M. MAKI IN
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temcnt ilc colle iifl'uire. — Ali! iiioiisieiir, ilf\ in-vims le luciulr»', vims (jiii l'U's iKitrc uiii(|iic soiilit'ii cl sur (|iii rcposaiciil mes plu» douces cspciauccs? — Nous ave/, oiililic , Snpliic, ce que je vous ui dit à Dieppe : il ne ra'«iiparlicnt pas ilc (li-poiiiller une mcrc de se» droits, iiK^nic de eeiu dont elle aluise. Il est contre toutes les liicnscauces que vous entrici dans une famille qui vous repoussi'. Ce jeune homme et vous t'ies eucoïc aux purlcs de la vie : vous piiuvej attendre. Attendez donc tout <lu lcu>p<, mais attendez avec putienee, avec résii^nalion, et comptez sur moi dans toutes les circonstances OÙ je pourrai vous servir sans compromettre mon liunncur. Allons dîner, mes amis. »
Pélagie sert ii tiilile, et sert fort bien. Il lui reste ii faire son clief- •l'ccuvrc en cuisine pour prouver iiu'elle est réelli nient la diijne élève de madcniniselle Marie. Dès le lendemain on lui donnera les moyens de faire ses preuves.
Après le (liner, lierlrand et Sopliie retournent à leurs ouvriers. Us reçoivent les meuldes simples, mais <l'une sorte d'élé];ance, (|ui leur arrivent de Poissy. M. iMariiu est trop content dv lui pour se refuser le plaisir de raconter encore ce qu'il a fait a Paris : il y a de l'homine partout. Il va cliez M. de Poiraont et chez Co|;nard; nouveau récit, nouvelles fiMicitalions.
Tout est en l'air dans la petite maison isolée. On se marie le surlendemain, et la mère Coi^nard , et ses lilles, et Rosalie, ne savent où elles en sont; depuis une ijr.indc heure elles se consultent sur une chose de la plus haute importaïue : Kosiilie a choisi clle-niéuie une belle armoire de noyer. I.e charretier l'a descendue maladroitement de sa voiture, et le foml est hrisé. " lanian Coijnard veut qu'on chanije l'armoire : les gens âgés veulent du solide, comme s'ils avaient le temps de tout user. Les jeunes ;;cns tiennent ejclusivcmenl au présent, et Hosalie et les petites Cognard grillent de voir figurer l'armoire dans la chambre nuptiale. Quand les portes en seront fermées, disaient-elles, personne ne verra ce ((u'il y a derrière.
M. Martin a l'esprit conciliant, çt il propose un terme moyen : c'est de faire raccommoder l'armoire; il y a jiour cela plus de temps qu'il n'en faut. Celte idée tend évidemment à rapprocher les opinions; mais l'exécution tient :i une petite difficulté : il n'y a pas de menuisier à Achères. • -\'est-ce que cela? dit M. Martin, laissez-moi faire. »
Il retourne au ('oq hardi, il s'enferme dans sa chambre, et écrit :
« Au reçu de la présente, et sans perdre de temps, vous achèterez tout ce qu'il vous faut pour exercer votre métier. A ous.chargcrcz vos outils sur la charrette que je vous envoie, et vous vous rendrez ici. Je vous établis maître à Achères, et je crois que votre nouvelle position rendra mademoiselle ^larie plus traitable. »
M. Alartin met un billet de mille francs dans sa lettre; il la cachette, et il passe dans la chambre de Pélagie, qui raccommode son petit bonnet des dimanches, n Bien, bien, mon entant, une jeune lillc doit être laborieuse. » Il ajoute un mot sur Saint-Germain, et aussitôt Pélagie parle de Vincent. En lui aidant un peu, et sans lui faire de questions directes, M. Martin sait que Vincent travaille chez M. llaigret. rue de l^ologne.
