‹ Vie et aventures de Pigault-LebrunChapitre 212 sur 379 · XLV. — Aventure singulière · texte numérisé non relu

XLV. — Aventure singulière

Mon homme était parti , el je nie promi nais dans celte cour, vivement aflcclé de l'accident qui me faisait perdre quatre ou cinq heures. Ln allant et venant, mes jeux se portaient sur des portiques encombrés, sur des toits entrouverts, sur des tourelles en ruines. Partout je voyais les traces du temps ou de la deslruclion , et j'éprouvais ce sentiment pénible qu'inspirent toujours ces masses solitaires. Des murailles crevassées étaient devenues la retraite des oiseaux de nuit, et leuis cris interrompaient tristement mes réflexions, (.'e que mon commissionnaire m'avait dit de ces apparitions me revint à l'esprit, et, quoique je ne sois rien moins que timide et crédule, j'éprouvais insensiblement une secrète horreur.

Je cherchai à ni'occupcr pour dissiper des impressions dont je sentais le ridicule, mais qui commençaient à me niailriser. Je fis boire mes chevaux à une mue que la pluie venait de (ornier dans la cour; je regardai autour de moi si je ne trouverais rien à leur jeter. Sur un co!é de l'église, en tirant vers les bàlimenls, était un petit taillis assez épais. Je les y lâchai , et, pour veiller sur eux , je me retirai sous une une espèce de voûte qui était précisément en face. J'avais pris un poulet et une bouteille de bordeaux, je bus et je mangeai par désœuvrement et pour continuer à me distraire.

De semblables repas ne sauraient être longs, et, pour ne pas rester dans une inaction absolue , j'examinai , à l'aide de ma lanterne , le lieu 011 j'étais. De grandes pierres grises, dont les joints rcii'laiciit un salpêtre épais; des croix, des inscriptions alti'rées par les ans ou par l'acquéreur, m'indiquèrent l'ancienne sépulture des bons pères. Ces objets n'étaient propres qu'à rembrunir mes idées; je me bâtai de sortir de là, et je portai le long des bâtiments une certaine inquiétude qui croissait de moment en moment.

Il était minuit, ou environ, lorsque je crus entendre, dans une cour plus reculée, un bruit aigre que je ne pouvais définir à cause de l'éioignement. Il me semblait cependant venir de quelque chose d'animé, parce qu'il tournait autour du couvent. Mon premier niouvcnient lut de sortir tout à fait de l'enclos, et d'altendre sur la route la chaise que j'avais demandée. J'aurais sagement fait de prcudrc ce

parti, qu'indiquait la piiidince; mais je me reprochai ma piisillanimilé; je pensai même que le bruit pouvait être celui de quelque animal qui paissait dans la forêt, el à qui, selon l'usage, un avait mis une sdiiiiette.

Cependant ce bruit se caractérisa bientùl. Je distinguai un pas lourd et grave, et le eliipietis d'une chaîne qui devait être pesante, a en juger par l'ell'. t qu elle produisait en roulant dans ces ruines. Je jugeai alors cpie des fripons se jouaient de l.i crédulité des pauvres halHlanls ; mais je ne voulais rien avoir à démêler avec eux; c'était dija trop du retard que l'éprouvais. D'ailleurs j étais seul; il éUut à présumer ipia j'aurais allaire à plus d'un ennemi, et qiioiipie je fusse bien armé, la partie ne pouvait êlre égale. Je rentrai sous la voûte où j'avais soupe , et je couvris ma lanterne du pan de mon habit.

Ce bruit extraordinaire approchait toujours du lieu oii j'étais. Par un mouvement maehinal , ou par une sorte de frayeur, permise peiil-êtredinsune telle eirronslanee, je me retirai il. ins le fond de mon elïrayanle retraite, et j'entendis très distincleinent l'espi'ie île fantôme qui y entrait, et ipii venait de mon eolé. Je reculai, bien décidé à ne pas attaguer; mais j'avais la main sur un pistolet à deux coups, et je me disposais à me défendre, s'il fallait en venir là pour sorlir du mauvais pas oii j'étais engacé.

En reculant toujours, je trouvai, au lieu d'un mur solide qui devait m'arrêler, une ouverture qui me conduisit sous une autre voûte, d'oi; je passai successivement dans plusieurs bâtiments. Je suivais li s murailles, et j'avançais avec précaution, de peur de donner dans quelque piège. Soit ell'et du hasard , soit que le spectre m'eût lui-même entendu, il marchait toijoiirs sur mes pas, et il y av.iit assez longtemps qu'il me suivait pour que j'eusse reconnu qu'il était seul aussi de son eûté.

Piqué à la fin de fuir ainsi devant un être à qui je pouvais donner au moins autant d'emharias qu'il m'en donnait à moi-même, je me retournai brusquement je lirai ma lanterne de dessous mon habit, cl je l'alteiidis le pistolet au poini;.

