XVI. — (.)ueli|U(8 pjrtrails qu'on peut reconnaître
Huit heures soiinèreni, et tout le monde se relira : e'était Tlieure •les e.iruriiiens, auxquels siieeédait le repas U',jei- .lui e„nvient a des malades. Je repris ma plaee ii la laide du i;énc.al; la l.eauté .i, lit Jes honneurs et la sensibilité) pré.sida. M. et madame Derneval elaienl aussi heureuv qu'on peut l'être après plusi.urs années de 1 union la mieiiv assortie; nous l'étions, la bien-aimée el moi, eomme des amants qui n'ont cneore qu'ellleuré la .„upe du plaisir: l.uvel
était p.u 1 esjioir de se dédommaner des p.ines de i'ahsenee : pour lui, 1 amour n avait que des (haines de lleurs.
" Monsieur l.uvel, .lit le ,jéiiér,,l lorsque les domestiques fuient retires, il y a plusieurs jours que vous voyez ehez moi les mêmes personnes, et je vous erois tiés-hahile dans l'art ,1e saisir les riditiiles.. — .Uoii.jeneral, je ne suis pas moins prompt à reeonnaitre Ks lielles qualités : mon dévouement pour vous en est la preuve — Le 11 est pas un eompl.menl .|ue je vous demande, monsieur , mais qi elqnes lahleauv. .. Je saisis eette ouverture avec empressement. .; .oiiiiiicnee. lui dis-je, parée ehevalier, qui parait eloûé dans son laulcu 1, et qui ne le quille que pour aller faire des questions indiseretes. - Oh . reprit le jjéiiéral , je me ehar,je de eelui-lii, parée .|.ie je le eonnais a tond. J'ai vo^a.jé un an avee lui dans le nor.l de
Luro,.e el vous voyez, monsieur le eolonel, que eelte inlimité aulorisait de sa part ces questions qui vous ont paru déplacées. — \ ous
•rn„''r'.''!''''r' '"'''■''' '""" """;'"«'« vous ju^ez encore de lout lomme on doit le faire a votre .î.fc. l'.evcnoiis
" Le commandeur de ISosari, d'une ancienne famille du l'iémonl est entre a Malte en sorlaiit du berceau. Il a servi des que rà..e le
ma permis, moins par ambition que par devoir. 11 s'esl touiours
•es il'e, '""" "'■■",' '''Y u"' '"" ''•'"■''^"•'■'-' «'«^ solliciter : iussi n tsl-il eiieoje que colonel. Il a le ceur droit et les mœurs douces.
m. .?' ' ' ' '■,";'"'" 'I'" '"''"■""' f«"«""'l'l« " ""e lumière é|iale, qui .claire sans éblouir, et se |.or;c sur tous les obi.ls. Des hommes médiocres peuvent vivre loM.,;tcmps avee lui sans soupenoiicr sa supenorite : il n appartient qu'a ,lcs ,;cns de mérite de la' rec< aitre.
.1 n ,w l""i'." ■'""•, '""",'"■ ''"' '"• '""' ''''1'''''' '!"= P^"oe qu'il vous donne de 1 inquiétude. Avec plus d'usaiic vous auriez leconin, la i;ra ul eiou de .son ordre, el vous sauriez que les di.jnilaires de .Malle fonl des vœuv qui leur interdisent le maria|jo. .Mais le commandeur n a pas renonce au commerce des femmes aimables; ma.lame mérite d avoir des amis et 1 amilié du commandeur peut la tialler s'il la lui olro parce qu'elle sera sincère et qu'il ne la prodi,.ue jamais. Souvent z-vous, mon ami, de n'être jaiouv qu'après vous èlre convaincu que vous avez des raisons solides de l'être, „| alors vous serez alleinl cl un mal de plus cl vous n'aurez rcmi-clié à rien
.--Comment, in'écriai-je, dépend-il de moi d'être ou de n'être .asjalouv e la jalou.MC ii'est-elle pas un attrilml nécessaire de l'a- '"".'."■ -/■-';.•'".""••'';:;"","' ""■ '■'■■l"""lil lnvel. I.a jalousie n'est qu'un prcjujje fortihe par 1 habitude. .Si elle était nalurelle auv amaiils, ils seraient partout ei;alement jaloux, et il y a des peuples qui n.' le sont pas du tout; ,1 tii est mêm,. q„i donnent dans l'excès o„- La"oii "'' ''"' ''''""" "" "P'"'"''"' P'""' '^' ^^' "" lionneur pour un
"La jalousie est si peu un sentiment naturel, qu'elle .se soumet racileiiieiit aux usa|{cs de la société. Tel homme, par exemple, ,|ui serail jaloux d un rival jusqu'à la fiénésie, ne se permet pas de U re .un inari, et en ijenéral les jaloux sont iiiléri..ureulcnl si persuades de leur iiijnslice, qu'il y en a peu qui ne se caehenl de
" On croit que la jalousie marque beaucoup d'amour; mais l'expérience prouve que l'amour le plus violent est ordinairement le moins s. np,;o.,iicu.. La jalousie ne prouve communément qu'un amour fai! e un sol or,;ucil, le seniimenl forcé de son peu de mérite, cl qu.lle lois un mauvais cauir. -Ohl ceci est bien tort, monsieur 1., vcl, • .n mauvais e.enr... - (Jui, mon ami, un mauvais cœur, je le ré-
o. or. ^ ni '"■'"'';■■. ';" ■"'""" '''■«"""• '•l"'"'"' "" ■"■'••"<'- l'"'"vcC" , '• *''.=','M'frco,t qu'on peut se consoler de sa perte
es rJ^ ;:." l'' '"l"'"'" '" '''f' •'^•''' '"■ I«'^ '^'isser une fei«iu..dans l.s regr..,. L„ jalousie ou plulol l'envie le ramène pour être txran sa s c-lre heureux. \ „,la les hommes! leur amour ne vil que .l'amoiiipiopie; Il n y a que des jalouv d'onfiieil.
