VII. — Événctnonls ordinaires, mois dilTicilc» à prévoir
>(ms iiarliiiii" lous les ilciiv à la l'ui.s, et ci' it'rlail pas le iiioNcii de nous ciilnulrt'. l'.llf riail Iniijoiirs |icii(lu'«' sur iiiuii lil; pcisomit' ne piiiivail la voir, t'I la ji'iiiic daiiit' en iiioiirait (l'ciivir. Il y a liiiijoiirs i|ii>'li|ii('s il rrijularilis il.iiis la rii;iiif l.i plus \aiili''t'; il n'y u pas di' rriiinic ijiii iif s'i'iiiprrssi'-ilc li's r('iiiai'i|iii'r.
I.i' i;riu'ial, aiis^i cinii'iiv. mais pi iilialili'uiiiil p.n un aiilii' miilil', aMTlil siriu- Madi'U'iiii' (|ii'il riail Iriiips ili me l.iissi r icspiiir. On ainif sa tonime, un csl tris-liiU'It' ii sa rciniiic, mais un minnis charniant n'en a pas iniiiiis l'allruit du l'niit dilViidii. linM'riisrmi'iit lions autres iiniiiiiics nous ne siiccoinhons jamais à In Icnlalion.
(^^iiaiid l'Ut' se leva, clic idilint ce iriliiil d'adiuiralion qu'il est iinpossilile de refuser il la licauté, cl j'étais IimiI lier, moi, île l'ciillioiisia>mc i|ii'ille <'\cilait. I.c i;ciiérai lui sourit do la nianii're la plus a.i;aeaiite : il lui dit des clioscs très-t1atteuscs d'un Ion ipii ii'élail pas d'accord avec ses jein, sa reiiiiiic était lii.
I.a ji une dame pinça d'alioril ses lèvres rosées el fronça les deiiv arcs d'éliinc qui conronnaienl ses gfrands \cii\ Idciis. « (jne je suis Tulle! dit-elle un inoiiicnt apri's. Quoi! j'aurais de l'Iininciir parce que je reiicintre une feiiiiiie plus jolie que moi ! .fe iloi.s une réparalion il celle-ci, ■ et elle causa avec elle de la manière la plus IVanclic el la plus amicale. Son oncle, qui savait ce qu'un tel procédé coule k ce sc\e i|iieli|iiefois si taquin, la pressa Icinlrcmcnt loiilrc son cii'iir.
J'avais cru remarquer nue léi;irc teinte de mél.imolie qui perçait dans les traits de la cliarmanle religieuse. Le i;iand vicaire, à qui rien n'éeliappail , fil .sans doute la luèiiie oliservatioii. « Nous n'èlcs pas lieiirciise, lui dit-il. — Pardonnez-moi, monsieur. — Non, mon enraiil, vous ne l'êtes point, cl l'esacliluilc avec lai|iiellc vous reiii- Jilissc/. des dexoirs qui vous sont a cliarijc vous donne îles droits ii mon eslinie el nie prescrit ce que je dois faire.
" Kiippelez-vous que j'ai voulu vous servir et non vous conlrainilro, que je vous ai laissé la pins enlière lilicrlé de persévérer dans votre état ou de le quiller : je mérite donc votre confiance. .Vvouez que vous n'êtes pas lieureiise. — .l'avoue, luonsieiir, que le parti (|iie j'ai embrassé n'csl pas celui (|iii me convient le plus, mais j'ai le coiiraije de la rési.i;nation. — (^e ifciire de conrai;c-l.i , mon enfant, n'est ]ias dans la nature: aussi s'épiiise-l-il promplemenf. I.'aliatlciiient lui succède, et il eoniliiil d'alior.l à la néi;lii;eiice, so liée impcreeplilile mais snre des fail>lesses liiimaiiies : je vcii.v vous soustraire ii ce nouveau danijer. Ou vicnl de \oiis confier cet enfant que vous avez toujours aimé; les soins que vous lui rendrez n'aiironl rien de pénilile pour vous, et jiendant sa convaleseenco madame Dcrneval, ma nièce, voudra hieii jicnscr ;i vous placer conveiialdenienl ; je l'en ]irie el je lui dirai ce qu'il vous faut, u
Il y avait dans ce qui précède certaines loiirnnres de phrase propres il piquer ma curiosité déjii très-active. Madame Derneval manifesla indirectement le désir de faire parler sa'iir Vladoleine. KUe réfléeliil sans doute, car elle se tut, qu'elle ne pouvait devoir qu'il sa eonliance le récit de ses aventures, et ce n'est pas un court entretien qui inspire cette conriaiice que le temps et la hienveillance insiniiciit doiK'cment. Une très-jnlic fcniiiic d'ailleurs, quel que soit son étal, coniiiiaiiile toujours certains l'ijinls, el luadaiiie licrneval ne pouvait aifir aussi lilirement avec sieiir Madeleine qu'avec madame de la .\ativilc ou de la (!onccption. l'Ile sortit eu ])riiiiicll.iNl ilc nous revoir liieiitôt. I.e général cl sou oui le la suivirent.
.le racontai à inademoiselle Javolle ce que j'avais l'ail pour la rc- Ironver, les accidents que j'avais éprouvés uiii(|iieiiient pour elle. .Te ne cliereliai pas ii rien faire valoir, .le coulais avec la naïveté de mon àffe , el celle iiiifénnilé luèiiie était un !;araiil certain de ma sincérité. Elle m'écoiitait avec le plus tendre iniérèl , elle in'eni; ijfcail ii parler lias, elle iiriiilerroiupait pour inc faire prendre ma potion , elle se replaçait .i iiioii clievct , et à chaque Irait qui peiijiiait mon affection elle m'.'icc.'ildail des plus douces caresses.
Klle me parla aussi des désaijreiiieiits de son état, cl m'en dit ce qui était a la portée de mon l'ailde enlendemenl. Je compris que l'aspect conliiiuel d'inforlnnés atlaqiiés île maladies déijoùlantes contristail un coeur malhcurenscmcnl trop sciisilile, et que sa raison ne se prêtait pas aiu iiiomeries <lc ces tilles si respeclaliles d'ailleurs par leur entier dévoilement. Klle me parla d'un jeune médecin de l'hôpital, beau coiiiiiic moi, di-,ail-elle, mais liicji giliis dangereux et elle marqua sa double sntislaction de sortir d'une maison iiii elle était coiislaiiifiiciit eiilre le di'-jjoùt el la sédnclion.
Ce jeiiiie médecin me déplut lieaiiioup sans que je susse précisément poiiri|uoi. J'avais déjà un iiislincl de jalousie qui feriueiilait avec \iolciicc. i-t la manii'rc même dont le jjt'-iii'-ral l'aNait rcj>ardée m'avait fait suiifTrir. Je voulais que loiil le monde la lroii\àt cliarmanle, mais je voulais l'aimer seul, et je Ireinbiais qu'elle en aimât nii autre que moi.
Lue partie de la niiil se passa dans tes allernatives d'ivresse, de cmiiile, de douleur, L'iup t'iiible encore pour supporter cetlu succes-
sion rapide il'alVeclions si dilVérentes, j'éprouvai une crise terrible M'rs les deux heures du matin. Ma bonne amie, alarmée, ne savait quel parti |)rcudrc. Klle ne eonnaissail pas l'inlérieur de l'hôtel, et, dans la persuasion oii l'on élail i|ii'ellc ferait de moi ce qu'elle voudrait, on avait permis à MM. l'icard il roiiranijcau d'aller se mettre au lil.
Dans le Irouldc doiil elle élail aj;iléc, elle parcourait les apiiarteiiienls une bouijic II la main ; elle appelait ii son secours, el, il forée d'ouvrir el de fermer des portes, elle parvint à rantichaiiibre de mailaiiie Derneval.
I.c ijéiiéral, homme du meilleur Ion dans la société, avait ehcz lui le ridicule de la canaille. Il coiicliail avec sa femme et eonveiiail volontiers qu'il peut être plus commode de l'aire lit ii part; mais il ajoulail que celle commoililé n'est recliercliée que des époux qui se yêiieiit , ee qui n'arrive que lorsqu'ils ne s'aiment plus.
Il se leva il l'inslanl et appela son valel de cliambre: il lui ordonna de faire mettre les chevaux et d'aller chercher le médecin. 11 était décidé que je mettrais i;eiis el bêles sur les dents.
Madame Derneval s'était levée aussi et élail accourue tlaiis le désordre d'une femme qui n'a point à craindre les reijariU profanes. Su'iir Madeleine ne pouvait alarmer sa pudeur, el je n'étais qu'un eiifanl. Mais ces ajipas, que trahissait sans cesse le plus perfide ou le plus heureux iicj;lii;é , n'échappaient pas ii des yeux d'aulanl plus hardis qu'on s'en déliait moins, et la force du mal ne me rendait pas inscnsilde ii la beauté de ces formes, que je ne connaissais pas encore, dont j'i|;iiorais le pouvoir mai;iqiii' el donl le clfarmc nie sul)juijiiail. N oyez avec quelle adresse le diable s'insinue !
\Iadame Deriuval allai|uail sœur Madeleine d'une autre manière : elle proviiquait, par l'aménité et les (jràces de sa conversation, cette conhaiicc dont elle iroyail avoir besoin. Projet de femme, quel qu'il soit, devient son affaire imporlanle.
Je voyais avec quel plaisir ma jolie ri'li|jieusc écoutait madame Derneval. "Mais il csl des axciix qu'on ne fait jias facilement, et sœur MadeUiiie, en proleslaiil de la vivacité de sou amitié naissante, gardait le silence sur ce qui lui était personnel.
.le ne sais pas trop cependant quelle tournure eùl prise la conversation si le ijénéral, fali];ué de la loni;iie absence de sa femme, ne fût venu la prier de lui accorder le reste de la nuit.
Le médecin n'arrivait pas; sœur .^ladeleine était seule avec moi, cl madame Derneval lui |iromit d'envoyer Uoxclane pour la désennuyer cl lui aider s'il en était besoin.
