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L'ÉGOlSilt:.
un autre sou liibut à la luoilc el a rus.i|;f. lin conséquence, M. le cal)il.iinc av.iil passi' à son lotjeiucut el s'était mis Je manière à pouvoir eiitrt'i' partout.
t Que me \oulf z-vous ;' lui tlit le comte d'un ton alValile. — J'ai Siiisi avec empressemeiit , niunsicni', l'occasion i|ui s'est olVerle à moi (le vous voir et île vous saluer. Il senible qu'eu s'ap|u<)elianl Je vous, ou Joive devenir meilleur. » D'.Vlaire ne put s'em|ièclier de sourire. Mais il reprit aussitôt sou air si'rieu\ , eu pensant (|Lie ce sourire était un elVet involontaire de la vanité satisfaite, qui tient de si près a ré|;i,isnie. Il n péta la question <|ii'il avait laite au capitaine. • Je vous apporte, monsieur, ré|iondit le brave homme, une lettre et de l'or. — Lue lettre! de qui? — De quel(|n'un ipii n'en écrira l'Ius. — .\b, ah ! Kt cet or? — C'est le reste il'une opulence peu mcrilée et pour jamais anéantie. — Lisons cette U tire.
" Ali ! mon Dieu ! \ ersac inouraiit .' — Il ist mort. — Il est mort, dites-vous ! l'n ètes-vous bien sur ' — Oh I Irès-sùr : c'est moi qui l'ai tue, — Nous, monsieur, vous <|ui lui avez rendu à ses dcrni( rs m<>mi«iits des services si essentiels , vous (pi'il lumime le seul an>i qui lui rcslel — J'ai ilù le comhattre : vaincu, je lui devais tout. — lu II est luort renentant ! Et il a ret;rctté d'avoir perdu mon amitié et mon eslime! — Nous lui remiriez l'une et l'autre si vous l'aviez vu mour"". — J'ai été forcé de l'abandoinier ; je ne l'ai jamais haï, La haine, d'ailleurs, ne doit pas suivre un inlortuué jusque dans son tombeau. Je le plains d'avoir mal vécu. .'Mais, puisqu'il a réparé, autant qu'il l'a ]>u, les erreurs de sa vie, je le rei;retle sincèrement, et je
lui rends les sentiments (]iii m'avaient attaché ii lui H est mort!
et c'est vous, monsieur — Oui, c'est moi, et viuijt autres se
fussent présentés, si j'avais été le malheureuv. Ainsi vous vojez que liuil est pour le mieiiv, a
H'Alaire donna quel(|ues larmes à la mémoire de l'infortuné. Julie n'tnUndalt jamais prononcer le nom de \ crsac sans frissonner. Cependant l'aspect de l'Iiiunnie qui s'élait couvert de son saii|; la iilaca, et elle sortit en chancelant d'une chambre il'oii la repoussait un .sentiment d'horreur.
« r.t cet or, monsieur?— Il était il moi, M. de \ ersac me lavait donné. J'ai su qu'il laissait une veuve, inlercssanle par de lonj;ii(s inforliiDcs: ceci lui appartient. Chargez-vous, monsieur, de lé lui faire parvenir. Joi(,aiez-) celte lettre et espérons que madame de N erfae piirdonnera comme vous. — Homme cruel , ci respectable cepen-
'}'•'"[ — ■^'^ "e suis venu ici ni pour recevoir des éloges, ni pour
justifier ma conduite. Cliar;;é d'une mission que rhonneur fendait sacrée |)our moi , je lai remplie et je me retire, — l n uioiiieut , par
(;râec, monsieur — Il ne sutfil pas de penser auv morts; il faut
aussi s'occuper de soi. Je suis le plus ancien capitaine de l'arniée, et je vais demander au successeur de M. de Versac une justice que votre ami m'a constamment refusée. .Vdicu, monsieur, u
Lii leilrc adressée.! madame de N ersac n'était pas cacUeiée, d'AIaire crut pouvoir la lire. " Ob ! oui, sVcria-t-il, elle pardonnera, elle pardonnera ! Mais son mari devait, dit-il, des sommes considérables, el mon état ne me permet pas de me mettre ii la tète de ses alVaires !... Pauvre reminc !... .Mais quel homme que ce capilainc !... oh! je le recommanderai ,i M. d'.\raiivillc !