L retourne chez Cognard. « !Mon ami, trouvez-moi de suite un liomme de confiance, et snrtoiit expéditif, qui soit propriétaire d'une charrette et d'uu cheval. Qu'il parte à l'instant, qu'il remette cette lettre à son adresse, et demain vous aurez un menuisier à Achères. Mais où le mettrons-nous? — Je ne sais pas trop, monsieur Martin... D'abord sous ce hangar, et il se logera ensuite comme il le pourra. — C'est bien, c'est très-bien. Allez, mon cher ami. »
Il faudra, pensait M. ^larlin en retournant chez lui, que je me donne bien de la peine pour dépenser ici le quart de mou revenu, et j'y laisserai d'heureux souvenirs. (Juand je sortirai de ce village , j'emporterai des bénédictions, et je u'ai reçu que des coups de coude en sortant de l'Opéra.
^1. Martin se couche de bonne heure et il s'éveille toujours à la pointe du jour. H n'est que cinq heures et déjà il a la tête à la croisée. (I Serait-ce déjà là ma charrette?... Oui... non... Kh ! oui, parbleu! A'incent a marché une partie de la nuit. Et ce bon charretier, qui s'est prêté h cela comme s'il était amoureux ! Je demanderai si je peux faire quelque chose pour lui.
)' La charrette passe et prend la rue qui conduit au parc. Tout autre que Cognard eût ordonné au charretier de s'arrêter ici et de prendre mes ordres. Il ne sait cependant pas qu'il y a là une Pélagie et que je m'intéresse à son petit A incent. Ah ! il aura jugé à mon air, à mon ton que j'avais un double but en faisant venir ici un menuisier, et il me laisse la faculté de préparer à mon gré les événements de la journée. Je le répète, Cognard est observateur.
" Oli ! quelle surprise pour ces jeunes gens de se rencontrer au moment où ils y pensent le moins! quelle joie, quel ravissement !... C'est pourtant à cette petite madame Grisel qu'ils doivent cela ! a En débitant son monologue, JI. .Martin se frottait les mains d'un air... Je suis sûr que vous le voyez de chez vous.
On finissait de déjeuner au Coq hardi, et quand M. Martin a une bonne idée il n'a de repos que lnr.s<|u'elle est exécutée. « Pélagie, vous ne savez pas où demeure M. Cognard? — Non, monsieur. — Tenez, voyez-vous ce mur à droite dans cette rue qui est en face de vous? — Oui, monsieur. — C'est un des murs du jiarc de M. de Pol-
mont. Là-bas, en tournant le coin, vous trouverez une porte cochi're. Nous irez là, vous sunnerc/., vous entrerez duns une assez grainle cour; à gauche est un hsngjir, vous vous y arrêterez. — Et que ferai-je, monsieur, sous ce huiigar? — Vous aurez pris un panier dans lequel vous aurez, mis ce poulet, ee petit pain et une iMiuteille de vin. N ous olïrire/, cela a celui dont la figure vous paraîtra In plus agréable. — Je crois que monsieur s'hiiiusc. A qui veut-il que je donne cela ;' — Je vous l'ai déJM dit, Pélagie. — N oila uni' singulière façon de donner désordres. — Chacun a su manière; faites ce que je voii» demande. »
l'.ii prnnnneanl ces derniers nuits M. Martin a prin un air sérieux, qui intiiiiiile l'élagie. — (.'.v nionsieiir-la a ipielqiie chose d'exlraoïiliiiaire, murmurait la jeune tille eu ch.irgeaiit le ]iaiiier. Kah ! se disait-elle en marchant, je donnerai cela au premier venu, je ne passerai pas mon temps à comparer des figures. Une seule me plait et elle est à Saint-tieriiiain.
Elle arrive, elle sonne... C'est Vincent qui vient lui ouvrir. Le panier loiiilie de son bras, Vincent recule de quatre pas. Ils se regardent, ils se frottent les yeui , ils s'apiirochent , ils se touchent: ce n'est pas un songe qui les abuse. Ils rougissent de plaisir; ils veulent se parler et ne trouvent que des mots sans suite.
