‹ Vie et aventures de Pigault-LebrunChapitre 374 sur 379 · XIII. — J'entre en campagne · texte numérisé non relu

XIII. — J'entre en campagne

Nous prîmes notre route par 'Mcluii , Montereaii, .Sens, Joi|;n\, Sancerre et Montliard ; partout nous trouvâmes rimaijc de la jjuerre. ^iir les routes, îles caissons , îles pii'ccs de campaijue, des écjuipajjes; ilans les villes, des soldats ilc toutes armes s'cvcrcant, se mêlant, loi\ant, chantant sous des l'euillccs |uc|)arccs par les vivandiires ; partiuil l'enthousiasme et la ijaieté; partout je trouvais une heure pour lui écrire, l'as de prétention, pas de style : la plume courait, poussée par le sentiment.

Je reçus à Dijon iliv lettres à la l'ois. Tous les jours elle avait écrit; tous les jours elle écrivait la même chose, et je ne me lassais pas de relire ces jjaijcs précieux de son amour. Je les iiilcrmai dans un petit sac ili' soie sur Icipicl j'avais l'ail luoder sou chitïre et le mien. Je le portais sur nuin cu'ur, et cent fois le jour je disais : Je ne (|uillerai nuni petit sac qu'avec la vie. Oh! c'est qu'elles sont si chères, ces prcmii'res lettres di' l'objet aimé, si prél'érahles ii des mots (jui passent comme l'éclair! ici on retrouve tout, tout jusipi'a l'inllevion de voiv i|ui part il'une àme et (|ui pénclrc l'autre. (Jn voit la main charmante qui traça les caractères chéris; on les inlerpri'tc, on les commente, ils donnent sans cesse à i>euser. .\nn, les amants ne devraient jamais se iKirlcr, ils devraient toujours s'écrire. Ils noteraient tiuit, juscpi'à un soii|iir; ils emporteraient la conversation tout entiire, et ils croiraient causer encore dans l'isolement où les jette quclqiicl'ois la contrainte.

Hieutôl une armée se rassembla sous les murs de Dijon. (Jeul bataillons s'y réunirent; des com](aj;iiies de volontaires vinrent s'v ori;aniser. Ces compagnies, composées de la plus brillanic jeunesse, uc ri>spiraicnt (|ue les combats. Ah! me dis-je, ils n'aiment donc pas : ils ne tiennent point ii la vie.

Elle m'écrivit un jour : « Tu ne me parles que de ta tendresse : que fais-tu donc à Dijon.' Ks-tu le seul (|ui ne prenne aucune part au\ événements (pi'oii commence ii prévoir? N'est-ce doue (pie jiour aimer que la nature t'a tout prodiijué, lijfure, jjràce , esprit, <|ualités du C(eur ' Ces avantai;es seront-ils perdus pour la réputation et ta fortune ' Ton ài;e est celui des illusions; mais il vient un Icmps où on est forcé de reijarder en arrière, et quel compte aiiras-tu ;i le rendre de l'emploi de tes jdus belles années? Occupe-toi de Ion état, et (pie noire corrcs|ioii(lance soil le délassement de les travauv. Rappelle-toi ce (pie je te disais la (iremière nuit... Je veu\ que mon amant se ilisliii|;ue; (pi'il justifie mon amour et ma faiblesse. Tu me l'avais promis, bel enfant, cl tu l'as oublié. »

lleiircuv le jeune homme sensible ipii trouve, en entrant dans le monde, une femme aimable ipii l'attache, (|ui l'aime assez pour (''tre son ipiide, etipii parc les leçons de la saifesse du charme du sentiment!

• Oui, lui rép(Ui(lis-je, j'ai tout oublié, hors vous et mon amour. \ otrc leltre me rend à mes devoirs. J'ai prié le ijénéral de me prêter l'oljbe. Folart, (iiiibert. Je vais étudier, approfondir leur art meurtrier. J'ai demandé du service avec instance. Ou m'a répondu que je n'étais point d'à;;c à supporter les fatigues du soldat. J'allais répli(pier (pie j'ai quinze ans cl que je vous aime, el qu'ainsi je suis capable de lout. Je me suis contenu ; mais je me promets de ne pas quitter le i;éiiéial et de le couvrir de mon corps dans toutes les oeeasions. Nous bâtirons les ennemis, et je vous écrirai du champ de bataille, sur le canon que j'aurai encloué. » Ku elVct, je me livrai a l'ctuile avec ardeur, .le me remis à la géométrie , (|ue j'avais néijlijjée depuis (pielqiie leinps : c'est (pi'il y a si peu de rapport entre un problème cl >a maiiresse! L'image de la micMue me soutciiail dans cescoiumeiiccmenls arides el donnait un air riant aii\ choses les plus abstraites. Je ne sortais plus de ma ehambre que pour aller à la poste déposer mes paquets et retirer les siens. Je ne me serais rapjjorté de ce soin à personne. Les gens indilTércnts font-ils quelque chose de bien?

Le général se crut enfin obli|;é de fixer mes heures de récréation, comme on impose des punitions aux jeunes gens trop dissipés. Il exigea que je le suivisse dans la société, où ses agréments extérieurs, ses talents militaires, ses qualités aimables, le faisaient accueillir. Je ne dus d'abord (|u'a lui la faveur d'y être reçu. Hieiit(jt on me distingua de cette jeunesse oisive et turbulente qui porte dans les familles le goût de la dissipation , et quelquefois le déslionneur. On me pnqiosait comme un niodile de sagesse et d'applicaliou , et je recevais avec modestie des éloges (pie je m'cITorcais de mériter. Oh! eombieii j'étais fier de lui écrire tout cela! \vce (picllc salisfaclion elle lisait ces détails! .. Je t'aimerais davantage, me disailellc, si mon amour pouvait croître encore, j.

Le général lirait une sorte de vanité des marques d'eslimc cl d'affecli(ni que je recevais partout. Il m'appelait son élive : j'étais au moins celui de ^a bi( iifaisancc. Il me fil ciiliii l'IiiHiiieur de me pré'seliler. axi-c Uiidcr. au général en chef, .-si le i oiiiiiiaiidaiil di lial.iil-

loii était ridicule dans le monde, il occupait une place marquante aux armées, et le général eu chef le recul d'une manière distinguée. Il me parla avec bonté, et daigna m'iniciroger sur des sciences qui lui sont si familières! Je répondis avec timidité; mais sans manquer de précision el de justesse, il tira 1\1. Derncval ii l'écart, et lui dit i|Mcl(piis mois. J'entendis celui-ci lui répondre : n Permettez que je le niciiage eiiC(Mc celte cam]iagiic. Au printemps ]U'ochain , je vous dcmaiiilerai une soiis-lieutciiancc. «

liicnl(')l toute l'armée s'ébranla, el , fidèle au plan que je m'étais tracé, j'étais toujours à ( ôlé du général lors(pril était à cheval ; j'étudiais une parlic de la nuil , et j'écrivais ii ma bien-aimée des villes el des villages du pays de A aud et du l(as-\alais. Je ne recevais jilus de ses nouvelles : où m'cùt-clle adressé ses lettres? Sait-on où on s'arrête avec le chef (pii nous eoiiimandc? Celte privation était cruelle; mais elle voulait (jiie je devinsse homme, et je me soumis.

INous arrixàmcs au pied du mont Sainl-lSernaril. (,)uel spectacle pour un enfant élevé dans raboiidance , sous le ciel le plus riant! IIiic imiiu'usc chaîne de montagnes dont l'd'il chcrclie en vain la cime; d'énormes niasses de rochers, couvertes de neiges en tout temps; dans leurs cavités, des amas elTrayanls de glaces qui ne fondront jamais. IN'ulle trace de végétation; pas un oiseau dont le chant annonce au voyageur attristé son arrivée prochaine à un ('limai plus doux. La nature est toujours en deuil dans ces afl'reuses contrées.

(''est là cependant que Bernard de 'Menlhon fonda au deuxième siècle un monastère qui existe encore. Il trouva des religieux qui renoncèrent il tout , jusqu'il l'inBucnee du soleil, et ceux-l;i eurent des successeurs. Ces pieux cénobites errent sans cesse sur ces monts glaces, pour chercher le voyageur égare ou enseveli sous la neige. Des chiens les aident dans cette pénible recherche, et le malheureux qui louclie au terme de sa vie, que l'espoir même abandonne, est porté ii l'hospice par des mains charitables qui le réchauffent, qui le nourrissent, quelle que soil sa religion. Les moines du mont Saint-Bernard |>laignent les liéréti([ues, et les aiment comme leurs frères.

Ou sait quels obstacles il fallut vaincre pour faire passer l'armée el transporter l'artillerie par des sentiers escarpés, bordés de préci- Iiices. On connaît la patience, la persévérance, le désintéressement que montri'rent les Français. Le récit de cette campagne mémorable appartient à l'hisloire. Je ne parlerai que des faits où j'ai eu quelque part.

Depuis plusieurs jours je souffrais beaucoup. Encouragé par rexemple des autres , je ne me permettais pas le plus léger murmure. Lors(pie mes forces étaient épuisées , que ma constance m'abandoiiDait , je répétais ces paroles : Je veux (pie mon amant soit un héros.

