X. — tiloiro, décorations, eapérancra, chagrini
Une lettre de Toulon. Elle est adressée k Sainle-Luce. Elle est du préfet maritime.
Il a rendu compte ii la cour du combat naval dans lequel Ducayla a perdu la vie. Il a parlé avec élof;e de la valeur cl du dévouement de iM. de Sainl-Luce , (jui, sans devoirs à remplir, a prodigué sa vie dans cette triste et mémorable action.
C'est iivec lin plaisir bien vrai qu'il lui envoie la décoration de la Légion d'honneur, et qu'il lui annonce que s'il a rinstriictiuii nécessaire, il sera admis dans la marine, en qualité d'aspirant de première classe.
Il tient l'étoile éraailléc, il la considère avec une sorte d'extase; il la porte sur son cœur, et levant sur moi ses beaux yeux : • ^ oiis m'avez ordonné de combattre, dit-il , et j'ai combattu. C'est à vous seule (|ue je dois quelque gloire et cette honorable récompense : ipie votre main m'en décore. »
Il se lève , il vient à moi , il met un genou en terre. Je prends le ruban , je le passe ii sa boutonnière. Ma main est mal assurée. Pourquoi cette émotion? Sui.s-jc donc aussi entaiil que lui ? Pe.il être la présence de Fraiiclieville qui connaît les sciiliments de ce jeune lioinnie, peut-être la crainte de (pii'li|iie impriuliiice de sa part, peut-être eiilin l'intérêt que tous nos amis prennent à lette scène, causent-ils mon embarras.
L'accolade! l'accolade! s'écrient-ils tous à la fois. Ah! l'accolade, répète tout bas Sainte-Luce , el son œil est humide, sa respiration haute, son teint animé. Je le baise au front.
o Qu'ordonnez-vous, me dit-il en se relevant; faut-il m'éloif;ner de vous, voler à de nouveaux dangers? Je pars pour Toulon ; je me présente aux examinateurs, et j'ai la certitude de me tirer avantageusement de cette épreuve. «
Que pouvais-je répondre? Sans doule un jeune hornmc sans fortune ne peut mieux fatre que suivre une carrière dans laquelle il a débuté avec éclat. Mais quand je réfléchis que ses premiers succès sont le prix de son sang; quand je me représente cet êtic si jeune, si dévoué, si intéressant, se précipitant au-devant des coups; quand je crois voir la mort tantôt planant sur sa tête, tantôt frappant ceux qui l'environnent, et arrivant enfin jusqu'il lui, ma langue se glace; je ne trouve pas un mol.
S'il reste cependant il me verra sans cesse, son amour fera le charme et le désespoir de sa vie. Tout entier à ce sentiment , il perdra ses plus belles années dans une oisiveté nuisilile, il lorsque le temps aura calmé la chaleur de son sang, il sentira l'étendue des sacrifices qu il m'aura faits. Il m'accusera de faiblesse, d'une folle condescendance. Il croira peut-être que j'ai partagé... Il me mésestimera, il me ha'ira... Me ha'jr! Je veux qu'il serve.
ce Allez, lui dis-je, et justifiez les espérances que tous vos amis ont conçues de vous.
)i — Ma chère amie, tu ne réfléchis pas à ce que tu conseilles ii Sainte- Luce. Tu lui as ordonné de combattre, dit-il, et il a combattu. Il te demande de nouveaux ordres, et il est prêt à les exécuter. i> est-ce pas dire clairement qu'il n'a aucun goût pour le service, mais qu'il est disposé à tout faire pour toi? Il est flatteur sans doute pour une femme d'avoir cet ascendant sur un jeune homme plein de qualités; mais doit-elle en abuser jusqu'à le contraindre dans ses goûts? M. de Sainte Luce, je travaille à vous faire nommer conseiller de préfecture. Cet emploi honorable ne vous enlèvera pas à vos amis, et vous conduira à une place plus distinguée. Répondez-moi franchement : Que préférez-vous, de la gloire militaire, ou de celle moins brillante, mais aussi solide, qu'acquiert un utile et sage administrateur? — Je ne balance pas, monsieur. Je resterai ])rès de vous... si madame ne s'y oppose pas. « J'attendais cette réponse.
