‹ Vie et aventures de Pigault-LebrunChapitre 376 sur 379 · XV. — Je la revois · texte numérisé non relu

XV. — Je la revois

On lo|;i'« les lilossés coiiiiiic on |ml c\\ iilli'nil.ml (|m' ri-nni'nil l'viiouàt li's places i|ii'il devail nous liv rer il'ii|ir(s les eomliliiins île \\>rmislii-e . i|ui bientùt fui suivi de I» |>iii\ yént'rale. Miin proleclene, qui aliuiiil ses aises el qui pouvait se les pmeurer, se lu euuiluire ii Slilan dans une litière, et il eut la lionlé de m'en faire donner uni'. Nous niareliiuns à petites journées, l'un à eoté de l'autre, et niuis causions ([uaud le temps nous perniittait de faire iléeouvrir nos litières. Il me parlait de sa femme, je lui parlais île (pii vous .savez bien. (Quelquefois nous parlions tous les deu\ ensi'iuble; quchpiefois un eri arraclié par la dcuileur nous échappait eu méiue temps. L'an- Ijoisse passée, nous nous mettimis à rire et nous (dnlinuions a nous eiitrcleuir de ce tjui nous intéressait tant.

(^)uand nous arrêtions, le général faisait éirirc son secrétaire, et tons les jours il faisait partir pour Paris un linlletin cpti rendait roniple de son état et du mien. Il se plaisail'ii répéter que J4- m'étais conduit incrnijdblftni'iit et qu'il me devait la vie. ,1e faisais ajouter <|ue j'étais loin de me croire quitte envers lui , el il me souriait avec honte. Tout cela était fort liien, mais je ne pouvais cliarijcr un étranj;er d'écrire pour moi à la femme charmante, .le n'avais plus que les cendres de ses lettres ; ma blessure pouvait me retenir lont;lenips en Italie... Diable, diable! tout ceci était tourmentant.

Si du moins j'avais l.uvcl avec moi ! (Jue fait donc ce ijranil i;ar çon-là il Aost^ Il a certainement reçu mes dépêches: il doit être en état de supporter le mouvement du cheval : ne devrait-il pas s'empresser de venir marquer sa reconnaissance au ijéiu'ral .' Kn vérité celle conduite est bien extraordinaire. 11 ne sent ilonc pas qu'il me compromet, que je puis passer, dans l'esprit de M. Derneval, jiour un étourdi qui s'intéresse en faveur du premier venu... Pourqin)i cette humeur.' pourquoi ces plaintes •* parce (|ue Luvel avait ma conhance, qu'il la méritait et que j'en eusse fait mon secrétaire. Kncorc une fois, voilà l'homme : lui, toujours lui, rien <pic lui.

Nous arrivâmes à Milan, où iu>us avait jirécédés la nouvelle de notre victoire et de la blessure du j;énérai. Les tètes étaient encore exaltées du récit de la journée mémorable, et l'on reijardait avec une sorte d'admiration ceux cjui y avaient eu quel(|ue part. Nous étions à peine descendus de nos litières, que le j;énéral reçut les félicitalions et les doléances des autorités civiles et militaires, ce dont il se serait bien passé alors et moi aussi. Mais ce qui ne lui fut pas indifférent el ce qui faillit me faire tourner la tète, c'est que dans un paquet que le commandant de la place venait de recevoir était . entre autres choses, un brevet conçu dans les ternies les plus honorables qui me nommait colonel de mon ré];imcnt. A la vérité, il n'en restait guère que soixante hommes, cl, de trois officiers (|iii avaient survécu il cette afïaire, j'étais le seul qui put remjilir un ijraile supérieur. Mais cnlin, colonel à seize ans, c'est beau, cela' l'.t puis, quand je pourrai m'expliquer sans blesser la décence, on ne me soupçonnera pas d'avoir bassement calculé. Lu colonel peut prétendre à la main de tout le monde. Klle n'aura donc rii'u ])erdii du côté de la considéralion ; elle aura tout gagné du côté du cœur. Ah ! mon Dieu ! que je suis content d'être colonel !

n Ecrivez an bas du bulletin, dis-je le soir au secrétaire, que je suis colonel, colonel, enlendcz-vous, monsieur? Madame Derneval, pcnsais-je, ne manquera pas de lui communiquer ses lettres; elle s'applaudira doublement de ma fortune, parce qu'elle m'aime de toute son àme et parce que je suis son ouvrage. »

Le général avait voulu que mon lit fût dressé à eôlé du sien. Cet arrangement me plut beaucoup, d'abord parce (|u'un ijéiiéral el un aide de cainp entre deux draps et eu bonnet de nuit se ressemblent de manière que les visitants ne savent aucpiel s'adresser, el (jne, placé près de la porte, c'était moi qui recevais toujours les premii'res révérences. J'aurais volontiers fait écrire sur le bois de ma couchette : ■' Je suis colonel , el je n'ai que seize ans ; je ne suis donc pas indigne de voire allention, qui se |)orte si proiuptciuent à l'autre lit. " L'inscription eût été un peu longue, elle eût blessé les usages et peut-être l'amour-propre du général, .le me contentai de saluer les hommes de la main el de sourire aux femmes quand elles en valaient la peine.

Je ne tardai pas à sentir le désagrément de coucher auprès d'un supérieur à eiilé duquel ou peut tout penser, mais auprès de qui on ne peut tout entendre ni tout dire.

On annonça un officier, et, comme vous le devinez aisément, l'ordre fut donné de l'introduire. On ne met de valets a l'antichambre que pour écarter les fâcheux, et un brave homme n'est annoncé à son général que pour la forme.

C'était M. Liivel, désolé de n'être pas arrivé assez tôt pour être de la fête, désolé que je fusse blessé, désolé que le général le fût aussi. Ce cher garçon se désolai* de tout, et il était tout simple qu'il se désolât d'avoir manqué l'occasion de se distinguer, qu'il se désolât lie trouver son meilleur ami pourfendu des é| aulcs ii la ceinture, (|u'il se ilésolât (pic le chef rcspc clablc a (pii il devait son étal fût étendu sur un lit de douleur. Malgré tous ces motifs de désolation, il s'annonça en homme d'esprit ; et ce qui vaut mieux, en homme

sensible. Son extrême pileur le mettait au-dessus du soupçon du coté de la bravoure. Sa sensibilité devait flatter ceux qui en étaient les objets; aussi le général l'aciueillit axcc alVabilIlé , el il voulut bien me dire qu'il recnnnaissail mou discirncmeut dans le clmii que je lui avais fait faire.

\ oila ilonr M. I.uvel installé a l'iiolel , chargé de rcievoir ceux qui voulaient voir le général, de les admettre ou de les écoiidnirr, de taire les honneurs di' la table el d'inviter ceux ou celles qui |ioilxaicut prétendre à celle dislinction. Ces fonctions étaient tri's-agréablcs à remplir, l'nc jolii' femme empressée de xnir le plus bel homme de l'armée, n'élail pas fàihée de rencontrer pour inlermeiliairc un jeune liiuumc bien lnunié, plein île grâces dans l'csprll , qui mollirait en riant les plus ImIIcs dciils du mondi-. l'.l puis le bel homme élail iiiipiitciit ; le joli |;.ir(ou commciicail a devenir tri'S-actif, el l'aimable llalicnnc pouv.iil prendre avec l'un un avant-goûl de ce (|u'elle espérait eu secret de l'autre.

