I. — Inlroduclion
n Vous èles un égoïste.
— J'aime à eroire le contraire.— Au reste, tous les hommes le sont. — L'ov pression est forte. — Elle est juste. — Ali! je suis iijoïsle, moi ? — Wc ! sans ilotile. — J'ai passé les deux tiers «le ma vie à servir mon pays.
— A vous occuper de vous.
Né avec de la fortune, vous avez anibiliouné des plaoes.
— Je les ai méritées. — Alui de les obtenir. — Je les ai remplies avec désiiiléresscment. — l'arec (|uc vous n'aviez licsoin de rien.
Mais il vous fallait de la considération , des Inmneurs, des gens à protéger, des inférieurs à lirus([iicr.
— Je n'ai jamais lirus(|ué que ccuv qui n'ont pas l'ait leur devoir. — Vous seul avez été leur juge, et vous avez toujours jugé d'après vos dispositions du moment.
>e pas adopter aveuglément toutes vos idées; ne pas exécuter à la minute celle que vous avez le moins rélléchie; oser discuter avec vous; essayer de vous ramener à une manière de voir plus saine, sont k vos yeux des torts que xous ne pardonnez pas, parce qu'ils blessent votre orgueil. Vous avez aussi des supérieurs,
■Versac était entré chez d'Alaire paré d'un large cordon rouge.
cl vous en jiarlfz avec léi;<roté ])Our faire disparaître les (lislanres. In enfant brûle d'atteindre un fruit au-dessus <le sa ])ortéc; il monte sur des écbasscs et il se croit grandi : vous êtes cet enfant-l;i. — J'ai des faiblesses sans <loute ; mais j'ai par devers moi des actions dont je peov m'bonorer. — Lesquelles.' — J'ai épousé une femme pauvre...
Vous aviez des biens
considérables. — Pour relever une famille illustre —
Dont le crédit vous était
nécessaire. — J'ai doté une nièce.... — Qu'il fallait éloigner, parce «[u'elle tléplaisait il madame , cl que les tra<-asscries de niéuai;c vous
fatiguent. l'ai fondé des
établissements utiles. — Tour vous entendre louer j)ar le public et lire votre éloge dans les journaux. — IMa'isvous empoisonnez tout.
,|p ii'cmpciisonuc rien :
j'apprécie les cl.oscs à leur iusic valeur. Oui. moucher ami tous les hommes sont époistcs. et chacun l'est a sa manière. On colore d'un vernis plus ou moins épais, plus ou moins brillant, un penchant naturel , qu'on Idiime ouvertement dans ceux qui contrarient noire marche , et qu'on eiciisc dans l'individu don ton li'at-
L'i:goismk.
Ifml ni liicii ni in:il. l.'iiini)iii-|iio])re ou l'iiniour de soi est jiennis ri eii(i>urn(;é, |iart'e (|ii'il rondiiil, ilil-cm, ii l'iiire île (jrniiiles rlioscs. Oiiclle (litVt'ivnre ) a-l-il de cet uiiiciiir de sni à l'i'ijiiïsinr ■' une miaiice presipie iinpereeptible. l'our (|iii fiiil-im de |;niiiilps elinses? (iiMirqnoi s'e\|iiise-l-()n à se Hiire tuer |ii)iir des iniorelles :iii\rnielles ou rst loiil à l'iiit t'iriinijei? l'aree (|ii'ciii est dévoré de passions simrdes i|ii'.>ii vent s:ilisruiie ii (|iiel(irie |>ii\ i\ne ee soit; (]ne ees passions sont telleuienl violentes qu'elles l'eiuporlent sur rainoiir de lu vie, le premier sentiiiient de l'inslinel animal. Kt eeini qu'elles siihju- !;ueiit , i|u'elles entraînent , est animé de l'amour du bien publie! rrélendez-voiis nie prouver eela.' Il ci'de ù l'aiiiour de soi; il ne voit que la Taveiir et les jjrâecs, que les joiiissaiiees qui l'attendent au biiiil de la carrière. Les liontiei i;eiis le déeorent des titres les plus )iompeii\ : moi. je l'appelle é|;oïslc, parée que e'eii est un. .le le ré- ))i'le, mon elier monsieur, tous les lioiiimes sont éijoVsles. .l'avoue i|uc je le suis; les autres le iiieiil : voilà tmile la dilVérenee. »
Ainsi parluient M. de \ er.s.ic et le eoiiile d'Alaire. Le premier est un liomuiede einqiiaiile ans, ii ipii de loii!;s travaux ont l'ait une rép ilulioii que le eomie d'Alaire seul ose lui conlesler. D'Alaire avoue li.iutenient que jamais il n'a rien l'ait que pour lui, et peisonne ne le bail, parce qii'iui sait que le iinm n'est rien à la elinse; (|ue l'bomme qui s'oeeiipe e\elusiveiiieiil de lui sans nuire à personne lait néeessairement du bien à quelqu'un, lorsque le sien se lie ii celui d'un autre: ce qui arrive rnipiemmeiit. (^e |;enre il'é];oïsiiie ne vaut-il pas une pri'ieiidiie pliilaiilliropie (|u'on alVeete |iour se l'aire bénir ]iailoiit, excepté cliez soi; les juges les plus éclairés, 1rs moins cornipliblet d'un eliel" de famille , sont sa reiiinie et ses enfants.
