LETTRES U'DN ILLINOIS
de se liaVi'^ uiais piirce i|uc- tel (>( Je bou pliiisir île leurs uMitre». Quanii le f.iiioii .1 décide l'ulT.iire, gn écrit de iioiivC'ii. Le vaiinjiiuiir prouve qu'il a iiiéïKii;!; le vaimii, e» ne lui |)rciiai|l i|iie lu liiuiùé Ui' son territoire. Le vuiiicu sollieile l'iiiterveiiliou de H'» voisin!*, qui écri\eiit de leur eôté. Les piirties jjuerroyanteb ont dépensé leur or, ont l'ail é,;op;er i|uel(|ues milliers de leurs sujils, el |imir inainti'uir réi|uilibie eutre les puissaoees, on rétablit o diiiuireiueiit les auciennes limites, el 0» »e proiiu-t paix cl amitié.
Alors on se rend des visites; ou se prodii;ue les égards; on se donne des tètei maguiliques, et on se promet bieu de se hulU*^ il J* première ocea-ion.
ISou» ailoroiis un dieu; les Européens l'adorent éijaleuient. Toiui les hommes >ont d'accord sur le principe : la dilTérence n'est c|uc dans les n.ota cl les cérémonies. Il y a ciu(|uaule an^, la mode \oulait qu'on /ùt inerédule en France; elle onlonne aujourd'hui île tout noire. Ses sectateurs remplissent les temples le malin, et ils 1011- »ai:reiit «u plaisir le reste de la journée. (U'pendant la (;ouriuaiidi>e , la Juxi<re, l'avariée , l'envie, sont des péchés irrémissibles, el ou les poDimel assez ijaillardemenl ; on a rempli le matin li'B formes prescrites, et la plupart des liommes ne connaissent de la religion qiie les formes. La l'oruie est ici la lillc ainee de la inude.
(^ue j'apprendrai de belles cboses aux chefs de nos tribus, quand je reparaîtrai dans nos montajjnes! (Combien je perfectionnerai notre législation ! Je serai le petit Cbarlem.i{;iie des Illinois. Tu ne sais pas ce qu'était Charleiuai;ue : je te conterai cela, et eu alteudaut, je t'embrasse de tout mou cœur.
, LETTRE Vil.
Madame Vcrncn ne né;;lîj;e rien jiour me donner des conuaissaners Utiles et m'en procurer d'agréables. Hier soir, elle m'a mené au spectacle. Le spectacle, mon clier Kotosi, amuse, séduit, entrain!'.
Ima);ine-toi c|u'ini de vos vieillards ait la sottise d'être amoureux d'une jeune fille qui a [erdii ses appuis, et qui ne peut pourvoir il sa sul>sistaDce. Le vieillard la tient sous sa dépendance, et ne lui permet pas de respirer le ;;rand air. Ln jeune Illinois qui est aussi amoureux de la belle, et qui a raison, passe souvent devant la case. 11 s'y ar- .rète; il J'.iit des mines, des gambades, et il porte sa main sur son .(xeur, La petite fille a toute son innocence; mais elle entend trè.sbieo ce qu'on veut lui dire, et elle sent qu'un beau jeune homme vaut mieux q"'un vieillard, ("elui-ci s'inquiète, se tourmente; il ininacc le jeune homme qui lui rit au iicï; il feri jc rigoureusement l'entrée de sa case, et lorsqu'il dort, car il faut bien qu'il finisse par lii, la petite monte à l'ouverture par oii s'échappe l,i fumée du foyer; elle saute daus les bras de sou amant qui l'emporte , et voilà une comédie.
La Iraijédie est bieu autre chose. Les personnages ne pensent lii ne jKirleut comme tout le monde, et ils ne riraient pas pour vingt peaux de castors. Us ne mangent ou ne boivent que pour s'empoisonner; ils ne iloi'qieut que pour se laisser assommer. 11 y a toujours uni' princesse coupable ou malheureuse qui fait frissonner, ou pleurer tous ceux qui 1', nteiulent. Enfin cela ne finit que lorsqu'on a tué trois ou quatre personnes, qui se gardent bien d'en mourir.
A I Opéi^i, on chmtc toujours. On fait l'amour en chantant; ou se dé.si'spére en cliunlant; on se poignarde en cliautaut. Les spectateurs trouvtnt cela superbe, et surtout très-naturel.