Hosalie s'aperçoit qu'on a laissé son armoire, et elle vient pour savoir ee qui retient son meiiiiisier. Elle aime, et il ne faut qu'un coup d'ceil pour être au courant. " Petite, dit-elle à Pélaijie, je me marie demain et je n'ai pas de temps à jierdre. .\ votre iljje on a celui de faire l'ainoiir et d'attendre, ne dérangez pas mon menuisier. »
Pélagie est un peu inlerdite de la semonce , mais elle ne perd pas la tête. " Je ne viens déranger personne, inademniscllc, répond-elle d'un petit air piqué, je tais ce que m'a ordonné M. Martin. — D'où le connaissez-vous? — !e suis à son service. — Depuis quand ? — Depuis hier, — Et hier il a envoyé à ce jeune homme île l'argent pour acheter des outils et une charrette pour les apporter. — M. Martin ! s'écrie Pélagie. — Il s'appelle Martin ! s'écrie \ iiicent. Il n'a pas pris la peine de signer sa lettre. J'ai cru d'abord qu'on me faisait une niche, et si M. Maigret ne m'avait assuré (|ue le billet de banque e,t bon je serais encore à Saint-Germain. — Encore deux jeunes gens, dit Hosalie, ipii devront tout à M. Martin. Quel homme! et nous voulions le griller !
a — Où est-il , où est-il ? » demande Vincent avec ardeur. Pélagie oublie son panier et entraîne son ami, Hosalie oublie son armoire et court sur les pas des deux jeunes gens. — J'aime a voir des heureu-., se disait-elle en courant, ce spectacle ajoute à ma propre félicité. Que je voie sur la figure du brave homme le plaisir que donne une bonne action.
M. Martin attendait à sa fenêtre le résultat de la commission qu'il avait donnée à la petite. H les voit accourir tous les trois. — Ah! ali! pcnse-t-il, ils sont reconnaissants, mon anjent est bien placé.
Ils arrivent, ils montent, ils cherchent un coinpiinient. Un cœur délicieusement alVecté ne trouve pas de ces choses-là. Vincent prend une main de M. I\!artiu, Pélagie tient l'autre. Ils baisent, ils reb.<iseiit les mains bienfaisantes. ^1. Martin les sent mouillées de douces larmes : il est ému et sa figure est rayonnante. Hosalie parle pour quatre ; vous savez qu'elle est causeuse. Elle raconte ce qui vient de se jiasser chez Cognard : elle interprète, elle comiaente, elle ne finit pas. 51. !\Iartin n'entend rien, il est tout à la scène dans la(|uelle il joue un si beau rôle. « Ou a pourtant tout cela , dit-il enfin, avec un billet de mille francs! — Ah! reprit Hosalie, quand Cognard aurat-il un billet de mille francs dont nous puissions nous passer!
1) — Mes amis, le plaisir est beaucoup dans celte vie. — Il est tout, monsieur Martin. — iSon, Pélagie, et il n'est légitime, il n'a de prix que lorsqu'on a rempli ses devoirs. Allez vous occuper du dîner; \ incenl, retournez à votre armoire : ce soir vous vous réunirez. >e |ierdcz pas le prix de votre conduite passée, continuez d'être sages et vous ne tarderez pas à en être récompensés. Vous voyez, petite, que le miracle dont vous me parliez hier n'a pas été ditTicile à opérer, o
Hosalie n'a pas d'argent à donner, mais elle conçoit qu'il est diiïérenls moyens d'être coulent de soi, cl elle veut être pour quelque chose dans l'œuvre de M. Martin. Elle choisit chez Diibourg un bon lit pour Vincent et elle va lui chercher un local qu'il puisse transformer en boutique. Par-ci par-là elle pense à son armoire, ni:iis elle va toujours, et elle ne rentre chez Coijnard qu'après avoir arrêté ce qu'elle a trouvé de plus convenable. La force de l'exemple a fait danser des menuets, à présent elle fait faire de bonnes actions.
