‹ Vie et aventures de Pigault-LebrunChapitre 251 sur 379 · XXI. — Un mot sur votre serviteur · texte numérisé non relu

XXI. — Un mot sur votre serviteur

Depuis assez longtemps, très-respectable lecteur , je vous parle de mon oncle. Il est temps que je surmonte la modestie qui, jusqu'à présent , m'a tenu derrière le rideau. Je vais me mettre en évidence, et vous entretenir de moi.

Vernier, époux attentif, complaisant, et, qui plus est, amoureux, quittait rarement sa femme, parce qu'il était jaloux. Pardonnez-lui ce défaut : il n'eut jamais que celui-là. Suzanne, très-sage, avant et après son mariage, était passionnée pour son mari. (J'était un petit démon qu'il trouvait sans cesse sur son chemin , qui l'agaçait, le lutinait, le violentait le jour, et qui recommençait la nuit : c'est une terrible chose qu'une femme sage pour un mari. Monsieur Vernier était sur les denti; mais au bout de quelques années, il recueillit le fruit de tant de travaux. Je fus remis dans ses bras par dame Catherine, sage-femme experte, qui venait d'estropier ma mère, ce qui fut cause que je suis fils unique, à moins pourtant que mon père ne m'ait fait, par-ci par-là, quelque petit frère, ce que je ne crois pas, ni vous non plus , d'après la connaissance que nous avons de son caractère et de sa moralité.

Suzanne , femme d'un homme de lettres , possédait son Jean-Jacques. Elle ne me confia point à des mains mercenaires. J'eus le bonheur de sucer son joli sein , et comme le bien-être de la maison avait été considérablement augmenté par la prise d'habit de mon oncle , et par la succession que Riboulaid avait cessé de contester après sa mort , l'ordinaire était bon, le lait de ma mère excellent, et je poussais comme un champignon.

A peine eus-je l'âge de la parole, qu'on s'occupa sérieusement à développer mon intelligence; les vingt premiers chapitres de cet incomparable ouvrage vous ont sans doute conv.Éincu qu'on n'a pas perdu SCS peines. Ou ne me fit, dans ma première enfance, aucun de ces contes de sorciers, de revenants, qui affectent des cerveaux faibles encore, et qui laissent des traces qui durent quelquefois toute la vie. Cependant, commi' il fallait m'endormir avec i|iic-ique chose, ma mère me racontait les hauts faits de mon oncle , qu'elle appelait des extravagances, et qui me paraissaient, à moi, des choses merveil-

MON ONCLE THOMAS

leiisps; aussi, |iriulaiit ((iiclqurs nniu'cs, je ne jon»is qu'il mon oni-h TlwiiKi^. J'avais des sabres île l)ois, (les pistolets ili' paille ; j'ahatlais des eliàteaux de rartes ; je prenais des vaisseauv laits avec des C(>(|iiilies de noix ; j'avais une poupée que j'appelais Iddij >ei/mou;', (|iie j'Iialiillais, ([ue je deslialiillais , que je baisais, cl il ([ui je l'aisuis i»uii|jer de ma bouillie.

A sii uns je savïii lire ; ii douze ans j'étais un |)etit monsieur présentable partout , et mon pi-re me eonduisait partout «vee lui. Depuis lonj;leiiips il avait quitté siui eliarnier. I.'état île sa l'orliiiie lui avait permis de se produire dans le momie, et il était d'aboiil ilevenu seerélaire d'un conseiller au parlement , qu'il quitta, parre qu'il devint amoureux de ma mère. Il entra sueeessiveuienl chez un président, cliez l'arebevêque , cliez le eliaiieelier, qu'il <|uitta eneore pour la inrme raison. 11 se lit marrliaiid épicier, el il vendit son fonds, parce qu'en aciielaiit pour deux sous de lroiiiai;e on avait le droit île dire des douceurs à l'épiiière. Il aciiela une lionne ferme , qu'il revendit encore; parce que le sei(;neur du villaije prétendait au droit de euiss»i;e, de markctte ou de prélibatioii. C'était un droit cliarmant, imai;iné dans le temps descroisades, ipii autorisait leasei];neurs a couelier, la première nuit des noces, avec leurs vassales roturières. Il y avait lon';tempsque m,i mère n'avait plus de prémices à ofl'rir au seiijiieiir; mais cntin , elle s'établissait sur ses domaines, et une première nuit e>t toujours jolie avec une jolie femme. Pour terminer des eontestalioiis désagréables, trè^.-désai;réal)les pour un mari, mon père s'esquiva avec sa tourterelle de cette pépinière ii cocus, et il se pourvut à l'aris iVun olhce dbuissier, qu'il garda, parce qu'il n'avait que moi de ricre, et que la clientèle ne pénétrait pas au delii de l'étude.

