‹ Vie et aventures de Pigault-LebrunChapitre 238 sur 379 · III. — Ce que devient mon oncle Thomas · texte numérisé non relu

III. — Ce que devient mon oncle Thomas

Il était midi , et mon oncle n'avait pas déjeuné. Il pensa qu'il pourrait ne pas dîner, ue pas souper, et il regretta en pleurant de ne s'être pas laissé démeubler la bouche. M. Riboulard grondait, battait , mutilait, mais au moins chez lui mon oncle avait du pain. Réflexions pusillanimes qui aviliraient un homme de vingt ans, et qui sont pardonnables à sept. Ces courages précoces sont bientôt abattus. Le petit Thomas surmonta pourtant cette faiblesse momentanée; il persista , malgré le besoin pressant, à ne pas se remettre au pouvoir de M. Riboulard , et vous voudrez bien observer que ceci annonce déjà un grand caractère que le temps ne manquera pas de développer.

Il était couché sur un toit d'une pente assez douce, et regardait autour de lui avec cette attention avide que force la famine. A deux pas de là était une lucarne dont il ne voyait que le dessus. « Ah! se disait-il, si la fenêtre était ouverte, si quelqu'un demeurait làdedans, si on avait quiques bribes de trop, si on voulait me les donner! Mais si on me repousse , mais si on me bat, mais si on me reconduit chez M. Riboulard! « En arrangeant ses si et ses mais, mon oncle allonge son petit cou; il voit en effet le châssis ouvert, et il s'approche encore un peu. Des sabots fendus ou percés, quelques genouillères de cuir éparses çà et là , des paillasses contigucs garnissent le pourtour du taudis... Mais, ô surprise 1 ô délices! une grosse table ornée d'une gamelle bourrée d'une copieuse soupe aux choux dans laquelle douze cuillers tiennent d'aplomb comme les pyramides d'IÎgypte ! Mon oncle dévore ce potage des yeux; il se consulte, non qu'il portât respect aux propriétés, mais il redoutait les propriétaires.

Pendant qu'il invoque les lumières de sa raison , le vent lui porte en droite ligne le fumet de la gamelle qu'il convoite; ce parfum ajoute à son appétit et termine ses irrésolutions. Ses menottes s'accrochent au châssis vermoulu, il passe ses petites jambes, il se laisse glisser sur les reins , se les écorche un peu... b.igatelle ! Le voilà monté sur la table ; ses genoux et ses bras pressent et caressent la bienheureuse gamelle ; il s'arme d'une cuiller et commence à se restaurer.

Il en avait à peu près jusqu'à la gorge, quand la table antique, déjà surchargée du potage , chancelle sur ses pieds noueux. Un des appuis crie et se rom^l. Le malheureux Thomas roule sur le pavé , la gamelle roule sur lui , la table roule sur le tout.

.Mon pauvre oncle se déitêtrc le plus \itc cl du mieux qu'il peut ; il

MON ONCLE THOMAS

remonte à sa lucarne et fi'cnriiit sur son loit, l'csloinac et ses liuillons chargés ilc la moitié an moins iln |iolai;o. Ooninie il est à présumer que personne ne s'exposera à se casser le lou pour le venir cliercher là , il se laisse digérer en paiv , et s'entlort d'un profond sommeil sans s'enibarrasssv des suites de son incursion.

Il est réveillé en sursaut par des cris aigus. Il se met sur sou séant, il observe, il écoute, il est tout yeux et tout oreilles. Le bruit part du galetas où il a l'ait bombance. ( l'est une feniuie ijui se plaint , qui se lamente , et Thomas se rassure un peu : une fen\ine , «luelle qu'elle soit, inspire souvent la confiance, et repousse au moins la terreur. >Ion oncle cependant ne s'exposa point ; il laissa crier celle-ci, cl elle prit enfin le seul parti à prendre après un désastre aussi accablant. l'Ile se calma inscusiblenient , et commença un touchant monologue : rien ne soulage comme cela. On a d'ailleurs l'avantage de n'être pas interrompu par ses interlocuteurs; on iieut parler jusqu'à s;itiété, et c'est beaucoup pour une femme atlligée ; c'est beaucoup môme pour bien des femmes en belle humeur.

K Si la table était tombée d'ellc-mônie , disait la vieille ( c'en était une), je trouverais toute ma soupe à terre. Si des chats l'avaient mangée, je ne verrais pas des pieds et des mains imprimés dans tous les coins de ma chambre, (^'est un chrétien qui a mangé ma soupe ; mais par où est-il entré? La porte était bien l'eruiée. La lucarne est ouverte , mais il n'y a que celles-là sur la couverture, et je ne crois pas qu'on s'expose à se tuer pour déjeuner à mes dépens. Et puis on ne se serait pas contenté de manger ma soupe ; on m'aurait pris mes chemises de toile écrue, et mou sai- de gros sous... Allons, il est clair que c'est le diable qui m'a fait une niche. Jetons de l'eau bénite IKirtout, pour l'empêcher de revenir, et voyons ce que nous donnerons à ces pauvres petits, u

Mon oncle n'entendit plus rien que le roulement du loquet qui fermait la croisée , et ce son lui serra le cœur : il était clair qu'on venait de lui couper les vivres. Cependant, comme il pouvait attendre, et que sa prévoyance ne s'étendait pas loin, il ne s'occupa point davantage de l'avenir, et iLse rendormit.

