XLII. — Elle est innocente
— Injustement soupçonnée! ra'écriai-je. El ce lieu de débauche oii je l'ai surprise, sortant de chez vous; où elle était volontairement, oit je me suis convaincu de son ignominie! C'est là, monsieur, c'est là ce qu'il fallait d'abord éclaircir, ce qu'il vous est impossible de pallier, ce qui ne s'effacera jamais de ma mémoire.
— Je ne vous entends pas. Un endroit où vous l'avez surprise... Elle ne vous a pas vu de la soirée.
— Je l'ai vue, moi, je l'ai entendue, el c'est assez. Un inconnu... Une chaise à porteurs. . El cette lettre ! Je lui |)résentai celle de l'anonyme. — Quelle atrocité! dit il d'une voix éloulTée; je n'aurais pas soupçonné cet excès de scélératesse ! Denneterre.. ni idame Dereourt... ee sont eux qui ont tout fait. Denneterre n'est entré chez moi que pour s'assurer que votre épouse y fûl. Il est ressorti; son absence a été longue... (^etle lettre est de quelqu'un .. lui. Ecoutez, écoutez ce que m'a raconté le Icmlemain leur (h plor.ilile victime en s'applaudissant de l'accueil honnête de celle qui l'a reçue.
ANGÉLigUK KT JEANNETON.
— Ah! parlez. HàlPt vous, si vous avez qurli|ue chose do ronso1«nt
(à nie (lire.
— La voiture il'AngiMiquc fut arr^ti'e au coin de hi nie île l'Arlirc-Sec.
— J'ai parlé au eoelier. Apr^s?
— l)ru\ liaeres, en travers de la rue, aeerochaiit les carrosses, dont le noinliri' aiii;nieiila ii chaque instanl, les deux eorheis se quercllanl, suul.iiil de leur sli'i;e. se liallant ou ayaiii l'.iir de se li.itire, se ti ii ut aux ehe\eu\, à la portirre uu'^nie d'.\i»î;élupu', etlVaxi^' îles coups, des jurcNuiits et du tuiuulle qui ilivienl ;;CMcral ; h' domesliiue de l)euneterrc qui moule .1 la portière opposée, qui lui dit que d.ins une lu'urc peut être la rue ne sera pas di'li.i.rassée ; que le coiidnt s'euijap.e de proche en proihc entre tous 1rs cochers: que les niaitri s prcudrunl parti sans doute; que son ctal Icvpose; (|u'il voit une (haisc ii poricurs près de la Toulaine; qu'elle peut filer le Iouj; des maisons et qu'il va l:i conduire clicz une marchande qui fournit ii madanie l)i nuctrrre. Auf;cli(|ue descind, éperdue cl tremblante , s ah.indonne à riiifànic émissaire, est coudiiilc en elVcl chez une femme qui la reçoit avec décence | et dont les manières...
— .N'aehexez pas, Tliibaut, n'achevez pas. .te suis uii niallienreiix. un forcené. J'ai oiilraijé 'a vertu la plus puri'. Je ne voiil.iis point pardonner!... L est moi ipii ne mérite p.>s de pardon. .Mi ! mou ami, courons, volons; que |C lui jure une estime, un rc-peet, lui amour éternel, (jue je toiulie ii ses pieds, que j'y meure, ou que j'y oliticnne ma g-àce.
— \ ous ne serez pas longtemps séparés, je l'espère; les recherches que nous ferons iiisoulde...
— (Jiic voulez-vous dire?
— .Xngéliqiic n'est plus à Paris.
— Je le sais; elle est au liois-Guillaumc.
— Mon ami. il m'en coûte pour ajouter à vos peines; m.iis je l'ai fait chercher en vain au Hoi^■Guillauule, cluz sa mère, et ihiz Montforl.
— Dieu! grand Dieu !
— ( 'n vous cherchait aussi à Besançon, à Rouen . à Caudebec, partout où je vous savais des relations. Mes déuiarclics ont été ilouhh ment infructueuses , et sans la lou.ihie indis rélion du bon curé , j ignorerais encore la destinée de mon meilleur ami.
