M. M\RT1X
un jfuue liuuiiue qu'on lui refuse, que peut-être elle u'obtieiulia jainiiis! Kllf lui sacrilicniil sa réputation, le seul bien qui lui reslc! — L lie lille, monsieur, ne iieiil-elle voja;;er avee son pire sans dininer lieu à d'aussi eriielles interprélalions :' — Oui, niailenioiselle, vous pouvez voyager avee voire pt're et aller parloni, exeeplé où est Stanislas. — Kl qui saurait (jiie je lusse instruiuP — Nous, votre père et moi, et e'eii est assri. l'ailes taire un moment voire cu'ur, interrofjez votre eoiiseienee, et vous resterez avee un vieil ami qui ne peut parla|;er vus erreurs, vos lU'inaielu's iii(Minsuli''ri''es. \ ous ne l'aliaïKlounerez pas au eliaipin euisaiili|ue lui iloniierait une conduite eoiulainnaMe. Sophie, si vous m'aimez, si vous croyez me devoir quelque eliose, midez-vnus ii mes prières, à mes supplications. Pronietlez-inoi de rester ici autant que nui prudence le jnijera nécessaire. — Je vous le promets, mou ami. — .liirez-le par l'Iioiineur. — Je me sacrifie à l'aïuitié : elle le veut , je jure. — Je suis tranquille. «
Boiiirare et Suzetle.
Sophie ne devait plus voir Stanislas, mais elle pouvait lui ('erire. Son cœur entraîna sa plume, et elle se sentit soulagée. Elle présenta sa lettre ouverte à .\I. .Alarlin. Cette inarquc de loyauté et de confiance lui plut singulièrement. Il lut la lettre : elle était dans les lonvenances, et nulle indication ne pouvait faire connaitre le lieu où vivait la triste famille. M. Martin embrassa Sophie avec une ex- Irème tendresse.
11 connaissait trop le cteiir humain pour ne pas savoir que l'amitié a son héroïsme, qu'elle se fortifie par les combats mêmes qui la rétablissent dans ses droits. .Mais il savait aussi i|ue ce noble enthousiasme doit tomber devant un sentiment plus fort, plus impérieux et qui finit par imposer silence ;i tout ce qui n'est ]ias lui. Sophie vient de remplir un devoir : elle s'est soumise de bonne foi, elle a juré. Que pouvait demander de |)lus ^1. ^lartin?
La paix, l'harmimie se rétablirent dans la petite maison, et M. Martin se promit de faire tout ce qu'il imaginerait de propre à maintenir ce calme heureux.
On dînait, et il s'efforçait d'égayer la conversation lorsqu'on entendit une voilure qui arrêta devant la porte de la maison. M. Martin n'a que le temps de regarder a la croisée... Un homme s'est élancé, il court, il vole, il est aux pieds de Sophie; Sophie jette un cri et perd l'usage de ses sens; Bertrand s'étonne; M. Martin reconnaît Stanislas.
Comment peindre cette scène inattendue, toudianle et cruelle à la fois? Le peinicc d'Agamemiion, désespérant de rendre la douleur d'un père au moment du fatal sacrifice, lui couvrit le visage d'un voile : que le lecteur soulève celui qui s'étend sur les personnages qu'il a devant lui, et que son imagination supplée à la faiblesse de mes crayons.