La matinée s'écoula. Ses yeux s'ouvrirent enfin par l'effet de certains tiraillements intérieurs qui l'avertissaient qu'il fallait s'occuper au moins du présent, 11 sentait clairement la nécessité de dîner ; mais comment faire?

Il se traîne sur le ventre , il se rapproche de la lucarne, et un mélange de voix annonce la présence des propriétaires. C'étaient à la vérité de» voix d'enlants; mais des enfants n'aiment pas plus que d'autres qu'on mange leur lard dans leur écuelle. D'ailleurs ils étaient douze au moins , et douze contre un, ma foi, la partie n'est pas égale. • Je serai rossé , disait mon oncle, je ne mangerai pas, je serai peutêtre reconduit chez M. Hiboulard , et alors mes dents, mes pauvres dents !... il faut prendre patience. •

Pendant la plus grande partie de la journée. Il entendit constamment tantôt la vieille , tantrît deux , trois, quatre enfants , qui chantaient, qui riaient, qui grognaient, qui se battaient. Vers les-cinq heures succède un silence absolu. L'estomac de mon oncle se mit en révolte ouverte contre ses petits raisonnements; ses dents acérées s'aiguisaient machinalement, et à tous risques il faut manger. H revient à la lucarne ; il regarde autant que le lui permet un carreau encroûte de poussière. La table est relevée et supporte une éclanche flanquée de carottes et de pommes de terre. Personne dans le chenil ; mais la croisée, la maudite croisée est toujours fermée. Cet excellentissime repas est à quatre pieds de lui , et il n'y saurait toucher ; il n'en peut pas mèmel'fespirer l'odeur. Mon oncle Thomas fait justement le second tome de Tantale.

Le besoin rend industrieux à tout âge. 11 eût été téméraire de casser un carreau : la vieille pouvait être dans une chambre voisine. Il était plus sûr de faire un trou du côté du loquet, et cela ne devait pas être difficile, parce qu'à travers les vides d'une maçonnerie délalabrée il voyait par l'intérieur une partie des tuiles qui couvraient la lucarne. Il en attaque une, il tire , il pousse, il s'agite, il se démène ; ses ongles sont en éclats , les bouts de ses doigts usés sont saignants; il ne sent rien, il travaille toujours ; il ne sent rien , il faut qu'il mange.

Enfin la tuile insensible, cette tuile qui depuis si longtemps résiste aux efforts de l'innocence, cette tuile cède , se détache, tombe sur le toit , et du toit sur la tète du chien -lion d'une procureuse au Chàtelet, qui fait un vacarme affreux, qui pleure son Fidèle , qui ameute les passants; et mon oncle , habitant des airs , indifférent à ce qui se passe ici-bas, laisse clabauder mes badauds, et passe son petit bras par l'ouverture qu'il vient de faire. Déjà il a la main sur le loquet, déjà il se croit maître de l'éclanche et des accessoires, lorsque la clef fait résonner une grosse serrure de bois qui ferme le grenier, et force mon oncle à la retraite. 11 se dépite, n'enrage, il pleure; mais il se retire , et comme il faut qu'il mange , il ramasse de son mieux les parcelles de pain et de légumes dont ses guenilles sont imprégnées , et il amuse au moins la faim qui le dévore.

La nuit vint, et mon oncle, poussé enfin au dernier désespoir, se décide à frapper à la lucarne , à se mettre à la merci des habitants du galetas , à leur conter sa déplorable histoire, et à tâcher d'intéresser leur pitié. Il a le nez collé au châssis, il va frapper....

11 démêle à la sombre lueur d'une lampe dix à douze ramoneurs de

cheminée qui finissent de souper, (|ui se déshabillent, et qui vont pêle-mêle gagner les paillasses. I.a vieille, qui a soin d'eux , a détaché son jupon crasseux , et couvert sa tête pelée d'un vieux li let d'indienne picpiée. Sans doute la lampe va s'éteiiulre , et mon oncle conçoit un jirojet qui déjà décèle le liéros.

Il a eu le temps d'examiner le local. Les habits brun» sont au pied des iiaillasses , les sacs à la suie sont ilans un coin derrière la porte, ) les tristes restes du souper sont ali.inilonnés Nur la t.ilile , et la Inhouh'Ilc est auprès de la cruclii' à l'eau. La vieille ilccouvre sim erabat, elle souille la lampe. L'obscurité favorise le coura|',e et l'adresie ; mais Morphée retient encore ses pavots, ce qui veut dire en style vulgaire que personne ne dormait encore.