• Aladamc Iteriiard , ouvrez mon secrétaire. Apportez-moi les papiers qui sont dans le tiroir d'en haut, à ijauchc... ii gauche , vous di.s-je... en haut... liieii, c'est cela. •
Il trouve la lettre en chifl'res adressée i« M. d'Arancourt, la li tire que le marquis lui écrivait en lui cnvov.iut la première." l,Ju'il ne reste plus de traces, dit-il, de celte coup.lble intrigue. Sauvons rhonneur, du moins, pui,que tout le reste est perdu sans relour. . Et il met les deuv lirltrtsen morceaux.
Il fait app< 1er Julie. • Uevenez, mon aimable amie, et aidez-moi ii être utile a madame de N ersac. Lcrivez-lui tout ce que vous avez cnleiidu de la bouche du Ciiiilainc. Kvprimez-vous avec ces méiiagemcnls qu'un cœur sensible tonnait si bien. IJoiinez-lui des consolations, el assurez-la que je lui suis tout dévoué el f|u'cllc peut cuiiip- 1er sur moi. Son mari lui a écrit de U manière la plus loiiciiante. Je la connais; celle lettre lui fera oublier hieu des choses. Aeus ne la lui enverrons cependant que lorsque la secousse inévitable sera calmée, et qu'elle pourra la lire avtc quelque attention. «
Julie laissa courir sa plume : elle écrivait avec ion cœur, avait-elle besoin de rénécbir '... h'Alaire lut et relut sa lettre : il jouissait, il admirait. L'art n'est pour rien ici, pensait -il, et celle lettre est j)arf.iile. L éducation développe l'esprit, elle n'en donne pas.
•.luelqnes jours avant, qu Ijncs semaines prut-èlre, il n'eût pas iiianqiié de dire a Julie : \ otre plume a été guidée par la vanité, par le désir de faire mituv qu'un autre. Nous êtes égoïste jusque dans les moments les |.liis râcheiiv. Il ne elierclie plus dans celle qu'il aime que des qualités et des talents.
^ Cette lettre, les rélleiions qu'elle a produites l'auraieiil ramené ;i l'amour dans toule autre circonstance. Mais il avait aimé \er.sac, sa mort déplorable avait ranimé un sentiment mal éteint. Son cour était froissé , Julie s'aflligeait de sa peine ; ou ue parla que de \ ersac et de sa malheureuse épouse.
L'esprit rendu à toute sa liberté, agit avec une action soutenue. Une Idée succédait a une autre pour se lier avec
avec elle ; un plan de
conduite fut arrêté entre le comte et son amie. Félix recul l'ordre de courir le monde, de savoir ce que devait \ crsac et ii qui il devait : il sutbsait de eoiinaitrc <pif Iqiies-uns des principaux créanciers, pour découvrir prompleinenl les autres.
Le notaire du comte était celui de Versac : il devait être dépositaire lies titres de propriété. 11 se présenla sur un billet que Félix avait été chargé de lui remettre ■ voila de rocciipation pour le reste de la journée, l'.lle se t.rmiiia heureusement. Le chirurgien donna au malade la permission de se lever le lendemain.
Le capitaine lo|;eait dans une chambre garnie, selon l'usage de ces messieurs, il avait encore beaucoup de peine ;i s'asseoir, ei ses grimaces frappèrent un habitant de Hlois, qu'il avait pour voisin , qui venait de terminer ses al). lires, el qui .illait mouler tu voiture pour retourner eluv. lui. Des |;riuiaees ont une cause, H les curieux veulent tout savoir. Le capitaine n'avait pus de inolifs pour se taire, et une lieure après l'arrivée du bon bourgeois toute la ville savait ce que je viens de vous r.ieonler.
La l'eriniere de niadami' de Versac était allée au marché. Elle apprit bientôt la noiivellr qui circulait (le hoiichiî en boiielie. Elle se bàla , en rentrant chez elle, df l'apprmdre ii son mari. Le mari, liomiiie prudent, crnl n'en devoir parler ipi'aii (loiiiestii|ue de madame. (]clui-ci glissa le mot ii l'oreille d'Alevandrine , la femme de chambre de eonlianee.
Alevandriiie erovailqiic le veuvage doit paraître très-doux, <[uand on n'a prrdii qu'un mari exigeant, hautain, dur et quel(|uel'ois liriital. Elle voulut avoir le mérite d'annoncer la première a madame qu'elle avait recouvré sa liberté.
Alexandrine avait de la pénélratioii : madame de \ ersac éprouva nu sentiment pénible en apprenant le triste événement ; une femme sage n'oublie jamais entièrement le seul liomiue ii (|iii de bonne foi elle a donné son c(eiir. .Mais celui d'Emilie avait beaucoup soiilïert : elle n'avait pas reçu encore la lettre de son époux mourant, et sa douleur ne reiiipèclia jias de s'occu|ier de son avenir.
