II.IU) WL
ja
s'il le st'iluil, ce n'est que pour ujouter .i s;i seusibilitr nHliiicllt'. Aiuiiilr udor.iit le bnivc lU'iiiiiiil ; iuiii> tierc de siiii cliiiik et île la gloire lie siiii amant, elle viiulail qu'il n'eu eoniiikt plus d'autre que celle île porter ses l'ers. Ainsi iiiailaiiie Derueval soupirail il'uiie séparation qui froissait sou eieiir. Ses eiilants orplielins, leur mère veuve ilans l'àjje des amours, le {;i'néral arrêté au milieu île la plus l>rillante earrière , et, pour lialaiieei' la erainle d'un événemenl iiieerlaiii mais plus que prolialilu, un laurier a ajouter ii îles lauriers qu'un ne complaît ileja )ilus...
Les ailles île camp él<iienl au eomble ili' la joie, et s'érriaieni qu'on ne Taisait pas eoiirir un lioiiime eoiiiuie le |;énéral iiniquemenl pour jwsser des revues, et M. I>rrne\al, alVeitanl de prendre un air modeste, (Mraissait persuadé, tres-persuadé, de ce que ilisaieiil les jeunes l'eus. Rniler, <pii ne pénétrait que ce qu'on lui evpliqiiail de la inaiiière la plus claire, demaiiilait a ces messieurs uii ils voulaient qu'on allât de Uijon. '< l'eut-èlre en Italie, dit le i;énéral. — l'.l par on ■' reprit Huiler. — Par les Alpes, iiioii ami, rien n'est iiiipossilile aiu Français. — Je le voudrais, morbleu! — Lt moi aussi, mou camarade. — Il \ aura à tirer pour j;a!;ner la liauleur : mais quand ou est arrivé, on se délasse en fais;int le coup de Tiisil. >'
J'étais né ardent, impétiieuv. et le dévouement de ces braves, et les nouveaux dangers où s'allait exposer le i;éiiéral, et le senliiiient profond do ce que je lui devais, éleetrisérent mon âme. •■ (iénéral , lui ilis-je avec enlbousiasme , j'ai une p,rùee à vous demaniler. — Kt laquelle, Jérôme ' — Kmmenez-moi avec vous. — Kt pourquoi faire, mon ami? — Ou trouve toujoiir.s roeeasion d'èlre utile à son bienfaiteur.— C'est fort bien dit, reprit Hndcr; mais, mon petit liomme, qui tiendra eompaijnie à madame, qui consolera ma l'emrue si je me lais tuer ? — (boniment , votre femme ! m'éeriai-je en me levant. — Eb ! oui, continua le ebef de halaillon, qui in' voyait rien des sii;nes qu'on lui faisait de tous côtés, ma femme, la petite Javolte, que tu aimes tant, et avec qui j'ai passé les plus jolies nuits !.,. Il serait, sacrelilen ! damnant de s'en tenir là. »
^la lèle se bouleversa i« l'inslant, et l'idée du vilain bnmnie profanant les ajipas d'une femme adorée tue rendit furieux. Je sortis de la salle ; je fus prendre une épée dans la chambre de l'aide de eainp qui me montrait à tirer des armes ; j'allai la cacbcr sons une touffe de lilas, et je me promenai, en attendant le ravisseur, la tète liante, la poitrine ouverte et le jarret tendu. Il devait ) avoir dans mon ensemble quelque cliosc de romain.
Je n'attendis pas loiuftenips. M. Under avait allumé sa pipe, et pour n'inroniinoder personne, il venait fumer à l'odeur de la rose, du jasmin et de l'béliotrope. Je l'abordai fièrement et lui dis en f;rossissant ma voix : « Nous m'avez enlevé, )iar une aelion atroce, une femme que xoiis n'auriez jamais eue sans cela ; il faut à l'instant m'en rendre raison. — CommenI doue, petit, tu es brave :' — Pas de plaisanteries ; je ne suis pas d'inimi iir ii les entendre. I.'épée ii la main, sans X"erl>iai;e et sans délai. — Allons, mon ami, je n'ai jamais refusé de me battre avec personne. Voyons comme tu te tireras de lii. )>
.\ous gai^nons un endroit couvert ; nous mettons babil bas, et nous défjainons. J'avoue que lorsipic je vis la pointe de la llamberije ennemie iliri|iéc conirc ma poitrine, j'éprouvai plus (pie de l'émotion. Mais je sentis i|u'un n\ot, un seul mol qui Icndiail it amener un raccommodement me déshonorer;iit sans retour ; je le croyais au moins, et pour ranimer mes esprits, qui tombaieni de plus en plus, j'attaquai vivement Ruder. Il me recul de pied ferme, cl du talon de son épée il fit sauter la mienne ii dix pas. <■ Fort bien ! dit-il, fort bien! voilà un début qui promet, et je serais bien fàclic de tuer un brave petit b... comme toi. Ramasse Ion épée, et s.'iche , Jérôme, qu'il ne l'est plus permis de la tirer contre celui à qui tu dois la vie. » J'avoue que cette conclusion me fil le plus ipand plaisir, tant il est vrai que l'amour de la vie l'emporte sur tout autre sentiment.