Les premiers moments écoulés, le front de M. Martin s'arma àe cette sévérité imposante à la(|uelle personne, de très-jeunes gens surtout, ne pouvait résislef. " Stanislas, un homme d'Iionneur ne trompe jamais, et c'est pourtant ce que vous avez fait. » .Stanislas n'enlcnilait rien : son amante était revenue à la vie, et elle n'existait que pour lui ; mais ils ne se disaient pas un mot, ils ne se per-
mettaient pas un geste, un mouvement qui ne fussent avoues pur U
plus rigoureuse décence. « Stanislas, écoutez-moi! dit M. Martin d'un ton à fixer l'atlcntion et à faire nailrc la crainte. J'atteste le ciel que je n'ai pas prévu votre arrivée ici, cl i|ii'il n'a pas clé en mou pouvoir de la prévenir. Mais je vous déclare que j'entends, je veiiv <pie vous repartiez à l'instant, :i la miiiiile. — l'artez, dit Sophie avec un son de voix enchanteur. Parlez, mon ami. Ce monienl nous laissera de longs et doux souvenirs de bonheur. — 'N'ous quitter! m'éloigner de vous après vous avoir retrouvée au prix <le tant d'anxiétés, d'alarmes, de désespoir! Vous quitter! plutôt mourir! — Oubliezvous, monsieur, que vous êtes chez le comte, et qu'il est le maître chez lui? — Monseigneur, il y a des auberges dans le village. — Si vous y passez la nuit, je vais demain trouver noire ambassadeur; je le presse de dciiiandcr votre extradition ; il robtiendra ; vous serez reconduit bien escorté en Kiissic, cl vous y serez enfermé dans une citadelle dont les lorlilicalions ne seront pas démantelées, et oii vous ne trouverez pas un PikotV. — Ah ! monseigneur, s'écria Sophie, pourriez vous le traiter avec celle dureté? — Je prouverai ainsi à la princesse que je ne suis pas de connivence avec vous. »
<,)uand on est fortement agité, on ne s'écoute pas parler. Pélapie, en allant, en venant, avait saisi les mois Russie, monseigneur, princesse. Elle avait, vu les transports de Stanislas, la douce et forte émotion de Sophie. Un moment après Vincent savait que la petite maison était habitée par l'empereur de Russie, et que son fils voulait épouser une grande princesse cachée sous le nom de Sophie. ^ incent était causeur, et de bouche en bouche l'intéressante, l'étonnante nouvelle se répandit dans le village. Biais revenons.
M. .Mirlin n'avait pas oublié qu'on n'obtient rien d'important qu'en accordant (pielque chose. Il proposa une transaction, que la délicatesse, l'amitié qu'on lui portait, peut-être la crainte firent accepter avee moins de dilficiillé qu'il n'avait osé s'y attendre. Stanislas donna sa parole d'honneur du ton de la bonne foi, la main sur
La comtesse Milow.
son cœur, qu'il partirait le lendemain pour Londres, et Sophie jura que s'il violait sa promesse elle ne le reverrait jamais. A celte condition, M. Martin conscnlail que Stanislas |)artageàt le diner refroidi de sa tciulre amie; il periiieltail que la soirée fût tout entière à l'amour. Mais il déclara du ton le plus ferme que si Stanislas, n'importe sous quel prétexte, éludait la clause principale du traité, il ne croirait plus à sa probité, il rabandoniicrait sans retour.
Il ne se présentait qu'une dillicullé à l'exécution de la capitulalion : le pauvre jeune homme donna à entendre qu'il ne lui restait presque rien des cin(|uaute louis qu'il avait rcrns. " Et qu'en avezvoiis fait, monsieur? — In ranumeur a porté à monseigneur le billet d'adieu que je lui ai écrit à Paris. — ÎNe rappelez pas ce qui ne vous fait point honneur. — Un marinier lui a proposé à (>harenton une |)ronieiiade sur la rivière. — Eh bien? — Un hussard s'est promené il eii»(uante pas de lui dans le parc de ^ crsailles , nu meunier était assis à la porte de son auberge à Chatou, et un joli petit abbé
M. MARTIN
l'a aborild dans la fnic^i île Suiiit-doi'maiii. — Qui vous a dit tout cela? — I.'aMn-, lo iiiciinit'i', le liiissiid, le niariiiiiT et li" raiiioiii'ur sont un si'ul i-l uiùinc lionnuo, un jeune étudiant en droit, i|ui lci|;e dans l'Iiôlel oii j'étais, à qui j'ai lonlié mes peines, et (pii a bien voulu me servir. — Kt il a fallu aciioier des enslnnies et le mauvais elieval (|ui a traîné ma ealèclic. Ainsi, monsieur, je voyageais sous votre surveillance! »
L'amoiir-propre de M. Martin était piqué. Dn homme si fin, si pénétrant, être joué par deux enfants! Oomment se pardnnnera-t-il cela.' Il fronçait le sonreil, et il allait eommencer un beau discours sur le respect que doivent les jeunes jjcns a ràjjc mur lorsque l'impassible heriraud éclata de rir<\ « Je ne vois rien là de plaisant, lui dit .M. .^larlin avec assez. d'ai|;reur. — Vous ne voyez pas qu'il est nécessaire qu'une jolie fille et un beau j;areon s'aiincnl; <|ue la nature les force par des lois éternelles et immuables à se rapproclier; que tout instrument convient ii ses vues, et que le pctil abbé, jeune
Le capitaine Canning commença par lui passer la main sous le menton.