.l'avais dix-huit ans, et ma mère commençait il ne plus donner d'inquiétude ii mon père, lorsqu'on pensa ii mon avancement. Le fils d'un recors peut se borner ii être huissier ; celui d'un huissier doit être au moins procureur. On me mit chez le plus habile el le plus renommé de ces messieurs , et au bout de deux ans , mes chers parents se flattaient que la tille de quelque tanneur ou de quelque marchand de vin serait enchantée de s'agréger il la robe, el trop heureuse de payer ma charge. Ces espérances étaient fondées : j'entendais les affaires, j'avais de la ligure, el les dimanches on rassemblait ii la maison piitcrnelle les demoiselles sur qui on jiouvait avoir des vues. J'étais au mieux avec elles toutes. Ou jouait aux petits jeux innocents, on se donnait des gages, on s'embrassait, et la soirée se terminait ordinairement par le récit de quelques-unes des aventures de mon oncle, (juc je contais avec un charme qui forçait l'attention. Quelquefois on riait , quelquefois on s'apitoyait ; souvent une larme était accordée à la mémoire du défunt par ma mère, par moi, et même par mon auditoire.

I.e résultat de ces soirées fut une couveution formelle entre mon père et celui de mademoiselle Félicité , de nous marier quand j'aurais i'àge requis pourentilcr la robe, moyennant C0,OiiO francs que payerait le papa de la future pour le petit plaisir de voir sa fille procureuse. Le 14 juillet ITSil, qui n'arriva qu'à son tour, mais d'une manière assez étourdissante , ilérangea singulièrement tous ces projets. Le parlement tomba, et entraina dans sa chute les procureurs et les procureuses. Mademoiselle Félicité, qui était née pour un étal brillant, fut mariée au président de son district, et comme ils avaient cinquante hiille éciis à eux deux , ils furent guillotinés trois ans après, sous le prétexte qu'ils entretenaient des intelligences avec PitI et Cobnuru , qu'ils ne connaissaient pas plus que vous, si toutefois vous ne les connaissez point.

Pour moi , ipii n'étais pas fou de la demoiselle , je me consolai facilement de sa perte , et je suivis l'exemple des habitués du palais. Tous les clercs, sans exception, de.inrenl avoués, défenseurs officieux ou juges , aux dépens de qui il appartiendrai! , ce qui fait que les pauvres plaideurs perilent tous les jours des causes excellentes. A la vérilé, ils en gagnent quelquefois de détesl.ibles, et c'est une compensation. Au reste , nous allons avoir un code civil , el qui sera bon , car il y a douze ans qu'on en parle.

J'allais donc tous les jours plaider , en frac gris et en queue , ce qui ne donne pas une grande majesté aux tribunaux, mais ce qui e-t trèscommode ]'Our ceux de mes confrères qui ne gagnent pas de (|iioi s'acheter une robe. Comme je n'étais pas un Chauveau, un Julimnc, u:i Beltart , mes honoraires ne montaient pas bien haut. F.n récompense, l'élude de mon père était devenue excellente, parce qu'où la plupart des procureurs et de avocats sont dts ânes , il faut bien que les huissiers fassent les écritures.