Il y avait à peine une heure que j'étais sorti de l'hospice , lorsque le froid le plus vif que j'eusse encore senti me saisit avec une telle àpretc, qu'il me fut impossible de rester il cheval. Je descendis , je marchai, je ne fis pas trente pas, je fus forcé de m'arrêter. Mon sang se coagulait; le sommeil, symptôme de mort en pareille circonstance , m'accablait di'jà ; je me couchai dans la neige. Le général m'adressait la parole; étonné de ne pas m'eutendre répondre , il regarde en frémissant dans le précipice qui nous environne ; il se tourne de mon ciîté et me voit mourant. Il oublie ses propres souffrances, il saute ii terre, il me relève, il me couvre de son manteau, il me force ii marcher, et me fait marcher Iri'S-vile. IMes sens éteints se raniment, quehpies spiritueux comiiiuni(|ucnt leur chaleur ii mon sang, mes idées renaissent, je reconnais enfin l'homme ii qui je dois la vie. " Mon ami , me dit-il , les citoyens paisibles n'ont pas d'idées de pareils maux ; mais ils vivent et meurent sans être connus, et c'est par ici qu'on va ii la postérité, o Ah ! pensai-je , elle saura ce que j'ai souffert, elle me plaindra, sa bouche charmante me louera: voilii pour moi la postérité.

Après des travaux et des etTorts inouïs, nous entrâmes enfin dans les plaines du Piémont : lit on forma des ambulances. Le général exigea que j'y cuirasse, el en cffcl l'excès de la faliguc m'avait rendu malade. Il me laissa de l'argent : ce métal est utile partout. Il me recommanda particulièrement, et il alla se mettre à la tète de sa division.

On n'est pas bien à l'ambulance. Propreté . aliments salubres, pansements réguliers ne se trouvent ])as toujours dans ces hôpitaux volants. Ma iKMivclle siluatiuii ne me parut pas fort au-dessus de celle oii j'étais quelques jours aiiparaxaut. Ah! me disais-je , s'il faut passer par beaucoup de ces épreuves pour être un héros, je ne m'étonne plus ((ti'ils soient si rares.

^lou argent el la recommandation du général m'avaient donné beaucoup de crédit sur les agents sulialterncs de l'élfiblissemcnt. J'en avais toujours deux ou Irois en course, et ils me procuraient deux avantages : le premier, de xaiucre l'ennui eu ilislribuant les provisions (|u'ils rapporlaiciil ; le second , de l'aire du bien a des malheureux doiil j'étais devenu le camarade , el avec qui j'allais courir la même chance. Le boulet ne respecte personne, cl il y a du moins (■•galité au champ de bataille : je uc crois pas (pi'on la trouve ailleurs.

Il y avait parmi nous un jeune 1 mic ipii avait été grii'vement

blessé au passage du miiiil S.iiiit-licrnard. Il cracluil le sang en abonil.ince. Pâle, défait, accablé de l'aiblcssc. Il lie polixail me rccoli-

JbUOML'.

naître, cl son olat le rendait niéconnitissiilile pour moi. Je ne voyais en lui qu'un luiiiniie iiioiiniul (|iic îles Miiilaj;riiii iils |i<iii\aicMl rendre à la vie : ji' lui |ir(»iu'ai ie»\i|cii (li'|ieinl.iii'nl île iiiiii. .le ne nie dimtais pas a i|iii je rendais serviee.

An l)oul lie i|ii<'li|iu's jours la nature lit 'in clVort in s.i laveur. Marâtre pour la vieillesse, elle traite les jeunes i;ens eu entants l'.àtes. L'hi'uiorrlia|;ie s'arrêta, et la eonnaissaïu'e lui revint. Il nie prit la main et me la serra : il ne pouvait parler eneore. (Miai|iie l'ois ipir j'approeliais de lui, il meilonuait i|iieli|ues si|;nes d'amitié, .le les al- Iriliiiais ,1 la reeonnaissanee . et je ero\ais liien ipi'il m'en ile\ait un peu. Kiiliu il me dit d'uiu' voi\ lailde : \ve/.-voiis oulilié la rue de Buei .' .le le regarde, je ilierelie il retrinner des traits altérés, défijjurés par l'épuiMiuent et la pàirur... (l'était mou lonserit. eeliii ipii m'avait déleinlu eonlre la eanaille ameutée eoiitre moi, dont j'avairausé reniprisoiincuient, et i|ul avait été conduit à Dijon par la i;endarmerie.

Rien ne lie les liommes aussi solidement ipie le niallieur, et quels litres n'avait pas à mon amitié eelui (|ui m'avait rendu un serviee essentiel, et qui n'en avait été pajé que par des désaj;réiueiits , qtie connaissait la liien-aimée, et avee qui j'en pouvais pal^er sauseesse.'

J'avais des torts il lui faire oublier. Je lui avais promis de le recommander au général, et je l'avais laissé laiii;uir en prison, l-'inlortuné était totalement eflaeé de ma mémoire. Serait-il vraique l'amour ré(;ne eu tyran sur les eieurs qu'il sulijui;ue, qu'il en liaiiuil tout autre seuliinent, r|u'il nous isole et nous détaelie de tout le qui n'e»t pas lui ^ lleureiisemenl la nature n'a pas voulu que eetle t'ièvrc des .sens fût dur tbie.

Je priai ee jeune homme de me pardonner ma faute; je lu'engajjeai à la réparer ; je lui demandai son amitié; je lui nlïris la inieiie , et ja mais traité ne fut eunelu aussi promptement, ni avee plus de satisfaction niiituelle.

Dès cet instant je le eonsidérai eomme un frère , et je ne le (|uittai plus. Il n'avait pas besoin de ma bourse; mais il lui fallait ile< soins qu'un ami seul peut prendre, et je fus payé des miens par sou retour rapide ii la santé.

On lit partir les malades pour la petite ville d' Aosie, qui avait été emportée l'épée k la main. Des hôpitaux réijuliers nous y atteiulaient. Il y a dans .Voste une maison de ees tilles dont on ne peut trop louer le zèle désintéressé, et eet hospice n'avait (pi'un nombre de lits trèslimité. J'appris qu'on les destinait au\ oft'ieiers, et, sans autre titre que la bienveillanee du |;i'iiéral , je tii;iirais parmi eux. Je demanibii qu'on m'inserivit pour une plaee riiez les sœurs de ladharité, et cette faveur me fut aceordi'c sans ditVu'iilté. La plus aimable des feinuies avait jiorlé l'habit île i"et ordre : ees sieurs, Piémoiitaises ou antres, devaient avoir ce naliirel sensible, cet amour de riiiiiMaiiité, ces allentions, ces préveiiaiires, dont mou ami Luxcl axait encore un besoin si pressant. " Tu prendras ma place ii cet hospice, lui dis-jc, cl peut-être y trouveras-tu une sieur Madeleine. Moi , j'irai ii l'hôpital militaire, j'y attendrai que tu puisses te mettre en route, et nous rejoindrons ensemble le (;ros de l'année. »

Il voulait que je jouisse de la place que j'avais oblciine ; je voulais qu'il l'occupât ; il s'en défendait , j'insistais ; nous nous querellions... comme se querellaient Oreste cl Pxladc.

Très-mal ;i l'aise sur des chariots oii on nous avait entassés, nous mimes pied ii terre. Il pouvait laisser dans le fouri;on son sac et ses armes ; il s'inquiétait peu de son fusil, cela se trouve partout; mais son sac, il y tenait comme moi ii celui que je portais sur mon en'ur. Il contenait des lettres d'une jeune personne qu'il avait leiidremini aimée, que la femme cliarmante lui avait fait iié|;li];er un moment, et avec laquelle il s'était sincèrement réconcilié juiiilaiit son incarcération. Klle n'avait pas la présomption de faire de lui un héros. Luvel , ^le siui eùti', bornait ses désirs ii la |iossession de sa mie, et aux jouissances d'une vie douce et paisible. De lii sa répii;;nancc ii venir batailler avec les Autrichiens.

Un soldat ne peut pas arrêter la marche d'un convoi pour l'oiiillcr un sac, le retourner et en tirer des billets doux ; un amant ne saurait se résoudre ii s'en séparer : je pris le sac et je passai mes bras dans les bretelles. Il lirait d'un côté, je tirais de l'autre. « 'l'ii ne le porteras pas. — Je le porterai. — 'l'ii n'en as pas l'habitude. — M toi non plus. »

Pendant la conversation, passe une vivandière, jeune , noire, k l'oeil vif, au propos (jaillard. Elle avait une charrette couverte, qui renfermait toute sa fortune, et dans laquelle elle courait le pays ennemi avee autant de sécurité que j'en avais en galopant le pavé de Paris sur Pompée. « Lu louis, lui dis-jc, et vous prendrez mou ami et son sac. — In second louis, et elle te prendra aussi, ou je marche. — J'rai donc ii pied!' nous dit-elle, car je n'ai pas de plaee pour trois. — \ DUS monterez sur votre cheval. — Oui . pour vous jilaire, je crèverai la pauvre bête. — Nous vous doniicrons le premier que nous prendrons ii rennemi. — Je pourrais atlcudie loiijjleinps. — Pourquoi cela, ma bonne.' — (i'cst que vous nie paraissez plus propres à cajoler les femmes qu'il faire des eliefs de file. — •Tiens, quelle idée elle a de nous ! Liivel, nous lui iiroiiverons que le Français fait

égaleuient bien l'amour et la i;iicrre Kli! mais que je me ra|>-

pcllc! n'avez-vous pas été à madame Derncval ;' — Kl j'y serais en-

core sans un maudit médecin qui xoulait faire le capable , et qui n'clail ricii iiioiiis que cela. Il m'a coûté une bonne place, et ne m'a olVert l'u ilédi>muia|-,emcnt que le soin Ires-fastidieux de raccommoder son liiii;e et de bassiner son lit. Mais en allant et venant j'ai rencontré M. l'Ioiuboek , maréchal des lo|;is en chef de hussards, qui parle peu, mais qui a|;it fort. Nous nous soiiimcs pris il l'essai, et , satiNlaits é|;alciiieiit l'un de l'autre , il m'a proposé sa lar|;e main ; je l'ai acceptée, et je lui ai promis ilevaiit un prêtre de lui être lidele... comiiie un l'est ii Paris.

