IX. — Aurez-vous la bonté de lire encore celui-ci
Toujours aimant, mais piqué jusqu'au vif, j'opposai l'amoiir-pi-opre à mon cœur : triste moyen, (jui n'a pas même le mérite d'être suflisaiil, surtout .p.a.itl on esl oisif. J'en fis bientôt l'expérience, et je pris la ferme résolution d'échapper à moi-même en m'occupant.
Il me fallait des maîtres, je n'avais pas de quoi les payer, et ils vclent qu'on les paye. Pourquoi la profession d'instituteur, si utile, si l.o..orablc, n'est-elle cxe.cée que par des gens nécessiteux ? C'est qu'on n'attache aucune considération à cet état, qu'ainsi il devient un métier, el que l'homme aisé ne veut pas être traité comme un artisan.
Ne pouvant donc avoir de maîtres à lant le cachet . je regardai autour de moi , et j'eus bientôt choisi.
A propos, il est bien le.nps, je crois, .le vous faire connaître la famille et les iliflerents individus qui composaient la maison du généial, cl que je n'ai connus moi-même qu'après mon entier rétablissement.
^ ous savez que madame Derneval a dix-huit ans, qu'elle est trèsjolie, qu'elle a d'excellentes qualités, que déparent aux yeux de l'observateur la curiosité et la frivolité; mais si peu d'hou.iiies oliservcnt !
Le général esl bel hiiiiiiue dans toute l'élcndiie du mot, et il le sait. 11 a de l'esprit, le meilleur ton, et il le sait encore, lirave lorsqu'il s'agit d'un coup .le main, /('/»p0)/.s'i'ur quand il le faut, il connaît parfaitement la guerre, et il l'a prouvé par tous les genres de suecis. Mais il se croit le |iremier capitaine du siècle; il se garde bien de le dire, et cependant la haute ojiinion de soi-même perce lorsqu'il jiarle .le ses égaux. Du reste, doux el trailable ilaiis les choses indilVérenles, et se laissant conduire jiar sa fciume, qu'il croit l'eriiieiiient gouverner.
Sun iils, âgé d.' trois ans, est j.ili cou. nie sa mère et b..n comme elle, par.e qu'il n'est pas gâté. (À'iix .[ui viennenlaii ehàleau ne sont pas obligés de le .roire le plus beau des enraiits, île s'extasier au moin.lre mol qui lui échappe, cl sa mère ne les fatigue pas du récit de e.' .|iril a fait on dit depuis sa naissance. On ne m'a pas condamné il n'être .[lie raijcnl de ses volonlés el ii me laisser jiineer ou égratigiier selon son l.on plaisir. J'ai le droit de dire imn quand ee qu'il exige n'est pas raisonnable, cl alors il a le bon es|)rit de ne [las se mettre en colère, j.ar.'e ((u'il n'a |.as l'habiliule de voir tout ployer devant lui. J'ai, moi, assez .le jugement [loiir sentir ma [losition et la nécessité d'être agréable à tout le monde. Je m'empresse surtout à plaire il l'ainiiible bambin , j'invente [loiir lui de petits jeux , je m'en amuse, [larce .(ii'il esl encore des mominls oii je suis enfant inoi-..iême, cl je m'aïqilaii.lis il'é|>ai'gii.^r ii mou [tetit lamaïade renniii . toujours père des fantaisies enfanlines, lesquelles tourneraient sriremcl à mon ilésaxanlage.
.Sa mire, qui ne cède jamais au caprice, mais toujours ii ce qu'elle a|)|iille la raison, si la raison peut être le partage de la [ireiiiière eiifaiicc, sa mère l'a accniiluiué à être aussi raisonnable .[u'clle peut raisi.nnablemcnl le désir, r. Elle l'a.lore, .|Uoiqii'elle ii'.ii eonviei.ne |ias; elle me sait un grc' iiilini de mes .■(iiiiplaisanees . el elle .■litre-
lllioMl".
liriil les (li^ll(>silnllls favonihlo iiiic j'iii l'ail initie «laii-. Iv cumii- ilii général.
