‹ Vie et aventures de Pigault-LebrunChapitre 364 sur 379 · Ce que je suis, ou ce que je ne suis pas · texte numérisé non relu

Ce que je suis, ou ce que je ne suis pas

J'entends dire tous les jours dans le monde : ^lon père était coiiseillei' au parlement ; le mien , officier supérieur de la maison du roi ; le mien, fermier jjénéral ; ce qui veut dire : Je ne suis pas fait pour porter eet liabit râpé et pour aller à pied ; mais je suis fondé à vous demander ii diner au nom de mes ancêtres.

Ceuv qui sont nés d'un menuisier, d'un cordonnier, d'un ànier. d'un bouvier, d'un savetier, et qui promènent leur nonchalance dans un bon carrosse, se taisent sur leur ori>;ine, et font bien : il n'est pas aj;réable de roui;ir devant ses vilels.

Je me tairai comme eux ; non que j'aie le sot orgueil de roufjir d'une naissance obscure ou la modestie de cacher que je descends d'un cordon bleu; mais c'est que je ne sais qui fut mon père, et jamais, du moins, je n'ai couru le ris<|uc de me tromper en appelant /ki/j(I l'individu le plus étranger a l'affaire, erreurassez coniiiiune aux enfants ; mais on sait «|ue l'erreur est le parlaj;e de l'enfance.

Jamais, non plus, je n'ai ".4:.

Jérôme, ta vas faire ton paquet, et aller où le conduira la grâce de Dieu.

expose ma mère a se pinrer les lèvres jiour ne pas rire de ee doux nom jitiiKi, donné devant elle a son bénin mari, et cela par une excellente raison , c'est (|ue je n'ai pas plus connu ma mère que mon père.

On me demandera si je les ai perdus au berceau, si j'ai été cliani;é en nourrice, si... si... si...

,1e réponilrai suecinc'i-.

nienl que je ne suis icn de tout cela , et que je m'en embarrasse peu. (le dont je jiuis cire à peu près sur, c'i'st (|ue je suis orphelin maiiilcnant, car j'ai près de soixante ans, et j'en suis bien fàehé. IMais j'ai été jeune, beau, xi|;oureux coniuie peu d'autres, et je lâcherai de me rési;;ner à mourir, jiuisqu'il a ]du à noire premier père de pécher.

i. Jérôme ! Jérôme ! te lèxcras-lu. paresseux ? u J'avais dix ans alors, et c'est inaiire Jacques qui me ]>arlail. Paresseux ! il n'était que qualres heures du malin, .l'avais soupe de deux oncc> de pain el d'un xi'rre d'eau, et. a défaut d'aliments, j'eni;raissais en dormant , comme les marmottes.

Maître Jacques élail un bûcheron de la forêt <le

JKIlOMr..

SoiMil, i|iil viviiil tit".-iiiaiil;il(iiu'iil ,i\c T \liii|;iu'iili' , sou ('■inMisc ; r'rsl-;i-ilir<' i|ii'il hi (•.iifssiiil pi'u, la liallail fort, fc uni ii'nii|n'<liii pas >l.ir|;iu-rilc (l'aiiiciit'r linnriiKi-mi'iit liois i-nraiits ((u'ollf all.iila, ainsi (ju'une quinzaini- d'aiiln-s, ces ilrniicrs pour l'ai|;ciit de linis

J'avais ru ravan(a);e île sucer son lail, et, à mon sevraije, île ]iartagcr son (liiiu noir ; je vivais sans sinieis iln présent, sans in(|niélii(le de l'avenir; je ne savais rien an monde epie ma eroiv «le par Dien, et eaclier sous ma eliemis<' ilieliirie une serpclte, avec lai|iielle j'allais Miler lin Ixiis dans la l'orèl. (,)uand les ijardes me trouvaient, ils iircnaieni ma serpette ; quand je revenais sans ma serpette, maître aei|ues nie hall.iil ; i|nand il était las de frapper, il s'arrêtait ; cpiand j'elais las de pleurer, je nie metttais à rire, et une ]ioiiinie de terre cuite S(Mis Ih eemlre, que nie ({lissait Mai|;iierite, me faisait tout oublier.

A l:i voix de maiire Jacques, je me lève à la liàle, c'est-à-dire, je secoue les oreilles ; je jiasse un méeliant caleçon, et je comparais devant mon père nourricier.

Un lioiiiiet ijras sur l'oreille, il était assis d'un air ([rave sur un loffre qui serxail d'armoire et de i;arde-nianger, et il me tint ii peu près ce discours : « Il j a div «us <|n'on t'a apporté ici. On a pajé six mois d'avance, cl on a continué de pajer de si\ mois en si\ mois. 11 y a six mois et demi que je n'ai rien reçu, <•! cninine il n'est pas juste qu'un élraii|;er maiii;i' iv pain de mes enranls, ipii n'eu oui p;is trop, lu Vas l'aire Ion pa(|nel , et aller oii te conduira la i.'ràee de Dieu. •

Je ne savais pas trop oii pouvait me conduire la |;ràce de Dien ; je • Ils, il l'iiislanl d'apri-s. r|iie c'était partout oii il me plairait d'aller, excepté à la maison de niailre .l.icc|ues. Il me mit dehors pur les épaules. |)laia un liàlcin ii la porle île sa Initie, et me siuiiilia qu'il m'en Irollrrail les épaules si j'approchais son lialiilalion de eenl pas. Je compris que je n'avais plus ni l'eu ni lieu.

