XII. — La catastrophe
D'Alaire axait dit : Je le veux. Il ne prononçail ce mot que dans les jilus graves circonstances; ou le savait, et alors personne n'usait le contredire. Les dames se retirèrent donc, et le régisseur et le jardinier entreprirenl de faire sa toilelle. La douleur du pied était toujours vive, et les deux valets de chambre n'étaient pas adroits. Le docteur entra pendant ipi'on chaussait le comte, et les grimaces que faisait le malade aineni'rcnt un discours trcs-métliodiipie sur l'indo- (■ililé qu'on oppose tous les jours aux talents des médecins les plus distingués.
Niais (jiianil iiliii-ci sut i|uc d'Alaire parlait pour Paris, il laissa
i.-Ér.oisMi..
SIS |iiTii>ili-s, il |i('r<lit l'apliiiiili i-t In |,'r«vitr i|iii ciiiisliliiiiii'iit la |>Iiih i;iiiiu!r parlii' tlf son iiuiilp, el il s'i'i'ria i|iu' M. le iiinile s'fvpnsail .1 jircdrc la jaiiil». ci \\v liicii, iiiiiiisimr, j<' la iicnlnii. — J'ivipiTC au iiiiiiiis, iiiiiiisiciir le coiiitc, (|iu' vous cli'clart'i'i/. Iiauleiiii'ul (|u<' je vous avais ('oiisi{;ut'' du'/, vous pour six snuaiut's. — Ji- vous on donnerai un cerlilual aullii'iili(|ue. — Co n'fsl pas loLit, nionsirur le cnuilr. Je u'ahantlouno jamais lui's nialailcs. J'ai uiir carriolt' ilonl les roues soul loules neuves. Je vous acconipaipierai ; je vous panserai (|uand vous en aurez, besoin. • — • \ mis n'aliaiiiloiiiu'/ jamais vos liialatles, tliles-vous, el \i>us aile/, ililaissrr Ions ieii\ que \oiis avez dans le eanlon, et diuil plusieurs peiit-èire ont liisiiiii des seeimrs les plus pri'ssaiils! — Oli ! je leur ordiiiinerai de lu'alleiiilre. — Il n'est pas dittieile de deviner le iiiotil' qui vous déterniine : vous êtes un é(;oïste. u
D'.VIaire ordonna à son ri'(;isseiir de payer les visites que le docteur lui avait (ailes, et il pria réj;oïste de se retirer, t Le vilain liomtue ! s'éeria-l-il. Il aliaiuloiinerail des iiiallieureiix dépourvus de iiinyens pi'cuuiaires pour eoiirir sur la route de Paris après cent louis quo je lui aurais donnés I l'.l je ne eoiinais pas les liomiues , et je les jiiije Irop ri|;ourenseinent ! l'rimo mihi, //ri'mo mihi ; voilà la devise du (»eure humain !
Oii'on s'inrorinc s'il y a des malades dans le villai;e, qu'un leur donne du bouillon et du vin. ('ela leur fera plus de bien que les drogues que leur vend à lort el à travers le doiteur médecin , elii- Tiir(jien et apothicaire. »
Madame Berii ird et .liilic étaient dans le jardin. La bonne daine n'avait pas oublié les larmes (juc la jeune personne avait répandues devanl elle. Elle j;ri|lait d'eu coniiaitre la cause; elle aurait bien voulu savoir aussi coiiimeul on comptait mettre cent mille homiiies à mort, et comment Al. le comte leur sauverait la vie. Julie savait très-bien, niali;ré sou innocence et sa candeur, qu'il est au moins inutile de se confier à eeu\ (|iii ne iiciivcnt nous soulager, siirloul quand ils sont causeurs. Pour se rendre impénclrable, elle répoiulaii aux i|uestioiis multipliées de mailaiiie lieniard par d'aiilres qiiesliiins tout à l'ail étranijèrc.i à ce (|u'clle voulait savoir. Madame liernard se dépliait et répétait: i ^ ous pleuriez, Julie, el (in ne pleure p.is sans sujet. — Croyez-vous, madame, que M. le comte puisse faire ce voyaije sans danijer? — Ce n'est pas de cela que je vous parle, mademoiselle. ^ oiis cherchez ii détourner mon altenlioii , vous n'avez pas toujours été si réservée. — J'ai pu vous parler de ce qui me concernait persouiicllemenl. Aujiuird'lini je suis dépositaire du secret de M. le comte, et je dois le renfermer dans mon sein. — Le secret du comte ! Le comte a un secret, et je l'iijnore ! Kl vous le savez , et il il vous a conté des larmes! — Aladame, remplir ses devoirs, aimer ses bienfaiteurs, leur être utile quand on le peut et qu'ils le désirent , voilii .i quoi on doit borner sou ambition et ses jouissances.
— Itorncr son ambition et ses jouissances ! Mademoiselle prélfml me faire la leçon ! — INon , en vérité, ma chère madame Hcriiard. Alais vous me pressrz, il faut que je vous réponde quelque chose, etceqiie je viens de vous dire est ce que j'ai trouvé de mieux. »
Charles est prêt à monter à cheval, et il vient avertir ces dames que le comte les attend. " Je m'éloiijnerais de vous avec les plus vifs regrets, mademoiselle, dit-il à Julie, si je n'étais assez heureux pour prouver a M. le comte mon alTeclion et mon dévouement. — Je suis persuadée, monsieur, que sa reconnaissance est é;;ale à la mienne.
— Pardonnez, mademoiselle , si j'ose me llalter de quelque espoir: madame m'a adressé des mots dont peut-cire elle n'a pas raisonné rimporlance, et qui cepeudaut mont rendu heureux un moment. — Sachez, monsieur, que je ne parle jamais au hasard, etque j'ai toujours rintention de me faire entendre. — Alors, madame, mes espérances m'oient tout le mérite du service que je vais renJre h AI. le comte. Je ne vous entends plus, monsieur, reprend Julie incertaine el inquiète. — Pcrniellez , mademoiselle, qu'après mon départ, niadanie soit mon interprète auprès de vous. — .Madame Bernard , que signifie ce que monsieur vient de dire? — • Mon enCaiit, vous avez votre secret, j'ai le mien; nous les dchangerons, ou je garderai le silence. »
Tout était prêt. On porte le comte dans sa voilure. Julie l'embrasse tendrement. « ^'oubliez pas, lui dit-elle tout bas, que ma vie est altachce à la vôtre, u II s'éloiijue précédé de Charles, (|iii a adressé il Julie un dernier adieu et un dernier rejjard. Elle ne l'a pas enteiidii, elle ne l'a pas vu. Que pouvait-elle voir qui ne l'iit pas d'.Maire' Elle prend le bras de iiiadaiiie hernard : elle avait bcïoin d'un appui. Elle s'enferme avec elle, et elle vent en vain retenir ses pleurs. Il Ils partent, lui dit-elle, (|uc piiurrais-je vous cacher? Aladame, bannissons toute espèce de défiance. \ dus axez quelque chose a m'apprendre el je sens mon eieiir prêt à s'ouvrir à l'amilié. — Lufin, vous devenez trailablc, ma jeune amie. Allons, parlons, parlons. )>
On se passe aisément de confident lorsqu'on est près de ce qu'on aime. Si quelque importun arrête ces doux épancheiuents, qui sont toujours les inèmes el (|ui paraissent toujours nouveaux, on se voit au moins; il reste encore ce langage de tous les temps et de tous les lieux, ce langage moins étendu que l'autre, mais bien autrement ex-
pressif: quand les jeiix disent aiuoiir , dans quel idiome le dirail-iui eoiiiiiie cii\ '
Toujours un jeune ca^iir s'abandonne aux pins délicieuses seiisalions; il s'\ livre avec sécurité, il ne voit dans l'avenir qu'une suite di' jouissances sans cesse variies. Mais qu'un événeinent iiialleiiilii
le sépare inopinément de cet autre einir, qui est b ilié de sa vie,
ce pauvre petit co'iir, qui ne vivait ipie hors de lui, est forcé de se replier sur liii-mèiiie. Il est loiiipriiné ; il soii'Vre; il cherclie il reprendre sa ] reiilière expanviuu; et ne trouvant plus l'amour, il invoque les cinisolations île l'aiiiilié. Julie ilait ileja allligée ipianil |p coinle aiiiioiiia sou départ pour Paris. Ce mol lerrililc // fiiul Hou» srimiiT était toujours présent a sa pensée et a son oreillr. ( nielquc fois elle crojait que le comte avait pressé rcxéciitioii de l'arrêt fatal' quel(|uefois elle le jugeait incapable d'emplover un déloiir doni il n'avait pas besoin, et qui ne pouvait s'accorder avec la franchise el U noblesse di" sou caractère.