Ruder m'embrassa, nie prit par la tuain et me présenta à la compagnie, qui me cbcrehait dans les pièces d'eau, dans les puits, partout oii m'avait pu conduire la nouvelle désespérante du mariage de mademoiselle Javotte. Il raconta de quelle manière béroïqne je m'étais présenté, et il assura le (jénéral qu'il pouvait m'emiuener, et que je ne reculerais pas d'une semelle au feu. Fier de cet élo|;e, que je méritais incontestablement, puisque j'avais surmonté la peur, je renouvelai mes instances; je protestai que je voulais, dans toutes les occasions, couvrir le ijénéral de mon corps; je pleurais sur le pan de son babil brodé, que je serrais do toutes mes forces; je protestais que si on ne m'emnieiiait pas je me ferais tambour dans le balailloii lie \1. Ruder; enfin, je suppliai la jeune dame d'intercéder pour moi. F.lle le fil avec une extrènie répuijuance, je lui dois eollo juslice; mais ciilin elle céda à mes vœux, el le général, selon son liabiludo , se rendit aux désirs de son épouse.
Je saulai de joie à mon tour. J'embrassais les aides de camp, j'embrassais Al. Dupré; je baisais les mains de madame Derueval, qui me laissait faire. Oli! ipi'elles étaient jolies, ces pctilcs mains-là! l ne réllexion vint troubler ce moment si doux, oii on me donnait le prix de ma reconiiaissancc ! I.a cruelle m'avait trompé par une lettre uicnsoni'èrc ; elle s'élail donnée volontairement à un homme qu'elle haïssait, disait-elle, ii l'éjjal de la mort; elle m'avait coudamné à
Irainer une sic mallieureuse; mais je l'adorais : puuvais-je partir sans lu voir.' l'Iais-je sur alors de la revoir jamais?
Elle est à Paris, sans donle; mais ou dciiieuic-l-ullu? Voiidra-t-on me le dire' Me periiietlru-t-iui d'aller puiser, dans cesxeuv si doux, de ralimeiit ii la naiiiiiie que depuis si lun|;li'iiips on rlicri lie u éteindre.' I li'peiidani , il l'aiil que je la voie, il le faut absolument; que je lui rcproclie sa pcrlidie, que je lui pardonne el que je retrouve ces baisers île Icii i|iii ont alliliui' mon saiii; a un à|;e ailbsi Iciiill'e. Je ne cinilicrai iloni' iiion jirujet .i personne; je conci'ntri'rai la haine que m'inspire Kuder, el qui se déxeloppe a\i'C une nouvelle violence à mesure que la erainle de lu mort s'éliiie.ne et s'éteint. Je le ferai parler; cela est plus aisé que de le xaincrc. Depuis que je sais me tenir à cheval , on me peniiet des promenades dans les environs du château, lié bien, je |ionsserai jusqu'il Paris, Lue heure, ricD qu'une heure avec elle, et je reviens au ijraiid ijalop.
Je rejoi|i;iiis Itiiiler, et nous nous priiini'ii.'iiiies bras dessus, liras dessous. ()b! rpiclle violence je inc faisais pour me miidérer et pour donner à mes questions une loiirnurc sans consci|neiice! (!e bon Itiider ! il m'en apprit plus que je ne lui en demandais. Je sus rpi'elle demeurait lue de Hiici , la première boutique de mercerie à droite eu entrant par la rue .Saint-André-des-.Ircs et non des Arta: rpi'cllc poussait la modcslie jusipi'à refuser les caresses de son mari . qui , le plus souvent , eniployail le moyen qui lui avait si bien réussi a l'hôtel du nénéral. Le niallii"urcux ! il appilail de jolies nuits celles oii il ne Icnail dans ses bras(|u'unc l'emiiic in.iiiiméc! heureux encore, eomiiic tant de maris, qui vculeul bien prendre l'aversion pour un cflel de la pudeur!