Sa figure était liideiise; il |iaraiss;iit velu de la tête aux pieds, et son corps ne présentait (|u'iiiie masse informe. Il ne se di cniieerLi point; il agita sa chiine en poussant de longs gémissenienls. 11 juge.iit sans doute, à la manière dont je m'étais d'abord retiré devant lui, que li frayeur agissait puissamment sur moi, et il voulut y ajouter encore.

11 continuait d'avancer, et je fus |irêt à faire feu sur lui. Je réOcchis cependant que le coup résonnerait au loin soi'S ces voûtes souterraines, qu'il attirerait les associés ou les complices de cet étrange individu , et que je ne leur échajiperais pas. Je me collai contre le mur, disposé à le laisser passer librement . s'il ne se déclar.jit pas l'agresseur.

Il s'arrêta devant moi , sans paraître étonne de l'arme dont je lui présentais le bjut, et me dit d'une voix lugubre : — Mortel, que nie veux-tu? Après avoir prononcé ces mots, il passa, et coinmenca à marcher as^ez vite : un pistolet à deux coups en impose toujours.

Je croyais n'avoir plus qu'à retourner sur mes i>as , cl rétrogradai aussi piomptemcnt que me le permellaitle local. Mais je m'étais avancé sans le secours de ma lumière, mon trouble ne m'avait pas permis de remarquer les différents détours que j'avais parcourus ; je ne me retrouvais point , et bientôt je m'égar.ii tout à fait. Apris avoir crriS quelque temps dans ces ruines, je faillis, en tournant un mur, heurter le spectre, que je ne m'allcmlais plus à revoir. Je reculai deux pas; le fantôme, de son côlé , s'éloigna avec pré.-ipitalion , et seinlil.i s'abîmer dans les entrailles de la terre en jetiuit un cri épouvantable. Un vent violent qui souilla alors d'en bas éteignit ma lanlrrmc; mes cheveux se hérissèrent, et une sueur froide coula de tout mon corjis.

Quel parti prendre au milieu des ténèbres, dans des lieux inconnus? je n'en vis qu'un , ce fut de courir sur le fourbe, et de le contraindre par la force a me servir de guide.

Je m'élançai aussitôt, en portant mes mains en avant pour garantir ma tête, et je n'eus pas fjit trente pas, que le terrain manqua tout d'un coup sous mes jiieds. Je roulai d.ins l'espace , je me crus mort, et je prononçai pour la dernière fois le nom d'.\ngéliquc.

Quel fut mon élonuenient de me trouver étendu sur quelque chose d'assez doux , et de n'avoir aucun mal ! Je me relevai promplenient, un peu étourdi de ma chule, lorsque je fus entouré de sept à huit hommes en h.ibils de religieux, qui ne me laissèrent le temps ni de leur parler, ni même de les envisager. Ils me saisirent, me bandèrent les jeux, et m'enfermèrent à verrou et a clef dans un caveau voisin, 'elle première mesure n'annomait pas des dispositions favorabb s. Cependant le coup d'œil que j'avais jeté sur leurs habits siiDil pour me rassurer sur leurs intentions. 11 n'était pas probable que îles prêtres fussent cruels, surtout envers quelqu'un qui ne cherchait pas à les inquiéter et i|uc le hasard seul leur avait livré. Je changeai bicnlôt de sentiment, et je reconnus qu'il n'est rien que Ihommc ne sacrifie à sa sûreté.

J'étais assez près d'eux pour entendre distinctement tout ce qu'il» disaient. D'abord ils parlèrent très-haut, et, je crois, tous ensemble. Le tumulte s'apaisa par degrés; un d'eux , qui par.iiss.iit avoir de l'autorité sur Us autres, prit la parole , et me convainquit . à travei» les inulilités d'un assez Ions discours, que ces cspriLs prétendus n'étaient autre chose que les récollcts eux-mêmes, <]ui étaient rentrés dans leur

ANGÉLIQUE ET JEANNETON

aiiciciint' ili'ini iirr, tt qui en ((.ittiiicnt , à l'.iiile du merveilleux et du f.inatisiiic qu ils avaient souillé dans les canip.ifjnes , le nouveau propriétaire, el eeux dont les opinions ne s'aecoidaienl point avee leuis inlérèls ; qu'ils se ri'pandaient la nuit d.ins les environs pour prendre les provisions que leur prcpnr.iient les l'idiles qui leur étaient dévoués; qu'ils rentrai<nt avant le jnur, et (pi ils se proposaient de coiilinuerce cenre de vie jusqu'à la eontie -révolution, qu ils iroy. lient très-procliaine. I.a eoiiséipience de cet exposé fut ipie leur seercl , découvert par un élraiii;er , qu'ils avaient touti s sortis de raisons de eraiiulre, les luetlaieiit dans la dure ntcessilé d'euiplojer des inovens extri^mes, et que c'était à la communauté assemblée en chapitre Ji prononcer sur mon sort.

Je 'remis en entendant ces mots terrihlis : l),s Hioi/i'us cxln'inps. J'en saisis le vrai sens, elles ulanues qu'ils ui'iiispirèrent n'étaient que trop fondées. La déliliération fut courte; il n'y eut qu'une voix, tous opinèrent pour la mort.

