‹ Vie et aventures de Pigault-LebrunChapitre 326 sur 379 · ÉLOGE DU GKNÉRAL LASALLE · texte numérisé non relu

ÉLOGE DU GKNÉRAL LASALLE

deni colombes, qui prennent leur vol vers l'Empyrt'e. l.a foudre s'arr^lc , la nue se «lissijir, et la même voU dit : C èomèneit rendra la vie (i l'Aiiicur i/uarii/ i7 aura trutiit' deux «Mirs neufs et iniiocenli'.

.( Oii sont-ils? s't'cria le vieillard; dans celle ville la corruption prooidc ràiîc. u

Il va , il vient, il interroge, il consulte. On le raille , on ne l'écoute pas. Des jeunes gens, à peine sortis de l'enf.mre, rioiit des mots rons/nnfc, niinirs , /iroir'/i's; de jeunes tilles du inèiiie âge ne savent déjà plus rougir. Cléonièncs sort de la ville.

A i|urlque> stades d'.\lliènes est une riante vallée que des roches escarpée» semblent avoir séparée du reste du niiinde. Peul-ètre, pense Cléomèiies , l'innocence a elioisi cet asile. Il monte, il gravit, il descend, il arrive. Il pénètre dans un bois de (ilronnier», oii le silence n'est interrompu que par le cliant des oiseaux. H avance, il regarde, il écoute. L ne voi> plaintive fr.ippe enfin sou oreille : « Les dieux récompenseront Astliénie, (|ui s« saerilic pour moi. "

Asthénie est simple comme le., objets i|ui l'environnent; elle est fraii lie et pure comme eux. l'.lle soutient et guide un vicill.ird privé de la vue : nouvelle Anitiivtie. elle remplit envers son père un devoir qui ne coule rien à son cœur. Cléomènes les aborde, leur parle, les interroge. Leurs réponses sont naïvis, touchantes. Cléonii'iics les presse dans ses bras. • Klle sera digne d'un tendre épou\ , dit-il , celle qui chérit si religieusement son père. Mais oii trouver le cœur qui doit répondre au sien ? •

Asihenie ne s;iit pas encore qu'elle a un cœur. Elle ne comprend pas ce que vient de dire Cléomènes ; elle ne cherche pas à le comprendre : elle fait niieu\ , elle lui olïre des fruits et du lait. Cléomènes s'assied il 1 entrée de la cabane , entre le vieillard et sa tille. Ils ont peu, se disait-il, et ils exercent l'hospitalité! Les vertus paisibles sont toujours les conip;ignes de l'innocence. Elles se sont réfugiées dans cette vallée solitaire : l'air des grandes villes est mortel pour elles. ,

Lu jeune homme parait tout à coup. Il est couvert de sueur et de pous^ière. Il arrive jusqu'au seuil de la cabane, il tombe ex(-édé de lassitude. Asthénie le relève ; elle essuie la sueur de son visage ; elle lui présente un petit pain d'orge. Il est précieux : c'est le seul qui lui reste, et ses mains l'ont |)clri.

Aedon a une jeune sœur. Dn vautour a enlevé sou agneau chéri ; il l'a emporte ]iar-dessus les roches qui euvironnent la vallée. Aëdon

a suivi le ravisseur ; il a couru de roche en roche avec la légèreté du (lainv. Il n'a pas retrouvé l'agneau chéri ; il s'alllige de la peine de sa strur.

« Que votre sœur est heureuse d'avoir un frère ! lui dit Asthénie : elle peut vous aimer et vous le dire. »

-\è(lon tive la ji'une personne. Mus il la regarde et moins sa douleur est cuisante. ■<■ .l'oublie ma sœur auprès de vous, lui dit-il ; il faut que je vous quitte , mais j'emporte votre image : elle vivra toujours dans mon cœur. »

Ils ont parlé , el Ziéphire semble agiter plus mollement le feuillage ; le parfum des fleurs a plus de suavité ; le ciel se pare d'un azur plus vif; un enfant ailé voltige dans les airs. Aëdon et Asthénie ont remlu la vie il l'Amour.

Il tire deux traits de son carquois, non de ces traits cruels qui égarent l'imaginalion et qui corrompent le creur. Celui de l'amour est épuré ; il a recouvré sa première innoeeiicc. Les traits qu'il dirige sur .^cdon et Asthénie font naître ce sentiment doux et délieieu\ qui fait le charme df la vie, el qui peut durer aiilant qu'elle. Le petit dieu s'est dépouillé de son bandeau : « ,fe le réserve, dit-il, pour les amants des cités. Vous pouvez vous voir ce que vous êtes. »

Asthénie prie son père de la bénir. « Vous n'aviez qu'un enfant, lui dit Aèdon, vous en aurez trois. I\la sœur sera l'amie d'Asthénie. Dans des cœurs comme les nôtres, l'amitié est nécessaire a l'amour; elle en est l'appui, la confidente, le repos, u i Cléomènes (-onsacre l'union des jeunes amants. « Allez chercher votre sœur, dit-il à Aëdon; amenez-la ici : ne sortez plus de cette i vallée, et tâchez d'y fixer l'Amour. Gardez-vous surtout de lui faire respirer l'air d'Athènes : il dégénérerait bientôt. >>

Aëdon et Asthénie ont marié leur jeune sœur à un homme digne d'elle. Ils ont vieilli comme Philémon et Baucis, et l'Amour ne les a pas quittés. Il s'est fixé au milieu de leurs descendants, simples et purs comme eux. Ailleurs, un imposteur a pris sa ligure et son nom. Il dédaigne la médiocrité, la pudeur, l'innocence ; il égare ceux qu'il perce de ses traits ; il rit des maux qu'il cause , et il ne laisse rien après lui qui soutienne ou qui console.

Une ancienne tradition dit que le véritable Amour est encore dans la vallée solitaire. Mais il n'y a dans celle vallée ni palais, ni or , ni dignités. Elle est abandonnée à ceux qu'elle a vus naître , et ils n'en sont que plus fortunés.

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