)|ais comme je ni'ennuxais d'être battu; comme il me paraissait désa|;réal)le de me déchirer les jamlies et les mains poiii- anaelur quelques lirins de liois ."i la forêt; comme j'étais né avec l'amour île rindépendance, si naturel il l'Iiomme siiliordonné, et qii'apris tout il me semblait que je ne pouvais lomlier dans un état pire que celui dont je sortais, je me mis il trotter i;aiement , mon paquet sons le liras. Il n'était jias embarrassant : c'était une méihanle paire de sa- | bots, dont je me parais le iliuiaiiche pour aller eiilcnilre la messe.

J'avais soupe légèrement la veille ; je n'avais pas iléjenné, et cela seul iiic tracassait un peu. Les idées les plus riantes se lembriini.ssenl au premier cri d'un esloinae alVamé. Je marchai encore, et liienliît je m'assis an pied d'un arbre <le fort mauvaise humeur, et re- ' grettant les oignons d'Egypte. I

C'était bien là le cas de l'aire lomlior un peu de manne. Mon inniicenee méritait tout aulant ce bienfait que les Juifs se sauvant apri's axoir volé leurs maîtres. Il ne tomba (|uc de la pluie.

J'étais à jieu près nu, le temps était froid, je lue sentis glacé, el je me mis à pleurer : cela soulage.

J'enteiiiis parler derrière moi, je tourne la tête ; c'est une femme, c'est Marguerite. Klle m'avait suivi, et m'appnrlail un pelil morceau de pain : elle ne pmivait cacher un larcin plus considérable à l'œil vigilant de son mari. Elle me ilnnna six sous, enveloppés dans un pelil coin de muiiciiuir; c'étaient toutes ses épargnes.

Je cessai de pleurer; je dévorai le morceau de pain, puis j'embrassai Marguerite. Elle me donna qucl([iics conseils que je n'cioiilai pas trop, auxquels je ne compris rien , (|ue peut-être elle ne comprenait pas davantage. Elle m'embrassa encore une fois , et s'en retourna : de peur, disait-elle, que le bâton qui me défendait les approches de la maison, devint à deux usaifes.

Je me levai eoiiragiusemeiit , je serrai mes six sous dans ma cliemise, et je marchai tout droit devani moi.

A ous croxez , sans doute, que le voile qui ciiiivre ma naissance se lèvera un jour, et qu'après bien des inforlnncs je devrai à (|uelqiie père, que je trinivi'iai lorsque j'y penserai le moins, un rang dans la société, une fortiim- considérable. Détrompez-vous ; je n'ai jamais rien dû qu'a moi-même, et je ne m'en estime pas moins.

Ce n'est pas que, cent fois d.iiis ma vie, je n'aie senti battre mon cirur à l'approche de tel ou tel individu; qu'un pressciilinicnt secret lie m'ait averti que je pouvais fort bien parler à mon jière ; mais jamais ces pressentiuients ne se sont vérifiés. J'avoue que je pourrais, cunime un autre, préparer de loin et filer une reconnaissance bien pathétique, bien prévue, bien enniixeiise ; mais je suis historien, el non niuianiier. Ainsi ne compte/, que sur des événements fort simsimples, et si le goût du merveilleux vous domine, jetez le livre et |irene/. l'Apocalypse.

Il — La Providence.

I.a l'rovidence nous mène toujours par des voies inconnues et lilus elles sont obscures, plus elles sont respectées.

<,iue cette forêt de .Senarl nie paraissait i;rande ! l.e niorecaii de piin de M.irgiierite était digéré, et pas une maison oii je pusse l'aiic usage de mes sit soin ! Des arbres! toujours des arbres, rien que des arbrei»!

J'aperçus une charrette qui venait de mon côté. I5on , me hs-je, j'aborderai le charretier, je le saluerai comme inaitre Jacques salue lin garde ou le conservalenr de la forêt, et je lui demanderai ma route et du ]>ain.

En clïct , je m'inclinai priifoiulément devant un homme qui me parut très-opulent. Il a\ait une blouse de belle toile bleue, les guêtres de cuir el le fin bonnet de coton, surmonté d'un grand cha]H'au rond. Il me regarda, et répondit à ma révérence par uu Divu ruus liéiiissc ! C'est la réponse à la mode, et sans les soupes à la Rumfort, sans les hospices, je ne sais pas trop ce que deviendraient ceux i|u'on jetle ainsi dans les bras de la Providence.