Huit jours auparavant, je l'aurais reçue connue un bienfait; mais elle me pamt atïreusc au uioment de rejoindre Auffélicpie, toujours tendre , toujours lidéle, et disposée peut être .'i me p.iriloniicr. L'Iiorri ur du néant d'une part , de l'.iutre la p( rspectivc des jours sereins qui m'eliieiit encore nscrvés, rallumcrenl mon iui.iijiualion n^iturclleinent active, el lu'inspirérenl le désir el la lorce de luc dél'eiulre devant cet inixor.iblc trdiuiial. Je frapp.ii à ma po le , ji' dcuMiulai à parler au chapitre avant qu il pronom àl ma cond.iiunalion. Ou m acconla celte grâce, et on me conduisit, les jeux toujours bandés, au milieu de mes juges.

Je leur racontai naïvement les divers incidents qui m'avaient, pour ainsi dire, jeté dans ce monastère. Je leur représentai ensuite qu'ils n'.ivaient rien à redouter d'un liouime qui |iass.cil , el qui, vraisembl.ibleuienl, ne reviendr.àt jamais dans le pays... Lin murinure d iuiprobalion m'interrompil. Je repris en ces lerines :

— \ ous voulu ma vie, vous êtes m itrcs de me l'oler; mais pesé?bien ce que vous allez faire. On sait à Laiulreeies que je suis ici. Mon domeslupie et les postiUor s nie c bcrcberont là-liaut. Inslruils par mon coinniissionnaire de vos app.rilioiis , ipii couiuicncenl a être connues, ils soupcoiioeroul la vi rite; ils letoiirnenint ,i la ville, cl feront part de leurs conjectures au eoiumai:d.iiit , dont je suis l'aïui |>articulier. Cet ollicier qui a pu jusqii à présent mépriser ces liruils populaires, finir.» par y ajouter fi>i , el voudr.i découvrir l'imposture il fera démolir la maison jusque dans ses fonclemt iils ; il ]iéni Ircra jus ju'ici , et s'il ne me trouve pas en vie, il vous livrera •< la rigueur des lois. C.boisissiz, de vous perdre sûrement avec moi , ou de vous in rapporter à la parole que j vous donne de partir à riuslant pour JXamur, et de ne dicl.irer j.iniais ce que j'ai vu ici

Je ne connaissais pas le coinniand.fiit de Laiidrecies; mais mon raisonnement n'en était pas moins fort pour des cens qui ne lisaient pas d.ins mon intérieur. Us n'avaient encouru que la déporlaliou , cl ma mort, s'ils él. lient découverts , assurait leur supplice. L'n longsilence me lit au iirer qu'il s'opérait quelque ib, ingénient dans les esprits, et je l'espérai , d'après Tordre que donna le clief de me faire rentrer dans mon cadeau.

(Jii on juge de la position d'un malbeurcux qui se trouve ainsi entre la vie et la mort, cl qui éprouve successivement ces allernalives d'espérance et de désespoir ! La mort en Cile-mème n'est peut-être rien, comparée ii cet étit cruel.

On délibéra de nouveau , et les avis me furent plus ('..vorablcs. Quelques uns voulaient encore que je périsse ; mais ils iiisislèrciU faiblement, el ne tardèrent pas à se rendre au senliuieut du plus grand nombre.

On m'amena une seci nde fois devant mes juges. Le supérieur m'annonça qu'on me reiid.iit ma liberté aux eoiiilitions que j'avais iiioimèmc )iroposées. Il me fil jurer sur 1 Kvangile, dont il enfreignait si ouvi rtenieiil les préeeiites , de leur garder un secret inviolable. Mon serment prononcé si Ion la formule qu'il me prescrivit, j'entendis b.iisser l'espèce de bascule ipii s'é'lail enfoncée sous moi. Deux guides, qui me lin..iint forleuicnl les bras, iirudércnt a riiiioMter. Us me tirent marclier iiiinter, di scendre )>i nd nt un quai l dlieurc au moins; enfin, ils m'abaiidunnèrent tout i coup. J ùtai alors le mouchoir que j'avais sur les yeux. Us élaient disparus. Je me trouvai à l'église, et je vis mes jiislulels ii mes pieds.

Il fai.s.iit jour. J'allai prendre mes efTets et les chevaux, qui élaient encore ou je les .ivais nus. Je les conduisis hors de celle enceinte, dont je croyais ne pouvoir m'éloigner a.ssez tôt. Jl n'était piis impossible qu'il vint une arrière - pensée aux moines; qu'ils eussent aussi des armes dans leur souterrain, et, quelque résistance que je leur oppo.s.i.sse, j aurais iiilailliblement suce mbé sous le iiOinbre.

Je regardai du coté de Landrecies ; je ne découvris qu'une méchante carriole en osier, qui me parut abaiidoniiée. Je ne sus que penser. On aurait pu faire quatre fois le chemin di puis que mon coniiuissioniiaire m'avait quille : il n'avait donc pas tenu .les cngageiiients. Fatigué d'attendre, allligé d'avoir perdu tant de temps , et redouUinl toujours ces malheureux récollets, je me décidai à ch.isser les chevau.\ devant moi , et je m'avançai à grands p.is vers la ville.