Ji' n'étais pas irà|;c à faire l'iicciri' îles rollcvioiis pliilosopliiqncs; mais j'ai priisé depuis, et je crois l'ermemeiil ipie le iiKiiiiie est i;i>iiveriié pai- ili's euraiils. Nous rie/..' l'iilée vous seiiilile e\ii|;érée.' elli' est poiiilaul toute iialuiclle. Un eiilaiit iiiiue sa mère et la iiiiMe iiièiie le mari. (Jue le mari soil seiileiiieiil souverain, c'est l'eiilaiil qui rè|;iie sans s'en clouter et sans (|ue le poleiilal le siiiipeoiiiie. Il en est île même île proelie eu proche jiis(|u'aii\ ileriiii'res eoiulitiiiiis.
On a (loiiiié iiii précepteur au petit Derncval, i pour lui appicn-
<lre (pielipic chose dans un à|;c aussi tcmlre, mais pour l'ormer il'alioril siui jii|;emciit cl raccoutumer à lueltre de l'onlre dans se-, idées. Sa mémoire ii'esl cliari;éedc liiii. Il est iiicapaldc di- réi'ilcr d'un liui maniéré et eu l'aisaiit île ses liras un lélé|;iaplic une l'aide de la l'iiiilaiiie ou une id\llc de lteii|uiu. Il ne sait pas lire, el l'iiislituleiir ne pense même pas à lui faire ouvrir un livre; mais eu jouant, en se promenant avec lui, il piipie sa curiosité, il priivoi|uc la (|uislioii rpii amené un précepte ou une explication simple comme renfance. (le petit cerveau est une lionne terre qu'on dispose ii recevoir toutes sortes de semcnees.
M. Dupré est trés-instriiil , ce i|ui n'est pas rare; mais il est Iri'smodcslc, ce <pii n'est pas eoinmiiii. Il ne parle niiérc qu'on ne l'interroijc; il n'a rien de parlieulicr avec les femmes île cliauihre, et il étiiilie ((iiaiid il n'a pas de devoir ii remplir, parce qu'il n'est ]ias charijé de remploi de soutenir la conversalion, par la raison que madame el monsieur ne sont pa.i des imliccilcs.
Il est considéré de toute la famille, pane qu'il le mérite , el celte considération a i;ai;iié son élève, parce que li's eiifanls, qui n'iiul pas d'idées à cu\, eommcnccul par être imilalcurs. (^ue iriiomiius vieillissent el meurent sans être sortis de l'eiifanee!
l,ci;éiiéral a deux ailles de camii, jeunes cl bien faits. I.'iiu lire des armes comme Saiiil-('icori;cs, el daiisc comme \ estris; l'an Ire, écujer consommé, chaule comme tlarat, cl joue du violon eomme Ixluulcs. Ignorants d'ailleurs comme des jeunes ijens persuadés qu'un olïicicr en sait assez lorsqu'il a le (aient de plaire, el qu'il est toujours ilis- |>osé à se faire tuer.
M. Derncval est laborieux et écrit avec facilité. Aussi son secrétaire n'a rien il faire que d'aller à la chasse, et jamais il ne maii(|ue le soir de faire liommagc du prodiiil de ses exploits ;i la jeune dame, qui ne l'estime que comme un bon tireur, c'est-ii-dire assez peu. Ot homme enfin n'est ii monsieur que parce qu'un général doit avoir un secrétaire.
Un instinct naturel me disait que tous les hommes aiment la louange, et lorsque j'eus reeoiiiiu le faible de chacun, philot par ce que j'en entendais dire que par mes propres observations, il ne me fut pas difficile de me mettre bien avec tout le inonde : cela tenait il mon projet d'éduealion.