Il y a ici des hommes d'esprit qui disposent ces actions-là d'avance. 11 y a aussi des sols qui s'en mêlent. I)u fond de sa ca.se, un auteur cherche un tyran aux eiticniilésdc la terre, ou un travers parmi ses meilleurs amis. 11 se creuse le cerveau pour mettre à neuf des idées qui l'oureut le monde , et présenter des situations qui ne soient pas trop usées. Quand il a termine son ouvrage, il le colporte partout; partout il en lit des fragments ; partout, excepté au '.héàtre, il est proclamé un grand ' omme.
Ceux qui se chargent de mettre l'ouvrage en action s'appellent des comédiens. Il n'est pas nécessaire qu'ils aient de l'esprit, et as,cz ordinairement ils s'en dispensent. Mais on exige d'eux une mémoire si'irc, parce qu'ils sont tenus à débiter ce (|u'a écrit l'homme d'esprit, comme si cela venait d'eux naturellement. Il faut qu'ils joignent à la mémoire la faculté de faire dire à leurs yeux je vous aime ou je vous hais, et de lever ou de baisser les bras a propos. Quand ils sont arrivés à ce degré de perfection, ce sont des hoinmes merveilleux. On les recherclie , on les fête, on les caresse; on les met fort au-dessus de celui dont ils ne sont que les lecteurs ; on fait tout ce qu'on peut pour leur tourner ta tète, et on y réussit assez souvent. Ils vivent dans l'abondance, et l'auteur ne diue que selon leur bon plaisir.
l.oisque nous nous présentâmes pour entrer, nous fûmes frappés, madame Vernon et moi, d'un spectacle bien inattendu, bien extraordioaire, bien révollant. [ n jeune garçon, de douze à treize ans, nous tendit la main et nous dit : Fiiiles l'aumône au fils </■ .:,lui dont on va juuer ta pièce. Je ne comprenais pas ce que cela voulait dire; madame Vernon me l'expliqua.
On échange ici de l'argent contre l'usufruit d'une case , ou d'une portion de terre. Les lois disent que celui qui a donné son argent est
propriéuire. et les lois mcnlent, pane que de» événemeiiH imprévus peuvent lui enlever on sa terre ou ta rase : pendaul qu. Iqiie» aiiiieCr, on a vu ICI les préundues propriétés changer coiil.unelleineiil de possi seurs. Mais ma pensée esta moi; elle e.l inhérente à mon èlrt; elle en est la partie essentielle; aucun évéïiemeul privé ou poliljipie ue peut m'en d. pouiller. .Si j'ai écrit, et bien écrit, ma penWe me sur.il, elle traverse le» ûges, et je suis loujour» moi \ oil» une nropiiélC vraie, certaine, iiicontesUble, la keulc même qui tiuUî réellenienl,
r.li bien, mou ami, le* comédiens s'emparent de c«ll« propriété qu'lque temps «près la mort de l'auteur. Aucuue loi ne les cMclare ses héritiers; mais cet usage est eoiuiacré par le temp», el siirlnut pur la mode, dev.iiit qui tout se tait.
Lue jeiine mareliande de modes s'imagine qu'elk' lira fort bien les auteurs. Elle fait desdéniuiches pour jiarailre sur la seene ; un homme puissant l'y pousse, et elle réussit, La voilà devenue hiritierc d>' ton, les hommes de génie de l'"ianee. Cela est très commode, Li un uiulheu reux enfant sollicite la charité des passants, a U porl<- du tlnàue, où il ne peut pas même être admis. Il est privé de la eoiibolalion d'enteudre encore son père mort, si, par un acte spécial de munihci-nce , ses lecteurs ne lui permettent d'occuper une |i|aee qu'un autre aurait payée un écu. Et les l''r.ineais nous traitent de sauvaijes!
J'établirai un spectacle quand je serai revenu paruii vous, parce que cela est fort agréable. Mais je vous propo&erai des loi» nécessaires, jusU'S, et par conséquent inatlaquables.
Vous déclarerez la pensée propriété impérissable de l'auteur, parce que cela est vrai. Lorsipion ne lui eonnaitra plus d'Iu-riliers, les comédieus n'Iiérileronl pas, parce qu'ils n'ont pas plm. de droit a e<-t héritage qu'un pêcheur de l'Oliio, ou qu'un chasseur de easiori. Ils déposeront dans un magasin la portion de poisson ou île riz qui aurait appartenu à l'auteur. Elle sera partagée entre les écnvain» indigents, les comédiens en sous-or.lre, qui »er..ient sans |•e^sourccs à la lin de leur carrière, et il y eu aura che?. les Illinois, couiine à Paris. Adieu, Kotosi.