Il était parti: la douleur oppressait sa poitrine, ses larmes lonibaieiil sur son co'iir; il fallait leur rendre un libre ciuirs, les ver^er dans un sein compatissant : parler de ce qu'un soullre, c'est déjà se soulager. Madame Kcrnard était la seule qui put entendre Julie el lui niiondre. Il n'y avait pas ici de préférence qui dût llalter l'aiiiourpropre de la bonne dame; mais elle allait causer, se inéicr des atïaires des antres, avancer |)eul-ètre le mariage qu'elle avait projeté. C,>iielle journée pour elle !
Hieii ne peut rendre son étnnneinent, sa stupéfaction, quand elle sut (]ue Julie et le comte s'aimaient. Le comte amoureux ii son iifje! Julie partagcani cet amour! \ oil:i de ces choses qu'on ne devine jamais, et qu'on a peine a croire lors iiième qu'elles sont constatées. Cuiiibalire l'inclination de .Inlie est le moyen le plus sur de lui déplaire. Laisser entrevoir un iléiiorimcnl désiré , et qui après tout n'est pas impossible, c'est captiver sa bienveillance, l n mari âgé est toujours faible, et Julie devenue coiiilcsse aura nécessairement la liaiile main dans la maison. Le bien-être de madame liernard dépeiiilra uniipiement d'elle. Il est donc d'une nécessité absolue de parai- Ire voir, sentir coiniiic Julie, et de contribuer a la rendre heureuse. l'.ncorc de l'ép,oisiiie.
\ oiis peii-.cz bien que la délicatesse seule éloignait de l'iiiLigination de Julie l'idée d'un mariage qu'elle souhailait si viveineiil. Madame liernard n'eut pas de peine ii lui persiiaiier (|uc s'il é ait dans les convenances qu'elle résisuit aux instances que le comle loi adresserait tôt ou tard, il était naturel qu'elle ne s'<ippos:it formellement il rien de ce (|u'il vomirait, de ce ijii'il oriloiiiicrait eiil'in. '< Mais, ma chère amie, il \ aurait de la ruse dans la conduite (|ue vous me conseillez de tenir, et je ne sais pas feindre. D'ailleurs, le comte veut (|ue nous nous séparions... que nous nous séparions! — Mademoiselle, il n'en aura pas la force. — \ ous le croyez. — Je vous en réponds... Mademoiselle, a dit madame Bernard. Elle a quille le langage familier; déjà elle marque des ég'ards a Julie; clic veut la gagner de loules les manières: elle commence l'exécution d'un plan conçu il la minute, et qui n'en est pas moins adroit.
« Nous me devez, reprend Julie, une conlidence en retour de la mienne. — Alademoisellc, je ne l'ai pas oublié. Il s'agit du beau jeune homme... — Qui donc? — M. Charles. — Ah! je n'y pensais jilus. — Qu'en ferons-nous ;i présent ? — Nous vous êtes, en eflet, servie avec lui d'expressions que je n'ai pas comprises. — Mais que vous vous
expliquez m.intenant. Il vous aime avec une extrême tendresse.
J'en suis f.îchée, et je ne peux rien pour lui. — Je comptais amener M. le comte k vous doter, ii faire ce mariage. Mais les considérations qui me déterminaient s'évanouissent devant un amour d'une tout autre importance. ji
Aladaiiic Bernard était trop fine pour apprendre ii Julie que d'AIaire connaissait les sentiments de Charles. C'eût été l'inquiéter inntilenienl : il était hors de toute vraiseinblaiiQe que le comte fût assez luaitre de son cieur pour se sacrifier volonlairemcnt , cl la bonne dame comptait bien développer en lui celle confiance en Julie que combattaient encore sa raison et sou jugement. Des iiisiniialions pri'seiilées avec simplicité; des éloges indirects de la demoiselle; des réflexions sur ses rares qualités, sur son aversion pour les plaisirs bruyants, sur son goût pour la retraite, devaient finir par persuader un homme qui sans doute ne demandait qii'.i l'être.
Aladamc liernard ne confiait pis à Julie les petits détours qu'elle se proposait de prendre pour arriver au succès. A chaque instant elle gagnait quelque chose sur sa confiance. Elle écoutait la jeune personne avec une complaisance qui n'avait [iliis de bornes. Elle faisait valoir le désintéressement, raustcre probité, l'amabilité du comte, elle louait les agréments extérieurs dont la nature ne l'avait pas dépouillé encore. Julie l'écoutait avec ivresse; elle regrettait de ne l'axoir bien l'oiiniie que si lard, elle se félicitait de lui avoir dévoilé son eieur. Errantes dans les jardins, dans le parc, elles ne parlaient qu'amour et avenir. Les heures s'écoulaient avec rapidité... pour Julie.
Le sang de madame Bernard était singulièrement refroidi. Les belles choses que lui disait Julie ne l'empêchaieiit pas de voir les objets ilevaiil lesi|iiels elle passait. Elle s'arrêta auprès de la calèche qui les avait amenées, el elle la lit remarquer n la jeune personne.
i.'Ér.oiSMi..
Llle «viiit riu-ore un liiil : clli' l'nniinissHit Ions Ira rrenins du iliàlonu ri le iloriiicr ailirc ilrs j;ii'iliiis , cllr s'oiiiiinnil iliins co iiin|;iiili(|li(! (irsci-l. Klk- «li'siruil icMiir l'iiris, j reprendre ses liiil>iluiles, et pariiitrc tiu\ yiK du euiiile n'iiviiir eé<U' (iu'uiin désirs de niudeiiinitelie Maiirel.
A r«s|ieel de la e»lèi'lie Julie |iiirul sorlir d'un Rinij;e. " \li ! mon Dieu , h'éeria-l-elle, nnnii iiurions pu piiili;- iivi'i' lui ! — Mais <lans ee Mioniriit de surprise, de Iruiilile, de dcMiiilre, l'Iail-il pnssllilc de peniier à loni ;' — Oui, nou» pouvions partir avec lui. Peul-ètre est-il leuips eneore de le suivre, de le joindre ! — > ,Saiis doute, niiidimoiliulle... Mais M. le coiule ne doit rester i|ue deuv heures à l'avis. — l'A si 1» rali|;u<! ajoute nu mal qu'il avait déjà i' — (lela est présuinable.
— Oh ! elle j ajouter», nui Ixinne amie. Iles e|ievnu\ ! des iliivauv !
— Mais bi n<Mi> rem uutroiis l'elix ci ses lMuri;ons ? — Mous les ferons rétrojjrader. — Mai» si M. le eoiiile Iriiuvo mauvais... — OU ! je prends tout sur nnti. Des rlie\au\ , des clievan\ ! »
l.c monveuicnt de In voiluri' avait en ciVet sinj>ulièremenl fatigué le pied de il' Maire, qui n'avait pan plus pensé ii la ealéelio <]uc .Iulic et madame Hernnrd. Il axait été ohliiié de s'arrêter h Auilioise et d'y prendre une berline . dans lai|iielle il pùl être ii pm près ( ciuelié. I.e lienii, l'intéressant, le srnsilde (Charles l'avait pressé de s'y arriérer. I.r eonile avait répondu à ses iiislanees (|u'il fallait sauver eeni mille liomnirs, et iju'il voulait eontiniirr sa rnule. Le Imii jeune liomme avait eédé, ei il s'était plaeé sur le siéijc du eoelier ]ioiir èlre à uli>(|ue instant »n\ ordres du ronile.
Us renronirirent h une liene d'Orléans I"éli\ et une file de voitures eliar|;ées de manière .'i meubler six maisons el autant de caves. «11 faut renvover tout eela ii l'aris, dit le eiinite à Charles. Je pressens que de Innijtcmps je ne pourrai reioiiruer à ma terre. INons arrêterons une heure à Orléans. \ ous voudrez bien écrire à madame Hernard de partir à l'instant avec mademoiselle Mauret, et île venir me relrouver. u
Charles était d'un emprcsscinciil , d'une cvaeliliiile qui auraient sini;ulicreinenl plu a d'Alaire, sans la conl'iileine que lui avait faite madame lirmard. Semblable au\ piibliiislcs du jour il ranieiiail tout il son système, il trouvait le nioxeii d'y loul ratlaelier. (Charles, pensail-il, eiail prévenu qu'il ne verrait pas Julie pendant mon absence. tii m'aeeompaijiiant son motif essentiel est de se mellre mieux .'i chaque instant dans mon esprit, de tirer ainsi le parti le plus avanlaijcuv de sa séparation forcée d'avec l'objet de son amour. Le jiriiiui inihi le dirij;e. Mais du moins, dans celle circonstance, ce mot ne fait de mal a personne, el tout èlre tend au bonheur par une impulsion irrésistible.