Piqué des bénédictions auxquelles me renvoyait mon charretier, je lui répliquai avec humeur ; ■• Ce n'est pas là ce que je vous demande, monsieur. — (inv demanilcs-tu donc ? — D'abord, mon cbemiii... — (^11 vas-tu :' — Je n'en sais rien. — Ym ce cas, tout chemin le convient ; trolte. — ^Mais, monsieur... — Quoi i' — Cette forêt ne doitelle pas finir ^ — Encore un quart d'heure, el tu seras dehors. — Ah ! tant mieux. Monsieur .'... — Qu'est-ce encore :' — Si je ne craignais lie vous fàelier... ■> et en disant cela, j'avais tiré mes sous, et je lui en présentais un.

"Que veux-tn (jiie je fasse de cela? — Monsieur, j'ai mal soupe hier, j'ai mal déjeuné ce matin, il y a longlemps que je marche, et je voudrais iliner un peu amplement. — Et pour un sou I D'oii es-tu!' — De la forêt. — Ce n'est pas répondre. Ion père? — Je n'en ai pas. — Chez qui vivais-tu? — Chez maiire Jacques. — Qui est ce maître Jacques? — Un bûcheron. — Pourquoi l'as-tu quitté? — Parce qu'il m'a chassé. — Pourquoi t'a-t-il chassé, vaurien? — Parce qu'on ne le payait jiliis pour me nourrir. — Le drôle ! Il est pauvre ? — Oui, monsieur. — Il mérite de l'être. El tu as faim ? — Oui, monsieur. — Ho, lio , ho, ('adel ! ho, Margot! Ecoute, mon hoiiime, je iliiu' el soupe bien... — Je le crois, un monsieur comme vous ! — Mais je ne me charge ]ias ilc provisions en route. — Ah ! monsieur, seuleiiieiit pour un sou ! — -Tais-toi, imbécile. Prends ce iliilVon lie pain. — Oli ! lomiiie il est blanc ! — Ah ! ma foi ! j'ai un miirceau de fromage. — Grand merci, monsieur, grand merci ! «

El me voilà assis sur l'iicrlic, cl maiigeaut à discrétion. Mon roulier est ma providence, connue une femme honnête et douce est celle d'un mari Iiumorisle et groiideiir; comuie un bon père est celle de ses enl'.ints; comme le libraire Lenorinanl est celle qu'il a plu à J'homme par excellence (l'abbé (jCofilVoi, futur cardinal-diacre) de se donner, quoiqu'il soit, dit-il, plein de conliance dans l'autre.

J'étais heureux, parfaitcmenl heureux , et je ne croyais pas que je pusse l'être davantage.

-Alon roulier tire de dessons sa voilure un petit broc, et de sa poche un perçoir. Il enfonce l'instrument dans le liane d'une barrique ; une liqueur rouge en sort. Je n'avais jamais bu de vin ; mais j'en avais vu, et je me mis à sourire.

Le roulier me présenta le broc. Je ne me fis pas prier, je bus rasade. Je me sciilis l'estomac chaud, la lète libre, le cœur gai , et je m'écriai familièremcnl : " Que vous êtes heureux , monsieur, d'avoir autant de vin ! — Parbleu , celui-ci ne m'appartient pas. — El vous eu buvez ! — J'en bois, j'en fais boire à mes amis, et à la couchée, le broc d'eau remplace le broc de vin; c'est la règle. — Celle règle est bien commode. Je donnerais mes six sous pour être roulier. Le bel état ! qu'il est agréable ! — Agréable ! hé, je travaille comme mes chevaux ! je les conduis le jour, ex])osé au soleil, au vent , à la pluie; je les soigne le soir, je charge, je décharge ma voilure; j'ai déjà des rliiimatismes, et quand je serai perclus, mes chevaux, grands et vigoureux, seront mieux nourris que moi. Mais voici ton chemin, voilà le mien; adieu, mon homme. Aliic, Margot! ahie, (Jadet ! u el mon roulier me laisse là.

.Il' ne concevais pas (|uc cet homme pût se plaindre; mais je me rappelai que le conservateur de la forêt se plaignait toujours des épines et des mauvais rhemins; j'avais entendu les gardes se plaindre du ciinservateur , les faiseurs de bourrées se plaindre des gardes. Maiire Jacques se plaip.nail de Marguerite; Marguerite du collccleiir, el tous les dimanches , le curé se plaignait en chaire de ses paroissiens. Q)ue diantre, me disais-je , tous les hommes que j'ai vus se plaigiienl ! j'en verrai penl-êlrc qui ne se plaindronl pas.

