XII. — Conclusion
Non, l'amour heureux ne repose pas plus que l'amour persécuté. Le CiPiir de Paula lient ses yeux ouverts pendant toute la nuit. Mais ce cieiir était satisfait, el une nuit n'est p;is longue quand on la passe en parlant de ce qu'on aime. La pauvre Julie, qui n'était aimée de personne el qui n'aimait personne, souffrit seule de l'insomnie de sa mailresse. Si du moins elle avait pu lire, mais on l'interrompait a claque page, on lui faisait poser le livre, el il fallait qu'elle écoutât et qu'elle répondit à des choses qu'elle n'entendait pas trop : on ne s'occupe pas de la théorie du cœur quand on ne s'aperçoit pas qu'on en ait un.
Le prince chercha jusqu'à midi à distraire Paula ; mais alors il lui fut impossible de fixer son attention. Elle regardait sa montre, elle allaita la pendule, et celle qui retardait sur l'autre de quel(|ucs minutes était incontestablement un meuble il briser. Elle se mettait ii la croisée ; elle la quittait pour faire descendre Julie : ce ne serait pas la première fois que les lettres auraient été distribuées une heure plus tôt qu'a l'ordinaire, et une heure est bonne à gagner.
* Quelque nouveau Josué a encore arrêté le soleil aujourd'hui, dit-
elle en souriant et en cachant dans le sein de son père sa tendre impatience. 11 ne (|uittc pas ce point où je le vois depuis plus de cinq minutes. — Eh ! sans doute il est arrêté, répondit le prince, et c'est depuis le miracle opéré par Josué que la terre tourne. C'est ce que Galilée aurait dû répondre à ses juges aussi savants qu'humains. Mais on ne pense pas ii tout. »
Qu'il tourne ou ipi'il soil fixe, il quitta le point oii Paula l'avait jugé immobile, cl il dcsecndil, ou parut descendre, cl deux heures soiincrcnl cnlin. Oh! alors il ne fut plus possible d'arracher Paula de sa croisée. Tout ce qui paraissait dans l'i loigncmcnt avec un habit bleu était indubitablement le facteur. L'objet s'approchait, il passait, et il emportait l'espérance avec lui.
Enfin les rayons de ce soleil si lent dans sa course se reflètent sur un chapeau rond verni. On distingue facilement l'habit bleu, les parements rouges et le coffret de cuir dans lequel est sans doute la lettre iirécieuse. « C'est lui, c'est lui ! s'écrie Paula... Il entre ii l'hôtel... Courez, Julie, volez, ne perdez pas une seconde. "Julie court, et par un mouvement irréfléchi mais bien naturel, la jeune demoiselle est sur ses pas. Elle l'a devancée, elle s'est saisie de la lettre, elle est rentrée dans l'appartement avant que Julie en ait payé le port.
« Ah, mon Dieu! dit-elle, celle lettre est bien à l'adresse de monseigneur; mais elle est timbrée de Calais , et ce n'est pas son écriture! » Le jirince prend la lettre, l'ouvre , la parcourt, et la met dans sa poche en s'écrianl : « En voiture, en voiture, partons !
" IMais, mon ami, cette lettre ne vient pas de Londres? — Non, Slanislas est à Calais. — Mais ce n'est pas lui qui écrit? — l^on, mais nous le verrons demain matin. — De qui est cette lettre ? Que dit-elle ? — Nous en parlerons dans la voiture. Partons, partons. — Mais, monseigneur... — Paula, il est des circonstances où on doit compter les moments. Partons, vous dis-je. »
On est en route. Paula fixe sur le prince un œil scrutateur. Ses réponses ambiguës, son silence sur cette lettre, tout concourait à lui inspirer des alarmes, et l'amour qui craint va toujours au delà de la vérité. « Il est malade , mon ami ! — Il est indisposé. — Indisposé , dites-vous, el ce n'est pas lui qui écrit! 11 est mourant! — Et quand cela serait, Paula, n'attendez-vous rien de votre présence? — Il est mort, il est mort ! »
C'est à ce mol que l'attendait le prince. Quand on craint le plus grand des malheurs, on reçoit comme un bienfait ce qui peut nourrir encore une lueur d'espérance. « Au nom de Dieu, tirez-moi de l'anxiété affreuse où je suis ! De qui est celte lettre ? — De son médecin. - Donnez-la-moi. — Je vais vous la lire : je suis moins troublé que vous :
» Le jeune prince Borloff est arrivé à l'auberge du Lion d'argent excessivement fatigué au physique et au moral. Cependant il voulait s'embarquer : il l'avait promis , disait-il. Le maître de l'hôtel l'a retenu et j'ai été demandé. La ftivre commençait à se déclarer, et le sang m'a paru enflammé. J'ai ordonné ce que j'ai jugé propre à le calmer...
