XIV. — Robert devient comédien
Voilà Robert parti, emportant la bourse du bon prêtre , sa vieille culotte de panne noire, un gilet vert et un bonnet carré , mangé de miles, dont la houppe usée, attachée à un bâton, servait de houssoir au presbytère. Robert n'était pas avantageusement vêtu, il ne se le dissimulait pas; mais il avait appris qu'où ue gagne rien àjctcr ce qu'on a dans la mer, et ne forma d'autre projet sur les vêtements qui le couvraient, que de les garder jusqu'à ce qu'il pût s'en procurer de meilleurs. Il se mita trotter, pcrsu.idé qu'il ne manquerait pas de rencontrer bientôt quelque Lonisou , quelque lord, et projetant par exemple de tirer un grand parti des circonstances.
Il se rappelait en marchant la cuisine de sa mère, la bonne chère que lui faisait mademoiselle Louison ; il comparait à cette vie passée la misère qu'il éprouvait sur sa roche, l'abstinence que lui faisait partager M. Cammeron , cl à ces idées succéda la tentation très prononcée de se bien régaler à la première auberge. Il n'ignorait plus qu'on joue un triste rôle quand on n'a rien; il sentait qu'un bon repas écornerait furieusement ses petites finances; mais puisqu'elles devaient fi« nir, qu'importait que ce fût deux jours plus tôt, ou deux jours plus tard?
C'est ainsi que calculent des hommes faits, qui se ruinent, et qui ne
L'HOMME A PROJETS
SI
le sont pas iiliili'it, qu'Us i;t''iuisseiil Jes |ii-ivaciuns uii les» fiposi's Icm mauvaise coiiJuilc. C'usl ce calcul-là qui l'.iit îles escioM, dcH lilous , des voleurs, et il en faul et beaucoup , car de quoi vivraient messieurs delà justice eriiuinelle, leurs suliordoniiés, leur dijenl? De quoi s'amuserait ce lion peuple qui n'a [ws de quoi payer un billet de spectacle, qui n'a pas tous les jours des fêtes publicpies, si de temps en temps ou ne le régalait d'une pendaison ? Tout est pour le mieux,
Robert parlait fort bien l'écossais, et savait un peu d'anglais. Avec cela, il était sans inquiétude sur son chemin, et après tout, il n'avait aucune raison de préférer celui-ci à celni-h'i. L'important était de savoir oii il trouverait uiu' ville «(uelconque, qui lui conviendrait comme une autre, pourvu toutefois qu'il y eût une bonne aubenje. Il intcrrojjeailles laissants, qui riaient de son jjrotesque équipai;e, qui l'interriip;eaieut à leur tour, et auxquels, selon sa coutume , il racontait ses aventures : il n'avait rien fait qu'il eût intérêt à dissimuler. Très-peu de f;ens, je crois, auraient la même franchise.
Il prit quelques repas assez légers en traversant quelques villages > quelques vilhles, où il ne lui arriva rien de remarquable, cherciiaut toujours la bonne auberge, qu'il ne devait trouver qu'à Dornook, ville asseï considénible du Southcriand, oii il arriva avec sa seconde et dernière conronne, qu'il se disposa à manger aussi gaiement que si le soleil n'eût pas dû se lever le lendemain.
Comme il parlait très-liant, qu'il avait soin de faire sonner en parlant deuv ou trois gros sous qui accompiignaient son unique écu , on lui servit tout ce qu'il voulu!. On le coucha comme un petit prince, à cette dilïérence près pourtant qu'il y avait dans la chambre deux lits, dont le meilleur était réservé pour un monsieur très-sérieux, qui paraissait très-réflécbi , qui parlait peu, et qui modestement avait soupe à table d'hôte.
Robert, qui avait l'estomac garni, et h qui une forte ration de por- (ec tenait les oreilles chaudes, ronfla bientôt, et trouva pour quelques heures l'oubli de ses malheurs pusses et de ceux qui l'attendaient encore. Gare le moment du réveil, allci-vous dire : il est toujours cruel, quand on ne peut s'en prendre qu'à soi de ses infortunes. Bah ! bah! si je vous écoutais, je ferais un cours de morale qui ne serait lu de personne, et qui ruinerait mon libraire.
