‹ Vie et aventures de Pigault-LebrunChapitre 314 sur 379 · XXI. .— Où en suis-je · texte numérisé non relu

XXI. .— Où en suis-je

Me voili» seule, sans secours, sans e.spérances, sans autre consolation que la droiture de mes intentions. Cela seul devrait me suffire , et je sens qu'une eonscienee pure est quehiuef'ois un vain refuge. Je redoute le moment de son retour au delà de toute expression. Que lui répondrai-je, quand il me redemandera sa Julie?

.le compte les heures, les minutes, les secondes. Si son domestique a fait diligence, si je calcule juste, il peut être ici dans deux heures. Dans deux heures, tout sera terminé, jusqu'à mes larmes ; je n'aurai plus rien à appréhender, et cependant mes craintes augmentent à mesure que l'inslant ^ipprche ! F..ib,es et crédules parents, qui pensez tout faire pour votre fille en la portant à la fortune et aux honneurs, lisez et réfléchissez. L'i omnie qui élève une femme jus(|uà lui donne à ses droits une exiension illimilée; il ôte à son épouse jiiqu'à l'idée d'une résistance légitime. Elle porte des fers dorés : ce sont toujours des fers. Honorine épousera son égal.

Et cet égal n'est-il pas encore le maître? Celle même qu'un fol amour jette dans les bras de son iniérieur n'esl-elle pas aussi maîtrisée? (^)u'est-ce donc que le mariage ?... Je suis mariée : des raisonnements ne servent plus à rien.

Je suis mariée, et j'ai été si heureuse de l'être ! Félicité, illusion fugitive et trompeuse, après laquelle courent tous les hommes, même après avoir été vingt fois abusés, qu'êles-vous en dernière analyse, ou plutôt qu'est la vie? Un fardeau qui laisse quelques instants de relâche, et qui n'en est que plus pesant quand on l'a repris.

J'entends le bruit de plusieurs chevaux... Ils entrent au grand galop dans la première cour... C'est lui. H a couru à franc étrier pour gagner une heure. Mon sang se glace... Un fisson agite tous mes membres; une sueur froide coule de mon front... Je me traîne à mi porte, je m'enferme à double tour, je mets les verrous. J'attire Honorine à moi, je m'enlace dans ses bras : il me semble qu'elle doit me protéger.

Pourquoi ces précautions? Puis-je échapper à son ressentiment? Hâtons la scène cruelle que j'attends. Elle passera comme mes jours de bonheur ; il ne m'en restera que le souvenir.

J'ouvre tout. Je me laisse aller sur mon ottomane : j'attends les coups les yeux fermés, sans pouls et sans haleine.

1\ ne vient pas Veul-il prolonger mon supplice?... Qu'il vienne, qu'il vienne, qu'il éclate, qu'il tonne, mais qu'il finisse.

J'aurai la force de supporter l'orage ! disais-je hier à Julie. Je ressemble à ces enfants qui parlent sans cesse de courage, et qui redoutent jusqu'aux fantômes de leur imagination.

Des chevaux repartent au galop... Je veux aller à ma croisée; je oe peux me soutenir. « Honorine, vois donc qui part. «

C'est lui. Il s'éloigne sans daigner me voir, sans avoir pris un moment de repos. " Il est déjà loin, » dit ma fille... Je respire.

Un domestique me remet une lettre... Elle est de lui. «Sans doute vous vous applaudissez maintenant de ce que vous avez fait. Vous sentirez bientôt l'imprudence de votre conduite : vous en gémirez, il sera trop tard. "

Que veul-il dire? que va-t-il faire? Tout entier à l'amour, peut-il s'occuper de vengeance? Ces deux sentiments sont opposés; ils ne trouvent pas de place dans le même cœur. L'espoir l'eniraîne, le conduit, le pousse sur les pas de Julie; que lui importe sa femme ? On ne frappe pas l'objet auquel on n'a plus le loisir de penser.

Mais s'il ne retrouve pas Julie? Elle a sur lui quinze heures d'avance; elle doit être au delà de Paris, et il ignore la route qu'elle doit prendre. Exaspéré, au désespoir, il ne verra plus que celle qui la lui a ôtée. Il reviendra l'accabler du poids de sa haine.