» — Il mourra, il est mort, s'écrie Paula , de la violence de son amour, des rigueurs de sa mère, de l'excès de votre délicatesse! — Point de reproches, ils ne remédient à rien. Ecoutez, mon enfant, écoutez, nous raisonnerons ensuite. » Le prince continue de lire.
n Je ne l'ai pas quitté de la nuit. Vers le malin la fièvre a considérablement augmenté, et le délire s'est manifesté par intervalles...
)i — Il est mort , il est mort! — Il ne l'est pas, dit le prince d'un ton ferme et d'un air persuadé. Ecoutez :
«Dans le délire et dans l'état de raison, il ne cesse d'appeler, d'invoquer Paula, Obinski, Paloski. 11 est facile de voir qu'il aime ax'cc transport, et que l'amour malheureux est la cause principale de sa maladie.
» Aujourd'hui elle a pris un caractère prononcé. Le jeune prince est atteint d'une fièvre inflammatoire. Ce mal est dangereux, mais je crois que si la jeune dame était ici elle ferait plus que le médecin.
• Je vous écris, monseigneur, à la prière du malade, et à la double adresse qu'il m'a donnée. »
En effet la lettre était adressée au prince Paloski , à l'hôtel du Pérou, et en son absence à M. Martin, à Achères.
(( Nous arriverons trop tard, nous arriverons trop tard! disait, répétait Paula en sanglotant. — Une fièvre ionammatoire de la plus maux'aise qualité laisse plusieurs jours au malade. Votre présence, l'annonce de votre prochain mariage rendront Slanislas à la vie. — Que le ciel vous entende et (|u'il vous exauce ! •
Le prince essayait de parler raison et n'était pas écouté. Obinski pleurait avec sa lille, et il la soulageait : des mots ne sont rien contre l'infortune ; du silence et des larmes , voilà ce que demande le mallieurcui.
Au premier relais Paloski appela Frédéric : « Sème l'or sur la route et fais-nous gagner deux heures. »
Dans ce moment un silence absolu régnait dans la voiture.
On est sur la hauteur du Buisson. Paloski fait voir ii Paula les clochers de Calais. « H est là, il est là, mon enfant! Dans trois quarts d'heure nous serons auprès de lui, et il commcuccra à renaître. ■
M. ^lAUTlN.
I.a tôle (le Pailla est fut'o à In )lOl'(l^rr : clU' iir l'en (U'iiulu-ra plus.
I Ile voit U's rlt)i-lii'r't (|iii roiivreitt l'IialMUilinii c|iit' Stanislas a cliitisic. Son iina|',iiialioii aiiliiili' péiii'lro à travers les niasses qui lui dcio- Ih'iiI son aiiiaiil. l'Ile le revoit, el \r. revoit nionrniit.
On est dans la eoiir de l'Iiùlel du l.ioii d'ai'i;eiit. Paloski s'élanee,
II veut |iri''\eiiir le malade , lui éviter la eiise <|ue peut aineiier la pré- Sfiice inalliMidiie de l'aiila. l'aiila el Olmiski le suivent, el vont le luissci' deiiiere eux. Il se met en travers d'une porte, il leur en interdit le passajje , il va leur développer les luolils i|ui le dirii;eiit
Ils ont tourné d'un autre eôté, et aucun des Imis ne sait uii II va, ui oii trouver le malade <'liéri.
I.c ni, litre de l'Iiôlel , ses |;ens ne savent que penser de ce désordre, de ces déiiiarelies précipitées et contradictoires • on est descendu d'une lierline a (|iialre elievanx, et la politesse dicte les (jucstions qu'on croit ticvoir adresser au\ \ iija|;furs. Ils ré|ioiuii'nl par le mot SltintsUts it tout ce (|u'(Mi leur demande , et le matlii'ureiix n'est connu il l'Iiùtel que sous le nom di* ïlorh»!!". ()n ne peut, ju^iiu'a ce<|u'oii se soit entendu, iiidii|iier la elianilire oii le douloureux sacnlice va peut-être se eonsominer.