Ah ! sans mon fol amour, sans rincoiicevable retour dont il est payé, je ne sais ee (|iie j'aurais fait en laveur de ce jeune homme !,., Il esl constant que je ne |)eu\ épiiii-,er cette fille adorée ; je ne le dois pas, je ne le veux pas. Mais l'avoir sans cesse auprès de moi, entendre a chaque insianl du jour les expressions naïves de sa tendresse, recevoir des caresses aussi daiiijereuses qu'innocentes, c'est ce que la vertu idéale même ne jioiirrait souienir. Je me séparerai de Julie, je l'ai dit el j-- le ferai ; niais (|iiel asile lui dunuerai-jc ;' J'ai épuisé avec madanir lit-rnard tous les l'aisoiineiuenls, toutes les conjectures il ce siijfl... La marier est le seul parti iiu'il ciinvienne de prendre : le mnria|;e est un lien respectable ; ce sera une liarriire de plus que j'aurai élevée entre elle el moi... La marier ! celte idée esl cruelle.,. Kgoïste, lu balances ! Tu veux la voir, coiiliniier de l'aimer, de lui plaire, et la prrdrc sans retour! IVul-étrc inènie auras-tu la jàchctc de l'applaudir de Ion infiiinc triomphe!... D'Alaire, ii'éloufl'e pas en un instant la voix de ta conscience , de celte conscience (|iii jusqu'à présent a applaudi a toutes tes actions, sois encore en paivavec elle ! ^h ! cette pensée m'ennoblit à mes propres yeux, elle m'élcve audessus de moi. f'iiarlrs épousera Julie... M.iis j coiisentira-t-elle ?,.. Je lui rappellerai mon àijo ; je lui ferai remarquer les qualités , les agréments de ee jeune homme, n qui ille n'a encore accordé ([u'une attention fuj;illve... je... je ..
On cite, ou vanlr la continence de .Scipion. Scipion n'était pas amoureux de sa captive, il n'en élait pas aimé, el iionr posséder l'objet de son amour d'Alaire n'a qu'il lu Viiiiloir,
Mais quel est ce paipiel ilonl la leilurc l'a si vivement a(;ité.' Que va-l-il f.iire ii Taris?
Le marquis d'A rancourl , jeune, ardent , impétueux el brave , élait Clilré an service ii rài;e ou on ne doute de rien. Disposé à se faire tuer il la |)rcmiére occasion, il n'avait pas cru (|u'il fût nécessaire d'être tacticien pinir braver un coup de canon. \ crsac l'avait trouvé culuni 1 , entendant anse/, mal les nianonvres, mais ayant ces qualités brilliiiites et clicx.ileresqnes qui plaisent i;éiiéraleiiieiil , et particulièrement aux femmes, .\ueune n'avait eu a te plaimlic de lui, parce qu'il portait la probité jusqu'au ri|;oriaiiie. Il s'était prononeé ii cet é);ard eu entrant dans le monde, et il avait ioulenii le caractère qu'il s'était donné.
La voix publique , qui n'est pas toujours juste, le portail aux ]ilus liants emplois, el l'opinion liiiil par loul entrainrr. \ersae, qui ne faisait rien qui ne fut calculé, l'avait fait maréchal de camp, |uiis liculciiaiil yéDéral pour se populariser. One ambassade importante et
dillicile élait vacante. La ]irol)ilé el la noble franchise de d'Arancnurt furent ses seuls protecteurs : on le nonuna.
Nous n'avez, pas oublié peut-être (|ue les fautes, les erreurs, les écarts multipliés de Versac élaient connus eiilin dans ce palais où la vérité ])éiiclre si dilheileiiicnl ; qu'il eu élait sorti menacé d'une dis- (;ràce éelalanle , aceablé, anéanti.
Il avait prévu ce moiueut l'àclieux , el il avait embrouillé les affaires de son adiuinistralion de manière que personne n'osàl le remplacer. 11 piMivait être renvoyé cependanl , et il sentit (|u'une violfiile crise poliii(|iii- |iouvail seule le maintenir en le rentlaiil nécessaire. Il re- (;arilait d'A rancourl comme son ouvraj'e, et 11 lui écrivit avec la eoiilianeo (|u'on a ordinairement dans sa créature.
La cour oii résidait le marquis élevait des prétentions qu'un esprit eoneilialeiir et sai;!' pouvait seul modérer, et \ ersac eMJoij;iiait il son prolé|;é de leur opposer la roideiir cl même l'insolence; d'amener une rupture ouverlc cl promple, el pour prix de sa docililé il lui promenait le eommaiidement ne l'ariiK'c franeaise.
Une proposition de celle nature devait blesser d'Vrancuiirt : elle le révoila. Il envoja ii d'Alaire la lettre de \ ersac. Llle était en chilïres, selon rn.saj;e, el le marquis y avait joint une clef propre à en rendre rintcllii;eiice facile. Il ilisaii dans une lettre particulière adressée au comte qu'il ne se scn'ait nullement propre au coinmandement d'une armée; mais qu'eùt-il les talents du jjciiéral le plus disliii!;ué, il éloulTerail les brandons de la jjuerrc au lieu de les allumer. 11 ajoulail (|ii'il s'adressait ,'i d'Alaire parce qu'il ne connaissait pas un plus honnête homme; qu'il le laissait le niailre de faire de la iellre de N ersac l'iisauc qu'il jui;erait le plus utile au bien public, et qu'il ne le désaxoiierail dans aucune circonstance.
11 u'élait ]ilus qoesiion ici de ces actions hasardées, folles et scandaleuses (|ui ne nuisent qu'il celui qui se les permet, ni de ces actes arbitraires qui ne portent que sur ([uclqucs indixidus et qui ne trou- Ideut ]ias l'ordre public, parce ([iie les lois peuvent les réprimer. Il s'agissait d'éloulïer l'éliiieelle qui pourrait embraser l'Lurope. (j'est l'iiumincncc du danijer, le désir d'y soustraire sa patrie qui avaient allumé le saiii; du coiiile, el qui lui avaient fait oiiblier'le soin de sa conservation.
Il pensait cependanl en courant la poste que peut-èlre d'Arancourt ne refusait le commandenienl d'une armée que parce qu'il senlait son iueapacilé, el que l'éjjoisiue ne lui permettait pas de s'exposer à être ballu. Au surplus, disait-il, c'est un éijoïste comme moi, et en rapportant tout il lui il vient de faire une bonne action.
Kn rénéchissant, en se parlant ii lui-même, en causant avec Charles, d'Alaire s'étourdissait sur des douleurs qui augmentaient sensiblement; il les sentit enfin sans interruplion et dans toute leur force. Il jugea en entrant ii l'aris qu'il devait descendre chez ^ ersac, el qu'après la grande e\|dicalinn il |irendrail le parti qui lui paraîtrait le plus prudent et le plus facile ii exécuter.
Il donne ses ordres, et Charles dirige les postillons. On arrête à 1» porte de monseiguenr, D'Al.irc essaye de faire quelques mouvements; des douleurs aigiièes rarrêtcnt. « Faites venir, dit-il il Charles, quelques domestiques de M. de ^ ersac. (,!u'on m'enlève de cette berline et qu'on me porte dans son cabinet, «
Le nom du eomie met tout en mouvement. ^ ersac lui-même va au-devant de lui jusqu'il sou aiitiihamljre. 11 ne conçoit rien ii ccqu'il voit; mais d'Alaire est toujours ledoulable pour lui, el il lui fait nu accueil qui peul par.iiire all'eetueuY ii qui ne eonnail pas le cœur sec et froid de rrAeellence.
'( Point de vaines déiuoiislrations, lui dit le comte. Passons dans votre cabinet. « On y arrive lentement, péniblement, ('harles ne sait pas ce qui amène d'Alaire ii Paris. Il n'a pas jugé ii propos de l'en instruire; il ne doit donc rien entendre de la eonlérence qui va avoir lien, el il s'arrête ilans la pièce qui louche au cabinet.
Le comte ]Heiid la jiarule. « Les eonscils d'une amitié qui n'existe plus n'ont prnilnit sur vous aucun ell'et. Les réflexions, les raisonnemenls, les prières, les menaces mêmes que m'a souvent dictés un reste d'altachemenl ont tié inutiles, .le ne répéterai rien de ce que j'ai pensé el dit jusqu'il présent. Je viens ;i l'objet de mon voyage.