— Elle n'est plus à Paris ! elle n'est pas au Rois-Guillaume ! elle nie croit coupable, cl e me hait , elle me fuit.. Je ne me plaindrai pas : je l'ai trop mérité. Mais, l'Iiibaut, mon cher Tliib.iut ! ètcs-voiis sans espérance ?(Juoi ! pas la moindre présomption, nulle idée sur la roule qu'elle a pu tenir? l\acoiilcz-moi Us plus simples particularités. Qu'at-clle fait, qu'a-t-clle dit après mon départ? Un amant, un époux n'a besoin que (l'un 1:101 : un seul mot peut être un trait de luiiiicre.
— Il était deux heures après midi, cl j'étais loin de prévoir les désastres de la nuit préeédcnte. .""on coclicr entra chez moi. iMadanic est dans un état all'reux. ^ous ne savons où esl monsieur. Venez, il n'y a pas un inoiueul à perdre. Je ne l'onuc pas le temps de niellre nus chevaux, je >ors. je cours, j'arrive. Elle était a demi nue, les chevcui épars, le \ isagc couvert de ses mains. Elle ava l devant elle une lai le cl plusieurs p pii rs. Je lui parl.ii longtemps sans obtenir d'autre réponse que des sanijlots proon;és, qui me déchiraient. Elle nie montra <lu doigt votre lettre ; je la lus, et, je 1 avoue franchement, elle excita mon indignation et mou mé; ris.
Je ne vis qu'un moyen pour calmer l'infortunée Angélique, ce fut d'armer son amour-propre contre son cœur. Je lui peignis, avec les plus fortes couleurs ce que xotrc procédé semblait avo.r d'odieux; je lui rcpri sriitai q le sa fierté sa raison, son amour même voulait qu'elle vous oubliai. • L'oublier! eh! je l'adore, le barbare! u Voilà les seules paroles qu'elle pronoma JMsqii'ii huit heures du soir.
Elle ne pouvait résister longtemps a l.i violence de cette crise. De légères convulsions avaient déjà agité ses traits: sa vue s'égarait, elle ne trouvait plus de larmes. Dans le désordre où j'étais moi-même, je ne pouvais ni conseiller ni agir. Un mouvement qu'elle senlit en elle la ramena subilement. .' Oui . dit-elle , oui, tu m'avertis que je dois , vivre pour toi : eh bien, je vivrai , j'en aurai le courage. Je ne te punirai pas des fautes de ton père. »
Elle se remit par degrés, et nous commençâmes à n us entendre. ^ous réfléchîmes sur ch.icunc des cipressions de votre lettre. Elle indiquait de voire part de graves sujets de plaintes; ni.,is sur quoi étaientelles fondées? voila ce que nous ne pouvions concevoir. Le billet qu'elle vous avait laissé la veille avait pu vous blesser, mais non autoriser une rupture. Nous revînmes sur le passé; nous examii âmes sévèrement ses actions les plus indilVérenles, et ce fut alors qu'elle nie raconla ce qui lui était arrivé en sortant de chez moi, cet embarras de carrosses, eniin ce <|ue je vous ai déj ■ dit.
Tou^en elle était innocent et pur. Je ne vis plus dans votre lettre qu'une ruse mal. droite pour vous livrer tout entier ii d'autres amours, ^oiis ne vîmes plus de coupables que vous et Jeanneton.
ti pendant la donation dis trois quarts de votre fortune éloignait quelquefois ces présomptions. ( )n ne comble pas de biens une femme qi' on iliandoiine; et p'iis, Hasticii est un h ninie d'honneur; vous ne pouv;iz possider Jeanneton avec sécurité qu'en l'ôlaiit ;i son mari, en l la conduisant en pays é. ranger , et ces mesures nécessitaient des dépenses nxipiclles votre médiocrité actuelle ne vous pernietlait plus de faire Uce : nous ne savions où nous arrêter.
Votre Irtlrc était timbrée de Neuilly. Mon premier mouvement fut d'y courir; niais il ét.iit lird. \o » aviez écrit le matin; il »ét il écoulé douze ou qnin/e lienri-s. \ oiis pouviez «voir viii(;t nu vingt cinq lieiiei d'avance . et quel iliemin prendre pour vou» rejoindre? J'allai chez Jeanneloii.
