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je viens ilo Ifiessor i;rii'vi"iiu'iil M. de \ ers»c, el je vnu enlever un bon cliii'nr);ieii, si iniilefoia il y en ii nn ici. ><
lin f;en(luiine «roil reconniiiirc celli' voix. II s'upproelie el rP(;iirde le capitaine sous le net. Il otc son clia|ii'nii. |ireiiil un air, nn Ion de respect, cts'cciie: n (loniinenl , mon l>i'a\c c^ipilaluc, c'est vous! c'est vous i|ui êtes dans ce dcni'iinenl alisolu ! 'rnul ce que je possi'de est il votre service. — .le ne demande ((u'iin cliiriirijicn. — .le vais vous en anieiuT nn. »
Aussitôt le bruit se rc'pand dans la \illc que celui que l'on a si mal jugé est nn de nos meilleurs olViciers, el cpi'ii deu\ lieues de lii il a donne un Iri-s-jcdi coup de pistolet ii iM. ili- Vcrsac. Oii \ ersac ne s'i'lait-il |N)S l'ail des ennemis .'' cl dans une ville comme (ilianlilly, cinq il si\ mcciintcnts sont parents ou auiis de tous les lialiitanls. On se groupe , on se parle ilans les rues; la rumeur deviciil j;en(Talc. Dans un moment, la cliamlirc uii le eapilainc s'est retire, pendant que son geinlnrme court pour lui, s'emplit île i;ciis qui le nomment le vendeur de leur lils, de leur neveu, de leur cousin. D.ins tonte autre ciiciui-tauie , l'cijoisme ne l'eùl euvisaj;c que pour le berner : ici, l'un lui olVre des chemises, l'autre nn babil ; celui-ci de rari;ciit, celui-là quclipies binileilles de vin vieux. Il ne sait au<|ui'l cnlendre, ou pliilôl il n'ccoulc personne. Il crie qu'il ne peiil plus tenir assig ni debout , cl qu'il Jui faut une voilure dans la(|iicllc il se couclicra sur le cliirur|;i'n qu'on va lui amener, lu ;;ros fermier, qui a apporté du bli' au iiiarclié, lui propose de mcllre sur son chariot des cerceaux et une loilc , el dedans ciu(| ou six boites de ]iaille Iraiclie.
Le capitaine preinl le l'erniier au mol : il est décide que cet hoiiiiuilii voyagera toujours d'une l'acou extraordinaire. I.c ihiriirgicii , le linge, les vètemcnis. le chariot arrivent à la l'ois. Le capitaine y l'ail nietire quatre clievaiix de poste; et le blessé ayant le plus pressant besoin de secours, il ne s'occupe ]ilus de ricii de ce ipii se passe ;iiilour de lui. Il se l'ait porter sur la |iaille l'raiclie, toujours dans sa veste sans boulons, el il invite le chirurgien à s'asseoir ou ii se coueher près de lui.
Kien qu'il l'i'il e\]iéilitir, ses disposilious avaient pris un certain temps, et quelques jeunes gens plus souples et plus agiles que lui avaient pris des bidets et allaient x entre a lerie voir cel homme n.iguère si redoutable pour eux, aujourd'liiii exemple l'rappant des vici.ssiliides liiimaincs.
En arrivant près de \ crsac, le capitaine le trouve n. sailli par celte jeiines-e lurbiilenlc et irrélléchie. On accablait le lualluureux de reproches mérités mais cruels. I.c capitaine rctroiixe des l'orce> el loiilc son éneri,'ie. « Je n'ai jamais connu d'ciiiiemi, dit-il, que lorsiju'il était debout cl les armes ii la main. Ue'.irc/-voiis, messieurs, je vous y invite ; et si vous riisislez. je inc déclare le défenseur de celui que xous outragez, u
La mauvaise humeur de ces messieurs était exhalée; la raison pouvait se faire entendre, et \ ersac dut à son vainqueur la retraite de eeu\ qui avaient ajonlé ii ses inaiix. " Mon ami, mon seul ami, lui dit-il, je sens depuis deux jours qu'un (;rand n'e>l qu'un homme, et un bouillie bien misérable quand le souvenir de toute sa vie ne lui donne que des regrets, .l'ai eu des places, des honneurs, une grande forliine,j'ai épuisé tontes les jouissances, et jamais je n'ai connu le bonlieur. J'ai eu la folle vanité de vouloir passer pour phil.inthrope, et l'égoïsme seul a été le seul mobile de toutes mes actions. Je riparerai autant que cela me sera possible le mal que j'ai fait aux antres, il ne me reste que ce moyen de me réconcilier avec moi. »
Le chirurgien s'approche, il rexainiiic, il sonde la blessure, il la panse. Il tire a part le capitaine el lui déclare que le malade n'a pas deux jours a vivre. " Un homme qui s'est baitu comme lui, dit le capitaine, ne craint pas la mort. Poursuivi d'ailleurs par une multitude mécontenle ou oSTensée, hnir est un bien pour lui. Il a vécu comme un sot, j'espère qu'il mourra comme un sage. »
Il revient au lit de Versac; il lui parle de la vie avec celle indilTérence babilnelle ii celui qui a cent fois exposé la sienne sur le champ de bataille; il lui fait voir dans notre dernier moiiient la lin des maux qui pins ou moins nous accablenl tous; il lui annonce ciilin avec des marques d'une sensibilité prononcée qu'il va cesser de soulYrir, et que le repos éternel commencera pmir lui.