Un petit événement troubla le sommeil de Robert longtemps avant que le jour vint lui ouvrir les yeui , lui rappeler sa dépense de la veille et la nécessité de vider ses poches. On frappa avec tant de violence à la porte qu'en quatre secondes elle s'ébranla et qu'elle tomba quatre secondes après. Une troupe de gens armés entra dans la chambre. Celui qui la partageait avec Robert sauta sur ses pistolets et fit l'eu de ses quatre coups. Les assaillants ripostèreut. Robert se tapit sous sa couverture; il y resta jusqu'à ce que le calme fût rétabli , ce qui n'arriva qu'une heure après. Lorsqu'il n'entendit plus rien, il leva la tête et n'en vit pas plus.
Qu'est-ce donc que tout cela? pensait-il. Suis-je dans un' coupegorge , et ne m'.i-t-on épargné que parce qu'on ne m'a pas jugé volable? Que d'obligations j'aurais à ces guenilles que je dédaignais tant! Ce raisonnement ne valait rien, car enfin, qiiil fùl volable ou non , des voleurs n'eussent pas manqué de le sacrifiera leur sûreté. Il n'en est pas moins vrai que bien des individus doivent leur tête à leur obscurité. Obscurité heureuse, qui... — Ah ! je vous y prends à mon tour, monsieur l'auteur; c'est vous maintenant qui moralisez. — ^'ous avez raison, monsieur le critique. — Il vous écliappc quelquefois des traits... — C'est sans y penser, en vérité. Contons, contons.
Robert se livrait à une foule d'idées plus ou moins evtravaganles, plus ou moins vraisemblables, lorsque le crépuscule lui permit enfin de distinguer les objets. Il remarqua que le plancher avait été lavé, d'où il conclut qu'il y avait eu du sang répandu. U s'approcha de la fenêtre, regarda partout, et fut frappé du silence profond qui régnait dans l'hôtellerie. Il ouvre sa porte en tremblant; il s'avance dans une galerie qui recevait le jour de la rue : nulle apparence que celte scène nocturne ait causé de sensation à l'extérieur. — Allons, dit-il, c'est le maître de la maison et ses gens qui ont assassiné ce voyageur. Hâtons-nous de sortir d'ici, et même sans payer.
Il rentre sur la pointe du pied; il reprend sa chère culotte, qu'il baise avec un transport de rcconnaissimce. Il s'assure que son écu est toujours à lui; il passe son gilet, met ses pieds dans ses savates, sa tête dans son bonnet carré, et avise au moyen de s'esquiver sans être aperçu.
Un papier roule sous ses pas. — Si c'était un billctde banque ! dit-il en le relevant. Un mort n'a besoin de rien , ajout.i-t-il en s'approchant de nouveau de la croisée pour distinguer les caractères. Je pourrais me l'approprier sans scrupule, et il lit :
« A tous mes fidèles sujets.
• Accordez votre confiance à M. Slac-Mahou. Il a toute la mienne, et je l'ai chargé de mes plus chers intérêts. Entendez-vous avec lui sur les moyens de soulever 1 Ecosse et d'y introduire des armes. Tâchez surtout d'établir dans vos châteaux des magasins de toute espèce. Quand vous serez prêts , je paraîtrai au milieu de vous.
• Je vous rccommaudc parliculièremeut .M. Jlac-Mahon, l'un de
mes plus dévoués serviteurs, et son fiU bien jeune encore, qui a voulu accouipaguer son père , mais qui n'est pas dans le secret.
u ClIAULU EUOUAID. ••
Robert iie savait d'abord ii ipu' cela voulait dire; mais il avait souvent inlendii M. Caniiiieion ii Itelly parler du prétendant. L'obscurité de leurs phrases lavait eiiipéi-JÉé de saisir aucun dél.iil ; il ne s'en était pas même occupé. Que lui f,ii^,aient , à lui, les querelles des rois?
Eu repassant dans sa mémoire ce ipi'il avait l'utendii, eu cixnpuraiit cerlaiiis propos à la lettre qu'il tenait , il jugea que M. Mac- Mahou était celui qu'on avait tué uu enlevé, que dans li' tumulte cette lettre était tombée de .sa poche on d'ailleurs, et il devinait juste.