La crise élail cilmée, et il ne me restait des évéïiemciils de celte nuit qu'un souvenir Iri's-actif des jolies choses que la jeune dame n'avait jioiiil pensé ii cacher. 11 me vint nue pensée lumineuse : c'est que les jolies choses que cachait sieur .Madeleine devaient être au moins aussi sédiiisanles que celles qu'avait montrées madame Derneval, cl comiiic je baisais tant que je voulais les mains, les joues, les jeux de sieur .Madeleine, je ne prévoyais pas de dilliciillé ii baiser |)artout, et je la priai loiil siiuplemeiil d'olcr l'épiiiijle de sa ijuimpe,
Klle me reijarda d'un air éloiiné qui m'étoiiiia moi-même. Je crus c|u'ellc ne m'avait pas compris. Je lui développai mes idées dans toute leur étendue, el je linis en la jirianl de me laisser jurjer quels étaient les plus jolis de ceux de madame Derneval ou des siens. Klle partit d'un éclat de rire jirolonjjé i|iii me mit dans une véritable colère, el j'enlevai fort adroitement l'épiiijjle proleclrice. Klle nie prit les deux mains et voulut me parler; je ne voulais rien eiileinlre, et je cherchai ii me déijaijer. Klle me dit que je lui ferais beaucoup de peine si je refu.sais de l'écouti'r. Celte phrase seule eut le pouvoir d'un talisman, el me rendit toute ma docilité. Mais je lui demandai pourquoi elle me cachait ce que madame Derneval m'avait laissé voir. Klle me répondil ({iie madame Derneval avait été distraite, et que, bien certainement , elle n'avait eu aucune inleiilioii. Je lui demandai pourquoi on empaqiielait ces jolies clioses-lii, lorsqu'on ne craii;nail pas de laisser ii iléconvcrl le plus joli visaije. Klle me répondit que la ilcccnce le voulait ainsi, .le lui demanilai ce que c'est que la décence. Klle me rcponilit que c'est le voile de la pudeur.
Toiil cela me parut un vrai i;aliiiialias. « La décence, lui dis-je, est une sottise, puisqu'elle défend ce qui fait tant de plaisir, sans faire de mal ii personne. — Serais-lii bien aise, .lérôme, (|ue je montrasse cela à mon jeune médecin.' — Oh! j'en serais au désespoir! — Eh bien! il ) a i|iiclqu'uii qui se l'àelierait avec plus de raison (|ue toi si je t'accordais ce que tu me demandes. — (^>iii donc' — Celui qui voit nos aciions el les ju!;c. " (!ctte réponse sentail un peu la nonnelte; maison ne sort pas d'un couvent sans en cinporler certaine odeur m\stii|iie.
« Poiui|iioi, repri.s-je, celui qui pi'sc nos actions me fait-il désirer ce (jii'il in'inlcrdit .' — (i'est pour t'cproiivir, mon pelit liomiiie. — El qii'a-l-il besoin de me tendre des picues, cl pourquoi vous donner de jolies choses nniquemeiil pour les caclier, et l'ommeiit les l'cmmcs les cacliaicnl-clles iivani qu'elles l'iisscnt de ipioi se xêlir.' — Oh!... dame... la décence n'élail pas encore invenicc. — La décence n'est doue iiu'unc invention, .l'avais bien raison de vous dire (|iie la décence est une sollise.
" — iMiiis xoyez donc, ilisail-cUe cnlre ses dents, voyez comme il raisonne; coiiiine l'esprit vicnl aux eiifanis! In joli leloii lui en H
JEHOMK.
plus «(iitriii en uu lusUiiti|ur noire cure ri» si\ nioii. Kl cela M daittiicra iHiiii-taul , «jouUil-ellf d'un air «Itfudri. O cliarniunl petit
il.iiiiiit' ! '
Je ni'ol.iis NOiiiiiis pour ne pas lui r.iiri' do peine a la icli'iiur ailsti'iT qu'elle a\ail e\i|;ie de luoi. Mais eu eau^aul ma leli' s'elail appu>i'e »ur miii épaule; lua joue, lua liouehe loiieliaieul re licliii, lraii>roi MU' {l'un seul uuil eu iiui' liaiiiere iiiipeuetralile. Uieii de laellf euuinie ddp|Hisei' Dieu el la déeeiu-e a d<» désirs i|u'ou uu partai;e pas : un temps viendra où elle ne )>arlera i|u'auuMir.
Nous causions, el j'étais a la eon\ ersatiou autant i|ue le permettaient deuv petits !;lol>es tlurs eomiue l'alhàlrr , prolialilemeut aussi Idanes, dont le moiivemeiil rei;nlier pr(diMi!;eait une elialeur brûlante <|ui donidait mes Turees en les épuisant, l'nul a eoup la porte de mu eliauilire s'onvri'avee fraeas. In liouime entre eu simple cliemise, sa eulotte sous le liras; strur Madeleine se sauve en jetant mi i;rand eri ; moi, je regarde : e'esl tout ee i|ue je peuv faire.
Sur les pas de l'Iiomiue en <'lu'iuise aee<uirl le général , 4-t sur les pas du ijénéral, ein<| ou siv domesliijues un pied eliaussé et l'autre nu. I.'liuiniue en ehemise eourt eii et la; il tourne ii droite, a |;aueUc, el le général tourne eoiume lui. Il était dilVieile qu'il s'éeliapp.'it. Les doniestii|ues lui liarrérent le passade et le prirent.
" .le saur.ii done eu lin , dit le général, quel est l'insolent... ('ommenl, doeteur, e'esl \ ous ipii ose/, vous introduire elandeslineuient !...
— (ieneral, ees evpedilions-la se tout toujours ineo,i;nilo. — l'ar ra|iparlenu'iil de luadauie I teriieval !... — Il u'\ a pas 4resealier dérobé.
— l'our eouelu'r avec Kovi'laiu'! — Klle en vaut bien la peine, i;énéral. — Kl la i;ravité île votre étal ' — Je ne suis pas médeein au lit.
— t)l les bieuséaiM'es pidiliques.' — Je n'avais pas l'intention de les violer; e'esl vous qui êtes l'uniqui- e.tusede l'esclandre. — (Jli ! il est fort celui-là! — Nous enl"once/. une pinte parce qu'on ne l'ouvre pas assez vile. — Il y avait div minutes au moins que madame v frap- [lait. — Je vous demande, la, si je pouvais ouvrir à madame; si un lioiume U!<iigé ecnnme vous ne devait pas se douter dequel(|ue cbosi', et doniH'r an tourtereau île llovelane le temps de s'esquiver par la fenêtre ' — Je vous demande, ii vous, s'il n'était pas plus simple de vous en aller tout droit par la porte de la rue que de parcourir l'iiôtel votre eulotte .i la main, et de porter l'alarme ]iartout? — Elil ;;énéral , je cliercliais ii vous écliapper. Vous êtes vif, et je crai>;nais que quelque coup d'épée ou de pistolet prévint l'evplicalion.
— Kt mon valet de cliaudne, qui va vous cberclier chez vous, et à qui on répond que vous pissez l.i nuit ici. — Il y a IVaucliise au moins ilans cette réponse. — Klil qui pouvait v comprenilre quelque chose? Kt celte Rovclane, avec son air li\ pocrite '. la petite fourbe. — Allons, allons, tjénéral, pouvait-elle vous eoniier cela '
— Ce n'est pas qu'au fond je trouve lii un lri'S-i;rand mal; mais voila un éclat de tous les diables, l.esijensde la maison sont instruits. Je lU' peuv pins me servir de vous, et j'en suis fàclié, car vous êtes plein de talents. Mais voyez quelle idéel N cuir coucher avec cette Kovelane! 11 faut aussi que madame la ciinijcilic, et j'en suis eiiinre fâché : j'aime il voir des figures ai;réables. Aleltez donc votre culotte, docteur.
— Ecoutez, j;én«5ral, il y a \in moven tout simple d'arranijer cette all'aire. — Ma foi, je n'en vois aucun. — (Juaiid vous serez malade, vous me ferez revenir, parce que vous tiendrez plus à voire evisteucc qu'auv bienséances publiques. Si je vous ijuéris, personne ne vous blâmera; si je vous tue, on n'aura plus rien ii vous dire. — N oilà qui est fort bien; mais Uovelane.' — Je suis (jarcoii, je la ])rciiils ii mon service. — A la bonne heure. Mettez doue voire culoltc. que diable, so'ur ^ladeleinc peut rentrer. — Et mes habits, i;cnérul? vous sentez que je ne puis repasser chez madame pour les aller prendre. — Mes gens ne peuvent pas jilns s'y présenter à cette heure : vous verrez que je vais être oblige de serv ir de valet de chambre à monsieur. — Eh! général, tout ceci n'csl qu'une plaisanterie. — Je ne sais comment madame la prendra. El son oncle le ifrautl vicaire ! il faut qu'il dorme coiiiMie un sourd. En vérité, docteur, vous êtes uu il rôle de corps. "
l.c i;rand vicaire ne dormait pas; mais il n'était pas homme il se nu)ntrer sa culotte sous le bras. Il s'haliillait à la hâte , très-inquiet de la riiiucur qu'il enlendail de tous côtés, el il se montra au moment où on ne le cralipiail plus.
Ce n'était pas avec lui que le ijénéral pouvait rire d'iiiu' anecdote qui blessait onverlement les bonnes uueurs, cl tel est rascciiilaul de la véritable vertu, qu'il force les gens les moins scrupuleuv à en ])rcnùre le mas<[ue. l.c général ne )iouvant dissimuler l'aventure à cause de s;i publicité, pril le ton qu'il jugea convenir au nouveau personnage qui entrait en scène. Il parla morale; il s'étendit sur le respect dû à sa maison, el particulii'remcnt il madame Ucriieval. Le docteur, qui saisit parfailcmenl son intention, joua le trouble, le repentir, la confusion.