Le petit Thomas , soutenu par l'espérance et par l'espèce d'orgueil qu'inspire toujours une conception sublime, le petit Thomas se modère, se possède , et prête une oreille attentive, (|ue vient ci'resser enfin un ronnemeni général. Le jeune aventurier se dépouille et jette les reliques de Uilioulard au premier gueux ipii passi;ra dans la rue. Il insinue son bras- dans le trou qu'il a fait le jour; il cherche, il trouve le loquet; il le tire doucement, bien doucement ; la lucarne , s'ouvre.

11 retient son baleine , il se pelotonne et se laisse rouler dans le grenier. Voilà sans doute un grand pas de fait. Il semble qu'il n'y ait plus qu'à poursuivre; mais les ténèbres, la proximité des dormeurs, la témérité même de l'action , tout s'accorde pour troubler la faible imagination de mon oncle. Il s'arrête , il se repent de s'être enfjagé si avant; il éprouve une assez forte envie de rétrograder; mais que ferait-il sur son toit'' Il faudra y mourir d inanition , ou marcher vers une autre croisée. Est-il sûr de trouver ailleurs les avantages qu'il a sous sa main? Ne peut-il pas être accueilli ici et battu là-bas? Ma foi, tout coup vaille , dit mon oncle , et il s'approche de la table en tâtonnant; il allonge le bras, il rencontre , culbute et casse un pot (|u'il n'a pas remarqué en faisant de l'a-il l'inventaire du lieu. Il trissonne, il s'arrête encore, il se croit perdu; il ne sait pas qu'il est chez des gens qui dormiraient au bruit du canon. Tout est calme, tout continue de ronfler, et le courage revient à mon oncle.

Il se met à dîner et à souper tout ensemble , et il officie aussi longtemps et avec autant de sécurité que s'il eût été seul. Il va emplir et vider deux ou trois triboulcttes, et il continue ses opérations.

Il marche droit aux sacs à la suie; il en ouvre un, s'y fourre tout entier, s'y frotte, s'y refrotle , s'y barbouille de la tête aux pieds, et va se jeter, à croix ou pile, au beau milieu des dormeurs.

On était dans les grands jours d'été, et dès trois heures, quelquesuns des commensaux ouvrent les yeux, bâillent et étendent les bras. Mon oncle, qui n'a pas dormi, et pour cause, imite en tout ces messieurs. Ils chaussent les guêtres, la culotte et la veste de bure; mon oncle s'empare de celle d'un paresseux, et en deux tours de main il a fait sa toilette. Ils vident chacun leur sac, prennent leur grattoir et enfilent l'escalier. !Mon oncle, également muni des ustensiles du métier, descend avec eux. Chacun s'achemine vers le qiiartiei qu'il a coutume d'exploiter; mon oncle reste seul, enchanté de se trouver sur le pavé, maître absolu de ses actions, et bien certain que si Riboulard le rencontre, il lui sera impossible de le reconnaître.

Sans doute ce début est d'un maître; mais que faire, que devenir après un succès aussi brillant ? IMon digne oncle s'en tiendra-t-il à ce premier exploit , ou ne fera-t-il plus un pas qui ne le conduise à la gloire? C'est ce que développer? la suite de cette remarquable et surtout véridique histoire.

Il avait appris par l'expérience de la veille qu'il est bon de s'assurer des ressources, parce que l'estomac le mieux garni s'évacue au bout de quelques heures. Il marchait en rêvant aux expédients qu'il emploierait, et il n'en trouvait aucun, parce qu'il n'avait encore rien vu. Que de gens ont vu tout ce qu'il est possible de voir, et n'ont pas plus d'idées que mon oncle 'l'iiomas ! Et combien de ces automates à qui tout réussit, sans qu'ils sachent pourquoi ni comment! O fortune ! femme capricieuse, ne cesseras-tu jamais de te prostituer à des goujats!

Mon oncle marchait, rêvait et filait le longduquai de la Ferraille; il regardait tout avec cet air étonné si naturel à un enfant qui n'a encore été que de la rue des Prêtres au corps de garde du guet, et de ce sale corps de garde à la rue des Prêtres. Ici, de la quincaillerie; là, du vieux fer; plus loin, le jardinier fleuriste; là-bas, l'oiseleur et le perroquet qui jure , et la guenon qui fait la cal)riole dans sa cage, et... et... une marchande... est-ce bien cela ?... oui , c'est une marchande de pain d'épice. Mon oncle en a rencontré vingt fois, et •n'en a jamais goûté. Qu'il est séduisant le bien qu'on convoite et qu'on ne peut obtenir! Mon oncle est immobile auprès de la marchande, il couve la bannette des yeux, il la dévore tout entière; l'eau lui en vient à la bouche, il n'est pas de puissance capable de le détacher du pavé où il est cloué.