En raisonnant ainsi, j'aperçus le dernier arbre de la forêt, el je souris encore. Il me semblait que j'allais entrer dans un monde nouveau, oii tout llallerait mes regards, iiii loiil prévicinlrait mes désirs. Peut-on souffrir ailleurs que dans la forêt de .Senart, d'oii je n'étais jamais sorti ? El puis j'étais dans une sitnalion à tout voir en beau : j'avais dix ans, l'estomac garni; le vieux vin de Màcoii agissait sur mes organes, el mes six sous me rcsiaicul.

J'approche en ouvrant de grands yeux... f^'est sans doute Paris qui se |)réseiitc devant moi. Ce ne soûl plus des huiles jetées cà et là, en argile, et coiiverlesdc fcuillées. (!e sont des palais , dont les murs sont lie billes et bonnes jiierrcs; des iniiverlnres de polerle, rmige comme la belle ériirlle de in.iilre Jacques. Ces palais siinl r.nigi-s l'un à coté de l'antre , el chacun a pour le moins iliiix toises de l'ace. Les messieurs qui se promènenl dans eetle avenue de ]ialais ont des vestes de laine; les ilanu's uni des juins de bure, des peaux blaiichesà leui-s Rabots, el cela un samedi !

JKUOMI

Je iT(;iir(lt' tmijniirs, cl je coiiliiiiic ii iii'rlomicr. Toutes li'S ril'Iicsscs ilf lu iialurc Miiit rassciiiblii-N \.\. Des |;ioi.rillirrs, (li's l'iMinicr* rliiirijos ilr Iriiils ii|}.i('Oiil ma {;<)iiniiaiwliM' , il<iu/.i' on <|iiiii/.t' |iaiiiii ('UlcK siii- uni' IViii'lre t'vfillciil iiioii .i|i|ulil. Dans \v iialais \(ii>iii , un cutlxiii , (l(''{;uisi'' lie ('iu(| ou siv uiaiiuics . iriilc ma M'ii~.ualll(''. Ici, (les cauai'ils liarliolcul eu |Mi\ ilaiis une inai'i\ la, ilt'> |mmiU's laTipiileiil ilrs ('iii-. , ipii' j'aurais <li'\ oii's nuii-mriuc si je iiiiissc l'Chciiutic miiii roulii'i'; plus loin, des vaches, au |iiiii hilllaul, siiut à (iiscrcliiin à lucmcil'uii lusdc l'iiiii, cl iic ci'ai|;iicul pas (|u'uii i;ai'(k' les melle eu louriière, IJucI p-ij-^, nie disais-je, <|ue <e |)a\s-ci I jo suis liieu sur que ))ers(iuue ne s') plaint. Oli I j'j resterai , cl (|nc n'y siiis-je venu plus loi !

l'eiidaiit i|ue j'ailmirais tout ce qui s'ulVrait ii mes rcjjarils, iinr dcinoiselle, lunnlce sur un âne ,>;ras et rrin|;aiil, mais ipicje vis trop lard, m'aeeroclui avec son l>iil par lu luilieii du corps, et m'envoya dans la mare oii barbotaient les eniiards. Aussitôt les petits iiicssieiirs de la ville se rassemblent autour de moi et me bernent. A riiistaut, un ijranil monsieur tue prend par le collet de ma cliemise en criant (|ue j'ctoulïe ses canards. I.e collet de lua clieiuise uni(|UL' lui reste à lu main, et je retombe dans lu l'aui;e. Il me prend par une oreille et me tire ii terre. Mallicureusemenl le moiisicur était sourd, car il n'eut jMis l'air d'entendre les eris alïreuv i|ue la ilouleur m'arraeliait.

.l'étais couvert de boue de la tète aux |iieils, il ma petite vanité n'en soiilVriiil pas. ,1c pensais i|u'un de ces messieurs pouvait, comme moi, lomber ilans une mare, et une disjjràce eommniie ii tous n'a rien d'Iiumiliant pour personne; et puis dans l'état où j'étais perscuinc ne pouxait s'apercevoir du dclalircnicut lie mon cosinnie. Oui, mais, peusé-je aussitôt , je ne puis aborder personne dans l'état où me voilà. Il faudra bien que je me décrotte, et alors...

" Ali ! mon Dieu, mon Dieu .'...je suis ruiné !,.. j'ai tout perdu ! » M.^ chemise était sortie de mon caleçon , cl mes siv sous étaieiil reslé.s dans lu mare. Je me souciais peu de mes sabots, j'avais le honlieiir d'avoir lu plante des pieds dure eoniiue de la corne. Mais, mes siv sous ! mes siv sous !

Je pou.ssai des eris, je versai des larmes, je me pris une poijj'néc de chcveuv, que je lâchai bien vite, pour ne pas ajouter une cloiilcur physii|ue à mes peines morales.

Mes clameurs attroupèrent de nouveau les petits messieurs; les i;rands messieurs me rejjardaicnl en ricanant : j'allais nie plaiinlre ipianil je réfléchis (jne je n'étais plus dans la l'orèt île Senart cl (|uc mes plaintes ne seraient pas entendues par les fortunés habitants de ce l>ays délicieiiv.

l ne vieille l'einine me prit par la main et me eunduisit elie/. M. le euré. .M. le curé éluit dans sa sacristie , la vieille rcmme nie conduisit dans la sacristie.