L'heure du dîner avait rappelé Kcrtrand et sa fille au Coq hardi. Us s'entrcnaicnl avec M. >lartin. Us se parlaient avec cette confiance et cet abandon qui naissent d'une amitié sincère et longtemps éprouvée. Sophie cherchait à amener nalurellcmcnt la conversation sur Stanislas, dont cependant elle n'osait plus prononcer le nom en présence de M. Martin. Le père et la fille craignaient également de beurler un homme en qui ils trouvaient l'ami le plus chaud et le bienfaiteur le plus généreux. Mais quand ils étaient dans leur petite maison, ils se dédonima;;eaienl de celle espèce de contralnlc. Sophie ne se lassait pas de dire, son père ne se lassait pas d'écouler. La jeune demoiselle se lançait sans cesse dans l'avenir : elle calculait toutes les chances ; chaque jour elle répétait ses calculs et chaque
M. MARTIN
jour clic tlriiiaïKliiit à son père comniciil son bonheur pouvnit se préparer ii Ai'lirrcs, à cinq conls lioiics de j'iilijcl cliéri, (|ui lui-même él.iil privé lie sa liberté. Itertranil se ralii;uail la tète pour prouver il S.I lille (|u'un pareil iiiaria|;e ne pouvait s'arraiiijer ipie de loin. 11 voyait liieu qu'il ne persuadait pas, et des eonsolati<uis, de teiidris caresses sueeédaient il de l'aildes raisouuemenls. Sophie se soutenait par l'idée de voir liii'ulot Al. Martin s'ennnjer ii Aelières. l.a princesse n'était plus reiloutalde pour eux : il était doue vraiseiulilahle qu'ils se rueraienl l)ieuti)t dans ([uelqiic ville capitale oii il serait plus facile de savoir (pielcpie eliose de Stanislas que dans un villaife écarté des i;randcs villes.
Ils causaient donc tous les trois au ('o(| liardi, et ou jiarlait de Pélagie cl de \ ineent. — lleureuv, répétait encore Sophie, ceu.\ à qui il ne faut pour être unis que de 1 auunir et un protecteur! — llecireuv et sayes, répondait .M. Martin, ceux qui ne cherchent pas à lirécipiter la marche du temps, qui <lescendeut dans leur cieur, qui 3 rappellent, ?jui v livenl l'cspérauce (jui console de tout !
Cette réponse était tris-philosophiiiue sans doute, mais ce n'était pas de la |iliilosophie (pii' voulait la jeune demoiselle. I.llc se tut, et elle rclléchissait proriuiilémciil , loi'squc Coi;nard , sa mère et Uosalie cntri'rent dans la chamiire jauiu'. Us étaient en tjraïul costume et ils venaient inviter avec le cérémonial usité MM. Martin, Bertrand et uiademoiselle .'sophie à vouloir bien assister ii leurs noces. Sophie soupira, Itertrand accepta tout simplement et M. Martin deuiaiida qui présenterait ii l'autel la jeune et jolie mariée, qui était orpheline. « Si M. marlin voulait me faire cet honneur, dit Rosalie en baissant ses grands veux luiirs. — Comment, si je le veux 1 avec un extrême plaisir. — La siijnature d'un hoiunic comme vous, qui serait mise sur les reijistres cl au bas de notre contr.it de mariage, nous porterait sûrement bonheur, .l'ai parlé de cela ;i Cojjiiard, il ne m'a rien répoiulu. — l'ermctle/., Hosalie, que je sois aussi réservé que lui. »
l\osalic lit une petite mine qui annonçait du mécontentement. La pauvre cufanl iijiiorait que M. Martin ne pouvait la satisfaire qu'en faisant un faux.
M. lie Polmont n'avait pas oublié qu'il s'était engagé il donner le dîner de noces, et il vint inviter les trois amis à partager la joie générale. • ^ oilji , dit M. Alarlin, un beau jour qui se présente. — C'est il vous seul que nous le devons, s'écrièrent Cognard et Rosalie. — (Juand me sera-t-il permis de dire la même chose? pensait la triste Sophie.
» — Pour nous disposer dignement ii célébrer ce grand jour, je suis d'avis, dit M. Marlin, de hnir celui-ci gaiement. Dinous tous ensemble. Qu'en pensez-vous, monsieur de Polmont? — Je ne demande pas mieux, monsieur Martin. — J'espère que M. Cognard et ces dames ne me refuseront pas? — Vraiment, nous n'avons garde, répondit Rosalie. — J'ai ici une petite fille qui est élève de la première cuisinière de Saint-Germain. En ce moment elle fait son chefd'œuvre, et je serai bien aise de vous voir applaudir ii son talent.
» Pélagie !... Pélagie !... J'ai quatre personnes de plus à dîner. Prenez chez Dubourg quelque chose que vous ajouterez à ce que vous avez préparé.