Ce cher I.uvel était devenu en deux jours d'une imporlance et d'une utilité dont on ne se fait pas d'idée. Le général s'applaudissait vraiment de l'avoir, l't j'étais si heureux (|uaiid il adressail cpielques mol» llatteurs à mon ami ! En allant et venant, l.iixcl me faisait des sii;nes aiiv(|ucls je n'enteiiilais rien du loul et dont je n'osais lui demander l'explication ; je vojais claire ni i|ue la présence du général l'empêchait de parler.

M. Derneval dormail iiiiil(|iicl'oi-. quaml la licvre de suppuration se miulérail. I.uxcl saisit nu île ces luoiuenls de repos. " Elle est ici, me dit-il a l'oreille. — Elle... (pii .' lu'écriai-je aussitôt. — .Ml I fripon ! si tu m'eusses confié ton goût pour elle... — Mais, mon ami, je ne sais ce que lu veux dire. — 'Pu as déjà oublié cette pelitc Théri'sc, si gentille, si jeune, si ingénue que lu as, ilil-clli... — Comment, elle est ici! — Oui, oui, elle est ici. Elle prili'ud qu'elle est ta feniiiie, que tu es son mari. — l'as de mauv.iise plaisanterie, s'il vous plaît. — Kien de plus sérieux. Elle a abaniloiiné son couvent, elle a quille riiabit monacal. V.Wv m'a iléclaré que si je ne remmenais avec moi, elle ferait la roule à pied. Je nie suis iléfciiilu ; elle a crié, elle m'a pinié, elle a pleuré, et pour en finir j'ai métamorphosé la jolie enfant en jockej. — Eh ! mon ami , que veux-tu (|ue j'en fasse ' Je me perdrais dans l'esprit du général, j'éloignerais de moi sans retour une femme que j'adore. Sou, l'incartade d'une nuit n'aura pas de suites falales. Elle fut l'ctYcl du hasard ; je n'ai rien promis. Thérèse est intéressanli' , je la plains, mais qu'elle s'en reloiirne, il le faut, je le veux. — Il le faudrait, je le crois. Tu le veux, c'est bientôt dit. Depuis deux jours j'ai toutes les ]ieiiies du monde à la contenir, et chaipic fois que je la rencontre je suis obligé de lui faire un roman. A la seule proposition de s'en retourner à \ost, elle jettera les hauts cris, elle viendra le relancer jusqu'ici , elle déclarera ini',énumenl au général que lu as couché axcc elle, que lu lie peux lui rendre ce que lu lui as pris. Je ne sais coiuincnl M. Dernexal verra la chose, commiiil lu te tireras de ce mauvais pas, mais il csl temps de prendre iiii parli. I.a pclile a la lêlc montée, elle pi'ut entrer au moment ou je le parle.

1, — Eh ! quel diable de parti vciix-lu que je prenne' cpicl parli prendra-t-elle elle-même .' — Elle fera de l'éclat. — Eh bien, j'avouerai tout au général, qui grondera, ou peut-être ne grondera pas , parce (|iie (•nliii ce n'est pas une faute capitale que de coucher avec une jolie fille. — Tiens. Jérôme, raisonnons. — Tu auras beau dire, je ne dois jias , je ne peux pas nie charger de Thérèse. — Tu ne peux pas non plus l'abandonner à la misi're, au libertinage. — Oh! j'en suis incapable. — Clierchons ilonc quelque biais qui concilie tous les intérêts. — Ma foi , je n'en vois point. — Ni moi non plus. C'est pour cela qu'il faut cluMcher. — Eh! quelle folie aussi de lu'aviiir amené celle petite Thérèse ! — Eh. mon Dieu ! je t'ai déjà dit qu'elle serait venue seule el elle eût débuté par la sci-nc que nous voulons éviter. Allons, creusons-nous le cerveau chacun de noire côté el faisonsnons ])art de nos idées, s'il niuis en vient, car elles fuient ordinairement quand on les cherclie... Eh! iiarbleu ! j'v suis... Oui, c'est cela, à merveille. Dans l'étal oii tu es. tu ne peux être iiilidèle ; voilà pour ta conscience. Il est commode d'être gardé jour et nuit par une jolie iietilc l'iUc que personne ne devine, qui prodigue les attentions comme le sentiment . qui charme par ses propos naïfs la solitude du cher et déjà célèbre blessé; voila pour l'agrément... Allons, allons, je m'en tiens à ce plan. S'il n'est pas sage, il est le miiiiis cxtravagani de tous ceux que j'imaijine. — Mais explique-moi donc... — Je vais te mettre au courant. " Le général fit un mouvement et s'éveilla.

Liivel savait faire des contes, il en fit qui amusèrent M. Derneval el le disposèrent insensiblciiient à entrer dans ses vues. Il lui faisait entendre que, commandant de droit dans la place, il aurait des ordres secrets à donner; qu'il ne pourrait se dispenser d'accorder des audiences particiilii-res ; que, parmi les solliciteurs et il devait y en avoir à Milan coiiiiiie partout', il se trouverait des femmes charmantes qu'un tiers iiilimiile lonjimrs; qu'il ne serait pas agréable de recevoir ces dames dans une chambre qui avait l'air d'un hôpital ; que mon respi'il pour mon chef pouvait m'avoir déjà occasionné des coliques d'estomac; que je serais plus libre et par conséquent mieux dans la chambre voisine, el que lui I.uvel. se ferait un devoir de

JKROME.

me rcmiilator, «ramiibfr M. Di-nicviil s'il l'eu jii|;fMiI capiil.lr cl .le se cli.irufi- lie lit lotalilt' du liiivail, dont il m- |Hiii\Mil s'o(ru|irr ni ■nui non |iliis.

Tout ifia (laraissait ji-tr au hasard. I.c discours ctail coupe de saillifs, d'cpiiïiMMiincs. il'liisloiicllcs. I.c j;cMrial, ipii i'i'|)up,nail d'aliord il ui'cloi|;ncr de lui, lit un sij;i»' d'appiobaliou iiou <'iiuiviii[iii', (|iiand ou lui rcpriscula (|iic sa clianiliii' a\ail l'aii- d'un li(i|iilal. l'.ii cH'cl , mon petit lit, arrivé là comme par aecidcnl, des emplàlio sur la eUeniinéc , de la eliarpie ii nu)n elievet , une lahle de nnil. des pois de toute espi'ce, que sais-jo moi!'... Il est constant (jne let ensemble prêtait il la plaisanterie, et nous crait;iious plus, nous autres Fraïu'ais, un riilienle i|u'un vice.

I.c ijénéral ne mit donc pas d'olistaeles à mon iléMicna|;emeul. Il l'tait dans les eonvenances (|ue je parusse alVeclé de celle séparation; mais mon eommnudani paraissant disposé à se rendre à l'evpression de mes reijrols, je mi' ijardai bien d'ajouter un mol. I.uvel lit monter queli|ues valets, ipii me transporli'reiil moi et nuin lit dans la chambre eu i|uestion. Le général pouvait de la sienne se l'aire entendre et recevoir mes réponses : |;eiire de conversation (|ui ne laisse pas d'clre rali|;ant, et que je prévoyais ne di-voir être en iisaj>e (|Ue dans les cas urgents. Ainsi pas de niotils actuels pour ne pas prendre de précautions contre la premii're explosion de mailemoiselle Thérèse, <|u'oii disait èlre un peu inonlée... In jeune liommc prudent pense ii loul. Sous le prétexte d'un veiil coulis (|ui me donnait sur les oreilles, je lis t'ermer la porte de communication, et j'\ lis applii|ucr une sourdine, faite avec un matelas d'un pied et demi il'épaissenr.