A ersac et d'Alaire vivaient l'orl bien ensemble, (|Uoiqu'ils fussent toujours divisés d'opinion. I)' Maire aiiiiail la discussion, parce (j lie lrés-sou\enl il avait l'avanl.iije sllr^er;ac. .Si son adversaire avait eu une eertaiiu- supériorité d'esjirit et de lumière, il s'en serait éloi- ;:iié, et il le lui déclarait avec sa rrancliise ordinaire. L'amilié, lui disait-il, cette divine amitié, si cliaiilce en vers et en ])rose , n'est i|u'une liaison qui fait toujours une dupe. Lisez, observez, réllécliissei, et vous verrez partout qu'un des deiiv amis est plus ou moins victime Je l'aiilre. Ils rcsteiil ccpendiint unis, parce que celui ii qui l'aiiiilié est utile n'a aucun motif de rompre, el que l'aulre a contracté l'baliitude de céder. 11 est sùbjiiijiié au point de ne plus sentir sa cbaine. Il en est dédoiniuaijé par des soins, des égards, des alleiitions, (les prévenances, ipii l'altaclicnt parce qu'il n'est pas sur de trouver les mèiiies avaiila|;cs ailleurs, il n'est pas bien ; mais il iraint d'i^lrc mal , et il se tient oit il est : c'est un éj;oïsle.
A oiis crojcz donc, répondait Versac, que je n'aurais pas la force de nrcloiijncr de vous, si je croyais devoir le faire? Je vous en délie, l'épliqiiail d'Alaire. yu'ctes-vous dans le monde? un être constainineiitloiié, applaudi, enivré, fatiijué il'enccns, excédé d'enlendre dire et de répéter sans cesse les mêmes clioscs; un être toujours liors de la nature. l''orcé de redevenir homme à ceriains intervalles, ce n'est que près de moi que vous vous retrouvez, ,1e vous dépouille pour inicli|ues instants de ce fastueux et triste étalage, qui ne'séduit que ceuv qui n'en connaissent pas le viJe et l'ennui! Je vous fais oublier l'insipide et inonolonc lanijagc de la llaiioriierie. Je vous contrarie, je vous ijroiide; je vous dis quelquefois des vérités dures, qui vous sont rarement utiles; mais cnliii je vous rends ii vous-même, et vous m'en savez iiilérieiiremcnt trop bon jjré pour que jamais vous puissiez sérieusement penser à rompre avec moi.
Le lecteur ne sait pas encore ce qui a amené ces loiijj'ues et profondes discussions; je m'empresse de le lui a;. prendre : je ne veux I>as lui donner d'Iiumeur en commciieaiit mon livre. Peut-être n'en aura l-il que trop quand il arrivera à la lin.
Nersac était entré cliez d'Alaire paré d'un large cordon rouije elle cn-ur couvert d'un soleil de ])ailleltes d'or. • Je ne vois pas (;rand niai, lui avait ilii d'Alaire, ii ce que vous porliez ce qui ii'esl quclqui-fois que le licou de la bclisc. \ ous ressemblez ii cet enfant qui court avec ardeur après un papillon revêtu des ]dus brillantes couleurs, et qui ne s'en soucie plus qiiaïul il s'en est saisi. Dans iiii mois vous ne verrez plus qu'une aune de ruban dans ce qui vous rend si lier anjourd'liui. Ce que je ne vous pardonne pas, c'est d'avoir rusé, intriijiié, maineuvré , pour enlever a un soldat blanclii sous le poids des armes tt des ans un bocliet qui eût charmé ses derniers jours. — (^)ue n'a-l-il été aussi heurein ou aussi adroit que moi ? (^tii'iniporle d'ailleurs ii la société ipie <ct homme s'éloigne Irisic ou gni .' u La réplique était simple, et d'Alaire ne la fit pas attendre. C'est le mot qui coinnicnce cet ouvrage : Tous êtes un éyuïsle.