»I1 faudra que vous fassiez comme nous, monsieur de Polmont, vous vous contenterez du petit vin de la maison : il n'est pas mauvais. Le vin est ce que Dubourg a de mieux. »
Le premier service est sur la table. f)n est placé, on se dispose à fêter le chef-d'œuvre de Pélagie : une jolie fille prévient toujours en faveur de ce qu'elle présente.., Cependant ÏM. de Polmont fait la grimace à des langues de mouton ; Bertrand remet sur son assiette l'aile d'un pigeon en compote ; .Sophie axale machinalement ; ('ognard, sa mère cl Rosalie sont loin d'applaudir au talent de la cuisinière de Sainl-Gcrmain : ils mangent pour ne pas paraître dift'uilcs ou impolis. AL Marlin, après avoir servi tout le monde, prend d'un fricanilcau (pii est devant lui, cl le premier morceau lui soulève le creur. 11 regarde ses convives ; ses convives le regardent, incertains, embarrassés. • Oh! leur dit-il, mettez-vous ;i votre aise, je n'attache à un dîner gâté que le peu d'importance qu'il mérite. »
Il fixe Pélagie, qui, la serviette sous le bras, attend d'un air de confiance les fclicitaliuns qu'elle croit avoir méritées. « Petite, poùtez ces sauces, dont vous me paraissez si contente, et dites-moi ce que vous auriez fait de plus si vous aviez eu le diable à traiter, n i'élagie interdite goiitc à la pointe d'un couteau les parties de son iiréleiùlu cher-d'iruvrc, et ii chaque plat elle répite les g'rimaces qu'ont faites les convives. Le couteau lui tombe de la main et elle s'écrie avec aniertiiine : — Ce ne sont pas là mes sauces!
M. Martin éclate de rire. « Oii diable, dit-il, la vanité va-t-elle se loger ;' Dubourg ne veut chez lui personne ipii l'efface. Pélagie, diteslui de mouler.
" Vous nous avez donc condamnés, monsieur Dubourg, à ne pas dîner parce que j'ai pris avec moi une jeune fille qui a ]iliis de capacité que vous? — lili ! qui vous a dit, monsieur... — ^()lls savez bien que je n'ai pas besoin qu'on nie dise les choses, je vous ai donné des preuves de ma pénétration. — Lh ! croyez-vous, monsieur, qu'il soit agréable ]iour un maître de maison qui depuis (|ualrc ans exerce avec butineur de se trouver en soiis-ordrc chez lui? — Et parc- que vous Clcs incap.ddc de faire uu bon diuer, faut-il que vous nous empoi-
sonniez? Vous avez voulu perdre Pélagie de réputation dans mon esprit , vous avez pensé qu'après ce malheureux essai je la renverrais à .Sainl-Gcrmaiii : pas du tout, je me range toujours près du faible (■outre le fort. Je ganlc Pélagie h mon service, et c'est vous ipie je réliiriue. Mon cher Itrrtraiid, paycï ce que nous devons ici et partons.
» Hé, mais, contiiuia iM. Martin ipiand Dubourg fut sorti, il me semble (pie j'ai été un peu vite. J'ai à venger cette petite fille; mais nous voilii sans feu ni lieu. — Ah! ah , ah, messieurs, je vous ol'IVe des lits, dit M. de Polmont, et je l'aurais fait plus ttit si vous n'aviez voulu vivre très-bourgeoisement. — IVous acce|itons les lits, répond AL !\lartin; mais je vous préviens que je dors mal quand je n'ai pas dîné. — Venez, venez tous chez moi, nous mangerons ce qu'il se trouvera il l'olVice. n
Quand les maîtres sont absents les domestiques se mettent en vacances. M. de Polmont ne trouve chez lui que son valet de chambre, qui déceiumcnt ne peut se mêler de la cuisine. Il déroge cependant jusqu'il y conduire Pélagie et lui iii(li(pier oii sont les choses dont elle peut avoir besoin. Pélagie veut rétablir sa réputation compromise, et elle semble se multiplier. Elle est ;i la fois à cinq ou six fourneaux. Elle anime le feu de celui-ci, elle modère le feu de celui-lii. Elle charge une casserole; elle retourne un ragoût; elle assaisonne la salade, cl en allant et venant elle trouve le moment de mettre le couvert. On se promène dans le parc. M. Martin seul est resté dans le jardin, cl, les coudes appuyés sur une croisée de la cuisine, il regarde faire Pélagie; il jouit de son activité; un léger sourire exprime sa satisfaction , et la petite ne sent plus la fatigue.
