‹ Vie et aventures de Pigault-LebrunChapitre 363 sur 379 · LÀ PRISON · texte numérisé non relu

LÀ PRISON

Tous les jours Charles et Fridberg passaient quatre heures ensemble

la durée inconcevable de l'action lui fit juger que les Autricliiens avaient fait quelque faute majeure dont les siens tiraient avantage. Il prit vingt escadrons, ordonna à chaque cavalier de monter un fantassin en croupe, et il marcha lui-même à la tète de ce détachement, impatient de profiter des circonstances.

11 n'était plus qu'à une lieue de Neurode , lorsque Brandt l'aperçoit , • le joint, saute pesamment à terre, embrasse sa botte, et lui raconte en le suivant à pied les eiploits de son cher baron. Le roi , qui, dès les premiers mots, a senti combien les moments sont précieux , le fait remonter à cheval, et lui prête une oreille atlenlive. — Tout cela est-il bien vrai? demanda-t-il au hussard lors(|u'il eut terminé son récit. — Que l'arc-en-ciel me serve de cravate si j'en impose à Votre Majesté! elle jugera par elle-même. — Oui , c'est ainsi que j'aime à juger : Au grand trot, marche.

Ils arrivent, à la nuit tombante, sous Neurode. Le roi fait mettre pied à terre à tout son m«nde : il charge Brandt de guider les fourrageurs , et il entre seul au château.

Un sergent vient dire à Charles qu'un inconnu , décoré de l'ordre de l'Aigle->oir, visite tous ses postes. Le jeune homme court... c'est le roi , qu'il n'attendait que le lendemain, c'est lui... Charles est à genoux. — Levez-vous, monsieur. — Mon pardon, sire... — Ce n'est point de cela qu'il s'agit : levei-vous, vous dis-je; je ne connais point le pays, j'amène dix mille hommes, prenez-les, et servez-vous-en pour ma gloire et pour la vôtre.

Charles les range aussitôt sur les deux côtés du ravin, où les Autrichiens découragés s'étaient réunis pour garder leurs bagages. Il attend le jour pour engager l'affaire. Il espère que l'ennemi consterné n'opposera pas une résist;ince inutile : il veut épargner le sang.

En effet, au lever du soleil, liatliiani s'aperçoit qu'il est cerné, et que seize pièces d'artillerie sont pointées sur ses troupes sans défense :

il demande à capituler. Charles le reçoit avec la distinction due à un

olVicier aussi brave qu'liibile, mais que le sort a trahi ; il le présente à Frédéric, qui lui impose des conditions qui doivent être remplies dans une heure. — Votre armée, lui dit le roi, mettra bas les armes, et se rendra prisonnière de guerre- Vous retournerez à Vienne, sur

votre jiarole. Cela vous convient-il? — Mais, sire — Cela vous

convient-il ? — De grâce... — Oui ou non. — Permettez-moi du moins... — Monsieur, interrompit le roi en se tournant vers Charles, remettez le comte où vous l'avez (iris et attaquez à l'instant. Batbiani ne répliqua ]>lus; il signa la capitulation, et Charles eut aussitôt l'houneur de l'exécuter.

Lorsqu'il rentra au château, le roi était avec madame Blumenthal et Baltide. On se tut en le voyant; mais le jeune homme jugea, à l'attitude de Frédéric, à la rougeur de Baltide et à l'embarras de sa mère, que la conversation avait été animée et que probablement il en avait été l'objet. 11 attendit respectueusement, mais avec fermeté, ce qu'il plairait au roi d'ordonner de son sort. Ce prince le regarda quelques instants d'un air sévère ; puis il lui dit : — Le major Felsheim a été justement condamné; j'ai ratifié l'arrêt, je ne lui pardonnerai point. Charles et Baltide firent un mouvement. — Approchez-vous , monsieur le comte de llolbourg, poursuivit Frédéric en présentant la main au jeune homme, la race de Felsheim est éteinte et celle de llolbourg commence. Que dis-je? après ce qu'a fait aujourd'hui le comte, elle est déjà au rang des plus anciennes famiUes. Li surprise, la joie des deux amants leur ôtent l'usage de la parole; ils tombent aux pieds du roi. Il les relève; et se livrant à l'affection qu'il a toujours eue pour Charles, il l'embrassa tendrement, et il lui dit: — Tu as commandé dix mille hommes, tu ne dois pas rétrograder : je te fais général-major. Madame, ajouta-t-il en se tournant vers madame Blumenthal, Felsheim a tué votre fils, qui l'avait attaqué; le général llolbourg a sauvé votre fille, il l'aime, il en est aimé : qu'on ajipelle un chapelain; que la cérémonie se fasse dans ce château, où tout est plein de gloire. Madame Blumenthal fit quelques légères observations, elle opposa des raisons de convenance; le roi termina tout par ces mots : Je le veux. La mère, forcée d'obéir, s'en applaudissant peut-être, présenta Baltide à son époux.

Baltide, SUe du commandant de Spandaw.

Ceux qui ont un peu lu savent comment finit cette guerre. Ceux qui ' l'ignorent , et qui veulent le savoir, peuvent consulter le Siècle de Louis .XV, par Voltaire, ou VHistuire du roi de Prusse, par je ne sais qui. Pour moi, qui conte depuis longtemps et qui, en vérité, suis las de conter, je finirai en disant que le bonheur rendit à Baltide la santé et la fraîcheur, que rien ne troubla la félicité de Charles, que son changement de fortune prolongea la carrière de madame Werner, et que Brandt passa auprès d'elle une vieillesse heureuse que charmèrent l'estime , la reconnaissance et l'amitié généreuse de ceiu qui lui devaient tout.

lUi BIS BARONS SE fïLSHSlM.

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JÉRÔME

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PIGAULT-LEUUUIV.

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PARIS

PUBLIÉ PAR GUSTAVE BARDA, LIBUA IRE-KDITEUR

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