• l.c ré{;iiiieiit a reçu ordre de paitii pour rariiiie, et eoiiime M. Plombock veut que sa l'eiiime suit liiiijoiirs en activité, il m'a lait vivandière. Il a veiidii tout ee que j'avais pour iii'aelieter eet équipa{;e et son l'ontciiii. ( ie iiiéller-la m'a déplu d'abord . et il dillere beaucoup de la x ie que j'axais menée jusqu'alors; iiiaiN on se Lut a tout, cl la liberté qui re|;nc dans les camps déduuinia|;e de bien des choses. Je fais d'ailleurs de bonnes alïaires, et je me trouve a merveille de M. Plombock, qui remplit i;raiiileiiient ses devoirs, et qui n'est pas jaloux.

" Poiii peu que la i;uerre dure (|uinzc ans, je me retirerai avec une fortune honnête , si les manteaux routes ne me rcnlexent pas, et moi avee elle. — Kt que ferez-voiis alors? — Je vendrai le braiideviii et la tranche de saucisson aux sujets de Sa Majesté lliiii{;roise, et je |;ai;iierai leur ar|;enl , que les iMaiiiais me reprendront peut-être. Je suis disposée ii faire souvent mon va-toill. Oue j'en ijaijlie trois ou quatre, et je suis aii-ilessus de loutis les chances. Vli çii ! dites-moi, beau i;areon, d'oii counaissez-vous madame Deriievall » Je lui rajipelai les éircoiistances de mon entrée ii l'Iuitel; elle me baisa sur les deux joues, l'.lle nous lit monter dans sa carriole , et refusa nos louis, l.tivcl se coucha sur un sac farci de jambons, je me mis a cali-

foiirelion sur le baril au branilevin , et maiL Plomboik enfoiinha

paiement son cheval honi;re. Llle nous ht sur la route les contes les plus plaisants; elle en riait la première, et mollirait en riant des dents dont la blainheur la faisait paraître plus brune; mais elle avait «les yeux qui faisaient du tout un ensemble très-piquant.

Nous entrâmes dans la Irès-petilc et assez vilaine cité d'Aoste. J'éprouvai une jouissance qui m'était inconnue, ii l'aspect de la jin'luière de nos conquêtes. Je passai jusqu'à l'entlioiisiasme, quand je sus que la ville avait été emportée au pas de ebari'e, et la baionnetle au bout du fusil.

" (luéris-loi, dis-je ii Liivcl, et, à la premiiTC occasion, nous moiiterous les |)reiiiiers ii l'assaut en |iensant ii nos dames. 'ro|ie , me ditil, el que niadaine Plombock apprenne que si le beau Paris était un lâche, le brave .\cliille était joli i;arcoii. ..

La jolie vivandii're ne connaissait ni Achille, ni Paris; aussi ne répondit-elle rien, et la fcmiiie qui parle le plus n'est pas toujours celle qui intéresse davantage. Luvel venait de faire preuve d'érudition; la femmcinii l'eût entendu, eût en la vanité de répliquer; la réplique eût senti le pédanlisme ; une femme ])éilante est complètement ennuveusc , et on tourne les talons à une femme qui ennuie. Nous tournâmes le devant à la petite Plombock ; nous l'embrassâmes avec un vrai plaisir, et nous suivîmes un i.'ros d'orticiers. qui allaient, ou qu'on portail chez les sœurs de la Charité. Luvel se défendait toujours de prendre ma place, et cela devait être. J'insistai pour qu'il la prît : cela devait être encore. Je l'assurai eiilin que s'il se faisait enterrer, mes recommandations auprès du général ne lui serviraient pas de grand'chosc; que sa maîtresse serait désespérée au seul aperçu de son extrait mortuaire; que j'en aurais presque autant de chaijrin qu'elle, et qu'un hoinine sensible ne donne de chagrin à personne. Il se rendit, en riant, ii mes instances.

Nous entrâmes dans des salles où réipiaienl l'onlre, le silence el la ])lus grande propreté. Nous rcncontrâuies d'abord cinq it six vieilles dames à qui je ne dis rien du tout. Je n'aime pas les vieilles femmes : c'est un malheur, l'est une erreur, c'est tout ce qu'on voudra ; mais je m'accommodai au mieux de sœur Tliérèse, que je joiijiiis dans un petit coin, el avec qui j'entrai en poiirparler . penilaiil que nos ofiScicrs se casaient. Seize ans, l'ieil furtif, la gorge rondelette, le pied mii;ni)n, voilà sœur 1 hérèse.

Elle trouva fort simple que je cédasse ma place ii un ami qui eu avait plus besoin que moi ; mais elle me fit observer qu'elle ne |>ouvait rien sans ragrémeiit de sa supérieure. .Si supérieure trouva aussi la chose tre's-siuiple ; mais elle me fit observer que mon ami n'étant pas inscrit sur l'état , elle devait en déférer à l'offieier-eommandant. L'officicr-cominandaiit trouva encore la chose très-siiii|de, mais inexécutable, parce que l'hospice était réservé pour les ofliciers seulement. " Mais, monsieur, je n'ai pas encore rhonncur de l'être. — Mais, monsieur, ou vous considire comme l'élanl déjà , et la recomniandation du général vous donne droit à celte distinction. — A ous permettrez au moins, monsieur, que mon ami, qui a des ressources, se fasse tr.iitcr à l'auberge. — Ah . par exemple, monsienr. je ne connais pas, dans rordoiinauce militaire, d'article qui défende cela; mais coniiuc j'ai vu monsieur votre ami sous la conduite de la gendarmerie, il aura la bonté de payer un caporal que je mettrai de planton dans sa chambre. — (Ju'à cela ne lieniie, monsieur. Mais ne poiirrai-je aussi, moi , niellre une sieur de planton à coté de son lit.'

;is

JEllOMi:.

— -.If ii'i'iii|u\lu' pas rola. \oji'z, iiioiisiciii' , iin-iiiigcz-voiis pour le

l.ii\cl 01 moi ooiirrtmcs rcjoinaie la pplile strur Tlii'rèsc. I.a pi litr siniilioiiva liis-simplc qu'iiiu- jolie l'illi' ilc seize ans t{l\ de plaiilon aiipiès il'iiii joli lioiiinie^ de viiii;! ans, pourvu toutefois que sa Mipéneiire {{il de eet «vis. Sa siipéiieiire, eonsulléo, trouva niille et une dillieultés. r. Si e'élait iiii eliaiu>iiie , disait-elle, un diaere , ou au inoins un simple loosurC; mais un b'i'aueais de vinr;! ans et d'une aiiualile l'iipiie! l-.l puis, pieM|ue toutes nos sœurs sont àijées; <|ui les souinjveia si je permets au\ jeunes de s'ahs.'uler ' — Madame, dit la petite Tliérise, e.ir toutes les vieilles lilles ont la inaiiie d'être appelies mnilanie, soii iprelles roiii;isseiit île n'a\oir pas trouvé un honnête lioninie ipii ail voulu les assorier ii son sort, soit qu'elles soient lisse/ s:i!;os pour pnuidre le mol jiour la elici>e , madame doue, dil la petite Tliérise en rei;aidanl l.uvel du loiii de \'tv\\. si mcnisieui- voulait remplaeer le laliee que ce tambour a serré dans sa caisse, au niomrnl où vous in'ordonnàte> de m'aller eaelier dans ce panier d osier lialiille eu saiiil l-'raucois. lors(|Me ee vilain liorijiie voulait séduire niadnme il loree ouverte... — Oli ! ee sérail ditVérent , dit la «upi'rieure, ear, enfin, nous ne pouvons |>as vivix- sans messes, el on n'en dil pas sans enliee. — J'en donnerai nn, dil l.uvel, et il sera de \eriueil. — Nous n'èles pas |;aseon , monsieur le Français? — Mad.iiiio, je eonsi|;ne le |)ri\ du ealiee. — Monsieur, je n'ai rien à répondre i« eela. «

Atiri sacra famés

rM la devise du i;eiiri' Inimaiii. eluuesn-urde la Charité pouvait l>ien l'adiqiler pour un ealiee.

(.elle all.iire arraii!;ée. nous sorlimes de l'hospice, Luvel avant sou caporal ii sa droite, la sn-nr niérèsc à sa ijaiiehc , et moi en avant |>onr evaminer les eiiseir;nes.