Un particulier assez bien mis s'était aussi arrêté et s'amusait de l'imperturbable attention du petit ramoneur. Il prend sa calotte de feutre, l'emplit de ces bagatelles, la remet a Thomas, paye la marchande et s'en va. Mon oncle, extasié d'un procédé dont il n'a pas l'habitude, court après le monsieur, qu'il prend au moins pour un comte ou uu marquis, à en juger à sa munificence. 11 le tire par le

MON ONCLE THOMAS

pan do son liabil , lui fait un ri'nicrcimcnl bien ou iii:il tourné, et tinit en lui dt-clarant cpi'il voit bien qu'il est de ses umis et qu'il ne le quittera plus. Il fiait joli nionouelc, avant qu'un \iii;l.iis lui coupât le bout du nei et la moitié d'une joue, et un joli enlanl intéresse toujours. Le monsieur le reijarde en souriant, et lui dit de le suiwe. Le petit Thomas saule derrière lui, tantôt sur un pied, Umtôt sur l'autre. 11 croit sa fortune faite.

Ils traversent le Pont-Neuf, prennent la rue des Saints-Pères, celle de Saint-Dominique, et ils enlrent dans la cour il'un liôlel soinptueui. Le monsieur ouvre un rei-de-cbaussée , et fait parcourir a mon oncle une enfilade de douze ii quinze pièces. « Tiens, lui dit-il, balaye-moi toutes ces ebeminées. . l'.t il disparaît.

« Le» balayer: c'est bienlôl dit. reprenait à part lui nioil petit [ oncle; mais eômineiit m'y prendre ? » 11 i];iiorait Us premiers éléments du métier; il ne savaitpas même pousser ce cri aiyre et prolongé qui donne l'éveil aui ciiisiiiières. 11 avait sur l'épaule son sac et son praltoir; mais cela lui allait comme un éventail a madame Angot. Il fallait cependant marquer sa reconnaissance à. son bienfaiteur. 11 ouvre donc le .sac, en tire son instrument et essaye de grimper, après avoir préalablement caclié sous le coussin d'uu fauteuil à crépines d'or SB calotte et son pain d'épice.

Il mesure le liivau de l'o-il, il se baisse, il s'allonge; il tourne, il retourne ; il es-aye de toutes les manières. Jamais il ne peut détacher la pointe des pieds du liaut des poiumettes des cbeuets. Il avait déjà dans le caractère ce fond d'opiniâtreté qui depuis lui fit surmonter tant d'obstacles, et il jura par son pain d'épice qu'il ramonerait la cheminée , ou qu'il se casserait le cou.

11 va prendre un des fauteuils, le traîne dans la cheminée, monte dessus sans penser que des pieds noirs ne s'accordent point avec une élolfc fond blanc, brochée d'or. 11 s'élance, il se cramponne; ses fenoux et ses reins vont lui donner uu point d'appui naturel, lorsqu'un ijrand laquais, tout chamarré d'argenl , enirc dans la pièce oii était mon oncle. 11 s'indigne du peu de respei:! que porte le ramoneurà un siège sur lequel monseigneur s'assied tous les jours; il tire brutalement mon onde par la jambe, et le jette au milieu du foyer, qui heureusement était froid. Mon oncle, qui n'était pas encore de force à chercher noise à personne , mais qui avait de l'acrimonie dans les humeurs, prend une poignée de cendres et aveugle le laquais.- Pendant que celui-ci crie et trépi.;ne eu se frottant les yeuï, mon oncle lui racle le nez avec son grattoir cl le lui met tout en sang.

Aux clameurs redoublées du la(|uais arrivent trois ou quatre de ses camarades , qui s'indignent à leur tour qu'un ramoneur ose porter la main sur quelqu'un qui a l'honneur de porter la livrée de monseigneur. L'un lui ;'pplique un soulllct, l'autre un coup de poing; un troisième lui donne un coup de pied dans le derrière. Mon oncle, étounli de cette surabondance de tapes , court en chancelant de chambre en chambre; ses valeureux adversaires le poursuivent avec célérité, non plus pour le battre, mais parce qu'il approchait du cabinet de monseigneur, où ils croyaient bien qu'il n'y avait personne, mais qu'un ramoneur indigne ne devait pas souiller de sa présence.

Mon oncle, qui né sait pas ce que c'est qu'un sei|;neur, arrive toujours courant à la porte de ce cabinet : il tourne le bouton, il entre , trouve une jeune et jolie dame qui retournait tous les cartons et feuilletait toutes les paperasses. 11 va se blottir derrière elle et a'enveloppeiilans ses jupons.