Il était clair pour moi qu'elle baissait toujours sou époux; qu'elle n'avait cédé (pi'aux eirconslanees et aux sollieilatious : on ne possédait donc que son corps. C'était beaucoup, c'était trop, sans doute, mais quel soulagement (pie d'être certain que son co-iir demeurait libre, (|u'il pouvait être à moi quand la nalure me pcrmettrail d'y prétendre!
La nalure! eli ! n'est-ce pas elle qui me fait aimer.' el aimer el prélendre à plaire, n'est-ce pas nu seul senlimenl, un unique désir toujours indivisible? Pourquoi donc ne plairait-on pas dés que l'on pciil aimer? >e m'a-t-clle pas aimé dès ma plus tendre enfance, et scr.iil-elle elianijée après six mois d'absence |iendanl lesquels j'ai i;ranili de trois pouces, et qui in'auraieni embelli, si Narcisse pouvait cire plus beau? Peut-elle ne pas joindre à son alVection une protonde estime qu'elle me doit inconteslabicnient , à moi qui me suis exposé à me faire tuer pour elle? Oui, je lui raconterai mon coinbal : je me [ïarderai bien d'y manquer. Elle ha'ïra son époux un peu plus, et elle m'aimera davantage.
Pendani que je faisais ces réflexions, lieu niodesles , mais eoiisol.inlcs, un piqueur sellait pour iiiiii le cheval du général, sou cheval de bataille, ma foi! Il grognait, il n'avançait pas. "Je ne sais si monsieur sera satisfait... — Enchanté, Francffur. — Son cheval favori... — Il y a deux jours (|u'il n'est sort: el ses jambes s'enj;ori;cnl. — .Mais le général doit le mouler demain. — Je le sais bien el je veux l'assouplir. — Mais vous le ramènerez couvert de sueur el d'écume. — Pas du tout , je le mènerai au pas. — N ous lui gâterez la bouche , et jj{ set«i chassé. — Pas du toul. Je vous protège . je suis jiiotégé de m^ame, elle n'aura (|u'iiii mol à dire. Ce mol, elle le dira; ainsi plus d'observations,, s'il vous jilait , elles me fatiguent cl ne vous mènent à rien, » el jUMais à I- rancœur, (|ui ne répliquait liliis; mais (pii avait toujours Itlîr un peu récalcitrant. Je serrais un sanglon, j'arrangeais les relies du filcl , lissnes d'or, en vérité; j'attachais la housse la plus belle du général; je niellais dans les fontes une superbe paire de pistolets do Versailles : un homme qui part pour rarinée ne marche pas sans armes à feu. Enfin me voila à cheval, et Francour de s'écrier : « ^e le disais-je pas ipi'il ramènerait Pompée sur les dents! » Et, en effet, j'allais comme la fondre; j'allais de manière à ne pouvoir quelquefois respirer. Les cabriolets, les charrettes, les carrosses, les diligences, toul se rangeait. Postillons, charretiers, voyageurs, tremblaient que je sauUssc par-dessus leurs
têtes.
J'entre dans Paris, et je vais le même train. Les piétons se collent contre les murs, lorsqu'ils n'ont pas le temps de se jeter dans une allée; ceux que la crainte pétrifie tombent au milieu du ruisseau, et Pomiiée s'élance et franchit toul avec la légèrelé de rhiiondelle ipii joue sur l'eau. Ceuxqni sont à l'abri du danger crient, le cou tendu, les bras en avant : Arrête, arrête! aucun ne se prcseiitail, et je ne sais files louis de >olre-Dameeii.ssent arrêté Pompée.
J'arrive enfin à celle rue de liuci , el je modère l'ardeur de mon 1 coursier, je rcarde, je cherche celle boutique oii mon ànie, mon I cœur m'avaient' devancé au coiiiploir. Je la vois, je saute a terre, , j'attache Pompée bien on mal, el j'entre. , , ,
1 \ inrt jeunes j'eus étaient dans la boutiipie : 1 un marcliandail de* rubans' l'autre du tulle; celui-ci une pièce de nankin, eelui-la une paire de rauls, et, contre l'ordinaire des jeunes gens, qui font toul retourner' pour le plaisir de voir une jolie marcliande, ceux-ci achetaient tous; ils aebelaieut même pour de petites sommes assez rondeletles, parce qu'elle élail iion-seulemenl charmante, mais si persuasive! Aussi sa boutique était achalandée, il fallait voir' "■-■
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n'rlilil Ix-.nii que ce qui en sortait. A la v(?rito, cliarun paraissait se flullcr (Il p.irliculirr <|ne, vidant sa bourse et ne niarelianilant pas, il serait reniari|iu' de la inareliande. Tous luitlisaienl de jolies choses, et elle répondait à tous avec l'exprcssiini qui convenait a chaque inicrioeulcur. IVl autrefois (À'sar dictait i< (piatre en sljle dilYiii'ul.