» N ous triiez ii une grande place que vous ne savez pas remplir, et pour la conserver vous êtes prêt ;i tout sacrifier. La voix de la patrie, le cri du devoir, rien ne peut vous contenir. Le inonde s'écroulerait, vous ne vous en apercevriez pas si vous restiez debout. Ce que l'égoïste a de plus abject el de plus atroce a la fois est ce qui vous distingue cl ce qui vous marquerait du sceau d'une éternelle réprobation si je n'étais lii pour vous arrêter. — Nous m'aviez promis de me faire gràee de toute espèce de préambule et Ai venir de suite au fait. — M'y voici.
j> Vous êtes probablement menacé d'une disgnlre, que vous voulez prévenir en suseilant des dissensions iiue vous présumez devoir vous rendre nécessaire. N ous avez cliarg'é le marquis d'Arancourl de souffler le feu de la disiorde, ci vous lui avez promis pmir prix de ce service le droit affreux quand il n'est pas utile de faire couler des flots de sang. — Kn vérité, monsieur le einnle, je ne sais ee que vous voulez me dire. — !Ve niez pas, repenlcz-vous si vous l'u êtes capable, el faites ee que je vais vous )>rcscrire. — Je crois, monsieur le comte, que la douleur, l'excès de la fatigue... — Ont altéré mes fa-
L'ÉCOISME.
ai
fiilfi's morales... ti'csl-i»- pas lii le qiif vous voolt/. ilirc? Nous nie l'jiiles pilir. A|i|)rciic7, iiionsioiir, (pie le iiiiiriinis m'a envoyi' vos chiOiTs cl II tUfriiii lc> rciul iiilfllii;ililps. — Nous avvt ma Iclln-! — Kllr est l;i , ihiiis mon |iorl(l'ciiillc. — UiMuIf/.- I.i-moi. — l.r «loisjc .' — Hcncle/.-lii-moi , vous <lis-je. "
Versac •ic \oit » la (lisciiWiiiii «rnii lnniinic ipii m- Miiiffrint lias l'i-\t'ciiiioii (l'iiii frime (|ii'il pcnl pri'Vfiiii-. .S,i Irli' se miiiilc, s'ciillammc. Drs mimvcmcnrs coiivnl-.ifs , la conharlioii de Ions ses iicrl's aniiomeiil iiii di-ssi-in violent. D'Alaiic le pi'iièlic , et il appelle Cliarics il hante voiï. l.'allénilion de son oryane alarme le jeune luiiume ; il se pn'eipile dans le i-aliinel.
n Cliarles, pla<'ez-vons entre monsieur et moi, ot jurez sur riioniiciir lie ne pas révéler nn mot de ee(ine vous allez entendre — .le le jure, monsieur le eomte. — \ ersac, je voulais vous épar|;iuM- la lionle d'avoir un témoin de eette expliratinn orai;euse. (^isl vous ipii m'aver l'oreé à l'aire eoUvr monsieur. Uevenous.
'• Cette lellre esl timbrée de votre ealiiuet parlieulier, et elle porte votre signature ; la reeo naisse/.-vous ' — .le la reeonuais. — le la déeliirerais si tous les amliassaileiirs pensaient comme M.ii'Aranenurt, et votre eoupaldc projet s'anéantirait avec elle. M.iis si je la supprime, \ous res'ere/, ee (pie vonsé'es, et i'Iiomme puissant trouve toujours des coinpiiees. Eerive/. votre démission à l'instant, .i la minute. — Ma démisNioii ! .laïuais. — Kerive/.-la dans lis l'ormes (jueje vais vous dieter : elle sera positive, et e'esi tout leijue je demande, b
A'ersac veut s'élancer sur eette lettre ipii va lui l'être fatale; (;iiarles l'arrête d'un liras vi|;oiireux. Vcrsae lève la main sur le jeune liniuiue; il le meiiaee d'un aiVront ipie l'Iionneur ne pardonne jamais. " (;iinrles. dit d'Alaire avee calme, aidez-moi à éloi|;iicr de votre pajs les tléaiiv de la ijnerre : vous vous occuperez de vous après. Monsieur de \ ersac, passez à votre Imreau et écrivez. — ,1c n'y eonseiilirai pas; je n'y peux conseiilir. l'ai déran;;é ma fortune; mon rani; soutient mon crédit, et les émolnmcnis de ma place me sont nécessaires. — l'.crivez; je vous rordonne pour la dernière fois... Vous résistez encore ' ,1e vais me faire conduire au cli.'ilcau , je demanderai une audience , je l'iililiendr.ii, et je mettrai cette lettre sous les yeuv du prince, l'eiisez-y bien , monsieur; cette démarelie peut vous comliiirc h l'écliafaud. •
Versac, exalté par le.< passions violentes et haineuses, tombe tout ;i coup dans un accablement absolu. Ce n'est plnsipi'iin faible enfant, qui cède à toutes les impressions ipi'on veut lui communiquer. U se traîne ii son secrétaire, il écrit sous la dictée du comte , il siijue, et il reste anéanti dans ton fauteuil.
'( Quand votre démission sera acceptée, lui dit le comte, je vous remettrai les pièces que j'ai reçuts de M. d'Arancourt : je vous en donne ma parole d'honneur, et vous savez ipie je suis incapable d'y manquer. Charles, prenez ee portt'fcuille, dont vous me réiiondez. 11 est ici plus en sùrclc d.ins vos mains ipie dans les miennes. Faitesmoi enlever de ce cabinet, et relirons-nous. «
D' Maire n'était plus souieiui par l'idée de servir son pays. .Son iinaijination était calmée, et ses yeux se porlèrent enlin sur ce pied dont il ne s'était pas occupé encore, il vil, il seniil que Us secours les plus prompts étaiml indispensables. Cependant, en rentrant chez lui, il écrivil an capitaine des i;ardes de service. H mil sous enveloppe la déniissiiin de \ ersac et sa lellre. U l>ria (Charles d'aller de suite porter le paipiet au château , et de faire tout ce qui serait en lui pour le meure dans les mains de l'oDicier général ii qui il était adressé.
Charles vole ii la voix ilii comte. 11 arrive sous le jiérislyle, il veut monter, on l'arrête; il insiste, il nomme d'Alaire, il croit que les portes vont s'ouvrir. Les faclionnaires sont des Suisses qui n'entendent pas le français, lii i;.irde du corps passe par hasard. Charles lui parie et le prie de le conduire à son capitaine. « Oc la part du comte d'Alaire Mui dit le garde. JN'esl-cc pas cet oriijinal qui a la manie de passer pour éjjoVste et que la voix publique a surnommé le plus honnête homme de Fiance? — Et (pii l'est en elVct, monsieur, u Le ijarde remonle; le maréchal des lo;(is de service descend, et il introduit IMiarles dans les premiers appartemenis. Le capitaine se présente; ('liarles lui remet le |iar[uet. M. le duc l'ouvre et le lit. « Assurez rhonnèle homme, dil-il a (Charles, que je me f.iis un devoir de le seconder. Dans un moment la démission de M. de N ersac sera présentée au prince, et je crois qu'elle sera aeie|itée. »
Charles revient enchanté ilu succès de sa démarche. Il iToit n'avoir que des félicitations k adresser au comte... Des ebiriinjiens, des instruments, des domestiques affligés, d'Alaire tranquille et résigné, tel est le spectacle qui frappe le jeune homme, l'ne opération crurlle est devenue nécessaire, et la main la plus adroite ne peut que l'abréger. Charles, tourmenté, hors de lui, tombe à genoux devant le lit de douleur; il couvre de larmes sincères une main qu'il presse tendrement entre les siennes : il ne sait pas encore que c'est celle d'un rival aimé.
Pas un cri, pas nnc plainte n'échappe au comte. Les appareils placés, il dit il (Charles : <c .l'ai beaucoup sonfl'ert ; mais la cause de mes douleurs m'honore cl me les fait oublier. On m'appelle rhonnèle homme, dites-vous, ee titre est le premier de tous pour un égoïste tel que luoi. "
Charles ne croyait pas que l'opcr.ition que venait île subir d'Alaire pftt avoir d'autres suites que de le rrtenir nu lit. 'rranqnille a cet égard , il se reporta sur le passé et se lama dans l'ivenir. Julie, se» eliarmes, sa eandeur, sa modestie se peignaient ii son ima[;imitinn rnehaiilée. H se laissa aller ii l'espoir que mad.ime lli'rnard scmlilail avoir voulu faire naître dans son cour. \ ingl flli^ il retint l'aveu de ses sentiments. Il pensa que solliciter la main de .liilie un momrni même oii il avait fait beniiioup pour le comte, rr serait rapp^drr se» services et y mettre le plus baiil prix. Ccpendaiit l'image de la fille «dorée raniiuait ee (leiir que d'autres soins avaient rempli. Vn souvenir ilécliirant anéanlit a son tour l'ivresse ii laquelle notre jeune homme venait de sabaiiiloiiner : le |;este iiienacniil de \'ersae se retraça a sa méiiioire. < u.irlcs était assis; sa tcle «tait appuyée sur ses deux mains, il li soulevait de temps en temps cl regardait son épée jetée dans un coin de la cliambic de d'.M.iiri'. Il se levait ; il i|iare|iait a gr.inds pas; il venait repriinlre sa position, pour se lever et «c rasseoir encore. Le comte snixait tous ses mouvements.