Je la trnuv:ii gaie d tranquille Elle me recul nvee aisance, et me parla avec une lilieité d'esprit qu'on n'a point quand on se rep'oehe qiiebpie ehiise. on même qii'ini 1 si peoc npé : lela nie déroula. Si iioi eiin:i cimes étaient justes, elle ne pouvait i.norer xolre dépari le p.,rti cvti'êine que vous aviez pris avec .\ngeli(iue , et ma pré enee dev..it l'ciiiliamsser.
Cepintlaiit je ne voulus rien négliger de ce qui pouvait jeter quelque jour sur votre cnniluite. Je lui r;ieiiutai ee que xoii» veniez de l'.iire, et je l'observai avec alleiitinn. Je vis iiii éloniieiiienl qui n ilail pis joué, de la ilouleiir qu'on n imite jiniais qu'impirrnti nient. " .'sa malheiirensc épouse, me dit-elle, a eu des torts avec moi; mais elle a besoin de consol. liions, j'oublie tout. • \ enez, ne la laissez pas un nioinent a elleniénie. Il n'ét.iil plus possible de soiipi^onner cette feiniue-la. Vous ainiii"/. donc seul; iiniis alors pourquoi vous éloigner?
Teles él. lient les dilVérentes idées dans lesquelles je me perdais, en relniiniint de la rue de liiè re chez vous. Je prévis des lors quelque menée secrète. Je pensai à Deninterre mais eoMiincut vou> aur.iil-il persuadé d'exiler votre épouse .i l;i e.impague, lui dont vous étiez jaloux, et dont les succès dépendiiicnt du séjour d'Angélique a Pans''
INons inonlànies , Jeanni'lon et moi. IS ous ne Irouvàines qu'un domestique qui mettait le eoiivcrl à Idrdiii.iire . et qui me iiit que inad.iiue et Justine venaient de sortir pour alTaires. Il me remit un paqi.et à votre adresse, avec un billet pour moi
« Avant que vous vinssiez , m'é. rivait-elle , j'élais déterminée , et je profile (le votre ;ibsence pour suivre ma résolution Vous lui ferez tenir ee iiaipiel, quand vous saurez où il vit avec elle... » Elle n'avait pas eu la lorce d';ieliever.
Ici Thibaut cessa de parler. Ma confusion, mes remords ne m'avaient p;is permis de rinterromprc. Ils augiuenl' reiit encoe quand j'eus nuvert le paipiel qu'il me présenta J y trouvai tous les papiers que le lui av;iis adressés de Neuilh , et une lettre !... I 1 '■ire ainsi a un tigre ! c'est l'inroeenl qu'on supplicie et qui embrasse ses bourreaiis.
" Vous étiez l'époux de mon eo'iir avant que je connusse voire fortune ; celle que vous m'oIVrez n'est rien iiuprès de ce que vous m olez.
)i Vous me chassez de votre m;iison, et je vous obéis. Nous me donnez le Hois-Gullanme : je ne porterai pas mon dési spoir dans l'allie de nui mire; je ne recevrai plus rien de l'homme qui ne veut plus être mon époux.
» Je voa> renvoie tous vos dons. Je n'emporte que deux cents louis. C'est assez jusqu'il la niiissanie de votre ciilaul, assez pour pajer les
premiers soins d'une autre mère Je ne le nourrirai pas, moi : eh!
que lui offrirais je? des larmes.
» Vous serez informé de l'endroit où je le mettrai, afin que vous puissiiz le réclamer. Airaez-le comme vous avez aimé sa mère, comme elle la cru , du moins.
• Quel co'iir vous avez déchiré!... Pardonnei-moi ce reproche : c'est le seul que je vous adresserai. •
Ce fut Tli haut qui acheva de lire : t Qui ne veut plus ^tre mon époux!... » Qui ne veut plus être mon époux! répétai je plusieurs fois, et je ne pus poursuivre.