Je n'avais pas lait un quart de lieue, que j'aperçus de deux cents pu ooe troupe d'hommes armés- En m'approchant davantage, je dis-

tinguai des unilormes , des chevaux frais, et bientôt je reconnus mon cocher.

Le stratagème qui m'avait tiré des mains des moines devenait une réalité. Le cocher, qui av.iil vu ma cliaise entraînée du côte de Landrecies, y était retourné, el il cntr.iil à la pnslc lors(pie mon commissionnaire criait à luc-li'le qu'on se hàlàl de m'aller prendre si on ne voulait pas que le di.ible me tordil le cou. Le cocher avait fait aussi peu de cas que moi de cet avis; mais il fil mettre les chevaux à la carriole que je venais de voir, il il partit aussitôt.

Le posullon cl lui m'appelèrent clans la cour et dans les environs du monastère. En allant el venant, ils trouvèrent les chevaux de la veille, qui paissaient tranquillciuenl , ma valise el les débris de mon souper. Us .ippebrenl encore, et conclun ni de mon silence qu'il m'était arrive quelque clio.so de fâcheux. Plus sages que moi, ils ne s'arrêtèrent point à fouiller les bâtimi'uls , où on pouvait aussi leur f.iire un mauvais parti. Us délelireiil la carriole , revinrent ii L indrceies à grande course de cheval, descendirent chiz le connuandaiil, lui rapportèrent ce que le commissionnaire leur av.iildit, et lui deuiandèrcnt un détachement de sa garnison pour me chercher et ni'avoir mort ou vif.

Celui-ci s'était concerté avec l'^igenl du gouvernciuent; des ordres précis avaient été donnés, et un liculenanl avec trente hcunmes s'étaient mis en marche pour le couveut. ("es différentes courses avaient ]iris le reste de la nuit, cl il élail six heures lorsque mon cocher et moi nous nous rencoiitriimes enfin.

Aoiis nous embrassâmes coiuine de vrais amis qui ne comptaient plus se revoir. Il me demanda ensuite oii j'avais été, puisque je n'avais pis répondu, quoiqu'il m'eùl appelé à gr.imls cris. Uicapable de violer une promesse, arrachée, à la vérité, par la force des circonstances, mais qui me paraissait cepenilant respectable, je composai à l'instant une fable, mal cousue sans doute, car le lieutenant eut l'air de n'en pas croire un mol. Il me lit à son tour des questions. Je net lis p.is préparé à subir un inlerrogatoire, cl je lui répondis plus maladroitcuient encore. U me somma alors de déclarer à quelles g' ns j'avais eu affaire, et il exigea (pic je lui servisse de guide. Je lui déclarai neUement que j'avaii fait serment de ne rien dire, et que je ne dirais rien.

Il ripliipia (Tii'il allait m'envoycr à Landrecies, oîi on me carderait probabli'uii Ht jusqu'il ce que je voulusse parler. Cette menace m'effraya autant (pie les événements qui s'étaient passés dans le souterrain. L'honneur d'Angélique , sa vie el la mienne tenaient peut être à une heure .giguce ou perdue, ('elle pensée me déchirait ; mais elle ne me fil pas mani|uer à ma parole. Je me tus.

Le lieutenant, franc et loyal militaire, me serra la main, me dit que je pou\ais suivre ma route, et qu'il allait faire son métier. Je l.iissai ma chaise cassée à qui voudr.iit la prendre, je sautai d.ms li carriole, et je souris enfin à la certitude de revoir, avant la fin du jour, l'objet de tant de peines el des plus tendres vœux.

J'ai su depuis que le détachement, après de longues el vaines perquisitions, était enfin parvenu à la retraite des récollets ; qu'ils avaient clé Iracliiils en jiieement, et condamnés à la déportation. S ils n'eussent pas été découverts, leur secret serait mort avec moi.

XLVl. — Je ne la trouve pas.

J'entrai enfin dans celte forêt de Marlagne, que je cherchais depuis trois mortels jours. J'.ipproih lis de Villcr. .. La dernière maison à g.iuelie, un peu écartée du vill.ige, avait dit le valet de Denneterre. ,1e m'adresse à mon cocher : — Mon ami, je te crois du courage. — Je vuus le prouverai. — Si Denneterre est avec elle, je le tuerai, ou il m'ijtera la vie. Contiens ses complices, s'il s'est fait accompagner. — INoii, monsieur, non, un honnête homme ne se mesure pas avec un fripon; il lui casse la Icte partout i-ii il le trouve. Je pique des deux, je vous devance, et je me conduis selon les circonsl.mces. — Arr'te... Le brave homme n'écoute plus rien. Je lui parle encore et il est déjà loin.