irâwi^""""' ""'""' '■"":•'■ J'- '"'' '■*'•" 'l'"- lu n'as jamais aimé. Udbord mon am. , ei.tendons-noiis sur le mot. Aimer, c'est de l'a-
imlie ; désirer la j ssance d'un objet, c'. si de l'amour; .lésircr cet
.. bjcl excinsivenicnl a toutaulre, c'est passion. I.e premier sentiment est toujours un ueii; le deuxième n'e.sl qu'un appétit du plaisir ïe r o s.cnu. ..lanl le plus vif, ajoute au plaisir, mais préparc des pi.iùcs. ;:'.'.. "'] !'"""/• fortune nie ,;aide de celui-là ! Oh ! je le réponds 1.1 T ,' " "" ""' '■ ^•'•■•'""l"'- J'' vais mcinc jusqu'à le croire '"'■"'''' ''*■ '""• ""■'• •""• i"'"l'-lilé. -Pourquoi non' I.'inli.lcllié
est un (;rand mol, souvent mal appliqué. En amilié, c'est un crime; mais si une femme aimable avait du |[oùl pmir moi, je ne prélciiiliais pas être ruiii.pic objet de ses allenlions. Lliie telle prélenlion serait une tyrannie iusupportiiblc pour elle cl une folie cruelle pour moi-même. Jouissons loujours d'un bien comme s'il ne devait jamais linir, et sachons le jjerdre comme n'j ayant aucun droit. »
La bien-aimée recul celle doeiriiie avee le silence le plus froid et un inimvemenl de tête (|ui marquait une improbalion formelle. Madame Derneval ne fut jias aussi maîtresse (rcllc-même : •< 11 est aisé, monsieur, lui dit-elle, de ju|;er les femmes cpie vous avez connues el celles ii (|ui vous vous attacherez : l'iles doivent avoir le cteiir froid, les sens assez calmes cl la tête déréijléc. Ce ii'csl pas la raison <|ui délerminc leur choix, ce n'est pas l'amour, ce n'est pas même le lilaisir. (l'est la folie qui leur échaul'fc rima|;inalioii pour un homme qui di'vienl siieeessivemeni l'objet, le complice cl la viclimc d'un caprice. Un amant leur plaît sans autre raison (jne de s'être présenté le premier, et il csl bientôt quitté ])0ur un autre, qui n'a d'autre mérite que d'èlre venu après.
" Viiaiid la tête de ces femmes se prend, elles fonl toutes les avances, eomme si ce n'était rien. La fantaisie est-elle passée, elles s'en iléfendent, comme si c'était (|ucli|ue chose. Il n'y a point alors de maineuvrcs jjlates el usées qu'elles n'emploient. Elles coiumcnecnl par insinuer c|ii'un homme avec qui l'on croit qu'elles ont vécu s'en csl donné l'air: ce sérail le dernier qu'elles choisiraient; elles ne conçoivent jias ([u'on puisse l'avoir. Elles passent par dejjrés aux propos les plus outrai;canls, si toutefois elles peuvenl outrajjcr. Elles supposent qu'on ne croira jamais qu'elles osassent parler ainsi d'un homme dont elles auraient quelque chose ii craindre. Elles ne savent pas qu'elles sont les seules à imaijincr (|u'ellcs aient encore qiifl(|uc chose il perdre. Qiianil on entend ces déclamalions, on sail d'abord à quoi s'en tenir; on l'apprendrait par la si on riijnorait. Ccl excès de hardiesse ne leur est cependant pas iniuilc; il ne dissuade jias, mais il impose, et oblige a dissimuler en leur présence le mépris qu'on a lioiir elles. ;i
La sortie était vive, et Luvcl avait trop d'esprit pour ne pas la scnlir. « Je n'ai pas prétendu, mesdames, qu'il n'y eût point d'exception aux principes que j'ai avancés, et si j'avais besoin de trouver des exemples de la tendresse et de la fidélité conjugales d'une part, d'un amour délicat el sans bornes de l'autre, je n'irais pas les chercher loin. C'est sans doute un malheur d'être athée en amour; mais je ne suis qu'il |ilaindrc, car enfin on n'est pas maître de ses opinions.