(Jù la trouver, où la trouver! c'était là ma seule pensée, mon seul cri, ma seule réponse aux remontrances alTeelueuses de Thibaut, aux discours religieux du curé, aux pleurs du bon Antoine.
(Jette scène de douleur se prolongea jusqu'au jour. Ils me remirent au lit, cl me forcèrent à pendre quelque chose. Toutes mes facultés étaient suspendues; je n'étais plus qu'un faible enfant sans volonté.
XLII1. — La police.
— Eh bien , me dit Thibaut , ne trouvez-vous pas des idées pour concerter nos démarches, et des forces pour la chercher? Il n'en fallut pas dax;int.ige pour nie rendre à moi-m me. Je me levai, et je me préparai à p;irlir. Je devais beaucoup au digne prêtre ; je ne lui laissai que nos meubles, ce qui restait d'argent, et le souvenir de ui'avoir consolé et soutenu.
ISoiis arrivâmes à Paris, et nous descendîmes chez moi. Je rassemblai mes iloincstiqiies. je les interrogeai. — Madame est partie avec Justine; .liistine la conduisait. \ oila tout ce qu'on put me dire. Le» deux carrosses, les chevaux, clic avait tout laissé. Elle avait donc pris la poste ou une diligence. Nous fûmes des deux côtés demander de» éclairci-ssenients; on se refusa 1 nos instances : il faillit, pour compulser les registres, un ordre de la police, .-i elle était restée à Pans, la police seule pouvait la découvrir; je cherchai à avoir accès aupr^ du ministre.
(eliii-ci esl du petit nombre de ceux qui honcent le ministère. Il sait concilier riiuiu.inité il ses devoirs. C'est en cultivant les vertu» privées qu'il se soul..,i;e du l'ardeni des affaires.
Je ne pouvais lui in-pircr une sorte d'intérêt, qu'en lui confiant les détails de la malheureuse aventure. Je lui parlai avec celte élo-
ANGÉLIQUE ET lEANNETON.
i|ufiict'. cotic ihaliMir, cet abaniion ii.itiiril à riioniiiu- iiéiu-tri' ilf son olijil. Il ni't'coiita avec boule, l't nous lit passer, lliiliait et moi, d.ins un arrièrc-cabinot oii il lions invita à altrndrc iialicmnu'iil.
I.a niatinif avançait, et nous étions toujours la. l-i crainte de distraire eeuv qui travaillaient auprès de nous nous ri'fiuis.iit a lire les éti(|iieltes des cartons, ou à nous regarder; ec (|ui n'est pas propre à distraire un lionuiie impatient et occupé d'aflfaircs majeures. Jugez, quand cela dure quatre heures !
I.e ministre nous fit appeler enfin, et me raconta sommairement ce qu'il a\,nt fait.
Il avait envoyé cbci la femme de la rue de Grenelle : elle était déjà notée pour attirer cbez elle déjeunes épouses séduites ou trompées. Il s'était expliqué de ni.mière a l'intimider, et elle avait avoué que l'homme qui était venu chez elle avec Angélique la voyait depuis quelques jours, lui faisait répéter le rôle qu'elle devait jouer, et lui recommandait surtout d'être prête à tous les instants. Le ministre venait de la faire conduire ii Saint-L.izarc, oii il se proposait de lui faire lon;;uement et péniblement e\pier ses fautes.
Il avait fait venir ensuite le doniesliiiue de Dennetene. C'est un fripon consommé, qui s'est d'abord li.iliileiuent défendu; mais, d'après les renseijjnemeiits qu'on avait tirés de sa complice, on lui lit des questions captieuses, on lui tendit des pié;;es, il se coupa : le reste allait de suite. Il répondit francliement à toutes les queslions qui lui furent laiies : en voici le résumé.
L'adroit neiineterre connaissait trop bien Angélique jiour en attendre quelque chose tant qu'elle conserverait sa raison. Le malheur cl le dépit pouvaient seuls la lui livrer. Il avait étudié mon c.iractère bouillant, et il s'était persuade que l'apparence prononcée d'une infidélité me porterait à prendre s.iiis délai un parti violent... Le malheureux m'avait bien jugé.