Je découvrais le clocher de Ailler, el j'étais agité de mille sentiments oppo-és. Je la voyiis, armée d'un front sévère, me repousser avee inscii ibilité, et déil. ligner de me répoudre. L'inslanl d'après, je me la peignais proiligu ml a Denneterre ces caresses dont elle m'avait si soinent enivré. Le séducteur jouissait du pri\ de tant de ruses, et, pour dernier oulr.ije, il insultait a ma douleur. Mais bientôt mon cœur brûlant rcjcl.iit ces images funestes, comme le Vésuve vomit la la lave qui obstrue son foyer. C'était elle, toujours elle, que je retrouvais ; l0U|0ur, fidèle, toujours indulgente, toujours ainiatle surtout. Ses bras s'ouvraient au repentir, et c'est eu essuyant mes larmes qu'elle oubliait son injure.

Je vois la maison. Les chevaux ne sont pas arrêtés encore , et j'ai frappé à la porte. On tarde... je frappe encore, je frappe à coups redoublés. On ouvre enfin : c'est Justine... Je suis pqur elle la tète de [MéJuse. Llic reste pélrihée. — Ou est-elle, oii est elle? criais-je en lui prenant un bras que je .serrais avec violence. Je la traînais, je la pouss.iis devant moi; j'oubliais qu'elle devait me conduire.

A ses cris, aux miens, accourt un homme vigoureux, armé d'une cognée Je jette Justine à dix lias, je m'élance sur le misérable. Un scélérat est toujours lâche. ( elui-ci se lais>e désarmer, il tombe à me» genoux. — .Ma femme, malheureux, ma femme, oit est-elle? Pure ou

ANGÉLIQUE ET JEANNETON

(Irsluiiuirip , je la veux, je la veux , je ne juiix vivre suis elle. I. effroi I eiupèiLe île ré|ioiuire. Je passe sur le corps (remblanl. aiu'.uiti; je ii.irroiiis celle oïlieiise cli.iiiiiiière ; j'appelle, j'invoque Angéliiiue : sa \<ii\ argentine ne frappe pas mon oreille.

Je retourne, je JescenUs, je ni'ailresse de nouveau à ces l'Iris vils, prosternés el trrnil>lants devant moi. Ils se rejjardeiil, ils sont muets. Je peux punir, j'en ni le droit, el c'est moi ipii supplie. — Ucnd(Z l.inioi , reniiez lauioi ! A ce prix, je peux tout paMlonniri je le prouuls, je le jure : déjà même j'ai oulilié xns forf.iits. Un mot, un seul mol. cl je ne vois plus en vous iiue tics liienrilciirs. — Elle a ]>ris li fuite celte nuit. — Avec Uenneterre? — Elle a Irompé notre suivcillance cl l.i sienne. Ses draps attachés à la croisée... — El pas d'indice, nulle idée?... — Non, monsieur.

Je remonte; j'entre d.ins une cliamlire un peu plus ornée que les autres : un lit lilanc, eoiuine celui iprclle avail chez sa mère — Souvenir déclur.int cl délicieux!... J'approche... mon portrait dans le fond ! ce portrait que j'avais laissé cliez moi, sur lequel étiit fait celui que j'avais oH'irl il sa swur. — Mon porlrail, ciel ! mon portrait ! malgré mes il ju>ti<cs, malgré mes cruaiitis, je suis donc encore l époux de son ca-ur ! Je le dclache, et je vois sur le verre qui couvre le pastel des tr.ices de larmes récentes.... — J'en tarirai la source , oui, je la tarirai... mais oi» est-elle, mon Dieu! oii est-elle!

J'allais sortir. Je ne s.iis ipiel prcsseiitimcnt me fit ouvrir un pet l secrétaire, dont le dessus étiil fraii henient taché d'encre Un papier plojé en quatre se présente, je prends.... c'est son écriture.

• Je vous ai cru longtemps un ami vrai, a qui je ne trouvais d'autre tort que de prendre une pari trop active à ce qu'il appelait mon outra;;e. Vous vous êtes décelé hi. r, cl il n'x a ipi un homme atroce <|'ii P"i.s.se suivre avec autant de calme un pareil pl.in de corruption. Je ne 1 ocile plus que vos intrij;ucs n'aient aminé celte rupture dont j'.ii tant g. mi, et c'est ce que je vais éclaireir. Je vous fuis, je fuis les in.illicurcux que vous avez mis auprès de moi. Je vais chercher mon époux, me ji ter d.insses bras, etbiaver, de cet asile respectable, les vains cQ'orls des méchiints. •

Transporté, ivre de joie, je cours, je saute l'escalier, je ne pense qu'à reprendre la route de l'.iris. I.c b.is de la maison est rempli de gardis. Mon rocher harangue le magistral, qu'il a amené pour prévenir un accident : précaution tardive, si je n'eusse été niailre de moi.

Jusliuc et l'autre coquin suhi.ssent un inleriogaloire. Ils déclarent qu'.T la pointe du jour ils ont fait avertir Driiiiclerre de l'évasion de la fiinnie charmante... Je n'en écoute pas davantage. — A Namur, mon ami. a N,.niiir! cri.ii-je à mou coihcr; sachons si le corrupteur a suivi lis tr.ices ilc l'infortum c , el je dételle le briculier je prends Us bottes du portillon, l'enfonce les éperons dans le ventre du cheval. Mon cocher vole sur mes pas.