— l'as mal, pas mal, dit le général : xoilà (|ui raccommode bien des choses. J'avoue même que j'ai trouvé des idées très-justes dans ce que monsieur a dil de la jalousie : je ne le croyais pas si profond. Je voudrais savoir maînicnant comment un athée en amour niera, avec quelque vraisemblance, rexislcncc d'un sentiment dont il vient de citer un exemple. Voyons, monsieur Luvcl , c\pli([ucz-moi celle conlradiction, qui n'est sans doute qu'apparente. — Oh ! mon général, je n'oserai jamais... (À's dames... — Ces daines ne ressemblent pas aux dévols, qui détestent tout ce qui n'est pas de leur religion. La leur est lolérante, et je vous réponds qu'elles ne se brouilleront pas niéuie avec vous. — Si, eu effet, ces dames le permettent... — Nous faisons plus, monsieur, nous vous y invitons, dil madame Derneval.
— (^clle invitalion est un ordre, madame. Je commence. — Monsieur, j'écoute; mais tenez-vous liicn.
0 — Les passions (jui agitent les hommes se développent presque toutes dans leur cœur avant qu'ils aient la première idée de l'amour. La colère, l'envie, l'orgueil, l'avarice, l'ambition se inanifesleiit dès l'iMifance. Les objets en sont petits; mais ce sont ceux de cet âge. Ces jiassions ne paraissent violentes que lorsque l'importance de leurs objets les rend vérilablement remarquables.
" 11 vient un âge oii ce qu'on appelle amour se fait vivement sentir, iklais est-il, en cITct, autre chose (pruiic jiorlion du goût général que les hommes ont pour le jilaisir 1' (Jette passion prétendue se délniil ])ar son usage; les jiassions réelles se l'ortiftcnl sans cesse. La premi.'re est bornée à un temps (|uelconqnc; les autres s'élcudent sur lout le cours di^ la vie. L'amour, enfin, n'est qu'un besoin des sens cl le plus court des plaisirs. Je vais développer ces idées. — Elles sont absurdes, mon ami. — Pas tant, pas tant, monsieur Jérôme.
» De ce que la sensation du ))laisir (|u'on nomme amour est trèsvive, il ne s'ensuit jias (pie ce soil une jiassion. On la suppose oii elle n'est jias, on croit même de bonne foi l'éprouver, on se détrompe par rexpérience. On a vu des gens, éjiris en apparence de la plus violente passion, prêts ii sacrifier leur vie pour une femme, qui auraient fait, ])cut-êlre comme on fait ilans l'ivresse, des extravagances dont on rougit husqu'elle est dissipée; ou a vu des |;eiis sacrifier cette même femme ;i l'ambition, ii l'avarice, à la vanité, et même ii la mode. Cilcz-moi un ambilieux, un avare, un oriiueilleux (fui se .soit corrigé, l'ouripioi celle dilVércncel' C'est (pic les passions réelles vivent de leur propre substance. L'amour, au contraire, non-seulement s'use par son usage, ainsi que je le disais tout ii l'heure, mais, iieiidaiil sa ((Mirle durée, il a besoin d'un peu de eonlradiclioii , el alors il s'associe l'amour-propre, qui le contient pendant quehpic temps.
1. — Monsieur, reprit la bien-aimée, il est des amants capables de' lioil sacrifier à leur |i.ission. — Vlad.doe , (pi'csi-cc que cela jirouve ?
JEHOME.
il ii'i'kI |iiis (le |;iii'il kériciiv ou l'i'ivolc i|iii ii'iiil iiiisiii si't riiiiiilii|uei. I.ii iiiii>ii|iii', l.i cliiiNSi'. la iliiii>.t' iifiiM-iil (li'vi'iiir le i',i)ùl rxi'lusif tlii|iioli|u'iiii cl IViniiT M)ii iMi'iir il liinli's Irs |iassi(iiis. \li'llii/-vims ]iuur ('('lu un niiii; i\i> ii.iMsiiiii!! lu <laii>r, la iliansc l't la iiiii^ii|iif.'
» l.cs niaiiiK l'I laiTS sai rilii'i's c|iic l'un rouiiaissr <iiil |iirM|iU' liiiu t'io l'ail» |)af (lis IViiiiili'»; itirs(|iii' tons les lions |iioii''ilis leur appartic'iini'iil l'ii aiiionr l'I iiu^iiii' iii ainilir, suiionl (Hianil flic ii surccilc il l'amonr. — Ali! monsieur \t'nl se rclalilir ilans noire es|nil. — Â'oii , inailanic, je veiu siiii|ilciiienl iciiionler ii la caiiic ilc la iliftcreiile inanicre traiincr îles ileii\ se\es, et ce ijiie j'ai ii ilire ii ce sujet ne Mius plaira peut-être point. Mais qu'il me soi) permis île présenter ilaiis loiilc son élcniliie un sjsli'iiic ipie vous ii'aiioplcre/. pas, mais i|ni n'est point aussi i'liiiiiérii|iie que \ons iiaraisseit le eioiro. Je repremls.