\ ous pensez liicn que je n'étais pas disposé à attendre ipie la foule fût écoulée; j'aurais attendu l(>ni;lcinps : il en sortait un. Il en rentrait (|ualre. ,1e nie hs faire place à la façon de M. lîudir, lors(]u'il sauta sur le ihéàlre pour perforer le r4>i d'Athènes. ( >n tue repoussait . et mes i;estes ilevenaient plus sij;nit'icatifs ; elle m'aperçut enhn, et , léj;ère connue /épliirc , elle sauta iKir-dessus le comptoir et tomba dans mes bras.
■' (aimme il est p.randi!... Comme ses traits se sont développés!... (Jnel mainlien! (|uelle i;ràeel .\li! .lérômc ! que n'avais-tu vinijt ans lors<|uc M. Uuder... — Je les aurai , feuiuie charmante , et je ne vous aimerai pas davantayc. >•
Javotte au presbytère.
Elle répondit; je répliquai... On se rappelle toujours les sensations vives qu'on a éprouvées; mais les expressions s'effacent... L'amour a un lan^aijc ii lui seul, que lui seul entend bien, auquel lui seul sait répondre.
Il) de ces messieurs qui avait dépense à la boutique un mois de sa petite pension, cl qui, ainsi (pic les autres, n'en était pas plus avancé, jnj;ea ii propos de s'a]ierccvoir que je lui avais froissé une cote : les amants mMllicurcii\ ])ri-iiiiciil facilement de l'humeur. Celui-ci méprit par le collet de mon lialiil, et il'un jjcsic menaçant... Elle était là , la dame de mes pensées ; j'avais puisé dans ses yciu un couraijc surnaturel, j'avais respiré la ijloire sur ses lèvres. Plutôt mourir mille fois <|uc de souffrir un affront devant elle 1 c'était là ma devise, la seule (pie je pusse, que je voulusse connaître. « Laisse?, les gestes aux goujats, dis-jc à mon adversaire. Les gens comme moi ne connaissent (|ue le cliamp de riionncur. J'ai des pistolets au\ arçons de ma selle, suivez-moi. » Il était brave; il sort. Je crois reiuonlcr l'ompéc; quinze ou vingt drôles l'avaient détaclic et rcinmeiiaient , disaient-ils, en fourrière. Je proteste que personne ne touchera davantage au cbcval de bataille du jfénéral Dcrneval. On conclut de ma protestation (pie j'étais l'étourdi (pii avait mis tout un quartier en riiinenr. On me prend , on m'enli-ve, on me porlc Je (lé< lare (pie je pars pour l'armée, et qu'on n'a pas le droit d'arrêter un défenseur de la patrie; on me rit au nez. Je me fâche; on rit plus fort. Je demande ou on me conduit : A la préfecture de police. Je réponds qu'un militaire n'est pas justiciable des administrations civiles; on réplique que je conterai cela à ccii\ qui vont recevoir la phiiiite. Je me débats , on me serre. Je pince, je mords; je me sens frapper. Furieux, je double, je (|uinluple mes forces. Je fais de-i elVorls inouïs qui eussent été inutiles, si trente coups d'un vii;oiireii\ bâton, roulant sur les lèlcs de mes détenteurs, ne leur eussent fait lâcher prise. (;'élail le jeune homme avec le(piel j'allais me brûler la cervelle,
qui, indiijné de la manière dont on me traitait, avait pris ma défense. « Vous clés un brave ijarçon, me dit-il , et je ne dois pas vous laisser accabler: dispose/, de moi en ce moment. Demain nous nous verrons. )■ Kt il frappait à outrance, et je m'armai de la pince d'un paveur (pie je trouvai sous mes pieds, et j'essayais de frapper aussi roide (pic mon nouvel allié. Tout ce i]ue je pouvais faire était de soulever rinslniment ; on csipiivait les coups; je frappais l'air; mais je tenais les assaillants à une distance convenable.
>oiis avancions toujours; m.iis cela ne siilïisait pas. Il fallait s'esquiver, et la foule (pii aiii;mentait à cha(pie instant formait autour de nous un cercle mobile, cl par eonsi''(piciit inabordable.