Nous ax-ons une aversion iusurmoiitalde pour notre destruction. L'iime la plus fuite s'ibraiile a l'aspect de la mort. N ersac Iréinit; et le capitaine, qui l'axait blessé luortellemciit, qui venait de parler en philosophe, lui donna des consolations, mélange inconcevable de férocité el de boulé I Le eicur hiimaiii réunit donc tous les cxircmes? et en cinq minutes le même individu oiVre a l'observateur deux êtres diftérents. (Jne peut-on en conclure? que l'homme passionné cesse d'être lui, el qu'une secousse élranijèrc ii ce qui l'alVeclc fortement peut le ramener aux senlimenls de la nature. \oul(<ir remouler plus haut c'est se jeter dans la mêla physique, science systifoialique, conjecturale, et par conséquent absurde.
\ ersac, revenu de sa première terreur, récapitula les principales actions de sa vie. " .\h! dit-il au capitaine, parmi les personnes qui ont a se plaindre de moi, celle que j'ai le plus maltraitée est une épouse qui m'aimait, et dont j'ai méconnu les qualités. J'ai fait peser sur elle un joug insupportable, el cette idée empoisonne mes derniers moments. Je lui ai assuré par vanité un douaire considérable; ainsi
elle vivra dans l'aisance. \Iais cela ne me siiflit pa« : je veut lui demander pardon. Je la connais, elle l'accordera ii ma méinoire. (Capitaine, failcs-voiis donner ce qu'il faut pour écrire. Je xais vous dicter, n
Toutes les Illusions étaient dissipées, le repentir seul reslail. La lettre de Versac était déi-hiraiilc ; l'ile lira des birineH au enpilMlliC. Ilii'ii , bien, disait-il de temps en temps, réparer ainsi ses torts c'est s'élever au-dessus d'eux.
" Le comte d' Maire était mon nmi, et j'ai mé(>risé «es conseils. Des fautes plus ou moins graves l'ont éloiipié «le moi, el il m'a olé son estime. <^)u'il sache au moins le casque j'en fais anjinird'hui, el qu'un . souvenir de bienveilhince soit le ])rix île mes regrets 1 — (hicl est ce d'.Maire;' N'est-ce pas lui qu'on noiiime le plus honnête boiiime de France? — ( C'est lui-même. — Nous ave/ eu tort de vous brouiller avec lui. — .Mi! si je l'avais éeoiilé, je n'aurais perdu ni mon rang ni la xie. — l'ardoniie/-miii de vous l'avoir ôtéc. " Le bon capitaine s'approche du lit, prcnl la main de \ ersac el lu luise i.vcc alTee'ation. " Nous aveu rempli, lui dit rinforliiné, le devoir d'un liomine
de cieur; i>arilonne7.-vous eoniinc je vous jxirdi e, el écrivez à
d'Alaire. »
Cette lettre, moins poignante que la premii'rc, ••lail l'aile pour émouvoir, pour toiiclier l'Iiomme dont le ((eiir s'ouvrait si facileuient aux sentiiiienl doux. " Corbirii, dit !e capitaine, qu'il est làelieiix (pie vous n'axe? pas pensé tout cel.i il x a Irciilcans! Mais reposi/.-vons, votre eliirur(;icii vous a défeiidii i\r parler, cl il x a une heure que noii.s causons. «
\ ersac sommeilla pcnilai!l (pielqiies inslanis, el le capitaine s'aperçut enlin que son coslume élail plus qu'iiicomplel. Il fui chcrcbef ce qu'on avait mis dans le chariot; il y trouva de bonnes cliemises, un h.ibit trop court et trop étroit, et nue rcdiii,i;olc du g larme devenu si Iraitable el si ofliiueiix .i la voix du capitaine. La redingote, qui avait quelque chose de mililaire, devait avoir la préférence, et l'oliliiil. Si ce brave homme ne put se xêtir déeeinmenl, il se couvrit au moins, et c'était quelque chose.