On aime ii élrc prisé ce qu'on vaut, et ma déférence respectueuse pour M. Dupré m'attira enfin son aUention. Il parut bien aise que je susse lire, écrire, el que j'eusse un coinmcnceinenl de latinité, (in jour que je lui avais adressé avec intention quelque chose de plus flatteur et de mieux tourné qu'à l'ordinaire, il m'olïril de me faire suivre mes études et de me donner quelques leçons de géoiuctrie.
Je sentais la nécessité de faire mon étal moi-même et d'acquérir des connaissances pour parvenir. Ainsi j'acceptai avec des transports de reconnaissance qui eharmérenl .M. I)a]ué, el qui n'étaient pourtant que l'elVet de l'intérêt personnel satisfait; ainsi ce que le bienfaiteur prend pour lui ne s'accorde guère qu'au bienfait.
Si je sentais l'iililité de la science, je comprenais aussi l'avantage des talents aimables ; j'avais déjà reconnu (|ii'on a bien plus souvcnl aflaire à l'homme léger qu'à l'hoinmc ])rol'oiid. J'arrêtai donc que je saurais de plus monter à cheval, tirer des armes, danser, chanter el jouer du violon. J'aurais appris la mécani<iue, l'aslrologic, l'analomie, la cliiniic, si j'eusse trouvé quelqu'un qui put m'en ibiiiiier des leçons. I.a difficulté était de ployer deux hommes frivoles au métier de professeurs. Je leur lis une cour assidue; ils en parurent Halles. mais ils ne me proposaient rien. J'eus d'abord envie de leur oIVrir service pour service : c'était de leur apprendre à bien lire et à bien écrire, en éclian!;c de ce qu'ils me nionlreraienl. J'eus assez de sagesse pour sentir ce que ma proposition aurait de désobligeanl , et j'entrepris de les amener de force à mon but sans rien perdre de leur amitié.
Quelques mots, hasardés de loin en loin en présence de madame Derncval, et auxquels elle ne faisait pas grande attention, furent répétés si à propos, qu'elle crui avoir conçu l'idée de faire de moi un petit homme accompli. Pleine de son nouveau plan, et toujours avide de l'exécution, elle le proposa aux deux jeunes gens avec une chaleur qui ne leur permit pas la moindre objection, l n aide de camp d'ailleurs n'a rien ;i faire à la campagne que de plaire à madame, et il s'en occupe exclusivement : c'est la règ'le.
Me voilà donc travaillant sans relâche les deux tiers du jour et jouant le reste du temps avec le petit Derncval. I.e jeu rennuyailil , je sautais sur mes genoux une jolie pelite sieur que lui avait donnée sa maman six mois avant mon installation chez elle, et que nourrissait une graude, grosse et belle lillc. C'est la mode niaiutenaiit
de faire nourrir les enfants par les filles, parce qu'on ne craint ni une grossessi* ni la prési-nce importune d'un mari balourd. A la vérité, ces dciuoiselles éeliaiilVeiil bien un peu leur lait et s'e\|mseiil souvent a c|uelipie rhose de pis ; mais il faut des nourrices fillcb, puisque la mode rdidoiiiie el que ce mot dit tout.
Je faisais ili s progn s rapides en tout genre, et j'oblenais inaintenanl de raiiiour-pnqiri' salislàil de mes iiiaitres ce que je n'axais dii d'abord qu'à la toiiiplaisaiiee ou à la conlrainle. I.e souvenir de mademoisille Javolle xenail-il me Iroiibler dans un genre irétude, je la fiixais ilaiis un autre, je iherehais a l'étoulfer dans iiion eiiiir, el son imagi' adorée me poursuivait jusque ilaiis mes songes, tjiie de peines m'a eauséi's eclli' femme'la! Mais aussi!...
J'étais oeeiipé, tri'S-oceupé il résoudre une des propositions d'I.ucliile sur lesi|ui'lles loiil le monde est parfailement d'accord, ce qui arrivera iieiil-êlre un jour de la rcligiiiu i Inélieiiiie, jiiix e, musulmane el autres, qui sont démontrées a un poiiil, qu'il faut être d'une iiiiiiivaise foi insigne pour contester rien île ee qii'elli's anniiiicent.