"N oiis pensez bien que si la dame fut étonnée de cette brusque apparition, elle ne le fut pas moins des manières aisées du diablolin. Les laquais, qui s'étaient respectueusement arrêtés dans la pièce précédente, sont interpellés. Ils racontent l'aventure à leur avantage, comme cela se pratique. Mon oncle passe la tète entre les jambes de la dame, et lui levant les jupons jusqu'aux genoux, il leur tloune un démenti formel. La <lame est obligée de faire un saut en arrière pour te débarrasser du ti-nace ramoneur; elle s'assied en riant aux éclats, et veut éclaircir les faits, lille interroge alternativement mon oncle et «es laquais. Ceux-ci, qui ne savent que trembler devant leur maitresse , se troublent et b.iihulient. ^Mon oncle, encouragé par l'air alTublp et riant de la dame, prend la parole et ne la quitte plus qu'il n'ait conté comment Kiboulanl lui a donné la petite vérole, comment il a voulu lui faire arracher les dents, comment lui Thomas lui a coupé un doigt et mordu (>arabiii à la fesse; comment il a vécu sur son toit, comment il s'est procuré un costume de ramoneur; comment un beau monsieur l'a régalé de ])ain d'épice, qu'il n'a pas goûté encore; comment, pour le gagner, il s'est efforcé de ramoner toutes les chi'niinées du ehàteau ; comment on lui a fait faire la culbute , et comment il s'en est vengé. « Je suis bien fâché, ajouta-t-il, d'avoir gâté un fauteuil; mais vous voyez bien, ma belle dame, que tans aide je ne pouvais pas monter dans cette cheminée. »

La belle dame, qui s'amusait de ces délails, absolument neufs pour elle, remarquait, aulaiit que le permettaient les intervalles qu'avait laissés la suie, la vivacité de l'œil et le teint animé du petit orateur : • Qu'on débarbouille cet enfant, dit-elle quand il eut liiii, et qu'on me l'amène chez moi. »

Les politesses et les prévenances succèdent aux coups de pied et au\ coups de poing : il est clair que madame prend le pelil ramoneur tous sa protection! Un de messieurs les laquais lui présente la maiu

sans répugnance, quoique ce fût un propret, et il le conduisait à la chambre de sa femme , qui avait aussi l'honneur d'être attachée à madame, et qui était mère d'un fils à peu près de l'âge de mon oncle, auquel madame n'avait jamais fait attention , parce qu'avec les grands, comme avec les petits, c'est le moment qui fait tout :

« Attendez , dit mon oncle eu passant dans l'appartement blanc et or, je n'oublie rien, moi. Voyons un peu mon pain d'épice... sous le coussin de ce fauteuil, là-bas, » continua-t-il en s'adressant à un second valet qui dès les premiers mots faisait l'empressé. Un troisième courut, prévint son camarade, et marcha en avant, la calotte de mon oncle sous le bras : le premier le conduisait toujours poliment par la main; Tautre suivait en riant dans sa barbe des fantaisies de madame; le quatrième était allé se bassiner le nez avec de l'eau et du sel.

Mon oncle entre chez madame Julie, au milieu de ce cortège imposant. On le plonge dans une bassine d'eau tiède ; on lui met tout le corps à la pâte d'amandes, on le repasse au lait, on lui fait prendre une chemise et l'habit neuf du petit laquais, et pendant que chacun est jaloux de contribuer à sa parure, mon oucle grignote son pain d'épice en se regardant d'un air satisfait dans toutes les glaces où sa taille lui permettait d'atteindre.

« Je ne me suis pas trompée, dit la belle dame en le voyant entrer, il est fort bien, cet enfant-là; il a de l'esprit naturel, et je crois qu'on en fera quelque chose. Faites venir Dugnès.

Dugnès est le factutum de la maison; c'est le monsieur qui a rencontré mon oncle sur le quai de la Ferraille.

Il reçoit l'ordre de faire habiller le petit sur-le-champ, et l'injonction précise de faire en sorte que tout soit prêt dans la journée. Un poète charmant a dit :

Désir de fille est un feu qui dévore, Désir de nonne est cent fois pis encore :

désir de femme de qualité est bien plus fort que tout cela.

Vous voulez savoir sans doute qui est cette femme de qualité qui s'intéresse si fortement à mon oncle; je vais vous le dire.

C'est la duchesse d'Almauza, qui ne sortait du lit qu'à deux heures, quand ceriain prélat, jeune et frais, s'occupait de sa conversion à sa ruelle. Malgré ses progrès rapides dans le chemin du ciel, madame la duchesse était pourtant jalouse de sou mari, ambasiadeur d'Espagne. Il était alors à Versailles. Pour éclaircir des soupçons qui n'étaient pas dénués de fondement, madame s'était levée ce jour-là à six heures du matin, et elle bouleversait le cabinet de M. l'ambassadeur, dans l'espérance d'y trouver des lettres qui n'y étaient pas, lorsque mon oncle vint se réfugier sous ses jupons.

Jalouse d'un mari qu'on trompe, c'est un peu extraordinaire; mais monsieur le duc était aimable, et madame -était bien aise de le trouver quand elle n'avait pas mieux.

l'y. — Ce que fait mon oncle chez madame l'ambassadrice.