» On ilil, et Ici Icmiiies aiment il enlenilre ilire i|n'clles ont l'àiiie plus sensilile, plus sinei're, pins couia|;eiisc en amour une les lioiiimes. Cela \ieiil niiiipiement ilc leur ciliieatioii, si l'on peut ilonner ce nuiii an soin i|n'<>n prcml iraniollir leur coeur cl de leur laisser la lOte *idc. Les l'einiucs ne sont ijuitc cxposi'es i|u'au\ impressions île l'amour, parce ipie les liomines ne elierclient pas il leur inspirer il'au- Ircs sentimeiils. ^e tenant point ;i elles par les alVaires, ils ne pouvent roriner avec le sc\e il'autres liaisons que celles des plaisirs. Aussi la plupart de ces liéroincs île tenilrcssc passent leur vie ii être flattées, ];àli'cs, séduites, aliandoniices. livrées 1111111 ii elles-mèiiies, et n'ayant pour rcssuurce (in'iiiic dévotion de pratiiiiic, d'ennui et d'iiitri|[ne. (.ette ilévolioii les ociiipe alors cvclusivciiient , et n'est pas plu. une passion que l'aiiiour aiii|iicl elle a succédé.
" L'éducation des liomiius, tout imparl'ailc qu'elle esl , a du moins l'avantaijc de les occuper, de remplir leurs têtes d'idées lionnes on nianvaises, qui les délouriient liinijlemps de celle de s'attacher. Les alïaires, les emplois, les oicupalions quelconques viennent ensuite et ne laissent ii l'amour qu'une place siilionloiiiié il des intérêts plus puissants, ii de vcritaldcs pa>sions. Oc qu'alors les lioniiiies noninicnt anioiir est l'usai-c de eerlain plaisir qu'ils saisisseiil d'aliord avec ardeur, qu'ils varicnl par déuiiùt et par ineuiistaiice, et auquel ils sont eiilin forcés de rcnoncei quaiiil ce plaisir cesse de leur convenir, ou quand ils n') euiiviciiiieni plus.
" Oliservez, mcsdaiiies, que, si cet attrait du plaisir, qui séduit les deux sexes, était vraiment une passion, les elVcIs en seraient précisément les niâmes, roiiime il est de l'ail (|iie les avares courent d'une manière invarialde après l'or, et les amliiticiiv après les grandes places. Tout bien evaminé, il me seiulile que l'amour n'est que l'affaire de ceux qui n'en ont point.
u — As-tu jamais fait, l.nvel , de ces raisonnements-là ii ton amante de Paris :' Lui as-tu laissé entrevoir que la ilévution serait un jour son uniiiue ressouree? — iVon, mon ami. Mon intérêt personnel, plus fort (jne l'amour, parce qu'il csl passion, ne me permet jias de donner des armes contre moi. (Jnc j'épouse ou non, je inc conduirai en (jalaiit liuninie ; voilii tout ce qu'une fenimc raisonnalilc peut exiijer. — Et si ces lions procédés s'élendcnt jusqu'il la lin de la vie? — Us prouveront l'absence absolue de la passion, car il n'v a plus d'amour oii les procédés commencenl. Mais je te vois venir. Tu vcn\ ni'o]iposer ces liaisons iiirune lunijue suite d'années a rendues res|icelables, parce (|u'oii suppose que le temps ne les a point afl'aiblics. Saiis-tu il quoi se réduit cet ari;uiiienl ? Je vais le le dire. Les liaisons dont tu parles sont celles que l'amour a pu faire naître, mais que l'amitié a consacrées. Kn général, elles ne cessent d'être orajjeuscs que lorsque l'amour esl éleiiil. (^e sont des amants qui tantôt ivres de plaisir, tantôt tourmentés par des caprices, des jalousies d'Iiunieur, ou de fausses délicatesses, passent, quelquefois en un même jour, des caresses au dépit et à raijjrcur; s'ofl'ensent , se pardonnent et se tyrannisent muluellcnicnt. Ajirès avoir usé les plaisirs et les peines de l'amour, ces amants se Irouvcnl licureusement dignes d'ilrc amis, et c'est de ce luomeni seul qu'ils vivent lieureuv.
» Un élat si rare et si délicieux serait le cliarme d'un àj'C avancé, et empèclierait de regretter la jeunesse. La réflevion , qui détruit ou alTaiblit les autres plaisirs, parce qu'ils consisteni dans une espèce d'ivresse, au|;menle et eoiisolidc eilui-ei : noire lionlieur est doublé quand la raison nous en déiiionirola réalité.
» A ré[;aril d'un autre jjeiire de vieilles liaisons, que le publie a la bonté de respecter sur parole, que verrait-on si l'on pouvait voir de prés ' Des j;ens qui eonliiiiienl de vivre ensemble, parce qu'ils ont loii|;temps vécu ainsi. La force de riialiiliidc, l'ineapacité de vivre seul , la dinicullé de former de nouvelles liaisons , l'embarras d'un rôle <|iieleiiiiqiie il remplir dans la société, relieiinent beaucoup de ces amants sans amour, et donnent ii l'ennui iiiêine un air de constanee. Ils ont cessé de se plaire, et se sont devenus nécessaires: ils ne peuvent se quitter, quelquefois même ils ne l'oseraient : ils soiiliennent un rôle pénible par pur respect liiimain. On s'est pris avec l'enj^oueinenl di' l'aniour, on a annoncé liantemeiit son bonlieiir, on a eontraeté un eiii;a);cnient devant le publie, on l'a ratilié dans des occasions d'éclat. Le cbariue se dissipe avec le temps , l'illiikion cesse. On s'était reijardé réciproqucmciit comme parlaits, on ne se trouve plus même estimables. On se repcnt , on n'ose l'avouer, on s'obstine
h vivre eimemlile en >e déleslaiit , et l'iiii tremble de rompre nu eiii;a|;ement iloiil on 11 fait gloire.