.le tenais la soliilioii de mon lliéori'iui', lorsi|ue de longs éclats de rire me rendireiil incapable d'aiieune espiue d'atlenlion. Je reconnaissais l'organe de la jeune et jolie dame, j<' savais qu'elle ne riait pas sans sujet, je savais qu'elle n'aimait pas a rire seule, et jetant crayon, rigle et compas, je courus pour m'aïuiiser, si en elVet la eliiise en valait la peine, mais décide à trouver plaisant, très-plaisant ce qui faisait rire madame.
O jHlil flatleiir! allez-vous vous écrier. Kli ! mon cher ami, quel lioinme ne l'est pas lorsi|ue son intérêt le coiumande:' IS'ave/.-voiis pas persuadé à votri' maiiresse que ses défaiils élaienl des qualités, (|iie sa ligure assez ,geiilillc était plus que céleste^' ,\'appelez-voiis pas actes d'une juste sévérité li's oppressions de riiomme en place doiil vous avez besoin:' \e trouvez-vous pas de l'esprit, beaucoup d'esprit à celui dont vous mangez la soupe, ]ii)urvu cpTil vous traite bien et souvent :' IN'e iiommez-\ous pas elVriuilément prudence, saijesse, prévox;incc, l'avarice de l'usurier (|ui vous prête a un intérêt /«'w/dWi', lorsque vous savez rpie vous ne lui rendrez rien' \ olre femme, dont vous n'espérez pas plus, est la seule que vous ne flattiez pas. Aussi peut-elle prendre pour des vérités les choses agréables que vous lui adressez, si cela vous arrive, et si elles sont sincères, ce qui n'est pas encore certain.
J'oublie donc mon Euclidc; je cours, je saute, j'arrive dans la cour. « Oh! qu'il est plaisanl! oh! (|u'il est plaisant! répétait madame Derncval. — > l'^t qui donc, madame.' — Nous ne voyez pas dans l'avenue!'... » (l'était M. Hiider, juché sur un cheval de louage ressemblant à celui de l'.Vpocah pse, ouvrage très-respectable, car il est de saint Jean.
Le dada du capitaine ijalopait aussi fort que le permcttaieni ses vingt ans et la roideiir de ses jambes, parce (|ue le cavalier avait les pieds en dehors, ce ipii faisait que les éperons ne sortaient pas du veiiire du pauvre animal. Du lalon à la ceinture, Kuiler ressemblait parfailement à une paire de ])ineettes, el son écliiiie rappelait le dos courbé de ces monstrueuses et magnifiques carpes du lîhin qu'on aime tant à trouver chez les autres, et cpi'on achète raremcnl, parce qu'on ne les paye pas avec des courbettes : cette monnaie, qui a cours dans la bonne compaipiic, n'est pas connue à la halle.
Le capitaine arrivai! à toute bride, el il annonçail, par ses grimaces el ses tours de croupion, certaine incommodilé causée |)ar ceni mille et un soubresauts. Donnez-moi, disait un ijrand physicien, de la matière et du moiivemenl , el je vous ferai un inonde. .S'il est constanl que le mouvement fait loul, il ne l'est pas moins qu'il délriiit tout aussi, el je doute fort que le monde de mon savant d'il duré longtemps, si, eomme les ilciiv demi-lunes de Kiider, il eût été renfermé dans un iiaiilalon de drap et froissé contre une selle rembourrée avec des noyaux de pêche.