\ ous vous doiilcï bien (|ue mou ami l,u\il était allé chercher la tri»-jiilie et trop impatiente Thérèse. Ce moment de solitude hl naître denou\clles réllevions. " Malheurciiv jeune homme, passeras-tu la vie à faire des fautes et ii le repentir.' I.a fortune perlide jette dans tes bras des objets piipiants, (fui s'attachent par l'atlrail du plaisir, et ijui le suivent jus(|ue sur les champs de bataille. Assez éner|;i(|iie pour iviter le, liaisons sérieuses, trop faible pour r()m|ue ciitièremeiil... .\h! pour(|uoi ee ifraïul diable de cavalier, au lieu de m'ouvrir l'épaule, ne m'a-t-il pas fendu la tète;' .le serais tiré d'embarras; la femme charmante m'eût pleuré ; Thérèse aurait fait... elle aurait fait... ma foi, ce <|u'elle aurait voulu. Et pas du tout; ma blessure va a luerveille; il f.ml (|ue je voie celle i)elite lille, que j'entende ses discours iiiuénus, et je ne sais, en vérité, comment la convcrsalioii... M je me jelais par la feiuHre pour en finir?... Non, non; un colonel, beau, à ce (|ii'ou <lit, aimé de la plus aimable des femmes, i|ui ne supporte ses douleurs, qui n'est llalté de sa |;loire, (|Ue parce qu'il initlra un jour ses lauriers à ses pieds; que parce qu'ils seroni un titre pour se lier irrévocablement ii elle... >on, parbleu, je ne veux pas mourir; jamais la vie ne me fut si chère. ^ oyons ce que nie dira la petite Thérèse. «

Elle entra introduite par I.uvel. J'ai toujours eu le coup d'ceil rapide. Je vis il la seconde que son habit bleu île ciel .jalonné d'arijent faisait valoir la blancheur de son teint. Ses couleurs rosées, "des formes que trahissait son !;ilet, une cuisse arrondie, rien ne m'échappa. Elle tenait dans ses petites mains son chapeau rond, et roulait machinalement le gland attaché au large galon qui en serrait la forme; ses jeuv étaient baissés; eu approchant de mon lit, elle rougit avec le charme et l'attrait de la pudeur.

Elle se tiiisait. « >e me craignez pas, ma jolie petite Thérèse; ero>ezque je suis votre meilleur ami. — Mon ami 1 non, monsieur,' non : vous ne devez pas être mon ami. One iliriez-vous si je ne vous

offrais que de l'amitié:' — Je dirais que Thérèse est raisonnable.

Mais c'est qu'elle ne l'est pas, monsieur; clic ne l'est pas du tout. I.a

raison, qui l'a guidée jusqu'il cette nuit cruelle, a fui sans reloiir.

Aimable enfant , vous écouterez son langage. — J'en serais bien lâchée, monsieur, elle me rappellerait ce que j'ai perdu; elle me ferait pressentir les chagrins (|ue vous me préparez peut-être, cl n'estil pas toujours temps de verser des larmes.' Souillez que je ne soi.s »ensii)le eu ce moment (|u'au plaisir de vous revoir. « .Mes bras s'étaient ouverts, elle les enlaça dans les siens; elle me couvrit de baisers. J'étais blessé; mais je n'étais pas mort, cl il eût fallu l'être... Je lui rendis ses caresses... mais c'est que véritablement Thérèse était charmante.

Je combattis cependant encore. , \la chère amie, vous avez lait une faute capitale en fuyant votre couxent. — Je le sais, monsieur Jérôme, mais est-ce vous qui devez me la reprocher? — \ ous aviez un état... — J'avais promis a sainte Thérèse cl a Dieu d'être chaste, et

vous m'avez fait oublier i serment. — M.iis xoire faiblisse était

Ignorée. — Elle était connue de sainte Thérèse et de Dieu, l'oiivaisje approcher de l'image de l'une et des autels de l'.Milre, les li'vres brnlaiites encore de vos baisers.' — \ oiis m'alUigez, Théri'se; vous lu'allligez beaucoup. — Nous m'avez allligée bien ila\aiila|'e. \ ous êtes plus beau que M. Luvej, et cepeiidaiil M. Euvel me plai'sail plus que vous. Nous m'avez forcée- ii l'oublier pour vous donner mon cuur cl vous consacrer le reste de ma vie. (Jiii, mou devoir me prescrit de m'attacher uniquement a celui que la l'rovideiice m'a donné;

de le soigner eu maladie comme en santé, et de lui rendre a iir

pour Iroideur. — (Jombien je suis sensible, iiiléiessante Thérèse, auv marques d'attachem.iit (|iie vous me prodiguez! — .>oi iisieur

I vous n'y êtes pas sensible. Je pleure, et vos yeu\ sont secs; je parle [ amour, cl vous parlez raison. «

Elle était assise ou it peu près couchée sur mon lit. Elle me pressait les joues dans ses deu\ petites mains, et jicudanl que je répondais un baiser me fermait un œil, me fermait l'autre, et quelquefois '",'."'"'', '" V''.'''''"- 1'"^ mojen de résister ii tout cela! .Ma résolution, déjà Iri'S-atVaiblie, s'évanouit tout ii fail. Je me livrai sans réserve ii la nature et ii la beauté supplianle. Le mot iiiiiiiur s'échappa plusieurs l'ois de mes li'vres! mot fatal, qu'une lillclle naïve ne prend jamais pour l'expression du désir, et qui presque loiijours n'est (|ne cela, liavic, enchanlee, Thérèse lomlia ii geiioiiv ])rès de mon lil; elle leva vers le ciel des yeux luimidcs de volupté, elle adressa des actions de grâce il .sa ])alriinne, se leva, cl sorlil en reculant. Elle me souriait comme l'ainuiir quand il avail son innocence, et de la porli' ses lèvres purpurines me souillèrent, dans le creux de sa main, un dernier baiser (|ni n'arriva point ii son adresse; mais ipoiivais-je cire insensible il rintentiou .'

" Il me semble, dit I.uvel , entendre appeler dans la chambre du général. « \ ite il déplace la sourdine, el il ouvre la porte, n Vous êtes doiK' devenus sourds? dit M. Deriieval. J'allais envoyer, par l'autre porte, savoir la cause, de cel aecidcnl. — Pardonnez-moi, mon général, (j'est que... c'est que je causais avec Jérôme, et la conversalion était nionlée sur le ton le pins haut. — ^Mais je ne vous eiilcudaispas plus que vous n'entendiez vous-même, ce qui est assez cxlraordinaire. .Vu reste, voilii nue lettre pour Jérôme. Remettez-la-lui, et laissez cette porte ouverte : j'aime ii causer, et il vous sera facile de vous partager entre votre ami et moi. — fliais, mon général, les vents coulis... — Picard, mettez un paravent dans la chambre de Jérôme, u 11 n'y avail jilns de défaites ii donner. Heureusement Thérèse était sortie.