— \ uilà un enrani abandonné, dit-elle.

J'étais couvert de bouc, et mes vêtements étaient ruisselants d'uiic eau très-peu propre.

Cependant M. le euré ne m'adressait pas un mot, bien (pie je le reijardasse d'un air (|ui devait l'inviler à parler; le bedeau ranijcait tiuit en observant le mènie silence. I.'iiu|uiélude commençait a me Ijajjner, lorsipi'unc belle, mais Ircs-belIc demoiselle, entra dans la sacristie.

• Eh bien, monsieur le curé, (|n'alle/,-vous faire de ce beau petit ijarconlii.' — Mon enfant , je priais pour lui. — Mais cela ne siitiit pas, iuonsieur le curé. — (Croyez vous, Javolle ? — lin enfant ipie la Providence vous envoie... — Oli ! je l'en ni bénie. — A droit à vos bienfaits. — Ma l'illc, j'ai tant de pauvres 1 — Oli I eelui-ei ne leur ressemble pas. Nojcz donc, monsieur le euré, sa jolie petite mine; voyez, comme il me sourit! cl ces fossettes, et ce ijrand oil noir! VI oiis, allons, je l'eiumcnc au |iresbMère. — Mais, Javolle, vous èles d'une préiipilalion ! ... — Monsieur le euré , je n'ai personne l)Oiir me tirer de l'eau, pour me tourner la broche ; vous n'.ivez personne pour iiiener boire 0](o, pour vous .servir a table, pour porter votre lanterne ipiaud vou< sortez le soir, |)our balayer voire école, et cet enfant fera fort bien tout cela. En outre, il vous servira la messe, il ehanter.i au lulrin, et qui sait oii il ira? I,e ffrand Sivlc- ( ;iiiiit n'a-t-il pas du la li.ire ii deiiv pauvres moines ipii le liri'rent d'un état aussi abject ' et quelle ijloirc pour vous, monsieur le curé, si vous aviez ravanl.ii;c de faire un pape! (àimnient vous appelezvous, mon petit ami :' — Jérôme, mailemoiselle. lérômc ! le nom

ilu l'i-re de TK|;lise le plus élocpicnt ! (,)uel lieureuv au|fure, monsieur le curé! le moyen de résister a cela! — Nous le voulez, .lavolte; que la volonté de Dieu soit faite. Allez, Jérôme, bénissez la l'roviileiiee <pii vous envoie ici pour le bien de votre corps et le salut de votre à me. •

Je bénis Inlériviirenieiit niademolsellr Javolle, et je rcnihrassnl .ivcc un plaisir bien vif. d'abord parce qu'elle était ma bienfaitrice, ( jisuile iiaree iprclle était Ircs-jolie. Je ne savais ponripioi une jolie femme esl plus ;ij;ré.il>le ipi'uiH' autre qui ne l'e.st pas; mais je trouvais fort ai;réahle de voir et d'embrasser Javolle.

Madeuioisclle J.ivotlc, sensible à la vivacité de mi's caresses, s'écria : Il est eharinanl! il est ehanuani ! Klle me prit par la main et m'emmen» . et le loiif; de la roiiie je saitt^iis ijo joie et je baisnis eeltp

mnin un peu dure , mais d'une forme eliarnninle , qui serrait la mienne avec alVcction.

Oh! (pi'il est beau ce pi-esbjtère! une table de noyer, un prie- Dieu eu chénç! un christ d'élicne, encadré sur un fond île dama» jaune! des chaises couvertes i>n pailli' rcuqje et vcrli! un lit irmdieniie ! des couvertures de coton ! m»' armoire pleine de lin|;e . un e.rand fauteuil couvert de cuir de ll<iti|;rie! Oh! «pie c'isl beau! ilisais-ji' il ehaipie objet que me minitrait mailemoiselle Javolle , et elle me montrait luuld'uu petit air de vanité, cl s'aniusnil de iiioii cloniieuient, et elle me baisait sur les deux jours, ec qui paraitiail l'uninser assez.

Elle me eoniluisit ,'i la cuisine, ipii méritait bien aussi un tribut il'admiralion. l'n supirbe morceau de veau était ii lu broche; il avait brûlé tl'un lôté, pendant l'eveursion de la eharmnnte ijouvernunte il la sacristie. Elle en dél.icha adroilemenl la partie cndommaijée et nie la présenta sur un eopieuv morceau de pain. « Maii!;iz cela , Jirome,

en luurnuul la broche. Pas si vite, n cher petit; eomme cela,

bien ! à merveille ! (Jn en fera tout ce qu'on voudra. ..