•I Rose, voulez-vous prendre l'air un instant? — Oui, madame. Allons dans le bosquet reprendre notre lecture d'hier. — Et que liaei-vous ensemble , ma bonne amie? — Les Liai.sons dangereuses. — Cet ouvrage est-il bien celui qui convient le mieux à une jeune personnel^ — Sous un certain ra)iport, non, mon ami; sous un autre, il peut lui être très-utile. On y trouve un monsieur de Valmont qui prend tous ; les masques pour séduire et désespérer la femme la plus intéressante, ! la plus sage, et qui réussit enfin dans son odieux projet. » ' Francheville fronce le sourcil. Pourquoi trouve-t-il mauvais que je ; fasse connaître à Rose le piège qu'on peut lui tendre? Pourquoi, sous I le jirétexte d'espérances frivoles, condamne-t-il Sainte-Luce a végéter ' dans la poussière des bureaux? Un conseiller de préfecture de dixneuf ans! Cela s'est-il vu, cela peut-il être? Pourquoi précédemment a-t-il nommé tracasseries ma sollicitude en faveur de la petite Monl- . brun? Pourquoi cet attendrissement, ces larmes ont-ils succédé à lair le plus froid , au ton le plus sic, lorsque je n'ai rien fait qui provoquât les uns, ni les autres? Pourquoi engage-t-il à rester ici l'hoiumc dont je lui ai dévoilé la conduite? Pourquoi madame de Soulances s'est-elle rendue aussi facilement à ses instances? Pourquoi Justine^.. C'est imiir méditer sur tout cela que je cherche la solitude,
FANCHETTE ET HONORINE
et non pour faire rn conimun une leclure qui ne m'esl d'aucune utililo, et ((lie Uose iicul coiitiiiiicr seule.
Je rùve en vain. Je ne trouve lu soliilion d'aucune de ces dilïicillés. Tout ce que je crois eulrevoir, c'est i|iie ces dispar-ites, ces inconséquences, ces contradictions a|i|Kireiiles ])euvent tenir à une même cause, et qu'un mot sullirail pour tout expliquer. !\lais ce mot, qui me le dira? Il faut l'attendre, et le saisir.
Si j'essayais de faire parler Justine? Elle est légère, inconsidérée; mais elle est line, Irés-fine. Il faudrait d'ailleurs que je descendisse avec elle jusqu'à la familiarité, peut-être jusqu'aux confidences, et je veu\ la tenir à un éloiijucmcnt tel, que je m'aperçoive à peine de son eiistcuce.
Trick se sentit enlever par les cheveux et transporté avec la rapidité de la foudre.
Mais Sainte-Luce? Quel parti prendre à son égard ? L'éclairer sur ses vrais intérêts, user de rem|»ire que j'ai sur lui , c'est me mettre en opposition avec mon mari. Je ne le dois pas, je ne le veux pas. Hic taire, c'est favoriser des vues que je ne pénétre point, et qui sont évidemment désavantageuses pour ce jeune homme. N'est-il pas un terme moyen? IS'e puis-jc me faire entendre, sans traiter directement la question? Tout ce qui émane de moi est saisi avec avidité, avec discernement; il interprète jusqu'à mon silence. Je n'aurais même pas besoin d'en venir aux insinuations.
Sans doute il n'est pas loin... Le voilà. Il est assis à quinze pas de moi. Sa tête est appuyée sur ses deux mains. Il la relève par intervalles; il cherche mes yeux. Que doivent-ils exprimer? du mécontentement. Si le pauvre enfant savait combien il m'en coûte pour l'affliger!
Il ne résiste pas à ce qu'il éprouve. Il se lève, il vient à moi. Je n'ai rien à redouter de cette conversation ; Rose est auprès de moi : elle sera ma sauvegarde, comme je suis la sienne. Sainte-Luce n'osera hasarder, en sa présence, aucun terme qui ait rapporta l'amour.
Ma sauvegarde? Pouvais-je croire que j'en aurais besoin, que Rose s'aquiticrait jamais envers moi? Du puissant au faible, de l'homme de génie à l'iipiorant, tout est une suite de rapports et de services mutuels. De leur nécessité est né l'ordre social.