Luvel me remit la lettre. Je les reconnus, ces caractères dont l'aspect seul portail le trouble, le délire, le bonheur dans mes sens. Elle répondait ii l,i lettre que je lui avais écrite après la mort glorieuse de son mari. La sienne était telle que les circonstances l'exigeaient ; froide el polie eu apparence: mais je savais interpréter.

«Je sais, monsieur, ee que vous avez fail pour honorer les restes de mon époux. ^ oiis deviez ces soins ii un officier digne ii liien des égards de servir de modèle il la jeunesse de l'armée; el j'aime ii croire que votre alïection pour moi esl entrée pour quelque chose dans les peines que vous vous êtes données. Recevex-en mes sincères rcinereiments.

"J'ai appris, avec la plus douce satisfaction, votre élévation au grade de lieiiteiianl. Celle faveur distinguée vous impose l'ohligation d'eu mériler d'antres, et justihcr mes espérances c'eslvous acquitter envers moi.

« J'ai l'honneur de vous saluer. ,>

•I Luvel, mon ami, elle ne savait jias, lorsqu'elle m'a écrit, que j'ai été blessé et que je suis colonel. Elle le sait mainlenanl. Oh ! combien elle va me plaindre! combien elle va jouir !... El les expressions de sa lettre, les as-tu peséc^s ? en coniiais-lu la valeur ? Elle croit que mon alVeclion pour elle est entrée pour beaucoup dans les soins que j'ai pris des restes de ee pauvre Uuder. Elle ajoute que justifier ses espérances c'est m'acquilter envers elle... 5Ion afifeclioii pour elle, ses espérances... Sen.s-tu ee que cela veut dire? Tu ne l'en doutes peutêtre |)as ? Eh bien, c'est (le l'amour, mon ami, c'est de l'amour caché sous les formes des bicusi'anees. (?est ii moi de le chercher, cl avec (|iiel délicieux plaisir je découvre celle étincelle cachée sous la cenlire ! (^>ue je la baise, celte lettre ! que je la baise mille fois ! — .lérôinc ? — One je l'eurerme dans mon pelil sac, en attendant que d'autres lettres viennent mMlti)ilier el prolonger mes jouis.sanees. — .lérôme? — <^>iie loiilis les femmes de la terre s'éloignent de moi ; qu'elles cesseni de prétendre ii un c(eur (|ni esl loul ii la liien-aimée, sur qui elle régnera toujours sans partage. — Jérôme, monsieur Jérôme ? — Pardon, mille pardons, iiuni général , me voilii ii vos ordres. — Je VOIS que M. Luvel a votre coiifiauce, et j'aime ii croire qu'il la mériti! ; mais jamais vous ne m'avez fait de eonlidcnces, ii moi.., — Oh ! mon général, il y a longtemps que vous m'avez deviné. — le pourrais, monsieur, n'être pas seul ici, el vous exposez, sans réllexioii, une femme honnête ii nnii'ir un jour devant mes valets. .\pprenez, monsieur, ii renfermer voire bonheur; vous ne le sentirez (|iie ])liis vivement. iVos aïeux eouuHissaieiit niieuv leurs véritables intérêts. Pas d'amour alors sans délicatesse, pas de délicatesse sans discrétion. Cette iii.inicre d'aimer avait fait nailrc une politesse fine el llalteiise qui s'est éteinte, et (|ue les élégants du jour tournent en ridicule parce qu'ils ne peuvent x alleindre. Ils ont perdu beaucoup en s'éloignant de la décenci^ et de la discrétion, lin coup d'œil, une lég'i-re pr(''lV'rcn('c, la moiiKlre dislinclioii étaient des faveurs réelles, car i|u'importeiil les causes du biniheur, pourvu ipi'il soit eenti, et il l'est doiilileincnl i|nai)il on sait y aj(Milcr le charme du mystère!

» Vujoiird'hiii on apporte dans la sociélé peu d'idées, moins de chaleur, presque jamais d'àine, mais beaucoup de mouvement. L'homme a la mode voiidrail persuader qu'il a le cieur seiisilde : il n'a réellement qu'une tête active, ou plutôt agitée. Il parle donc au has.iril, et il lui échappe de loin en loin de ces Irails qui brillent colonie l'éclair dans les ténèbres. (,)neh|ni s riionicleltes en sont

JERUMli.

'ui|i|ir('s, (lurco (|uc lu cnnriisioa rt'ssriiililf un peu ii riiliniuliiiirt** I lli's ii|i|ilaiulisst'iit , l'I 1111)11 l'at ii'i-ii (li'\ii'iit i|ii(- plus l'ai ciu'ori-. Il I Mlirpn lui a\rc U'int'i'iU' ; il n'iiNsil pur ilcs lii'iciiistuiu'i's liiu- I ruses; il cclicuir suuvi'ut, miiIouI ipiaiiil il est ruici' d'user de prudence, parce qu'alors il ne pri'nil i|m' ili' fausses mesures. On le reiiciinlre parluut, et parloul il ralijjuc. ( )n s'en plaint rareuieni, et un ne le supporte i|uc parce i|u'on ne peut lM'usi|uer un liouinic à la unide. Mou ami, vous n'êtes pas l'ormé sur le modèle de ces èlre»-la ; mais erai|;ne/ la couta|;iou de l'cvemplc, «

l.a leçon clail l'orle, et sou iilililé ne m'échappa point. l'Ile était ailinieie par ce ton d'amcuitc qui l'ait tout passer. Je ne uicrilais pas, en ciVel, t|ue le ii'cnéral me Irait.'it avec scvcritc : j'avais été imprudi'nl, iiniis je n'avais pas eu l'inlculion d'être iiuliseret. l ne force irrcsislililc avait a|;i sur moi sans le concours de la pensée. I.i's mots (|ui m'é- I. lient échappés n'étaient que l'éruption d'un volcan lou|;tciiips eu feniieulaliini, et don) les feiiv se rcpaudent enfin avec violence et coiisuiiiciil ce qu'ils rencontrent.

.le vis uiilrer dans ma clianilire un lioiniiie à ehcveiiv plats cl |j;ras, au \ isa|;e lilèine , au rei;ard olilique. Il commein'a dès la porte des révérences, qui se terminèreiit il ipiatre pas île luoii lit par la plus humilie des inelinalions. Il était suivi de deuv drôles en |;uciiillcs. ilonl l'un avait le ne/, charijé de l)our|;eons, et l'autre la pâleur d'un Imveur d'eau-de-vie : celui-là se faisait sentir de l'escalier. Si ou ii'avail été hieu persuadé dans ce pajs-lii que nous ne plaidions qu'à coups de canon, nous autres militaires, j'aurais cru voir ciilrer iiii malheureiiv huissier suivi de ses recors. l'Iiéri'se fermait la luarihc. Klle me souriait avec sa douceur ordinaire, en me nioiilrant riioiiiiiic aii\ clicveiiv ijras.

l.a porte du |;énéral était ouverte; je trcmlilais i|iic la petite parlât, et je n'étais pas ilisp<isé d'ailleurs à l'écouler favoralilciueiil. .le lui lis si|;ue de se laire, mais un sijjne si iiiipcratif, que le sourire disparut île ses lèvres. L'.lle reprit cet air suppliant qui lui allai) si liien, et contre lequel j'avais eu si peu de forces quelques instants aiiparavanl. « Oui ètes-voiis, monsieur, et ipic me vouIi'/.-vimis;' disje à l'homme aiiv cheveux ijras avec nu ton (pii annoiiiait rpie je n'étais pas disposé à prolonijer la conversation. — Monsieur, je venv vous marier. — Oli ! il est fort , celui-là, — Monsieur, je marie à juste prix les jeunes i;ens qui ne sont pas nialiresde leurs a<'tious, et les douairières i|ui craiijneul les sarcasmes du piiMie. (les deux messieurs m'assistent comme témoins. — Je neveux pas me marier. — Pardonnez-moi, monsieur, vous le voulez.; miidemoiselle ne saurait m'en avoir imposé. • Ici le général tira sa sonnette avec violence, cl je Ireinhiai de tous mes incmhrcs.