Tout à coup un officier à la tète d'une garde pénètre au milieu de rcnecinte, écoute les griefs des plaignants; et comme je ne pensais (|ii'aii\ moyens de rejoindre madame Hiider, et qu'ainsi je ne niais rien, l'officier me tira de mes illusions amoureuses en nous enjoignant de marcher, à moi el à mon compagnon. La prcmii're chose qu'apprend un aspirant à l'hoiiiieur de se faire tuer en ligne, c'est la soumission à ses sujiérieurs : je me laissai donc conduire sans répliquer à la préfecture.
O joie! ô surprise! elle n'avait pu supporter l'inquiétude oii la jetait cet événement : elle m'avait suivi. Elle venait me défendre si j'étais innocent , ou solliciter ma grâce si j'avais commis quelque faute, et elle avait la bouté de me dire cela d'un ton si doux, si caressant !
On m'interrogea avec un sérieux, une importance qui m'eussent fait rire en toute autre circonstance. Il semblait , en vérité , que j'eusse compromis la sûreté de l'Etat. Peu fait aux manières rébarbatives, je me troublais, je répondais gauchement. Déjà on murmurait le mot prison. Elle s'avança vivement , et dit, en quatre mots, que j'étais un enfant adoptif du général Derneval. Ici , on m'honora d'une légère inclination de tète. Elle ajouta que cet officier m'aimait beaucoup , ce membre de phrase me valut un regard de bienveillance; ([u'à la vérité mon cheval m'avait emporté, mais qu'il n'y avait personne de blessé, et que le parti le plus simple était de me remettre entre les mains du général. Le juge le plus sévère se déride à l'aspect d'une jolie femme, et j'ai toujours reconnu, que de toutes les recommandations, celle-là est la meilleure. Le désir, d'ailleurs, d'être agréable au général était un motif de plus pour changer totalement de façon de voir, et on fit demander quatre dragons et mon cheval de bataille pour me reconduire au cbâteau.
Parfaitement remis de mon trouble ; fort des égards qu'on mar- (|uait au général , et des attentions que l'on ne pouvait refuser à la plus séduisante des prolectrices, je revins à mon caractère, à mon amour, à mes désirs ; je déclarai très-haut (juc j'étais venu uniqiieinciit pour voir cette belle dame; (jue j'avais une affaire de la plus haute importance à lui communiipier; que je n'avais pu trouver le moment de lui parler encore, et que je ne partirais que le lendemain. Le ton tranchant du petit drôle qu'on daignait à peine regarder cinq minutes auparavant, fut nommé énergie de caractère, noblesse d'âme, fierté de courage, que sais-je encore? On m'invita à passer avec elle dans un arrière-cabinet, où j'entamai de suite la grande aff'aire. Voici ce que c'était.
Je voyais tous les jours le général coucher avqf sa femme , et cela me paraissait tout simple, parce qu'il l'aimait. Par la même raison , je trouvais tout naturel de coucher avec madame Huder; et je lui déclarai nettement que tel était mon vœu, mon espoir, mon intention. Elle rougit, ses yeux s'animèrent; mais elle me répondit que si je n'étais pas tout à l'ait un jeune homme , je n'étais plus aussi un enfant, et que des plaisanteries autorisées autrefois par mon âge, n'étaient plus innocentes en ce moment. Flatté d'être regardé comme une espèce d'homme, je n'en devins que plus opiniâtre, et je jurais que je coucherais avec elle. Elle jurait que non , elle me parlait de la dignité du mariage, des obligations qu'il impose, et, en me faisant une leçon de morale, elle me passait la main sur les joues, sous le menton, elle me chiffonnait une oreille, le bout du nez, et ce n'étjiit pas du tout le moyen de me faire respecter le mariage. Je l'accablais de caresses qu'elle ne pouvait prévoir ni éviter toutes. Elle me rejioussait doucement, et cette douceur même était un charme attirant, qui multipliait les attaques, et les rendait toujours plus vives. Je devenais entreprenant à l'excès; je brûlais ; c'était du vitriol qui coulait dans mes veines. Sa voix était altérée, son œil humide; sa poitrine se gonflait , son cœur battait avec une extrême violence. J'avançais toujours et, bien que très-jeune encore, j'aurais fini par faire le petit Hudcr, si, se levant tout à coup, elle n'eût été ouvrir la porte du cabinet, et s'asseoir sous le chambranle même, en se plaignant de la chaleur. Furieux d'être dupe de cette ruse de guerre, et comptant bien reprendre mes avantages dans un moment plus favorable , je protestai (|ue les dragons me hacheraient plutôt que de m'emmener. Elle revint à moi; elle me supplia, les larmes aux yeux, de ne pas la perdre par un éclat public; elle me conjura de partir, et me promit, pour prix de ma docilité, ipie je la verrais le dimaiu lie suivant, jour (prclle avait fixé pour aller prendre congé du général, et lui souhaiter un heureux retour.
