‹ Vie et aventures de Pigault-LebrunChapitre 297 sur 379 · I. — iDtrodactiOD · texte numérisé non relu

I. — iDtrodactiOD

Il a écrit ses mémoires , peut-être pour conserver des souvenirs, toujours attachants, peut-être aussi par un pur mouvement il'amour-propre : on n'est pas fâché d'apprendre au public qu'on a été l'objet des affections constantes de dcuï femmes , jeunes , l)onnes , belles, et en même temps très-jolies. Le portrait est vrai, parrailement vrai, à l'éffard de madame de Mivville... Je suis tentée de croire, je l'avoue, que le mien n'est pas très-flatté.

Et moi aussi, je vais écrire mes mémoires. Je ne pense pas à consacrer mes souvenirs ; ils sont inaltérables, je les porte avec moi. Une force eipansive, dont je ne suis pas maîtresse, semble répandre autour de moi la joie et le bonheur. Mon dessein n'est pas non plus de sacrifier à ma vanité : j'ai un but plus louable.

Avant d'apprendre à penser, à écrire, j'ai senti la nécessité d'observer. Reléguée d'abord dans un cercle obscur, j'ai vu les hommes à peu près tels qu'ils sont :

je ne paraissais pas dijjne qu'on prit un masque pour moi. Elevée peu à peu par l'amour, je me suis trouvée en relation avec des hommes

Francheville sdoro sa (emme, il le dit, il n'est pas exagéré.

d'un rangdistinfïué. J'ai cessé de les voir ce qu'ils sont; je»

les ai vus ce qu'ils veulent paraître.

Je ne crois pas , cependant, qu'il soit impossible de les dépouiller du prisme brillant qui les environne, et de retrouver la nature sous l'enveloppe où on s'efforce de la cacher, f'ette connaissance de l'homme conduit à expliquer, amener, prévenir ou détourner mille particularités en apparence insiijniriantes, et qui sont cependant les causes |)rcniiores il'événcments sérii'ux, ([ui influent essentiellement sur notre destinée.

L'étude que je vais faire ne peut être l'objet d'un travail sérieux. C'est en folâtrant qu'on provoque la confiance; c'es'. par une contradiction modérée, et toujours aimable, qu'on arrache un trait de nature.

On n'a pas eu l'air de le saisir : le soir, on l'inscrit sur SCS tableltcs.

lent -être le relevé de ces tabli'tles n'offrira-t-il qu'une bifjarrure sans njjréini^nt. Pourquoi écrire, me <lenMndi'rez- vous, si vous vous défiez à ce point de vous-même?

J'ai une fille. Il y aura une époque ou l'expérience de sa mère lui sera utile , et

FANCIJETTE ET HONORINE.

si elle parvient à dire avec certitude :« Cet homme rit, et n'est pas gai; cet lutre me fl;itte, il n'est pas vrai, je n'aurai pas perdu mon tcinp>. H

Peut-èlre encore Honorine ne lira-t-elle ceci que lorsque le sort de toute sa vie sera di'cidé. Cet ouvnijïe offrira Irès-proliabiciiieiii des détails et des scoiies que l'innocence ne doit voir ([ .'.ivcc un voile sur le» yeux. Cette opinion est assci uéiiéraleuienl adoptée, .le ne s.iis si, pour cela , elle est la meilleure. Il est difficile d'( cliapper à un danger qu'on ne connaît pas; la surveillance la plus active d'une mère ne s'étend pas k tous les instants, et il ne faut qu'une minute. .. j'en sais quelque chose.

Au reste, je nie conduirai selon les circonstances , et s'il s'en présente une qui evigc que la vérité paraisse nue, Honorine la verra.

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