:i Les \ieilles liaisons c\i|;eiil, pour être lieiireiisek, plu» de qualités qu'on ne riiiia{',iiic. L'amour tient lieu de toiil aux uiiiuiils, son objet lui siilbt ; mais l'objel s'use, raiiioiir s'éleint , et il n'est pua d'esprits assez féconds pour remphieer rilliision cl servir de reksoiirci! contre lu laii|;iieur d'un tête-a-lêle eiintiiiiiel. .S'il evislail de l'esprit lie cette espèce, il faudrait que les deiiv alliants le piissédassent au niêiiie di'|;ré, car la sterililé de l'un éloiilVerail la féeonililé de l'autre. Il ti'v a que l'esprit qui serve tiiiijiiurs d'alimenl a l'cspril : il ne pi'oiliiit pas loni;lemps seul.
■: On clieri'be , ou croit iiviiir trouvé, cl l'un cite des cxeiiipIeH de consl.ince dans les lioiiinies d'iin à(;i! avancé : ei*tle conslance n'est qu'eviérieure. l n vieilliird s'excite au désir pur lu eraiiilc seule de ne plus paraître jeune; il lie jouit qu'avec inquiétude, parce qu'il treiiiiile de laisser éebapper ce i|u'il n'est pas sur de reiriiiiver. Dans lu jeunesse, on ne sent que les désirs. Ils s'éli'i|;iienl par lu jouissance ; mais ils renaissent ii l'instant. Lu jeunesse désire avec force, jouit avec conl'iancc , se déijoi'ilc prompleiiieiit el quille buns crainte , pane qu'elle remplace avec facilité. \ oilii le secret de la lé|;i'relé d'un à|;e et de la couslaiice d'un aiilrc.
» .le me résume .l'ai démoiilré, je crois, i|iie les liiunmes iiaisheiit avec toutes les passions, lioi^ celle de ramoiii ; que cette prélendiie passion n'occupe l'Iiommc qu'un temps limité, tandis que les passions réelles R'nn'ermisseiit par l'à|je;qiie ramoiir. eoninie la iléMilion, n'est eommnnénienl eliez les femmes que l'elVcl du désa'iiv renient ; que ce qu'on a]qielle passions eonslunles n'existe que par des causes indépeiiilanles de l'amour, et je conclus de tout cela que nous avons Ions, plus on moins, le i;oiit du plaisir; que l'amour n'est pas une passion, que même il n'existe pas, et (|ue le mol amour n'exprime que le désir on l'cspice d'ivresse i|iii suit la prcmiire joiiissanec.
1) — Et moi. dit maduiiie Dcrneval , sans eut reprendre de réfuter vos arijuments, je conclus tout le conlraire. — (À'Ia doit être , mailame, el je conviens qu'il n'est pas de temps plus mal employé <|iie celui qu'on passsc en disputes métapbxsiqiies. (In a beaucoup parlé, el eliaciiii conserve sa première opinion. Mais perniette/.-moi , niadaïue, de finir par une question , et proiiiettez-moi d'y répondre avec sincérité. — .(e vous le |iromets, monsieur. — Nous aimez beaueoup notre général, le fait est constant. Mais l'aiiuez-voiis précisément comme vous raimiez pendant les six premiers mois de votre mariaije.' Une dcnii-lieiire d'absence vous parail-elle insiipporlable '.' Le retour de l'objel aimé fait-il encore ballre votre cœur? LU de ses regards allume-t-il ce feu brûlant (|ue décèle une aimable routeur? l'assezvous , il parler de votre amour, des lieures entières qui s'écoulent comme des secondes ? lUtrouvc/.-vous, en présence l'un ilf l'antre, ce silence qui occupe si délieieiisemeiil des cii'iirs repliés sur euxmêmes? Vous écrivez-vous, qu.iiid vous êtes séparés, avec ce style inéi;al, mais rapide, que donne l'ivresse du désir? Avez-vons seulement pensé il comparer vos |ircmiires lettres a celles que vous avez écrites il j a un an , il y a six mois , il y a liuil jours ? — Monsieur, je ne répondrai point ii cela. — Prenez i;arile, madame, ne ]ias répondre, c'est me donner jjaiii de cause. — .\ïe, aïe, ma chère amie, dit le ifénéral. — Mais, monsieur, il semblerait, ii vous eutendre, que je pourrais, dans dix ans, ne plus aimer mon mûri du tout. — L'aimer d'amour, madame, la chose est impossible; mais vous conserverez pour lui un sentiment doux , moins tiimnllneiix , |iar cela même plus facile ii satisfaire, et heureux les é)ioiix qui comme vous se préparent sans s'en douler il remplacer rainonr par des vertus. — Monsieur Lnvel , vous êtes allli|;eant. — Je vous assure, madame, repris-je avec vivacité et sans réllevion, qu'il ne m'allli);e pas du tout. J'aurais répondn atlirmalivement ii toiilcs les questions (|u'il vous a faites. — Aujourd'hui, luoii ami, je n'en doute |i:is; nous verrons jiliis tard. Oli! par i;ràce, monsieur Lnvel, reprit la bienaimée , laissez-nous notre erreur, elle l'ail le cliarnie de notre vie. — 11 est sûr, continua le général , que ce M. Lnvel ressemble ii un déiiiclieurdesaints. Amusons-noMs un peu aux dépens du prochain : ce jiasse-temps est assez drôle, quand on n'y met pas l'acrimonie de Gcoll'roi. \ oyons, que pensez-viius de ces deux jeunes |;eiis, si fêlés de ces belles dames, que d'un coup d'cril elles enlèvent ii leur voisine, qui, avec un sourire, les leur ravit ii son tour?