Oui, elle était vraiment saifc. Victime des circonstances avec son curé et son mari, elle craignait de rêlrc encore de son cœur avec
JLUOMK.
moi. Trop jpiiiip pour oonimîtro l'ail i\c la s»'<lii«'tion , d'amener, Ar
saisir l'iiislaiit laMiralilr , j'avais ilijà as\c/ <rrx|)('Mirii((' pour sfiitir rniiiiiii'ii sa iiiaiiiiri' ilr iiii- iraimlri" rliiil iliUVri'ilIr ilrs Iitiimiis (|iir lui avait inspircrs Itmlcr. Il me niaiiipiail i|ui'l(pifs aiiurcs cucorr pour savoir loiil liasanlcr ii propos; mais alors irllf fcininr l'Iiarmanti* ilcsccmlaiil à la priiM'c, inr siippliaiil. niKiiillaiit mes mains lie ses larmes, devenait saerée pour moi. Il me semldail entendre la Divinili' même, et j'étais aussi ineapahle de lui di'sidiéir ipie de eesser de l'adorer. Ileureuv ài;e oii l'on sent encore le eliaruie de la vertu, 011 on Irinive une satisfaetioii seirete à la pratiquer, oii on ne prévoit pas i|ne, piuir être à la mode, il l'ainlra, un jiuir , n'avoir (|ue dos viees aiinaldes.
Je me soumis donc il ce qu'elle demandait , mais je lis mes conditions. Je lui lis promettre, jurer qu'elle \ iciidrail dimanrlie, dimanclie malin, de lrés-);raiid malin, et <|ii'elle passerait la journée entière.
Une belle, grande et grasse fille nourrissait le dernier enfant de madame Derneval.
tout entière au château. Je ne parlai pas de la nuit : lîiider était lii , cl, lorsqu'il s'approcliail d'elle, j'aurais voulu i[u'il lit sans cesse jour, et qu'on abattit loules les cloisons.
(^clte affaire réi;lée, je pensai au jeune lioinmc avec qui je devais me casser la tète le lendemain. S'il me tiic , je ne la verrai pas dimanclie; si je ne me hais pas, je suis déshonoré, cl conuueiit partir si je me bats ?
Ces réflexions sont cruelles; elles m'absorbaient. Connaissant mon caractère comme mon cteiir, clic ju];ea que j'étais occupé de tout autre chose que de mon amour : elle m'intcrroijea. Il me paraissait aflVeiix de la tromper, cl je trouvais de la lâcheté à lui dire la vérité : c'eût été la placer entre iiioii adversaire et moi.
l n billet qu'on nie remit très » propos, me tira d'cinliarras : il était de mon jeune honiinc. Conscrit et reconnu, on l'avait emprisonné; il me demandait mes bons olhces près du (général, (pi'il avait enleiiilu nommer par inadamc lîuder; il me priait inslainment d'oublier notre démêlé, qu'il reconnaissait avoir i;rossièremeiil provoqué; il finissait en m'offrani franchement son amitié, et en me demandant la mienne. Toutes ces propositions m'ariani;caient fort. J'étais trèsdisposé à aimer les braves gens, parce que je les estimais ; ensuite je ne ilemandais pas niieiiv que de le servir auprès du [[encrai, iiarcc qu'après le plaisir d'aimer . je n'en ai jamais connu de plus douv ((iie celui <rohli(j;cr ; enfin il ine faisait des evenses positives, satisfaisantes, et il est dur de se battre an moment même oii on vient de connaître le prix de la vie, et oii l'on peut espérer une loiijjue suite de jouissances plus réelles.
