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LA RÉSURRECTION DE L'AMOUR

PAR LE JIEME.

En ce tcmps-l.T, .Mcibiadc vivait, et il illustrait sa patrie par sa valeur, son esprit, ses talents et ses grâces. Les jeunes gens d'Athènes s'eflorçaient de l'imiter, et la plupart n'avaient pris que ses ridicules et ses travers. Alcibiade en avait : qui n'en a pas?

Ce début me rappelle l'époque oii les petits-maùres abondaient en France.

On appelait ainsi des jeunes gens d'une haute naissance , d'une figure aimable , d'une imagination brillante , d'une valeur éprouvée, remplis d'ailleurs de grâces et de défauts. Distingués par des actions d'éclat, dangereux par leur influence, ils jouaient un rôle dans l'Etat; ils avaient du crédit auprès du maître; ils méritaient des éloges, avaient besoin d'indulgence, et possédaient l'art de tout obtenir. Tels furent les d'Epernon, les Caylus, les .Maugiron, les Bussy d'Amboise. Leurs successeurs ne leur ressemblaient pas , et le titre de pelitmaitre ne se donna plus que par dérision à de pauvres sujets qui cherchaient, sans les atteindre, les travers distingués de leurs modèles.

Ainsi l'exemple d'Alcibiade avait entraîné jusqu'à ceux qui avaient avec lui le moins de ressemblance. Il était homme à bonnes fortunes; chacun voulut l'être comme lui.

Alcibiade avait obtenu ce titre à force d'agréments et d'amabilité. Avant d'oser s'en faire honneur, il était persuadé de sou mérite, par les préférences dont il était l'objet. Trop recherché pour être constant, il était entraîné par le nombre de femmes aimables qui venaient, pour ainsi dire, s'offrira lui. L'inconstance était souvent moins l'eflet de son caractère que celui de sa situation. 11 était léger sans être perfide. La perfidie devint le grand ressort de ceux qui lui succédèrent, parce qu'ils n'avaient pas d'autres moyens. Us semblaient être appelés à un rôle tout différent de celui qu'ils prétendaient jouer. Ce rôle était devenu une profession ouverte, comme celle de capitaine ou d'orateur. On l'exerçait, sans s'interroger sur sa figure, sur ses moyens de plaire, et en général, tout cela était indifférent au succès. Pour réussir dans cette carrière , il suffisait de s'y présenter. On y voyait briller des jeunes gens à qui on eût pu conseiller d'acquérir quelques qualités qui pussent faire oublier leurpeu d'agréments. Ces détails ne font pas honneur au goût , aux principes des dames d'.-Vlhènes, je le sais. Mais elles ne sont plus; j'écris pour nos Françaises , qui ne leur ressemblent en rien, et je ne crains le ressentiment ni des unes, ni des autres.

L'amour se nourrit d'espérances ; il aime à s'envelopper des ombres du mystère; il redoute la satiété. A Athènes, on n'avouait pas ses

liaisons; mais on aimait à se laisser pénétrer. La satiété précédait le sentiment, ou plutôt elle l'empêchait de naître. Telle femme était à la mode; il était du bon ton d'avoir tel homme; on ne s'aimait pas ; on ne s'estimait pas; on se prenait avec l'intention bien déterminée de se quitter quelques jours après. On savait déjà à quelle nouvelle maîtresse ou porterait ses hommages, à quel amant nouveau on permettrait d'être heareu.v. Les maris, inconstants comme leurs femmes, fermaient les yeux sur des écarts qui ne les touchaient plus. Oii il n'y a pas de mreurs, honte est un mot vide de sens. Les classes inférieures I suivaient cet exemple : à l'éclat près. L'amour n'était plus qu'un mot, [ le mariage qu'un contrat. Les cœurs étaient froids, les sens usés, la débauche était partout, et on la décorait du masque du plaisir. Le plaisir, compagnon fidèle des sentiments doux, avait disparu avec eux. La médisance était l'âme des conversations. 11 était presque impossible de calomnier.

Longtemps le culte de Vénus avait été épuré par la délicatesse ; son temple était honoré, ses autels chargés d'offrandes pures comme les cœurs qui les offraient. La déesse souriait aux amants que lui présentait son fils. Ils venaient jurer de s'aimer toujours. La bonne foi dictait leurs serments; cl s'il arrivait à quelques-uns de les enfreindre , ils invoquaient l'Amour, qui daignait quelquefois rallumer son flambeau.

Mais alors le temple était désert, les autels sans sacrifices; la ronce et le chardon encombraient les portiques : les prêtres seuls conservaient le souvenir de ce qu'il avait été.

Le jieuple se portait en foule dans un antre obscur où la licence était adorée. A l'entrée étaient les jeuv et les ris; les soucis dévorants poursuivaient ceux qui en sortaient. Incapables de se connaître et de penser, ils n'étaient plus que des ombres errantes, et ils ne s'en apercevaient pas.

\énus, indignée, résolut de châtier ce peuple ingrat et aveugle. Cléomènes, le plus vieux et le plus zélé de ses prêtres, était entré dans le temple ; il est frajipé de terreur. La statue de la déesse se renverse , se brise; les traits, l'arc de l'Amour tombent en éclats; le tonnerre gronde , et une voix se fait entendre : L'Amour n'est plus , la Saliélé l'a lue.

'< Ah! dit Cléomènes en soupirant , je l'avais prévu. Quand les femmes dispensent les hommes de l'estime, il faut que l'amour périsse. •

Il élève vers le ciel ses bras affaiblis; il prie avec ferveur; il offre

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