^ous vivions dans la plus grande aisance. Mon père faisait souvent des placements considérables. La guerre , qui venait de s'allumer dans presqni' toute lEurope, la suppression de la noblesse, des moines, des rois, du bon Dieu , de la probité , de la piélé filiale, de la fidélité des époux ; l'établissement de la liberté, de l'égalité , de l'ignorance, du vandali'.mc , de l'agiotage, de l'usure, de l'impudence, du cynisme et de la misère jiublicpie, n'empècliaient pas les hommes de plaider, et nous les aidions a se ruiner tout à fait, en faisant pour un nouvel ordre de chos;s, des vfcux qui commencent à se réaliser.

Un soir , je lisais les lois anciennes en attendant les nouvelles ; mon père minutait un exploit, et ma mère trempait la soupe pour dix ou douze de ses égaux, qui mouraient de faim et qui lui baisaient les

pieds en reeevanl son potxge . lorM|u'on sonna fortement à la porte. Ma nii^ri-, timorée, tr.inl.la pour sa tête : la meilleure «lors ne tenait .1 rien. La mode de mourir ilaiis siui lit était passie ; celle de finir en public avait été reçue avec- iM-aiieoiip de' tac iliié , el paraissait ne déplaire a personne, car personne ne disait rien. Le» craintes de mn mère, qui ne se pic|iiail plus de suivre les mode», augiiieiilerint en voyant entrer un clieiiapan di^ eiiic] pieds dix ponees, 'taillé en Hercule , basané , sale , en guenilles , portant un grand vdire attaché pardessus son épaule avec une eonle garnie devant et derrière de deux ou trois douzaines d oreilles d'hommes. Il sauta sur la soiipe, en mangea la moitié, el nous le laissAmes faire , parce <pie nous avions peur. " A boire ! udit-il dune voix terrible, et mon père se hiUa de lui présenter une bouteille de vin. Il vida l.i bouteille dun trait, s'essuya la bouche et embrassa vigoureusement ma mire. IMoii père, mn par un reste de jalousie, avait envie d'éclater. Il se continl cependant, parce i|u'oii rendait tous les jour» beaneoiqi, mais beaucoup de lois ; ([u'on pouvait palriotiqnement avoir décrété ce soir-lii , la eommuiidiité des Ic'iiimes avec ccllc> des antres propriétés , et ipie son égal paraissait un h'ininie il lui rompre les bras s'il faisait le récaliilrant. i\ou., le reg.irdions avec des yeux elïarés , el nous ne sonnions mol. " .Sacrc^dicu ! .s'écria-t-il , vous ne voulez pas me reconnaitre ! je Miis clone bien changé. » On s'approche, on regarde, on doute; l'homme basané termine nos incertitudes en déchirant sa chemise du col à la ceinture, et en nous montrant la cicatrice de la botte de longueur que lui avait poussée la (jibernc. 'i C'esl Thomas I dit ma mère, el elle tombe en faiblesse. C'est Thomas! reprend mon père, el il s'évanouit. (J'est mon oncle ! reprends-je Ix mon tour, et je perds connaissance. Kl revenant .'i nous : Hé! par quelle aventure, mon frère?... Par quel heureux hasard , monsieur ?... Conimcnl se peut-il , oncle fameux ?... Parlez,

expliquez, racontez criàmes-iioiis tous trois ensemble. Fl Thomas

raconta sommairement ce que vous allez lire.

Le frère Chrysostome ne fut pas plutôt informé de la suppression des moines, qu'il crut devoir gagner du i c'ilé du patriotisme, ce qu'il perdait de celui de la besace. 11 jette le froc aux orties, court ;i la commune renier Jésus-Christ , et dénoncer les pères indignes qui violaient quelquefois le vœu de pauvreté , assez souvent celui de ehasleté, et qui se permettaient d'enterrer les gens tout vifs, .\nsiilôl, un savetier somme le conseil de la commune d'arrêter que le frère Chrysostome a bien mérité de la patrie , et l'arrêté est consigné sur le registre. Le savetier somme la commune d'aller ;i l'instant même délivrer le frère Ange, et la commune se met en branle, suivie du savetier, de ses confrères , des aboyeiirs de l'assemblée popiilacière, des garçons bouchers et de leurs chiens. On déterre mon oncle, étonné de revoir le grand jour. On lui rend les honneurs dus à une rictime du despotisme; on chasse une partie des bons pères, pendant que le vindicatif Thomas assomme l'autre, et le procureursyndic s'installe préalablement dans la maison , avec une femme qu'il avait volée à un gentilhomme, et qu'il tenait en réquisition pour ses menus plaisirs.