La nuit .ipprochall. Le capilaiiie, excédé de fatigue, déclara <|ii'il la passerait auprès de \ ersac. Le maître de poste aubfri;isle lui adjoignit une fille de soixante ans , couliirii'rc , sagefcuime et repasseuse : c'est ce r|u'on avait trouvé de mieux dans le village. Le cbirurgien se relira dans une chambre voisine, apris avoir prié le capi'l.iiiie de l'éveiller si sa pié-ciice dcvciiail nécessaire.
\ ers le matin le blessé parut s'afl'.iililir beaucoup, cl le chirurificn déclara que le moment critique approchait. \ ers.ic tendit la main au capitaine et lui dit : - J'ai mille louis environ dans un tiroir de cette < oMimodc : c'est tout ce qu'il me reste de ma splendeur passée. Mon ami, vous payerez tout ce (pi'il sera dû, et je vous jirie d'accepter ce qui demeurera entre vos mains. — Monsieur, avant notre combat, j'.ii pu trouver plaisant de courir la poste ;i vos frais; mais certainement je ne recevrai pas le jirix des services ipie je vous ai rendus «iepiiisce moment, j'en perdrais le mérite el la satisfaition. — \M bien, mon ami, vous eoiuplerez avec madame de N cr.sac. Prenez au moins eeUc montre. — Elle fsl trop riche, monsieur. — Cardez-la par auiiiic pour moi, el \ts hrillanis qui reiivironneni ne seront i our vous d'aucune valeur. — Je l'accepte, el je vous jure ([uc, dus quelque position (|ue je me trouve, je ne m'en séparer.ii jamais. »
Lcsaiq roches <lc la mort se iiianifcstiienl pendant la malinéc d'une maiiiirc elYrayaiile. Vers midi \ ersac expira avec fcriiiclé, el il obtint 1 c-time du capitaine.
\insi cet homme si puissant, si redouté. (|ue ses flatteurs environnaient d'encens, au-devant duquel volaient tous les plaisirs, périt misérablemenl dans une maison de poste de v. liage, assisté et plaint seulement de celui qu'il a forcé par ses injis'.cvi ;i lui nier la vie! Quelle leçon pour les grands ipii abusent de I ur puissance!
Le capitaine iiensail que les morts n'ont besoin de rien, mais que la dernière marque d'atlachemeiil qu'on peut leur donner est de Itur rendre des honneurs l'uiiibrcs proporlionné.ïi au rang qu'ils ont tenu dans le monde. Tout il fait étranger .'i ee gen^e de eciémonits, il manda le maître de posie, le pria de lui donner des conseils, et surtout de se charg'er des détails, parce qu'il n'était pas encore en état de marcher. Oii arrêta que les autorités du lieu seraient invitées: elles se composaient du inairc et du garde champêtre. Oii devait demander au curé ses jilus beaux oriieiiienis el la convocation de trois ou quatre paysans qui le dimanche mcttaieiit un sur|ilis sale sur leur xestc grise pour aller chanter au liiliin. VI. de \ ersac n'ayant pus jugé a propos de se décorer d'un cordon rouge pour voyaj;er incognito, le c.ipilaine prononça que son épée, qui valait tous les cordon» ilu monde, parerait le cercueil. Le coriége devait être leruiine|Kir la g,-.rde nationale du lieu; el comme ou taisait la moisson, ou publia au'son de la caisse, dont une <les peaux était crevée, que chaque garde présent recevrait un écu de cent sous. Le capitaine pensait qii il est inutile de casser la tête aux vivants pour honorer les morts, cependant, d'après les représentations du maitre de poste, il consentit que la cinche fêlée du village sonnât it loule volée.
Toul cela n'avait rien de i brillant; mais les ordonnateur, de
la pompe funèbre, malgré leur bonne volonté, ne pouvaient faire mieux.