Et pendant que je tourne la brothe dans ma robe nuptiale, mademoiselle .lavolte sort, cl rcniri- une ileini-heure apriîsavei' un panier au bras. Elle vient pri's de moi, s'assied sur ses talons, pose son panii'r (Uvaiil elle il m'en montre le contenu pii'ce ii piiee. •■ \ oiei d'aboril une jidie petite jiaire de sabots, voila de bons bas <le laine bleue , uiK' < lilolli- cl<' forte ratine ijrise, une veste brune bien chaude, un ample lionnct de laine, deuv chemises de toile écruc et deux petits moiiehoirs de ilouen. — <^>ue tout cela est beau ! iiioii Dieu , que c'est doiii' beau, niad<'iuoisellc Javolle ! — El tout cela est pour mon citer petit Jérôme. '

Je lis un saut ipii renversa la bro( lie et la Icchcfrite.

(ie n'est rien, ce n'est rien (pic vv\u , dit-elle, et elie releva la broehe; elle remit du beurre ilaiis la lèchefrite , elle elïaea avec de lu cendre la trace du jus que j'avais versé; et impatiente de jouir de ses bienrails , elle iii'ôta mon cordon, elle in'ôla ma robe nupliale. .1 Itlaiic eomme uncyijne, eoiuine la nei|ie ! >• cl elle nie bais.iil le» épaules en m'aidaiil a l'.iire ma loilelle , ipi'elle interrompait d'un monienl ii un autre, pour faire décrire un r|uart de cercle a son rôti.

.. Allons, allons, dit-elle, la eulolle est un peu lonijui', la veste est un peu larije; mais tu ([landiras, lu ijrossiras, mon petit Jérôme. « l'.lle me présenta S(ni miroir de poche, et en dépit de ses observations, je fus ravi, extasié.

Elle me emit.i ensuite ipi'elle avait ai^heté tout cela de ses éparjjnes, chez un M. Vloulcin, marclialid tailleur en vieiiv , ipii était aussi niarehaud bonnetier, marehand sabotier, marcliand mercier cl niarclialid épicier, selon rusaj;e des grandes villes.

Sa ijénérosité me toucha juscpraiix larmes. Je lui promis du fond

du euûir de lui obéir en tout ec (pi'clle m'ord lerail, et je lui ai

tenu parole.

Et pour lui prouxi'r l'cxtrcmc conliance ipreile m'inspirait , je la priai d'(*'tre dépositaire de mes six sous retrouves.

Elle rit, Jirit mon ar|;cut, me passa la main sous le menton , cl me parla ainsi : " .le crois nécessaire, mon cher enfant, île te donner ipielipies instructions. M. le curé me défend de voir les femmes parce i|ii'clles sont médisantes. Il me défend de voir les hinnmes parce (pi'ils sont dan;iereuv, et surloiil parce ipi'il ne eonvienl pas ii la eiiuvernante d'un homme en place de s'encanailler, .le le défends, moi , par l'obéissance cpic tu \ iens de me promettre, de jouer avec les pelilsi;areons; ils eorr.niipraicnl ton bon niilurci, ipie je me ferai un devoir (le (lévchqiper. I.a reli(;i(Ui le défend de jouer avec les peliles lilles : ainsi tu ne joueras ipi'avcc moi. — l,>u'a\ec vous, et Imijinirs avec vmis, mademoiselle Javolle. — A nos mumcnls perdus, je l'apprciidr.ii le domino, le jeu d'oie cl le mariajje.

,. lin mot sur miuisicui- le curé. C'est un diipie prêtre, (;énéraleinent respecté, ipioiipi'il n'ait pas encore (piarante ans. Il fait beaucoup de bien, cl instruit i;r.ituilenieiit les enlanls de ses paroissiens ; mais il est vif, et n'aime pas surloiit ipi'on le eoiilrcilise. Fais loiil ce qu'il le dira, ne répliipie jamais, et si ipiclipic chose te eliai.'rilip, tu viendras me le dire, et j'arraii|;erai tout.

"Oiiand lu seras embarrassé, c'est encore moi que tu viendras consulter: quand tu auras besoin de quelipic chose, c'est ii moi que In le demanderas, et si tu suis exaelemeni les c(niseils «pie je le donne, je le réponds «pu' lu seras l'enfant le plus heureux du xilla;;e.

„ — Coiument ! du villaijc, mademoiselle Javolle ! eli ! ne suis-je pas dans une |;raii(le ville:' — Nmi, mon cnf.mt, lu es d.ins nu villaifc

«pii n'est pas même eonsidérable. — Ah! mon Dii'ii ! eoi eut sont

faites les villes? elles sont d • toutes d'iu" ? — Ou y esl plus riche

«pi'ici , on y est tout aussi malheureux. — Des iiiallieiinux ! y en a-t-il ailb'uVs «|ue «lans l.i foret «h Si'iiarl? — Il j «'ii a partout où l'homiue est méciHilcnl de stni sort, et je n'en eniinnis pas qui soit salisf.iit du si«n. — Oh ! je suis heureux, parfaitement heureux auprès (le v«His, madcmoisi'llc .l.ivolti'. — Puisses-tu ]ienser l«Mijoiirs ainsi , mon pelil Jérôme! — Oh! toiile la vie, mademoiselle .lavolte, u

Elle me «'an'ssn les joues, les cheveux, une oreille, u Ili-nreiM

JÉRÔME

«irc, iliM;iil-('llc il <it>iiii-vcii\ , oii loiil se roloïc iln cliiirnio ilu hoiiliiMir ! " Kl flic ii'aviiil (|iir ilix-lmit «iis, cl clic soiipira, et je soupirai aussi, parce (lu'cllc avait soupire.