XLVIl. — Combat.

A la barrière était un poste de Iiu.ssards. Je demande l'auberge de ninneterre; on me l'indique. Le postillon la conuait, il me conduit... Depuis le matin le traitre est monté à cheval ; il a pris la route de Mons ; c'est celle de P.iris. — Une selle , des chevaux , à l'instaut, à la minute! m"éiriai-je douloureusement, (/est elle qu'il cherche; il est capable de tout... Des chevaux !... ah ! si je le joign.iis trop lird!... Je jeltc une poignée d'or dans l'écurie, je suis monté, parfoitcmeat monté : cette lois au moins on a si condé mon impatience

A chaque poste je m'informe de Dennoterre. A celle de Mons on me donne enlin des rense gneinents pnsiiifs. 11 a trois heures sur moi; il court dans un cabriole! gris; il poursuit une jeune rcniiue qu'il dit être la sienne... L'infâme! il prend aussi des ini'orm.itions; il la dépciut. Elle a passé, et c'est elle. . — () mon Dieu, mon Dieu! sauve-la!

Elle avait marché la nuit, depuis V lier jusqu'à l'"o.sse, oii elle avait pris I ne carriole rouge et des chevaux. Elle pressait ses guides; elle iniplor.iit l.i protection de tous les niaitrcs de poste pour échapper au vautour : voilà ce qu'on me dit à Mons.

Seule, à |)ied, au milieu ifune forêt, la nuit! trois lieues à faire, dans !-on étal, pour se conserver au barbare qui l'a indignement ch i.ssée!.,. J'étais remis en selle en faisant ces cruelles réflexions, cl j'aillais comme l'éc'air.

J'avais passé Valenciennes, et je gagnais considérablement sur Denneterrc, selon les rapports des différents postillons. J'étais à deux lieues de Cambrai, sur la h.iuteur de Monlrecoiirt. A li criite de la colline opposée, j'aperçois une petite voiture dont je ne peux distinguer la Ccuilcur. J en vois une autre dans le vallon, qri allait à toulc bride, et qu'escorliiit un valet. — Les voila ! les voilà ! criai je à mon cocher en piquant plus fort qu'eux. Ils sont deux ; m.iis je brave tout. La venger ou mourir. — Puisque vous le voulez, vous aurez affaire au maitre; moi, je me charge du laquais: j'ai aussi mes pistolets, quoique vous ne vous en doutiez pas.

J'étais à '!ranc-étrier, et je devais en peu de minutes dépasser la première chaise. Bientcit je reconnus cette couleur grise qu'on m'avait indiquée. Ma fureur donna des ailes à mon cheval. J'étais à cinquante pas en avant de la voilure, que je n'avais pu l'arrcter encore. Je retournai sur Denneterre, je saisis mes armes, -e lui barrai le chemin, et je lui dis de descendre..,. 11 était brave.

— Oui, je vous dois s.itisf» lion , répoinlit-i' froiilciueiil ; mus vous étis à cheval, je suis en voilure : de^ceuduiit tous deux. 11 n'axait pas fini, et j'ét.iis ili'j i à terre.

('elle espèce de grand drôle qui l'accompagnait voulut fairç le méchant. Mon cocher lui montra le bout d'un pistolet, il le tint la d'une main, pend. ml que de l'autre il le h.nhiiil a coups de fouet.

J'ét.iis l'onciisé, je tirai le premier, les pissiuu', qui m'agitaiciil nie permirent à peine d'ajuster. Je le iii.niquai. Il riposta, el pena iiuil habit. Mon cocher indigné s'avança sur lui et allait lui faire sauter le crâne. L'idée d un assassinat me révolta; je ji'tii un cri perçant. Deiim terre, averti, se retourna el sauta de côté. Il était temps, el je ne pus le sauver nioi-mime qu'en tirant sur le cheval du cocher , que je démontai.

— On peut aimer la femme d'un autre, me dit Denneli rre, clquelqiic'ois tuer le ni.iri quand on y est forcé; lu.iis un gal.iiit lioiniue nspeele la vie de celui à qui il doit hi sienne. Il vous reste deux coups; faites ce que vous voudrez. Voici mon devoir. El il jeta ses aiuies a viii^l pas de lui.

Je remontai a cheval , et je m'éloignai sans répondre un mol au perfide qui parl.iit d'honneur après avoir voulu perdre relui d'Ang'lique, détruire ma Iclicité, le repos de toute ma vie. Etrange aveuglemeut ! on se permet tout parce qu'on a de la valeur, et ou se persuade qu'il n'e l pas cli' forfait ipii ne se lave dans le saut; !

Je regardai derrière moi, je le vis remonter dans sa ch.iisc, et reprendre le chemin de Mons. J'ai su , deux mois après, cpTen arrivant à Nainur il ava l trouvé sa deslilulion concne en termes si huiuili.mts et si durs, qu'il ne lui était plus permis d'espérer ni même d'oser solliciter du service.