Ce n'est pas sans raison que les anciens admettaient des jours malheureux. Pour la seconde fois on allait se mettre à table, lorsqu'une vieille et grosse fille entra chez iM. de Polmont criant à tue-tète qu'elle voulait parler k JM. Martin. M. Martin fait uu demi-tour et reconnaît mademoiselle Marie. Pélagie reconnaît sa tante et saute par une fenêtre.
■I C'est donc x'ous, monsieur, qui venez faire des contes à la dame la plus respectable de Saint-Germain, qui lui parlez d'une nièce ifue vous n'avez jamais vue, et cela pour emmener la mienne? — Je n'ai jamais vu madame Grisel! Cela est un peu fort, par exemple. Je ne l'ai pas quittée avant-hier de toute la matinée. — Avant-hier! Et qu'a-t-elle fait, s'il vous plaît? — Elle devait venir i) Saint-Germain avec une de ses amies, et le projet de partie s'est terminé par un déjeuner aux Champs-Elysées. — C'est, ma foi, vrai; et voilà ce que madame Grisel nous a conté ce malin. — Et ce malin elle est arrivée .1 Saint-Germain avec son amie. — Parbleu, je viens de vous le dire. — Ces dames sont allées se promener sur la terrasse du château. — Ah! mon Dieu! — Elles y ont passé deux ou trois heures, et elles sont rentrées harassées et rouges comme des cerises : je crois que vous ne m'avez pas dit cela. — Ah! mon Dieu! mon Dieu ! — J'ai vu ces dames d'ici, de ma chambre, et je les vois encore à présent. Le boston va commencer. Madame Delatre, madame Lcfèvrc, deux personnes que je ne connais pas... Ah! les jeunes dames se disposent à retourner à Paris. Hein, qu'en dites-vous, n'est-ce pas cela? »
.Mademoiselle Marie fait trente-deux signes de croix, et M. Marlin rit de tout son cœur. 31. de Polmont, attiré par la vivacité du dialogue, en fait autant. Bertrand, qui ne se soucie pas du tout de voir une seconde scène de sorcier, dit crûment à mademoiselle Marie que M. Martin s'est moqué d'elle. « Mais il ne m'a dit que des vérités! — C'est qu'il a deviné juste. — Cela peut être, mais voilà la première fois qu'on me rit au nez. — Il y a cominencemcnt à tout.
u — Je ne sais pas si ma nièce est très-bien avec ce faiseur d'histoires. Au leste, ce n'est pas là essentielleincnt ce qui m'amène. J'ai su qui; Vincent, un petit drôle qui lui a fait tourner la têle, avait (juilté son maître suliitement, et j'ai pense que je le trouverais à Aclièrcs. — Quelle pénétration! — Il en sortira, ou je reprends ma nièce.
» — Ecoutez , mademoiselle Marie. Ce petit drôle est un joli garçon. — Que trop joli, vraiment! — • 11 est laborieux, bon ouvrier, et il est mailre menuisier à Achères depuis ce matin. — 11 est maître, dites-vous? — Oui, ma tante, il est maître. — Oui, mademoiselle -Marie, je suis maître. — Venez, venez, ma tante, voir ses outils qu'il a payés comptant, et la boutique que mademoiselle Rosalie a arrêtée pour lui. — Ah ck, voyous, est-ce encore là une histoire? »
Pélaijic, en reconnaissant la voix de sa taule, avait prévu un orage auquel elle avait jugé à propos de se soustraire. Cependant elle avait réiléclii en courant qu'elle avait des choses assez avantageuses à apprendre à mademoiselle iMarie pour ne pas la craindre plus longtemps. Elle avait été prendre son petit Vincent, et clic était venue avec lui assurer le dénory.ienl.
11 résulta des explications, faites bien nettement d'une part, et bien saisies de l'autre, que Marie, qui était bonne fille au fond, s'adoucit (■ousidérablcmcut. l'.lle demanda à M. Alartin la permission de l'embrasser, et le ]iria dir faire ce qu'il cruirail propre à hâter le mariage. Les futurs sont bien jeunes, disait-elle tout bas ; mais je crois qu'il faut en finir. Si Pélagie avait une distraction... Les hommes sont si inconstants!... J'y ai été prise une fois.