Le i;énéral, en parlant, se pénétrait de plus en plus de son sujet. Il s'échaulVa au point que le ijrainl vicaire, complélemcnt dupe de celte comédie, se crut obli;;é de prévenir une scène lra;;ii|iie. Il interposa sa médiation, et obtint, avec bien de la peine, qu'un laisserail au coupable le temps de s'habiller, et qu'on lui permettrait de se relirer libreiiicnt, (pliant ii Hinelane, le général ne parlait de rien
inoiiit que de la faire uieltre à riiô|ntal. Mais M. le grand vicaire représenta que celle fille pourrait clianger de eoiidiiite, et qu'un la jellrrail ilaiis le détour. i|;emenl en la dé|;radanl ii ses propres jeiiv. I.e |;énéral se rendit a ees raisons; il fit encore une foit Illettré les pauvres chevauv, el il chassa d'une voiv terrible iliivelane et son docteur, qui furent tranquillement s'établir a leur autre domicile.
Chacun retourna rlie/. soi, rt luoi, fatigué de toutes les manières, je pris le parti de iii'endormir, cl je m'éveillai assez lard. I.e premier objet qui .s'oOril à mes veiiv fut sceiir Madeleine, qui me souriail avec l'iuiiplaisaiiee.
Madame Deriicval entra blciiti'it après. Elle s'était fait aecoiii|Hij;iierparson iiiiele, il qui elle devait, disait-elle, faire des ouvertures sérieuses sur l'avenir de la jolie reli|;ieuse, et elle ne voulait s'evpliqiier qu'en sa présence, pour savoir, disait-elle encore, si ees propositions lui eonvienilraiciil. Au fond, elle n'était plus maîtresse de sa curiosité: elle eomplait frapper un eraiiil eiiiip, el lire sur le visage de sieur Madeleine jusqu'à quel point étaient fondés certains soupçons nés des discours ]M'oiioiieés la veille par le respeelable oncle.
L'occasion paraissait d'autant plus favorable qu'où était seuls, absolument seuls. Moi je roiiiplais pour rien, el le i;éncral était sorti de bonne heure pour une alV.iire qui paraissait l'iiiléresser beaueiiiip.
Mailame Derneval était iiiuvcrlc, biiiiloiiiice , épiii|;lée du menton à la pl.iute des pieds; ainsi , point de distraction pour le précoce iiialaile; ;iiiisi, attention eiilii're de sa part.
c Nous savez, mon oiiele , pourquoi j'ai renvoyé llovelane. lue lille qui se jette dans les bras d'un hoiiime sans l'aveu des luis sociales ne mérite aucun inéiiaifcmenl d'une femme qui se respecte.» Ici la jeune dame fiva siriir Madeleine, qui roiif;it jusqu'au blanc des veuv. 1 .l'ignore, ma nièce, quel est le degré d'Iiuiiiiliatiiui où une femme respectable peut réduire une l'iuime faible. Les prudes éteiiilcul ces droits très-loin; mais la vraie saifcssc est sévère pour elleluèiiic et indulgente pour les autres, ^Qiioi , mon oncle! vous blâmeriez en moi la haine du vice? — \on, ma nièce; mais je n'ap|irouve pas que celte haine se manifesie par des sorties viruleiiles. L'apparence de la vertu est parloul; la chose csl rare, et, dans le tourbillon où V ous êtes lancée, il faut savoir fermer les yeuv sur bien des choses. Vous ne sauriez déclamer contre un vice, sans faire la satire de quelqu'un en particulier. Tel qui parait vous approuver, et sur qui vos traits auront porté, cherehcra sccrèteinciil l'occasion de vous décrier cl de vous nuire. Or, rien de facile eomiue de perdre une femme hoiinèlc, parce que , forte du senlimenl d'une conscience pure, elle est sans crainte coiniiie sans délianic. Klle ne pare aucun eoup, parce qu'elle ne pense ]>as même qu'on puisse l'alta(|iier. Klle périt vielime, à la vérité; mais enlin elle siuioiiibr . cl vous frémiriez si je vous rapportais vingt traits lancés par la caloiiiuic, qu'il était aussi impossiblcde prévoir que d'éviter. — La leemi, mon oncle, est d'un iioiiime qui connaît le cieur buniaiii, el je vous en remercie; mais il me semble i|ue ma femme de ehanibre suri de la classe de ceiiv que je pourrais craindre. — Mon enfant, il n'est pas d'ennemi méprisable : piiissiez-vous ne pas l'apprendre un jour! Alais eu admettant que vous n'ayez rien à redouter de Uovelane, est-ce une raison pour la dénigrer sans nécessité? — .Mais ceci, mon oncle, est entre nous. — Pas (lu tout, madame. Nous apprenez à snuir Madeleine des détails que, peut-être, elle evil toujours ignorés. — Je n'avais pas rétléchi ii cela, mon oncle, et je sens que so-iir Madeleine, si jeune, si sage, si incapable d'une faiblesse, pouvait, malgré l'éclat de la scène, ne pas soupçonner... » Le ijrand vicaire se lève hors de lui, marche a i^rands pas dans ma chambre. Sieur Madeleine ]iàlit, rougit, baisse les ycui, veut parler, se tait, el ne sait quelle ciinlenanec tenir.
i: Nladame. reprend le grand vicaire, il y a niéchaiiceté et perfidie dans ce qui vient de vous échapper. Mécliaiiceté, parce que vous avei éclairci par un moyen cruel des soupçons aiivqiiels je me souviens d'avoir donné lieu iiivolontairciueiit ; perliilic, \v\irv que vous prodif'uez la louange il celle que vous méprisez intérieurement. Kl quelle est donc cette odieuse pureté qui cherche sa récoiupeiise ilaiis les larmes de ses semblables? .Moins de vertu, madame, el plus de charité, si la vertu, en vous, ne peut s'allier qu'.-i rintolérance cl il l'orgueil. Et quel i;arant avez-vous que cette égide, dont vous êtes si licrc, ne s'écliaïquMa jias de vos iiiaiiis? Notre Dieu a dit en parlant de la femme adultère : (Jiie celui de vous qui est sans péché lui jette la iiiemière pierre, et une enfant sans cvpériencc , une femme qui entre il |icine dans le inonde, ose porter sa main téméraire sur la balance divine et se montrer plus sévère que son Dieu! »
Il eût pu continuer plus longtemps encore sans qu'on pensât h riulcrrompre. Sieur .Midelcinc s.iiiglotail el ne trouvait |>as une larme; madame Derneval, rciidiic ii son henreuv naturel, lui prodil'uait toute sorte de secours, l'eiubrassait et lui demandait pardon. Sœur Nladcleiiie, humiliée, confondue, ne pouvait arliciiler un mot; elle lui tendait la main cl la regardait d'un air plein de douceur.
" Parlez , continua le grand v caire en s'adressaiit à riiifortiinée. Parlez, avouez vos fautes ;i celle qui n'a ni le droit d'en connailre ni celui de vous jujjer. .\ccuscz-voiis pour être ii l'abri d'une coupable curiosité, et moi, ministre du Dieu qu'on offense, je vous absous,
JÉRÔME
car qiicllos qu'aient été vos erreurs, vous les avez cxpWes par le repentir cl la prali(|iir îles iviivi-ps de niiséricord»'.
!■ — Ali ! mon oiulo, connut' vous nie liailcz ? Imitez la ijcncrositc de siriir Mailcicine. — \ ous avez IVoIssc son cipiir. Kllc est roffcnsit', elle pcnl , elle iloil èlic jjénérense. Mais (|ul piott'ijera ccuv que vous opprimez , qui aura le eoiiraije «le vous reproelicr vos loris .' Senuil-ie les llalteurs i|ue votre jeunesse , voire luaulé, votre raui;, voire lorluiic atlircnl stins cesse sur vos pas.' Moi seul, pcul-cire, j'ose èlrc vrai avec vous, et vous dire la \irilc tout eiilicrc. — Mon oncle, sa nndilc m'clïra}c. — Madame, \f n'ai jamais su la parer.
■ — .11' ureslime encore assez, luou oncle, pour vous avouer qu'une curiosiié, (|uc je ilcvais surinonicr. a amené celle sci'ue ((ue je n'ouldierai de ma vie. J'ai voulu Taire parler sceur Madeleine; mais croxczque je n'avais [kis le |)rojcl airocc de l'aire couler ses
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Uoe vieille gouveraaDte avait remplacé mademoiselle Javotte.
larmes. — Si je vous en avais crue capable, ni.idamc, j'aurais ijémi sur vous, cl je me serais relire : ([uaïul le co'ur esl corrompu, il ne reste jiKis d'espoir. — Pardonnez-moi, mon oncle, pardonnez-moi comme elle. " El son alliluile clail sup|ilianle, elle prenait les mains du ijrand vicaire, elle les uiouillail de ses pleurs. « \ cnez, mou enfant, et loiuhez dans les liras de voire oncle. 11 a dû vous blâmer; mais il esl ilouv pour lui de vous rclnuivcr dii;uede sa tendresse. — .\li ! sœur Madeleine, eouimeni vous l'aire oublier... — Eu écoulani, ma iiii'ce, un récit «pii, j'aime ii le croire, vous la montreja plus niallieiireuse que coupable , cl qui jusiiticra celle indul>;eiice (pie vous lui accordez aussi racilcmeiit (pie vous avez élé ]>r(>iupte à ta cniidamncr. — Oui, monsieur, je parlerai, j'en aurai le couiai;e. I.ii proie au méclianl, à l'àj^c oii on ne sotipetuine pas encore (|iril evislc dcs vices, vaincue sans avoir pu me défendre, siMiuiise cnsuilc à l'ascendant d'un maître sur une lille sans ressources, j'ai conservé des droits .i la pitié, cl je me crois au-dessus du mépris, (pli ne doil frapper (pie le vice.