Elle se décida a partir aussitôt pour l'aris. Elle rendait justice à d'.Vlaire avant (|ue If s assurances de son dévoucnient lui fussent pai-veniies, el c'esl lui qu'elle voulait voir et consulter.
Si quel(|ue cliose peut Hatler un homme de bien, c'esl l'impulsion irrésistible ipii pousse vers lui ceux que poursuit l'infortune ; c'esl la eonlianee ahsol.ie que coniniande sa réputation.
Félix avait rempli sans peine la mission dont il avait été chargé. U lui avait sufli d'entrer dans un café pour savoir que \ ersac devait un million il un homiiie qui n'était ni banquier ni marchand, mais qui lui prêtait, ii de gros intérêts, vingt, trente, quarante mille francs, quand il en avait besoin ; et ce besoin-la se renouvelle souvent lorsqu'on a cinquante ans et qii'on ne veut pas trouver de cruelles.
Le valet de chambre apprit au foyer des Variétés le nom d'uu joaillier il qui il était dii cinq cent mille rraiics. (Jii sait que les daines aiment beaucnup les bijoux. . ijuand ils ne sont p.is chers.
.M. Félix, qui aliiiail a se donner des airs, alla prendre un sorbet au café de la Uolonde. Lii il trouva la dernière classe des créanciers, ceux qui voulaient que leurs mémoires fussent arrêtés avant que M. le premier cupilaine de l'armée eût la satisfaction de passer son épée au travers du corps de leur débileur. Ces messieurs parlaient de leurs alïaires avec chaleur et la bouche se dessèche enlin. Ils avaient soin de riiumecler de ce que la limonadière ]iouvait leur faire servir de plus délicat : il est permis de faire banqueroute, il ne l'est pas de se reluscr les aisances de la vie.
Félix jugea à propos de parler du plus honnête liomiue de France, ci de riniérèl (ju'il portait ii la mémoire de \ ersac. Aiissilol vingt adresses sont tir, es , lui sont présentées, et on le prie de donner en échange celle du plus honnèle homme de France : on est persuadé qu'un homme île ce caractère-la iloit être d'avis qu'il faul payer ses délies.
Fier des découvertes qu'il doit un peu au hasard et qu'il ne manque pas d'attribuer ;i son intelligence, Félix rentre triomphant à riiiiiel. Ou l'oigiiil va-t-il sï nieller!... Et, vous le savez, rorjjueil est bis de l'égoisme. Le notaire avait évalué a deux millions la fortune de Versac. D'après le rapport du valet de chambre, les dettes allaient au delà. (Jn sentait qu on pourrait obtenir quelque réduction ; mais il était clair que \ ersac ne se soutenait |>lus qu'avec les émoluments de sa place, lorsqu'il fut ohligé de donner sa démission. 11 n'avait pas été possible de donner un iiioiiient ii l'amour. Julie en soupirail, le comte crojait s'en applaudir. .M.idame Bernard s'était endormie ii force d'eiilendrc parler d'alVaires. On se sépara enfin avec la volonté, un peu forcée iieul-ètre, de s'occuper sérieusement le Iriideiiiain des cho^ics qu'on n'avait pu que préparer dans la journée.
Le lendemain, le cu'iir si sensible de Julie fut réduit encore ii se rejdier sur lui-même. .Madame de \ ersac se fit annoncer de grand malin , et on ne se soucie pas de confier son secret a tout le monde. Le maintien de l'intéressante veuve, l'expression de sa ligure étaient ceux d'une femme décente, mais qui ne peut éprouver de regrets bien cuisants. Le comte pensa (|u'il pouvait sans imprudence lui remettre la dernière lettre de son mari. En la lisant elle oublia les justes sujets de plainte qu'elle avait
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reriis de lui. Klle nv. vit plus qu'un hoiiinie luiinilii', iiinlIieuiTuv, ripLUitiinl, (|ui la sii|i|iliiilt tli* cesser de le liiiir. Sa s»ii>.il)ilil<', iiu'rllravait truc t'iciiilc |>ciid.iiit des années, re|iiit liiute son c\|niMsicpri. F.llc duniiii éi> larini's sincères à la iniirl de son mari. Trlle est dcuic lu puissance du repentir .' Il l'ait tout «uldicr, uièiiie « ses victiiues. Le cuuite ne disait pas un mut ii madame de \crsac, il teiiail su inain , il la pressait «vce «ffection , il était conleni irclle.