Nous n'étions pas encore attaqués de l'anglomanie; il ne fut donc pas question de faire de mon oncle un jockey. Un habit habillé complet, bleu de ciel, bordé d'un galon d'argent, dans lequel serpente, en losange, un liséré ponceau; le derrière des cheveux renfermé dans une bourse; le toupet et les faces papillotlés, crêpés, pommadés, poudrés; le chapeau à plumet là-dessus, et Thomas se pavane dans la cour, en attendant l'heure de se placer derrière madame, la serviette sur le bras.

« Il est charmant ! il est charmant ! dit madame la duchesse en entrant dans sa salle à manger. Je ne veux pas qu'il serve à table; je le réserve pour mon petit appartement. » Et mon oncle est installé dans une espèce de boudoir, où il bâille et s'ennuie magnifiquement entre une perruche et un sapajou. Il s'échappait par l'escalier dérobé quand il en trouvait l'occasion ; il allait faire un tour à l'office, et de la polissonner dans la rue. Mais si une souveraine de deux lieues carrées d'Allemagne entrait chez madame l'ambassadrice , on le rappelait aussitôt; on le faisait marcher, tourner par-devant, par-derrière, à droite, à gauche; parler, chanter; il fallait que la princesse admirât son esprit et ses grâces; puis on le laissait là pour jouer avec la perruche ; on retournait à lui, on lui donnait quelques tapes sur la joue, on roulait sa tète dans ses deux mains; on le quittait encore, et on

allait agacer le sap.ijou; on se replantait devant lui , on lui relevait le menton, on lui faisait ouvrir la bouche, et de l'autre extrémité du boudoir on s'exerçait à lui jeter des gimblcttes, des pastilles, des dragées; on riait aux éclats quand on avait atteint le but; on le renvoyait quand on avait assez ri; on le souffletait quand on àVait de l'humeur. C'était charmant.

L'habit galonné, les gimblettcs et les soufflets déplurent bientôt à mon oncle. Il n'était à son aise qu'à l'office ou chez Julie. Il mangeait d'un côti-, il batifolait de l'autre, et il eût été l'enfant du monde le plus heureux, si on eût borné ses devoirs à ces deux articles; mais c'était un petit animal de plus qu'on avait mis dans sa ménagerie, et il fallait qu'il rivalisât de gentillesse avec la perruche et le sapajou.

11 fallait d'abord aussi qu'il fût aimable avec M. l'évêque; mais après deux ou trois visil««id'un jeune mousquetaire, madame trouvait

MON ONCLE THOMAS

Irt'S-plaisjiiit qu'il (U'tacliàt la croix il'or lU' l'i'iiiiiirnlissiiiu', el i|ii'il lu pasiàl au cou <lu sapajou, ou bitu qu'il ji'làl sa culotte par la l'cnètre. Le successeur «le saint Pierre ju|;eu liiiiilut, aux espicyleries du valet, des tlis|uisitious de la maîtresse; il la quitta, et fut exercer l'apostolat ailleurs, t'.'esl ce qu'elle demandait.

Au niousi|uetaire succéda uu pn'siileut , ii celui-ci deux pardcs du corps; à ceuv-là un gcnovcf.iin, et, île temps h autre, inonsieur l'aïu- Lassadeur, p.ir |;oùt pour la variété.

Tant d'affaires occupèrent t.ius les moments de madame, el mon oncle fut considéralilement néijlijjé. Ou le reléjju i liieutôt avec le s;ipajou et la perruche, dont on était aussi dé|;oùlé, comme on se ilé- Roùla depuis du président, des (;•""'''-'*''" eorp. et du ijénovéfaiii. Madame avait les (;oùts très-vifs. Ils clian|;eaieul eoutinucUcnient d'objets, et elle appelait cela jouir de la vie.

Klle avait uu fils unique qu'elle voyait un moment tous les jours, et qu'elle abandonnait, le reste du temps, à un i;ouverneur Ires-élégant, qui faisait sa cour aux femmes de chambre, et (|ul apprenait à son élève qu'il était le fils d'un (;rand d'Kspayiic de la première classe.

M. l'ambassadeur se mêlait quelquefois de ses aflaires. 11 s'avisa un jour d'interrO];er monsieur son fils, et fut assez élonué de voir ([u'à neuf ans il ne sût pas lire. 11 ordonna à l)u|;iics de mellre mou oncle l'homas à l'école, et il lui seud>lait infaillible que les progrès dun roturier ne manqueraient pas d'inspirer beaucoup d'émulation à un jeune duc.