et sensible, a dû nécessairement vouloir soulai;er des maux avec lesquels son âge l'a mis en rapport direct ! Reconnaissez là votre Fatum, auquel les dieux mêmes étaient soumis, et soumettez-vous comme eux à la itècessité. — 11 faut avouer que Stanislas et son petit abbé sont d'adroits fripons! Ab! ab ! ah! ah! Bertrand, je sens qu'il est nécessaire aussi que nous nous mettions à table. Allons, jeunes gens, placez-vous... A côté l'un de l'autre, soit, je le veux bien, a
M. Martin et Bertrand fêtaient le diner, qui ne valait plus grand'ehose. Sophie et Stanislas employaient mieux le temps. Ils l'embrassaient tout entier; ils croyaient l'avoir fixé. Quels regards! quels épanchements! quelle ivresse! Pas un mot qui fût recherché, pas un mot qui ne fût brûlant. Tout au présent, ils avaient oublié que dans deux heures ils ne se verraient plus.
Bertrand, en mangeant fort bien, les regardait avec attendrissement. Il poussait M. .Martin du genou. « Je vois bien, je vous entends bien, disait celui-ci. Oui, ce serait un couple charmant. Mais cela ne dépend ni d'eux, ni de x'ous, ni de moi. — Les lois de la nécessité peuvent amener bien des choses. — A la bonne heure, mais attendons qu'elles se prononcent. ><
M. de Polmont et ('ogiiard entrèrent en riant aux éclats. « La journée est heureuse, dit M. Martin : les uns fient, les autres jouissent, ^lais ne puis-je savoir, messieurs, ce qui vous égayé à ce point]? — Je x'ais vous le dire, répondit M. de Polmont. Vous avez mis encore une fois tout le village en l'air. — Commenl cela.' — Ce sorcier qu'on voulait un jour mettre en pièces, l'homme alïable et généreux qu'on adorait le lendemain est aujourd'hui, je ne sais par quelle grâce, autocrate de toutes les Russies. — Moi! — Vous. — Oli I la bonne folie! Ah! ah! ah! u
Deux témoins étrangers qui arrivent inopinément efTarouchent les amours. La conversation de nos amants fut interrompue, et Sophie écoulait M. de Polmont. • Puisqu'on vous fait ici plus grand que vous ne l'êtes, dit-elle à M. .Martin en baissant les yeux, x'ous ne pouvez
plus garder rincognito. Il n'avait pour objet que de nouii dérober aux recherches de Stanislas, et vous n'avez plus rien a lui cacher. — J'entends. .Nous irons a l'avis. Ce ne sont pas les plaisirs (|iii vous y attirent; mais les lellres de Londres y arrivent un jour plus tôt qu'il .Vehères. — (.'est cela, c'est cela! «ilil .Sophie en riant a son tour et en se frollanl les mains. i;ile se levé et va bai:,er .M. .Martin sur les deux joues.
• \ propos, messieurs, dit celui-ci, je vous présente le jeune prince HorlolT, dont je vous ai parlé avec tant d'intérêt. C'est un espiègle; mais je lui pardonne ses petites ruses en laveur de ce ipi'il m'a promis.
