‹ Vie et aventures de Pigault-LebrunChapitre 373 sur 379 · XII. — La dernière nuit, le départ · texte numérisé non relu

XII. — La dernière nuit, le départ

On n'avait pas ]ieiisé, celle nuit, à m'enfernier: nu ne saurait penser à tout. Peiil-clre aussi le départ de Huder avait-il fait iiéj;lii;er cette précaution. Maitre absidii de ma perscuuie. je me disposai à aller offrir à l'Amour des actions de ];ràccs cl nu iioiiveau sacrifice.

.le me mets en iiiarclie sous les auspices du dieu malin, toujours favorable à la jeunesse. Je traverse un lonj; corridor en relenanl iiKUi baleine ; je toiielie à la porte du vestibule : il ne restait (|iie celle-là à franchir pour èlrc dans la cour. Hélas! celte porte, ouverte la nuit |)récédeiite, élail barrée , et les deux barres élaienl arrêtées par des cadenas.

(,)ue devenir, (pi'ciilreprendre ? Celte porte était vitrée el n'était défendue à l'evlériciir ipie par des volets, (|iii, sans doute, s'oiivraieiil en dedans. Kuiler m'avait appris conimenl on lève les crochcls des Persiennes; mais je savais aussi ipie le i;éiiéral avait l'oreille fine, «pi'il élail leste, et ipi'on le rencontrait lorsqu'on eût voulu le savoir à cent lieues de soi. La couiprometlre par une étourderie «le celle espèce ! jamais, jamais.

Mais renoncer à une nuit qui devait être si belle, à une nuit, la dernii're de la eaiiipa|;iie . et peiil-èire de ma vie, ce stoïcisme était

Bien'ùl il ne me suffit plus de m admirer dnis ntinn nouveau costume, je vouldis que les autres m U'Imirassent aussi.

îl

JLROiME.

aii-<lrssus cil' iiioi. V ix'iisoi', a» ciiiiliiiirc, iiii" panilssiiit piisillaiiiiiiité, iiigraliliuU' ; car cnrui elle iii'allciiilait , j'en riais sùi', l'I inu luii'o allciiilit' , moi (|iii hittlais irrlic aii|ii'('s il'cllo!

.Ir iiu' l'iollais le l'idiil , j'\ iluicliais (|iu'li|u'iiiK' «le ces iilérs liciirtiises inu' 1rs sols lu' Iniiivciil jamais, cl ipii no lU'Vuii'ut pas me iiiaiii|iii'i' à iiiiii ijiii ai hcaiicoiip d'opril, ainsi (|iic j'ai cil mmlcslcmt'iil riioiiiiciir lie \ciiis le iliic. Uicii ipic de eoiiimiiii iic se |)icsciita il iiiiiii iiiiaj;iiialiiiN.

Kii elVel, remniilrr ilaiis ma cliaml>re, desci'iulrc ciiciiie dans la cour avec mes draps, siérililc, plaie rcpéliliun, diiail (Iciillri'N . cl puis ce uiu)eu avait ses iiicouviuiciils. ,1c n'avais plus de mari licncvolc pour mu rouler la pesante éclielle. Courir le risc|uc d'èlre découvert par la valetaille ou par le p,éiicral lui-même, qui parlait à la pointe ilii jour; siiliir un iiileriO!;atoire, accuser, imiir sauver l'Iioniieiir de la remiue clianiiante, la plus jolie des rronia|(èrcs , liien innoeento, bien iipioranle, et poiirhint coiidamiiéc sur ma déposition,.. Non , non... c'eût été une iiijiisliee, une inramic, une airocilc ijiie j;tiiiais je ne me Tusse pnrdoniices.

.Il' \oulais arriver eependaiil , je le voulais à toute force. Ah 1... je vais jjriinper sur les toits, au hasard de me casser le cou ; jedpsceiidrai par sa ehciiiinée... Oui. mais j'aurai l'air d'un Amour iicj;re... D'ailleurs , irai>-je harhouiller de suie .'... allons, allons, pitoyable !... n'y pensons plus.

r.h !... a propos... 'roiirangeaii cl Picard n'eiilrcnl pas chci leurs belles par l'escalier dérobé, ipii cominiiniiiuc ii In diambre à coucher de madame Dcriicval. Ils loi;cnt aii-dcssns des remises, ils ont donc des iiiotcns de s'inlriidnire dans l'inlcricur du eliàlcan, cljc|u'u\ ru sortir par oii ils j entrent... Oui, mais par oii y eulrcnl-ils lors(|uc celte porte est fermée !' (^e sont cii\ peut être , (pii, hier, l'avaical laissée ouverte; alors, eomnienl profiler cette nuit... .le me dépitais, je me désolais , je me ilésespérais.