Je lui passai le billet; elle le lut, et nie rejjarda d'un air si touché! elle croyait sentir les coups auxquels je me serais exposé, nn'elle était bonne, qu'elle était aim.inte 1 Je me ipirilai bien de lui dire rpie je m'étais mesuré avec son mari; elle n'eût pas manqué de me faire un discours k la Chimene , sur l'éternelle barrière que /{(xliigue eût
élevée entre elle et lui. Qui sait m^me si elle nr «e fitt pa> avisée d'aimer Itiidcr iiionraiit. Uiider tué pour elle, Riider tué par moi , pourvu, toiiteriiis, que Uiidcr inonrûl, car lorsqu'on s'est iloniié la peine de faire des |;riiiiaccs iriisa;;e , il est inliniiiient déi>n|;réalile , il est dur de les avoir faites eu pure perte '
( )ii m'averlil i|iie les ili'a{;oiis iii'allendaient. Je répondis (|ne ma diiiiie avait parle , et que je lui donnais ma paride d'Iioiiiicni de me rendre île suite an cliàleau , et par le chemin le plus court; i|ii'aiiisi je n'avais pas besoin ircseorte. Mon jii|;e, désormais ilispnsc ii tout faire pour elle, lui dcmaiirli si on pouvait compter sur iimi. Klle protesta qu'elle in'onlraç.erail . si elle ilniilail un itioiiient que je dusse ti'iiir ma pai'oli*. Messii-ui's les (lra|;tiiis riircnt donc, il leiir];raiid inécoiiteiilciiieiil , rciiviijés a leur ciirps de |;arde : toute corvée utile à un i;cnéral, xaiil an moins une stalicin a l'ollicc. Je l'einlirassai encore une fois, deux fois, aillant de luis qu'elle voulut le permettre devant des témoins qui pouvaient n'être pas iiiiliil|;ents. Je lui lis répéter (|u'clle viendrait liimanche , liien sùrciiicnl dimanclie , et je demandai l'ompée.
Je le deinandai si haut , et d'un ton si impératif . ipie le chef de division , choqué de mon ini|icrtiiie!iee , me dit : h Mcm cher ami , vous ne vous apcrccvc/. pas que vous êtes complcleiiicnt ridicule. Sache/. i|iie je ne fais rien (|ue pour le gp'-nérul cl madame, cl que si vous ressente/, les effets de la coiisiilération que je leur marque, elle ne vous est pas du tout personnelle. Ileprcne/. le ton modeste ipie vous aviez, en entrant; c'est celui qui convient ii votre à|;e. "Je roiieis jusqu'au lilaiie des yeux; j'étais humilié , battu il terre; mais j'eus le bon esprit de sentir que je méritais la leçon, (iombieu de jeunes !;eiis me lisent, qui n'uni que des aicux , qui traiiient un f;rand nom, qui, plus imperliiicnts que je ne l'clais eneoi'c. poiirr.iieiit s'appliquer la inerciiriale , en prolitcr, et n'en l'crnnl iicn '
Ruder.
.\ussi roujje , anssi confuse que moi, clic enlre|iril de m'excnser. J'avouai, je reconnus ma faute, et j'en demandai l'oubli avec la franchise d'un hou cniir qui aime à réparer les écarts du cerveau. I.c chef me sourit, me pressa la main, et je me disposai à remonter ii cheval.
() mon Dieu!... mon nicii! je ne reconnais pas Pompée. Les fa- Ions, les crépines de la housse et des chaperons sont arrachés; les rênes de tissu, les étriers d'ar(;ent enlevés! <• Ciel!... juste ciel! que pensera le ([éiiéral ? — Il te pardonnera , Jérôme — l"t le soupçon , madame, le soupçon d'une bassesse... — I.'idéc ne lui en viendra pas. — Je n'oserai jamais me présenter devant lui , non , je n'en aurai pas la force. — N cnx-tii que je lui écrive , petit ami:' — .\on, madame , non; cela ne suffit |ias. Av.int (|iie le cachet soit rompu, on aura vu l'ompée dépouillé nu , et l'imputation déshonorante aura volé de bouche en bouche. — Kh bien! ]v partirai avec toi. — Oh! oui, ma bonne, mon excellente amie , parlez aujourd'hui; dimanche en sera plus aisé à attendre. — Je me présenterai la première. — Sans doute;
JEROME
je NOUS fil pi il' : volic |iii''sciu-o dispiisr loiijoiirs aux scntiiiieiils iliiiix. — .l'alli'sU'i'iii i|iio loi'si|iii' lu os ilcsmiilii ii iiiii ]ii)rl(', l'onipi'c lirill.'iit (II' loiilu .su piiriii'c, ri i|iil' ci's incssu'iii-.s ipti troiivciil iiiaiiv.iisiiu'oii i;alupi' sur le pavé, ni' (oui pas (lillicullé di' s'eiiipaior du liini d'aiiti'ui. — An iiiiciix, à iiicivrillr ! ()iir Ir jjriicnil iiii' punisse ]iuur ùli'v vi'iiii il Paris sans sa pcrinission ; mais que je ((iiiscivi' son rslimi", cclk' de inudanic l)cnir\ai, dr M. Duprr, df tous les lioiiii^les i;eiis. Je eonis, je vous amené une voiture, j'alliiilie l'onipée derrière, el nous parlons. — Non pas, pelil ami, non pas. l,e eiieval de lialaillc du i^éiicral n'esl pas l'ail pour èlre allaelié derrière une V iiiai|;rette , el un asjiirant ii la j;ioire ne V(i>aj;e pas eoinine nue reinnie. Nous monlere/. l'oinpce, <|ui, pour èlre (lé>;alonné, n'eu est pas moiiis le plus lier des coursiers, tris-dillirenl de ces liommes par qui nous nous laissons si souvent cliloiiir, el (|ui ne munirent i|ue la plus pauvre niidilé lnrs<|u'oii les déslialiille. »
Ali ! elle no \eul (las i|ue je parla|;e sa voilure. Elle se délie doUe d'elle-iiiéme, elle m'ai me doue plus qu'elle ne le vouilrail .' ( )li ! oui, oui. sa eondiiile m'éelaire, je suis aimé de la remine eliariuanle... Et si suii \ ilaiii Kuder n'était pas au eliàleau... peut-être que loin des l'àelieuv... dans l'oinlire du m\slére... Oli ! non... elle ne emiscnlira jamais... Eli ! pour(|uoi pas!' I. 'Amour, jeune eomiiie moi, ne Iriom- ]dia-t-il pas de PsM-lié , et ne suis-je pas lieau eomme lui, puisque tout le inonde le dit '.'