" Mon cher ami, dit Thérèse avec naïveté et onctiuii, il n'v a que le mariai^e qui puisse lé|;itiiiier mitre iiitiiiiili'. .le me suis informée, et ou m'a indiqué cet homiiii' qui... u Mlle avait liicn choisi le luonient, mademoiselle Thérèse! " Mon ami, dis-je à Liivcl , jcllc-moi ces mallieureiix il la jiorte. cl cmmi'iu' cette enfant. — Jérôme, mon ilier Jérôme, vous voulez dinic me faire mourir. — i\on, ma chère amie; mais je lie veux pas me marier. — Oriicl jeune homme, et vous me le dites de saiij;-froid , vous qui tout à l'heure me juriez amour, fidélité.., — Je vous trompais; je me trompais moi-même. — Ml! Jérôme! Jérôme! » l.lle tomba sur le |iari|uet et fondit eu larmes. Je tenais encore la lettre de la femme charmante et si ces • ■:iractères divins ne m'eussent communiqué une force nouvelle, je sortais de mon lit, j'allais moi-même tomlicr aux pieds de l'iiifortuiiée Thérèse, et je me laissais marier.

■' Ohserve/. , monsieur, me dit le marieur à juste priv, que j'ai reçu les aveux de mademoiselle. — J'en suis hien aise, mon ami. — Que je sais (|u'il y a en séduction,' — Vous meniez. — Oirellc est perdue sans ressource si vous ne l'épousez pas. — O'esl là ce qui m'aRli|;c. — F.pousez donc. — Je n'en ferai rien. — Un procès eu séilnclion vous mciiern loin. — \u nom de Dieu, Luvcl, défais-moi ilc cet homme. — Je me mêle aussi d<* conseiller les t'iiles sé'iluites. » J'étais furieux, cl je parlais à demi-voiv, comme si les autres ne se faisaient pas entendre de reste de M. Derneval. I.uvel ne faisait autre chose que d'aller du marieur à Thérèse et de Thérèse au marieur, il leur metlait alternativement la main sur la bouche, et, convaincu qu'il ne i;ai;nerail rien à ce nianéj;e. il allait enfin les pousser tous dehors lorsque le jjénéral parut, tiré par (piatre laquais dans son lit à ronlelles. Il s'établit au milieu de ma chambre.

Jamais coupable n'éprouva devant son juj;c la confusion et le saisissement qui s'cinpari'rcnt alors de moi. .l'étais incapable de voir, de penser, de parler, l.e général était prévenu contre moi; son air sévère l'indiquait assez, et cependant je ne trouvai pas un mot pour ma défense, moi, qui éprouvais le besoin le plus pressant de me justifier. " Comment, dit le général au marieur, avez-vmis osé venir chez moi porter un jeune liomnie sans expérience ii contracter un maria|;c clandestin.' Commciil, sans trembler, l'avez-voiis menacé d'une procédure que je puis a l'instant même diriger iiintn- vous ' Ignorezvous ce que votre coiidiiiic a de répréhensible , et quelle peine von-, subiriez si je vous livrais auv tribunaux ? — Ah ! je vois ce que c'est : monsieur est le pi^re du jeune homme. Kh bien! monsieur, vous consentirez... — Oui, je suis son pire; mais je suis aussi l'ofticier ijénéral conimaudanl en chef dans cette ville. >. A ces mots, le ma-

rieur toniliu il l'ciiou* nvec iiicsiiinirii arii U'nioiiiii. « Qu'on donne un louis il ces misérables, dit M. Ileriieval, et qu'ils sortent a rinstuiil... Que ilialde aviez-vons licMiiii, dit cet lioiiime en se retirant, d<! me l'aire l'aire celle équipée ' (In doit savoir ce ipi'on fait, prendre du justes mesures, cl on ne se jette pas il la tête d'iiii père, Au reste, celui-ci est raisonnable; il me donne sept fois, pour ne me mêler de ricii, ce que j'exige de ceiiv ii i|ui je fais faire une sottise, ;> l.a petite, plus uiiirte (|ue vivi-, iic répondit rien, bien i|ue les intci pcllatiiiiis s'adressassent ii l'Ile.

• \ oviiiis, maintenaiil, dit le général, la demoiselle qui a une vocalion si ilccidée pour le maria|;e. < la pauvre enfant s'approcha, Iraiisie de peur. " llllc est jolie, et parait décenti', itassiirc/.-vous, iiin iillc, cl ililes-inoi sur quoi sinil fondées vos prétentions à la main de monsienr et ce cpie signifie ce travestissement;' ■• ICncourugée piir ce ton de biinlé, elle se remit, prit la parole et raconta ingénument luiil, absolument tout ce qui s'était passé a Aosl. Ses expressions, aussi précises ipie naivi^s, peii;iiaicut jusqu'aiiv moindres détails. Il est dune vrai ipie rinnocence ne rinigil jamais. Sa manière de racoiiler rameiia soiiveiil le sourire sur les lèvres ilii général, et cria iiii' fil un bien, mais un bien !...