Ile Ions les maux, (|uaiid on peut clioisir, disait M. Diipré, il faut choisir le moindre. Apri'S bien des réflevioiis, je me décidai à sacrifier hi l'illetle aii\ yeu\ bleus et à descendre avec mes draps.. ,fc ne pris ce parti tiu'ii regret : j'en soupirai .imcremeiil , bien diflfércnt des j;i-aiid>. <|ui comptent pour rien le mallieiir, l'obscnrilé; ((iii vont droit il leur but , et i|iii éciasent sans scrupule ce qui se reiicDiitre sur la route.

.l'étais déjii au premier , et je <-hrrrliais dans les ténèbres l'escalier de mon second. Je portais les bras en avant, parce qu'il n'esl pas aijréabic. pour un beau i;arroii, de se casser le nez ou de s'enfoncer un œil. Ala main rencontra un bras, (|ui me lit peur, ^lar une excellente raison : je ne savais d'abord à ipii il appartenait. T ii lai'ijc {jalon sur le parement me fil jiii.'cr que j'étais .iu\ prises avec ^I. Picard ou M. Touran!;eau. Ils avaient tous deu\ autant à craindre que moi; or, coniuic celui qui attaque a prcsijiic toujours l'avanlaiçc, je m'avançai briisquemeiil. Mon lioninie, clïrayé, recule; je le pousse, il fait une \olte, il court, et je cours après liti.

Nous nous heurtons en courant, tantéit contre une cloison, taiilé)! contre une porte, et nous arrivâmes ainsi .'i l'extrémité du bàtimenl. I.a lune commeiiçait à nous éclairer ii travers une croisée qui était iiu bout de ces loiiijs corridors. Là , je complais joindre le fiixard , lui persuader que je l'épiais, rintimiilcr , le faire parler, cl savoir enfin (Kir oii il iiiontail au second pour arrivera rcntrc-sol, piiis(|iie trc'Se\iiU*inineiil il ne s'introduisait pas par la porte.

I.a croisée était ouverte, ^lon ilrole s'élance comme un écureuil , il disparait. Je tremble que la fraxciir lui ail ôlé le jiii;enionl, et qu'il se soit jeté sur le pavé. J'ajqiroche, je rei;arde. Je vois un toit en pente douce, sur lequel mon homme assis se laissait doiicenieni Ijlisser. Du lias de la couxcrture il saute sur un mur ii hauleur d'appui; du mur il saute a terre, et s'enfuit à toutes jambes.

( .r toit couvrait un appentis i|ut touchait aux cuisines et qui servait de liùclier. Il était bâti dans une arrière-cour, séparée de la grande par le petit mur que mon coureur venait de fr.iiichir. Je connaissais tout cela, mais je n'y avais jamais fait attention. Persuadé d'ailleurs que j'entrerais chez elle sans obstacles, je n'avais pas ])ensé li surmonter ceiu que je reneonlrais à eliai|ue pas. Cependant la roule in'clait ouxerte; Toiiraii<;eau ou l'icaril était sans doute rentré dans son i;aletas, i;iiéri pour eclle fois de la manie des excursions, ,1e n'.ivais plus rien a craindre, je montai sur la croisée.

Je me sentis retenir par derrii're. La peur me saisit... mais une peur ! je me crus pris par le ijénéral , et je me trouvai hors d'étal d'aijir et même de rétlécliir. Je me laissai ramcnercomiiie un sot dans ce maudit corridor, jr m'aperçus ii peine qu'un individu en chemise l>assait entre moi et la croisée. On la ferma sans bruit. Lue petite main doucette me saisit le poiijnct , m'attira, m'entraîna... \ i|ui diable appartenait ciieore cette maiii-lii?