— I.t il tiendra sa jiarole, reprit Sophie : il a fait plUH que vou» promettre; il s'est engagé avec moi. Kli ! lui est-il si difficile de se dévouer (|iiaiid je lui en donne l'exeinplei' „
M. de l'olmont cl Cognard félicitèrent cordialement le jeune prince sur le bdiiheiir dont il jouissait en ce luument. Stanislas comptait IcJ minutes qu'on lui faisait perdre ; mais les compliments s'échan|;eaient rceiproqucmcnt , lors(|iic le tambour, le violon, les mirlitons et le cri lue t'emi)ereur! se firent entendre.
Ce n'était plus celle démarche d'équité et d'affection qu'avaient faite les liabilaiils lors(|u'ils dépouillèrent M. .Martin de sa rpialité de sorcier pour le réinlégrcr au rang des hommes ordinaires. Ils ne lui avaient marqué que des égards pour sa personne et de la reconnaissance pour son vin. A présent tout ce que le respect, la soumission OUI de plus recherché va lui être prodigué.
Le grellier de la municipalité ouvre la marche. Il est en habit noir complet, poudre a blanc; son jabot, droit comme une planche, lui rase le bout du nez, et ses maiicliettcs tombent sur le bout de ses doigts. Il tient à la main une grande feuille de papier, sur laquelle sans doute il a écrit un compliiuenl. Il est suivi de madame son épouse, qui porte sur son oreiller une couronne dans laquelle entrerail la lèlc d'un éléphant. La carcasse est de la façon ilu tonnelier, et la reinc-niargucrite, la pivoine et le tournesol couvrent les cerceaux. Les iiilcrvallcs sont remplis par des guirlandes faites avec des œufs soufflés. Les garçons et les filles portent d'énormes bouquets. /
Le médecin fit appeler deux de ses confrères.
Le cortège défile au son des instruments, et se range autour de la table.
Deux témoins gênent les amants, je vous le disais tout à l'heure. Mais on est seul ipiand on le veut oii il y a foule, et Stanislas et Sophie allèrent se dédommager dans un coin de la salle de la contrainte i|ue les convenances leur avaient imposée pendant quelques moments.
Le tambour frappe un coup sur sa caisse : il est convenu qu'a ce signal on mettra un genou en terre. Le tambour frappe un second coup, et toutes les têtes s'inclinent profondément. .\u troisièiuecoup, on se relève. .M. Martin est resté dans son fauteuil , oii il garde un sérieux imperturbable. Il a répondu aux grandes salutations (|ui lui ont été adressées par un signe de main cl un sourire de protection.
Madame la greffière était embarrassée.
M. MARTIN
Elle n'avait pas lu Li f.ilile des bàtuiis flottants sur l'oiulr : De loin c'est quelque chose, et do près ce n'est rien.
EHp s'i'tnit imaf^int' qiir le volume dps tôtps i<t.iil dans In jiroporlioii do lii piÈiss.ince. r.lle l'I.iil diciinci'ilt'c en vnyaiil ipic ccIIp de Sa Majesté était de grosseur ordinaire. (^)ue l'era-l-elle de sa couronne .''
t:'élait une femme heureuse en expédients. Elle demanda humblement la permission de monter sur la table , ce qui lui fui ncirojé par un nouveau sij;np de main. Klle ôte son bunnel , en délaelie le ruban avec devtérilé, et suspend la couronne a un clou à crochet qui jadis portait le croc de la propriétaire.
On recula la table, on supplia le potentat de permettre qu'on roulil son fauteuil sous le sijpie révéré de sa puissance; et comme le fauteuil n'avait pas de roulelles , on prit le jiarti de le porter, lui et son siéj;e , où on voulait l'avoir.
Le creflier s'approche à une distance respectueuse. Il tousse au premier coup de b.ni;uelte, il crache au second, et se mouche au troisiiuie ; c'était un homme Ircs-niélliodiquc que !\I. le greffier.
Il commence son complimenl en vni\ tic fausset, parce (pi'il n'en a pas d'antre ; ce qui a (|uel(iuefois attiré de mauvaises plaisanteries à madame la r;rcOière, qui en effet n'a pas d'enfants.
Pierre le Grand fut à Saard.nm ,
Lieu peu distant de Rollerdani.