Le prince Charles-Edouard |)réparait dès lors I inva»ion qui dev.iit se faire eu 1712, pour laquelle on l'avait appelé eu Erance, et qui n'eut lieu que trois ans après. On sait cogiiuent ^e termina cette malheureuse expédition.
!\Iac-AIahoii s'était découvert aux lords Cromarty , Lokil , Frasers et Kilinarnoek. Ces seigneurs, dévoués à la famille .Stiiart, commençaient à agir sourdement, mais avec succès. M.ic-Mahon, encouragé |iar CCS coinmencenients, mit moins de ré.îerve dans ses discours; il se laissa pénétrer pir un hoiunie du parti contraire qui le dénonça. On le suivit , on épia ses démarches , et on expédia l'ordre de larrêler. 11 se défendit et mourut en brave homme.
Robert réHécliissait profondément, tenant toujours sa lettre à la main. — Oui , disait-il , oui... pourquoi pas?... mais, non , ce projet est inexécutable : je ne suis au courant de rien... Au contraire, le jeune homme n'est pus dans le secret , par conséquent rien à répondre. La lettre du prince n'indique pus d'ige... M'y voilà , m'y voilà : je suis décidé.
Robert descend , il fait quelques tours... Toutes les |>orles sont fermées. Il s'approche des croisées de la cuisine : l'hôte et 1 hôtesse, assis devant les restes de leur feu, p.iraissent plongés dans une mélancolie profonde. Ils sont iieut-être .lacobites, pensait Robert; en ce cas je ne risquerais rien et j'obtiendrais des éclaircissements. Entrons et voyons venir.
Il frappe à la fenêtre et se fait un air affligé. Il cherchait à paraître excessivement pénétré, et il eût volontiers donné sa vieille culotte pour pouvoir pleurer ; mais le don des larmes n'est accordé qu'aux femmes.
L'hôtesse se lève aussi effrayée que si une nouvelle troupe de sbires se fût offerte à ses yeux. Elle regarde à son tour... Robert lui paraît grand comme saint Christophe et fort comme Ileicule : richesse et fécondité d'imagination sont encore l'apanage des dames.
L liôlesse recule et va tomber dans les bras de son ni,irL Le mari , qui prévoit une scène conjugale, et qui ne s'en soucie plus, dépose tendrement sa femme sur le carreau, et veut juger par lui-même de la cause de son effroi. Il distingue à travers le vitrage le gilet vert , le bonnet carré et le menton imberbe. Il ouvre; Robert entre et s'écrie : — Je suis au désespoir. — Et nous , mon cher ami , et nous !
— Vous connaissez aussi M. Mac-.Mahon ? — Et son fils. — Ah, di.ible ! — Ils ont passé ici en allant aux Orcades. Le fils est resté malade à Eda. ^ Bien malade? — • Hélas! il est peut être mort. — Pauvre jeune homme ! — Mais je parle , je parle... Ma tête n'est plus à moi. Qui ètes-vous avec votre bonnet carré et votre costume hétéroclite? — Je suis fils d'un officier irlandais au service de France — Vous êtes donc Jacobite ? — Oh ! je vous en réponds. — Asseyezvous, mon cher enf.int; eh bien , votre père ?
— Je me suisemb.irqué avec lui à Calais. — Après ? — Nous avons abordé à Wick. — Ensuite ? — Mon père cherchait à se réunir à M. >Iac-Mahon. — Et il vous a confié ses projets? — Il connaît ma prudeace. — Cela ne prouve pas trop en faveur de la sienne... Ah ! permettez-moi une réflexion. Il me semble qu'hier vous ne connaissiez pas JI. Mac-Malion? — C'est encore un effet de cette prudence que mou père a reconnue en moi. Je me défiais de vous, je me déliais de tout le monde. IMais à peine M. Mac-Mahon eut-il fermé la porte de notre chambre, qu'il m'a tendrement embrassé et m'a dit en me remettant ce papier : Je sais qu'on me cherclie, et votre âge vous met k l'abri de tout soupçon. Prenez cette lettre du prince; elle vous servira si la fortune nous sépare , ou elle sera commune à tous deux si vous voulez vous attacher à moi.