•< Non. monsieur roiiraiiijeau, vous ne serez pas venu ici iiiiii|uemeiit pour me faire une scène ipii n'a pas le sens commun. Vous ne surtirez pas (|ue vous ne vous .soxez expliqué sur mon intimité prélenilur avec ,M. Jérônie. >■

M.idemoiselle Clutible n'avait rien d'eflVayanl , aussi me remis-je il la minute. Je n'en sentis que mieux l'embarras le plus cruel oii m'eut jeté cette nuit la fortune ennemie. (^)uc répondre ii celte fille i|iiaiid elle me rieoniiailni !' Kl cela ne peut larder, puisqu'elle me

mi'ue droit à sa chambre, toujours éclairée par une lampe. 11 est certain i|uc je ne suis pas venu lii pour faire le loup-ijaroii. l'ourqiioi y suis-je donc i' (iela se devine de reste; mais poiir(|iii:' Pour elle , comme elle parait disposée à le croire ' il faudrait le lui prouver... ma foi, non. Pour Jcnny ? Quelle apparence .' Llle eut mis sa camarade dans le secret, puis(|u'il fallait passer chez rune pour enirer chez l'autre. Madame Derncval couche avec sou mari; la bieii-aimée seule... mes assiduités, son afl'cction marquée... Allons, allinis , pas d'explication, et tirons-nous de la.

Clotilile ten.cit ferme ; mais c'était une pclite blonile svelte, délicate, (jui nepouxail lutter avec avanla|;c contre moi. le crus que je me dé|;a(;crais facilement de cette main incommode , (|ue j'arriverais avant elle ii la croisée, <|ueje l'ouvrirais sans (|u'cllc put me joindre, ou, si , nouvelle Atalanle, elle courait aussi bien (|ue moi , je ferais le 'l'ouran|;ean, non celui de la nuit dernière , mais le 'roiaanijcau jaloux, brutal , et cinq ii six cla(|ues, bien appuyées sur le derrière, me débarrasseraii'iit définilivement.

(ic plan impronipln nie parut admirable. J'ajjilai si fortement mon bras. (|ue la petite main fut oldiijée de lâcher prise; mais l'autre nie saisit au collet.

« Ah I mon Dieu ! mon Dieu ! dil-ellc d'une voix éleiule, en touchant ma broderie cl la fourrure de mon dolman, c'est M. Jérônie !

— C'est liii-mènie, belle enfant. — ^ Touranijcau vous a-t-il reconnu '

— Je ne le pense [las. — Ali ! tant mieux. — Et pourquoi? — Croiriez-vous , monsieur Jérôme, qu'il est amoureux de moi? — Oh! très-facilement, car vous êtes fort jolie. » El cela était vrai, n II a osé se déclarer. — Mais c'est tout simple cela. — .S'introduire claiidestinement dans ma chambre. — En vérité? — Mais je vous l'ai reçu... — .le le crois. — Je l'ai mis à la porte. — Parbleu ! la pudeur alarmée!... — ("cjiendaiil, c'est pour le mariafjc qu'il me l'echcrclic.

— Oli ! ce motif excuse liicn des choses. — lni]ierlinciice de plus. A-l-on jamais \u un laquais épouser une femme de chambre:' — .Mais cela ]iourrail se voir : Touraiiijean a de la fifjiire. — Ali! s'il portait la vôtre!... A propos de cela, savcz-vous ce ([u'il m'a dit, l)i(|ué de mes dédains? que je ne lui étais cruelle que parce ([ne vous m'aimez. «

Et tout cela était conté avec un aeeciil de bonne foi qui m'eùl coiiiplétciiienl abusé, si je n'avais su ipic son éloiifiiemeiil pour les laquais n'était pas aussi prononcé (|u'elle xiuilail me le faire croire. Je ]iouvais l'atterrer, la mettre dans l'impossibilité d'ajouter un mol, et profiler du momeiit de stupéfaction pour m'éloijjner : je n'avais qu'il lui détailler ce que j'axais vu la iiuil précédente. Oui, mais elle ei'lt deviné facilement avec qui j'avais Ir.LVersé la chambre de Jenny et la sienne ; en se levant , elles avaient trouvé la feniiuc chariuantc sur le balcon.