Dugnès conduisit donc mon oncle clicz un pédagogue renommé , et les usages locaux lui inspirèrent d abord uu violent dégoût. Il était persuadé de l'inutilité de la siicue-; il ne concevait |ias qu'il dût rester assis quand il voulait être debout, immobile lors(|u'il voulait se servir de ses pieds ou de ses mains; il u'eutendait pas davantage qu'il falli'it avoir le nez collé sur du blanc et du noir, quand il avait envie de voir voler les mouches; iiu'on le fit matin et soir parler à Dieu qui ne lui répondait jamais; enfin, qu'il ne pût pas même évacuer le surplus de la boisson sans une |iermission expresse du maiire d'école. Dès le second jour il envoya le pédant au diable, déchira son Sytlal'aire , et lit des niches à tous ses camarades. Le troisième jour, il s'alla promener aux Invalides, se lia intimement avec des décrolteurs de son .ige , et passait à jouer à la c/uV/ue le temps (pi'il devait être .à l'école. Le maître, par égard pour M. l'ambassadeur, n'osa se permettre la petite correction, ni même la remontrance. 11 autorisa mon oncle à faire toutes ses volontés, et ne fut exact qu'à percevoir ses honoraires. '

Tliomas n'avait plus de vœui à former, et il menait en effet un genre de vie tout à fait satisfaisant, bien vêtu, bien nourri, et rien à faire que de jouer à la chique ou à la fossette. Comme il n'est pas de bonheur durable, un désagrément inattendu troubla bientôt ses plaisirs. Il se livrait avec ses camarades aux accès d'une joie bruyante, lorsqu'on le tira fortement par l'oreille. Il prit une sellette qu'il allait jeter à la tête de l'assaillant.... O stupéfaction ! o terreur ! c'est M. Hiboulard.

« Ah ! ah ! vous voilà donc, mon drôle. Tudieu I comme il est brave! Le joli habit à dégalonner ! Allons, qu'on marche avec moi. n Et l'oreille restait prise comme dans un étau. -Mou oncle, un ])eu déniaisé par l'habitude du grand monde , lui fit lâcher prise par la venu de quelques coups de pied dans les os des jambes, et lui dit guceinctenient : t J'appartiens à madame l'ambassadrice d'Espagne; respeclez-moi, ou je vous ferai pendre. »

Mon grand-père croyait déjà voir le galon dans le creuset; il croyait d'ailleurs que ses droits sur le fils de sa femme valaient bien ceux d'une ambassadrice. 11 ne tint compte des menaces de mon oncle. 11 courut après lui, l'attrapa, le mit sous son bras comme un sac de nuit qu'on porte à la diligence, et rentra chez lui.

Mon oncle, en s'éloignant, criait à ses camarades : « Courez à l'hôtel ! Demandez M. Dugnès; dites-lui que Uiboulard m'enlève. • Et ses camarades, qu'il bourrait de massepains et de confitures sèches, firent à l'instant sa commission.

Cependant mon oncle et Riboulard arrivent , l'un portant l'autre , à la rue des Prêtres. Le petit, déposé au bas de l'escalier ctroil, sale el obscur, compara le sort dont il jouissait à celui qui lui était probablement réservé au galetas. 11 regimba, il se détendit; mais Kiboulard, qui n'était plus contenu par les passants, toujours disposés à donner raison au plus faible, Hiboulard prit le fourreau de sa rouillarde, et commença à faire le beau-père. Il chassait mou oncle dev;|nt lui; s'il s'arrêtait une seconde, les coups lui pleuvaicnt sur les épaules, sur les reins, sur les gras de jambe, et c'est de cette manière amicale qu'il fut rendu à ses pénates, ou, si vous l'aimez mieux, réintégré dans son ancienne habitation.

Comme tout délit entraîne punition, ainsi que le jtrononcent les codes criminels de tous les peuples, Hiboulard s'érigea en président, conseiller, rajvporteur, greflier et exécuteur des hautes œuvres. Rosalie, ma sensible grand'mère, était à confesse, llélas ! elle eût coutenu l'inflexible Riboulard; elle eut défendu le sang innocent... Mais la sentence est prononcée. Dans un instant mon oncle est réduit à l'état oil il était quand madame sa mère le déposa dans le plat au fromage, et il est attache à une colonne du lit, et Riboulard le fustige

avec son ceinturon, ju->(pi'a ce cju'il soit laligué de frapper, paice que, disait-il avec beauioiip de sagacité, en mnlivanl son arrêt, parce qu'il estalïreux, lorsipi'on sort de parents honnêtes, de les déshonorer en se faisant laquais. •• Corlili u ! j'étais page, • répliquait mou oncle en grimant des dents .'i eli:i(|ue coup. Kt la ilouleur provo(|ue certaine évacuation (|iii dori' l.i banderole de eiiir, et doiit les éclaboussures bouchent l'u'il uut(pie <|ue conservait Ribiiul.ird.

Pour qu'il ne restât plus <le traces de la servilmle de mon oncle, il lui jeta une vieille culotte dont le petit devait faire lu plus |>rnnd cas, parce (pie c'était le ilr.ip de Sa Majesté; (|u'il avait été porté par un brave militaire; et il sortit, le paquet de mou oncle ii la muin , pour aller vendre le galon à uu juif, et le reste à la friperie.

