‹ Vie et aventures de Pigault-LebrunChapitre 324 sur 379 · LA RÉSURRECTION DE L'AMODR · texte numérisé non relu

LA RÉSURRECTION DE L'AMODR

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ftfoiilïctaril, si naïve et si fraiiclie ! lirl»- est l'enfant île la nature; celles-ci sont les lilles ilc l'art. J'en renian|iie nne ce|ieiiilant ilonl la li;;tire réjjiilière est jileine <re\|iression; mais elle est il'iun- |i.iliuiextrùnie. Ali ! je vois ce ijuc c'est : maman la fait conclier le uiatiu et lever le soir, parce qu'il faut que maman «lise : Cu'ur, passe, seule en carreau.

La maîtresse de la maison , (|iii fait parfaitenieMt les honneurs de chez elle, (lasse d'une table à une aulie, adresse à chaenn un petit mot, aui|uei on "'poud par un autre. Klle va au petit coin : « Mh bien, mesdemoiselles, vous amusez-vous un peu? — Oh! beaucoup, madame, a

Je suis seul, absolument seul. L'ennui qui se peint plus forlcmonl que jamais sur la pliysionouiie du i;rand seiijneur, m'a rendu inililïérent pour les di(;nités et la considération ; et si l'idée de mon llébc me poursuit (pielquefois, je m'approche de cette jeune planle flétrie avant le temps, je la reijinle ; un senlimcnt de tristesse s'empare de moi, et éloiijne tonte antre .sensation.

La pendule sonne minuit. Un sentiment de satisfaction perce sur toutes les ri;;urcs. On se lève, on s'empresse de se retirer : on paraît enchanté d'échapper les uns aux autres. Pourquoi donc esl-on venu là? Pourcpioi demain ira-t-on ailleurs faire les mûmes choses ? c'est qu'il est du bon Ion de donner des soirées, et que pour avoir du monde chez soi , il faut aller chez les autres.

Je suis toutes ces soirées-là , j'y philosoithc .î mon aise, et jamais je ne rentre chez moi sans rendre des actions de grâces ù mon vieuv janséniste.

Si, par hasard, je vais nu spectacle , j'ai i^rand soin d'éviter nos petites grandes pièces, où s'épuise le vocabulaire de \'Aliiuiiia( h i/cs Grâces. Je vais à Molière, à Regnard , ù Destouches, et je sui« encore seul, absolument seul , avec le chef-d'œuvre qu'on me lit dans le désert.

INI arrive-t-il au spectacle de prêter un moment l'oreille au l«ngai;e des passions ? je cours en sortant de ma loge au bal de l'Opéra. Je linlance dans la foule. I.a bigarrure et l'eilravaganee des costumes, de» masques bizarres ou hideui me dispensent de rien voir; les niaiseries qu'on in'adresse me dispensent d'écouler : ipiand tout le monde p.irlu a la lois, c'est comme si personne ne parlait. Je suis là, comme le solitaire sur le bord <le la mer. I,e bruit munnlone des vagues ne peut rien sur son enteiulement, et n'interrompt pas sa médit.itioii. (^(iielipiefois il se mouille le bout des pieils, il se recule. Quelquefois je recois un coup de coude cl je m'éloigne un peu.

Pénétré de reconnaissance envers mon janséniste, je crois devoir l'aller remercier. Au coin d<; la nie Copeau , je rencoiilre... qui;' devinez .. c'est elle, c'est mon Ilébé. Klle est avec une feiiimc âgée, à qui elle parle avec déférence et gaieté : c'est sans doute si mère.

Je ne peuv m'empèclier d'alioriler Ilébé. Je m'approche avei' timidité , cl cepend.iiit je lui prends la main : j'.ii toujours remaniiié qu'on enleml iiiieui une jolie femme quand on lui lii iit la main.

■Sa mère ne s'olïeiise pas de cette liberté , parce <|ue ma fi|'ure exprime un sentiment honnête. J'entre dans des détails. Ilébé est une lille bien née, j'en suis fort aise. La mère et la fille vivent il'un Irésmodiciue revenu, j'en suis bien aise encore. Je demande la permission de continuer la conversation chez elles ; on me l'accorde, et j'en suis enchanlé.

Je m'informe dans le voisinage de la conduite de ces dames... Oh! que j'eusse été douloureusenicntafl'ecté si les renseignements n'eussent pas été favorables !.. Je ]>roposc ma main en tremblant ; Ilébé rougit, et l'accepte.

.l'ai vu le monde et les grandeurs; j'en suis tout à fait revenu. Je délinis maintenant la sagesse, Vart d'iUre heureux. Je le serai avec Ilébé ; je serai toujours seul avec elle, puisque nous ne serons qu'un, et la plus séduisante solilinle est celle qu'embellit une femme qu'on adore , et dont on es^ tendrement aimé.

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