Ce n'est pas, je le répète, que l'amour de Saiute-Luce me cause d'autre émotion que celle qui nait d'un embarras continuel; et comment m'en défendre, lorsque j'entends sans cesse les choses les plus touchantes, exprimées avec tant de charme, prononcées par une si belle bouche? Mire de ce transport, de ce délire? Je l'ai essayé. M'en fâcher sérieusement? Je ne le peux pas. En vérité, Fraucheville est un homme bien extraordinaire.
Je n'ai pas l'air de voir .Sainte-Luce, mais il est près de moi; il s'assied; il s'approche toujours davantage; il louche mes vêlements un doux frémissement agite tout son corps. « IMadame parait plonrée dans une profonde méditation? — Oui, monsieur. — Serais-je assez heureux pour que madame daignât s'occuper de moi? — De vous monsieur! -- J'entends, madame, des projets du préfet maritime,
de la révocation de l'assentiment que vous leur aviez donné. — Je vous ai dit ma façon de penser à cet égard. — Monsieur de Franeheville a fait aussi connaître la sienne. — Et je ne me suis pas permis d'insister. — Cependant, madame, votre mécontentement est sensible. — Je suis toujours bien aise , monsieur , qu'on suive les vues de mon époux. — Pouripioi feindre, madame? Je n'ai que dix-neuf ans, mais je suis inca])al)le d'une imprudence; je le suis surtout de compromettre celle qui... que... — Point d'épithètes, ni de dclinilions. Au fait, je vous en piie. — Eh bien, madame, je linis. Monsieur de Franelieville n'aura plus un mot à dire, à vous, ni a moi, sur ce sujet. J'ai dû préférer sa manière de voir à la vôtre, et vous n'avez pas cru que je m'éloignerais d'ici volontairement. Votre conduite a\ec moi est intelligible, claire; elle me prescrit le parti que je dois prendre, et je n'ai plus qu'une volonté, celle de vous complaire. ^ oiis sciez obéie, madame, vous le serez cette nuit même. — (;elle nuit, Sainte-Luce! »
Je ne peux soutenir plus longtemps cette conversation. Son air, son ton , sa docilité, son dévouement, tout cela est d'un elïet... « Rose, la nuit a]iproche, le serein commence à tomber : rentrous. »
Je traverse le salon, sans m'y arrêter. Je monte chez moi. J'ai besoin d'être seule. Pourquoi seule, toujours seule? Qu'ai-je donc à me dire? Pourquoi cette continuelle et pénible préoccupation?
On ouvre doucement la porte de mon antichambre. Qui s'avance?... C'est lui, pâle, défait, respirant à peine, n Saiute-Luce, vous m'effrayez. Asseyez-vous, remettez-vous... A mes pieds! y pensez-vous, cruel enfant que vous êtes? ignorez-vous que tout le monde peut entrer ici? oubliez-vous à quoi vous m'exposez? — Ah, madame ! cette position convient à un infortuné que vous éloignez, et que votre froideur accable. Je ne vous presse pas de répondre à mes sentiments; je vous respecte autant que je vous aime ; mais rendez-moi celte amitié consolatrice qui m'a soutenu jusqu'ici. — Hé ! vous l'avez tout entière. — Recevez mes derniers adieux. — Je les reçois. — Et accordez-moi une grâce, une faveur bien précieuse pour moi, et sans inconvénients pour vous. — Quelle est-elle? — Une boucle de vos cheveux. Elle sera mon bien suprême; je la porterai sur mon cœur;
Sainte-Luce est à genoux, fondant en larmes; il tient ce gant, cette boucle de cheveux, objets de son culte.
elle m'aidera à supporter votre absence; elle animera mon courage; elle me rendra capable des ]>lus grandes entreprises; et si un jour la renommée porte mon nom jusqu'à vous, vous direz : Les souverains font des soldats; l'amour seul fait des héros. Je vous en supplie, madame, ne me refusez pas. Pensez que je vous parle peut-être pour la dernière fois. — Pour la dernière fois !... Levez-vous, levez-vous donc Souvenez-vous combien il s'en est peu fallu qu'on vous ait surpris à mes genoux dans ce bosquet... Levez-vous, Sainle-Luce,. je vous en prie, je vous l'ordonne. — Vous me l'accordez donc, cette boucle si ardemment désirée! — Ai-je dit un mot de cela? »
Il est debout; il court à mon ouvrage; il s'est saisi de l'instrument... " Ou'allez-vous faire? je n'y peux consentir. » J'arrête sa
'■aris. Typ. Henri Pion, rue Garanciére, 8.