" Kntrons ici. leur dis-je. Grande et belle maison , lialeon doré, rnseiune niaj;niliqnel >ous sommes sans doule il l'hôtel de la l'rès- .s.iinle-rrinité , ee que je n'alVirme |ioint cepcndaiil , parce que je n'entends pas ee que le harhouilleur piéimuilais a écrit au has de sou enseifrne. D'ailleurs, je vois dans la cour la carriole de madame 'lomhoek, CI elle est si drôle, eetle petite Icmme-li.: tlle l'amusera, l.uvel. u

Mon ami élahli .laiis l.i jiius lieile chamhrc «le la maison, tons les "jeiis a ses ordres, eonnaissanee prise ilii caporal, ipii se trouve être lin jeune hoiiiiuc liieu élevé, du caracicre de sœur Thérèse, qui me |wrul aussi i;iiic il l'anl)er;;e, que réservée au couveiil, je me lis contluire.i l'hôpital militaire. l.uvel m'avait heaiieoup eiir;ai;é il pridiler de la permission de >e traiter ii ses Irais, el j'en avais lionne envie; mais je pensai (|ue l'anjent que j'économiserais ii l'liô]iilal loiiriierail au prol'it de ceuv ipii n'en avaient point, cl ce molil' me délermina.

le premier olijet qui me frappa en enlraiil dans les salles, ce fut lliider ipii se promciiail eu louj; cl en lar;;e avec le bras i;auclie en eeiiarpe. et (|ui, du poiii,; droit , se frappait le front, evcrcicc (|u'il Mispeiulail, de leiiip> en temps, pour lever son leil unique au plafond. ■ (^>ii'aveï-voiis donc, monsieur limier.' — Ce que j'ai ] ne le vois-lu point ' In coup <le baniunelle dans le bras. — Oh ! je suis bien fâché de cela, iiion>ieur liuder. — .Moi, je m'en bals l'œil, monsieur Jérôme. — Kt oii avc/.-voiis reçu ce eoii|>-lii.' — I<i, sur les remparls, i|ue j'ai escaladés ii la tèlf de bon balaillun ; mais j'ai ou W petit plaisir de rendre en ileiiv ei.'lni ipii ma fait eetle saiijnée. — El ce soni les douleurs causées par votre blessure, (|iii voiis eiiijajjcnt à vous faire des bosses au front.' — .Ma blessure;'... des doii'lcurs?... Me p.-eiiils-lii pour une femme:' erois-lii que je ne sache passoulïrir? ■— yn'avei-vous dune qui vous toiirmcnle ii ce iioint-lii;' — Ce que j'ai, venlrcblcii, ee que j'ai '. Tiens, lis les bullelius de l'armée. Depuis que je suis ici, nos lurons <iiit pris Chàlillon , le fort de liar. .S.iiiil-Mnriiii, les haiilciirs de Homaiio, IJiivasso, N eseelli . Santhia, «.leseenlino, lliella, Triiio, Masseraiio. Tout eela pris en div jours, el liuder n'x etail pas! Ncnlrebleu, .sacrebicu, sairedicu.'

" Mais il me reste un bras, el il ne m'en faut pas davanta.je. Je pars demain, <Vsl décidé. i;t toi, que fai.s-lii ilaiis celle vill'I' — Moi ■ j'ciilre a l'hôpilal. — A l'hôpital ! ,i l'Iiôpilal, loi, blanc comme lin is el vermeil comme une cerise: ii l'hôpilal, dis-lii ' lu vcnv donc le dcshoiiorer.' An feu . ventrebleii, au feu ! Je t'emméiie avec moi.

. '■' — ' -''^ '1^' "'i'is- — Keoule/. donc... — Je n'écoule rien. —

.1 ai lin ami malade... — Kh bien qu'il se ijuérisse. — Je lui ai promis de ne pas I abandonner. — Qu'est-ce que «'est, monsieur, qu'esl-ee •liiceesl.' l.t «■inv «pu soûl là-bas, qui virsint leur .sani; tous les Ji-iirs, ne sonl-ils pas aussi vos amis, vos frères d'armes:' Savez-voiis SI leip'iiéral lui-même, .-i qui vous ili-\cz laul, n'expire poiul au inomciil oii vous ne pensez qu'au repos avant d'avoir «oiirballu;' Vu l<n. Jérôme, au feu: — An feu, eomman<laiii: Vous m'élcclrisez, et je pars avec vous, \lloiis voir mon ami cl premlie eon|;é «le lui.' — \ lions U voir, ee iiionsiciir, qui ,sc dorlolc dans une aiibei|c «oiume nn.. demoiselle, el, saer.'dié, pour peu qu'il puisse marcher, il \ icu.lia a\e«- iMHis. I

.^""■' "''■ • «•' """s m.ireliniis vers l'hôtel de la Très-Sainle-'l'ri-

iiile. Ilu.l.r allait le ii.v. an vcnl, appujé .sur sa canne, en répélanl à eh.iqiie insianl : Div villes de prises en div jours, el, saerC nom. je

n'j élais pas! . I.a naliirc lui avail donné une àmc de feu, «|ui maihisail siiii corps II le plovait à loul. J'élais lionlcuv en le ri'i;ardaiit, cil l'ccoulaul, d'avoir ]iciisé ;i entrer d.iiis un hôiiil.il, iorsipi'iin liommc dans CCI élal lirùlail iWu sorlir.

>ous Irouv.îmes l.uvel cuire des draps bien blancs, el le caporal parla(;eaiil aupri's de son lil, avec sn>iir Thérèse et madame l'ionibock, une collation aussi friande qu'on pcul se la procurer dans une ville prise «l'assaut. Uuilei', après avoir examiné le malade, ])rouon«;a ipi'il n'était point eu élal «le se faire casser la tcle; mais il jura contre les tourtes el les confitures. Il prolesta que cetli' mollesse était indiijiie «l'un soldai, ii qui il ne liiul que du jiain, de l'eaii-de-vie et une pipe de l.iliac. Kii consi-qiicnce de ces priniipes, il donna un «'Oiip ili' pied il la table, el la renversa avec les bouteilles el les bonbons. Madami' l'Iombock lui baisa nue joue, sinir 'i liérèse lui passa la main sous le menton, et, à l'aspccl des ileiiv jolies femmes, le héros s'ad«:uiil consiilérablcmcul. Il pcniiil qu'on relevât les débris de la cidialion. Il dévora nue tourle d«' fiaii|;ipanc sens se faire trop prier, cl i|uclqiics vcrr«s de malaj;a lui lirenl oublier sa blessure. Il baisait il droite, il baisait à ijauilu'; «nlin il parut donner le mouchoir ii la pilile sonir Tliérise, qui n'avait pas Irop de ses deux mains pour eoiitcnir celle qui reslait au commaiiilaiil. " Sacrebicu, ilisail-il en la rei;ar«laiil , si celle poul«'tte-là m'était tombée sous la main lorsque nous passions tout au lil de l'épéel... Mille bombes!... mais je n'ai trouvé i|ue des jjuenons. Une vieille roquciilinc de supérieiiri! qui me eriail : Prenez ijardc à mon cautère... vous ébranlez ma dernière dent... — Comment, reprit la pelile strur, c'est vous, monsieur le borifiie, (|ui hoiis|iilliez si durcuieul madame:' — Oui, mou eceur, cl jiijïcz, d'après la jnaiiièrc dont je me suis montré avec elle, de ee que j'aurais fait avec vous. — Oli ! ne parlons plus de cela, iiionsiciir l'ollicier. — Nous avez raison, mon petit clial. L'homme n'est l'ail que pour ai;ir, et, corbleu, nous ai;irons. Dis donc, l'iiôlc, ii'i, à moi. Plus vite que cela... Arrive doue, maraud. Deux lits de plus pour ce .soir el un Iiou souper; c'csl moi qui liaite. Nia blessure s'eutlammcra un peu, mais (|u'imporle. Mais rci;ardc doue, Jérôme, comme cet habit lui va bien! elle me rappelle ma femme, qui le portail... olil avec une jjràee!... T'en sonvieus-lii, camarade :'... » \ qui demandait-il eela .'

" .Nh e.'i, commauilaiit, j'espère ijue vous ne la IrailiTcz pas comme... — Tais-loi, iii|;.mj. Les femmes sont trop heureuses qu'on s'arraiiije «le manière qu'elles n'aient rien .à se reprocher. — Pas «l'arranijcmenl, je vous en prie, «lit la petite so'ur Thérèse, je ne suis pas disposée à m'y prêter. — Allons, allons, ma lille, lu es à moi par dioil de conquête, el je ne prétends pas user de mou droit en barbare; mais, eorbleu, tu ca]iiluleras! «

l.:i petite sieur Thérèse, efl'rajée de cet amour, si «lifl'crenl de la douce myslieilé à laquelle s'était vouée sa patronne, la pelile sœur lirciiail sa mante el voulail ii toute force retourner ii son couvent. " N'avez nulle inquiélude, jolie enfant, lui dil Luvel, le eommanilaul n'a (|u'uu bras; Jérôme est là, il le grisera, il le couchera; le capor.il est encore là : tout s'accorde pour vous rassurer. »

La pelile sicur cùl quille Luvel à rcfjrel ; elle plaisait fort à Luvel ; ils élaieul déjà d'accord cl ne s'en doulaienl pas. Uctovirner au couvent, c'était se coiulamiicr à ne plus revoir son joli homme, car il cùl fallu «loiiner les raisons de ce retour précipite, et certes madame 1.1 Mipéiieure u'eùl pas exposé la plus fraîche de ses relifjieuses aux cntrejuiscs d'un homme (|ui n'est arrêté ni par un cautère ni par des dénis branlantes. La pelile sieur, vaincue par ces réilexions et par les raisoi:ncmeiils de l.uvel, qui ne pouvaient avoir de solidité que sur un esprit déjà persuadé par le eceur, la pelile Thérèse laissa tomber sa manie, el reprit en souriant sa place auprès de l'intéressanl m.ilade.

l'iudcr, qui s'élail déjà mis en travers de la porte, laissa la cireulalion libre aux habilanls de la maison. « Allons, nie dil-il, chez le coiiimissaire ilcsi;ucrrcs demaiuler des chevaux pour demain. Le devoir d'abord, |iiiis le plaisir quanil ou le Irouve. u

J«' fus Irès-aise de lui voir prenilrc ce parli. J'espérais que legranil air le «almerail assi'z pour qu'il ne pensai plus à employer ce qu'il appelait li's[;iauils iiioyiiis. .le le connaissais Iroii pour lui faire des représenlalious. Ilabilué à se roiilir contre loul ce qui le coiilrariail, il n'eu cùl l'Ié que plus feriiu' «lans sa première résolution.