Le capitaine voyait, avec un plaisir bien naturel dans sa position critique, le momeni oii son cheval ne pourrait aller plus loin, el oii il lui serait possible de se couler ii terre el d'aller demander à l'oflicc du vinaigre el du sel. 11 n'était plus qu'à trente ))as d'une grille de fer plantée sur un mur à haiileiir d'appui qui séparait la cour iriin délicieux jardin anglais. Il élait ccriain ou que le bidet s'arrêterait là ou qu'il renverserait la grille, ce qui ne paraissait pas probable. Aussi Ruder traversait la cour son chapeau au bout du bras tendu, en signe de joie de sa prochaine délivrance. Mais, hélas! el cent fois hélas! le hiaili . dont les flancs sont ouverts, et dont les blessures devienucnt à chaque seconde plus douloureuses, g'alope jusqu'à la grille, enfile sa tête, son cou , son poitrail à travers les barreaux, les fait ployer H droite et à gauche; mais ne renverse rien, jiarce que dans le château d'un général loul est dans le meilleur état possible.
Ruder, tri's à son aise à pied, tri^s-manvais cavalier, mais incapable de jamais rien craindre, el humilié de la manière dont il paraissait devant madame. Huiler jurait el jouait des talons pour faire reculer son cheval, l.'anim.il, au supidiee, faisait de vains eflorls pour vaincre l'obstacle qui l'arrêlail , cl, fiiriciiv à son tour du Iraileiiieiil injuste qu'on lui fais.iil éprouver, il se mit à ruer, ne |iouvanl faire autre chose. Il rua si ferme et si longtemps, qu'il enleva rignoraiilissiinc ccuyer, qui partit la tête en bas, le postérieur en l'air, cl qui, fai-
Ja
lEUOMK.
sniil uni' < iilhulr . <>iii|>li li'. >c irlioiiv ., il<l.„ul, iiuiis M.croilii' parla cciiiliiri' lie sa ciilollc à l'iiiu- ,|,.s |>ir|iic> dr la i;iillr «le Cit.
Ma.laiii,' rii.il!... elU- riaill Kl Us ailles ,li' ,-aiii|), |,- M-irolairc riairiii:... Oh! <-l la vali-lailli' (|iii animrail dijà, ilisposi'c .1 iiiiilrr inailainr. I.i- premier aspoet île limier avail renouvelé en ni.ii lerl.iin Miuvenir, >|iii. Ii.njniirs, i'\eilail ma eolére; je me pr(ipii>;iis île appeler en .Inel, et je eherehais la l.nlle seerMe (|ne je lui pnrierais, lors.|iie sa niuivelle posilinn et li's ris universels me l'irenl rire moiniéiiir, iiiilaiil qu'un le peut ipiainl on a de l'Iiuineur.
.l'avais (|iiillé l'.uelide, el le i;('iiéral quitla le mar(|iiis de Feui|Mieres pour savoir la cause de ees ris immodérés. .. Mailaine, dil-il » sa jolie épouse, vous voyez (pielques ridieules ,'i ee l>rave liomme, el je vous assure iju'il ) a lorl peu île i;énérosité à s'en amuser. Mais vous ii'a|>ereevez ])as ses eiealriees, pam> qu'elles sont eouverics des , «iles de la jjloire. Je eonseille au\ rieurs, qui n'ont eiieore que le Irés-peiil niérile de laire de jolies i;ari;,iuillailes avec les jamiies el le c.osier, je leur conseille de l.lclur d'iiniler Muiler un jour, et, suiliiul. d'éire moilesles comme lui, au milieu des léniiiii;iiai;es de l'cstiine (jéiiérale.
Je dansais fort mal, je rliniilais plus mal encore, j'avais ri trèspeu, ainsi je ne pouvais rien prendre pour mon compte de la mercuriale du maille du cli'ileau. Je l.iissai faire la moue ii la jeune darne el au\ aides de camp, cl je m'empressai, selon l'usage, ilc saisir le ■iiouieni de iiiellre au jour mon petit mérite, et de l'a'iie preuve d'érudition. . Monsieur, ilis-je au |;éuéral, permcltez-moi de vous represciiler que vous ressenililez nu peu au\ héros d'Ilomirc, qui pai- Uiciil toujours Irès-liien, mais ipii ne parlaient i)as toujours à propos.