De sa haine? Est-il donc vrai qu'il puisse haïr? 11 a écrit ce liillet dans un moment de colère et d'irréflexion. Un exercice violtnt , un intervalle d'un , de deux jours le rendront à lui-même. 11 ne l;iurmeutera pas celle qu'il a tant . imée, et qui n'a pas de tort envcr.'. lui. Fùl-il susceptible de se porter à quelque excès, il aime sa f.lle; elle obtiendra grâ. e pour sa mère.

M.iis qui m'oblige à rester ici, en proie à tant d'anxiélés? Je peux retourner à Paris, descendre chez m dame d'Elmont, la tenir continuellement entre lui et moi, éviter ainsi le reproche, les éclats (|u un homme bien né ne se permet jamais devant un tiers. Je vais partir.

Quitter sans son aveu le domicile où il m'a placée ; paraître ri.erchcr la dissipation, les plaisirs, au moment même où j'ai encouru sa disgrâce; donner lieu à ces inculpations vagues, toujours inleiprétées avec plus ou moins de malignité, par cela même qu'elles n'ont rien de déterminé? Non, je ne fournirai pas d'armes contre moi, ni à lui, ni au public; j'ôierai à la malveillance jusqu'au plus léger prétexte; je resterai.

Je reçois une lettre de Julie. Elle n'a pas voulu s'exposer dans une chaise de posie, avec une femme qui a perdu sa confiance. Elle pressent que M. de Francheville la suivra, et elle croit Thérèse capable de lui donner des facilités sur la route ou dans les aubenjes. Elle a trouvé à l'hôtel garni où elle est descendue à Paris, deux officiers de marine

FANCHETTE ET HONORINE

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qui ont connu son mari; elle s'est mise nvrc eux dans la ililicence. Elle n'est enlri'e dans um-iiii détail sur les mollis de son voya(;i- ; mais elle ri'ilainer.i leur proteilion si les eircoMsIaiices l'eiigiiil. l'.lle me demande pardon des iliai;rins qu'elle m'a causes, île eeuv qu'elle pourra me ciusi'r encore. Oh! je lui pariloiine dti fond du cirtir.

Elle presseul qu'il la suivra. Aurait-il l'Iiiipuili ur île se remontrer dans cette ville' Il ju|;e sans doute que Marseille est le lieu oii elle doit se croire le pUis en sùreti' eoiilre lui, et il est dans un état d'eiaspératioii à tout entrrprendre , à tout liravcr.

Mais ce que je pensais tout à l'Iieure, relativement ii moi, de la puissance du temps et de la rèllexion , aura lieu à ré|;ard de Julie. Incapalile d'emplou'r d'autres moyens que ceu\ de la persuasion, il sen ira lii mot qu'il n'y a rien à espérer d'une lemine qui a pris un parti aussi cnen;iqiie. Il reviendra sur ses pas; Il armera contre l'amour son orijiieil olVensé ; et dans la plupart des ijciis du |;rand mondi', l'amour est un sentiment secondaire, toujours subordonné ii la vanité, et même ;i l'intérêt personnel.... Kli ! mou Dieu, sais-je ce qu'il fera? I.e cauir humain est un dédale, et le fil nous échappe au nioiiieni même oii nous croyons le saisir.

Trois jours sont écoulés , et je n'ai de nouvelles de lui ni de personne.

I ne lettre de madame d'Elmont! Il a été chei elle, chez tous ceux que nous connaissons, l'arlout il s'est montré plus aim.ilde que jamais. S'ieiinent ensuite les mariages, les naissances, les intrigues de l'ambition, le dépit de l'ambitieux joué. La lettre est longue : c'est un journal. Itladame d'himout la tcrmirc en adressant. 'i madame Ducayla les choses les plus affectueuses. Elle croit Julie toujours auprès de moi; il est évident (|u'il n'a point parlé d'elle : il a voulu s'assurer qu'elle n'est point ii Paris, et il a été impénétralile. (Jiie va-t-il faire? 'i'elle est la qiiesiioii que je nie répète cent fois dans une heure, et que je ne peux résoudre.