Robert présentait en eH'ct la lettre avec un sérieux et une dignité propres à persuader. — Pardon, mille pardons, lui dit l'aubergiste; mais dans une affaire aussi délicate, il est bon de savoir à qui on se livre. Revenons à votre père. — Ou l'a arrêté chez M. Cammeron...
— Chez M. Cammeron ! le prêtre le plus respectable !... — lietly m'a ôté mes habits français... — Elle a bien fait, Betly. Elle est un peu rcvcclie, mais bonne fille au fond. J'ai passé là il y a quinze ans...
— Il y a quinze ans? — Elle était, ma foi, jolie. Enfin? — Enfin elle m'a habillé comme me voilà pour me rendre méconnaissable. — Elle a eu tort : vous êtes fagoté de manière à piquer la curiosité , et le roi George a des agents partout. — Oh ! je ne m'alarme pas aisément. — Bien , mon brave , bien. Moi , je ne suis pas né courageux , et je me borne à aider les gens du parti selon mes petits moyens. 'V'eneï avec moi.
U conduit Robert dans un arrière-cabinet, et lui donne la défroque,
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très-propre encore, d'un fils unique qui s' tétait noyë dans la crainte de l'èlrc, c'esl-ci-ilire en iipprenanl à n:if;er.
IVnilant (pie Holieil se iloimail iiiie lournure décente, il interropeail , ealeul.iit ses réponses el liiail parti de tout. — Qu'est devenu ce dip,ne M. Mae-!Mulion ? — ^ ous n'avez done rien vu ? — J'étais sans armes. — Les scélérats l'ont tué : Dieu le leur rendra quelque jour, — Oli! c'est ce qui leur arrivera avec le temps. El vous dites qu'il a laissé son tils malade au\ Orcadcs? — Dans l'iie d'Eda , chez un prêtre qui a été confesseur de notre bon roi Jacques, et qui ne balance pas à (piatre-vini;ls ans à cvposer sa vie pour être utile au\ vrais Jacobites. — Il n'expose pas jjrand'cliose; mais il n'en a jias moins de mérite. Je vais premlre la route des Orcades... Ali eii... mais le jeune HLlc-.^^•lllOll ^^t-il eonuii:' — l'as du tout. Il est tombé m ilade en débarquant , cl le premier soin de son père a été de le lueltrc en sûreté.
.Milord ol hiildJy Lovai
— lion. Vous sentez qu'il y aurait de la témérité à s'exposer inutilement... — Sans doute. — Je me réunirai à lui, nous pleurerons nos malheurs communs, et si je suis privé de mon père... — Ah! mon ami, j en ai bien peur. — Je repasserai en France avec mou compagnon d'infortune. — C'est ce que vous pouvez faire de mieux. — Et il trouvera chez ma pauvre mère un asile et du pain. — Digne enfant, digne enfant !
L'hôte était attendri, l'hôtesse l'était à l'excès. Robert crut devoir profiter du moiiieiit. Il lira sa couronne de sa poche et la présenta d'un air qui voulait dire : Quel plaisir vous me feriez si vous ne me la preniez pas I — >on , dit l'Iiùte , non , mon jeune ami. Vous avez bien soupe sans que j'en sois plus pauvre, (jardez votre écu , et Dieu fasse qu'il vous profite. Je vais vous donner quelques renseignements.
« En revenant d'Eda, M. Jlac-iMahon a vu dilïérents seigneurs qui l'ont reçu avec distinction, et qu'il a disposés en faveur du prétendant. Prenez leurs noms, les lieux de leur demeure, el d'ici aux Orcades vous trouverez partout le couvert , la table et même de l'argent. Je vous en donnerais bien, mais je n'en ai pas trop.
• Allez, mon ami, ne perdez pas de temps. Les bons Jacobitcs ne sont pas sorlis de cette nuit de peur d'être remarqués. Les ]iarlisans de (ieorgessont restés tranquilles, parce ([u'il leur est égal qu'on lue un des nôtres. Les uns et les autres vont sortir de chez eux. N ous êtes facile : les premiers vous exposeraient jjar leurs caresses aux soupçons «les seconds, et vous finiriez peut-être par aller joindre votre père à Ncwg.ile. "
Il donne r. Robert une liste des lords avec qui .AL .'Mac-IMahon avait formé des intelligences, et il le met ii la porte, enchanté d'en être déb.irrassé, et comptant bien se faire nu mérite des services qu'il lui avait rendus, si le prince Edouard triomphait un jour.