Le commissaire des nuerrcs lui marqua la plus Iiaule considéraliou «1 lui iiarla dcboul.ll fil d«' ses exploits une récapilulalion qui iiiipaliciila le modesle ciimmandanl. ■' l'inissons, finissons, commissaire, il V a en l'ranee eeiil mille hommes aussi braves que moi, cl je ne viens pas ii'i pour recevoir «les eoniplimenls. 11 s'agit de deux chevaux pour demain, un pour moi, un pour ce beau garçon, à qui je vais faire respirer l'odeur di' la poudre à canon. V demain donc, deux elievaiix el un guide rciiilusau point ilii jour ii l'aubei!;e de la Très- Saiule-Trinité. i.

Nous reulr.'iiues el nous Irouvàmcs loul disposé pour nous recevoir. Deux lils dans la même chaïubrc, rv qui m«' ]iliil beaucoup, (parce que je serais le maiire «l'empêcher le eomiiiandanl de renouveler les scènis qu'il doiiiiail |iarloiil. .le rcj;.irilai la porle en paraissant faire rinspcclinu île noire loi.il, el je vis «[u'elle fermait

Il; KO Ml.

Nous passâmes dans la chambre de l.iivfl, oii ou avait mis le eoii- \erl. Vi\ lil (le sanijlc pour 'riu'r("'se , uu aulre pour le rapcirnl, el niaitiinic iMoiiiliock ilaus on i-aliiui'l voisiu, ilunl la porte Termait à merveille, mais dont la eloison avait éti' abattue à eoups de erosse de fusil par des amateurs (pii elien-haieut les eouverts d'ai(;iiil ([ue riioti' avait jeli's dans sou puits... maiiii're de se lo|;er jH^le-nii^le, (|ul paraitra un peu extraordinaire à ipulipi'un ipii i|;iiore le (|ue c'est qu'une petite ville mise en ilésonlre par le vainqueur et eneombr('e d'iiommes, de clievauv, d'i'cpiipaijes. Ku pareil cas, ou lait île son niieiiv.

I.a petite sauir lïtait di'jii dans sou déshabillé île nuit, qui la rendait plus jidie encore, l'u de|;ré ou ilcuv d'aurénienl de jilns, cl elle el^t été ciiiiiparalilc à cette cliariuaule so'ur Madeleine qui m'avait prodigué les soins que Thérèse rendait ii l.uvel, qui avaient iléeidé du destin de ma vie, et dont la jouissance m'avait rendu iliijnc de l'envie des plus fortunés îles titres. Quelques soupirs s'échappircnt de mon co'ur, toujours brûlant d'auunir, de souvenirs, d'i^spéranccs. Hélas! me disais-jc, la reverrai-je jamais, cette rue de Huci'.' le reverrai-je cet henreuv château, et ce boudoir, el ce rc7.-de-chaussée, cl ce lit !'... O inorl ! encore quelques nuits comme celles-1.^, cl j'aurai assez v(!cu !

l.e commandant fut sobre pendant le souper, réservé avec les femmes, et j'en au|;urai bien. (Jue j'étais jeune encor»'! c'était le repos du lion. La conversation ne roula que sur la jjiierre. Uudcr eu parla en liomiue expérimenté et qui méprise la vie. .Nous ccovitions, l.uvel, le caporal et nu)i , avec le sileiue et l'attenlioii des Grecs, lorsque (^ilclias prononçait ses oracles, .le m'aperçus (|ue la pelile so'ur prinait de l'intérêt à ses récits el cessait de le regarder avec dcjïoùt. !.C(;énéral, pensai-je, avait raison de dire que le front le |)Ius beau est celui qu'omluaiji'nl des lauriers. J'en moissonnerai, et j'en serai plus cher à la femme adorée.

Tout présageait une nuit tranquille. Théri'sc, la petite Plombi)Ck, Lii\cl, le caporal, partageaient ma sécurité, et étaient plus cvcusables que moi : ils ne savaient pas encore comment Huder faisait l'amour.

<■ A (Mis aurez la bonté, dit après souju-r I'IkiIc au c.iporal, de ne pas fermer votre porte. Il y a, dans la chambre contigué, une femme l>icn à plaindre et bien intéressante, (|ui a quchpiefois besoin de moi la nuit. — - 1.1 tu ne me l'as pas fait voiri dit Kudcr à l'aubergiste. \llons, le bol de punch. Je vcuv boire il ta femme intéressante et ii toutes les jolies feinmes que je connais! — iMais, commandant, le IHiiicli et votre blessure... — Ma blessure ! j'en recevrai iieut-ètrc une seconde en arrivant l.i-bas ; je les guérirai cuscinble. Je boirai du punch, morbleu! tu eu boiras aussi, Jérôme, dette boisson entretient la bonne humeur, et nous dexons être pressés de jouir, nous qui ne sommes jamais sûrs du lendemain. — Lh bien! commandant, vous boire/, seul, car ces dames ni moi... — A ous boires avec moi , monsieur. Refuscrc/.-vous de porter la santé de madame Huder .' ..

J'aurais perlé ce toast-lii avec de l'cau-lorlc. Je me rendis donc, quoique je connusse le commandant et que je susse ([iie le |>unch lui mettait ordinairement le diable au corps.

Pendanl i|u'i>n ap|u'èlait le bol, Rudcr sortit pour se coilYcr de nuit, (lisait-il, cl se mettre eu robe de chambre. !soii bonnet de police était sa coilïurc de nuit, el sa robe de chambre un babil uniforme, dont il avait coupé les l)as(iues. Je ne voyais pas ce qu'il pouvait gai;ner il cette mascarade; mais il avait des raisons de s'absenter, (pii tenaient ii un plan d'alta(jue qu'un iic communique jamais il l'cnnenii.

On servit le puncb, et, contre mon attente, le commandant s'en xcrsa avec discrétion, mais îi chaque instant il avait soin de remplir nus verres, .\vant de boire ii la femme channaulc, il fallut boire à sieur Jhérèsc, ensuite ii madame Plomliock. Le moxcn de s'en ilcfenilrc.' Il proposa après cela de boire à la dame tant ii plaindre cl si intéressante de la chambre coiitiguë, c|ue personne de vous n'avail vue, el dont l.i saule nous élail fort iudilVérenlc; mais ce verre préei'dait la libation dont on allait faire hommage à la belle des belles, el il passa coinnie les autres. Kiifin, d'apris ce que nous dîmes, l.uvel et moi, il madame l'iombock et ii la pelile Thérèse, des charmes et lies qualités de madame Uuder, elles l'ircnl comine nous, el burenl rasade en son honneur,

jVons eommcnràmes tous ii jaser ii lort el ii travers. Je m'aperçus que madame l'iombock cherchait ii engager une convcrsalion partieulière avec moi, cl, pinir me rendre plus attentif, clic me leuail la main, qu'elle serrait de temps en temps. I.a pelile Thérèse tàtail soiiveiil le pouls de Lvivel sous sou drap, de peur, disait-elle, qu'il ne se refroidit. Le caporal bâillait : il n'axait rien de mieux à faire.

Je soupçonnai que le commandaul avait eu riulciition de griser ces (lames, et il avait réussi ii demi: mais il élail si laid en bunnil de nuit et en rube de ehainbrc, i|uc son seul aspect dexail refroidir la tète la plus échannce. D'ailleurs je me proposai de donner un double l(uir a notre porte et de jeter la clef dans la nie, parce (lue Itiider avait le piiignct ferme, et qu'il eût ]m commeiiecr par me faire violence, il moi, pour arriver il nos deux ]ielitcs femmes.

H m'invita ii me retirer: je ne demandais pas mieux. Je n'avais

pas trouvé dans la journée un iiiumeni pour écrire ii \» blen-aiinée, cl je c(>mplai^ me livrer ii ce plaisir si doux peiidanl le sommeil du liéros. Mais le piineli avait produit son clïcl cirilinaire sur une tète |icii habiluée aux vapeurs bachiipies. Je ne suivais plus la ligne droite, et je jugeai que, si je ne voulais pas qu'on me mit au lil , je n'avais pas de temps à perdre pour m'y mettre moi-même. Je n'oubliai pas cepciiil.iiil les deux tours ni le saut de la clef dans la rue. .le lis cela très-maladroilement sans doute, car Uuder, ipii n'était pas lin , s'aperçut de ma iiiaiiiiuvre , et eu rit daii>. sa moustaclie. Je le laissai rire, je me dcsliabillai laiil bien ipie mal, je me mis au lil et m'cinbuinis profondémenl.

l'ii carillon du di.ibic me réveilla en sursaut, je ne «ni» a quelle lieure. .l'appelle lliider, il ne répoml point. J'allais me lever el chercher mon sabre, je dis eliercher, car je ne savais plus oii je lavais mis la xeille...On pousse la porle de ma chambre. (Ui la repousse apri'S ^Ire entré et ou met le verrou. Je saule de mon lil, el je vais à celui du eoiiiiiiaudaiil en criant : Qui vive? l'as de réponse encore; mais j'ciitends marcher dcrrii'rc moi.

