IV. — Pôle qui ne ressemble en rien à un auto-da-fé
On arriva à la porte de la maison de Cognard sans avoir rencontré aucun des habitants du village. M. Martin, qui aimait à tout expliquer, attribua à plusieurs causes la solitude absolue uii il se trouvait. Ou, disait-il, ces bonnes gens se sont levés avec l'aurore et ils sont allés aux champs, ou ils sont encore dans leurs lits. Cette dernière supposition était aussi vraisemblable que la première : c'était lundi, et le dinianclie ne huit pas pour les gens du peuple. Aucune descon-* jeclures de Al. Alartin n'était fondée.
On sonne à la porte de Cognard Entrez, entrez vite, s'écrie lo
jeune homme, et cachez-vous. — Pourquoi donc nous cacher? — Entrez, vous dis-je, entrez. » Cognard conduit la calèche ilans sa cour, et ferme sa porte a la clef et aux verrous. H met les chevaux à l'écurie et revient à ces messieurs, qui le regardent d'un air étonné et qui atlcnilent l'explication de ce qu'il vient de leur dire.
Il Je ne crois pas aux contes absurdes (ju'ou débite et qu'on Commeiilc en ce iiiomenl sur la place du village, oii tous les babitants sont rassemblés. Je dois trop d'ailleurs a Al. Martin pour ne pas me faire un devoir de veiller à sa sûreté, lors même que je partagerais les opinions qui, de moment en moment, |irennent ici plus de consistance. Loin d'avoir dissipé les impressions ipie vous avez laissées ici avant-hier, vous les avez portées cette nuit jusqu'à l'exaspération. — (!(>miiient, cette nuit ! iSous l'avons passée tout entière dans la forêt de Saint-Germain. — Je le sais bien. — V ous le savez ! — Faitesmoi l'honneur d'entrer chez moi, et je vais tout vous conter.
I) V ous pouvez présumer que quelques bonnes femmes d'.'Vchères n'ont pas man(|ué de parler du sorcier à AI. le curé. AI. le curé, homme fort estimable d'ailleurs, tient irrévocablement à ses opinions ; sa tête s'est montée. Hier il a soutenu en chaire l'existence des sorciers, et il a cru la prouver jusqu'à l'évidence en rapportant l'histoire de la pytbimisse évoquant l'.ime du prophète Samuel. Pendant la journée et une partie de la nuit il n'a été question , dans tous les coins du village, que de la pytiionisse et de Al. Alartin. Le commis de la mairie, qui a une bibliothèque choisie de (piaianle volumes au moins, racontait, sous les tonnelles de Uubourg, toutes les histoires de sorciers qu'il a trouvées dans ses bouquins ; enfin on s'est séparé très-tard, et vraisemblablement on n'a rêvé que de sorciers jus(|u'au lever du soleil.
» Mais voici bien une autre histoire. Il y a une heure qu'un homme écorché. meurtri, pouvant à peine se traîner, a crié par les rues du village que les sorciers du département tiennent leur sabbat dans la forêt de Saiut-Geruiain ; qu'il y a vu a minuit M. Alartin et son (lo>