jj — !Moii général, je ne doute pas que bientôt on ne voie la fatuité périr eoiiime périssent les grands empires, par l'excès de leur étendue, il ii'esl point de travers qui ne luiisse être considéré, il n'en est point qui ne linisse par tomber dans le mépris. Les gens dont vous me parlez sont ce qu'on appelle gi'iis n Ui moi\i> . depuis qu'il n'y a plus de /)f?//s'-;iiii(/ns. — 11 a raison, mon aide de camp: il a raison, mesdames. On appelait pi'tits-iiuiilrm des jeunes gens d'une haute nnissance , d'un rang élevé, d'une l'inure aimable, d'une imagination brillante, d'une valeur éprouvée, remplis d'ailleurs de grâces el de défauts, Dislini;ués jiar des aelions d'éclat, dangereux (wirleur conduite, ils jouaient un rôle dans l'Etal; ils avaient du crédit auprès du maiire, ils méritaicnl des éloges, avaient besoin d'indiilgcnee et possédaient l'art de tout obtenir. Tels furent les d'Eperiion . les Caylus, les Mangiron, les liussy d'Amboise. — là tels ne sont plus leurs siieeesseins, mon général. >'ayanl de commun avec les |ire-
JKIIOME.
niici'S i|m' U' lidiiMilc, le liliv ilf |>itil-iii:iiln' ne >r iloiiiu' pins (|iu' par lU'i'isioii à île |iaii\ tes siijols (|ui rlu'icliciil , .sans les utloiiiili'c , les travers ilisliii|;iu's de leurs |)ré<lé<esseiirs. Kii voilà assez, jotrnis, sur les jeunes i;ens dont vous me parle/.. — Il a eueore raison , mesdames, il a eneore raison. I.a j;alanterie esl miiilc avee la elievalerie, el le dernier des Français aimables dans la personne du itne de Nivernois. — Mon i;énéral, la l'olie linmaine, eu anuiur couinie en modes, n'a qu'un eereleii parcourir, (finaud elle esl revenue au point il'oii elle était partie, il faut (|u'elle reeommeuee. l".l (|ui sait si l'on ne verra pas liienlôl la chevalerie renaître, comme on a vu se reproduire la fraise île daliricllc d'i'.slrées 1' — .le vous avoue, nuinsienr l.uvol, (|ue j'en serais fort aise. Ou se uiO(pie des siècles recules, ))our se dispenser de ctuivenir eomliieii on est au-dessous de ces iji'us-là. Ils faisaient tout avec niddesse, et je m'aperçois ii rcijrel (pic le vice Ini-uième peut déijéncrcr. l'ar eveiu|)le, celui (pi'on appilail jadis un li'<miiie II 6o;i;i('S furhiiies ne pouvait l'être ipie par les jjràoes de la ri|;uro el de l'i'sprit. Avant (pu' il'oser se prcscnler sur ce pied-là, il était persuade île son mérite par les pré\enanees dont il clail l'olijel. Trop reelierclié pour être constant, il était entraîne ]>ar la (|uantité lie femiiies aiiualiles qui venaient, pour ainsi dire, s'olïrir. 1,'ineonstance était souvent moins l'eflet de son caractère que eelui de sa situation. Il était lé;;cr, sans être perfide : eh bien ! c'est tout le contraire aujourd'hui.
" Il semble que la plupart de ceu\ cpii vculcul C'tvv liniiiiiies: à la mode. hi>iiiiiifs du /«>» tu)i . huiiiini'f du bon qenre . aient une vocation opposée au rôle ipi'ils prétendent jouer. (l'est une profession (pi'on prend, qu'on étudie, qu'on exerce, comme ou i)rciul le parti ilu barreau , du service, ou comme ou se faisait liouime d'c;;lise ipiand le métier valait ipiclque chose, sans s'inlerroi;er sur ses ino\eus, sur ses talents, sur ses qualités. Ce qu'il y a de très-étonnant , c'est ipie tout cela est tout à fait iiidilïéreiil pour le succi'S. Pour réussir dans cette earrii^re , il sutVit de s'y luéseuter. Ou y voit briller des jeunes liens à qui l'on conseillerait volontiers d'acipiérir ipielipies cpialilés qui pussent faire oublier leur peu d'ajjrénieiit. On coinincnce ii jouer ce personnai;e-là sans ligure, ou le soutient sans esprit, ou le ])ousse jusqu'à 1,1 vieillesse : on ne croit pas qu'il puisse y avoir inescri|)lioii eu ce i;eiire. Tout cela n'est pas du tout à l'Iionneur des l'ciniius , je le sais; aussi me !;arderais-je bien de dire ce ipie j'en pense dcxant toute autre cpie madaïue Derneval ou son amie.