« (Charles, lui dit-il, un point d'honneur bizarre et iTuel vous occupe en ce innmnit. .le sais ce ipie vous croxez devoir ii un préjugé barbare, et je discuterais avee vous si l'écart de M. de A ersac avait eu d'autre témoin ipie moi. Il sera couxerl <run secret inxiolable.
— M. de \ ersac s'en sonvieniira. Il va renir. r dans la classe des simples citoyens; je le rencontrerai peut-être dans le monde : vou-
Icz-x s, monsieur le eomle, ipie je sois oblige de baisser les yeux
devant lui, que je supporte le iiiipiis d'un homme ipie vous avez cessé d'estimer.' — Charles , je suis content de la conduite que vous avez tenue depuis que je vous connais. Ne perdez lien de l'estime que vous m'avez inspirée. — Jt ne ferai rien que pour l.i conserver. — llcnoneez donc il votre projet. — Monsieur le comte, je suis attaché il un corps respectable, et eliacun de mes ramarailcs a le dioil de me demander compte de ma conduite. — On ne saurait parler de ee dnnt on n'a pas d'idée, cl je vous répile que l'alliiMit ipie vous a fait \ ersac restera caché. Un afTront! Il est de» hommes i|ui ne pi^uvent offenser personne : ce sont ceux c|iie poursuixi ut la haine et le mépris publies. \ ersac, d'ailleurs, alniqui- par moi dans son ambition, dans sa fortune, exaspéré au point de vouloir arracher de mes mains la lettre de M. d'AraïK'Ourt, n'avait plus sa têle il lui, et n'a pas conservé le souvenir de ce qu'il a fait et dit dans ee moment critique.
— .le sens, monsieur le eomte, que je ne (leux vous gagner par des raisonnements. Je n'ai ii vous opposer cpi'un usage que la raison eondainiie, mais auquel un otlieier de viii|;t-cin(| ans ne se soustrait jamais avee impunité. — ^ Ktrani;e avenglemcnt ! 'rhémisloelc outragé dit au furi'Ux qui a levé la main sur lui : l'rappe, mais écoute! Et Tiiéuiislocle vous xaluit bien, monsieur. — 'l'Iiémistocle, île nos jours, ne répondrait (pi'avcc son épée. — Eb bien, monsidir, si quelqu'un ici doit s'exposer, c'est celui seul ipii a amené sur vous l.i men.ice dont vous voiiliz vous venger. C'est moi qui vous ai appelé dans ee cabinet, dont la discrétion vous avait éloigné : c'est moi qui provoquerai A ersac. Kcrivtz un lariel , uunisiiiir, je le signerai, i^tiie \ ersac se rende ici; je me ferai porter dans iiu fauteuil, el le pistolet leriiiiii>'ra l'afl'aire. — Amis, monsieur 1>- comte, vous battre pour moi qui vous saerilierais mille vies si je les avais! Pensez-vous a ce que vous me proposez .' — Charles , mon jeune ami , vous êtes brave, el peut-être êlcs-voiis adroit. Cependant vous pouvez snieomber , et vous êtes bis unique. \ ous êtes l'appui et le charme de la vieillesse de votre père. Vous exposerez-voiis à empoisonner ses dernières années ou il l'enlraiiicr au tombeau avee vous? — Monsieur le comte , par grâce, ménagez mon eieur; n'ajoutez pas ii l'horreur de ma situalion , el laisse/.-moi faire ce que la société exige de moi , ce qu'elle considère eomfuc un d''Voir. — Je n'ai liliis qu'un moyen pour vous arrêter, et je vais l'emplover. (Charles, vous aimez Julie, cl penl-êire un jour parvienilrez-vous ii lui plaire. Uenoncez ii votre projet, et je consens ii ee que vous sidlicitiez sa main , i. ee que vous cherchiez ii l'obtenir d'elle-inênie. Je suis le dernier rejeton d'une famille qui occupe des pages diim l'iiislnire. Lue femme ai'eomplie, la fortune des d'Alaire peuvent être ii vous; vous n'avez qu'un mol ii dire : me le refuserez-vonsi' — Juliel... Julie!... mon jière!... Julie!... \h! mnnsieur, vous m'attaquez avec trop il'avanliges. Comment résister à tant de moyens de sédiiciion! — \ ous vous rendez? — Monsieur le comlc! .. monsieur le comte!... .Iiilie!... mon père!... Julie !... — N ous vous rendez .'... — Je ne le puis, je ne le puis. «
On entend le bruit d'une voiture qui entre dans la cour. C'est madame Hcrnard , c'est Julie qu'on annonce. D'Al.iire est tout entier au plaisir de revoir l'aimable enfant. Il oublie Charles el Versiie.
Julie n'avait pu recevoir la lettre de rappel que le e le lui axait
fait écrire en route. Elle n'était pas sans inquiétude sur la manière dont elle seriil reçue : elle ignorait encore que l'amour pardonne toujours, les faulcs'surloul qui prouvent sa vixaeile. Mais tout s'efface .levant des intérêts d'une hante importance. Hle apprend en descendant de voilure que le comte a subi une opcratmn longue et douloureuse. Elle s'oublie pour ne s'occuper que de lui. Elle est dans ses bras. Cl d'Alaire. rendu par sa présence a toute la force d un sfiitiment victorieux, se repeiit déjà des promesses qu'il a faites a
Mais cil est ce jeune liomnie ? Le comte le clierclie des yeux et ne
VÈ&OlSfilE.
le Iroiivo plus. Son (■prc a tlis|i,ini avrc lui. D'Alaiip M)iiilniil voIit sur SOS |i: s ; il csl roiluil ii ciivojcr aprrs Idi des doinosliqiics (|iii vraisemlilaliloiiiciil ne i>iinriiinl k- trouver on i|ui n'auronl pas assez li'asrentlant sur lui pour le ramener à l'iiôtel. Il a lait liuit ce qui était en lui pour provenir un uiailieur. (iotti' pensée le satisfait ol uo le console pas.
Ali! pensait-il, lOl lioninie (pie je croyais un sajjo ne lialancc pas il se dégrader jus(pi'a n'être ipi'uii spadassin! Les reipots ouisanis et prolonijos i|ii'il snit i|uo j'éprouverai s'il est iiiallioiircuv ; riiiia|;c d'un père alUi|;o, désespéré; cello du bien le ]>ius préeieiiv (lour son en'ur, rien n'a pu vaincre son or|;ueil blessé ; il lui saeril'ie tout, jusipi'à sa
vie : c'est un égoïste.
XII (. — Suite du préciident.
Ainsi que l'avait prévu le eapilaino dos ijardos, la démission de ^ ers.ic avait été acceptée à rinslant. 11 parait qu'enl'in sa conduite
M. le coré se présente au capitaine avec l'a r deux el modiste qui roiivjent a sa profession.
avait été rigourenseniont o\aniinée, ([u'on pensait à se défaire do lui, et que déjà on avait choisi son successeur. (Je qui rend eetio opinion vraisemblable, c'est que dans la journée même le porleleiiille fut donné au marquis d'Araiiville, oftïi icr instruit, ami de Tordre, équitable autant que sévère.
i-a cliulc inopinée d'un ((raiid rosscmlile à un île ces oraijps d'été qui éclatent au moment ou on y pense le moins, et qui dans un instant frappent tous les yeuv et toutes les oreilles. I,e linut de la retraite de \ ersac se répandit dans la capitale avec la rapidité de Toelair. Un mouvement de joie se manilesta partout. ('eu\ mêmes qui étaient élranijers ii l'adiuinisliation de la oi-ilevaiit I'.m illence se IVlieitaiont mutuellement. Ses llaitours l'avaient aliaiidoiinée, et pour détourner d'eux l'attention publii|uc, et radier ee que lour conduite avait eu de ropréliensiblc et do bas, ils étaient les premiers à dénigrer le mallieureiix. On entendait aux coins des rues, dans les carrefours, sur les places, ces yens (|ui tirent parti de tout , et qui criaient la qrmiile nuiiiell- jusque sous les croisées de \ crsac. Dans celle fouille l'ironie se joi|;nail à la vérité. 1,'atni des liiiiumes,y disait-on, a fait entïii un acte de pliilanlliropie qui n'est pas équivoipio : il vient de (|iiitter par at'aclioment au bien (;éuérai une place qu'il a trop loiii;temps occupée.
Déjà le marquis d'Araiiville était établi à l'bôtel. \ crsac en était sorti ebarf;c des imprécations d'iin peuple qui no oounait que les partis e\lrèine<. Il itail allé se eaebor dans nue petite maison éearlée oii corlaines femmes allaient payer les emplois qu'elles (ditonaioiit de moiiseii;neiir. Il s'y croyait en sûreté. Des oHniers mécontents l'avaient suivi, et se Oispiiiaieiil le prétendu avantai;o de se mesurer le premier avec lui, lorsque (Jbiric's parut.