La Sapho d'Arras , car il y a une Sapho partout, fil dans la journée un poème en vers intitulé : Les irifurtunesde Thumaa. Il fut lu le soir au spectacle et couvert d'applaudissements. Il était en elïel très-bien écrit. Sapho en devint plus chère ii ses coteries, et s'éloigna un peu davantage de son mari , de ses enfants et de son ménage, dont elle ne se souciait guère, selon l'usage des femmes auteurs.

Sapho fut couronnée pour avoir fait des vers, le savetier pour sa motion patriotique , Thomas pour avoir assommé cinq ou six capucins, dont l'aristocratie monacale ne pouvait paraitre douteuse ; cl, comme il déclara vouloir revenir à Paris, la commune lui donna un bon de dix louis il prendre sur un certain baron qui se tenait fort Iranquille, qui avait repris son nom de famille, supprimé sa livrée, qui régalait la canaille, son égale , mais qui devait payer parce qu'il était baron.

Le premier soin de Thomas, en arrivant dans la capitale, avait été de chercher son beau-frère , qu'il ne trouvait nulle part , et qu'il aurait rencontré sans le connaître, car trente ans de plus sur la firure d'un homme ne laissent pas de la changer un peu. Il se décicla à lirenilre la piste de \ ernier, et ii le suivre jusqu'en Amérique ou en Laponie, s'il le fallait. Il passa donc de l'humble boutique d'écrivain chez l'ex-conseiller, qui l'envoya chez l'ex-président, qui ne put lui rien dire de Vernier, parce qu'on lui avait coupé le cou la veille; mais un domestique, qui avait dénoncé son maitre pour avoir sa montre el sa bague, renvoya Thomas à l'ex-arrhevêque , qui était émigré, dont la femme de charge indiqua l'ex-chancciier , qui était mort, dont le portier, président de son comité révolutionnaire, donna l'adresse du magasin d'épiceries, dont le propriétaire venait d'être taninné pour avoir accaparé de l'eau-de-vie , que les lanterneun aiment beaucoup , ce qui fut cause que mon oncle s'adressa ii la fruitière du coin.

Olle-ci avait conservé une idée confuse du domaine qu'avait acheté Vernier. File nomma hignij au lieu de Safignij, ce qui fut cause encore que mon oncle voya:;ea en IV'ormandie, oii il parcourut tous les villages en i/, d'oii il revint .'i Paris, et de là à PdSfy, Poi.cçty, Xeuitly, Chilly, Bundy, Sucy, Bauliiyny, Chevilly, Issy, Grigny, Boissy, G»si/, Gentilly, Savigny, où il apprit ce que je vous ai déjà dit.

se

MON ONCLE THOMAS

Il n'est pas clilVicile i\e trouver un huissier à Paris : aussi mou oncle vint-il clieiL nous en ilroite iii;ne. 11 ne piraissait pas aussi aisé de vivre peiulanl nu au que durèrent ces reelierclies; mais comme le bien descorispira/f urs, des siisyiiT/s, des «lorferes, était devenu le patrimoine des patriotes purs, mon oncle entrait dans toutes les maisons d'apparence, et les propriétaires étaient conspirateurs ou niodcrcs, selon que leur table était plus ou moins bonne, leur bourse plus ou moins Qarnie.

Après les premiers épancliements, mon père, qui n'était ni lanterneur. ni .<a6reiir, ni <;iii7/o/ineur, ni dénom iatnir, ni vntfiir, ni même agioteur, et qui avait la plus forte envie d'iloifjiier de cliei lui le baudrier j;arni d'oreilles et le j;raiid homme qui le portail, mon père se mit aussitôt.! son secrétaire, et rcdiijca le compte des sommes qu'il devait à mon oncle , avec les intérêts <les intérêts de trente ans. Le résultat de ce compte était noire ruine absolue. Mon père pouvait profiler du droit de prescription i il pouvait au moins rembourser en assii;nats. comme tant de fripons, mais il était resté pur au milieu de la corruption générale.