Kllc était assise sur une cliaise basse, ii coté île son rôl ; j'étais assis a terre, et ma lèti- reposait sur ses [jenouv. Nous ne disions rien ; je nio trouvais ti merveille, et inailcmoisellc .lavolle ne m'avertissait pas i|uc je pouvais être importun. M. le curé rentra.

« l'osiliou i((uivo(|ue, s'ccria-l-il. — .Monsieur le curé, il n'a cpie di\ ans. — La ilceenee ne connaît point irà|;c. — l.'liumanité les embrasse tous. — l.'liiimauilé n'est pas si caressante. • — l'aut-il ne l'être que elaiulestineiuenl , monsieur le cure ' — l'as de rcflcvions, mademoiselle. Dites-moi, s'il vous plail , ce (|ue siijiiitie cette iu)u-" velle cvtravaijance ! .Vvet quoi avez-vous paye les bardes de cet enfaul :' — .Vvee mon argent, monsieur, et vous savez combien il est ù moi.

— Toujours piquante. — Toujours i;roiuleur ! — Javolte ! — Monsieur le curé? — Vous n'êtes pas saijc. — Et c'est vous (|ui me le reproeliez ! >

Klle s'élniipia et soupira encore, -le la suivis, cl je soupirai comme elle. I.e curé lui prit la main, la e(uuluisil dans une autre cbambre, et lui parla Iri-s-bas. .l'ccoulai attenlivemcnl par le trou de la serrure, car je m'intéressais l'ort ;i mademoiselle .lavottc , cl il me lut impossible île rien entendre.

Ils sortirent. Le curé nie caressa le ment<iii; mademoiselle .lavottc s'eftorea ilc lui sourire, mais je surpris une larme <|ni tomba sur son nchu. Les miennes coulèrent aussitôt en abondance, et je ne me mis pas en peine de les caclier.

AI. le curé me lit encore une caresse, que suivit une cvliortalion eliretieinie, très-chrétienne, très-belle sans doute, car je n'y compris rien.

Mademoiselle Javotte, à peu près remise, couvrait la table. ,Ie lui aidais, l-.u allant et venant, ma main rencontrait (pieUiuefois la sienne. Je ne .savais pouri(uoi j'avais tant de plaisir à la rencontrer, mais je la cbereliais quand elle ne se ]uésentait pas.

M. le curé ordonna un couvert de plus pour son bedeau, (|u'il admettait sans eonsé(|uenee à l'bonueur de sa table, jiaree ([u'après le souper il devait coul'érer avec lui sur un (d)jet de la plus liante importance.

Droit <(imnu' un cieri;e pascal, j'apportai l'éclancbe, et, ])ar ordre de mademoiselle Javotte, je me tins debout derrière le fauteuil du euré, une assiette dans une main et une serviette dans l'autre. Je ne concevais pas ce (|ue je devais faire dcbinil, les deux mains embarrassées et lii bouche ouverte, pendant c|ue les autres souperaient ; mais mademoiselle Javotte ne pouvait avoir que de bonnes intentions, et j'attendis.

-M. le curé, assis le premier, comme de raison, lit un signe amical a niadcnuiiscllc Javotte, (|ui se mit à table sans façon, parce qu'il est de rèj;le que la ijouvcriiante vil av<'c le pasteur lors(|u'il csl dispensé du décorum. M. le curé lit un signe de |M-oleclion au bedeau, qui s'approcha en faisant rl'un air ijaucbe deu\ ou trois révérences. M s'assit au bas bout la ])ointe des nenonv touchant ii peine au bord de la table. Il se moucJiail derrière son clia]ieau, il nianijeait comme quatre, il versait lr(S-fré(|uemm(Ut ii boire au\ autres pour avoir le droit de se verser il lui-même, et de temps en temps il essuyait ses lèvres ifrasses et envinées avec la serviette ([u'il tenait toute ployéc sur sa cuisse, de peur de paraître incivil en la salissant partout.

Mademoiselle Javotte m'adressa un coup d'ccil et reifarda ensuite l'assiette de W. le curé, ,1e levai l'assiette, je coupai un morceau île veau, liiiiit je la cliar;;eai, et je fus m'établir sur le coin d'un biilVcl. y\. le curé fronça le sourcil, Javotte se mil à rire, cl le bedeau but un coup peudaut qu'on ne l'observait ]ias. Je compris (|ue j'avais fait une sottise, et je rendis au pasteur son assiette avec la tranche de veau, dans laquelle j'avais mordu il belles dents, parce que je me passais fort bien de fourchette.