Je n'avais alors qu'un désir, qu'un vœu, et on le devine aisément. La petite carriole rouge était déjà loin ; mais la nuit appruch.iit , et après tant de fatigues, l'.iimaMe finime prendrait s.ius doute luelques heures de repos. En supp'isnit même (lu'elle continuât de m.irclier, je devais l.i joindre à Cambr.ii, ou à l.i poste proihaiue. Plus de projets de vengeance, plus même d'auimosité : je descendis dans mon cœur, et je n'y trouvai que de l'amour.

XLVI11, — Elle m'est rendue.

Je descends à la poste de Cambrai. D'un coup d'œil j'embrasse toute la cour; je crois voir.,., (l'est elle, c'est la carriole rou'C, je la reconn.iis à la lueur des flambeaux. Je renouvelle la scène de Viller, et, sans perdre le temps à parier à personne, je cours de chambre en chambre, je pousse, je tire les portes.

— Oii est-elle, où est-elle? Toujours les mêmes idées, toujours le même cri.

Le m litre vient; il m'ordonne de sortir , je n'écoute point. Il porte la main sur moi; je lui échappe, et je continue mes recherches. Les domestiques, les postillons arrivent. On in'environue, on me presse, on lue saisit. IMon cocher veut se f.iire jour jusqu'à moi, et me 'lf,giger ; il est arrêté lui même : on le met d.ins l'impuissance de f.iire aucun mouvement. Nous tombons tons deux dans des accès de rage, et la violence de nos efforts ne sert qu'à resserrer les liens dont nous sommes déjà chargés.

Je ne doute plus que le maiire de poste ne soit vendu à Denneterre; mais je m'en inquiète peu. Il a repris la route de Mons. et je suis au cealre d'une ville de guerre, où j'ai tout à espérer de 1 autorité publique. Je continue à m'écrier, à me débattre : la garde parait enlin.

Je dem.inde ma femme; je veux qu'on me conduise à la chambre où elle repose. On me répond avec nue ironie amère que je n'ai point 4e Ceiiime, que celle qui vient d'arriver a déclaré mes odieux projets, ([relie est sous la siuvegarde des lois, et qu'on va me demander compte de ma conduite.

Je couip:cnds qii on m'a pris pour Denneterre. Je tire mrs papiers, oa Us lit, tout s'explique, je suis libre, et traité avec des marques de cousidér.ilioii... on m'indique le numéro 10... Bienheureux numéro!

Le tumulte, les cl.imcurs, le cliquetis des fusils qui s'entrei hoquiient, avaient porté l'al.irme dans le modeste asile de la beauté. Je parlais, je fr.ippais, je n'éUiis pas enlendj. De gros meubli's él.iient péniblement traiués contre la porte; la croisée s'ouvrait, et sa douce voix, tremblante . altérée, invocpiait le secours des ipoux et des mères.

Je parais-, dans la rue, je me nomme. Un cri de surprise el de joie me répond. Je la vois déf.iillir, ji l'entends tomber sur le plancher.

Je reviens à cette porte , je l'éhr.inle, je la soulève, je la renverse avec une pince de fer; je pousse une lourde commode et des fauteuils antiques, entassés les uns sur les autres Je la prends, je li relevé, froiile, inanimée; je la réchaulVe contre mon sein, je préviens le p;irdon, je dérobe un baiser, ses yeux se rouvrent à l.i lumière.

— C'est Denueterre, c'est mad.mie Dercourt... — Oui. mon ami... quel mal ils nous ont fail! Aous nous sommes tout dit : eh, que pouvions-nous dire de plus? Un regard suppliant demande gr'ice , un regard caressant me l'accorde.

Ce numéro 10 est devenu un palais, un lieu d'enchantement, de délices. La nuit s'écoul.iil , et le bonheur avait tiré un voile sur le tableau des malheurs passés; ses doigts de rose en écartiicnt jusqu'au souvenir... Des sensations, qui ne sont plus celles du plaisir, ont sus-

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A.N(.i;i.i«^)Li-: IT .ll..\.^.^^;TO^.

|irnilu son ivrisse. Je la fixe, ses traits s'allèrent; de légén-s doiiieiirs .ve for)t sentir. Bientôt elles deviennent plus vives... — Ali! me ditelle. 1 innocent t'.ittrndjit.

.Il' iMC lève, je sonne, j\ip|)el!e. On n'est pas assez prompt; je descends, je donne mes ordres : j';ill.iis remonter. In vieillird est aiiprèt du feu, pendant qu'on clianf;e sis clievaii\ à la porte de la rue ; n a voix le fr.ippe; il se tourne de mon eôl<*, il m'ouvre ses bras, je le presse dans les miens... c'est le curé des l.oj;es.

— Monsieur Titillant , moiisiriir 'l'Iiihaut! s'écrie-t-il en courant pesamment vers la rue, les f;enou\ plovés, le corps courlié sur sa canne en béquille, monsieur Thibaut! le voilii , le voil.i, c'est lui. — Je l'ai retro'.vée, elle m'est rendue! criais je en même temps. Et nous nous félicitions, Thibaut et moi, et le bon cure, à genoux, bénissait la Providence.