Je lâche de rappeler mes idées et les petits incidenis de la veille. Je me souviens des projets, Irès-vraisemblables, ipie j'avais attribués à Uudcr, (le la pinte fermée ii ilouble tour, et de la clef jetée dans la rue. On ne ilevail donc pouvoir entrer ni sortir. Je tàle le lil de Uudcr... l'ers(Uine. l'.sl-ce liiii|uia eau-.é le vacarme qui m'a réxrillé.' Mais l'oiiiniciit scrail-il sorti .' Cepeudaiit on a ouvert cl refermé ma porle; j'ai entendu marcher... .\li cii , ai-je bien réellement eiilendii i|uel(iu'iiii '.' Hcvé-je, ou j a-t-il i|uel(pie esprit follet dans la maison.' Je vais il celle porte. La serrure x est; mais on a fait sauter la gâche! j'y suis, (l'est pour faire celle opéralimi que le coiumandanl il prélcxic son inutile el ridicule toilette de nuit. C'est poiii me brouiller la vue qu'il m'a fait boire. Nite, allons au secinirs de nos petites femmes, sur lesipielles le puni h doit avoir agi plus forteincut encore que sur moi.

Je sors, j'entre chez Liivel... pas de lumière ! C'est singulier, car eiilin un malade... Je l'appelle... Lu silence profond. Je vais ;i tâtons il son lil; il est vide comme celui di: Uudcr. Je me heurte coiilrc la couelielte de Thérèse, el je ne l'y trouve point. Tout cela nie parait un enchantement. Je prèle l'oreille; j'entends ronfler; j'axanec, guidé par le bruit mesuré... Ln babil uniforinc, un chapeau mililairc, un sabre... Cle ne peul èlrc (pie le ca|i(Mal qui dort comme une marmotte, car cnliii le commandaul ne se serait pas dérangé de la-bas pour venir ici routier seul sur un lil de sangle. ^

Je regagne le carré. Je vois une lumière cl je tourne de ce cote. J'enlrc l'iaîis une cliambre ouverte; je trouve les babils de la petite

l'iombock sur un fauteuil, et personne, jamais personne. Je me fr •

les xeiix, pour m'assurer que je suis bien éveillé; je me loiiclic, pour m'assurer (pie je suis toujours moi, el, persuadé de mou ideulilc cl de la nceessité de retrouver nos convives, je prends la lumière pour les eliercher.

,1e faillis d'abord me casser le ne/, contre une grosse porte qui Icruiail le haut de l'escalier. IJeux bons tours el pas de clef; mais lei poiiil (le i;âclie ;i faire sauter : le pêne culrail dans un i>ilier en pierre (le taille. Il élail certain qu'on nélait pas sorti par lii . piiis(|iie la serrure n'avait pas d'entrée en dehors, ce dont je m'assurai aisciiienl il l'aide de ma cliaudelle. Oii diable élaient-ils donc tous.'

Je reloiirne chez Liivcl. mon nainbeau eu avant, et mon aulre main eiUic mes yeux cl la lumière, afin de distinguer les objets de plus loin. Je m'embarrasse les jambes dans une couverture Irainée au milieu de la chambre, je ne sais par qui ni comment; je chancelle , je lombe; ma chandelle s'éteint. Ala foi, dis-jc , le soleil eelaiicira tout cela, moi je m'y perds, et je vais me recoucher. Je regagnai ma chambre avec assez 'de diaicullé, parce que je n'avais pas d'habitude des lieux, el je remis les verrous pour être dispensé de iiartieiper a des mystères impénélrables. .

Je me bciirle d'abord (■outre le lil de Uudcr, el je m en éloigne aussitôt, chassé par l'odeur du tabac il fumer, et par d'antres vapeurs dillieiles ii distinguer; mais dont l'ensemble n'a rien de dclical. Je talonne ciieorc, cl je me frappe le front contre nue des eoloniie» de ma couchette de six pieds eu carré, couclielle niagnihipic qui venait, il ce qu'assurait notre hôte, du due Mclor-Amédéc, cl (pu n en était pas plus commode, car je m'y étais perdu après in'ctre couclie, cl je ne savais, maintenant, sij'élaisan pied ou a la tcte.

,Ie trouve une ouverture; je lu'v glisse, cl me xoila entre deu« draps. L'intérieur était cliaud , très-chaud même, ce qui me parut assez extraordinaire après one demi-heure d'absence; mais je ne •arrêtai jias ii celle idée, le ( herehai a nie rendormir, eu me touruit cl en me rclournaiil . manière usitée d'appeler inutilement le nimiil. Je m'apciciis (|ïie la eouvertiire ne porlait pa> toujours sur oi : qui l'clevail (bnic ii droite el ii gauche?

J'allonee un bras... \h ! ah! J'ai société ici. C'est, sans doute, a personiuMiui marchait derrière moi, et qui n'a pas juge a propos de me répondre. Mais quel esl celui ou celle ipii se fourre dans le lil d'un autre sans son agrément:' Diable! si les farfadets, les sylphide.prennent des formes comme cclles-la. j'adopte la foi robuste du cure aux iinaees matérielles; mais, parbleu, je n'exorcise |n.s. De le^jcrs soupirs d'une part, des baisers très-vifs de l'autre, engagèrent I at-

m naiit so m

.1 i;r,()Mi:.

lion. l)arni»it-on, en faisait-on semblant ? je n'en sais rien; mais j'a- Vniiiais, vl on iio m'ariôlait (las.

J'.iri'ivi' au liiit a\(M' la liiiui'ilr d'un rlunrdi (|ui uc icdoulc lieu: mais, lnlas! je ne lur prrsculi' <|u'i'u «•oiivak'sciMil... Pan! uuc iialic de soulllrts cl uu l'clat di' rire paittiil à la l'ois. I.i's fcnnui's lii'iil assez. <ii'diu.(irruu'Ut fu i-iM'Iaiufs circouslatici-s. l-UU's vcuU'uI dire, par l.i, i|u'i'lli-s ne soûl poiul alVi'Clros de raccidciil. ce (|u'ou cioiiail volontiers, si elles u'avaieul point irauiiuii-pioprc. Ouoi <|u'il eu soit, cliiuuc lie celle liriis(|uc incaitaile , je fais un saut de côté,,. • r.ii! i|u'> a-l-il donc là? Alil nous suninies trois ici! " mais (|ue lonl était joli cl précieux à ce liord-là ! • Finisse/., uioiisicur Jérônie, so\e/. sai;e , je vous eu conjure. — Kli,.. mais... t'est la petite sœur Tliéri'sc! • C'était elle eu effet.

(Jn'clle ctati iuléressaiite , cette Tliérèse! elle avait tout , jusqu'à rinnocence (|uc tant d'autres s'efforci'iil déjouer, l'.llc me l'aisail des représenlalions si plaisammeiil patlicti(|>ics , cl son organe anjeutin s'affaiblissait si sensildcmcnl ! elle délcMilail , avec tant de trouble, une partie île ses cbarmes, en laissant les autres ii l'abandon ! clic

Je la regardai, je crois la reconnaître! c'est Marguerite, c'est ma bonne nourrice.

cédait si iiivolonlairenieiit ii l'einpire de la natuii'... <. Uieii n'arrive, dit-elle en soupirant , (pic d'après lis vues de la Providence. Elle à permis que je résistasse à ce vilain liori;in' ; elle veut que ce beau jjarcon ravisse ce (|uc j'ai ijardé jusqu'ici avci- tant de peine : ainsi soil-il. » Oli ! oui, la pauvre |)etile l'avait bien jpirdé... Mais... mais je ne méritais plus de soufllcts, et l'ainiablc enlaiil était liors d'étal d'en dinincr.

- l.a jolie casuiste ! dit madame l'Iombock! la j(dic casiiistc . et qu'elle enli'iid bien à calmer sa cons<icnce timorée! Pour vous, nionsieiir .lérome, vous êtes un iiupertinciit. „ I.c moyen de ne rien dire a mailame l'Iombock ! ,1e m'exprimai... cl verleinent. " Allons, dit-clii-, puisipic la Providence vous a rendu la saiilé, c'est ((u'clle veiil que vous en fassiez usage. Que sa volonté soit faite »

riiérésc boudait, Thérèse pleurait, Tliérèse me faisait des leproclies. Je revenais causer avec elle; je l'apaisais, cl je retournais à la petilc Plombock, qui avait une déman.jiaison de parler, mais une démangeaison!... .le causai tant avec l'une et avec l'aiitre, que je pensai entin qu'il laiidrait me faire juibcr à eboval, quand le commandanl m'appclbrail. Celle rétlevion lit prendre à la conversation nue tout autre tournure, et j'allais savoir à quelle suite d'incidents je devais une double bmiiie l'orluiie que je n'avais pas clieriliée, que je n'avais pas même désirée, mais que personne n'iiil refusée à ma place, lorMpie nous eiilendimes briser la grosse porte de l'esealicr ;i grands coups de masse.

Mailaiiic l'Iombock prit son parti en femme expérimentée , cl délogea aiissitol. I.a petite Tliércsc me disait en sanglolant : ■■ Ali! mon Dieu , SI on me trouve ici, je suis déshonorée, |)c'rdue .. , cl elle restait dans mon lit. Il x avait uu iiioxcn tout simple pour qu'on ne 1') IroMvat point: c'était de la reconduire dans le sien. C'est ce que je

ils trcs-lcstement. Je retournai ensuite passer un pantalon, et je revins au moment oii la porto tomba avec un fracas qui éveilla cuhn le capoi'al.