" — .^lonsienr l.nvcl, et cette dame cpii donne ipialorze ans ii sa hlle, qui en a di\-huit. iioiir ipi'on ne la souiiconue pas d'en avoir ipiaraule; qui a toujours quelque chose à me dire à l'oreille; cpii paraît nu: ii.nler li'alïaires, et qui ne me fait que des contes pour rire; qui enliii veut persuader à tout le monde que ce rire est une marque de proleclioii. ou, pour parler plus luodesteineut, de bienveillance:' — Oliiniou fjéiiéral , cette dame est ce ipi'ou appelait il y a quehpies années une intrii.-ante , et je ne sais si l'on a donné à ces femnies-là ini litje plus expressif; mais celles d'aujourd'hui ressemblent au\ intriiïanles que j'ai connues dès que j'ai pu apprécier les choses, el celles-là ressemblaient prohableiucnt au\ intriu.inies de la cour de l'Iiarauionil , s'il y en avait , ce ibuil je doute nu peu. l'.lles sont eu assez grand nombre, sans cependant former un corps. Si elles se ciniiiaissent tontes, ce n'est que pour s'éviter, de peur de se trouver en eoneurreiice. Il esl île toutes les classes, et toutes ont le luèmc tour d'esprit, souvent les mêmes vues, mais des intérêts opposés. Klles prciineiil eliacune un départenieni , comme si, par une convention tacite, elles s'étaient partagé les affaires, {".ependant elles n'en rcjellent aucune. Elles connaissent des préférences, el jamais de bornes. I.a ilévotion et l'amour s'allient parfaitement avec rintrijjue. (le qui serait pour d'autres jouissance ou habitude n'est qu'un ressort iionr les intrii;anles. Klles ii'adoplriit rien connue principe, elles cniploicnl tout cjinme moyen.
u On les méprise, on les craint, on les luénajfP, on les recherche. Il s'en faut bien cependant que leur crédit réponde à l'opiniiui qu'on c» a , ni même au\ apparences. On leur l'ail honneur de bien des choses oii elles n'ont aucune part , quoiiprellcs ne iiéi;lii;ciil rien pour le faire croire : c'est la fatuité de leur état. Klles cachent soi- [[ncuscmcnt le peu d'éiîards, et même le mépris qu'ont pour elles ceux dont elles s'appuient hautement. (,)ue de i;ens en iilacc dont le nom seul est utile on nuit à leur insu!
" Ou eommence le métier d'intri!;ante jiar ambition, ]iar avarice, par inqiiiélude ; on le continue par nécessité, pour conserver la seule cvistciice qu'on ait au monde. Lue intriijante , tant qu'elle est à la mode, est l'objet des dédains et deséi;ards. Klle tombe dans un avilissement décidé du nioinent oii elle reste oisive, parce ijue cette oisiveté dévoile son impuissance.
"On est souvent élouué du peu d'esprit de la plupart des femme? qui se mêlent irintrii;uer, et ce ne sont pas celles qui réussissent le moins. Il est encore certain que l'inlrijïante la plus habile lu' l'est jamais a^sc?. pour en éviter la réputation. Celte réputation nuit ipielquefois à leurs projets; mais elle leur sert aussi coium'e une ensei|;ne à un bureau d'adresses.
" — Monsieur l.iivcl, et ce joli lieutenant dedraifons, si assidu près lie moi, si empressé avec madame Derneval, hem ! qu'en pensez-vous :' — Mon ijénéral , reliil-là esl un jeune oITicier français dans toute l'é-
ti'udue du mot. Kn l'rancc, on exerce celte profession avec honneur, rarement avee application, et presque jamais comme un objet d'éludé. I.a plupart de ceux qui s'y livrent avec le ])lus d'ardeur ne soupi'oniieut pas avoir besoin d'autre chose que de eouraijc, et croieul qu'avoir vieilli c'est avoir de l'expérience.
>> Les oflieicrs en sous-ordre roulent de >;arnisou en i;arnison, et l'oisiveté fait leur cxislcnce. Ils connaissent le réijiment oii ils servent, el ne se doutent pas qu'il y ait un art de la ijuerre. (Jeux ipic les eireonstances i)lacent dans nu ordre plus élevé n'en ont pas plus d'idée, et remplacent l'oisiveté par les jilaisirs. Ainsi la x'alcur naturelle à la iialion lui serait souvent inutile, el ipichpicfois funeste, s'il ne s'élevait des génies heureux, nés avec des talents, cl sachant acquérir l'art d'cmploxcr utileinent tant de bras el de coura|;c.