Encore neuf jours de passés, et je ne sais rien.

Ahl \oici des lettres. îMadame Montbrun a reçu Julie avec un véritable plaisir. Cette jeune veuve la dédommagera , dit-elle , de l'étoignemenl de sa fille, qu'elle a mariée selon son cœur, et qui est prfaitement heureuse : puisse-t-elle l'être loiigiemps! Pauvre petite Uose ! Que serait-elle sans moi ? Séduite, déshonorée, abandonnée , indigne des regards d'un honnête homme , elle eût passé sa jeunesse dans l'humiliation et dans les regrets. Elle ne peut penser ii moi sans un mouvement de reconnaissance et d'affection. Le bien qu'on a fait n'est jamais perdu pour soi ; c'est un baume pour toutes les plaies de l'âme : je l'éprouve en ce moment.

Et celle-ci , celle-ci , qui ne m'est pas tombée d'abord sous la main , et qui va tout m'apprendre !. , C'est Julie qui écrit.

II a couru nuit et jour. Il a joint la diligence à trente lieues de Marseille, fatigué, excédé, ne pouv ut plus se tenir ii cheval. Son ceil avide a plongé jusqu'au fond de la voiture. Julie était enveloppée dans sou voile , mais il a reconnu Thérèse. Il a fait arrêter le postillon. Il restait une place, il la prise : il était temps; il n'aurait pu courir deux heures encore. Julie avoue que l'embarras, la frayeur que lui ont causés sa présence, n'étaient pas sans quelque charme. Oh! je le crois. Elle s'exprime avec une extrême réserve; mais j'entends ce qu'elle ne dit p,is.

H a fallu arrêtera la poste prochaine; il avait besoin de prompts secours, et cependant il a trouvé le moyen de parler à Thérèse en particulier. Sans doute cette fille lui a tout dit. Julie l'a renvoyée en arrivant à Marseille : elle a bien fait.

L'état oii il était ne le rendait pas redoutable , et elle a cru ne pouvoir se dispenser de lui donner des soins. Je l'en remercie. La vertu dépouillée d'humanité ne serait que du rigorisme : elle se ferait haïr. Mais que Julie se défie de sa seiisibiliié : un coeur faible change les mots, les choses restent les mêmes.

On est entré dans IMarseille. Julie s'est fait conduire chez madame Klontbrun ; il est allé se cacher chez du Rejnel. 11 n'a vu personne; il ne s'est montré nulle part : il conserve un reste de pudeur.

Cependant il n'a pas essuyé tant de fatigues sans avoir un plan arrêté , et il n'est pas en lui de se borner a respirer le même air que Julie. D'après ces réflexions, elle a cru devoir tout déclarer i» madame Montbrun. Elle s'est décidée à ne pas sortir et à ne recevoir personne. Cette conduite est sage et prudente.

Q)ue de peines , que d'intrigues , que de combinaisons je vois dans tout ceci ! (,)uelle force de passion se décèle dans toutes ses démarches ! L'amour ne veut pas reconnaître d'obstacles; la résistance l'irrite, et cependant le soutient. Julie, livrée aux transports de M. de Francheville , prtagerait bientôt la destinée de celles qu'il a aimées, qu'il aimera encore.

Du Keynel est un homme bon et simple, qui ne s'inquiète , qui ne s'occupe de rien , à qui on fait tout croire, à qui il fera tout dire, lout taire, et qui est d'un rang à se ]>résenter, à être admis partout. Il ne pouvait choisir d'agent plus docile et plus sijr.

M.idame Montbrun a un jugement sain , un cœur droit; mais point d'esprit, rien de celle finesse si ordinaire aux femmes, sans doute parce qu'elles en ont continuellement besoin. Madame Montbrun ne prévoira rien, n'évitera rien. Julie sera réduite ii se défeudre seule, et elle aime I Qu'arrivera-l-il de tout cela?

Elle m'écrit avec exactitude : elle ne me cache rien de ce qui »e passe dans son cauir : elle a plus de force en ce moment que je ne lui en supposais. .Si elb- écrit plus rareineni, si ses eiprestioni deviennent vagues , son style contraint , elle est perdue.