I.c premier (|ui paru! était l.uvel, ii demi velu, et a|ipiixé sur son sabre. Il l'tail suivi de l'iiéilc , ii peu près nu aussi, et porlaiil une loiiijuc brocbc à la main. Ils vcuaienl de elic/. le c(Hiimaiiilaiil de la place, à (pii , disaienl-ils , ils avaient été demander maiu-1'orle. C'était aller un peu loin dans uu cas aussi un;ciit; mais Liivel était hors d'étal de défendre sœur Tliérèse; le caporal n'avait pas voulu s'éveiller, et, d'ailleurs, il n'avait pas de rcprésciilalioiis il faire à un commaiiilanl de balailliiii. J'étais le seul qui , n'étant pas réellement militaire, pouvais agir olfcnsivemcnt contre un homme d'un grade supérieur; mais je n'avais point paru, cl Luvel n'avait su oii me prendre, 11 n'avait donc vu de ressource que celle de l'hôtelier, qui n'élail pas bretaillciir, (jui avait fait mettre le cheval de madame Plombock il sa carriole, et qui, grimpé dans cet éiiuipagc avec le malade, l'avait iiicin'' porter plainte.

Le commaiidaiit île la place leur fit observer trcs-judicicusemcnl que, selon les apparciucs, il ne restait plus qu'à dresser procès-verbal des délits, cl il les reiivoxa par devers son adjudaiil. Il fallut à celui-ci le temps de s'iiiibillcr, de prendre, dégarnir son éciitoire de ])oehe, et, penilaiil (|iie Inul cela se faisait, il se passait, en effet, bien des choses.

I. 'adjudant élail un gros réjoui, qui se fil apporter une lable, une boiileille de vin; qui buvait un coup, pendant (|ue Luvel déposait. Il qui écrivait lis faits et gestes de Kudcr lorsqu'il avait bu.

Le héros était entré la mousiaelie haute, le jarret tendu, et, sans rien dire à iicrsonne , il élail allé droit houspiller sccur Thérèse. Sieur Théri'se avait crié, avait égratigné; Luvel s'était mis à crier de son côté, cl, ne pouvant mieux faire, il avait jeté, à la tête du commaiidanl, pot de eoiil'ituics, pot de nuit, potd'opiat, tous les pots jiiissililes, pendant que le eommandanl parait, de la main qui lui restait, tous les coups qui menaçaient sa tèle. La petite Thérèse s'était dégagée, et s'en était allée, elle ne savait oii , répondit-elle à l'adjiiilaiil , cl je crois que vraiment la pauvre cillant l'ignorait; mais elle savait d'où elle venait, ce qu'elle ne jugea pas à propos de faire insérer au procès-verbal, l.a plus ingénue est toujours dissimulée.

\ii\ cris de Luvel cl de Thérèse, au bruit des pots cassés, était accourue madame Plombock, sur laquelle Riiiler se jeta, en jurant qu'elle paierait pour Tliérèsi\ La petite femme, Irès-aguerrie , n'avait pas jicrilu la tèle. F.lle avait sauté par-dessus une table, l'avait jetée aux jambes du eommandanl, et, peiulanl qu'il s'en dépêtrait, elle lui avait affublé la tèle de la première couverture qui lui était tombée sous la main. Elle l'avait fait piroucller, l'avait renversé, et s'était enfuie, elle ne savait encore oii : la moins ingénue est toujours discrète sur certain article.

C'est pendaiil ce combat, d'un genre assez nouveau, que Luvel s'était à peu près habillé , cl qu'il avait fait de son sabre une béquille, 11 avait pris la chandelle, afin de Iroiixcr l'escalier; il était ileseeuilu pour appeler il lui l'aubergiste cl les garçons d'écurie, et Pvuder l'avait laissé faire; mais à peine le malade avait-il le pied sur la seconde marche, que le commandant avait fermé sur lui la grosse ]iorte que vous connaissez, sans doute pour s'assurer que ces petites femmes ne pussent émigrer. Luvel, remonté avec les gens de l'hôtel, et voyant l'impossibilité de renirer, s'était décidé à aller rendre plainte, cl était parti ainsi qu'il l'avait déclaré ci-dessus.

Tous ces détails m'exjiliquaienl clairement ce qui m'avait longtemps |iaru incompréhensible. Mais qu'était devenu Ruder ? Il n'était pas sorti par la porte, et il ne s'était pas enfermé avec deux jolies femmes pour se jelcr par la fenêtre. L'adjudant déclara qu'il fallait le trouver pour qu'il entendit la Icitiire du procès-verbal, et qu'il le signât, si tel était son bon plaisir.

" Nous verrez, s'écria tout à coup la petite Plombock, que la dame inléressjinlc et si à plaindre de la chambre contiguë est celle à qui so'ur Thérise cl moi devons réellement notre salut. » Son saint, la friponne !

" S'il a l'ait cela, réplique rbôlelier en jurant par tous les saints du paradis , je lui passe ma broche au travers du corps. — Bas les armes ! lui dit tri'S-inipéralivcmcnl l'adjudant, et sachez, faquin, que le commandant Uudcr n'est pas fait pour mourir de la main d'un gargotier ni nous pour le souffrir. — Ah! je vois ce que c'est, reprit l'hôte, un barbier en rase un autre. — Pas de conijiaraison , pas de réilexions , pas de raisons; remets-moi ta broche, ou dans deux heures je fais murer ta porte. — La voilà, monsieur l'oflicier. A prœseiilid (Inlldrum libéra iws , Domine. »

L'aubergiste désarmé, l'adjudant marcha vers cette cbambre, et nous le suivimes tous, curieux de savoir par quel nouvel incident serait clos le procès-verbal. Nous trouvâmes une femme au lit , Hiulcr très-éveillé auprès d'elle et très-tranquille, quoiqu'il eût tout entendu... Mais Dieu! grand Dieu ! Est-ce le diable avec qui il a été eoneher celle fois ' 1 ne vieille carcasse décréiiitc, ridée, et dont le bout du nez louche le bas du menton... " Ah ! sacredié, s'écria Huiler en se sauvant du lit. je savais bien n'avoir pas trouvé une poulcite; mais dans l'obscurité je lui donnais trente ans de moins. Allons, allons, on ne dira pas que rien fasse reculer Ruder. Ce qui est fait

.1 I.HDiML.

l fait; mais je ne crois pas iiue Uc sa vie la piiiii'fsse retrouve iiiio irfille uiihaiiie. — Comiiifiil , rcpril l'Iiolt-, lo (Hii est fail csl fait !

.\Ia pauvre mère ! une l'eiiiiiie cpii élail vi];e ni le une vieri;e, ipii

avait lie l'esprit eoniiiie un anije , ipil louiliail ilu tMupainin cciiunie sainte (!éeile, et ipii nous eluirinerail enmre par ses Ihuis nuits el ses eoinpiainles, si, ilepuis ileuv ans, elle n'cl.iil tiiinliée en enlanee 1 Je vous ilenianilejuslire, monsieur l'ailjuilanl , el une jusiiee cel.itante. " — l'ouali ! pouah ! Taisait limier en se rinrani la liouelie avec un verre «l'eau-de-vie et ne prenant pas plus île part à ee i|ui se ili->ait c|Ue s'il n'cùl été pour rien ilaiis U's événements de eellc nuit. Il liatlil le liri<|uet et se mil à fumer iranipiillinient une pipe.

l.'liôtelier, eollé il la poelie de railjiulanl, iusistail p(Mir<|Ui' l'anianl <le sa eliére mère suliil une piiiiitiou exemplaire. ' Liait! hall! lui dit l'adjudanl , e'est loi i|iii es eaiise de tout ee i;rahii|;e. — C'csl moi, monsieur le l'raueais 1 c'est moi ! et eoinmeiil cela , s'il vous plait .' —

Marguerite était à genoux devant une image de sa patronne , en qui elle avait une grande dévotion.

Pourquoi as-lii mis du monde dans cette jiremièrc eliaiubre ? — Kh I luonsieur l'officier, les autres pouvaient être remplies jiar des ijens hien portants qui eussent envie de dormir. Ouel mal ai-je fait de mettre ici un malade, ijardé par un caporal et une sn'ur de la (Charité, qui pouvaient avoir hesoin de sortir à chaque instant pour son service, et que je n'aurais pas déranijé en passant chez lui pour aller chaiii»erma pauvre mère ' — (!oiumcnl! dit radjndani, csl-ce (pi'ellc ferait... — Tout, monsieur l'oflicier, tout. — Ah ! sacrcdié, reprit Uuder, ce que je croyais l'elïet de la chaleur... — C'en était, monsieur, c'en était. ><

A l'instant le commandant enlève sa cticinisc par-dessus ses épaules , et la jette an milieu de la chambre. ^Madame Plombock se sauve parce que l'usarje l'ordonne ainsi ; la petite so"nr se sauve parce qu'elle a de la pudeur. Le commandant se vide un pot d'eau sur la lèle, reçoit l'eau dans la cuvette à la ehiile des reins, se la rejette sur le toupet, pour la recevoir encore. Déhnllivcment il envoie l'eau el la cuvette au nez de raiibergiste, et va se rouler dans les draps du caporal atin de se sécher.

« ^lonsieur l'adjiKlant , crie l'hôte, injure personnelle, jointe au devoir de venger la source d'oii je suis sorti. Va te faire lanlaire, toi el ta source', dit Kuder. \ nyc/ si ce- maraud finira! l)i' (pioi te plains-lu ? As-tu peur rpie je t'aie l'ail un pelil frère!' Allons, butor. va nous préparer un bon iléjciincr . el puiscpie tu es dévot, remercie Dieu qu'au lieu de ta mère , la femme ue me soil pas tombée sous la main.