Thouuis, flagellé et resté lié n son pilier, maudit quelque temps Riboulard, en pleurant; mais couinur ou ne peut pas toujours maudire et pleurer, il s'apaisa, et jugea très-sainemeut ipie ce qu'il avait de mieux à f.iire était de se soustraire à un£ seconde et peut-être à une troisième fustigation. Il s'agita dans tous les sens pour se dépêtrer de sa corde; mais Hiboulard savait faire des nœuds. Il avait Iomi;tenips serré les pouces aux filous et autres gens du uu'*nu> acabit, qu'on cntiissait dans des fiacres pour les enterrer à la Conciergerie et au Châtelet.

IN'éeessilé est mère de l'industrie. Quand mon oncle fut convaincu que ses mains, faibles encore , ne pouvaient lui rendre la liberté, il se servit de ses dents, dont fort heureusement Hiboulard n'avait pu le priver. Il mâcha la cor<le , el la coupa brin à brin. Au bout d'une demi-heure de travail, il se trouva maître de commencer son sicond voyage aérien , car le vieux sergent ayant soigneusement fermé la porte, il ne restait d'issue ipie la croisée , el de chemin que les toits. Mon oncle connaissait parf.iitcinent celui <iui menait au grenier des ramoneurs, ("était même, lors de sa première excursion, le seul endroit accessible qu'il eût trouvé en route M.iis comment oser retourner là , après avoir enlevé le costume complet d'un de ces messieurs? Si du moins il n'eût pas dédaigné de le renvoyer après avoir endossé la livrée; s'il avait de (pioi le payer eu cas de difficulté... Une réflexion en amena une autre. Mon oncle pensa qu'il pouvait très-légitinienient s'approprier une petite part des biens de la communauté. Connue ou aime beaucoup à gagner sans travail, cette idée lui rit singulièrement , et sans i)erilre le temps à calculer le plus ou le moins de droits qu'il avait à la masse, il prit la hallebarde du sergent, el trav.iilla si bien de la pointe, qu'il f t sauter un panneau de l'armoire qui recelait le magot.

Tout était dans cette armoire, la seule qu'il y eût dans la mansarde, et l'imagination de mon oncle agit sur toutes les parties du mobilier à la fois U jugea qu'un habillement complet de M. Hiboulard lui ferait mieux qu'une simple culotte percée au derrière. En conséquence il s'affubla de ce qu'il vit de meil'.ur et de plus beau. La chemise à manchettes festonnées, la culotte neuve, la veste pareille qui lui tombait aux genoux; l'habit qui n'avait encore passé (pi'une revue, et qui descendait aux talons; le chapeau bordé d'argent, une poignée d'écus dans chaque poche, et voilà mon oncle sur le loil, se félicitant intérieurement du désespoir qu'éprouverait Riboulard, et se croyant bien vengé de tous les mauvais Iraitements qu'il en avait reçus.

On tient à ce qu'on a, sans s'embarrasser beaucoup des moyens par lesquels on a acquis. Mou oncle sentait de la répugnance à aller faire restitution chez la vieille. 11 ne fallait qu'un raisonnement, bon ou mauvais, pour le faire tourner d'un autre côté , et vous pensez bien qu'il s'en présenta aussitôt. Mon oncle s'observa qu'on pourrait ne pas se contenter de la valeur de ce qu'il avait pris; qu'on pourrait le maltraiter , et peut-être le dépouiller. 11 n'en fallut pas davantage. La vieille demeurait à gauche, il prit à droite.

Après avoir mis cinq à six maisons entre Riboulard el lui, son premier soin fut de s'asseoir, de mettre son chapeau bordé sur ses genoux, et de compter ses espèces : on est bien aise de savoir ce qu'on a. « Trente-deux éeus de six francs! combien ça fait-il? se demandait mon oncle. Ma foi, je n'en sais rien, se répondit-il ; mais avec Ireuledeux écus de six francs, je dois vivre trente-deux mois. Dans trentedeux mois je serai grand garçon, et je rosserai Riboulard, si je le rencontre, (j'estjlit. Allons, marchons. »

Après avoir marché quelque temps, il trouve une petite fenêtre ouverte, il enlre sans façon : la richesse donne de la confiance. Il regarde, résolu à pousser, tout d'une haleine, un complimenlassez bien arrangé; personne encore dans celle chambre. D'assez beau linge empilé d'un côté; de l'autre un grand panier d'osier; du feu au fond, et des surplis qui finissent de sécher dessus et autour; un réchaud . avec du charbon allumé, et des fers à repasser qui chaulTent. A ce i dernier article, mon oncle, qui, ainsi que bien d'autres, devinait ce qu'il voyait, conclut qu'il était chez une repasseuse.

Il eût volontiers gagné la rue à l'instant même; mais la repasseuse, aussi prudente que Hiboulard, avait aussi fermé sa porte. .Mon oncle, qui n'était pas fâché de voir venir et de connaître uu peu le caractère de la dame avant que de se niaiiifestcr à elle, mou oncle ota le feu du fond du ]ianier , et s'y inséra tout entier, après avoir fait une visite au carde-manger, préliminaire auquel il ne manquait jamais. I II s'était à peine' mis en cage , qu'il entendit quelque bruit. U finit

Page 1