.inderie , ou par la rue Maiibiiée, ou par celles du Renard, du l'et-aul'iablc, du ("œur-N'olant , ou par celle des Boucheries, dont le niisseau roule sans cesse nn sang noir et épais, où vous entendez assommer un bœuf .1 droite, où vous voyez dépecer un ajjncaii h f;aiiclie , où vous p.issez à côté d'hommes dont les bras nus, les mains et le visage rougis allestent la profession meurtrière.
Voit-elle ce qu'on appelle la 6onne société.' des hommes estimables, quelques femmes intéress-intcs ; mais des repas splendiiles sans gaieté; des jeunes gens qui ne savent pas se présenicr dans un cercle ; qui saluent du menton, et qui ne connaissent de la langue que vingt ou trente mots qu'ils placent à tort et ii travers ; qui mènent l'amour à peu près comme les grenadiers de l'ancien régime, et dont les bottes noircissent une robe, par soirée, à celle qui est assez bonne pour écouter des sornettes.
Des madame .Miroton, qui croient se cacher sous un amas de soieries, de dentelles et de bijoux, et qu'on devine au simple geste, au premier mot.
I.a conversation la pUis plate, parce que les gens de mérite dédaignent de parler et même île répondre a ces dames Mirolou, qui sont pourtant trcs-considérées de quelques individus, qui comptent emprunter de l'argent à leurs maris.
Enfin, ia bouillotte, qui dispense de penser. On remue des cartes •usqu'à satiété; on se relire à minuit, le cœur, la tète, et quelquefois la bourse vides, et on prétend s'être amusé.
Le moyen, dit-elle, de s'étonner et d'admirer? De l'or pur de tous les cotés; mais il faut le démêler de la fange, et c'est un travail fatiganl.