» J'ijjnore oii je suis née. Je ue me rappelle rien d'antérieur au presbytère oii nnuisiciir m'a lr(nivée. C'est là que mes veux ont élé frappés des premiers objets, i^'csl la (pie j'ai articulé les premiers sons. Le prédécesseur du curé actuel avail nue i;ouvernanlc (|ui doil avoir été belle, car elle était bien encore. mali;ré un tonds de mélaiieulic qui la minait insciisiblcmeiil. l'Ile me nommait sa nii'ce, el ce litre justiliail la tendresse doiil elle ne cessait de me donner des marques.
• A mesure que ma raison se développait, je rcmanpiais entre elle et le curé une iiilimilc cpii n'existe pas ordinairement du maîlre à la domesti(pie. Ceci n'était (pi'uiic simple observation , dont je ne pouvais encore tirer de eonsé(pieiices.
.1 l.a santé de celle (pii se disait ma lanle s'affaiblit au point de ne plus laisser d'espoir. Elle exigea alors que je restasse conslammeut auprès d'elle, el les caresses les plus tendres ajoutaient il la douleur
Paris, TypOfjra|j|iic Pion
que m'inspirait déjà une proclinine el éternelle séparation. Au moment terrible, oii on n'a plus d'iiitéièl à se mentir à soi-même, elle me bénit, el elle dil à son maître : l'.\])icz vos erreurs el les mieiiiies. Aimez cette eiiranl qui n'a pas demandé ii naître, et cachez-lui le mallicur de sa naissance.
.) J'avais douze ans alors, el ces paroles me laissèrent pressentir ma déplorable orij;ine. Je sentis les devoirs (juc j'avais ii remplir envers le curé, el je ne m'en écartai jamais. Jamais un reijard de bienveillance ne l'ut le prix de mes soins. Je vécus au presbytère sans avoir il me plaindre ni à me louer des Iraitemciils (pie j'y recevais.
" Deux ans a])r(s , les orajjes révolutionnaires rorcèrcnl le curé it fuir el à se caclier. Il n'avait au monde (|ue son bénéhce ; la misère devenait siui parlaije, el la misère amollil les cteurs les plus durs, l'oiir la première l'ois, il me pressa contre son sein; il me donna en présence de témoins recoiiiiiiandablcs ce (]u'il crut devoir r.ie laisser, cl en sortaiil du presbytère il me recommanda à la Providence.
u Sa tête était proscrite; il l'avait dérobée ii la l'urcur de ses assassins. Ils se veiiiji'reiil sur moi; el sans éjjard pour mon à(;e el l'état déplorable oii ils m'allaienl réduire, ils me dépouillèrenl enlièiemenl, et me baniiircnl de celle maison, berceau de mon enfance.
" J'en sortis en pleurant : les larmes sont la défense et le soulagement du faible. Seule dans l'univers , placée entre la misère et le désespoir, il fallait mourir ou tendre la main. A quatorze ans on comiuence à sentir le prix de rcxistcncc ; mais ;i ipialorze ans il parait aft'rcux (l'implorer la comiuiséralioii publi(pie. Assise sur une pierre, mon visage caelié dans mes mains, je dévorais des sanglots qui ne devaient attendrir personne : je le croyais au moins. Ma mère avait fait du bien ii une femme pauvre el âgée. Soit qu'elle eût pénétré le secret de ma naissance , soit(|u'elle ne cédai qu'à la compassion, elle me clierclia el m'olTrit de partager ses baillons, son grabat, son pain noirci ses travaux, (^'élail, disail-cUe, une dette qu'elle acquittait, el je crus eu payer une plus réelle en m'exténuant de travail pour lui procurer quelque repos.
A mes genoux, ma fille! dit le vi(»ire, relevez-vous.
u l.a fatigue el le besoin l'avaicnl usée avant le temps : je n'étais jias la sciile avec (pii elle e't partagé ce (pii ne lui suflisail pas. ^ erliis obscures, personne ne vous reebercbe , ne vous connaît, ne vous récompense. Elle lomba malade, el je renonçai au sommeil pour fournir aux dépenses (|ue son état exigeait. Elle me remerciait comme si j'eusse l'ail plus (pie mon dcviiir.
>> L'on rcmaripiait dans le village mon dévouement cl ma lenilre sollicitude, on nie louait liaulemcul. (Ui nie iiiar(|iiail de la considération, el je n'en concevais pas d'orgueil. Je |)ensais seulement qu'il faut (pi'il y ait bien des ingrats pour (pi'ou traitât avec distinction une lille qui n'avait d'autre mérite .pie celui de sa iiiéiiioir('.
. Les prêtres n'exerçaient pas |)uljli(|ueiuenl leur ministère; mais on avait cessé de les pcrséeuler. Le curé actuel s'était établi dans le village, et il y adiiiinislrail les sacrements en secret. 11 vint aiderma
frtjres, rue Giranri(-rc , 8
JF.HOMi;.
Jli^^>i.
vioille amie à mourir, et il voulut voir la jeune personne doiU on lui <lis;iit lant ili' liit-ii. .l'Oliiis |iri>ri>iiiK'im'iit anii|;i-e. Il me dit Je nie ciinsoltr II (l'avoir cDiiliaiKi' en Dii'ii.
u Je i-niis iiii Uieii , monsieur le i;ran(l vicaire. Si j'ai reeii île lin quelipies a|;rémenls i|ui ont l'ail mes mallieiirs, je lui tlois aussi la rési);iialiuu avec lai|uelle je les sii|)|>orle et le ferme désir de réparer mes erreurs. (Courbée sous le poiiK de sa jiistiee , je m'iiilirdis juscpi'aii plus léj;er murmure: mais piMiri|uoi eeiiv qui se diseiil ses iiiterpri'les soiit-ils les premiers à l'imtraijer et a lira\er ses luis: (àiiitiiiiie/. , ma lille, et respi-cle/ la sainte olisciirité dans lai|uelle la l'ro\ideiue a voulu se eaelur. Kiiii n'ecliappe a sa xirjlame, ear son eentrr est partout, ses lioriies ne sont iiulli- part. \u iiionieul oii le erinie se eomiiiet , un trait laneé de sa niaiii iii\ i>ilde déeliire le eceur du euupahle. .S'il a trompé les yeiu des liommes, il ne saurait se tromper liii-nième; partout il porte le Irait veii|;eiir, partout il traîne avec lui son jiiije, et ee juije est sa eonscience. ('.onlinue/. , ma lille , eunlinuez.
» — La terre couvrait ma bienfaitriee , et iilusieiirs parlieiiliers m'avaient otVerl un asile. Le curé demanda «lii'il lui fût permis île me recueillir, aliii, disait-il, de faire friiclificr en moi le jjeriue des vertus.
" L)e luutes les habitations du lieu , nulle n'avait pour moi d'attrait ipic celle oii j'avais été élevée. Je trouvai une douce satisfaction à y rentrer; el maîtresse de choisir, je courus ii ma perte.
" Itientùl mes misérables vùlemenls furent remplacés par des babils simples, mais d'un jjoùt reclierclié. Je nie reijardai avec eumplaisanee, j'eus la vanité de nie croire belle, et j'éprouvai un sentiment plus vif que la simple reconnaissance , pour <elui i|iii me procurait la seule jouissance que j'eusse encore euniiue.
• Il souriait aii\ expressions que m'arrachait l'espèce d'ivresse oii j'étais plongée. Klail-il sensible au tribut que lui oiTrail l'iiinoeence, ou s'appiaudissail-il du siieeès des piéycs qu'il tendait sous mes pas? Soins tendres et soutenus, égards sans aiTcctation, cmpresscmeiils réijlés par la plus austère décence, il me prodiijiiait tout. Il m'inspira bicntùl celte confiance qui empèclie de s'occuper de l'avenir, parce que le présent s'empare de tiuitcs nos
sensations. Oh 1 qu'il est facile, madame, de surprendre un cieur piirl II ne peut voir dans les choses les moins équivoques qu'huma- \ nité et bienveillance.
u J'étais contente , j'étais heureuse , je ne désirais rien de plus. J'ignorais qu'il evislàt difi'éreiitcs sortes de bonheur : le séducteur devait mettre le sien à me désesjH-rer.
Il II m'avait habituée ii l'embrasser tous les soirs avant de me retirer. Ce baiser, qu'il appelait le baiser de pai\, fut modeste pendant quelque temps. IiiscnsilMement ce furent des caresses, nommées encore caresses paternelles. Lnlin ces baisers se prolou!;crint avec une énergie (|ui éveilla en moi la nature, et qui m'avertit du dani;cr.
Il 11 fallait fuir; mais oii aller? Ceux qui m'avaient otVert leur maison n'aiiraienfvu dans ma sortie du presbylère qu'une létjèrelé condamnable, car je ne pouvais accuser le curé d'aucun acte vraiment répréliensibic , et mon ténioii;iiai;c d'ailleurs n'eût été d'aucun (loids contre un homme revêtu de ce caractère. J'avais contracté l'habitude du bien-être, et ceux qui s'intéressaient à moi vivaient dans une extrême médiocrité. La crainte des privations d'une part, celle de perdre dans l'opinion publiipic de l'autre, tout concourait ii retenir une fille qui avait trop peu d'exiiérience pour penser qu'on put lui arracher ce i[u'clle était décidée ii n'accorder jamais.
• Je me bornai donc à me refusera ces perfides caresses; je remplaçai par une réserve absolue la liberté qui avait réi;!"' entre nous:
uu respect attentif succéda ii la sincère amitié qu'il m'avait inspirée, et la nuit je m'enfermai evaclcmciit dans ma ili.iiiibre.
Il iNoiis diiiioiis a la même table ipiaml il était seul, el nous soiipions loujniiis ensemble, parce qu'il ii'a\ait jamais personne le soir. Je rcmaic|iiais qiicl(|Ucrois son teint enllanimé, son ie|jard ardent. .Murs je iiu' sciiLiis rougir; je baissiiis les )cu\, el je me relirais.
.1 In soir, vers hi fin du repas, je me sentis prise d'un assonpissenicnl que je ne pus vaincre ni même combattre. Le sumnieil appesantit liuis mes membres, eii|;oiirdil tous mes sens. J'i|;iiore combien de temps dura ce sommeil Utliar|;iqui-. Je me réveillai dans mon lit , et je me trouvai dans Us bras du curé.