Il suit ses projets en lioinme du monde , salis blesser le» bienséances; il y tient en amant passionné , ave<- persévérance. On l'a vu rôder le soir dans la rue ou liemeure madame Moiitlinin 11 était tout en noir, sans doiile pour s'envelopper d'une obscurité plus profonde encore que celle île la nuit.

11 a f .it demander plusieurs fois ii madame Montbrun la permission de se présenter chez elle : on la lui a refusée. Il a écrit p iisieurs lettres à Julie : elle les a renvoyées sans les ouvrir. Pauvre enf.iiit ! Enfin du Ueynel entre en scène. Il se char);e de remettre les lettre* ouvertes. Ou les repousse; il les dépose dans des endroit» ou II est certain qii on les trouvera; probablement il suppose, et avec raison, qu'on ne résistera pas à la curiosité, si on continue à combattre l'amour. La fierté renvoie une lettre cachetée; elle est sans ressource quand la lettre est ouverte : comment prouver qu'on ne l'a pas lue, et quelle est la femme qui ne lise, quand elle sent que celui qui a écrit peut croire qu'elle a cédé? D'ailleurs ses yeux ne laissent aucune trace sur le iiapier, et, dans tous les cas, elle peut nier. Julie a lu.

Je fais il du Keynel plus d'honneur nu'il ne mérite : ces idées lui ont été suggérées. iMais, malgré sa bonhomie, bien réelle, •comment ne sent-il "pas l'indécence du rôle qu'on lui fait jouer? (^)uels raisonnements ont trompé sa raison au point de le faire consentir :i se dégrailer?... Je m'y perds.

Madame Montbrun a fini par lui fermer sa porte. L'intrigante Thérèse a essayé de gagner les domestiques, et madame Monlbriiii a défendu à ses gens de la voir. Cependant elle a séduit quelqu'un de la maison : Julie trouve tous les jours des lettres sur sa toilette, dans son ouvrage, jusque dans les endroits oit le soin de soi-même arme la pudeur coiitre.toiite espèce de surprise.

Ces lettres sont de feu. Elles allument ses sens; elles obscurcissent ses facultés morales. S'il paraissait devant elle, oit s'arrêterait son délire? Elle l'ignore , dit-elle... Oh! après sa défaite, je n'en »aurai« douter.

Elle ne lira plus aucune de ces lettres. Elle est bien décidée à déchirer celles qu'elle trouvera, en détoun^ant la vue. Le pourra-t elle? Comment résistera une obsession aussi soutenue? Ce style enchanteur, cette persévérance, animeraient un cœur froid : quel effet doivent-ils produire sur une femme qui aime déjà !

Madame iMontbrun a congédié tous ses domestiques. Mesure tardive ! Le poison circule dans les veines de Julie. Elle cédera à sa violence.

Elle a cédé; c'en est fait. Depuis cinq jours elle ne m'écrit pas.' Elle n'a plus rien à me dire. Je n'ai plus rien ii prévoir.

Dieu! grand Dieu! pouvais-je le soupçonner? Les bienséances, l'honneur la probité, la nature, il oublie,' il méprise, il brave tout. C'est lui qui m'écrit, Il ose m'écrire!

Je suis le seul obstacle i» sa félicité, et il veut être heureux. Julie l'aime, et ne lui oppose que sa vertu. Il en calmera les terreurs; elle se donnera volontairement à lui. Je dois pressentir le moyen, le seul moyen qui peut le conduire à son but. 11 me saura gré de concourir avec lui à rompre des nœuds qui lui sont devenus insupportables, et il me donnera des marques sensibles de sa satisfaction. Si je résiste, il saura me contraindre : il a entre les mains des pièces auxquelles je ne pourrai rien opposer...