— Comment donc cela, monsieur Jérôme:' — C'est qu'il me scmlile, Ijéiiéral, que ce qui presse le plus est de dépendre le capitaine. — Il «psrideu raison! Allons, messieurs les rieurs, aidez-moi à décrocher lUider. >e nous souvenons du ])assé que pour être plus discrets ii l'avenir, cl allons nous inellrc ii lalile. In verre de bon vin ne vous «leplaiia jws, n'cst-il pas vrai, capitaine ' — Par les cent diables eéiieial.j'en boirai boiileille; mais je la viderai debout, car de si\ seiiiaincs je ne pourrai m'asseoie. — Des coussins, des oreillers, force ceral pour le camarade, et à table. Allons, allons, messieurs, présentez la iiiaina mailame; il ne faut pas rouifir d'une leçon reçue h propos il n'y aurait de honte qu'à n'en pas profiler. » ' ' '
M. Diiprc, qui ri.iit Ires-rarciiunl , mais qui s'empressait toujours «I être utile, olïril de frictionner la partie macérée. Les aides de camp eiiipilereiil tout l'édredon qu'ils trouvèreiil au ciiàleau; lîuder se plaça du niicuv qu'il lui fut possible, et le diiier commença Ircsi;aieinciit. jiarce que le ijéiiéial donnait l'cvcmple de la i;aicté. Il savait que la jeunesse sonIVre ilinieilement les rciiionlianécs, et que po.ir qu'elles soient utiles, il faut faire oublier ee qu'elles ont eu de s.-c el il'amcr. On rince la bouche d'un malade qui a pris une potion désiijjréalilc; le goût s'en perd, mais le remède aijit.
I.e eapilaiiie, seul, en niaii|;eant comme quatre el en buvant à pro- P'.irtion, ne cessait de faire la !;rimace et de secouer la tête, ce qu'on attribua d'abord ii certaine cMoriatiim douloureuse que vous connaissez connut moi; mais son poinij, qu'il portail de temps eu temps a sa mâchoire, siui ceil cunainmé qui menaçait le plafond, el quelques jurons qui biochaiciil sur le loul, lirtiil soupçonner au i;énéral qu'il s'jijissail d'aulrc chose qned'nne éeorchure. <.' Vous jurez beaucoup, mou cher limier.' — Général , jc^Jtmaiide pardon ii madame; mais j'ai eu l'honneur de la prévenir qiic-tcllc csl mon habilude. — Oui, mon ami, je me rappelle nièiue qu';. cet éijard elle vous a laissé il peu prts liberté tout euliirc; mais qu'avez-vous qui puisse vousaijiler ainsi? — Ce que j'ai, jjéiiéral, ce (|uej'ai' on vient de me fairc'clicf de bataillon... — Kh bien! mou ami, je vous en félicite. — Alais on m'eiivoie avec mon corps à Dijon. — Mon eamarade, il faut y aller.
— 1 "lier! sans doute j'irai, et je viens vous faire mes adieuv. Mais Huiler 11 une armée de réserve! limier dans l'iiilérieiir de la France! laiidisqu'on sebaten Italie cl sur le Danube! me prend-on pour un liiv.ll, de.' J'irai a Dijon; mais, saciebleu ! j'cnrajfe, et ce n'est pas la I unique sujet qui me donne de l'humeur, car il est bon que vous sachiez que jeu ai, cl beaucoup. — lu contre qui donc, mon cher
luilcr. (.outre celui qui a été dire là-liaut : Jl y a la-bas un brave honinic que vous laissez dans nu coin... — Commciil , un service essentiel vous donne de l'humeur! Ah! si ee n'élaii pas un oflicier [[encrai.... Je vais vous conter l'an'aire.
Hier, aprisia parade, il nrcmmènc dîner chez lui ; c'est fort bien!