Mademoiselle Suzanne était la sœur de mon oncle, qu'il ne connaissait pas parce que Rosalie l'avait mise au monde à la campagne.

Pendant qu'il calculait , ma mère faisait ses efforts pour dégoûter mon oncle de son costume et de son baudrier; mais sa longue captivité l'avait aigri, les années avaient roidi son caractère, et il n'était plus possible de lui rien faire changer à ce qu'il avait résolu. Ces oreilles étaient celles des moines qu'il avait rencontrés , et autant il en rencontrait, autant d'oreilles à bas. Il en avait fait le vœu, et corbleu , il se promettait de tenir celui-là. Pour le costume, c'était celui des patriotes par excellence. C'est à ce costume qu'il devait l'amitié de Marat, de Robespierre, et de tant d'autres qui lui prenaient familièrement la main. « Mais, mou frère, vous croyez donc que ces gens-là vous aiment? — Pas du tout. Ils n'aiment personne, mais ils ont besoin de moi, et je les flatte, parce j'ai besoin d'eux. — C'est cela, reprit mon père. En révolution chacun travaille pour son compte, et brise ensuite l'instrument dont il s'est servi. — J'entends bien aussi ne travailler que pour moi, et, sacrebleu, on ne me brisera point. — Je le désire, monsieur. — Moi , j'en suis sûr. J'irai à la fortune par un chemin oii ces plats coquins-là ne me suivront pas. — Et lequel, monsieur? — Celui de l'honneur. Je suis toujours Thomas, et j'ai encore du courage et des bras. — lié! monsieur, imurquoi vous exposer de gaieté de cœur? poursuivit mon père en présentant son bordereau à mon oncle, voilà plus qu'il ne vous faut pour vivre dans l'aboudance. — Qu'est-ce que c'est que cela? — L'état des sommes que je vous dois. — A combien cela iiioule-t-il? — A cinquante-deux mille livres. — lu que te restera-t-il ? — Kien. — Hien,

t ! Et Thomas déchire le bordereau, et en jctie les morceaux au

nez de mon père. Apprends, beau-frère, qu'on peut couper les oreilles des moines, dévaliser les Anglais, et laisser di; ipioi vivre à sa so>ur et à son mari. Tu me donneras douze mille francs dans les vingtquatre heures, c'est plus qu'il ne me faut pour me faire tuer ou gagner

un million. Je t'abandonne le reste, et grand 'liien te fasse. • Mon père ne npoiulit rien. Mon oncle l'entraîna chez un notaire, à qui d'abor-d il lit peur aussi, mais qui l'embrassa cordialement quand il eut (U'iuêlc l'àme de la fange qui l'obstruait. L'acte de renonciation fut dressé et signé aussitôl, à la grande satisfaction des parties.

J'avais contracté, dès ma naissance , l'habitude d'admirer Thomas. Ce désintéressement, mêlé d'une sorle de grandeur burlesque, me subjugua tout à fait. Peut-être l'exlraordinaire a-t-il le droit de plaire a la jeunesse; peut-être y avait-il entre nous des rapports que l'éducation avait adoucis en moi. Quoi qu'il en fût, je commençai à négliger le palais, et je vouai à mon oncle un attachement à toute épreuve, ])aree que je trouvais un plaisir indicible à l'entendre, et que son langage héroïco-barbare m'inspirait, eu m'échauffant la tête, une sorte de méjiris pour le papier marqué.

Ainsi sont faits les hommes. On quitte une femme aimable pour le premier minois cliifTonné, qui vous trompe et se moque de vous; un état paisible et sûr pour la gloire, qu'on n'aborde qu'à coups de canon; en réalise une fortune solide, et on se ruine en prêtant son argent à trente-six pour cent par an; on dédaigne la maison de ses pères, et on en sort sans savoir si on trouvera un abri.

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