livre , asseyez-vous près de mon lit. Lisez. Plus haut, jibis haut, u
Je ne vois que l'aiguille de ma pendule ; je n'entends qu'elle.... Dne
! heure. Il doit être parti.
1 Parti! Ah ! qu'il se <listinguc, qu'il prospère , qu'il revienne... Non ; qu'il ne revienne jamais.
été injuste avec elle I c'est la bonne foi , a bouche.
it
FANCHETTE ET HONORINE
Je chrrclic le sommeil. Lui seul petit m'arracher k moi-même. Je ne le trouve pas; je ne le trouver;ii point.
Xi. — Tout s'écbircit.
Il n'est i>lus dans celte maison , qn'il embellissait de sa pri'sencc ; je no le troiivorai plus dans fo^ liosqucls, que ses moindres actions, que sa moindre dcniurclic animaient d'une vie nouvelle. Mes yeux ne rencontreront plus les siens, il est parti... peut-être ne le rcverrHi-ie jamais.
.le le redoutais, et je le refjrettc; j'ai voulu qu'il s'i^loiRurlt , et j't'prouve un vide inconcevalile, un accablement profond. Oscrai-je être vraie avec moi-même? Oui , je le serai, el il m'en coulera peu : je me sens forte de son absence.
I"t l>ui^, qu'ai-jc à me reprocher? IS'ai-jc ikis voulu m'en si'parer le jour même où je l'ai vu pour la premifre fois? Ai-je encouragé son amour par des attentions marquées, par des prévenances, par une caresse, par un mol ? N'est-ce pas d'ailleurs pour ma fille que j'écris ?
Mon enfant, apprends de moi une vérité de la plus haute importance, et dont niailicurcusement une femme ne se pénètre que lorsque re\périencc l'a éclairée : l'Iiommc dont le premier retjard nous jette dans une rêverie involontaire el douce, est celui que nous devons fuir sans balancer. l'rcs de lui, celte rêverie devient bientôt une tendre émotion. Cette émotion s'accroît de la force des sens , dit charme de la conversation. L'énergie désaveux amène le troitbie séducteur, dont on ne pense (dus à se défendre, et une femme , sage jusque alors, pleure une faiblesse qu'elle eut pu prévenir par la force de s'éloigner, ou la bonne foi de disccndre d'abord dans son cœur, de l'examiner sérieusement, et de combattre lorsqu'il en était temps encore.
.le suis pure, si c'est l'être qite n'avoir pas succombé ; mais le cœur n'est il pas coupable, quand il éprouve un désir que condamne le devoir? Mos affections, me répondras-tu , sont indépendantes de notre yoloiilé. \os penchants et les iii.-.titutions sociales sont presque toujours en opposilion . et de ce qu'on a écrit : Ceci esl bien , ceci est mal, résulte-t-il qu'on puisse religieusement observer des lois qui contrarient la nature?
Ces objections, ma fille, sont celles de ceux qui ne veulent pas admettre de frein. Le besoin a rapproché les hommes. A mesure que la société s'est étendue, il a fallu multiplier les devoirs réciproques, et les consacrer par des lois. Ce n'est pas sur l'examen passionné de ces lois que repose l'ordre public, c'est sur leur slricle observance; et quel être a le droit de tout méconnaître, de tout renverser, parce que la nature l'y jiorte? Celte maxime , si quelqu'un la professe, est le premier ariicle du code des brigands.
Une opinion, qui a force de loi, impose la continence aux femmes, une seule circonstance exce]itée. Il ne s'agit pas d'examiner, mais d'obéir. Voyons d'ailleitrs quelles sont les suites d'une infraction conniie, et (|ui peut se flatter qu'une faute restera toujours couverte d'uu voile impénétrable?
Je ne te cache pas , ma fille, que les transports d'un amour mutuel sont la plus iiarfaite des jouissances, la somme du bonheur le plus complet auquel l'humanité puisse atteindre ; mais plus ces transports sont extrêmes, moins ils sont durables; et quelles sont les ressources d'une femme pour qui son mari n'a plus d'amour? En a-t-elle d'autres qtte sa confiance, son estime, son aiuilié? A quoi devra-t-elle ces sentiments? .\ une conduite irréprochable.