Le jour suivant , les visites se succédi'rent iians interruption ; c'étaient des personnes ijui «iniaicnl le comlc , ipii avaient pour lui une sorte de vi néralion , et (|iii venaieni le l'cliciter de <'e ipi'enl'in il pouvait quitlcr son lit; c'était le notaire ipii allai! de clie/. lui ii son iiôlel , et de l'Iuitel ii son étude; c'étaient les créiinciers convo(|ués en assemblée générale.
C>n eonimenç» par ne |>as s'entendre, parce que les mémoires parurent c\<»rlMtanls au l'oiute et t|ue les iTcaiicicrs ne voulaieni rien rabattre de leurs prétentions : « Messieurs, leur dit le cniule, il est fort aisé de produire des mcmnires; il ne l'est pas autant de ]irouver la lé|;iliniité des créances. — Monsieur, voila nos livres. Nous savez qu'ils sont reconnus par le tribinial. jusqu'à inscription en Taux. — Prenez. ;;ardc , luessieurs, que l'avidilé, (|ue l'éifoisnic ne vous entraînent trop loin. (^>uin/.c mille francs à un niarcliand parriiiiieiir ! C'est plus que ne m'a coulé le mien peud.iul loulc ma \ ie. — {.es intérêts , monsieur.' et les intérêts des intérêts.' — (lalcul usuraire, monsieur. J'ai d'ailleurs un moyeu certain de vous arrêter : le conîral de niaria;;e de uiadaïue lui assure un douaire de trente mille francs Ue revenu.
» — (^esl déjà trop qu'on reproche à mon mari des injustices, que rien ne peut réparer. Je dois , je veux faire tout ce qui est en m:i puissance pour rétablir sa réputation. Je renonce i< mes avanl.ij;c:.. — Il»"' eoiument vivrcz-vous, madame' — Je vivrai mal, monsieur le comte; mais je serai en pais avec ma conscience.
" — ,Vli! .s'écrie d'Alaire , est-ce là un |;cnre d'éj;()ïsnic, est-ce de la vertu :' — Monsieur le comte, répond doiucinenl madame de \ ersac, la triste cinivicliou que réijoisnic réi;il le monde rétrécit le cieur et le dessèche. La vertu ne fùt-elle qu'une chimère, il est utile, il est consolant d'y croire. " Julie se leva , et l'ut embrasser r.milie.
" -Ulous, allons , reprit le conile , un peu déconcerté, chacun a mui opinion, et je ne prétends contraindre celle de personne. Si la \crlii existe, il est constant, mailanie , (|ue vous vous proposez de l'aire ce qu'elle prescrit de plus rigoureux. \'ous aUei donc vous dépouiller enlicremenl.' — Je dois ce sacrifice ii la dernière lettre de mou mari. Je serai pauvre, mais ignorée; et le malheur peut être supporlalilc, quand l'humiliation ne vient pas l'agifravcr. — \ oilà la femme qu'il a méconnue! qu'il n'a jws craint de rendre nialheureuse! le misérable ! — Monsieur le comte, il est mort repentant, et vous parlez devant sa veuve. — ^lon, madame, vous ne sentirez pas les allcintcs de la misère. Je !'éloi;;nerai de vous. Il m'a aussi demande pardon; et si quelc|ue chose de nous survit a notre destruction, il saura que j'ai reporté sur sa veuve l'amitié que j'avais pour lui. Vous pleurez, Julie!— Ah! monsieur le comte, laisse* couler ces larmes: elles sont d'admiration et d'attendrissement. Celles-là ne l'ont jamais de mal. • Les sensations fortes se communiquent rapidement. (>'es créanciers si avides, furent clonnés de se sentir émus, lisse regardaient; iK semblaient s'interrugcr. « Je rédais mou lucnioire à moitié, s'écria le parfumeur. » El ce mot passa de Imuche en bouche. " Ah! luonsicur le comte, dit Julie, ce n'est pas la de l'égoisme; c'est un retour à la vertu, et c'est la vôtre qui l'a produit, u
Le notaire profita de ce moment en homme habile. Tout fut réijlé en moins de deux heures, et la terre de IMois rc^ta libre de tout engagement à madame de Versuc. Ce que tous les procureurs de France n'eussent pu obtenir, fui accordé spontanément au dévouement d'une veuve, à la grandeur d'àme de d'Alaire, aux larmes d'une petite fille.