Je leur prends une main à chacun, je les tire après moi. je les introduis, et la femme cbarmnnte est entre son amant et ses meilleurs amis. I.e diRne prêtre s'elait sincèrement altaelié à moi. Dès le lendemain Je mon départ, il avait cédé à I impatience de coniiailre mon sort, de partager ma joie ou de m'ofl'rir de nouvelles consolations : il s'était Irainé à Paris II avait su que je cour.iis .i Viller, et peut-êlre à Aamiir. Alon vieux Antoine. ]ilus libre avec sa respectable misère qu'avec l'ojiiili-ncf de Thibaut . lui avait conté très au lonij les desseins qu'il me soupçonnait, et les suites funestes qu'ils pourraient avoir , si je rencontrais Denneterre : il n'en avait pas fallu davantage pour déterminer mon bon curé.

11 alla rlie/, Thili.iut, lui comiminiqua ses craintes, et le réfléchi Thibaut, qui pourtant n'avait pensé à nen de tout cela, éprouva aussitôt les plis vives alarmes. Leur départ fut résolu et eïCCJté à l'instant. J'avais couru pour l'amour; ils couraient pour l'amilié, pour me sauver de moi-même et des autres, pour épargner le sang même de mon ennemi, s'il en éUiit temps encore.

Iicveiions a des objets au moins aussi intéressants. Un homme h.ib'le se présente; il est suivi d'une femme attentive et prévenante. Il s',.pproihc du lit, il m'annonce que dans une heure je serai père. Elle oublie ses douleurs, elle trouve la force de me sourire.

Le curé et Thibaut s'éloignent. Je suis là , toujours \». Sla présence soutient si>n counige, et c'est à moi qu'appartient la moitié du premier cri de l'enfant.

Je l'ai entendu, ce cri, cl j'y ai répondu pa^ des larmes de tendresse.

Sa mère, soulagée, est rayonnante de joie; nos ami bon curé a pris mon fils; ses mains l'élèvent vers le

le bénit

is sont rentrés. Le ciel, et sa bouche

XLl.X. — Conclusion.

— Plus de Paris, mon ami. — J'allais te le dire, femme eh armante.

— La ville pour les oisifs, et les champs pour ceux qui aiment. — On y est tout à soi. — 'J'out à son amie. — On s'y rapproche de la nature.

— Et la nature est mère des amours.

Aoire petit conseil assemblé, il fut résolu qu'on ne s'arrêterait à Paris que le temps nécessaire pour f.iire ses dispositions, et qu'on irait cacher son bonheur au l<ois-(iuillaume.

Le bon curé m'aidera à élever mon his. Je le lui ai proposé; il y consent, et j'espère que nous en ferons un honnête homme.

Thibaut viendra nous voir souvent; Je.iniicton y sera invitée par l'aimable femme. Tous ses soupeor.s sont dissipés; elle ne voit plus de Jeanneton que les qualités qui intéressent tous ceux qui rapprocheiil une fois.

Le coloris de la s.inlé reparait sur ses joues, le contentement brille dans ses yeux. Son fils qu'elle nourrit, son ami qu'elle caresse, voilà ses plaisirs, ses devoirs, le terme de ses vopux.

Les deux c.irrosses sont arrivé' Je monte dans un certain équipage gris-de-lin, et j'y remonte avec elle. ISous y sommes quatre maintenant, elle, moi, et deux amours.

Antoine, en nous revoyant plus tendres, plus empressés, plus heureux (|ue jamais, se sent, dit-il, rajeuni de dix ans. 11 fait les milbs avec Jeanneton, et ils y mettent une célérilé étonnante. Ils a*sunnt que l'air de Paris est pestilentiel pour une jolie femme : ma foi, je suis presque (le leur avis.

M.idame Elliot, Adèle et Hlontfort axaient entendu parler de nos différends, et ils s'en étaient fortement affectés. Ils nous reçurent connue des maLides désespérés , qu'une espèce de miracle a rendus à la vie. — Ah! nous dit la respcct.ible mire, si vous vous étiez aimés d'une manière moins recherchée, si vous vous étiez franchement expliqués dès l'oriiiir'e de vos inquiétudes, que de traverses vous vous seriez ép.irgnées! Croyez-moi, mes enfants, si jamais vous croyez avoir à vous plaindre l'un de l'autre, dites-vous toul, h.îtez-vous de tout vous dire. Une confiance absolue assure seule la p.iix des ménages.

I.e bon curé a pr s mon fils; ses mains relevèrent vers le ciel i l .-a b u lie le b< ii.t.

FIN D'ANC, i.LlO^E ET JEANNETON.

Ptril Tjp ÏUon Plit. lue G«r»nrit"i

PAU

PIGAULT-LEBIIUN.

ÉDITIOM ILLLSTUÉE DE 19 VIGMETTES PAR BERTALL.

PARIS

PUBLIÉ PAR GUSTAVE BARBA, LIBRAIRE-EDITEUR

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