Les créanciers, aussi actifs au moins que les duellistes, assiégeaient la porte do lour côté, \ orsac n'avait pour les éloiijnor de lui que quelques domestiques qui n'altcndaioiit que le payement de leurs
P.'irt<. Ty|>ORr.'»pliT*' HiMiri
i;a|;os pour le quitter à leur tour. Cette disposition dos esprits était loin du dévouement dont ces ijens s'étaient jiarés dans la proportion do l'or (|uo rl'.M-cllonec laissait tomber sur eux. lin se voyant ainsi méprisé, attaqué et seul contre tous, il se rajipela le mot d'un courtisan do Louis .\i\ ', et il permit que les portes s'ouvrissent.
In capitaine lui roproclia d'avoir l'ait monter au grade de elief de bataillon des officiers moins anciens que lui, parce que sa femme avait refusé certaines oondilions au\i|U'.llos tant d'autres s'étaient soumises. L'oflicier demandait réparation de l'injustice qu'il avait éprouvée et do la jnoposition insolente faite à son épouse. Il réclamait la primauté sur cciu (|ui avaient coinine lui des afl'ronts ii ven- Ijer, parce qu'il était le plus ancien capitaine de l'ariuéc et qu'il avait Ole ofleiiso peu de jours après la nomination de ^ ersac. Ses concurrents s'elïoreaient de faire valoir leurs droits, et tous briijuaient riionneur de verser un sani; dont ils étaient éi;alomenl altérés.
" Alossieurs, leur dit un créancier, c'est sans doute une tris-belle chose que le point d'honneur, mais dos mémoires à arrêter sont bien aussi de i|uolque iiupcutaneo. .le vousdoelaro, an nom de ces messieurs, qui ont fourni oonimc moi et (|ui no sont pas payés, parce que monsieur ne payait personne quand il était eu place; je vous déclare , dis-jc, que vous ne vous battrez que quand nous aurons fini avec notre débiteur. \ oiis le tuerez après si vous le jnijoz convenable, et nous n'y mettrons aucun empêchement, parce que les immeubles du défunt assureront nos créances. »
Ans ollicicrs répondaient ii celte barani;ue que des opérations mercantiles sont nécessairement subordonnées au motif respectable qui leur metlail les armes à la main. Copondanl les mémoires paraissent au grand jour, et les écriloires do jioolio sont tirées. Chacun presse \ crsac de signer; le plus ancien capitaine de l'armée a mis llambenje au vent, et interpelle son ennemi ilc se défendre. A crsac ne sait ii qui entendre; il sait moins encore ce qu'il fait. (^Juclle tète conserverait ses faeiillés dans une pareille cireonslancc?
On convoqua trois ou quatre bons payçans qui le dimanche servaient de chantres.
Les duellistes et les fournisseurs parlaient tous a la fois et soutenaient avec vivacité ce ([u'ils appollint la légiiiinité de leurs titres. Or trente personnes animées par un intérêt pressant se font entendre à une certaine dislanee. Le poste ipii veillait doux jours auparavant à la sûreté des beautés fragiles qui venaient s'immoler aiiv goûts de inonseiijnenr arriva on toolc liàto et pénétra sans forinaliios dans cette maison, sur les murs de la(|uelle il n'osait lever les yiuix.
Le sergent, à qui son bout de galon donnait une certaine vanité, déclara copenilant que la complication de <ette affaire ne lui permettait ]ias de |irononeer, et il envoya elii'reher le cominissaire de police. Le cominissaire décida ((u'oii ne peut forcer un homme à arrêter des mémoires qu'on ne lui donne pas le temps d'examiner, et que le
' Il fiut tenir le pot de chambre à un ministre tsnt qu'il est en place, et le lui vider sur la ttHe quind il n'y est plus. l'Ion , riip Gnrrinrièrp , 8.
L'LGUISME.
ta'irv batlri' iliv ii «loiizo fuis île suite est plulôl un guet-aprns qii'iiiie alVairt' vidi'e si'lim lis rt'i;le!. ftalilies. Il Iitiuju.i iii illsiiiil i|ui- pour niellrt- M. do \ eisai- à l'aliri île la rapiiriW îles mis et des violences des autres, il allait le conduire à la prcfccluie de police.
Versac se récria sur l'indccencc de la pruposillon. " CerlaineniPut, lui dit le couiniissaire, je ne vous l'eusse pas l'aile liier. Aujourd'hui vous êtes un liouwue dcdiu , l'objet de l'aniuiosilc i;énérale, et vous ilevci vous estimer trop licureuv que je uictle en sûreté votre fortune et votre personne. -Ne ni'olili|;e/. pas ii employer la force, et suivez-moi. u
11 est des gens «vides «les plaisirs qui ne coulent rien, et qui par conséquent ne laissent écliapper aucune occasion de s'amuser. A peine \ ersae fut-il sorti de sa pelile maison que les amateurs qui s'étaient rassembles dans la rue bri^ércnl toute-, les vitres. La yarde escortait la ci-dcvaut Lvcfllence , et, personne ne s'opposant à ce genre le iliverlissement . ils pénétrèrent ilaus l'intérieur et jetèrent les meubles par les fenclrcs.
Les domestiques, qui connaissaient le secrétaire oii ^ ersac avait déposé son or, firent sauter la serrure )>our se payer. \ ersac, mal;;ré son trouble evirème, avait mis sa bourse dans sa poche, et il avait eu raison : on n'est pas bien, dit-on, ii la préfecture quand on a <le l'argent; on y est fort mal quand on n'en a pas.
On insinua à N ersac que ce qu'il avait de micuv faire était de prendre un passe-port sons un nom supposé, de partir la nuit et lic sortir de France. ^ ersac était un mauvais sujet dans toute racceplioii du mot , mais ce u'élait pas un lâche.
Il fut blessé de l'idée de fuir les ennemis qu'il s'était faits.
On lui représenta encore qu'en sllppo^ant qu'il tuât M. le plus ancien capitaine de l'armée, douze ii quinze autres étaient là . prêts à le remplacer, et qu'on no gagne pas douze à quinze parlies de suite. Versac répondit qu'il voulait que sa mort lui fit plus d'hiiiiiicur que sa vie, et que cerlaiiieinciit il ne reculerait pas. On lit pour lui ce qu'il refusait de faire. Ou lui expédia un passe-port sous le nom de M. Julien, on lui trouva une chaise de poste, on envoya chercher des chevauv, et au moment oii , de gré ou de force, on allait le mettre dans sa voilure, on se souvint qu'il avait des créanciers, probablement un peu fripons, mais qui ne devaient pas perdre ce qui leur était légitimement dû. On envoya chercher le plus honnête des notaires, ;i qui ^ ersac signa une procuration générale. Le notaire devait débrouiller ses alTaires et lui adresser des fonds en Angleterre, si toutefois il pouvait lui rester quelque chose quaud ses dettes seraient payées.
(^>ui donc portait un dépositaire de l'autorité à s'intéresser aussi fortement en faveur do Versac ? On ne l'estimait, on ne le regrettait pas en qualité d'administrateur ; comme particulier il n'inspirait aucune liienveillance. Mais il avait occupé une grande place , et on ne voulait pas que les Français s'habituassent a demander raison do leur conduite ii ceux qni les avaient foulés lorsqu'ils étaient puissants. L'égoisnie se couvre ici des apparences do la sensibililo.
AI. le plus ancien capitaine do l'année était opiniâtre. 11 avait entendu dire au commissaire de police qu'il allait conduire \ ersac ii la prcfccliire; il savaitqu'on n'avait aucune raison de l'y garder, et il présuma qu'on chercherait ii assurer sa fuilo. Kn conséquence de ce calcul, il s'était planté à la porte de la préfecture, décidé ii attendre son homme vingt-quatre heures, s'il le fallait. Mais il faut nourrir le corps pour soutenir l'énergie de l'âme, et il allait deipiatre heures en quatre heures se restaurer au cabaret voisin, dont la porte et les croisées sont disposées de façon que rien de ce qui sort de la préfecture ne puisse échapper .i iin leil actif et persévérant. i94.