• Eli bien, docteur:' dit le maître de l'hôtel à nii lioininc(|ui sortait du fond d'un corridor. — Mal, très-mal, au plus mal. d II n'en tant pas davanla|;e pour éclairer l'amour.
l'ailla prend la main du médecin. «D'où sortez-vous, inonsieiir ? Conduisez-moi... Je suis Paula. Mon père , le prince I^llo^ki sont dans riiôtel... l'ii monieiit , madame, un moment , par i;ràce... — Il faut c|iie je le voie, que je le sauve, ou que je meure avec lui. — \ oiis le sauverez peut-être , mais une iiiipriideiile précipitation peut lui ôlcr la vie. — .le m'arrête. Dites-lui cpie son épouse est là... Diteslui... • Le médecin est rentré cliez le jeune prince, et il a l'crnié la porte sur lui.
Pailla , éperdue, hors d'elle, incapable de se soutenir, est tombée devant cette porte, elle j a appuyé sa tête; elle (Scoute , elle entend parler, et ne distingue pas un mot.
« De la prudence, madame, de la pnidenec, lui dit tout bas le docteur en sortant de c ez le malade. Disposons-le par detjrés à vous recevoir. Il jouit en ce monieiit de toute sa raison, et je ne lui ai annoncé que le prince l'aloski. — Où est Paloski;' qui le retient? que fait-il? — Je rii;iiore, madame. — Voyez, courez, clierchez dans l'hiîlel... Paloski! Paloski! oii ètcs-vous ? — Plus bas , au nom de Dieu, plus bas. "
Une femme, une garde sort de la chambre du jeune prince, n Les précautions sont désormais inutiles, dit-elle au médecin, il a reconnu la voix chérie, et il veut voir madame; il la demande, il l'appelle... Il Pailla se précipite.
Klle est auprès de son amant, elle le presse dans ses bras. Paloski, Obiiiski sont derrière elle. Ils sont frajqiés, épouvantés il l'aspect de l'infortuné jeune homme. La mort est empreinte sur sa ligure. Les yeux de Paula sont noyés dans les larmes : elle ne voit rien.
Il Je vous retrouve, je vous retrouve, dit Stanislas d'une voii faible... Je mourrai content. — Vous vivrez, oh ! vous vivrez, mon ami, pour vous, pour moi, pour tout ce qui nous est cher... Votre mère consent ;i notre mariage... — Elle y consent, Dieu ! — C'est ta Paula, c'est ton épouse qui vient te rendre à la vie. — Il n'est plus temps. « Le médecin supplie Paula de se retirer. Son père, Paloski sont it ses genoux. « iNon, non. L'amour, le devoir ont marqué ici ma place; je ne la quitterai pas. — Madame, la contagion... — Je le verrai renaître ou je recevrai son dernier soupir, et mon àine s'exhalera avec la sienne. »
Paloski a recouvré son jugement; il prend l'infortunée dans ses bras; il l'enlève; il la porte dans iiiii! cliambre voisine. Son nom, prononcé d'une voix ferme, frappe son oreille. <• Ses forces renaissent, s'écrie-t-cllc; laissez-moi retourner près de lui. • Paloski écoute. Le délire, un rcdnuhlcinenl de fièvre peuvent seuls produire celle subite énergie qui succède ii l'extrême faiblesse. 11 reprend la jeune personne dans ses bras; il la porte ;i l'extrémité de l'hôtel; il appelle des femmes. 11 leur confie, dit-il, le bonheur, la destinée de deux familles. Il les conjure de c;ilmer la malheureuse enfant, et surtout de ne pas la laisser sortir. Il retourne auprès de Stanislas. La fièvre et le délire augmentent sans cesse. Oliinski est assis au pied du lit. Son visage est caché dans ses mains.
Le médecin a fait appeler deux de ses confrères. Le niahide n'entend personne, et ils se consultent dans sa chambre. Paloski ne les perd pas de x'iie. Ils ont cessé de parler et il eoni]irend jusqu'à leur silence. Il s'approche d'eux. « Je suis le seul ici, leur dit-il, qui puisse agir, et j'ai de grandes mesures à prendre. — \ ivra-t-il encore déni.lin? — Nous en doutons. — .le vous entends »
Paloski sort. Il fait venir Frédéric. " Des chevaux à ma berline. Il faut, de gré ou de force, y faire monter le père et la fille, leur dérober la scène horrible qui se prépare. » 11 rentre dans ta chambre du mourant.