De pis en pisi s'écria le curé. — Jérôme, dit le bedeau d'un air important fcar les ];eiis nuls mettent de rimporlaiice à tout), Jérôme, je vais vous expliquer... — Faites-nous j;ràce de voire explication, iiiterroinpil Javotte en se levant; c'est moi qui suis sou iiistilulrice, cl je lui en apprendrai plus en deux leçons que vous dans toute votre vie. .. Elle rétablit le service en un tour de iiiaiii, elle me rendit la ration que je m'étais appropriée, et elle se remit n table.

Le curé, sa |;nuvcrnanlc cl le bedeau avaient soupe en vrais élus. J'avais soupe coiiiuie eux, moi profane, cl je m'étais corroboré l'csloniac d'une ration de vin du pays, qui était restée dans une bouteille que sur un autre ciinpd'iiil de madcmoi.sellcJavollc j'avais desservie eu qualité de biMilcille vide.

Je comiiieniais ii ciimprendre l'utililé des siipics. Iris-utiles dans toiilcs les classes de la société, oii loiit est lonvcnlion. (l'i'sl par nu si|;nc i|u'un fripon aide son camarade a dépouiller un jeune iuiiocciil, qui ne se iloulc de rien; c'est |iar un sii;neque, d.ins une assemblée de créanciers, rhoiume de lui impose silence au plus rébarbatif, qu'on uesinleresse après séance levée; c'est par un si(;iic que Ici polenlat avcrlil tel conseiller de retirer tel avis qui n'a pas le bonheur de lui plaire; c'e>l par un si];ne qu'on dil en public a une femme : .le vous adure; r'esl par un sij(ne qu'elle ré| d : Je vous remercie; c'est par

un siipic qu'un dircetéur circons])ccl dit ii une dévote : 'Noire mari est un bciièl, me is-lc ])ar le nez; c'est par un sii;ue qu'une aimable iniioccnle dil ii son amant : Maman vous chasse ])ar la porte, vous rentreriv. par la fcuètre; c'est par un siijuc qu'une femme ijalaiite console le sien de la perte d'un rendez-vous que fait manquer un époux iiuporttiu. L'usaije des si|jnes est devenu si ijénéral et si familier, que la panlomime est le spectacle par excellence, spectacle charmant i|ui dispense les auteurs d'avoir le sens commun, les spectateurs d'écouler, cl i|ui leur ménaije la jouissance Irès-préeieuse sans

'l"'il<' I r rauioiir-propre de tout interpréter. Il est vrai que l'un

cnlcud noir et l'autre blanc ; il en est un qui a incontestableuicnt tort, mais il faut bien se i;aider de le déirouipcr, car tel qui ne se fâche pas trop de s'entendre appeler fri])on serait au désespoir de passer jioiir un sot.

l'.t cela est tellement reçu, qu'on n'ose nommer sol celui i[ui fait un incticr qu'il u'enlcud pas; lelui (|ui sollicite une place qu'il est incapable de remplir; celui qui criliipic platement des ouvraj;cs qu'il ne saurait faire; celui (|ui, ne sachant se borner, dissipe en folles spéeulalioiis la plus solide fortune; celui qui Jiaye des maîtresses, et qui croit à leur hdélilé ; celui qui acqnillc les luéninircs de sa femme et (|ui s'imaijinc iju'cllc se pare pour lui; celui qui se courbe devant un habit brodé , et (|ui ne voit pas l'homme qui est dedans; celui qui ne se donne pas la peine de jicnscr jiar lui-même, et qui jnije de tout d'après l'abbé Geoft'roi, qui jiitjc île tout assez mal.

Oii eu élais-je donc'' J'ai la manie des digressions, et cela ne mène qu'a s'écarter de son sujet car bien sûrement mes observations ne Ijucriroiit personiic. J'en étais... j'en étais... ah I ah! tout le monde avait soupe cl moi aussi.

Le bedeau hxail ses gros yeux sur M. le curé, et attendait qu'il lui plût de parler. M. le euré , profondément recueilli, cherchait, en digérani , a mettre de l'ordre dans ses idées. Mademoiselle Javotte m'apprenait ii desservir une table, puis me conduisit dans un recoin contigii à la salle à manger , dans lequel , en allant et venant , elle avait trouvé le temps de glisser une paillasse, un matelas et une fort bonne couverture. Elle me souhaita une bonne nuit, ce qui m'annonça l'heure de notre séparation ; elle m'enbrassa , ce qui me consola un peu, et je m'endormis bientôt d'un sommeil paisible et profond, ce que je souhaite au jaloux, à l'ambitieux, à l'usurier, au juge inique, ;i l'oppresseur, et ce que je leur souhaite en vain.

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