‹ Vie et aventures de Pigault-LebrunChapitre 320 sur 379 · FANCIIKTTE ET II()^()HI^'E · texte numérisé non relu

FANCIIKTTE ET II()^()HI^'E

genre liiim.iiii doit se diviser en deut classes, les bons et les mc'chaiils. Celte vt'iiti' ist éternelle, imprescriptible; mais pour la sentir, il faut être in.illn'uroux.

De Toiilili lie cette vérité sont nées des difl'érences choquantes pour celui i|ui est forcé de s'j souineltre, humiliantes peut-être pour celui que Halte la bassesse ; car celui qui rampe n'aime pas le grand qu'il adule ; il cherche un point d'appui pour s'élever à son lour.

Louison est une bonne lille, elle a de l'esprit ualurel, et pas la moludre piétiiilion. 1 Ile e>t causeuse; je la fais parler quand je vcu\, j'écoule quand hou me semble, je réponds raremenl. (l'est la le ijcnre de conversalion qui convient à un coeur mal.ide, et on trouve peu d'ùtrcs dispo>és a converser ainsi. J'aiM ans l.ouison ce qu'il me faut.

J'ai Jédomnia|;é Tliomas des petits chai;rins ipie mes brusqueries lui ont causés. (Quelques inar(|ues île boulé l'ont ramené tout a ialt. Est-ce un sentiment d'é(iuité, on le besoin que j'ai de tout le inoude, qui m'a dirigée? Il entre, je crois, de l'éijoisme dans nos actions les plus indilVinnles.

M. du Reynel.

Pierre ne s'occupe que de sa Louison. 11 est dans l'antichambre quand elle est avec moi. Lorsqu'elle me quitte, je ne le vois plus. Il craignait la princesse, il était exact. 11 niaffeclionne, et il me sert mal.' Pourquoi cette différence de lui à Tbomas? c'est qu'il est amoureux et que Thomas ne l'est point ; que ma sensibilité attire le se-cond et rassure l'autre. Passons quelque chose à l'amour, passons-lui beaucoup. Oe quelle indulgence n'ai-je pas besoin pour le mien ? Je les marierai. Faire des heureux, c'est presque lètre soi-même; c'est au moins perdre, pendant quelques instants, le sentiment de ses peines.

Dieu! mon Dieu ! vous m'avez donné la 'orce de supporter l'adversllc, accordez-moi celle de soutenir mon bonheur. Une lettre, une lettrel... elle est de Sainte-Luce ! sa santé est parfaite, son cœur est tout a moi " Va, Louison, va causer avec Pierre. Demain j'écrirai à ton père. J'ajouterai à ma félicité en assurant la tienne. "

J'ai trouvé le moyen d'être seule à la minute, à la seconde. Lettre adorée' je le porte sur mon cœur, sur mes lèvres, à mes yeux. Je voudrais satisfaire tous mes sens à la fois. Ah ! lisons, lisons! que les yeux viennent au secours du cœur!

Art enchanteur, art divin de peindre la pensée, de faire, à deux mille lieues, partager ii une amante les sensations délicieuses dont on est agité, qui t'inventa méritait des autels.

Je me plaignais, il y a peu de temps, d'être réduite à des lettres! quand on écrit comme lui, on fait rêver le reste, et rêver n'est-ce pas jouir?

Je peins sans restriction tout ce que j'éprouve. De belles daines l'éleveront contre la nudité de ma pensée. Uaiis un siècle dépravé, la décence est la vertu des femmes qui n'en ont pas. La décence est à la chasteté ce qu'est le rouge du parfumeur à celui qui colore les joues de l'innocence.

Laissons la méuphysique, les distinctions subtiles, et revenons à

cette lettre et ii l'homme adoré qui l'a écrite. Il l'a confiée au capitaine de la Rassurante , qu'il a rencontrée au delà du tropique. Puisse ce bon capitaine être aimable comme Sainte-Luce, être aimé comme lui !

11 me recommande notre enfant. Me le recommander ! Eh ! n'est-il pas son ])ère ?

Il est chargé d'une mission de la plus haute importance. Il a été joint à la hauteur des Açores par trois frégates qui purlent des troupes de débarquement , et qui se sont rangces sous ses ordres. Il va détruire des comptoirs anglais sur toutes les côtes. 11 espère terminer ses opérations dans un an au plus tard. Il mettra à mes pieds ses lauriers et ses trésors. Toujours de la gloire et des alarmes! Dans la vie privée, ou sur le pavois, il sera toujours pour moi le premier des humains.

Oh ! reviens, reviens. C'est toi que j'étreindrai dans mes bras, que je couvrirai de baisers : je ne verrai ni ta gloire, ni tes richesses.

Je vais écrire au père de Louison. Je le manderai près de moi. 11 parlera d'argent, j'en donnerai. S'il se présente d'autres obstacles, je les lèverai. Je veux que tout le monde soit heureux autour de moi, le soit autant que moi. Je veux être la divinité de Louison et de Pierre, comme Sainte-Liice est l'objet exclusif de mon culte; je veux avoir des autels dans leurs cœurs, comme il en a dans le mien.

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