Elle ne me lâchait pas. En iiarlant, en répondant, nous avancions toujours. ^lOns entrâmes enfin dans celle chambre. i< Toiiranijeaii ne s'est donc pas lroni])c, monsieur .lérôine ? — Sur quel objet, jietite Clotildc? — Oh ! il l'aul qu'il ait deviné, ])iiis(|uc vous courez les toits pour me surprendre. « Ici, je ne sus trop ([iie répondre. <( Mais vous allez vous retirer. Je vous en prie, je xoiis en conjure. » Seize ans, jolie ; une chemise qui pendait d'un côté cl se relevait de l'autre, qui découvrait tantôt une épaule, tantôl une ijorijc... je ne li(iU|;eais jias, je regardais. « Alais voyez donc si ce petit liitin-lii s'en ira ! ;• Deliout devant moi, elle me poussait, en me caressaul le menton d'une main, une joue île l'autre... " Ah ! mon Dieu! j'entends (|iielqu'uii ! » Cela n'était pas vrai. « Si on vous trouxail ici !... » Elle ferma la porte et mit le verrou.

Avoir riniiiertinencc de la rouvrir: ne pas donner un baiser ou deux il une jolie fille qui m'assure que je suis amoureux d'elle, c'est ce qu'un butor eût pu faire, et ce ([u'iin jeune lioiume d'un certain jienre ne se permet jamais.

Je pris donc un baiser pour avoir l'air de faire quelque chose ; elle me le rendit. J'en pris un second. Ces baisers pris cl rendus )u'oduisirent un clïel sensible sur elle et sur moi. Elle avait les mains d'une aijililé étonnante : j'étais déshabillé ii demi, sans m'en cire nièlé. Enfin, en cliemise coinnie elle, je me trouvai dans son lit sans trop savoir comiiient.

Me comporter lii comme un sol, c'eût été lui donner de moi l'opiiiioii la plus défavorable, et ou lient il sa ri'piitation. D'ailleurs, de ([iioi étais-je coii|iable ' c'était une espèce <lc viol que j'éprouvais lii. .le sais liien que Joseph laissa son manteau ii madame Putiphar ; mais Iri'S-probablenicnl la dame était laide, quoique l'Ecriture ne le dise pas.

On cherche des moyens d'atténuer, de légitimer ses faiblesses, et CCS raisonnemcnts-lii m'étourdirent un moment. Alais lorsque l'ivresse des sens fut calmée; lorsque la raison, qui nous abandonne quand nous en avons le jiliis de besoin, se nioiilra ii moi armée de son redoutable flambeau, combien je fus eonl'us, repentant ! moi, ([u'uiic femme adorable avait tiré de la (iliis profonde misère, à qui elle avait prodigué les soins de la mère la pins tendre, et r[ui enfin s'était donnée il moi sans réserve, lorsipic sa bcaiilé, sa jeunesse, ses iiiallicurs lui eussent altaelié les liommes les plus fiers et les plus délicats, moi, j'avais oublié cl ce que je lui devais et mon amour! Je remplissais siins honte la |placc que venail de ((uittcr Touraiiiieail ! .l'avais pris

JKHOME.

|M)iii- dos ruvciir:. un almiiiloii nue je u'nvais pnii miim- eu U prim- il<snllicilfi'. f!f retour sur nioi-nii'iut; fui iilVri'u\ ; uu Iniil piii|;iLiiil uif il|i|'liii';iil ; je un' l'iiisiiis liiirrcur.

Je siMlis lu Misipu-uiruI ilr cf lil il'iipprolirr. Iji \uiu clli' vimlul uic rilcnir. Ses priori-s, si's «•avc>sr.'. fuitul liiulili's. Jf ui'liMliilhii saus lui ri''i»>Mi|rc, sans Iii ri'(;aril«T ; je iu't'luit;uiii tir rrlti' tliaiiilMC .1 i;ranils pas,

Kllr ini' suKiiil dos jou\, l'imintW', iiilordih', ol, d'après le^ seiiliiiieiilb ipi'elle me supposait , ma eomluile devait lui paraître liizarre, e\lra\ai;aule. .le deseeudi> ee loit, ee uiur ipie sous le uioiiidre prileMe Je pouvais Traueliir de uièuie uue lieure auparavant ; mais niuii eti'iir vil avait été le eompliee île eelle lilli'.