" Oui, à déjeuner, ilit l'adjudant en décliiraiit le procès-verbal, la meilleure façon de terminer cette procédure comique. — A déjeuner, rcpris-je, et j'en avais besoin. — A déjeuner, poursuivirent mes petilcs femmes; elles avaient ii réparer. — A déjeuner! ii déjeuner, messieurs! el les dommages et inlcrèls de ma chère mère! — lu les auras : va donc, animal. — Je les aurai ! à prendre sur

ipioi , beau petit hussard .' — Sur le» neiges du iiioiil .Sainl-llcrnard, dit lliidcr. — Non, non, repris-je, il les aura sur son niénioire, nous n'en regarderons que le total. Je le répète : ,4iiii sdcril famea csl la ilcvise du |;i>iirc liuiuaiii. I.'hùte sortit iii me faisant une profonde révérciiic, pour aller grossir ses espi'ces de ce que sa source avait perdu en pureté.

I.e jour commeniait ,i peine à paraître, qu'on frappa a la porte de la rue: c'élail noti'e guide iiiii , soumis el timoré connue un \aiii<'U, venait , longlcmps avant nienre prescrite, nous amener île bons clii vau\ et prendre nos ordres, lliider me pressa de m'Iiabiller, el s'habilla lui-même à la bàle. Il descendait, il montait, il redesi endail; il pressait l'Iiole, le chef, les iiiariiiitoiis ; il comptait les minutes, il ciojait ne pouvoir être assez, tôt en présence de l'eiiiiiiiii.

Il pressa tant, criu tant, jura tant, qu'il nous lit manger des viandes crues el des sauces toiirnéo; et après un quart iriiiurc de séance, il prit son sabre, son chape. lu el sa valise. " A cheval, Jérôme, Il cheval donc; une heure perdue peut nous faire luaiiquer ruccasiiin de nous sii;iialer. ' J'embrassai de loiil mon iiciir mon ami I.uvcl, (pie j'avais trompé; mais je me crovais a l'abri ilu reproche.

parce que je n avais |

las ( herclié l'occasion. 11 était si aisé de la fuir !

ilélas! 1.1 femme cliarmanle, estimée, adorée, n'était occupée qu'il se défendre; elle me faisait peut-être hommage de chaque ciimbat, de chaque victoire; c'est ii moi seul ipi'elle pensait pcut-êlre sur sa couche solitaire, el mou image venait charmer sou réveil. Mais moi... moi!... I.e commandant s'impalientait , teiiipélait. I.a petite Thérèse sortit avec moi de la chambre commune, m'attira dans un recoin, m'embrassa en pleurant el me serra la main : " Iteaii Jérôme , cher Jérôme, vous reverrai-je jamais.' — Je l'espère, aimable enfant, n (n mol, une caresse iiravaient fait oublier les réflevions louchaiites, ilaiis lesquelles je m'absorbais un iiislant auparavant. Oue le cieiir de l'homme est bi/.arre , versatile, iiuvplicable ! .Madame l'Iombock me dit adii'ii eu riaiil , et nous partimes au galop.

Le général DerneTal.

Aous n'avions pas fait deux lieues , que Huiler jiira'qii'il était brisé, moulu, et qu'il se sentait faible au point de ne pouvoir se soutenir ii cheval. Je n'étais pas plus en état que lui de soutenir la fatij^e , el je lui proposai d'arrêter. •> Plutôt mourir, me répondit-il. •• ÎNous reprîmes le pas. el nous avançâmes encore, lui, maudissant la chère maman, moi, m'accusani inléricuremeiit de ma malheureuse facilité.

Ce ne fui qu'avec beaucoup de peine que nous allâmes jusqu'il Cbàtillon. l.à j'insistai pour prendre nu jour ou deiiv de repos. Le commandant, malgré son ardeur guerrière, était asse?. de cet avis. Mais la prcmiiMc chose que nous apprimes eu mettant pied it terre, c'csl que nos lrou|)es avaient traversé leSiinpIon et le Sainl-Golliard ; passé, sous le feu ennemi, le Tésin il la nage; foicé Tubigo , pris (jorbello, el (|ii'eiifiii l'état-major était établi à Milan. Il n'y eut plus inoven d'arrêter Riider. l\cpréscnlatioiis. jirièrcs, il n'écoula rien. " if v aura une affaire générale el je n'y serais pas! Corblcii ' mon

.lEROMK.

bal:iill(m (Inniiciail sans que je l'iisso à sa Irto, sans qui- j'ossiljassc le premier rnu\> de l'en ! ,Si eela arrivail. je me lirnleniis la eervelle à ï'eiKlmil iiu^iiie oii j'en reee\ rais la nouvelle. — Mais , cnmmanilaiil, viilre saille... — Ma santé, ma vie a|iparlieniienl à rl'.lal. — \ dire inijiiiissanee d'aj^ir... — ,1e |ieii\ me niiinirer, voir, vainere on monrir.

— !,a iliHienlIé d'avanier ra|iiilemenl sur des elie vaux d'ordtiniianee...

— Prenons la pnsie, morlileii ! Il esl liean , siiperlM', adiniralile île ne |)onvoir rejoindre (m'en jiosle nos inlrépides lurons. As-hi eneore de l'arijent, .U'rdme :' — (hiinze louis environ. — .l'en ai Irenle, r'esl plus qu'il ne faut. Allons, monsieur li' ninitro, fai^-nous elierelier une chaise, un ealiricdel, une fliarrelle, ee(|ui se trouvera. Préparenous une eantine liien fournie, et en avant... I.li ! venlrelileu, voilà notre alVaire... He|;arile, .lérôme... la petite Ploniboek qui arrive dans ia earriole. \ ite (les elievativ de jiosIe là-dessus. — Vli eà , mais, eommandanl, serez-vous sai;e !' — Oui, saercdien ! je te le promets, d'ailleurs il me serait diflieile de ne pas l'être, et je n'ai de passion réelle (|iie eelle de me battre. " SerC7.-V(His saije? avais-je dit. ( )r;;iieilleu\ et Taible jeune homme, élail-ee à toi qu'il convenait de l'aire celte (pieslion !'

.le nie serais senti (lé|;ra(lé si j'eusse ri'sisté plll^ l()n|;lcmps à ce iiidile enthousiasme, si iii(''me je ne l'eusse ])(iint parla^é. ,1'ai toujours ]>ensé i|ue l'aiiianl d'uiic rcniiiie quel('(>ii(|iie doil s'elToreer d'élrc au moins l'i'jjal de son mari, s'il ne VenI pas()ue U'il ou lard elle roii(;issc de sa raildesse. Poiivais-je d'ailleurs l.dsser parlir seul Hiider lilcssé, lui à qui je devais la protection du général, et (jui a\ail pour moi une alV((ti(Ui sincère!' ^'y avait-il pas une sorte de délicalcsse ii le (lédommai;cr, par des soins et des prévenances, d'un lorl irréparable, et(|iie je ine reprochais (|uaii(l la nature cl l'amour me pcrineHaienl de réfléchir .' .le me disposai donc à le suivie, cl je l'aidai aillant (jue je le pus dans ses préparalirs.

I.a petilc Plombock n'avait pas iiiicu\ (lemaiidé i|iie d'avancer promplement et à nos frais, pourvu ipi lliidcr lui promit sûreté, ce qu'il lit de la manii're la plus solennelle, c'esl-à-ilire en jurant cniiiuie je ne l'a\ais jamais enleiiilii jurer. Le caliarclier avait été fort aise de vider sou i;ardc-iiiain;er cl de nous venilre un mauvais iiialelas aussi cher que s'il eût élé iiciif. Ainsi, dans une heure de temps, noire espèce de litiirc l'ut arraii|;ée cl i;arnie de vivres pour quatre jours, le liidcl lioiij;re vendu, Icsclirvaiiv de poste allelés, l'I nous voilà courant coniine >i le diable nous empnrtail.

I.a petite Ploiiiliock nous l'.iisail de ses coules ordinaires; U; (■ciiiimandaiil les éconlail, étendu Mir son malelas , oîi il Itiiiiail i[iiaiid il ne liiivail pas; et s'il lui arrivait de déposer la pipe et le verre, il enloiiiiait la chanson de f^iierre de llidand, avec rexaltatioii d'un homme de viii([l ans. Lorsqu'il dormait , des leillades Irès-vives m'aiinoricaieiil des disposi lions (ine la présence des postillons reiid.iil inniilcs, et je n'en étais pas fâché. La première unit , des «ijaccrics plu> directes me réveilli'ient qucl(]iiel'ois; mais Huiler avait pris, comme deiaisnn, le milieu dn malelas. Klleclail sur un bordel moi sur l'aulre, et j'en étais bien aise, n Allons, me dit-elle en riant, je crois qu'un peu de repos m'est aussi inrcssiiire, il moi. » V'A sans autre ré'flivion elle s'endoriiiit , et s'éveilla ili\ heures après de la ])liis belle liomeiir du monde,

Parloiit le bruit de noilveaiiv evploils soiilenait l'ardeur du coiiiniaiidaiit et la mienne. Là nous apprenions le passa|;i' du l'ô; ici la prise de Plaisance ; plus loin celle de Ni ad cl la, de l.ccio, de CréiiKiuc. ' Mille bombes! disait Huiler, ne les jiiindrons-noiis jamais.' ■ l'.l il aii;iiillnnnail les ciievanv avec la pointe de .son sabre, cl il IV.ippail les postillons (lu plHt «les qu'ils cessaient de se servir de leur l'omi.

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