FANCHETTE ET HONOniNE.
main ; il relient la mienne ; il la couvre de baisers. Je veui le di's.irnier, je ne vois |)lus les ciseaux ; je ne sens ([iie ses baisers iiiii se succèdent sans iiiteiiu|>lion , qui brûlent mes mains, mes bras. Je retombe sur mon ottomane ; sa bouclie s'approclie de la mienne ; il va s'égarer... Je lais un dernier effort ; je me lève, je le pousse de tontes mes forces; je luis, je vais me réfu(;ier clieï madame iMontbrun.
« Hé ! ma bonne amie, qu'avei-vous :' • Je m'apiiroclie d'une i;lace ; je suis rouj;e comme l'écarlate. Je me bâte de réparer le désordre île mes clieveux... la boucle est enlevée. »
.Madame Montbrun me presse de questions. Ne voit-elle pas que je ne peux, que je ne veux pas lui répondre? Je sors d'une manière assez impolie peut-t'tre ; niais ma tète n'est pas à moi. Je rentre dans mon appartement ; je n'en sortirai plus de la soirée.
Honorine dort, l.lle dort d'un sommeil pai^ible. Heureux à|;e, où l'on ijjnore les passions tumultueuses, les devoirs sociaux (|ui devraient leur imposer silence, les longs chagrins qu'on se prépare eu les violant... Kn les observant, chère enfant, puisse
ton cœur goiiter longtemps ^
ce calme précieux, qui n'est pas la vie peut-être , mais qui détourne les orages!...
Pauvre Hose I pauvre Saiiite- Luce...Ah! pauvre!...
1\ va partir cette nuit , cette nuit même clandesliiieinent. H n'emportera pas ses effets, et il doit avoir frès-peu d'argent. Kn recevra-t-il de moi ? Oh ! oui , il en recevra sans répugnance.
Il connaît mon amitié pour lui , et les dons de l'amitié n'humilient pas.
J'ouvre mon secrétaire ; j'en tire un rouleau de cinquante doubles louis;j'écris sur l'enveloppe : S'e les refusez pas : j'ai tant de plaisir à vous les offrir ! Il connaît mon écriture.
IMaisje sais qu'il va partir, je l'y ai indirectement porté; je lui donne les moyens de voyager. Tout ceci ne ressemble-t-il pas à de l'intrigue, et ne dois-je pas craindre que ce brusque départ n'indispose mon mari? Eh!
mes motifs ne sont-ils pas purs ? M'occupé-je d'autre chose que de l'avancement de ce jeune homme, de la Ruérison d'un cœur malade?
Et puis son amour... son amour ra'inspire-t-ilcetéloignement, cette noble fermeté qui tient à la sagesse, qui en sont la garaiitie... Il partira.
« Madame ne veut rien prendre ce soir ? — Rien.
— Le laitage , les fruits sont serris ; tont le monde est à la salle k manger. — Il suffit. Laissez-moi. »
Ils sont tous rassemblés. Je peux entrer chez lui sans avoir rien à redouter. Je m'avance sur la pointe du pied cérame si j'avais médité, si j'allais commettre une faute grave. Que se passc-til donc dans mon coeur?... Je l'examinerai demain.
Son secrétaire est ouvert. Ce gant, ce gant qu'il m'a dérobé, et qui ne l'a point garanti des coups... Il est là , il couvre une lettre commencée... c'est à moi qu'elle s'adresse : les premiers mots sont positifs. La lirai-je ? iVon... Eh ! qui le saura !... Kon , non , je ne la lirai pas. Ai-je besoin de la lire? Ne sais-je pas combien il m'aime ?
Je dépose mon rouleau ; je m'enfuis.
Je m'enferme chez moi. Je ne fais rien , et cependant le temps passe avec une extrême rapidité. Pourquoi celte soirée est-elle plus courte que tant d'autres ?
Mon oreille attentive n'a rien perdu de ce qui s'est passé dans la maison. J'ai entendu ouvrir et fermer dix fois la salle à manger ; j'ai entendu Francheville et nos amis monter les degrés; j'ai entendu les bonsoirs, j'ai reconnu toutes les voix.