..Je criai, je pleurai!... Il me ferma la bouche avec un mouchoir, et m'ordonna île l'écouter.
■■ Ce qui esl fait, dit-il, est sans remède; vos larmes, vos cris,
rendre ce que vous avei perdu.
.\iiisi consolcï-vous, el i;ar-
aueunc puissance ne peuvent vous
peine.
du vice m'avait
Sœur Madeleine soienc Jcrftme dans sa m.iladie.
de/, le silence.
.. Je n'ai dû iju'ii la ruse le boiihiiir que je désirais depuis si l(Hii;tciiip>. Je veux ilésormais vous devoir a voiis-niême: il faut que vous parlai;iiz mes plaisirs pour qu'ils soient parfaits. Si je ne MOIS inspire lias d'aiiiiiiir, cn"oric/. -vous de parailre tendre , soyez complaisante au moins, et je vous rendrai aussi heureuse qu'une fille de votre état peut l'être, el que mes moyens le permeltent.
.. 11 renouvela ses entreprises, je me défendis avec fureur. Cédez, dit-il d'un ton féroce, cédez, ou vous êtes perdue. J'ai enfermé dans votre cassette un couvert d'arijent. (Choisissez, de vous donner ii moi, on d'être à l'inslanl accusée d'un vol que vous n'avez pas coniniis , mais dont vous porterez la )> L'idée révoltée: je frissonnai il celle des cachots et d'un ju|;eiiieiil infamant. Si je n'eus pas la force de consentir oiiverleiiicnt à ma bonté, je n'eus pas non plus celle de résister plus loiii;lenips.
Il Je n'ai jamais pu aimer le curé; mais rhabitiide, la nature, toute-puissante sur des oiijanes neufs, tempérèrent le dégoùl que m'inspira d'abord cette vie de désordre. Je retrouvai de la ijaielé.ct lorsque le remords se réveillait au fond de mon rejetais tout sur la nécessité,
madame, comment ce commerce illé.'iliiue fut enfin découvert. Vous en savez assez pour établir votre "opinion, pour me jujjcr, el je me recommande a votre
induhience. . . , .
« — Vous la méritez jusqu'à un certain point , reprit le grand vicaire Oh' elle la mérite tout enlièie , mon oncle. — iSon, ma
nièce" ■ apprenez à vous ijarder de deux extrêmes. Le crime du curé n'est pas le sien; mais les fautes qu'elle a volontairement parla- Piies ' — El la crainte des tribunaux, mon oncle? — Ll le dévouement q.Vcxi.'e la vertu :> L'innocenl accusé présente sa tête el la perd s'il le faut "il ne la rachète pas par des moyens indignes de lui. Voil 1 le véritable marivr, celui que la palme immortelle attend, celui dont les hommes doivent vénérer la mémoire, parce qu'il leur a donné un grand exemple. — Ces exemples sont rares, mon oncle. - Us n'en sont que plus précieux. — Je ne sais pas même si Ion en trouve dans vos livres... - Laissez nos livres, madame. Ici je suis un honnèle homme qui raisonne avec une feiniiie du inonde.
, Convene/. au moins, mon oncle, que peu de femmes a la place
de sœur .Mailclcine auraient eu le courage de se conduire autrement. — \ussi me suis-je élevé contre la sévérité que vous lui avez d'abord maii|uée. II esl. ma nièce, une dilïérence essentielle entre l'in-
àme, je cherchais à m'étourdir, el je à qui je m'étais immolée.
Il II est inulile de vous raconter,
ta
JEROME
>liili;('iii'(' .ivciiiili' i|iii aiitcirix- Ir dt'sdrilro, ri la rci'iiicU' compalissaiitl' ipii r.iinciM' II' l'aililc en lui |iai'(loiinaiit.
u — l'auxTf Maili'U'iiic ! pauviT Macli'lriiir! non, vous n'ôlcs pas nicprisalili'; mm , ji' ne vous nii'piisc point, cl je vous le )uouvc' l'ii vous olVrant clu'z moi la place qu'occupait llovclane, — ^oll■c maison , ma nièce , ne lui convient pas. — Kl pourquoi donc, mon oncle'
— ,1e crois i|ue votre mari a îles nueurs; mais il a sans ccssi' à sa suite nni; foule de jeunes olViciers ipii peuvent n'être pas trc's-scrupulcux. L'occasion, l'haliilnde peuvent être plus l'orlcs que les résolutions les plus sincères, cl je n'evposciai |ias celle jcuiii' pcrxmne ii des conilials dont l'issue csl incerlaine. .Si elle est prudi'nte, elle entrera ilnz une ouvrière d'une conduilc sans reproclie; illc \ apprendra à vivre île son travail, et, iinli^pemlanlc du licsoin et des liomnies, elle pourra se rapprocher d'eux a\ec moins de dani;er.
» — Mon oncle, mon oncle, j'ai une- linijère cveellcnlr. — \ la bonne lienre , ma nièro. — (^>ni demeure ilaiis un (piarlier lraiH|nille. {tien 1 — (^)ni est mère «le famille, cl ipii n'a d'ouvrières que ses lille>. — l'ort liirn ! — Kllcs ne sont pas jolies du tout; mais... — r.inl iiiiciix, ma nièce : la lieaulè est prcS(|ue toujoui'.s un présent l'uneste ipie les femmes paxrni liien cher.
" l'arlcz, soMii- Madeleine, consentes - vous à ce c|iie madame vous propose;' — Il y a lon|;lcmps, monsieur, (pie je vous ai assuré «le mon entière soiimission. — Il x n loii|;lcinps que je vous ai répondu ipie ci-la ne me siilVisail |)oiiit. OoiismIIc/. votre iiiclinatiuii Itcancoiip plus ipie le désir de me complaire. — ICIi bien! monsieur, ce projet m'est aj;réal)le autant (pi'il me ])arail utile. — 11 scia c\éciilé, cl je me clianjc de Ions les frais. — ^on pas , s'il vous ]ilait, mon oiiele. \ oiis n'axez pas eu île torts envers soiir Aladeleine , et je veux... — Aon , mon enfant , on me conl'ie des fonds uniquement destinés à cet ujai;e. Kaites du bien de votre côté, piiisipic vous avez du superflu; vous trouverez à cliaquc pas un malliciircux à soulager, .^lais prenez ipirde d'aliincnlcr la jiaressc, au moins inutile quand elle n'est pas nuisible. Kiudiez l'art de placer vos bienfaits, .le l'appelle lin arl, parce qu'il mène à connaître le co'iir liiimain, avaiilai;e si nécessaire dans le monde, et si ijénénilcmenl iiéfjliijé.
•> — ^loii oncle, je monte en carrosse, et je cours chez ma linijère. ^ l n niomeni, ma nièce. 11 est d'abord des devoirs de bienséance à rem])lir envers la supérieure <le rllôtel-Dieii ; un habit h remettre, et je me clian;e de tout cela. — Abréijeoiis, s'il csl possible. N dus, sieur tl.Mleli'iiie, venez avec moi. •< Kt madame Derncval emmène ma jolie reli];ieiise, et rentre avec elle au bout de cinq ininiites. Je ne la reeoniiaissais pas. I.a jeune dame avait ouvert sa i;ariIe-robe, l'avait forcée il choisir, l'avait aidée à s'habiller. .Madcb'inc avait pris ce <pi'il \ avait de plus simple; mais qu'elle était bien comme cela !
'I Tenez, mon oncle, voilà le )iai|uet de bure. Faites-le mettre sur le devant de la voilure, cl reportez-le il madame de la Nativité. Excusez ma ]iroté(jée aii]irès d'elle... — ÎNon, ma nièce, je n'excuserai pas lin oubli volontaire des procédés li's plus simples. Ma lillc, venez remercier celle bonne rcliifiiiise. Mais reprenez cet lialiit, et vous le eliaiijjercz à l'Ilôtcl-Dicu contre ceux que vous j avez déposés. Ils eoiivieniienl il x'otre situation, et vous êtes ridicule avec ceu\-ci. — Itidiciile, dites-vous, mon oncle.' ah ! elle est jolie comme un ange.
— On est toujours ridicule, ma niicc, ipiand on sort de son état. » -Monsieur le ffraiid vicaire tàch.iii toujours d'avoir raison quand il
voulait quelque chose: aussi voulait-il fortement, et il fallut que sœur Madeleine repril le juste de bure [[rise. 'tout ce ipi'il accorda à la péliilaiice de la jeune dame, ce fut de partir sur-le-cliamp avec sa pro- "■(!''<'• pour lui faire prendre coiii;é de madame de la Nativité.
Il est à peine sorti, cpic madame Derncval di'maiide une autre voiture et pari pour le faiiboiin; Saintdermain. Elle rèiïle les conditions avec la liii;;ère; paye une année d'avance, malijré les observations (le son oncle, cl revient encliantée d'elle-nième. 11 était arrêté la-hanl . ou là-bas, on ailleurs, on nulle pari , ipie mademoiselle Javolle ne serait ni religieuse, ni l'emiiie de chambre, ni lin|;ère.
1-a jeune dame renlrail à peine, que le général parut, il tenait p:ir I» main le camarade Riider, et le présenta à sa femme. " Ma lionne amie, félicitez le capitaine. Je n'ai eu que la peine de rappeler ses services pour (dilenir la compajjnic. Mon cher Kiidcr, vous pourrez encore perdre une rapotc (piaiiil l'occasion se présentera; mais ne batter pins personne, parce (pi'iin capitaine doit l'exeiiiple aux jeunes ijciis du bataillon.