\u dessert, il me pré-enle mon brevet; c'..,| au niicuv! Kii quillant la t.ibic. il me proposa une partie charmaulc, à ce qu'il dit; c'est ii merveille! Je moule dans sou carrosse; nous parlons. Savez-vous où II me mène.]... Dans un mauvais lieu. — Cela n'est pas crovablc -=^Cila est vrai ou le diable m'emporte! limier viole une hlle une renimc, une veuve; mai, Huder a des nitrurs, et, pour l'empire du iiioikIc, il ne coucherait ni avec sa mère ni avec sa sii-ur. Il est vrai «pic l.i première est morlc el que la seconde il cinquante ans.
■■ .Nous eiilrniis dans un apparlemcnl qui ne finissait pas, et oii il faisait clair comme en plein jour. In tas de ijeii.s que je ne connais pas. qui ne valent pas iji-and'i hosc, élaiciit iaii|;és eu ilemi-cerelc el passaliIcMii nt alijjnés, il faut que j'en convienne; mais savez-vous ce que ceile can.HlIc fais; il l.i? Klle écoutait une coquine, une madame
l'èdie, qui disait tout haut, devant tout le monde, qu'elle est amoureuse du fils de son mari. L'efl'roiiléc contait tiiul cela à mademoiselle ''';'-|l^'--^0'u', qui Irouvail la chose toute naturelle, et on applaudissait a ces infamies, el je criais ii travers les (/iHCu.s ipie j'allais couper eu rubans de queue les jupons de ees ilciiv nialheureuscs, et, par la mort, c'est ce qui serait arrivé, si le ijénéral ne m'avait retenu.
» Mais ee n'est rien cueorc que cela. Arrive dans le salon, un salon a coliuiiics, ma foi, un jcdi jeune homme, à qui la ilébonlée fait cnlenilre clairemenl qu'elle veut coucher avec lui. I.e jeune liumiue l'oujjil, baisse les yeuv, cl refuse net, quoique la bcllc-mèrc en vaille assez la peine, lirave (;arçon, me suis-jc dit, que cet llippoly le, c'est sans doute nu ilesceiuianl de ce eonile de Uoujjlas qui se battait si bien et qui aimait tant les filles. \ ous saurez que cet llippoly te-ci csl anionrcuv d'une petite demoiselle Duréeit,([ui n'est [las plus |;riissc (pie mon poiuj;, ipii est loiij;ue comme une asperjjç inoiilce, •lui ne dit pas j[iaiid'ehose, qui n'en pense pas plus ; mais qui csl, saeredieu, l'url ];enlille, et (|ui m'intéressait beaucoup.
" Ae voilà-l-il ]>as que celte enraijée de Pèdrc, piipiée des refus d'IIippoly le, complote avec cette vilaine l'el-dc->oiie de dire au papa que c'csl le pauvre jeune liomme qui a voulu débaucher sa mère! Oli ! alors j'élais d'une colère... je jurais! el tout le inonde riait autour de moi. C'est bon, c'est bon, leur disai.s-jc, rira bien (|ui rira le dernier. \ ous eulcudcz bien, général, que je me proposais d'avertir le père lie tout ce qui se passait. Kiilin il arrive, ce père, un monsieur Taisez, qui fcrail bien de se laire, car il ne dit que des bclises, cl il eroit loul ce qu'on lui dit.
" Aussitôt celle vilaine l'èdre lui raconte la chose connue elle l'avait arrangée avec l*el-dc->iiue, cl cela devant nous tous qui savions le contraire de ce qu'elle disait. J'étais confondu, pétrifié; mais comme M. Taisez ne jurait pas, cl que sou sabre restait dans le fourreau, je me suis dit : \ oyons jus(|u'oii ces créatures pousseront l'effronteric. Il sera toujours temps de rejoindre ce père Taisez dans sou salon ou dans sa salle à manger.