La voilure avait frappé M. le capitaine. Il pénétra tout ii fait alors le pian ipi'on avait ailoplé, el il alla a la posic dciiiaiider un bidet pour courir devant la chaire qui allait partir de la prcfeelure. On li'cntciiilit pas d'abord ce qu'il voiilail dire, el sa longue épée , tes grandes mouslaclies el ses |;uctres de drap noir parurent assez cilraordiii lires pour la circoiislance. l n agent «uballerne vini aussi demander dos clievauv d'un air iii\stérioii\,et on coinineiiçaa s'entondre. La femme du maitre de poste revenait de l'Opéra, dont le tapage vaut mieuv que celui des écuries Sa curiosité fut piquée de ce qu'elle vovait, lie ce qu'i'lle cnli'iidait el de ce qu'on ne lui disait pa^. Klle lit i|uelqiics questions, et M. le capitaine la lira a l'écart. " Nous savez, iiiadaiiie , ce ([iii est arrivé ii \l. de \ ersac ? — Kh , qui ne le sait pas ! — Le peuple vont le mettre on pièces. — Kn vérité ' — (Jn cherche a pourvoir ii 'a sûreté. — J'en suis bien aisr. — Moi, j'ai
1" juré de ne pas le c|uittor;
un beau dévoueuient; ma
Le marquis d'Aramont veoait d'être fait maréchal de camp , puis lieutenant général.
el je partirai avec lui. — Monsieur, voila s je ne soiilVrirai pas que vous couriez la poste on giiiires do drap.
Nicolas, donnez des bottes fortes il monsieur; il faut absolument sauver M. de \ ersac. (^e qu'on lui reproche le plus amcreiiii'iil est d'avoir trop aimé les femmes, et ce péché-lii est si evcusablel — (ios bottes me vont a merveille. Si .Nicolas voulait Iroipier mon habit iiniforiiie el mes épaiilelles contre une vieille veslo de postillon, il me ferait plaisir. — Trcs-volonliers, monsieur l'olVilicier; je Iroijucrai mémo, si vous le voulez, iiiiiii l'ouotcontio votieépée.
— !\im pas, non pas, iNicolas , j'ai pris cette épée pour protéger M. de \ ersac jusqu'au lieu de sa destination , et là je verrai à quoi elle nio servira. »
\ ciilà M. le capitaine travesti en postillon, il n'a plus rien à craindre de ceiii qui sont placés de loin en loin pour demander les passeports des voyageurs et qu'on paye comme s'ils étaient utiles. Versac, voulant lui écliapper, devait naturellement payer ses frais de poste, et la modique fortune diicapitaiiie lui rcndailcette manière de voyager aussi nécessaire que commode.
Pauvre capitaine ! que de peines il s'est données ' combien il s'en donnera encore, parce qu'on a fait a sa femme une proposition dont les maris ne siivent jamais rien quand elle est agréable à la beauté à qui on l'adresse!
Cette dame s'était bien gardée de parler de celle que lui avait faite un jeune et beau sous-lieutenant de la légion.
Encore un départ 1 encore un voyage ! on ne trouve que cela dans ce petit livre-ci. Fst ce ma faute à moi si mes personnages ont un esprit inquiet et remuant.^ .Ne sait-on pas que ces gens-la ne peuvent rester en place ? . ,
M. le capilaine a enfourché son bidet, et il trotte en avant des chevaux qui vont prendre la voilure et l'Lxcellence éclipsée. .\ minuit on fait descendre Versac , on le met dans sa chaise, on lui souhaite un bon voyage; on lui serre affectueusement la main et on est enchanté d'être débarrassé de lui.
Le mot .l'ordre est donné : c'est la route de Calais qu on va suivre et M. le capitaine sait qu'il doit passer par Saïut-Dcnis. H '^Y-„. i» faire galoper son cheval, il croit lui enfoncer ses '■P"''"^'^""* '« ventre, el le bidet continue à trollillor modestcmeut. I.e capitaine étonné de l'impassibilité de l'animal, porte la "'»';' f",,*"^,;. ;*;" bottes. Il reconiiait que l'une est désarmée et n"^'*P"°'V ., "' -^ a perdu sa molette; 1 parait que Nicolas n'a pas d'"" «^H ' ^^^ de meilleur. Mais le capitaine a l'esprit inventif, «^^ ^° ' X'','" .!"' a tout. 11 en picote les flancs de son bidet, qui ,.art ">""- ^—^•' .1 o ■ . i\ ,.•,..! nue \ orsac snil a la l.napeiie. Le
et il arrive a Saint-Denis avant que > i "••»•■ , ,•,■ „ ,i„; ^.„,i„i
1 1 • I 1.1 i-..A„ „nrio son lapilaine au milieu des écurie», cheval, animal d habitude, porii soui^i" „:,„,., j~ „»,no
.11 r 1 1 „. ,...^;ii.nto d'uiio aiilerne a vitraux de corne,
pt a la liidiir raihl<> et Vaeill.inie »i iiin
l/KCrOISMi:.
srs cniii.'i rades lc< piistillniis rciitdiireiil . le prosscnl , ('l')nnrs de sa li|;iiro lirlri-nrlitr. iiupiiils ilii iiDiiivniiciil île rcilalioii de smi oprc llaiuliiiyaiilo. Des oli<vaii\ ! des clicvaiu ! criait M. le oa|iilaiiip. A ces iiHils, rall.'iitioii j;<'iicralc se |i(>rle sur le sien, i|iii perdait son sane, de tous Ifs coli's. An lien d'oliéir à M. le eoniricr, on Ironve à propos d'aller éveiller le niailre de poste.
I.e niaitre de poste arrive en saliols, en elieinisc vulanle et en hiiiinel lie colon , lixé snr sa lèle vi'ni'r.ihle par un lanje rnlmn citron. Il iiitcrro|;c le capitaine, (|ni ne répond ipi'en criant : Des chcvanx! "les clicvan\l I.e niaitre de poste fait nn siijiie, on profile d'un inoinciit oij la reiloiitalile rpée est imiindiile, un saisit le ca|)itaine par les jainlics, et on le met i> terre. Ce procédé lui remue le saiiij, et il \a donner tcle liaissée sur les mauvais plaisants qui lui ricnl au nez. Il ne concoii rien i» la roideurde ses memlires, (jui lui permet .i peine de niarclier : c'i si la première fois de sa vie '[u'il est iiionlé à clicv.-il. Jl pressent qu'à |;i seconde poste il lui sera impossililc de faire un nioiivciiicnt, et il f.iut «'Ire aijilc cl souple pour parer la quarte et la tierce, riposter d'un coup de sccomie et tuer son liommc avec fràee. Il s'aperçoit, d'ailleurs, ciuc sa culollc de ilrap lilanc est dcchnce ii l'enfoireliiire. ()uel<)iies lieues faites encore de la iiièine manière, et il ne lui en re^lcra rien. Or, il serait fort désajjréable pour lui de faire sou chIit!' a Calais dans l'c(iuipa!;e d'un solilal écossais.
Sa reiloulalile épi'e lieiil a une tlislanee rcs|icelueusp l'Iiommc au riibnii citron. Mais son liidcl , victime d'une lii-morra|;ic, vient de toinlier sur la liliere, cl il faut que qucl(|u'un le |)avc. On demande de i'ar;;enl au capitaine , il en refuse, et les postillons se dispo.scnt à .Trraii|;er cette alïaire la fonrclie ii la main.
Le cnpiliiinc connnissait la fameuse retraite de Morcaii,(|iii depuis... et il jnifca (|u'i| éiail temps d'en faire une, qui li\àt pour jamais sa réputation. Des liarnais, des Iraits, des lonj;cs claient accroclics près de lui II s'en saisit, il les jette ii ses adversaires. Leurs jambes s embarrassent , l'un tombe sur le nez, l'autre sur la partie opposée, et pendant qu'ils sont occupés ii se dépèlrer de leurs entraves, le cajiilaine lile; il est sur le ijrand cliemin, il se tapil dans un fossé. La einiise de pos;e arrive. On nolific à \ersac qu'il doit cent écus pnnr un bi.let que son courrier a crevé; il ne savait pas (pi'il eût un courrier il il n'ciilendait pas èlre responsable de ses sollises. Les commissaires de police sont d'une ijrande ressource, la nuit comme le jour, (.eliii de l'eiulroil , à moitié endormi, entendant .i peine ce qu'.ni lui disait, prononça contre rétraii!;er, en faveur de son concitoyen an ruban citron , et cela devait ùlre: il voyait le concitovcn tons les jours, il dinait souvent clicz lui, et il était vraisemblable qu'il ne reverrait jiniais un passant qui ne voulait que continuer son ebeinin. Lneore un éijoïste.
l'ai fait souvent de ces actes arbitraires-là , pensait Versac. J'aimais beaucoup le despotisme quand je pouvais l'evcrccr; je le liais maintenant ,|ii'il pèse sur moi. Mais je suis dans une position à plover ii mou tour. l'Ioyons, payons. Kt il paya.