" Mon cher ami , il est convenu (|uc vous vivrez a l'Iiôlel tant «|iie vous serez en i;arnisoii à l'aris. — Tris-volontiers , mon ijé'iiéral; mais j'ai l'honneur de prévenir madame que si je pense bien, je parle mal. — MIoiis, allons , mon camarade, xoiis n'êtes pas plus obli|;é d'être un Voltaire, ipic A'oltaire ne le fut d'être un Tiirenne. — C.r n'est pas cela, mon ipiiéral; c'esl (pie je jureordinaireiiienl. — Kh bien! mon ami, vous jurerez le moins ])Ossible, et quand il xoiis échappera un ijros mot. je vous marcherai sur le pied. — Mais le mot sera lâché. — Mais vous serez sur vos ijariles. — Ainsi, i;éiiéral, madame est sflre (pie je ne lui pousserai qu'un juron à la fois. »
'■e i;ran(l vicaire nous ramena mademoiselle Javotte tout à fait di'- RBipe lies liens de saint N'incent de Paul. (Vêtait un bien brave homme ipie ce A inceiit! c'esl l'iiinipie saint ipii ait fondé une con- !;n''f;alion mile, le cardinal de Hénille méritait bien aussi la canoni-
sation pour avoir établi les Pères de l'Oratoire ; mais il y avait déjà tant de saints! et puis la foi était si faible !,..Elle est redcvcniie a la mode.
Hommes d'Etat, vonlez-vous que la secte la plus absurde fasse des prosélytes? persécutez. Ministres d'absurdités religieuses, voulezvous ipi'on écrive contre les dieux de votre façon? déclamez contre les noii-eonfoi-mistcs.
Mademoiselle .lavolte avait repris les vêlements qu'elle avait le jouroii il plut au bis de Joseph, de (labriel, du Sainl-Kspril, ou d'un autre, de se baijjiier dans la mare. Jour précieux oii elle eut pilié de ma misère ! Depuis longtemps je ne tenais à elle ipic par la tendresse : ses habits me rappeU'rcnt à la rei'onnaissance.
l,e ijrand vicaire demanda ipicl était cet officier à l'u'il de moins, et d'un ensemble oriifinal. La jolie dame lui raconta ce que vous savez, et le ;;raiid vicaire serra aneclueiisement la main du ifénéra!.
Al. Hiider n'avait rien entendu, ou avait feint de ne rien entendre. On louait sa modestie, sans réfléchir que s'éloi|;ner de quatre pas de ceux ipii l'oiil notre élo);e , c'est les mettre à leur aise, et se procurer le plaisir imioceiit d'entendre (|uelque chose de plus. Le capitaine s'était approché (le mademoiselle Javotte, et, droit et ferme comme un pieu , il la rcjjardait avec une ténacité qui ne me flatta point du tout.
Aladame Derncval annonça à sa protéijée que sa place était arrêtée, et cpi'elle enircrail ipiaiiil il lui plairait chez madame Dupont. ÎMademoisellc Javotte répondit qu'elle désirait attendre mon entier rétablissement, et qu'elle considérerait comme une nouvelle r;ràee la permission (|u'clle sollicilail. On se rendit avec boulé à ce qu'elle demandait, et je sus de tout cela un j;ré infini à la charmante solliciteuse et à ceux ([iii allaient au-devant de mes vœux les plus doux.
Ol arranjjcmcnl rendit la parole à Jl. l'iudcr. « Parbleu, madame, je m'intéresse aussi à cet enfant, et je vous offre mes soins. Vos domestiques sont sur les dents; cette belle demoiselle est délicate, et moi je suis bien partout. Un matelas dans un coin, une roqiiille d'eau-d(>-vie cl une pipe, voilii tout ce qu'il me faut. »
(Jii représenta à M. lliider ipie l'odeur du tabac ne nie valait rien; il répondil (pi'il fumerait dans la cheminée. Je lui représentai que mademoiselle Javolle me suflirait ; il me répondit que je ne savais ce que je disais, il accrocha son épéc à une espap,noletle de croisée, son chapeau à une antre; il tira son bonnet de police, se l'enfoiiea jusipi'aux oreilles, et s'installa dans un fauteuil.
Il ne dit plus rien de toute la journée; mais il était très-attentif. Au moindre mouvement de mademoiselle Javotte il était dehoul. 11 sautait sur ce (pi'ellc allait jircndre, de manière que la main déeliarnéc rencontrait toujours la main blanche et effilée. Me soulevait-elle pour me présenter le vermicelle ou la gelée de groseille, cette diable de main se joignait à la sienne, et si elle lui faisait observer que je commeneais à m'aidcr assez pour qu'une personne siilVil, il ne répondait rien; mais il serrait davantage la main qui cherchait à lui échapiier. Je me décidai à rester assis, cl je fis nieltrc près de moi tisane et cordiaux.
Ou xint avertir le caiiitaine qu'on avait servi. 11 demanda ipi'oii lui apportât un morceau sous le jiouce. On mil un joli couvert pour lui et mademoiselle Javolle, cl il déclara au domcstiipie qui se disposait à les servir, ipie cela le gênerait, parce qu'il n'était ])as dans l'habitude d'être servi. Il ajouta ipi'il était très-capable d'olïrir le meilleur morceau à la bidie demoiselle eld'entretcnir son verre plein. Tout cela me déplaisait de plus en plus.
Le domcsliipic se retira, et M. le capitaine se ]ilaea le dos tourné de mon côté. Je ne sais comment il regardait mademoiselle Javolle; mais elle ne Icxa pas les yeuv de dessus son assiette. Elle mangea peu, elle but moins, et vint reprendre sa place pri'S de moi.
M. Uudcr abandonna la sienne et se mil à celle ([u'elle quittait, sans doute pour ne la pas perdre de vue. Il mangea comme un tigre, il but comme un \llcmaiid, et de temps en temps il lâchait de se donner un air tendre, (pii était bien la jiliis diôle (le grimace!... Mademoiselle Javolle en riait en tournant la tête, et j'étais, moi, dans une colère éiioiivanlable.
« Calme-toi, mon petit Jéri'ime, calme-toi, me disait-elle à voix basse. Tu vois bien ipie cet homme n'est que ridicule. — Mais cet homme-là vous aime, mademoiselle. — Mais, moi, je ne l'aime pas, monsieur. — Oh! si j'avais seulement seize ans! — Que ferais-tu,
])etit ami? le tuerais tous ceux qui vous aiment pour (|iie vous ne
pussiez aimer (pie moi. »
La journée, la nuit se passèrent dans ces altcrnali^ves de gaieté, de crainte cl de soupirs amoureux. "M. Riider conlinuait ses mines; mais il ne laissai! parler que son (eil. 11 y trouva tant de plaisir qu'il oublia sa pipe; il ne fêta (pie sa roqiiille. Son silence me calma peu à peu, et je finis aussi par le trouver plaisant.
Il ne sortait pas de ma chambre, et le général, sa femme et le grand vicaire le louaient beaucoup de son humanité et de l'empressement ipi'il mcltail à soulager mademoiselle Javolle : elle cl moi savions mieux que personne ce qui en était.
.le reprenais des forces, et on avait décidé que, sons deux jours, je pourrais me lever : c'était le (piatrii'iuc depuis que M. Riider s'était établi près de moi. Je voyais (pie le besoin de ]iarler le tour-
JKUOME.
iiirnlnit «l'inic «'tniii[;c malli^r<■ ; il s'tMiiil nifnie rs<iiyi' iiliisiciirs fois (liiiis hi joiinirf ii ailiciilrr i|ili'l(|iirs moi-. Il •.■|i|i|iiiM'li;iil il'cllr ■riiii iiir i;iiiii(li' , il iivniii'iiit lrsl)ras, iiicliiinil la tiMc, niiMwiil la lioiiclu-, i.i ri'|;ai-<lait, l»i'.ail un ilciiii-limr à dioili', l't ri'limiiiait a snii raiilciiil.
On hoiivrra sans iliiuto ces (li'laiU iiiii'riU ; mais r'i'st un cnraiil i|iii ciinli-, et ers dt-tiiiU siinl aillant ilc ilq;rt'S qni nous nù'iiciit il la calaslniplir.
An «•oniiiirncpiiienl ilr la unit, il l'il un iisa(;r rri'<|m'iil ili- sa roquillc, sans iloiilf pour se ilonner li- <onnii;o ili' s'i'\|ilic|ni'r, on la rarilili- {\v s'>'\plii|iUT rn licaii\ li-riiirs. Apit-s qnrliiucs pri-liniiiiaircs qui n'alioulissaiiMit à lini, il coninioiiia riilin.
.. >la<lriiioisi'llf... inaili-inoiscllc... (,)i|p li- tlialili' in'rmporlr si ji' sais pflroii l'iiinini'iiri'r. Madriiioisi-lli', \oiis «^Irs iliarniantc. — \ Oils nie llalli'z, luonsicnr. — Kl ji' vous aime île tout mon ro-iir. — Monsiinir, vons «"trs trop lion. — \ onliv-vons m'cpoiisi-r, mailciiioiscllc'
— >on, monsii'iir. — (lomnii-nt, inadriiioiscllcl vons no voulez pas ••poiiser nn capitaiiii'.' — Jr ne vons oponscrais pas fiissicz-vons colonel. — Kl la raison, s'il vons plait.' — .If n'ai pas di- ijont pour le mariaj;e, — Mais j'ni ai, moi. niadrnioisi'llr, vous scnir me l'avez inspiré, el, eorlden! vous m'cpoiiserez. — .le ne vous épouserai pas.
— (..'nminent, venlrelden ! Kiider a pris Maiilone, el il ne prendrait pas une femme! — (."est que les femnies ne se prennent pas à eoiips de eaiion. — Aussi n'est-ce point à l'arme .'i l'en que je vais vous réduire." Il ferme la porte ,'i donlile tour, et il met la elef dans sa poelie. Il enlève niadenioiselle .lavolle dans ses bras, il la jette snr le tapis....