') J'avais liieu raison de vous dire que ce papa n'est qu'un imbécile. JNe sachant comment arranger tout cela, il s'adresse à un certain >cz-dc-Pliiiue , el lui fait sa prière dévotement comme un aumônier lie régiineut. .Mais loul à coup entre un monsieur Jc-le-Kamène, qui ne ramène personne , el qui conte bien tranquillcuicnl el bien longiieuiinl (|uc le jeune homme el .sou chariot ont été avalés jiar un requin
que ]\cz-de-Pluine avait envoyé la loul evprès. Ah! f , ah! b ,
me suis-je écrié de toutes mes forces, le coup est trop fort, cl je veuf;erai Hippolvtc. ,1e saute par-dessus les uns, je renverse les autres, et je tombe le sabre à la main sur ce vieux sot de Taisez, qui se sauve. Je vois dans un coin, derrière un morceau de toile peinte que j'avais ])rise pour nue colonne, celle infâme Pèdre et sa Pel-dc-jNone, cl je nie dispose ii les sabrer toutes deu\. Elles IroUenl, elles courent, elles Client, elles rentrent dans le salon el vont, sans doute pour lu'échapjicr, se jeter dans un ruisseau de feu que je n'avais pas vu là-bas, mais qui ne m'eflrayait point : j'aurais passé en enfer pour les joindre... Pan! je tombe dans un trou; on ferme une trappe sur ma tèle, et me voilà dans une cave. .Te vais, je viens, je trouve à chaque pas des ]ioulrcs plantées comme des éehalas, contre lesquelles je uie casse le nez el me meuriris les geiiouv. C'est égal, je vais toujours et je nie moque de la rumeur infernale que j'entends sur ma lèle. Enfin je reneoutre un petit escalier, je le monte el je vois en haut un piquel de trente hommes en bataille. Ma foi! mes amis, leur fis-je, je n'avais pas besoin de vous; mais puis(|ue vous voilà, nous allons cvterminer ces ciiquins-là ensemble. — Aon pas, me dit l'olbcicr, il ne faut e\lerniincr |iersoiiue; mais nous retirer paisiblement. Ce qui vous a dcHiné tani iriiuiiieiir n'est qu'un poème. — Comment un poème? — Oui, une tragédie, une fable, el Icnez, voila Ilippolyte; vous voyez bien qu'il n'est pas mort. — l'.l qu'est-ce que Je-tc-Kamène est venu nous eoiilen' — Je vous dis que vous n'avez rien vu que des jcii.v d'esprit... — Ah ! je me doute maintenant... oui, je devine... {!'csl a la comédie qu'on m'a uiené. — Précisénicnt , vous y voilà. — Eli bien! morbleu! je n'en démordrai pas, ce licu-ei csl 1111 mauvais lieu. (.Jii'csl-ce que des jciiv d'esprit où on suppose des crimes;' Qu'est-ce que le plaisir avec lequel on écoute ces ordures-là, sinon un penchant marqué à se periueltre les mêmes choses, et que eombiit seule la crainte de la publicité;' Oui, je suis dans un mauvais lieu, el ceux qui ont imaginé ces infamies, et ccuv qui viennent là pour les eii- Icnilre méritent tous d'elle fiiuellés en place )iublii|ue. «
Ouclques égards qu'eùl M. Derneval piuir les braves gens, il ne lui fui pas possible de garder son sérieuv. Sa jolie petite femme s'amusait... elle s'auiusail!... Et les «ides de camp, que le général mellail a leur aisc par son exemple, el M. Dupré, qui connaissait son iMiripide coiiiiiic ( icort'roi la méchaneclé , personne n'y tenait, et l'on al- Iciidail la lin de l'iivciilure que lludcr paraissail , malgré la gaieté gi'nér.Tle, très-disposé a raconler, lorsqu'on annonia un courrier du niinislrc de la jjucrrc. Il apportait au général l'ordre de se tenir prêt il partir sous huit jours pour Dijon.
Mailame Derneval ne rit jdus. Les femmes n'aiment pas les polirons, cl plus d'un grand liomme a dû à sa inailrcsse la nioilié de sa gloire. jMi! si ma daine me voyait, disait un de nos anciens chevaliers, moulaiil lepiemier ii l'assaut! Mais si l'héroïsme plailiice sexe vbarmunt,