Le loaiire de jîostc. qui ipiijnait qùaranic pour cent sur son liidet combla le vo>a;;cur de poliiesscs: c'est encore l'usage. Il ordonna il liante voixqn'on mit i. sa cliaise les meilleurs cbcvaiix de ses écuries, et Inul le monde siil que cet ordre-l;i ne signifie rien du tout. Les chevaux , comme les postillons, mari lient à leur tour. Mais quand on a pille un bomme, il faut le dédoinma,(;er par quelque chose : c'est encore lin calcul de l'égoisme.
Le capitaine l'piail du fond de ;:oii fossé le moment où la cliaisc de poste passerait. Le bruit du louet, des rouis, des pieds des chevaux trappe cnhn son oreille attciili\e. Il se levé, il se Haine, il saisit au paisage les ressorts de derrière de la voilure, il ijrimpe et il se place dos a dos de celui qu'il brûle de voir en face. Le point d'honneur I avait lait aller fort au delà de ses forces, cl le besoin de repos se faisait vivement sentir. Mais s'il s'endort derrière une chaise de posie, il peut tomber le nez en avant, cl pcndanl qu'il s'éveillera qn il .se relèvera , qu'il se fmllera, ^ ersac lui échappera , et caMcra' et ca-iera. 1 1 ' i
Un homme qui est rêve le Moscou , ne doit être embarrassé
de rien ; celui-ci met son épéc sous sa vote de postillon , qu'il boutonne M)i,;iieiiscmcnt, et avec le ceinturon il s'attache aux ressorts de la chaise. Certain ii présent que \ ersac n'avancera pas sans lui il se laisse aller auv douceurs d'un sommfil souvent interrompu rar les cahots et l'incommodilé de la position. Ce dernier désaerémeul devient plus sensible à chaque minute. La planche sur laquelle le eapilaine est ass.s achevé les macérations comnicncées par la selle du bidel de poste de Paris, .\olre héros s'éveille tout à fait , cl il rélléchit sur ce qu'il doit faire dans la conjoncture pénible où il se innive.
Il convient d'abord avec lui-même qu'il était lorl inutile qu'il alliU jusqu'à Calais, parce qu'on peut tuer un homme parlout. Il incea avec sa.ijacilé i|u'il trouverait moins d'imporluns ou de cnricuv à' la première poste de villaj;c que dans une ville de .;iierre, cl il arrêta dans son conseil, très-privé, qu'au prochain relais il inviterait M. de \ ersac h descendre.
Ce plan arrèié, il jinrla ses yeux vers |e ciel, qui déjii commençait
*" l'';''ndre ■ léjjère teinte d'azur. Les étoiles disparaissaient les iiiies
après les antres. Le c.ité du levain était en feu cl annonçait un jour trillant : lU étaient Ions tels pour le capitaine quand ils éclair.iient
sa valeur; mais il ne pouvait plus décemment vovafjer en trcs-humlile serviteur d'un homme i|uel i|u'il fût, et surtout de celui que la fortune avait eiilin rendu sou éi;al.
La chaise arrête et il descend. Il se présente ii la portière, le nez au vent, l'reil ennammé , la moustache allant et venant selon les diverses impressions que lui communiquaient les innscles agités de son visage, ^'ersac, très-profondément atTccté, ne peut s'empêcher de rire en voyant cette figure. « ,1e sens à merveille, lui dit le capitaine, que je dois avoir l'air très-plaisant, fagoté comme je le suis; mais, ce n'est pas cela ilont il est queslion. Hecoiinaissez en moi le plus ancien capilaine de l'armée, qui déjà vous a demandé raison ;i Paris des ollcnscs et des torts ([\ie vous lui avez faits; qui vous a suivi jusqu'ici, cl qui vous suivrait au bout du iiinndc pour obtenir la salisraeiion que vous lui devez. Descendez, s'il vous plaît, et allons nous aligner derrière celte meule de blé. »
^ ersac payait ses postillons .i trois francs par poste, f'.n conséquence, celui qui l'avait amené et celui qui allait le reprendre trouvèrent Irès-iinpertincnlc et trèsdéplaecc la proposition du plus ancien capitaine de l'armée, dont le costume d'ailleurs ne commandait pas le respect. Ils rcgardiucnt Versac d'un air qui voulait dire: raut-il vous débarrasser de cet liomuie-lii? Et deux fouets de poslp maniés par des mains exercées rendr.iicnt inutiles la meilleure cpée de !• lance, l'our six francs, ils les auraient lournés contre Versac: chacun csl égoïste à sa manière.
« lîespeilcz ce brave homme, n leur dit Versac en mettant le pied a terre. Il prend le capitaine sous le bras et le tire à l'écart. « Vous me suivez depuis Paris, m'avez-vnus dit, monsieur, et je ne vous en avais pas prié. Il vous a ]du de crever un cheval qu'on m'a fait payer, et vous lialtre avec moi , avant de m'avoir rendu mon argent, c'est vouloir lucr son homme pour se ilis]ienser d'adjuitler une dette. — Combien avez-vous paye le cheval .' — Cent écus. — .le n'ai que dix louis dans ma pnclip, mais voilà une montre qui m'en a coûté quinze; faites-moi le plaisir de la prendre , et marchons. — (ijvde?. voire montre, monsieur. Votre procédé nie lait connaître à quel point les passions nous égarent, et le malheur seul pouvait me l'apprendre, .l'ai été injuste envers vous et envers beaucoup d'autres. Je m'en repeiis sinccreinent , mais trop tard. — Point d'evcuscs, je n'en reçois pas. — Je ne préiends jias vous en faire , mais je veux que vous me conn.iissiez ; et si je succombe, vous nie rendrez la justice que je mérilc de vous aujourd'hui. Il n'y a plus qu'une difficulté à lever : vous me proposez l'épée et je n'en ai pas ; mais on a mis des pistolets dans ma voiture , et si cette arme vous est agréable... — Toutes les armes me sont égales. "
Versac va prendre les siennes ; il rejoint le capitaine, ils gagnent nn petit bois. « Je suis l'ofl'ensc, dit l'officier, et j'ai le droit de tirer le premier. — Monsieur, usez-en. — Mais je rougirais que tout ne fût pas égal entre nous. Le hasard va décider. • Versac s'en défend; le cipihiine insiste; une pièce d'or est jetée en l'air. A ersac lire et manque sou adversaire. Le capilaine riposte, A ersac loinbe.
Sou ennemi n'est plus cet homme altéré de vengeance el de sang. Son honneur est satisfait ; c'est un vainqueur sensible et généreux. Il se précipite sur le vaincu ; il cherche a étancher le sang qui coule de la plaie. Il a perdu son mouclioir en courant la jiosle ; il jette au loin sa méchante veste; il déchire sa chemise; il met le premier appareil.
L'explosion a attiré tous ceux qui étaient dans la maison de poste. Le capitaine leur dispute la satisfaction de secourir le malheureux blessé. Il rompt, il arrache des br.inchcs de jeunes arbres; il en fait une espi'ce de brancard , il y fait placer doucement celui à qui peutêtre il a donné la mort. On le porte à la maison; on le dépose sur un lit. La course de la nuit a inspiré au capitaine un véritable éloigncmenl pour le cheval ; mais il ne vent s'en rajiporlcr à personne du soin de chercher un chirurgien habile. Il monte le premier bidet qui se présente et il court à (.hantilly.
Il souffre horriblement, il fait des ijTimaces épouvantables; cela p;'ul-il être autremcnl .' Les niacér,ilioiis dont je vous ai parlé sont devenues des écorchnrcs profondes. Il n'a plus de clieniisc, et la précipitation avec laquelle il s'est dég.igé de sa veste, en a l'ail sauter plusieurs boulons. Ce reste de vêtement voltige au i;ré de l'air, et c'est un homme h peu ])rcs nu, de la tète à la ceinture, qui court la poste et i[iii entre à (Hiantilly au milieu des huées el des ricanements des polissons du f.inbonrg.
La gendarmerie, qui a ou qui s'arroge le droit de se mêler de tout, veut savoir quel est l'original qui voyaiic dans un tel équipage. On lui crie d'arrèier, et cependant on se range parce qu'il galope toujours. Il clierche des yeux à droite et à gauchi' un tableau qui lui indique un chirurgien, et il n'en voit pas. .1 biin fin point d'rn>:eii/ni', dit un vieux |iroverbe : par orgueil , j'allais dire par cgoïsme , les chirurgiens n'en oui plus. Il est pourlant des eircoustanccs , comme celleci par exemple, où il serait très-ulilc de savoir où les trouver.
Le bidet arrive à la poste et ne veut pas aller plus loin. Le capilaine bataille avec lui; l'opiniàlre animal parait cloué sur le pavé. I.à, son cax'alier est accosté par messieurs les gendarmes, qui lui demandent qui il est d'un ton qui serait déplacé même à l'égard d'un vagabond, n Venlreblcu ! je suis le plus ancien capitaine de l'armée,