» — Je vois, monsieur Luvcl , qu'un Irès-pelil nombre de personnes que je reçois échap])craiciit à votre coup d'o'il rapide, et je suis forcé de convenir de la justesse de votre ju|;eiuenl. (Cependant on ne peut vivre seul , cl il faut passer bien des choses aux autres, puisqu'il esl à peu pri's impossible de composer j>arlout ce ([u'oii appelle si inipi'iiprcmciit une bonne société'. Pour mériter xraiincnt ce titre, il faudrait, ce me semble, ([u'une société fût peu niuubreusc, choisie, el variée sans être mêlée ; que les earactircs oIVrisscnl des différences sans opposition; que les esprits eussent une tournure singulière et nalurellc, sans alïectaliou ni bizarrerie. Il faudrait de la raison sans pédaulisme , el de la liberté sans extravagance; que rien ne fùl exclu de la eouvcrsalion ; que le discours, sans être ni froidement compassé ni follemenl décousu, traitât tous les sujets qui peuvent se présenter à des personnes d'états différents , toutes instruites ou aimables . mais surlont cslimablcs dans leur état. — .Alon général . si un hasard heureux réuuissaait une telle société, il serait inutile de prciiilre des précautions pour qu'elle subsistât : elle resterait unie par un allachemeut que la mauvaise compagnie ne viendrait point altérer. On croit couimunémenl qu'il faut des soins pour l'éloigner : pas du tout. La mauvaise eomjiaguie se fait justice elle-même; elle s'éloigne de la bonne, |)arce qu'elle s'y ennuie autant qu'elle y est déplacée. Kt si cela n'était ainsi, quelle ressource aurait-on contre ccriains importuns à qui leur rang ouvre toutes les portes? Leur proiue ennui est une sauvegarde contre leur imporlunité.
» — lié, monsieur Liivel , que nous sommes étourdis ! En passant en re\ uc certains personnages remarquables, nous avons oublié un original ipii s'cslime beaucoup, mais dont lotit le monde se moque, csccplé piobablcmcnl ceux qui mangent sa soupe. Oue diles-vous de homme (lui vous abord,' le ventre en avant et le jarret tendu
:ulaul ipi'il peut le tendre; qui écoute avec dignité ce (pic vous lui •épondez dans son cornet; (pii salue à peine ses supérieurs , jamais SCS égaux, et (|ui tutoie tous les autres; qui oublie qu'il a fait le mélicr de saint Kloi', et ne se doute point qu'on découvre sa crasse o igiuelle sous son style et son orlhogra|)lie de servante de cabaret?
— lié, c'est M, Miloni, qui se persiiaiic (pie son vculrc et un peu d'argent, bien ou mal ac(|uis, sont des qualités essentielles. M. 'Miloni est un sot.
u — Monsieur l'alliée, dit m:idame Derneval, je crois que c'est assez disserler pour ce soir. Permet lezipie nous nous occupions un peu de nos eliers blessés. — .l'espère , madame, que mon alhéisme n'intliiera ni sur voire estime ni sur voie bieuveillanee. Les alliées sont toujours de fort honiièlcs gens, parce ipi'ils sont livres à des rcllexions , à des reclierelics, qui prouvent l'absence des passions, et que les gens passionnés seuls troiiblcnl l'ordre public. — Celi se peut, monsieur; mais ccrtaincmeiit il n'en esl pas de même des athées en amour. Le système de ceux-ci pourrait fort bien n'être qu'une suite ûu besoin (le rinconstance ou de qiichjiie chose de pis.
— !Ma chère amie , reprit !c général , je xous demaiide ijiàce jioiir ce pauvre Luvcl. N'allachons pas à ses discours plus d'importance qu'on n'en doit niellrc a des jeux d'esprit.
1. — Oui, oui, disais-jc pendant ipie la fcuiiue charmante m'aida il à me mettre au lit, que mailaiiie Derneval lui fasse grâce si elle veut; moi , je ne lui jiarilonncrai jani.iis. lin homme ipii veut me persuader i|ue je ne sens pas ce que je sens, ((uc je ne puis |iai,éprouver demain un senlimeiil qui depuis dix ans ne l'ail ipie s'accrimre! Il n'a donc pas d'yeux, car faut-il d'autre [jarant d'une passion éternelle (pie celte figure céleste, el ce cœur si sensible et si bon, d'oii jaillissent des torrents de feu (pii vieniiunt se fondjppdans le mien?... Oui, oui, nous formons un tinit de deux corps (pi'anime une seule âme. O monsieur l.nvel, je ferai justice de vous, et je V(uis dénoneerai à toutes les femmes. Piiissciit-elles vous trouver une physionomie sans CApressiou, ne pas sentir votre es])rit, ne jamais vous croire sincère, el toujours rejelcr votre homiuage ! »
(^)uclle hnniciir peiil résister an baiser le ))lus doux? La mienne s'évanouit au premier (pie je reçus. Celui-lii m'en hl désirer un second , (pii me fui accordé, .l'en voulais un Iroisiinic, un (pialrii'iiie; je viuilais ne pas liiiir; iii:iis Lucie élail là.
.le suivis de l'ieil la loilellc de la bicii-aiméc : il y a toujours ipiel- (|ue chose à gagner pour ramiuir. Il glane oii il ne peut moissonner,
' Oifovre.
Ji.iio.Mi:.
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01 si le plaisir n'est (|u'inio sidinlioii , il liiissc cnlrevoir h: bonliour, ijiii est un l'Iiit )imti' l'ùiiir.