•• .le vois, repril-il, (pie le liasnrd a tout l'ail dans cette aveiiliire, votre volonté respective ii'j est entrée pour rien. Jiisipi'a présent je n'ai pas île rcproclies a l'aire à Jérôme, le l'onçois qu'il csl dillicile à son âge tic fuir deuv jolies femmes qui lonilienl tout a coup dans un lit, et contre lesquelles on ii'csl pas préparé. .. (!es paroles me remirent liHil à f.iil. Il cinitiiiua : \ oici cependant une enfaiil qui n'a s.ocombc à un danger qu'en voulant en éviter un autre, l.lle s'est reprochée cette faille iuvoliintaire , an point de se croire indigne de l'état (|ii'clle avait cmbrassi-. l.lle a tout (|uitlé, elle est venue vous joindre, Jérôme, cl, si j'ai bien cnlcndii, vous l'aveu accueillie, vous lui avez ])romis amour cl fidélité, (i'ist là, iiionsienr, i|iic vous coinniciicez à devenir coupable. Il est contre riionneur de Iromper une femme (pieleonque, et i:elle qui ii'csl pas véritablemeni aiiiii'e eût pu triompher de sa |iassiiin si on ne l'eût nattée d'en inspirer une semlilable. Ilientôl, nég'ligéi', Iraliie, abiiniloiiiii'c, elle est livrée aux remords, ou elle les perd il force de méritir d'en avoir. Dans tous les cas, il est certain que l'ammir ne peut procurer à une fille sage autant île bonheur ipi'il lui en fait perdre. Jérûine ne rendra ilonc ]>as celle-ci v ictiine il'un goût léger et passager, l.a voilà sans asile, sans ressource. S oyons, monsieur, que comptez-vous faire pour elle? — Je me conformerai, mon général, à ce (|iie prescrira votre sagesse. — ■ .Mon général, prescrivez-lui de m'i pouscr. — ■ Mon enfant, il serait cruel de vous laisser nnurrir un espoir qui ne peut se réaliser : Jérôme n'a (pic seize ans; il n'est pas irà|;c a se marier encore. — l'ardoiiiiez-moi. mon général, puis(|ii'il est d'âge à plaire. — Il est colonel, il a un r.ing dans le monde, ipii lui interdit toute alliance, (pii... — Il ii'clail rien, mon ijcnéral, ipiaiid je me suis donnée à lui, et je n'ai pas balancé. — ■ Eh bien! puisqu'il faut déchirer ce petit C(rur-la pour le ramènera la raison , .ipprencz (pie , depuis son enfance , Jérôme nourrit une passion insiirmonlable, dont rabseiice et une jolie femme peuvent le distraire un moment, mais ipii reprend aussitôt son empire. Mariée à ce jeune homme, votre sensibilité vous rendrait la ]dus malheureuse (les femmes, cl votre intérêt, aillant que celui de monsieur, m'oblige à vous séparer. (À'dez, mon enfant, à la force de» circonstances. Avez-vous des parenis.' •<

Le général eût parlé deux hcures.encore,quc la pauvre petite n'eût pu lui répondre. Klle était dans un état à fendre le cœur le plus dur. Je l'aurais épousée, moi, oh! oui, je l'aurais épousée, sauf à m'en repentir apri's.

o Par oii. Picard? par oii, Lafleur? par où, Touraiifj;cail ? • crièrcul plusieurs iiersoniies ensemlile qui montaient avec un fracas et une vivacité inexprimables. Les ])ortes s'iuivrciif comme si elles se brisaient... (l'est (die, grand Dieu! c'est la femme iidorce , c'est madame Derneval! ,\ la iircmièrc nouvelle de nus blessures, elles étaient montées en voiture, elles avaient couru jour et nuit, elles avaient crevé v iiigt chevaux.

La bieii-aimée ne vil ni le général, ni ses gens, ni Tliérise; elle ne cherchait, elle n'aperçut ipic moi. Son grand deuil, l'étiipielte qu'il prescrit, tout disparut devant l'amour. Tremblante pour son amant, embellie par le scnlimenl ipii l'agitail, elle se précipita vers mon lit cl me pressa sur son cu'ur. Sa présence inespérée, celle scène qui n'était pas terminée, (|ui allait l'allligcr, et peut-être in'ôter sou amour, tout était réuni pour me causer une rcvoliilion lerriblc : je m'évanouis dans ses bras.

Lorsipic j'eus repris mes sens, elle était près de luoi , debout, sa têle penchée vers la mienne, lillc tenait un flacon d'une main, elle appuyait l'autre sur mou cieiir. Je n'osais nie livrer au plaisir de contempler la plus parfaite des lemincs. Jeeraignais, j'ijvilais ses regards. .' Mon ami, (piaiid apprendras-tu à me coniiaitre,' T'ai-jc jamais aimé pour moi.' Si j'étais susceptible de cet écart, lu ne serais pas blessé; mais tu ne serais pas l'oflicier le plus intéressant comiiic le plus beau de l'armée, et tu aurais continué à traîner pris de moi une v ie iiiiilile et obscure. Crois-tu (pie celle ipii a eu le courage d'exposer les jours de son aniaiil ii'ail pas la force d'oublier une faiblesse ' Ton aventure avec (llotilde m'a fait pressentir qu'à ton âge tu m'échapperais quel-

JLHOME.

qiiprni«. Je suis convaiiioiic (luc la foiiiim" la plus ^limalilc a souvent à ))artl(imifr; et pour couscrvcr Ion amour, il faut (|ue le inicu soil iniluli;enl coiuiuc l'auiitii'-. Si uièiuo, mon ami , jr voulais dans ci'ttc ortasion !<• jnjfer avcr rii;ui'ur, pourrais-jr tr rcproi'hcr la surprise <|ue l'ont faite tes sens'.' I.e i;(''ui'"ral m'a loul ilit; celle eufanl ellenu^me ne l'aeeiise pas. l'Ile souffre eomiue soulïriroiil eellesqui ne t'auront eoniiu que pour le re|;reller. .le sais ipie je suis sans eesse présente ii la pensée. (|ue je suis l'olijel île les vo'uv les |ilus leiulres, et trop heureuse celle i|ui n'a que des comurrenles cl jamais «le rivales. Ueprends courai;e, mon ami, aeeepic mes soins, j;uéris promplcmeul pcuir rendre la vie il la bieii-aiinée. ICIle s'empressera d'einliellir la lieiine cl de parla(jcr un lioulieiir i|iic la paix va rendre duralile. u

l'ouvais-je répondre aulremenl que par des adoralions? (,)ui les méritait eoinme elle ' .l'aurais voulu pouvoir lui clivi'r des autels, .(c

La petite Tivandière.

le lui ilisais avec cette vélu-mence (jii'inspirciit nu aiiiimr sans bornes et la plus léyilinie reconnaissance. " (i'esl là , mon ami, ipi'est mon autel , je n'en veu\ pas d'autre, et il y a lonijlemps cjue tu en as un ici. » Elle avait remis sa main sur mon cicur: elle porla'la mienne sur le sien.

<i Mon ami, tu ne me parles pas de Tliéri'se. Tu crains de me iléplaire. Crains plutôt de te montrer iuj;ral, injuste, insensible envers celle enfant. — ^ otre bonté embrasse tout, elle va même audevaul de ma pensée. — Rien île ce i|ui l'a été cher ne peut m'ètre iudilïéreut. — ("lier! oh! cher! L'expression est forte, madame. — Klle est iléplaeée, puisqu'elle le blesse, cl je t'en ilemande pardon. Ne dis|iulous ])as sur les mots. ^ oici ce que je sais de Thérèse.

" Son père est un riche parliiiillcr de l'iivic. I.e désir de doubler la fortune d'un fils unique l'a |ii)rlé à sacriher ci'llc jeune persounc. Thérèse , sans !;oùt pour le cloître, mais intimidée par l'autorité paternelle , s'est dé<-i<lée pour l'ordre oii l'on conserve une apparenci' de liberté, et oii l'on aciucilli- cl console rindiijeiiie. Son père s'est d'abord opposé ii un choix ipii ne remplissait qu'une partie de ses vues, parce que ces religieuses ne fout ipic des vœuv simples. "Mais la petite a déploxé une énergie qui l'a réduil à l'alternalivc décéder ou de iléelarer si-s véritables motifs, cl d'i'ucniirir le blâme publie. Klle est donc entrée cliez les lilles de la (;harilé d' \oste il y a environ îix mois.