Tout était parfaitement d'accord : les estomacs seuls souffraient, cl on parla de se inelUe à table pour la seconde fois. Mais pendant
M. MARTIN
que Pt'lagie coiirsit, <|iiVlle caiisuit avec sa lantc et son petit ainanl, les sauces s'i^taiciit évaporées, le rôti s'élall ilesséclii', et il ne restait à la liroelie cl ilaiis les casseroles que des cliarlioiis.
<i Allons, (lit M. Martin, il est clair que nous ne dînerons pas aujourd'hui. I.a loi de la nécessité l'a voulu ainsi. Marie apprend riiic ^ incent n'est plus à Sainl-dcruiain, elle est forcée, pour calmer ses alarmes, de prendre un parti vi|;oureux, de se rendre à Aclières. l'é- Ja(;ic est forcée de s'occuper d'intéri^ls très-majeurs, elle nous <uililic, et nous sommes forcés de mourir de faim, ce qui n'est pas agréable du tout.
u — Mais moi, reprit Cognard, qui tiens plus (|ue personne à la conservation d'une vie utile à tant de monde, je suis forcé de vous faire mander le jamhon et les volailles froides que ma mère a préparés pour le déjeuner des ^ens de la noce : soumettez-vous comme moi à la loi de la nécessité.
u — C'est cela, c'est cela, s'écrie M. IMartin, vous ne pouvez pas plus vous dispenser de nous oflVir votre janilioii (]ue nous de l'accepter. » Kt on se met en marche vers la petite maison isolée. " I.a loi de la nécessité, dit Bertrand ii M. iMartin , a décidé que nous iliiierions chez M, Cognard; je le veu\ bien. iMais qu'aurait-elle prononcé s'il n'avait pas eu de provisions chez lui? — Qtic nous aurions été dans la ])osition où s'est trouvé le père Jean de Donil'roul lorsqu'il fut forcé de manger une fesse d'.Vnglais dans un désert de rAfri(|ue, et, ma foi, pour n'être pas anthropophages, nous aurions fait un Ixcuf ,i la nioilc d'un morceau de lionil'ace : ce garcou-là n'a rien d'humain que l'enveloppe. .\h, ah, ah, ah!
>' A propos de Honiface, faites-lui dire, mon cher Cognard, d'amener ici ma calèche, mes chevaux, et d'en avoir soin. Je chercherai à les loger dans le village. Heinain nous dînons chez .M. de l'olmont; après-demain la maison de Bertrand sera prête, et nous nous y établirons tous. — Mais où vous mettrcz-vous, monsieur .Martin? — Hé, parbleu, dans votre salle à manger. ^ inccut y fera une alcôve que deux ))ortes déroberont à tous les yeux. Il faut occuper ce jeune bomme-là, et nous serons ses premières pratiques. •
Bien, très-bien, ])cnsait So]ihie, plus il sera gêné, plus il éprouvera de prix'ations, et moins nous resterons ici.
La loi de la nécessité voulait que la mère Cognard eût de l'humeur ce soir-là. Elle aurait donné de son sang à .M. .Martin, mais son jambon , mais ses volailles! n'avoir rien à offrir le lendemain à vingt personnes qui arriveront des quatre points cardinaux avec un appétit dévorant! Passer pour une femme sans prévoyance ou sans affabilité serait également dur! " Allons, allons, ma bonne mère, ne xous attristez pas ; j'enverrai ce soir quelqu'un à Poissy , et nos provisions seront remplacées. »
On s'arrange dans la petite maison. On dîne, ou on soupe, si vous l'aiujez mieux, et on soupe très-bien. On rit des contre-temps dont la suite pouvait être une diète rigoureuse et prolongée. On écoute avec un plaisir vrai l'aînée des petites Cognard qui manque de méthode, mais qui a une jolie voix. On est moins difficile dans un hameau qu'à l'Opéra, pensa M. Martin. Placez un homme au milieu de toutes les jouissances, la satiété l'accablera avant qu'il ait commencé de jouir. Transportez-le dans un désert, le son d'un flageolet le charmera.
On se sépara enfin , fort contents les uns des autres, et impatients de revoir le soleil.