La lettre tombe de mes mains; mes esprits s'éteignent; tout disparaît autour de moi... je reviens à la vie, et je me retrouve étendue sur le parquet. Ma tète est soutenue par Honorine. D'une main, elle s'efforce de me relever; de l'autre, elle me fait respirer des sels. Elle appelle mes femmes, qui ne peuvent l'entendre; elle lève ses yeux innocents vers le ciel ; elle me prodigue les noms les plus tendres... j'approche cette figure angélique de la mienne; je la couvre de baisers. • Tu n'as plus de père! " m'écriéjeavec amertume, à demi suffoquée. En un instant, mon visage est inondé de larmes. Je serais morte, si je n'en avais pas trouvé.

• Je n'ai plus de père! répète l'aimable enfant en sanglotant à son tour. Qu'est-il donc arrivé à papa? — Rien, rien, ma fille. Cet évanouissement a dérangé mes organes; j'ai articulé des mots vides de sens. Reprends les tiens et calme-toi. — Que je me calme , et tu pleures! »

Que pouvais-je lui dire? je m'efforçais de retenir ces larmes, qui me soulageaient tant ! je cherchais a paraître gaie. Elle m'observait attentivement. Elle semblait vouloir lire sur ma physionomie ce qui k passait dans mon âme. Je la pris; je sortis avec elle; je ramenai sou attention sur les objets en possession de lui plaire : heureux âge, oii les peines sont si vives , mais si courtes , où tout est distraction et jouissances !

Elle ne m'a pas pénétrée, je l'espère. J éloignerai d elle, autant que je le pourrai, le malheur affreux de méprise-- '«n père.

Julie m'écrit enfin. Elle a gardé le silc,.,.,. , ..«ns l'incertitude ou elle était que je fusse instruite des nouveaux projets de M. de Francheville. Il lui répugnait de m'en parler la première. Elle sait de luimême que je n'ignore rien, et elle me raconte ce qui s'est passé.

FANCHETTE ET HONORINE

Privi' il'intrlligences dans la maison, et irrité d'une ré^blancc aussi soutenue, il a détermine du l\i-)nel » forcer, pour ainsi dire, la porte de madame Montlirun. L'eiplioalion , entre lui , cette dame et .Iiilie, a été vive el précise. On a articulé des faits, et il est résulté de leur r.ipprocliemcnt que du Reyuel a été dupe de sji crédulité. Il s'est cru l'af'eiit d'un amour léi;itime, et cet habit lui;ul>re n'a été pris que pour lui persuader que je n'existe plus, ludi^né de se voir joué avec autant d'audace, du lU'ynel a écrit il M. de Franchcvillc , chez madame Montlirun même, qu'il ail à sortir de chez lui à l'instant.

Il a oliéi. Il s'est retiré dan» une auberije, et le lendemain, avec de l'or probablement, il s'eU Introduit chez madame Monthrun. Julie a voulu fuir; il s'e>t jeté entre elle et la porte, elle a été forcée d'écouter ses propositions, tlle les a rejctéts avec un froid dédain, et il persiste dans son alïreui projet!

il n'a pas iniiit de se présenter aui parents de Julie et de solliciter leur intervention d.iiis celte alTaire. Mabjré réloi|;nement très marqué qu'ils lunnilesient pour li jeune IVniuie. ils oui été révoltés de l'iuimoraliié d'un liomniu qui, pour satisfaire une passion aveuj'le, propose de rompre des nœuds qui lui ont été chers et qui sont toujours respectables l<epous.-.é partout , réduit à se cacher de nouveau, mais subjugué, tyrannisé por son amour, il a cru que celle qui frémit ii la seule idée de causer un divone sera capable d en jiroliter quand il sera consommé. (Test dans ce .sens que s'exprime une dernière lettre écrite à Julie, a\ant sou départ pour Paris.

Ainsi donc les tribunaux vont nlenlir de ses clameurs indécentes; la niali(;nité pTibli(|ue va se repaitre d'une nouvelle S' eue scandaleuse. Je n'ai qu'un moyeu de prévenir un éclat : c'est de concourir avec lui il rompre un engagement qui lut isl derenu insuiiporlatile ! Mais Je dois-je ? quelle est la femme irr<'prochable qui reuoncera volon- 'taireiuent il son état; qui. |iar une condescendance répréhensibic , éloigfiera l'enfant de son père . rompra tous les liens qui les unissent; qui n'espérera pas (|ue, revenu de son éijarenient, ce père aura le temps de se reconnaître et de tout réparer avant que la loi ait prononcé ? Voila ce que je lui ai répondu sans aigreur, mais sans faiblesse. J'ai emprunté le langage de la froide raison , il se fait toujours écouter; les reproches irritent, et l'homme blessé ne voit dans ses procédés les plus durs qu'une juste récrimination.