Il é|)iait le moment f,ivor.ible. Elle ne faisait plus un pas sans être suivie. Justine, qui était pagnée, lui avait fait part de l'efTet du billet que j'avais trouvé a mon retour de chez Jeanneton , de revtième mécontentement que j'en avais marqué; il savait, enfin, que j'étais sorti pour ne rentic- qu'avec elle.
Ses dern'.is arrangements furent pris aussitôt. Pour éloigner le soupçon, il se rendit chez Thibaut, il y parla en honnèle homme, il pcrsuida a ma déplorable épouse de rentrer chez elle. Des scélérats à ses gages l'attendaient dans la rue. IJeu\ co( hers de fiacre étaient chèrement payés pour occasionner du tumulte à un signal convenu. La lettre anonyme me fut remise en même temps : elle était prèle depuis un mois.
te malheureux domestique ne m'aperçut p.is dans celte maison de la rue de Grenelle, et il crut le coup iiiaii(|ué. 11 y passa le lendemain; il sut ce que j'avais vu, ce que j'avais entendu, et Denuelerre reçut un billet de Justine, qui l'informait de ce (pii était arrivé.
Le même jour, son régiment reçut l'ordre de partir pour ÎSamur. Justine fut aussitôt chargée de déteniiiner la conl'ianlc Angélique a se retirer à Viller, petit bourg dans la forêt de Mailagne, et à deux lieues de >amur Justine avait reçu le nom d'un brigand de la connaissance du valet, qu'elle devait faire passer pour un proche parent, aisé et honnête, chez qui Angélique serait en sûreté, et vivi'.iit .ibsolument inconnue. On avait prévenu cet homme par l'ordiiiaiie du jour. L'infortunée consentit a sortir de chez elle. Elles einj lovèrent l'après-midi à se procurer des passe-port-, et couchèrent dans un hùtel girni à l'autre extrémité de l'aris. Le lendemain, elles prirent des places à la diligence de ^alllur, et partirent. Deniieterre suivit son nginunt, certain de retrouver sa victime, et il laissa son donuslii|ue p ur m'observer, si je revenais dans cette ville, et pour lui rendre un compte exact de mes démarches.
Le ministre, après avoir tiré ce qu'il voulait de ce coquin, l'avait fait traduire à la police correctionnelle, et il venait d'écrire au ministre de la guerre, pour que le maître, ainsi que le valet, fût à l'avenir dans 1 impossibilité de troubler le repos des ménages.
J'adressai à l'homme en place de courts mais vifs reniereiiiients. Quelque pressé que je fusse de voler au secours de la malheureuse femme, je pris pourtant sur moi de le prier de ne pas f.iire éclater une klTaire qui la compromettrait infailliblement. — Votre éjjouse, me répondil-il, ne saurait souffrir des atteintes que des fripons ont voulu donner à sa réputation, et la sûreté des familles exige qu'ils soient punis d'une façon exemplaire. J'ai f.iit mon di voir envers vous, je le remplirai aussi envers eux. 11 me remit, en me congédiant, un papier qui enjoignait aux agents du gouvernement des communes où je passerais de me prêter protection ou assistance, selon les évéïuiiients.
Je me fis ramener chez moi d'un train à briser ma voiture. Angélique a deux lieues de iNimur, au milieu il'uii bois, logée chez des gens gagnés, obsédée par une suivante perfide; I esprit insinuant du séducteur, l.i facilité de commettre le dernier ciiiiie si elle opposait U'.e trop longue résistance, tout me faisait frissonner. Je press;iis mes gens, et j'agi.ssais moi même; je voulais monter en chaise dans deux heures au plus tard.
J'avais à traverser une partie des Ardennes. Je jiouvais rencontrer Denneterre à Viller, et l'entrevue devait être orageuse. J'achetai d'excelbntes armes a feu, et je fis courir devant moi mon ancien cocher, homme de tète et de résolution , et encore dans la force de l'âge.
Thibaut avait voulu lu'accompagner, et je l'avais remercié poliment. Il est des circonstances oii on ne prend conseil que de son courage, oii il faut de l'activité, un bras, et non des raisonnements.