Les portes se ferment. Sainte-Luce , Saintc-Luce !... Il va faire ses
dispositions. Malgré moi , je suivrai tous ses mouvements : vous vous
rappelez que sa chambre tient à mon appartement. Il y a quelques
semaines, je lui ai rendu la clef de cet arrière-cabinet, dont ie ne
— Pauvre petite Rose! comme j'ai c'est la candeur qui s'expriment par s.
voulais pas permettre l'entrée » Justine. Depuis son entier rélablisseiiienl, il ne convenait plus (pi'il passât chez moi... J'aurais du le loger ailleurs.
Oui ! je l'aurais dû. l'entends, j'entends tout. Le cœur me bat avec une evlrème violence. Kli ! pourquoi iii'.ippru<'lier de cette porte, y coller ma joue? Celte curiosité n'est-elle pastléplacée ? De la curiosité! Je m'éloigne de la porte; j'y reviens pour m'en éloiijiier, pour y revenir encore. Il n'y a plus de mouvement chez lui. Est-il parti? par oii ?
Mon eeil se fixe k la serrure... Il est à genoux, fondant en larmes. 11 tient ee gant, cette boucle de cheveux ; ils sont les objets de son culte. Il les porte à sa lioiiclii', sur son ecciir. Il relève sa tète... Il parle... C'est à moi qu'il adresse les adieux les plus tendres, les plus toucliants. Ah! pourquoi suis-je alléc-là?... Il faut m'éloigner de ce lieu.
Il passe un papier sous la porte. Sans doute, c'est cette lettre qu'il
n'avait pas terminée quand je suis entrée chez lui. Imprudent ! si quelque autre que moi la trouvait?... Eh!
r raneheville n'est-il pas in- Slruit?Cependant je ne peux laisser là ce papier, sans m'exposer aux rélleiions, aux interprétations de mes gens... Le prendrai-je? H le faut bien.
Oh! quelle lettre ! quelle lettre ! elle est brûlante... Il accepte mon cadeau; c'est là ce que je voulais savoir; c'est le seul motif qui m'a déterminée à lire sa lettre.
Et je la relis sans réOé- ■ chir, sans penser à ce que je fais... Je la déchire en mille morceaux ; je me cache au fond de ma chambre à coucher, éperdue, hors de moi... Ah! si l'rancheville entrait, que lui dirais-je? Il a la singularité de ne pas trouver mauvais qu'on m'aime ; mais il s'offenserait sans
doute Depuis quelque
temps il passe rarement le soir dans mon appartement.
Livré le jour à toutes les dissipations, il est obligé, dit-il , de donner une partie des nuits au tr.ivail. Oh !
qu'il travaille celle-ci, qu'il ne me voie point.
Que dis-je ? C'est près de lui que je dois me retirer; c'est dans ses bras que je calmerai le trouble qui m'agite. Ah ! je le -sens, j'ai besoin d'un appui.
La porte de communication des deux appartements est fermée. Pourquoi cela ?
Je frappe doiirement... Personne ne répond. Je vais faire le tour.
(^»i est là, debout dans cette galerie?... C'est Justine. Quelle raison la retient ici, à cette heure?... Ce n'est pas le moment de rien approfondir. Il est urgent qu'elle s'éloigne. Sainte-Luce doit passer où elle est. Je vais m'emparer d'elle.
o Où étiez-vous donc, mademoiselle? Je vous ai sonnée trois fois. — Madame voit bien que j'accours. «Je l'ai trouvée immobile comme une roche. « Passez chez moi, faites-moi du thé ; je ne me trouve pas bien. •
Nous entrons , et j'affecte de parler très-haut : il est bon que Sainle- Luce sache que je ne suis pas seule.
Et si cette femme entendait quelque chose dans la chambre voisine... Donnons lui de l'occupation. « Videz cette armoire, et mettez-y ce qui est dans celte commode. — Ne pourrait-on pas reineltre à demain... — Faites ce que je vous dis. "
Je vais, je viens par ma chambre; je dérange, je range mes
meubles; je ne sais ce que je fais. .< Déshabillez-moi... Prenez ce