Robert a repris sa course. Il s'imagine avoir tout prévu; il croit sa fortune assurée. — JNoii . dit-il, non, je ne serai ]ias chancelier de Fraiiee; el qu'est-ce après tout qu'un chef de la justice ? un animal vêtu aussi plaisamment que je l'étais ce matin, qui doit s'écouler
parler, tout faire méthodiquement; grave, taciturne, ennuyé et ennuyeux ; voilà, ce me semble , ce que doit être un chancelier. Vive, vive l'uniforme ! cela donne à un jeune homme une grâce , une tournure !...
Je me fais réellement Jacobite. Je débute par une sous-lieulenance. Je me bats bien, (pioique je confesse avoir eu peur celte nuit. A la fin du mois je suis colonel. On m'envoie reconnaître une redoute , je l'enlève; on me détache avec mon régiment, je bals l'avant-garde ennemie. On me fait brigadier, et avec ma brigade je passe sur le ventre à toute l'armée du roi Georges. Le iirince Edouard ne voit plus (pie moi ; c'est moi seul qu'il charge de toutes les grandes expéditions. Il congédie enfin ses autres généraux, et me nomme généralissime de ses armées. Je marche droit sur Londres. Le lord-maire vient au-devant de moi me présenter les clefs de la ville sur un plat d'or, et me supplie à genoux de ménager ses concitoyens. Je pardonne à tous les habitants eu faveur de milord All-is-bad , qui pourtant m'a fait bien du mal; mais je lève à mon profit une contribution de dix millions sterling. J'envoie un aide de camp au prince Edouard et je le presse de se montrer. Je le prends par la main , je le conduis au milieu du plus brillant cortège à Westminster-hall. Un trône est préparé , et la foiUc ravie ne cesse de crier : Vive le nouveau roi ! Queest mon étonnemenl ! Edouard confesse publiquement que c'est à moi qu'il doit sa couronne; 'il veut me la mettre sur la tête, et moi... aïe, a'ie, a'ie.
C'était le brancard d'une charrette qui venait droit à Robert , qui le fra])pa à la poitrine, qui le jeta à dix pas de là, el qui termina ces grands projets comme l'expérience plus lente et aussi sûre en dissipe tant tous lesjours.
— Oh ! oh 1 dit Robert en se levant et en boitant tout bas , j'ai été un peu vite ; mais me voici descendu du trône plus brusquement que je n'y étais monté. Après tout , est-il nécessaire d'être roi pour être heureux? Une belle terre, un château commode, des vassaux aflectionnés, une jolie femme... oui, jolie , très-jolie femme , el avec cela on peut passer doucement la vie sans faire de vains projets. Eh bien ! il y a partout des terres , des châteaux et de jolies femmes : pourquoi n'aurais-je pas comme un autre une jolie femme, une terre et un château ? Que faut-il pour cela ? De l'argent. J'ai un écu que je ne devrais pas avoir, c'est de l'argent trouvé. Avec un peu d'adresse , certaines gens, dit-on, trouvent aussi aisément un million que d'autres un écu, et je ne suis pas maladroit. Allons , j'adopte une vie opulente et tranquille. Je fais à ma petite femme des enfants jolis comme elle... mon Dieu! qu'il doit être agréable de faire des enfants! Elle les nourrit , je les caresse, je les fais sauter... Ah ! parsembleu, en voici bien d'un autre !
En faisant sauter ses enfants , Robert avait sauté lui-même dans le fond d'un étang. — Diable ! diable ! disait-il en se tirant de la boue, si l'ami Rilllard était là, il me dirait que ces deiLX accidents sont d'un fâcheux augure pour mes projets faits et à faire. Pauvre garçon que ce Rifflard ! génie étroit, qui n'arrivera jamais à rien de grand; bon camarade cependant et que j'aime de tout mon cœur.