J'enlrai daus 1» eour. .Ii' ui'approeliai de ees persieunes, olijel si vif do mes désirs il si proroiiiléiueul ouliliées. Jo m'en approeliai avoo un rospeel uièlé de terri'ur... l'.lles étaient eutr'ouvertes. Non, pensai-jo, non, je n'entrerai pas : je mo suis ri'ndii indii;uo d'elle. Je eonteiu|>ler.iI ei's murs i|ui la re<-élonl ; jo lui adresserai mi's v<euv ; mais je n'apiiroelierai plus de ses lèvres ilos lèvres souillées par lo vioo.

Assis sur une pierre , les liras élenilus, les \iuv livés sur ses eroisées, j'étais rendu ii l'amour (lu'empoisoiinail la douleur... Je ne iiii^ Iroiupe pas ; les persieunes remuent... mon premier luouvemont est d') ouurir ; mais lo sonliment de ma bassesse peso sur moi ; il nio luo à la pierre ; jo ne |U'uv m'en détaelier.

r.llo ou\ r<' tout ,'1 fait... Oui, e'i'st elle ; voilà liieii ses traits oneliunleurs.

.1 Jérôme, mou ami !... > (!elle voiv si douée ipie j'aimais tant à onloudre, ipn' je n'ontenilais jamais sans être plus lieiireiiv, eelle voiv seuililait alors me roproelier mou eriiiio, o'élail eelle d'un ju|;0 nionaeanl. « Jérôme, dit-elle eiieore, Jérôme (|uo j'ai tant altomlu ! « Jo me lovai ; je m'approeliai lenlemenl : elle me présenta la main ; jo rôtirai la mienne avoi' préeipilation.

. Mon ami, lu os dans un état evtraordinaire. (Jue sijjiiil'ieut ee troilblo, eotto a|;ilatioii .' (jiio t'esl-il arrivé.' ( )li ! viens nio oonl'ier tes peines : j'ai aecpiis lo ilroit de les pariajjer. u Klle me lirisail lo eu'ur. J'entrai eopendanl: j'eus l'ainlaeo do profaner l'air (pi'elle respirait. Kilo rererma les porsionnes ; elle se jota dans un faLileuil ; elle m'attira sur ses ijenoiiv. Par [;ràce, olier ami , dis-moi ee i|iii l'afllii;o. Tu ne réponds pas ,'i mes earessos; j'ai dono <|uel(|ue tort avee loi.' " .le me déi;a|;oai de ses liras, ipii me prossaieiU tendremont: jo tomliai à ses pieds, et je fonilis en larmes.

.. Cruel onraiil, lu mo lais mourir. Si, en elVol, lu eonnais l'amour, lire-moi do l'anviété a^Vreuse oii je suis. Parle, je t'en eonjiire. — Kli liion ! oui, jo parlerai, j'en aurai lo eouraijo. Nous alloi luo uio|iriser, mo liair ; mais jo n'aurai pas la làelieto de vous abuser par dos mensoinjes. »

.le lui raeonlai tout, tout sans la moindre réserve. Je iic elieroliai pas momo ii atVaililir mes torts. A mesure que je parlais, elle s'éloiipiait de moi, et, lorsipie j'eus fini, elle ne m'adressa pas un mol do ounsolation. J'étais copomlant dans un état à ovcitor sa pitié. Ktendu sur lo parquet, ne trouvant plus do larmes, sufl'i)c|iié par les sanjiiols, près do perdre oonnaissanoe , j'artieulais pénilileiiieiil et de loin en loin : c. Oui... oui... haissez-inoi... jo l'ai trop mérilé. — Noilà, ditelle, lo priv iruiio faiblesse eoudamnalile. Jo n'en devais pas attendre d'autre : le eiol est juste. <• Ces mots eriiels me portèrcnl le dernier ooiip : jo m'évanouis.

.. Ciel, ù eiol ! Oii suis-je !' dis-je on revenant ii moi. l"st-oe nn sonj;e, une illusion .' Jo suis dans ses bras ; elle mo eoiivro de baisers, elle mo pardonne doue! — Kli ! ma vie ne tient-elle pas à la tioiiuo ! Cette vie si elièro, pouvais-je la laisser éteindre devant moi ? Mallieurà rainanlo or(;uoilleuso qui eonsorve lo souvenir d'une faute ciVaeée par les larmes et le repi'iitir! Mon ami, n'oublie jamais eetto so(-ne. Soii!;e(|ue je n'ai été lioiirouse ipie par loi ; que je ne puis l'èlro que par loi, et (lue je ne supporterai Ion absenee (pie par l'espoir d'èlre aimée. Mil si l'ooeasion, la faeilité, lo besoin do jouir te renilonl onoore inlidido, jo l'en supplie, je l'on conjure, ne sois plus assez barbare pour me lo dire; trompe-moi tout ii fait : oes vériléslii sont terribles a enlcndre. •>

Par eoiubien de serments jo la rassurai I avoo (piol feu je les prononçai ! J'avais cet aeeent (jue le monsonjje ne eonnail point, ipii persuade toujours, et l'adorable eréalure allait au-devant do la persuasion.