• l'Ile t'a VII. Ta destinée est de plaire» toutes les femmes qui le verront... — Et de n'en aimer i|u'iine. de l'aimer loujiuns. de l'aimer sanspartaije: le général me rend celle justice. — Oh ! ripile , mou ami, répi'le : j'ai laiil de besoin de le croire ! .le ne saurais ilissiiniiler plus loni^lenips. l.a philosophie i[uc j'opposais loul a riieiire à tes intidélilés n'était que dans ma boiiehe : c'élail le dernier cIVort de ma vanité blessée... ÎNoii . tu ne sais (las combien je l'aime, lu ne le sauras jamais , puis qu'il n'est pas de mois jioiir le dire. » Elle se lut ; mais qu'il est élnqneiit le silence d'un eu ni i|ui brûle! Ce n'était pas

Paris. TypOiTrjpliir Ploii

Thérèse qui me pressait dans ses bras, ce u'élaienl plus ses baisers >{iii répondaienl aux miens, c'élail le biuihciir même, c'était ipichiue chose de plus qui entourail un lil de dinileiir d'une auréole céleste.

1 Assez , assez , adorable enfant, ton saui; s'éeliautl'e... — Ta présence seule le dessèche, le dévore; jui;c de l'elïet de les caresses. — Arrcle, mon ami, arrête; tu veux donc mourir et me donner la mort ;' ^on, je ne serai plus seule avec loi, je ne veux être ipie ta !;arile. Tu sais lombien elle sera soijjneiisc, alleulive, prévenante ; mais plus de baisers, je l'eu supplie : ils nous mènent toujours trop loin. "

Elle axait reculé son l'auleiiil, elle avait sonné ; elle avait caché sous ses crêpes noirs une bi;ure enixiaiilc, cl à travers le tissu jaloux son leil dardait des feux i|ui arrixaieiil jusqu'à moi.

" Hexenous il Thi''ri'se , mon ami ; il me semble que c'est irclle ([ne nous parlions. Tu ciuiiois ipi'il a fallu la force de raisoniieiiiciil du ifénéral cl le lanijaijc alVccluciix de smi aimable épouse pour que la pi'lilc eiHiseulil a se laissi'r cond iiire dans un eouxent , où ou la pliiee en qualilé de pensionnaire. On taira ce ipii doit cire caché; et ou la recommandera de manière qu'elle jouisse d'un sort ai^réable, jusqu'à l'c qu'on ail des nouvelles de son père. •

Une femme de chambre entra. (]e n'élail plus fîlotilde, ce n'élail pas même sa eompaj;iie. .le pensais qu'il esl (les choses qu'une femme sensible pardonne ii son amant, mais r|u'elle ne parilouiii' qu'il lui , el que la bieii-aimée n'avait plus de seerel pour madame Uerneval. Elle ordonna à mademoiselle Lucie de rester, et elle continua :

Il M. Derueval a fait écrire. 11 attribue la fiiilc de lliérèsc à la ternuir que devaient lui inspirer un siéije, un assaut, un ])illa|;e. 11 ajoiilc que dans les pays conipiis les Erançais ne souft'reul point de clôture forcée. Il enjoint au père de reprendre sa bile, de la traiter axcc douceur ou de lui l'airi' une pension proportionnée à sa forliinc. Voilii , monsieur, où en sont les choses. — Monsieur, monsieur ! répétai-je entre mes dents... Oh ! c'est ipie mademoiselle Lucie est là. u

J'ai métamorphosé la jolie enfant en jockey.

l'idèle à sa résolution, elle ne me quitta pas un instant. Mais elle avait toujours Lucie ou une autre aiiiuès d'elle. Madame Derueval venait plusieurs fois dans la journée me donner des marques du plus doux intérêt. Elle me nommait son sauveur, son ami le plus vrai, moi qui lui devais tout ! Il est donc des cœurs assez i;énéreux pour oublier le bien qu'ils ont fait el trouver leur bonheur dans la recounaissanec ! La sienne ne connaissail pas de bornes. Elle se plaisait à préparer ce qui était nécessaire pour le pansement; elle me présenlail mes |iolions, elle m'embrassail en eulranl, eu sorlani, et loul cela, disait-elle en riani , élail autant de larcins qu'elle f.iisail a madami- limier. Le disail-elle pour que la bien-aimée pùl m'eiiibrasser il sou tour et que ses caresses ne parussent à Lucie que des plaisanteries sans eonséquenci'!^

.laiiiais blessé ne fui lr:iilé comme moi, jamais enfaiil ijàlé ne fut aussi impaliont. Je me louriiienlais. je murmurais intérieurement contre la réserve à laquelle on me souiucll lil. le maudissais Lucie, frères, rue OaraiiLière, S.

JbKOMb:.

muilamc Dorncval , j'aurais niaiiilit la hifii-aiiiiéc rllc-iiitïiiif si je l'avais osi\ iHi plutôt si ji- l'avais pu. l'.nriii , If lioisiiMiir jour, jo «lé-

iioii rliiniri;ii'u (|uc je voulais l'aiie ma cour un- Icvfi-.

(;ai'>lassf Ir lit i|u<'li|urs jouis curoir. l.a

clarai li'i's-itsoli'iuit'iil à nu Qviicral vl i|ur j'allais

Il aurait voulu i|ur \v IViiiiiii- cliariiiaiitc , iiiailaiiit' Dfini'val, \l. l.iivcl liii-iiu'-iiic , tout le iuuikIc s'était raiii;i'' ilu parti ilii iliiitciii". luais aii\ inai'(|m's de ili'pil <|ue ji' laissai ('cliappri', à la viciliiuc <li' liiuii ai;ilatioiè, on jui;t'a iiioiiis ilaui;('i'i'U\ <lf iiu' satisl'.iirr ipu' ilr lu'rvpnM r a ((ikIciui' ii'xoliilioii. Je lus (loue lialiilU' par la iii.iiii îles (iràri's, car cette l.ucii' était encore, je ne sais pouri|Uoi, Ires-jolie, cl la liieii-aimec et iiia- «laïue Derueval ilisputaienl avec elle ireuiprcssciiuiil et île lci;èrelé dans les iltii{;ls. t! cl.iil à i|iii me procuri'f.iil plus d'aisance, a i|ni Icrait valoir davant,i|;e cette pelite lii;nrc i|u'un ri'sie de pâleur rendait, disail-on, plus louchante. Uli ! i|u'il C'.t doii\ d'être aimé ainsi! ipi'il serait flatteur de le mériter '. Je n'osais nie livrer il celle dernière idée, et ell<' se reproduisait inalifré moi. Oh 1 le chien d'ainoiir-propre! , • ^

Il était cin(| heures, et l'on faisait cercle cliei le (;éiiéral. N oiis sente/, que ee qu'il y avait de micuv dans lu ville s'était empressé de venir rendre ses hommaijes a niadaiiie : elle était trop bien pour c|up les liomiiies ne l'iisscnl p^is tentés de revenir. M. Derueval avait nue de ces ph\,sionomics(|ue les reiiiiiies sont liien aises de revoir, et dans ces cas-là les nus et les autres n'ont besoin <|iie il'un préicvie. Il y en avait un ici qui s'olVr.iit de lui-même : le désir de dissiper l'illustre blessé.