Et cette considération , dont nous ne pouvons nous passer dans un âge avancé, qui nous dédommage en quelque sorte de ce que nous avons perdu, qui nous console du malheur de vieillir, le public l'accorde-l-il ii ces femmes qui ont com])té les années, les mois, quelquefois les semaines, par autant de faiblesses! Pardonne-t-il sincèrement une seule faute, eipiée par de longs regrets? Il en suppose d'autres, que la précaution, que l'adresse , lui ont dérobées, et plus t;ird , une scrupuleuse régularité n'est à ses yeux que l'impuissance de faillir.
Une jeune personne qui entre dans le monde, est placée entre le plaisir sans honneur, el l'honneur accompagné de privations. Mais la vie est longue , el la saison des plaisirs passe rapidement. Quel être raisonnable , et qui entend vraiment ses intérêls , balancera sur le choix ?
Il y a vingt-quatre heures, je n'aur.iis pu faire aucun de ces raisonneuienls, et cependant quelle femme doit être plus loin que moi de faillir? Mou époux esl jeune encore, beau, bien fait, aimable, tendre, et il a tout fait pour moi. Kh bieni un enfant m'a l'ait oublier ses qualités et ses bienfaits. Seule avec cet enfaiil, dans les forêts de l'Anuricpii', je n'aurais pas balancé un instant. Ici , j'ai pi l'élever au comble du bonheur, être heureuse moi-mcine de sa félicité : qui m'a retenue? mon attachement pour l'rancheville? Ce n'est |)as un sentimenl si noble qui m'a garantie : c'est ii la crainte de la honte que j'ai cédé. J'ai senti que je n'oserais plus envisager mon époux, ni ma fille; je n Oserais plus, mon Honorine, le tracer ces conseils dont tu auras besoin un jour.
Quels aveux je me fais! Oh! •c "•• ' lépéterai souvent. Us assureront mon avenir)
Le trouble qui in'agite ne durera pas; j'en ai la certitude consolante. 11 ne iiouvait exister de moi à Sainle-Luce d'autre rapjori direct que celui des sens; et si Francheville, qui connaît la vivacité des miens, ne m'eût nn peu négligée, peut-être eussent-ils été nuls auprès de ce jeune homme; peut-être n'eussé-je eu pour lui que les sentiments d'une mère.
Je m'abuse. Ce ne sont pas ces sentiments qu'éprouve une fcniiuo pour un homme paré des grâces de la première jeunesse. Je cherche à me tromper moi-même, comme-si je pouvais y gagner quelque chose.
Ne discutons point, agissons. Il est parti; Francheville me reste, et je me dois toute à lui. Est-il si difficile d'y revenir? h ne faut que le vouloir.
Voilà son portrait; voilà ses lettres. Le premier dit amour; les secondes le développent d'une manière ravissante. Non: non, Sainte- Luce ne peut écrire ainsi. Ce n'est pas sa lettre qui était brûlante , c'est moi qui brûlais.
.le me jilains de la négligence de Francheville! Hé! qu'ai -je fait pour l'attirer, pendant que cet enfant était ici? Qui, de ma vanité , ou de mon cœur, m'a fait remarquer son absence?
Effet terrible des passions! Elles font tout méconnaître, tout. oublier; elles colorent, elles justifient les écarts les plus gr, ves ; elles assoupissent jusqu'aux remords. Ilélas! à quoi tient la dégradation d'une femme? A un mot, à une pulsation plus ou moins forte, à un rien.
Il est parti... Il était temps. Je suis encore moi-mtme : que Dieu en soit loué !
Relisons ces lettres. C'est là que je trouverai le contre-poison.
Hé ! pourquoi ne pis chercher Francheville lui-même ? Sa présence ne reprendra-t-elle pas sur moi ce doux empire qui me la faisait désirer sans cesse?
Oui , je veux le chercher, le trouver, tout oitblier dans ses bras.
Il n'est pas chez lui; il n'est pas dans la maison. Je parcours le jardin... Sans doute, je le rencontrerai dans les bosquets.
Avec qui est-il? Je reconnais sa voix , sans pouvoir encore distinguer les mots. On lui répond presque bas, et cepemlant la conversation paraît animée. J'approche... « Maintenant que ce jeune homme est parti , comment l'occuperous-nous pendant les journées ? — Oh! ma chère amie, nous verrons. » 11 est avec madame de Soulanges.
Sa chère amie ! jamais il ne lui a donné ce nom devant moi. Il a toujours été affable, mais respectueux avec elle. Pourquoi cette familiarité dans le tête-à-tête... Maintenant que ce jeune homme est parti, comment l'occuperons-nous pendant lis jûur7iées?... Comment l'uccuperons-niius? De qui parlent-ils!... Ciel ! juste ciel! Le voilà le mot que j'attendais. Tout est cclairci.