LTne des femmes qui gardent Paula se présente. « Cette jeune daine ne veut rien écouter. .Sous ne pouvons l'empêcher de sortir qu'en nous tenant toutes devaiii la porte, et cette espèce de violence l'exaspère à un point iiievpriiiiable. >ous ne voulons, nous ne pouvons repondre cl'elle plus longtemps. — Je vais l'ôter de cette mai-
son, l'éloigiiec de celle ville. — Ce sera la frapper ii mort. — Vous le erojez? — Je vous en réponds. -^Qu'elle vienne donc, et qu'elle
subisse son sort, n
Paiil.i réparait en désordre, éperdue. Se» joues, ses lèvres sont décolorées; ses yeux sont ternes et ha|;ard»; se» idées sont sans suite; les mots mêmes n'.nit pas de liaison. Elle court au lit de Stanislas; elle s'arrête, elle le reg.irde; elle jette un cri d'horreur et d'elïroi. I.lle loinlie évanouie sur ramant que la mort va lui ravir et qu'elle lui dispute en vain.
Le eoiir.ige de Paloski l'abaudoiine. 11 ne sait plus i|u'opposer au
Il'cur qui poiirsiiil avec acharneiiicnl tous ceux (|ui lui sont clicrs.
Il se laisse aller dans un fauteuil. Il lernie les yeui pour ne rien voir: il voudrait ne rien i ntciidre.
Les médecins, la garde, les femmes de l'hôtel prodiguent à Paula de cruels secours, ils la rappellent a la vie el a la douleur.
Le délire, la lijvre qui dévorent le malade se calment enfin. Il n'avait cessé d'appeler Paula dans le désordre de ses sens : il l'appelle eiiciire; ils sont d.ins les bras l'un de laiitre. Leurs haleines se confondent, leurs lèvres se touchent. Paula veut ranimer son aiuaiit de tout ce (|ui lui reste de vie. Elle veut ravir quelques moments encore il l'éteriiilé.
L'heure fatale a sonné. Stanislas a rendu son dernier soupir. La bouche avide de Paula l'a recueilli : ce souille est celui de la mort, elle lèsent, el un sourire afl'rcux annonce sa satisfaction.
Elle se relève, ses yeux égarés errent autour d'elle. Elle ne verse pas un? larme, u Attends-moi, altcnds-nioi, dit-elle, demain je serai avec loi. «
Son père, Paloski, affligés, consternés, veulent l'arracher de ce lieu d'horreur. Elle retombe sur le lit de mort. Elle enlace de ses bras le corps inanimé de son amant. « La haine nous a séparés, ditelle, la mort nous réunira, je veux mourir ici. «
Les assislants, elïrajés, irrésolus, ne savent à quel parti s'arrêter. Séparer l'aiila des restes de son amant c'est lui ôter la vie. La laiiiscr aujirès de lui est moins dangereux peut-être: la nature, sa jeunesse peuvent la sauver d'elle-même.
La consternation, la ilouleiir ont frappé tous les esprits : le silence de la mort règne dans celte chambre. La pâle lueur de quelques bougies ajoute à l'horreur de ce tableau.
Paloski est le premier qui retrouve des idées. Il s'approche de Paula, il lui prend la main. « Paula , voilà votre pire, votre père qui vous aime tant, votre ami, qui depuis loii!;tenips ne vit que pour vous: ne fcrcz-vous rien pour eux? — Mon père!... Mon père!... Oii est-il?... >. Obinski lui ouvre ses bras. Elle s'y préeijiite; sa tête tombe sur le sein paternel.
Paloski veut profiler de ce moment et faire enlever les restes de l'infortuné. Il ne s'est pas aperçu (|ue Paula tient une main de son
amant : elle ne peut l'abaiid icr. Elle sent ce qu'on veut faire; elle
s'indigne, elle se révolte. « 11 restera là, cric-t-elle avec l'accent du désespoir, et j'y resterai avec lui. ><
Une faible enfant ne pouvait résister longtemps à la violence, à la rapidité des sensalions qui se snccédaienl sans relâche. Son sanr .s'enflamme; sa bouche se dessèche; sa langue ne peut plus articuler. Bientôt une fièvre brûlante se manifeste; le cerveau se dérange : elle a aspiré la mort sur les lèvres de son amant.