Aussi avait-il tous les jours de ciii(| heures il huit une réunion nombreuse et <lioisie. Il était clair (|ii'à travers tous ces yens- l.i je trouverais, je joindrais la bieiiaimée et que je iionrrais au moins lui parler de mon amour. On n'est jam.-.is plus isolé que dans une assemblée nombreuse, oii chacun a ses intérêts, ses alVeelioiis, sesplaisirs particuliers, liien certaiiienieiit mademoiselle l.ueie ne viendrait pas troubler des tète-ii-lèle d'un moment, mais souvent répétés. Je n'avais pas d'autre but, car je senUiis bien <|ue pour achever de i;uérir il fallait être raisonnable.

Tout entière au cher blessé, la femme cliarmanle n'avait point encore paru dans la brillante société, et

c'est un évéuement que l'entrée d'une femme charmante. I.e moment oii nous pariinies fut pour moi celui d'un triomphe nouveau. Les houiiucsse levi'rent avec un murmure d'admiration qui me lit rougir de plaisir et ]ieul-êlre d'orgueil. Klle me soiileiiait sous le bras; elle me le serra d'une façon qui voulait dire : ('c qu'ils admirent tant est il loi, il toi pour la vie. I, 'orgueil s'évanouit, il ne resta ([ue le plaisir; c'est ([Ile celui-ci est l'enfant de la nature et que sa bienfaisante mère nous ramène toujours au\ sentiments vrais.

L'accueil ([u'ellc reçut des femmes fut un peu dilïéreiit : elles restèrent froides, immobiles, et quelques-unes se pincèrent les lèvres, ce qui veut dire encore en Italie comme en France : Il est inliniment désaijréable de rencontrer de ces fcmmes-lii, elles vous éclipsent à la minute ; les hommes ne reviennent ii vous que bien convaincus de l'impossibilité de réussir, il esl dur de n'être plus qu'un pis aller, etc. , etc.

IViulant que j'offrais au général le tribut de mon allection respectueuse, ces dames se reluirent, cl la ijaieté folàlre succéda subitement à de petites moues, peut-être un peu Irop iiian|uées ; mais le premier luoiuement des femmes est toujours pour la vuuité, le second est il la dissimulation.

Elles devaient enliii m'evaminer à mon tour, je méritais aussi quelque attention. Elles s'approchèrent de moi avec nu euipressement , un intérêt i|u'elles ne se donnèrent pa? la peine de vouloir cacher.

Eh! quoi de plus simple.' Il esl reçu i|u'iMie femme de vingt-cinq ans peut jouer l.i petite mniuaii a\ec un jeune lioinme de seize, et , pour peu qu'il soil dégourdi, ce jeu la mené loin. ■■ I.e joli enfaiil ! disait l'une. — l^>ue »a toilette de convalescent lui sied bien 1 disait l'autre. — (àimment ee vilain cavalier a-t-il pu lever son sabre sur lui .' ajoutait celle-ci. — Oh ! ces Hongrois ne savent pas vivre ! reprenait celle-là. .. In fauteuil il roulettes arrixait d'un côté, on apportait des coussins de l'autre. O'est ii i|ui m'arrangerait les bra:>, lis jambes; on me plo\ait eomnie un niaiinei|iiin.

(.oniiiic tout prend lin, ces dames linirciit par me laisser tranquille, mais alors les lionimes m'oliséderciil , parce que la bieii-aiiiiée s'était assise auprès de moi. l.lle leur lit observer |»i)liiuent que j'a\ais besoin d'air. Il est un genre de pcdilesse qui bannit l'espoir, et nous restons peu, nous autres liomiiies, auprès d'une femme dont nous n'espérons rien. (!es messieurs s'éliii{;iiereiit insensiblemeiit , et s'efforci'reiil de faire oublier il ces dames la solitude hiiiiiiliaiite oii ils

les a\ aient laissées un mo- ■iieiil. I II seul resia, et me gênait autant que mille. Je ne pouvais riM-oiidiiire , et j'en avais grande envie, car il parlait avec facilité cl avec grâce; son esprit était orné. Il adressait a la femme charmante de ces cliosi s flalleuses qui plaisent tocjours quand elles n'ont rien d'alVeclé. l ne figiire aimable, une croix qui annonçait un rang dans le monde, 1 1 son imporiuiiilé, c'était pins qu'il n'en fallait |ioiir se faire détester s'il n'eût fu

quarante ans, et quand je l'écoiilais, je trouvais qu'on

J'aurais cru voir un malheoreox huissier suivi de ses recors.

peut plaire encore a cet âge, et plaire beaucoup. Je lupus adresser (|ue quel«|ues mots particuliers ii la liieiainiée pendant cette étciiielle soirée, ce fut lorsipie le beau monsieur se leva pour aller demander au général qui était cette femme scduisaiile <|ui paraissait avoir tant d'attachement pour moi. Le général lui répondit ii voix basse, mais probalilcnient de la manière la plus avantageuse , car M. le chevalier revint plus empressé, plus respectueux ; il reprit sa place et ne la quitta plus.

Oh ! combien je regrettai alors ma chambre solitaire, cil je n'avais de témoin que Lucie, devant qui , ;i la rig'iieur, je pouvais ne me contraindre que jusqu'il un certain point, car les femmes de chambre ne voient rien dans l'apparlemeiit ! Elles ont bien des réminiscenecs a l'anlichaiiibre; mais que m'impiirlail déruiilivemcnt qu'on y dit (|uc j|elais amoureux? l'objet de mon amour me jiistiliail de reste; que j'clais aimé ' parbleu, j'en valais bien la peine.

Luvcl était ii tout. En faisant sa cour il une assez jolie femme, il s'aperçut de mon trouble, de mon mécontentement; il vint se mêlera la conversation et la généralisa, ce que je n'avais |)U faire jus<|ii'alors , tant je me sentais gauche et embarrassé. La jolie femme qu'il venait de quitter le suivit, non pas pour le suivre , connue vous pensez bien, mais parce qu'il n'était pas généreux, disait-elle, ipie personne n'aidât cette daine il répondre il trois liommcs inléressjints.

-Notre pelit cercle s'agrandissait, cl .M. le chevalier parut ftienlot aussi importuné que je l'avais trouvé importun lui-même. Je fus enchanté de la coutrariélé qu'il éprouvait, car il est impossiW»- de ne pas haïr un peu ses rixaux, même ceux qu'on ne craint pas. >'ayanl rien de mieux ii faire, je portai, sur les dinVrentes figures qui composaient l'assemblée, des veux <|iic je détournais malgré moi de celle que je ne voxais jamais assez, li'est une belle chose que la précaution: Et nous l'employons avec une adresse, nous autres pauvres amants! Malgré les privations que je m'imposais, je m'aiM-rçus aisément que noire secret n'en était plus un pour la jolie brune de Luvcl : les femmes ont une pénétration! La découverte de celle-ci I.t mit de la plus belle humeur; elle ne craisiiail plus d'avoir rencontre

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JEROME

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liniili.r se climia iiiissi de (|iielt|iie elio.se, eai- il devint iiensif

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■m- el pill lout il eoiip le lole d'oliseiAnleur. Kli liieiil qu'il olie, M. le ehevalur; «lu'il déses|.ire, et qu'il ne revienne plus!

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