Je faisais ee iiionolo!;ue en loiiranl a la plaee Sainl-Mielicl , d'où je ramenai le ealiriolel le moins sale, tiré par le cheval le moins déeliarné.
Je lui présente la main, elle monte; je saule sur l'onipée, cl nous partons. Oli! eomme je iiiarcliais sagement |iour ne pas perdre iiii de ces regards , qui pénétr.iieni au l'ond de mou eo'ur ! Ouel doux soul'ire emliellissail ses }cu\ lors(|u'ils reneonl raient les miens 1 Mais la ilistanee de mon elieval à sa voilure, mais les éipiiparjes, les eliarrclles, les eroelietours, qui me la dérohaieiil à eliaipie inslant, mais le plus ridicule des inaria|ies, s'il n'était le plus iléteslahie !... Oh ! lorsqu'on s'aime, il faudrait n'avoir il redouter ni maris ni témoins; n'èlrc esclave ni des préjuj;és ni des nsajjes, n'èlre (|ue deiiv euhu , isolés du fleure humain dans un coin de terre ouldié, désert , inaccossilde... dans l'ile des (locos, par exemple. (^)ualre lieues de circonférence, c'est plus qu'il n'en faut pour se promener; des oml)ra;;es épais, formés par la nature, où on mèlirait ses soupirs au chaut des oiseaux amoureux; des cocotiers en ahondance, et partout une vé|;étalion viijourcuse, voila pour la nourriture, car il t'aiil penser à toiil. I.'eati, la plus pure, en ahondance... Et l'arlirc ii pain , que j'onhiic, l'arhre ii pain, ce don précieux (|u'on ne daii;iic pas penser ;i ualnraliser en Europe; cl l'arhre à parasol, dont les liahitanls de la mer du Sud tirent leurs vêtements; et des roches i|ui i;arMisseul les côtes cl en éloiijneraienl ceux i|iii ne vivent |)as uniijuement ])our l'amour... Oli ! si j'élais avec elle ilans l'ile des (à)cos !... Eh! ])ouri|uoi n'irionsimus pas?... .l'arraiiffcrai cela , moi, rien n'est plus facile.
Elle n'aime point son mari , elle le quitlera. Elle vendra son fonds de hoiitii|ue, el avec le produit, mille écus au moins, je fréterai un li.itiment, éléj(aiit c<immc la [(alcrcqul porta (^léopàtre allant au-devant d'.\nluine. iNoiis nous eiuliai'i|uoiis. La mer courhc ses ondes devant nous. Zéphire enfle doucement nos voiles de pourpre, les Kjiiiphcs et les Tritons jouent auloiir du navire et saluent la \ éi\us nouvelle qui le nionic. (^'est moi qui tiens le i;ouveriiail, le plaisir «lans les jeux, le sourire sur les lèvres el les cheveux ornés d'une couronne de inyric ([n'ont arran|;ée ses jolies mains. Le xoxajjc ne dure qu'un moiiient, et nous hénissons, eu aliiirdaut, la terre protectrice i|iii nous (léiohera ii Ions les yeux , et oii , semhlahles à l'hilémon el Haiicis, nous vieillirons sans connailrc l'ennui ni les inliriiiilés de la vieillesse, {i'cst lii... " Eh! venirchleii ! monsieur, prcnc/ donc garde il ce que vous faites. \ oiis me tirez du rêve le plus délicieux , el vous prenez mon (jenou pour nue horiie. »