On profite de r;ibseiiee de sa raison pour l'enlever et la transporter loin de là. On lui prodigue les soins et les secours de l'art, et déjà l'art a désespéré de sa vie.
Deux jours passent à travers des alternatives de mal et de bien. Q)iiclqiicfois on se flatte, ou plutôt on cherche à se flatter. Un moment après on retombe dans les angoisses de la douleur.
Paula se lève. Sa figure, sa démarche oui (|uclquc chose de solennel. Que va-l-elle faire? Elle marche d'un pas ferme vers cette chambre oii déjà le corps de Stanislas n'est plus : il est livré à ceux (|ui disputent à la corruption ce (pi'clle finira par dissoudre. Paula regarde le lit : elle s'étonne, elle frémit. Elle agite le pouce et l'index de la main droite... Paloski la devine; il lui présente les cheveux de son amant. Elle les prend, elle les porte à sa bouche, elle les cache dans son sein. Elle se laisse reconduire dans sa chambre, d'où
elle ne sortira que
« Si du moins elle pouvait pleurer! disaient les médecins; ses larmes tombent sur son cceur; elles la sulToiiuent.
>i — Pleurer, dit-elle, et pourquoi , puisipie je vais le rejoindre! » Tels furent les derniers mois qu'elle pronoïK^a
Deux jeunes et tendres fleurs sont frappées du même coup.
0 loi que du plaisir la voix fl.itleuse eng.ige, Crédule amant, jouis de ton t^onheur d un jour; Le myrte en ce moment te préie son ombiage; Demain le saule aura son tour '.
Le Saule pleureur, par CaosUnt Dubos.
M. MARTIN
• >'ous voilii seuls au moiulc, dit le prinee à Obiiiski, el nous nous devons l'un ii l'aulre. Il est des coups dont l'amitié ne console pas, mais qu'elle fait supporter, l'ar pitié pour moi, Obinski, rendez-vous niaitre de votre douleur. Si je vous (lerds, ii quoi me servira la vie? " Obinski prit la main du prinee et la porta sur son euMir. « Vous ne remplacerez pas ce que j'ai perdu; mais du moins nous pleurerons ensemble. >
Kc deuil est dans le ereur, disait le prince. Le lu\e qu'on affecte dans les cérémonies fuuéb es est un tribut que les survivants payent il leur vanité, t^'iie nos enfants marelient vers le cliaiup de repos sans autre corté|;e <|ue notre amour.
Les obsè(|ues furent simples el cependant touchantes. Des habit.uits, bons el sensibles, suivirent, sans y être invités, deux amants qu'on avait vus il peine et qui déjà étaient mallieureusenunl célèbres. l.e même cercueil les recelait, cl une pierre rappelle encore au\ pas- .sants les paroles déeliiranlcs de Paula : Im hamc les a séparés , la murt les a réunis
Pciil-ètrc la princesse lira-t-el!e un jour celte inscription : ce sera son dernier cliàlimciil.
n Partons, (obinski. Quittons une ville oii vous ne pouvez rester plus loiirjlenips sans dani;er. Parcourons le midi de l'Europe, et surtout l'iliilic. Aous y trouverons des monuments consacrés à la gloire et à la ilouieur. Ils nous diront qu'il ne reste que des pierres de ces siècles qui ont élonné l'univers; ([ue ces bomnics, qui en étaient riionneur, oiildisparii, parce que tout passe, ainsi (pie passera notre douleur, ainsi que nous passerons nous-mêmes, pour l'aire place ii des iiomnies nouveaux, dont la vie sera, comme la nôtre, mêlée de bien et de mal. Partons, mon ami, parlons.
). — Parlons, j'y consens. M.iis allons ii Aclières; rcprenons-y notre pelile maison, .l'y croirai voir les ombres de l'aula et de Stanislas errer autour de moi. Je croirai cnlendrc les accents de leur amour au moment où ils se séparèrent pour ne se retrouver que sur les bords de la tombe. INous leur parlerons, Paloski, et nous rêverons leurs réponses. »
La baine les a séparés, la mort les a réunis.