L'EGOISME
I.e cliiriii|;irii et In saijo-fciiinio iivaient l'ii- prt'seiils ;ni\ iliriilùii-s (lispiisitiiiiis (le Ncrsac; ainsi le Ciipilaim- Uis|)(isa sans o|ipi>^llii)ii de ee ijii'il laissait. Il paja iiDlileiiiciit l'artisle qui n'avait pas ijiuri le blessé , la >a];c-IViniiie (|iii lui a\ ait i)i('senlé (|iirli|U(S linuillons, et le maître de pusle aulieij;iste. l'oul seua)lail aller a merveille, lorsciu'une petite diûiiullé, i|iic le capitaine n'avait pas prévue, l'arrêta |>endant quel(|ues niouients.
'1. le eurc se i>résenta avee l'air Jouv et nioileste qui convient à sa prolessiori. Il déliula par des révérences (|iii ennuyèrent le capitaine, et il linit par lui déclarer que le défunt, n'ajant pas invoqué les secours de rlC);lise, ne pouvait être considéré comiiie catholique romain, et qu'en coiiséquenee il n'était pas possible de l'iiiliiiiuer en terre sainte, .c Les secours de l'Kjjlise! en terre sainte! >e savez-voiis pas, nioiisieiir le curé, qu'il est écrit : (lonressez-vous les uns aux autres:' Llibieii! M. de \ ersac s'est confessé à moi. — (^cla ne suffit pas, monsieur. — .Non. monsieur? Alil vous croyez peut-être que je vais criailler, donner du scandale ? ^ ous n'aurez pas ee plaisir-lii. Finissons. \ oiilez-vous enterrer M. de \ ersac ? — Je ne le puis, monsieur. — l'.li bien! monsieur, moi, je rentcrrerai. »
I.e capitaine f.iit rentrer le luaitre de poste, et lui demande un coin de terre. I.e niailre de poste, (pii trouve l'occasion de passer pour un esprit fort, en désii;iie un sous des arbres attenants à sa maison. 11 croit qu'il sera bon de donner deuv cents francs pour les pauvres, au maire du villa|;e, aliii de n'éprouver aucune opposition ; il |)arle ensuite iriine pierre qui sert de lalile dans son jardin, cl qu'on ])eut transformer en tombe. Le capitaine acipiicsce à tout, et saisit vivement cette dernière idée. Il convient de pri\ pour les deux objets ; il jireiid son écritoire et se traîne dans le jardin. 11 écrit sur la pierre: Ci-git liai a connu trop tard le néant des (jraiidi'urs. Le maître de poste lui fait observer que son épitaplie ne durera pas. « Les villes les plus célèbres ont disparu de la surface de la terre, lui dit le capitaine ; les touibeauv doivent disparaître aussi , et, ma foi, celui-ci durera tant qu'il pourra. "
Le curé iri|;norait rien des préparatifs qui se faisaient à la poste. Il eut un moment l'envie d'intri;;uer. !\Iais il pensa que des hommes à qui on a promis, pour une heure de présence, cinq francs par têle, voudraient les j;a|;ner ; que îles pauvres qui attendent deu\ cents francs . ne consentiraient pas à les perdre, et que l'arijcnt étant le plus puissant des moyens de séduction , ce qu'il avait de mieux a faire, c'était de se tenir tranquille.
La cérémonie se passa donc paisiblement, assez solennellement, et se termina par (|uarante;i cinqiianli' coups de fusils rouilles.
Le capitaine ne pensa jdus qu'à reprendre le chemin de la capitale. Il traita d'une carriole avec le maître de poste, toujours très-obliijeanl quand on le payait bien, et il se mit en roule ayant le sac d'or <le N ersac entre les jambes et sa longue cpée dessus. Elle semblait dire aui passants : Ne touchez pas là, ou, morbleu!...
On m'a assuré que le lendemain la tombe était en éclats, et que le mort avait (|uitté son domicile. Les vieilles femmes ne nianquèrent pas de dire que le diable avait emporté le huguenot. Les jeunes gens leur rirent au nez, et un malin du village disait à l'oreille de tout le monde, (|ue le bedeau, les chantres et le sonneur n'avaient pas reçu cinq francs pour boire, et qu'il ne faut pas encourager les profanes à enterrer leurs morts eux-mêmes, quand ils ont a liai rc à un curé récalcitrant.