Fiirienv, je me levai en poussant de (grands cris. Mademoiselle .lavotte criait autant que le permettait nn eombal (|ni loi l'itait parfois la respiration. Klle éifraliipiait, elle mordait, .le lirais Huiler par les cheveux, jiar nn liras, par une janilic, l'eiirafïé ne sentait rien. Enfin, son épée frappa mes yeii\. .le sautai sur l'arme; mais je lis de vains elTorts pour la sortir du lunrrean. .le einitiiinais île crier, et je frappais du pommeau sur la lèle el sur les reins du frénétique assaillant. " Frap|ie, frappe, petit li moi j'épouse. ■
J'étoiifTais de colère el de jalousie lorsque des coups redoublés ébranlèrent la porte, qui céda enfin. I.e i;énéral parut; mais, hélas ! il parut trop tard. Hors de moi et poussant les saiii;lols du désespoir, je me jetai ii pieds, et je lui demandai justice, ,1e lui racontai comment la chose s'était passée : il pouvait en juger comme moi.
11 restait pétrifié d'indiuiialion. Uiider se releva fort Iraiiqiiillenient et présenta la main à madenioiselle Javotic avec assez de politesse. l.a pauvre fille sani^lolait ii son tour, cachée sous mes rideanv. \ " Malheurcu\, dit enlin M. Derneval, vous ne rougissez pas de l'infamie que vous avez commise!'... — Non, général, parce que le mariage elVace tout. — D'une infamie consoniniéc chez moi. — Eh bien ! général, faisons ici la noce el que tout suit dit. Allons, allons, ma petite femme, ne vous chagrinez pas : j'en ai violé plus d'une en pays ennemi, et aneiine n'en est morte. — Un viol , Ruder, un violl quelle atrocité, quelle horreur! — <!'est elle qui m'y a forcé, général. Je lui oflVais ma main; la pro|iosition était honorable; elle a refusé. Je n'aime pas les alïaires (|ni traînent en longueur, et je l'ai violée aujourd'hui pour la forcera in'éponser demain. Allons, vcntrebleu ! vi\e la joie ! n
Madame nerneval entra et demanda par quelle fatalité il arrivait toujours dans cette ehamlire quelque chose d'extraordinaire. " Il ne s'y est rien passé que de très-ordinaire, niadanie, lui dit ti'an(|iiilleinent Kuiler; une noce à faire, voilà tout. .l'épouse mademoiselle Javotic, et ce qui ne m'était pas encore arrivé, je l'ai trouvée pucelle, et je xous prie de croire, madame, que je m'y connais.»
Tout cela n'était rien moins ([ne clair pour madame Derneval; mais la virginité de mademoiselle Javotte la fit partir d'un éclat de rire qu'elle comprima aiissitol, p.irec (in'clle en sentit l'incoiixcnanee. Toujours curieuse , malgré les reniontraiices du cher oncle, elle voulut tout savoir, tout ahsoliimenl, el moi, toujours prêt à exhaler ma fureur, je m'ajipesanlissais sur les moindres circonstances, espérant que quelqu'un voudrait bien l'aire ce que j'avais vainement essayé, que quelqu'un tuerait M. Uuder.
A mon grand mécoiitenteiuent, le général se contenta de lui notifier de quitter l'hôtel pour n'y rentrer (|ue lorsqu'il y serait mandé. Le capitaine, toujours soumis :i la disei|iline, remit le bonnet de police en poche et prit son chapeau et son épée. ,liis(|uc-lii tout était bien; mais il inéseiita le bras à mademuiselle Juvotte, du droit, disait-il, (|u'a un oflicier de eoiidnire sa femme .1 la caserne. L'infortunée jeta un cri d'efl'roi et se roula dans nia couverture. Ruder la déroula, et il allait la charger sur son épaule pour en finir, lors<|iie madame Derneval lui représenta (|iie la xiulence ne donnait aucun droit, et qu'il ne pouvait rien atlenilre que du consentement de celle qu'il avait outragée. (!e raisonnement ne lui parut iraiicune valeur, et il continua ii faire le mari. Le général, outré de colère, lui protesta que s'il ne cessait de violenter mademoiselle .lavolte, il le ferait casser à la tète du bataillon. (!ctte nienaee apaisa la rage d'épouser du capitaine; il sortit en priant le général de ne pas trop différer le mariage, parce cpi'il venait, disait-il, de se mettre en goût.
On frappait à une autre porte; c'était le grand vicaire, qui, selon
sa eoiil , s'était habillé de la tête aux pieds. Au premier bruit ,
niad.tnic Derneval. qui s'était rappelé l'histoire du médei'in, el qui se priinieltait de rire encore sans savoir de i|Uoi, madaiiie Derneval axait verrouillé rantichanibre du digne oncle, parce qu'il est des choses (|ue certains yeux ne doivent jamais voir. Les l'eiiimes ont toujours la présence d'espi-it du iiiomeiit : aussi nous diipeiil-elles avec une gnlce, une faillite, iiiiiis qui nous croyons h\ fiiisl
Elle fut ouvrir, et dit à son oncle qui' j'avais eu nue nouvelle crise qui avait jeté niadenioiselle Javolte dans de vives alarmes; ninis que j'étais fort bien, et que ce qu'il pouvait faire de mieux élait de se reineltre an lit. Le grand xie.iire se rendit volontiers à ce conseil; et la jeune dame revint adininistrer des consolations ii mademoiselle Javotle, qui en avait vraiment besoin. (^>iie de jouissances pour madame Dernevar Remplir un devoir iinlispeiisiible pour un cu-iir tensiblc , et savoir précisément , bien préeiséiiient , ii quel point le capitaine avait poussé rinsolenee; prétendre que les choses n'avaienl éli' que là, pour s'eiilendre dire qu'elles axaient été plus loin; porter mademoiselle Javotte à un mariage, devenu à peu près nécessaire pour o]iposer de l'esprit à la répngnance el des raisonnements a la eonviclion ; tout cela tient eiicinc an sève féminin. Nous serions vos esclaves, mesdames, vos très-hunildes esclaves, si xous éliei sans défauts.
Sauvez-nous du danger do vous trouver parfaites.
GrAce à Dieu, s'il y en a un, nous n'avons rien ii craindre de ce côlc-là.
Mademoiselle .lavotte se plaignait amèrement de l'inutilité de la sai;esse, qui ne l'avait pas empèchéidc tomber dans les bras de deux hommes (|u'elle haïssait ég'alement; elle protestait (|ii'elle mourrait plutôt que d'être la femme du capitaine. J'affirmais que je me tuerais si ce mariage avait lien. Mademoiselle Javotte m'embrassait, madame Derneval riait de mon transport, el le général disait en bâillant que si le grand vicaire savait celte nouvelle aveiitiire il aurait de la peine à la concilier avec la profonde sagesse de la l'iovidcnce, dont il était forcé de parler souvent et à laquelle probablement il ne croyait pas.
H fallait prendre un parti. Délaisser une allligée dont la peine était aussi fondée paraissait dur, passer le reste de la nuit sans pouvoir apporter de rcuicdc au mal par.iissait iiiutile. Mademoiselle Javotte concilia ce (|ii'on devait aux bienséances clan soniineil; ses instances furent si franches et tellement réitérées, (|u'oii put s'y rendre sans indécence, et je restai seul avec elle.
Mon état était au moins aussi déplorable que le sien, et elle oubliait sa douleur pour ne s'occuper que de la mienne. Je nie modérai enfin, parce que mademoiselle Javolte n'axail cédé qu'a la force, parce (|ue je ne voyais pas qu'elle en ressentit un grand mal, parce qu'enfin le chagrin qui alïeete b' plus vivement est aussi le moins durable. Madenioiselle Javotle se calma égalenieiit, parce qu'elle me voyait plus IraïKiuille, parce qu'elle ne pouvait faire que ce qui était fait ne le fût pas, parce que ses ongles imprimés sur la figure du capitaine atlestaient son iiiiioccuee. Je Compris <iue, semblable aiit feninies du pays eniienii, niadenioiselle Javotle n'en mourrait pas.
Pourquoi parlera-t-on toujours de Lucrèce!' c'est qu'elle se punit d'un crime (|ui n'était pas le sien, et qu'on ne citera eu exemple (|uc rilliistre Romaine, nos femmes ayant le bon esprit de distinguer le coupable de la victime.
Le leiideniain , autre scène. Il semblait que le livre du destin s'ouvrit toujours oii j'étais an chapitre des événenieiits. Le grand vicaire élait près de moi, el on aiinonea un lionimc qui deniandait à lui parler avec les (iliis fortes instiinces. Il ordonne de faire entrer. Lu malheureux se précipite à ses pieds. '\Iadenioiselle Javotte se cache, moi je IVrnie les poings, le grand vicaire s'étonne : c'était notre curé.
(I Vous m'avez fait interdire et bannir de ma cure, monsieur; vous me livrez à la misère et an déshonneur après m'avoir surpris par une indulgence perfide... — J'ai été indulgent, je l'ai été de bonne foi pour ce que je croyais n'être qu'une faiblesse. J'ai di'i m'élever contre le crime, le faire punir ou eu être eu secret le complice.— Et de quel crime me parlez-vous? — D'un breuvage soporifique donné à un enfant qui opposait des vertus innocentes à un libertinage effréné. — On vous a trompé, monsieur. — N'ajoutez pas le mensong'e à tant d'atrocités. — On vous a trompé, vous dis-je. — Eh bien! voilà celle qui vous accuse; osez la démentir. .. Il forée Javolte à se découvrir et à eoiifondre le scélérat. Elle l'écrase du poids de la vérité toute-puissante, elle lui courbe le front dans la poussière. H bégaye, il s'égare; il ne peut que demander grâce.