Cependant , mon ton modéré couvre une résistance ouverte, un refus positif; et si je me défends, il a, dit-il, entre les mains, des armes auxquelles je n'aurais rien ii opposer. Quelles sont-elles? Je suis bien certaine de ne pas lui en avoir fourni. J'ai aimé, j'aime encore, j aime bien tendrement; mais je suis restée pure, il le sait; et parmi les personnes que nous connaissons, il n'en est aucune qui m'ait soupçonnée.

Mais je suis éloignée du public et de mes juges. On leur dira, on leur persuadera les choses les plus fausses et les plus absurdes. Je serai frappée comme ces victimes qui se laissaient conduire à l'autel, sans résistance, sans prévoyance, et qui ne connaissaient leur sort qu'en recevant le coup mortel. J'irai il Paris.

Qu'y ferai-je? En quoi consistera ma défense? Je ne vois pas qu'il pubse établir sa demande sur autre chose que l'incompatibilité des humeurs; mais comment prouver qu'on a été constamment dans son intérieur, sage, douce, prévenante, économe, et bonne mère? Quels amis viendront, des extrémités de la France, déposer en ma faveur? Ai-je une famille, une famille recommandable, qui me protège, qu'on craindra de ble-ser, dont les réclamations seront écoutées? .le serai seule avec mon innocence, et j'aurai contre moi le rang, la fortune, rintri!;ue et la séduction. Quelle position déplorable! Oh! ma tille! ma lil'le!

Quel est ce paquet? Une lettre du prince, de cet homme généreux, il qui celui qui veut cesser d'être mon époux a dii une place brillante, qui m'a donné dans tous les temps des marques d'un intérêt sincère... Voila un défenseur. Et ma tète, constamment exaltée ou fatiguée, eu cherchait oii je ne pouvais en trouver.

it Madame,

• Depuis lonrjlemps je déplore les égarements de votre mari. Depuis longtemps je parais ne pas m'occuper de vous, et persuadé que l'intervention d'un tiers, dans les dcmèlég du genre des vôtres, aigrit au liea de rapprocher, je garderais encore le silence si voire réputation n'était attaquée dans ce qu'elle a de plus précieux pour une femme telle que vous. I\endez-\ous ici sans perdre un instant. Je me flatte que mes di-inarches vous seront utiles. Je vous présenterai moimême a vos juges. Je ne chercherai point à les influencer; mais je demanderai, j'exigerai justice

• Descendez ii mon holel ; la princesse vous y recevra. Elle vous prendra sous sa protection , et il snfl'ira de sa bienveillance pour détruire les im]iutationg calomnieuses dont on vous charge. Agréez , je vous prie, • etc.

Un mémoire! un mémoire imprimé... en si peu de temps! il est dirigé contre moi.

Uh I voilà le comble de l'horreur ! il a conservé cette lettre de madame de Soulun);c$, Cette lettre , ii laquelle il n'avait donné aucune coD&ance, est l'arme dont il m'a parlé, et qu'il emploie bassement,

traîtreusement pour me perdre ii jamais. Et ce mémoire circule, et je suis adultère aux yeux de toute la France !... Barbare ! tu veux m'ôter mon état, ma renommée; tu veux dépouiller ta fille de l'estime qu'elle a pour moi ; lu oses m'atlaqucr dans sou coeur ! voilii ce que

ie lie iieiiv stiniinrtpr. ce ane ie ne ilni>i n:i<i >iAiifrrîr Jp napu ia i.t...q

i secreie». i^ inuigiiauun uuuuie mes lorces, eue les souiienura. IVIa cause est celle de ma fille, je la prendrai avec moi, je la présenterai partout; partout on verra deux victimes, on les soustraira au coup; il retombera sur celui qui veut nous accabler.

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