Lo ressentiment, le repentir, tout s'effaoa devant l'aniour ; nous étions tout il lui. Transports, délire, douée eonl'ianoo, repos volupluciiv, tous les biens (|u'il répand sur la totalité dos mortels, nous les réunissions sur nous. L'aurore s'annonoait déjii, et nous ne pouvions nous séparer. >ous 110 formions (pi'un corps, et nous n'avions qu'une àiiic.

■I Mon ami, me dit-elle cntiii, c'est surdos voleans que croissent les lauriers. Que mon souvenir te suiitioniie dans les périls, mais qu'il t'oinpèelie de les braver sans nécessité, prends cet anneau : mon nom cl le tien j sont gravés. Qu'ils soient désormais inséparables ooinino nos eieiirs. — Hélas! je n'ai rien ii ofl'rir ou écbbiif;e. « l'.lle coupa une boucle de mes cboveuv.

F.oris-moi soiiveiil. ji' le veiiv. .le le répondrai (jiiand je saurai oit

t'adrosser mes lettres. A Ion .i|;o on a besoin de conseils, et les miens ne te déplairont puK ; ils seront doiiv comme rainoiir qui les aura dictés. Art d'écrire, art cliarin.int ' nous ne niiiii. verrons pas, luais nous croirons nous entoiidre, el nous nous forons illusion sur lo reste. Le moiiienl appriiclie : va, bel onrant. va le mettre on état de paraître. »

il était temps, .l'entendis, en mo retirant, du moiivoiiiont dans les écuries, .le fis a la liàle une toilette de militaire, c'est-a-dire que tout v paraissait né|jlii;é ; m.iis il est un .'i|;c oii la né|;lii;ence sied a luervcille. Le désordre même a sa coquetterie, cl jo savais tout cola.

Lorsque je descendis, les cbcvauv do selle et une berline atti-ndaiontiianslacuur. Une table était servie, et nos daines.. parées do leurs seuls cliariiies, se disposaient à en l'aire les liunnenrs. On iiian|;oa peu, un parl.i iiioins. \Lidaiuc llerneval avait un bras passé autour du cou de son mari, et le ro|;ardail tendromont. Il tenait >.es onf.nils sur SOS i;oiioiiv, et les baisait avec alteclioii. Les petits innocents lui rendaient ijaiouient ses caresseit. lleiiroiiv à|;e, oii l'on jmiit do tout, et oii on no prévoit rien !

Lo i;éiiéral se leva. ■■ Ma bonne aiiiio, il faut se quitter : pas de faiblesse, s'il est possible. ' Il rombrassa, et elle l'ondil en pleurs. Llle lo recommanda il ses aides de camp, et mémo ii moi. l'.lle savait, cependanl, combien cela éiail inulilo : nous lo cliérissioiis connue un père.

U me restait un devoir ii remplir, et je saisis le iiioniont des derniers adioiiv, dos derniers vieuv, dos deruièrfs care.s.ses, Jo courus a la basso-cour.

Jo trouvai Marijiierite dans son réduit. Kl!e était ii |;oiioiiv ilevaul une iiiia|;o de sa p.itronno, en qui elle avait une i;rando dévotion. "J'ai passé la nuit en prière, me dit-elle. (,>uc le bon Dieu vous ramène avec ^L Ic (jouerai. •> tlle m'embrassa , el sa main décliaruée mo bénit.

Je rentrai. La bieu-aimce priait le j;énéral de lui dinincr une place dans sa berline, parce ipio, disait-elle, l'intérêt do son commorie la rappelait ;i l'aris. Je devinai son inlenlion , et je l'en roiiierciai d'un coup d'u'il.