« Non, lui répiinilit le grand vicaire avec fermeté. Si vous n'étiez dans les ordres, je serais moins sévère sans doute; mais un prêtre qui se livre ii des excès ipie n'osent se permettre les hommes les plus crapuleux, un prêtre qui apiiroche des autels le cu'ur et les uiains souillés de luxure est un nienibre lorronipii que le clcngé doit rejeter de son sein. Loin de vous plaindre du trailenieiit que je vous fais éprouver, rcndez-nioi grâce de lie vous avoir pas livré aux tribnnaui. Je n'eusse point balancé sans doute sans la crainte du seainlale, tor-
IKUOME.
rH .i, n . . r ^;, '"''"' ? ^'"'"""•\ sopTlmi'ls ju,jei.l la - >o., , madanu. , vous ne la .....naisse/, pas. - Une fille n„i manque
uù :■ .Uv ,J:y ! T"'; ■'• " "'"''"''■' '''"' '"'" •'"•• ''•• '" '^'•'- " ''"■""''■ "» ^"P»''''- •''■ tom.-Ce nVst .,„'un oul.li , je vous le ""-"" ''"""• " *"'•''"■ '^' •"'■'"'■'•■ '■ j'1.0, ma.lan.e. - Kl.! l'oul,lie,.-v..„s ,.,. instant, .lérôn.e?- Ah !
Mailaine Derneval avait len.onlié l'li(imiue qui .leniandait à i.ailer « son onele, et, selon ses petites l.al.iludes, elle lut hie.i aise .le savon- ee .pi'il lui eonlait. (^»uand le e.iié lut sorti, elle paila au .•ia..d vieaiie du seeret ipi'il avait n.is à la .leslitulion du euié. ■■ M..n eiiraiit, il est .lui-, liien dur pour moi d'i'lre oldi.;.' de punir. Lorsque je e fais, je ne d,>is pas aller au .lela .le mou devoir et j'en passerais l.-s horiies en livrant !.■ .-oupal.le i. la uialii;..it,' .l.s l.omm.'s. -.
ï»i M. lln.ler ei'it <-t.' prt'sent, il se fût eoinaiuru qu.' ses eoni.aissanees sur .ertaiiie matière liaient ex.essiN eiuenl l.orniVs. Mais, d après le eaiaetère de ri.oniine, il eût dit:, ,1e ero\ais .'ponser nue vier|;e, j'épouse une veuve, et la dilVereiice n'est "que du plus nii moins. "
I-e lendemain, M. Derneval tiia mademoiselle Javotte à pari. La ronler.'nee fut ioiijjne et sa durée in'intii.jua l.eaiiconp. Elle rentra les yeii\ rondes et le teint animé.
•' .l.roine, me dit-elle, tu pais demain |.(.ur la eaiupaj;ne ave.' mailame Derneval, son fils et s.>n pré.i'ptenr. — Et vous? m'éeriai-je. Je partirai après-demain avee les femmes .le .l.anilire. — Et pourquoi pasavee moi' — l,es voitures sont arraiiijées ainsi. Qii.' l'importe il'.'-lre un j.uir sans me voir ? — Demandi'z-moi ee qu'il m'importe .i'.^tre heureuv? » Elle reeoinnien.a à pliurer et me dit (|u'il est lies eirciuislan.-es auMpielles on ne p.Mil se ilisi>enser de eéiler.
Ave.' un peu plus il'.vpéri.n.c, il m'eût été laeil.- de tout jiéi.étr.-r. M. Derne\al lui avait représenté ipie si Hiider n'était ni jeune ni iM'au, sa valeur evlraordinaire jifluvait le con.luiie au\ .jrades les p IIS distii.jjiu's; que eelui qu'il avait .léjà était lionoraliie,"et .(u'une lille sans parents, sans lessoiirees ne .levait pas balan.er entre sa main et l'apprentissage d'un métier qu'elle n'était pas eeitaine d'exereer d'une manière luerative. Il ajouta qu'elle tenait à Uuder j.ar son attentat même; qu'il était possil.le que la eliose eût des suites et que le eapitaine .l.auijeàt de fa.on de penser l.,rs.|irelle sentirait la iiéeessile de ilonner un p.'ue ,i son enfant ; que le métier des armes .lisp.-nse une femme .pii n'est pas folie .le s<.n mari de vivre continu.l emeni .ivec lui, et que rien n'était i.lus faeile que de déterminer I.' eapilaine à la laisser i« Paris lorsqu'il eliangerait de ,.;arnison; <|u on lui ferait à eet elYet un établissement de con.nieree ijui ne lui permeltrail pas de se déplaeer ; que ma.lame Derneval se ferait un plaisir .l'ollrir la moitié .les fonds et que le i;rand vieaire fournirait volontiers l'autre. Il l'exhorta à réiléehir sur les avantages du parti qu'il lui proposait et sur les ineonvénients .l'un refus.
Joules e.'s raisons étaient lionnes sans doute; niademoiselle Javollc en sentait la soli.lité et elle ii'\ opposait que la dmileur que me causerait son mariage. Le général lui répondait que je n'étais qu'un enfant. Elle répliquait que j'étais heaiieoiip j^lus avaiué ,|u'oi. ne l'est ordinairem.'nt à mon âge, et qu'elle ne pouvait supporter l'idée de me faire du eliagrin. Après bien des .lébats, on convint qu'on me tromperait, qu'on m'éloignerait , qu'on m'amuserait et .|iie je ne saurais la vérité (|iie lorsipie je pourrais l'apprendre sans danger. Ces .irraiigemeiits ne m'ont été eonniis que plusieurs mois après.'
loujoiirs frivole et iiiri.'iise, mais toujours essentiellement bonne madame Derneval entra dans les vues .lu général. Proposer du bien a faire au respectable onele, c'était lui proeiirer la plus dou.e jouissance. Le mariage se fil : une boutique de mereerie fut établie rue de Biiei, et moi j'errais dans les jardins d'un superbe château, pensant toujours a elle et toujours abusé par des réponses concertées d avance entre la jeune .laïu.' et ses g.ns.
I)'ab..rd le général était incommodé et il avait retenu mademoiselle Javotte ; ensuite riii.-omiiio.lité avait |>ris une louriiiire sérieuse et la préseiue de la cliariuante lille était ilevcuue in.lispensahle! 1 lein de reeonnaissan.-e pour la bienfaisante famill.', je voulais aller aussi secourir le général. Ma.lam.' Derneval m'opposait ma faiblesse et les .langers de la fatigue. Enfin huit jours, .piinze jours, un mois s eeoiilerent en inslancs d'une part et en ilrlailcs de l'aulre.
In matin je déjeunais av.<- la jeune et belle .lame, .e qui arrivait rarement. In courrier entra .ouvert .le sueur et pondrenv : il remit sans rire a ma.lame Derneval un i.a.p.et .acheté qu'elle prit avec la Begligen.e la plus naturelle. Je reconnus l'écriture et je sautai de joie, p,-rsiiade qu.- mademoiselle Javotte annon.ait sa prochaine arrivée. Ma.lame Derneval, en parcourant la lettre, prit tout à coup un air atlecte qui lui allait à merveille et .pii n'avait rien .l'étudié. Je m ii.qnictai, je m'é.riai, <•! elle eut la .omplaisaine de lire haut.
Mademoiselle Ja\otte lui faisait part .le la perte r.'cente de son ' père, cl elle ajoutait qu'.lle montait ;i l'instant m."nie en voiture pour aller re.ueillir sa petite succession. Je n'avais jamais entendu
parler de ee perc-là ; mais coi ■ il est assi'Z natiir.l qu'on en ail au
iiioins un cl qu'il finisse j.ar la raison qu'il a commeii.é , je i .'arrêtai qu'a l'oubli impar.loiiiiable .l'indiquer le lieu oii était celte
""•'" ■"'•"*<■ succession. .. C'est allrcuv, .lit ma.laïue I )eriieval.
Allnuv, madame, me iiarait bien fort. — M.ttre ses amis .laiis l'imposs.luliie de lui .'-crire .' —Comment, ma.lame, de lui é.riie ' — U aller la joindre armé jusqu'aux .lents et de Hier .e M. Hiiil.r s'il ■"■■"' '■" ' ' ■"■•• 'le '•' suivre ' Elle .-st c;,p;,l,l,. ,1e !,• perui.llir.
.rojez, n.a.lame, (|ii'elle ne m'oiibli.' pas non plus. — Elle vous oublii' .•omiii.' moi ; elle oublie tous ceux .|ui lui veulent .lu bien. — M.uiagez-la, par grâce, ma.lame, ménagez-la: en dire du mal devant moi, .'est lu'arra.lier la vie. — Mais lisez donc, Jér.'.me, lisez .elle l.ttre. (;e n'est .[u'une mai<|ue .l'attention prescrite i>ar l'usage du iii..iiile et qui d'ailleurs ne signifie rien ; .e sont de ces billets que nous i.ajons au .Iclà île leur valeur eu prenant la peine de nous faire é.rirc ii la porte de .eux .pii nous l.'s a.lresseiit. »
Je pris la lettre : elle était d'un froid , oh ! d'un froid ! pas un mot pour son pauvre petit .lérôiiie, et une contrainte dans le style! Oh! qu'elle était loin de elle agréable facilité avee la(|uelle madame i)eri.e\al me trompait ! Chère Javotte ! eombien .elle lettre a dû te c.ùler ! avec .pielle lenilrcsse je t'en ai remerciée plus tard !
l'oubliais mon chagrin pour excuser la charmante fille ; je croyais faire un beau discours .'t je répétais toujours les mêmes choses. Ala- .laiiie Derneval ne se .aimait pas, cl je sentais eoiiibien il est cruel d'entendre déprécier ce qu'on a de plus cher au monde. La belle dame voulut bien enfin se ren.lre ou oublier son mceontentemenl, l'alignée probablement de mes répétitions éternelles. Oh! eombien j.' fus dupe .le celte comi'die ! combien depuis je l'ai été de tant d'autres! cl lorsque j'ai voulu faire le comédien à mon tour il ne m'a j.as été possible .le tromper la moindre femmelette seulement pen- .lant une .leiiii-heure !
Oiielle brillante et longue dissertation je pourrais faire ici sur le c.eiir métapl.\sii|ue .le ee sexe en. haï. leur !
Assemblage incompréhensible de vertus et de vices, de qualités et de défauts, de courage et de faiblesse, mais possédant au plus haut degré l'art de tout embellir, qui dit vous connaitre esl un sol, qui vous croit est une dupe, tjui se livre à vous est heureux!