Il aime madame de Soulanges; il en est aimé.
Sainte-Luce, sans cesse avec moi ou sur rnes traces, m'empêchait de rien voir, et Francheville s'est opposé à son départ. Il a blâmé l'intérêt que je porle à llose , parce que Soulanges, tout à elle , était plus facile à tromper.
Ne me laissé -je pas abuser par utie prévention injuste, par une explication forcée?... Non, non. La porte de communication de nos appartements était fermée cette nuit; il n'a pas répondu lorsque j'ai frappé; il était avec madame de Soulanges : Justine veillait pour eux.
Et Soulanges, Soulanges, où était-ii ? avec Rose ? Quelles perfidies! quelle profondeur dans la manière d'ourdir une trame! Ma tête se monte... Je vais éclater... Réfléchissons d'abord, consultons la raison. Dans une heure, demain, il sera temps encore de faire valoir mes droits.
Mes droits! et depuis un an ai-je pensé aux siens! N'a-t-il pas dû remarquer en moi cette tiédeur, toujours offensante, quand elle ne brise pas le cœur? Oh! si c'était moi qui l'eusse porté à chercher ailleurs le bonheur que je ne lui offrais plus!... Oui , je suis coupable de sa faute, et Francheville vaut mieux ipte moi : généreux et sensible, même en m'adressant des reproches, ne s'est-il pas encore ému jusqu'aux larmes en écoutant ma justification, que j'interrompais à chaque mot, pour lui donner les noms les plus doux, lui prodiguer les plus tendres caresses? Il élait infidèle; il se repentait : ce moment pouvait être décisif; quelques caresses encore, quelques expressions d'amour le ramenaient à moi. Ne me suis -je ])as brusquement éloignée? Ai-]e eu depuis une pensée qui se rapportât à lui ?... Je mérite mon sort... Non, je ne peux me le persuader. Quoi! parce que j'ai eu nn sentiment de préférence pour un jeune homme dont il ne m'a pas été permis de m'éloigner, je perdrais sans retour le cœur de mon mari! il ne verrait plus en moi qu'une étrangère, qu'il oublierait bientôt, si ma présence ne lui rappelait sans cesse l'amour qu'il a eu Iiour moi, el les sacrifices qu'il m'a faits! La punition est-elle proportionnée à la faute? N'est-elle pas trop rigoureuse ? Que dis-je ? est-ce à l'abaiulon, à l'oubli que s'arrèle un époux qui a cessé d'aimer? Francheville me haïra bientôt dans la proi)orlion de ses sacrifiées mêmes; et l'épouse dédaignée sera abreuvée d'hujuiliations et d'opprobres. Quel état! quelle existence! Je ne la supporterais |)as.
Kl madanre de Soulanges? quelle sera son excuse, si je lui fais en-
teiulre de justes plaintes? Coniiuenl noinmera-t-elle l'amitié mécon-
' nue ? un ménage désuni? Que répoudra-t-elle à ntu- infortunée qu'elle
I a privée de son époux, au moment même ou elle cherchait à lui rendre
rANCIIETTI, ET HONoniNE.
le sien? Que sont la probilrf, l'honneur, lu »Wlic«lc»»e, si madame dv Soiilaniics osf v lui'lfnilro encore?
Que ilii-.iil Friinchfvillf à son aiui de tous les (cnips, de touli» les circonstances, ii Soulan|;e> oulr.i|;i' par lui, sinon dans ses afleetions, au moins dans son honneur? Quelles suites d'infortunes, si tout cela se dccouvii' !
Je in'i'loii;naisen faisant ces réflexions, elen (l<'|iloranl mon niallieur. Je renlni rlui moi. J'ouvris maelilnalement le tiroir de mon secrétaire . ou j'avais serré la clef du caliinet de llose. C:ette clef n'y était plus. Sans doute Justine n'aura pas eu l'audace d'ouvrir ce nieulile sans y èlre spécialement autorisée; et par ipii ? Mou maridé|;radé au point' de ne plus rien ménager, de chcrelier des complices parmi ses valets!... Cette idée est accablante.
Et dose , qui me comble des marques de son afTcction it de sa reconuaissjiiiee , et qui est aussi dissimulée, aussi perverse <pie ceux qu'ont endurcis de longues et profondes habitudes!... jN'y a-t-il plus (le vertu au monde ! il serait alYreui de l« penser.