Il se croyait caolié dans ce moiesle asile, Uais 11 étaiL connu des bourgeois de la ville '
Ainsi son digne successeur
Croit en vain cocher sa grandeur :
A Pans, ainsi qu'au villigo,
Ctiacun lui porte son hommage.
Proclamoiis-le notre patron
S'il fait restaurer notre pont.
Pins d'un souverain a été forcé d'écouter sans rire d'aussi détestables vers, l.e grand sérieux <le M. Martin ne put tenir contre ceux que venait de lui débiter M. le greffier, et le poêle ne manqua pas de croire que le charme de sa poésie mettait Sa M.ijesté en belle humeur. Il regardait M. de Polniont et son régisseur d'un air triomphant qui voulait dire : Vous vous êtes laissé souffler cette précieuse occasion! il est vrai que vous ne savez pas faire des vers.
Un auteur applaudi prétend ii l'être davantage: ce murmure est si dou\ à son oreille I Le greffier sollicitait l'indulgence de Sa IM.ijesté du ton d'une fausse modestie. Il avait eu si peu de temps pour composer! il n'avait pu mettre la dernière main à son ouvrage. Il n'avait de mérite que par le sentiment qui l'avait inspiré. « (Hie ditesvous, mons'Ctir le greffier! s'écria M. Martin; le sublime de la dernière pensée n'a pu vous échapper.
S il fiit restaurer no re pont.
>> Ce n'est pas là une de ces cpigiammes qui ne prouvent que la malignité de l'écrivain, c'est une ;iiande leçon que vous donnez aux rois. \ oum leur apprenez que partout leur présence doit se manifester par des bienfaits.
S'il fait restaurer notre pont
est vraiment admirable. — Sa Majesté me permet-elle de faire insérer mes vers dans l'almanach des Muses ? — • Comment, si je vous le permets? Je vous en prie, je vous l'ordonne, monsieur le greffier. »
Le pauvre poctc est prêt ii crever dans sa peau. 11 répond , l'autocrate réplique et s'amuse de tout cela Pan , un coup inattendu
lui Ole la parole.
Le ruban de la greffière avait orné successivement sept à huit bonnets. Il était ini'ir, et il soutenait une couronne du poids de vingt livres au moins. Le diable de riibun casse pendant que le greffier fait assaut d'esprit avec Sa .Majesté. Le potentat est enfilé de la tète aux genoux. Sa couronne serait sortie par ses ])ieds s'il n'eût été assis, et si elle n'eut eu un fond. .M. Marliii écarte les touffes de lleurs avec ses mains, et il se fait une espèce de croisée par l.iqiielli' il parlemente. Il disait que son joyeux avènement lui ôlait la rcsi)iration , et qu'il abdiquait le trône pourvu qu'on le débarrassât de son lourd et immense diadème.
(Jti.ind il fut rendu au grand air et ,i lui-même, il se remit à rire. Le maire, Uerirand cl Cognard en firent autant : Sophie et Stanislas n'avaient rien vu, rien entendu.
<i Savez-vous ,dit M. .Martin à ses amis, quelle est la dilïérencede cetic cérémonie avec d'autres que j'iii vues et que je pourrais citer? Ici c'est une farce, ailleurs c'est une comédie.
" .Mais qui diable vous a donc fourré dans la tète, monsieur le greffier, que j'étais empereur de Russie? — C'est Pélagie, c'est Vincent ce sont vingt paysans du village. — Si un million d'Iionimes bien armés le croyait comme vous, je le serais iiifailliblenienl : ee n'est pak le droit des mots , c'est celui des baionnetles qui fait les rois.