..Quoi! ma ]ietite, lui dit madame Dorneval, vous voulez, nie quitter aujouril'liui , oii votre préseiiee m'est si nécessaire! Je n'aurai donc personne avec ipii je imisse pleurer! .- Poiivail-elle insister.' elle ne se le permit pas.

L'instant fatal était arrivé pour nous coiume pour les autre». Ses larmes coulèrent aussitôt en aboiidancc. Llle se jeta dans les bras de madame Dorneval , sans doute pour lui donner le clianije sur la soiiree de sa douleur. Le ip'néral me tira par le bras. Son d'il était sec, niaiit il était prolondémcnt alVecIé. Nous pleure/., Jéiônie! laiisous cola aux femmes. Sininoons que la ijloire nous attend. Partons. .- Jo ne l'avais pas embrassée : nous seuls n'osions paraître nous aimer.

11 m'entraina dans la cour; les dames nous v suivirent. La portière ouverte, les valets tenant les élriors, lui rappelèrent trop vivemout rintervalle peut-être éleniel ipic peu do jours, peu d'beures, allaient mettre entre nous. Kilo me pressa sur son cieiir; jo m'oubliai, je répondis a ces douces élreinles. « Ali! lui dit uiadame Dorneval, vous aurez aussi ii me parler de Jérôme. .1

Le général me lit monter dans sa berline avec son secrétaire, el j'en avais |;rand besoin. Il baissa les stores avec fornieté pour terminer celle s'ceiic. (^'en est donc l'ait , me dis-je, et jo laissai tomber ma tète sur ma poitrine. Le coclicr avait ses ordres; il nous enleva au galop. Los aides de camp nous suivirent. Les eliovaiiv de main étaient partis la veille et devaient aller ii petites journées.

Je ne dis pas 1111 iiiot du cliàtoau a Paris. J'étais recueilli; jo pensais au passé, jo me déliais de l'avenir. Lsl-il bien vrai ipio la gloire vaille l'amour ' Quoi! le jilaisir barbare de faire couler le sang humain, de plonger dans le désespoir les lucres , les épouses, les ainautes

dos victimes (|ii'oii a iii lies; le vain lionneur d'avoir contribué il

ajouter à do vastes Liais une province qui siMa peut-être restituée il la paix; dos distinctions frivoles, radiniration du vulgaire, qui ne sait rien jii(;or, tout cola dé(lonima|;orail dos jouissances du cieur, jouissances réelles ipic nous tenons do la nature, (|ui ne nous trompe jamais! l)u goûte un bonbcur pur auprès do sa uiaiirosse; on est lieureuv onoore on sortant de ses bras, et on gémit, mais on n'eu eoiiviont (MIS, sur les ruines des cités (pi'oii a réduites on cendres.

"Jorninc, mo dit le général, il v a longtenips que j'ai pénétré votre secret. L'bomme le plus bonnèle n'est pas le maître de ses affections, mais il doit les régler, tjiie signifie l'abatlemonl où je vous vois.' ignore/.-voiis que le plaisir est partout , ipio la gburo ii'ooeupe

qu'un point, et (pi'il n'est ipi'" oiiienl pour la saisir.' Nos preiu

eUevaliers connaissaient aussi l'amour; mais son nom n'était sacré pour CUV que parce ipiil était inséparable do rliouncur. Lt que deviendrait la patrie, si les enfants qu'elle a nourris dans son soin préléraienl au devoir do la délciidro un repos (jii'ils n'oiil pat mérilé? Opprobre a ipii peut soutenir une arme et (jui balance a la porter! • Toiil cola él.iit fort beau, sans doute; mais jo ne savais uii était le point (procciipait la gloire, otdorriire moi, a dix minutes de cliomio, jo laissais... jo laissais ma félicité m cieiir, ma vie... Llle l'avait

ordonné. ,.i . , »i

Nous entrâmes à Paris, et nous iloseondiines a I liolol. M.i soirée

JÉRO'MK.

rltiil .'i moi : j'allai dans la rue de Buri. Je passai, je repassai, je m'aiTrliii devant cette l>oiili<|iie ipie sa iiiésenic n'animait ])lns, mais iiii (Ile avait reçu mes adorations. Je liiai mon ciayi>n , et j'écrivis sur les planches de l'ermeture : « Il est venu ici; il s'y est arrêté l<in|;temps. •

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