» IJctroinpcz-vous, mon ami, je ne suis pas plus empereur que
vous? — Pourquoi, sire, persister à vous cacher? — ,!e ne suis pas empereur, vous ilis-je, et que vous importe? Votre unique but était d'olitcuir la restauration de ee pont qu'on laisse tomber eu ruine, comme tant d'autres choses; je le ferai remellrc à neuf : il ne faut pas être souverain pour cela. Mais le jour commence à baisser. J'ai a ni'oceiiiier d'allaires moins chimériques que mon trône et mon empire, h'ailes-moi le pl.iisir de vous retirer. »
L'amour entend bien quand il est intéressé à bien entendre. Le jour commence ii baisser, disait Stanislas eu laissant tomber sa tête sur sa ])oitriiie. Le jour commenee ii baisser, répétait Sophie en essuyant furtivement quelques larmes. « Oui, mes cnf.iiils , reprit ■M. iMarlin,lc luomcnl de nous séparer est venu, et j'attends de vous de la résignation et du courage, u
Du courage ! c'est bientôt dit. M. Martin ressemblait un peu dans cette circoiisl.inee à ceux qui souhaitent de la piitienec au malade (|ui soulïre des douleurs aijjués. Qu'importe d'ailleurs (|u'une promesse aullieiili(|ue soit remplie avec stoïcisme ou faiblesse, pourvu qu'elle le soit ?
Stanislas n'avait voulu que voir un moment sa Paula, lui parler, l'entendre, et obéir ensuite à M. IMarlin, pour qui il avait autant de resperl que d'affection. Mais des heures s'étaient écoulées; la main tie Paula avait pres(|ue toujours été dans les siennes, le souille des deux enfants s'était confondu. Stanislas avait oliicnu plus qu'il n'avait désiré, et cependant il ne pouvait s'éloigner : on prend si vite l'iia- Iiilude d'être heureux !
M. M.irtin parla de nouveau et avec l'énergie qu'il employait dans les ijrandes occasions. Sophie retira sa main blancliettc, elle recula de quel(|ues pas, et se laissa tomber sur un siège en fondant en larmes. Stanislas se précipita à ses pieds.
Bertrand sentit les peines des deux amants, son cœur était brisé, M. de Polmont et Coguard étaient attendris. « Vous partirez, dit-il à Stanislas, s'il X'ous reste encore un sentiment d'honneur. Les princes sont-ils placés il la tête des nations pour les faire rougir de leurs faiblesses? Voulez-vous traîner un grand nom au lieu de l'illustrer à l'exemple de votre père? o
Cela était fort beau sans doute, mais Stanislas n'aspirait pas, en ce iiioiiient surtout, au titre de grand homme, et il ne croyait pas i[ue l'honneur consistât ii délaisser sa inaitressc. Il avait saisi le bas de la robe de Paula, ses lèvres s'y étaient lixées, on ne pouvait l'en détacher. «Voyez, jeune homme, dans quel état vous la jetez. Avez-vous cessé de l'aimer? Eles-vous sans pitié:' Vous est-il indifférent qu'elle souffre, pourvu que vous soyez satisfait? «
Ces mots font un effet terrible. « C'est à elle seule, s'écrie le le prince, que je me sacrifie, que je veux me sacrifier! «Il s'arrache d'auprès d'elle, il s'élance, il sort... « \)c Londres... disait Paula en sanglotant, de Londres... vous nous écrirez. » Et ses bras s'étendent encore vers l'amant qu'elle ne voit plus.
Bertrand , M. de Polmont, Cognaril sont sur les pas de Stanislas. M. Martin sait qu'il l'a frappé au ccpiir, et qu'il ne reviendra pas. Il doit des secours, des consolations ii Sophie : il reste au|)rès d'elle.
n Oui, oui, disait Stanislas , je pars pour Londres. Paloski le veut, et peut-être a-t-il raison... Je n'en reviendrai ([ue pour être son époux... Une scène comme celle qui vient de se passer serait audessus de nos forces. »
Mais il a renvoyé la voiture qui l'a amené , peut-être parce qu'il espérait gagner Paloski. Bertrand remarque qu'il est neuf heures, et qu'il y a loin d'Achères à Paris. M. de Polmont prend le bras du jeune homme, il le conduit chez lui , il fait apprêter un cabriolet.
n Ah, mon Dieu! s'écrie Bertrand, Paloski a oublié de remplacer les cinquante louis! Que n'oublie-t-on pas dans de semblables moments! » 11 donne sa bourse au jeune homme, il le tient longtemps embrassé, leurs larmes se confondent. On monte Stanislas dans le cabriolet... Il est parti.